jeudi 3 mars 2011

BLACK DEATH.

                                                                      Photo empruntée sur Google, appartenant au site moyenagepassion.com

de Christopher Smith. 2010. Angleterre/Allemagne. 1h41. Avec Warner David, Van Houten Carice, Bean Sean, McInnerny Tim, Redmayne Eddie, Nixon Kimberley, Lynch John, Elliott Emu.
BIO: Christopher Smith (16.08.70) est un réalisateur et scénariste britannique. Il s'est fait connaitre auprès des amateurs d'horreur avec une excellente petite surprise, Creep, réalisé en 2004. Deux ans plus tard il renoue avec l'horreur en y ajoutant cette fois beaucoup d'humour noir avec Severance. Son troisième film, Triangle, tourné en 2009 divise les fans. Notre metteur en scène juxtapose cette fois-ci le slasher et la science fiction à base de paradoxe temporel dans un récit plutôt hermétique mais remarquablement mis en scène. Black Death est son quatrième long-métrage.

Le Pitch: En l'an 1348, en Angleterre, un groupe de mercenaires a pour mission de retrouver un Nécromancier susceptible d'avoir propagé la peste bubonique dans la région. Paradoxalement, un village ne semble pas touché par la maladie extrêmement contagieuse et mortelle. Avec l'aide d'un jeune moine novice du nom de Edmund, le chevalier Ulric et ses acolytes partent à la recherche du village situé près d'un marais.

Dans la lignée de La Chair et le sang pour son réalisme cru sans effet de style et du Nom de la Rose pour la richesse d'un scénario fortement axé sur les croyances chrétiennes et les superstitions, Black Death renoue avec le cinéma d'aventures rugueux sans fioriture, mis en scène avec une rare intelligence et une justesse de ton imparable. Dès le début, le ton mortifère est donné ! Nous sommes témoins d'une situation alarmiste, véritable pandémie où des monceaux de cadavres puant la crasse jonchent sur les sols de pierre. Nos valeureux héros vont traverser des sentiers moribonds dans cette atmosphère putride et étouffante, accentuée d'une photographie désaturée afin de mieux coller à l'authenticité du paysage moyenâgeux et sa cruauté qui en émane ! Une poignée de héros courageux et téméraires commandités par le chevalier Ulric vont livrer un consensus avec un jeune chrétien quelque peu troublé de cette période exsangue où tant d'innocents paieront de leur vie à cause d'une maladie inexplicable. Confiné dans son abbaye, Le jeune Edmund vit en intermittence une idylle avec sa bien-aimée à qui il demandera de quitter au plus vite la région contaminée pour s'en aller rejoindre le village avoisinant situé près d'un marais. Le seul endroit où la peste ne semble pas s'y propager. Dans ce voyage non exempt d'embûches, nos guerriers émérites sont loin d'imaginer que leur parcours meurtrier va les mener droit en enfer !

A travers un scénario charpenté, Christopher Smith nous dépeint avec souci de réalisme un récit médiéval inscrit dans la barbarie et les superstitions. Il nous détaille cette époque dépressive où les croyances les plus niaises sont fondées sur l'intégrisme. A l'instar de cette incroyable scène où une sorcière risque de brûler vive sur le bûcher par une poignée d'ahuris alors que Edmund, pris d'une once de conscience, la sauvera in extremis de ses ravisseurs ! Ce n'est que quelques minutes plus tard que l'on comprendra pour quel véritable motif Edmund avait causé cette délivrance. Durant tout le cheminement narratif, Black Death traite donc des relations humaines conflictuelles au nom de Dieu ou du Démon. Christopher Smith retrace également avec une caractérisation psychologique et une cruauté implacable (l'inquisition en pleine expansion avec ses instruments de torture singuliers !) cette poignée d'hommes héroïques partis à la recherche d'un bouc-émissaire. Leur confrontation entre deux mondes opposés (le Bien et le Mal) se révèle alors un passionnant jeu de miroir, un affrontement impitoyable où les deux peuples vont s'entretuer afin de tenter d'y survivre. Pour exacerber leurs enjeux bellicistes, l'interprétation impartie aux gueules burinés nous éprouve et émeut dans leur voyage initiatique sans détour. Dans le rôle du leader, Sean Bean impose une prestance autoritaire mêlée de courage, d'angoisse et de crainte pour l'identité frauduleuse de ces alliés. Secondé par Eddy Redmayne, ce dernier s'avère charismatique et poignant dans celui du moine néophyte contraint de s'adapter à une nouvelle existence virile. Sans doute le personnage le plus intéressant et empathique dans sa posture brimée.

Imprégné d'une ambiance sombre et poisseuse dans des décors minimalistes, Black Death s'iconise en diamant noir dans sa peinture moyenâgeuse au plus près de la vérité historique. Et il faudra remonter aux classiques notoires, Le nom de la rose, La Chair et le sang ou Excalibur pour renouer avec ce degré d'authenticité d'une époque troublée de croyances obscurantistes. Sur le fond, on peut également souligner une réflexion sur le pouvoir (insidieux) des religions et des superstitions découlant de la peur de la mort, et les conséquences immorales de ces individus endoctrinés dans une violence permissive. Un récit d'aventure âpre, sauvage et sans concession.


30.09.10

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