jeudi 10 mars 2011

DREAD

                              


de Anthony DiBlasi. 2009. U.S.A./ANGLETERRE. 1H30. Avec Jackson Rathbone, Shaun Evans, Hanne Steen, Laura Donnelly, Jonathan Readwin, Vivian Gray, Carl McCrystal, Sarah Ball, Steven Clarke, Adam Davenport...

L'ARGUMENT: Trois étudiants travaillent sur un documentaire qui doit explorer les peurs les plus répandues.

Par le producteur de "Midnight Meat Train", il s'agit de la première réalisation d'Anthony DiBlasi, également responsable de l'écriture du script.                           

Basé sur une nouvelle de Clive Barker originellement publiée dans le second volume des "Livres de sang", "Dread" est une série B d'apparence discrète et retenue de prime abord se jouant de la demi-mesure. Une première heure calme et contenue avec sa réflexion intéressante sur les différentes formes de peur, son mécanisme instinctif enfoui en chacun de nous et son potentiel traumatisme après avoir laisser des séquelles psychologiques irrémédiables sur chaque témoin mis en cause.
Une peur rationnelle naturellement fidèle en ses origines puisque personne au monde ne peut définir ce qu'il pourrait y avoir après la mort mais aussi ce que l'on peut exactement éprouver juste au moment fatidique de ses derniers retranchements. Ces quelques secondes indéchiffrables juste avant l'inertie du repos éternel. La scène finale (les yeux dans les yeux !) hautement subversive est à cet égard un sommet de perversité qui laisse profondément mal à l'aise !


A cause d'un traumatisme lié à son adolescence, Quaid, étudiant en philosophie décide d'établir une thèse en compagnie de 2 amis désireux de s'y prêter. Ils vont à eux trois interviewer différents témoins volontaires ayant subis divers chocs émotionnels ancrés dans leur mémoire.
Tandis qu'au fur et à mesure des intervenants, de la progression naturelle du récit, les personnages vont peu à peu se délivrer, s'échauffourer et s'inquiéter du comportement troublant et violent de Quaid, le leader du trio maître de l'arène !
Ce qui nous amènera lentement à un dénouement surprenant, radical, extrême dans une dernière demi-heure choc d'un incroyable sadisme, d'une belle intensité psychologique sans jamais verser dans l'outrance et la surenchère à la "saw" ou "hostel".
Un cruel et sordide jeu de pouvoir entre Quaid et ses sujets mis au fourneau pour leur administrer leur pire phobie, les pousser à des actes insensés et pouvoir les contenir en les exposant face à leur propre peur. Une expérience sadienne qui permettra à Quaid de se débarrasser de ses propres cauchemars qu'il enchaine continuellement chaque nuit.
Les pratiques que Quaid va expérimenter ses ses victimes pour parvenir à ses fins sont d'une cruauté psychologique à la limite du soutenable, surtout quand l'une des jeunes filles végétarienne enfermée et blottie dans une glauquissime petite pièce étouffante va se sentir dans l'obligation de manger une viande de boeuf avariée depuis 6 jours.
La séquence vomitive et abjecte, filmée sans complaisance est d'un réalisme saisissant et d'une épouvantable intensité émotionnelle pour le spectateur, pathétique témoin d'un calvaire interminable !
C'est en priorité dans cette dernière demi-heure au climat hautement malsain, suffocant et asphyxiant que "Dread" va tirer son épingle du jeu et nous offrir un second niveau de lecture beaucoup plus intéressant et imprévisible. Ce qui aboutira lamentablement à une conclusion nihiliste au goût de souffre sans effet de happy-end cathartique.

                              

Les interprètes jeunes et inconnus se révèlent plutôt convaincants et surtout intelligemment exploités.
En priorité le jeune leader Quaid interprété par Jackson Rathbone avec sa morphologie proche d'un Willem Dafoe rajeunit ! Il est assez impressionnant avec son regard subtilement ironique et déviant dans sa folie perverse exacerbée par l'envie de déchiffrer les codes de la peur chez l'être humain.
Mais l'un des personnages les plus émouvants et marquants restera à mes yeux Abby, la jeune collègue complexée par une marque de naissance qui lui entame physiquement toute la moitié droite de son corps, de la tête jusqu'aux pieds. Une fille complexée et prude, en quête désabusée d'affection amoureuse et de respect de la différence mais auquel son destin pris entre les mailles de Quaid ira l'entrainer dans une délivrance suicidaire désespérée.


Contrebalancée en intermittence dans sa première heure par une insolite BO rock endiablée et singulière, Dread est un film atypique qui ne pourra laisser indifférent par son sujet traité avec sérieux. Il pourrait aussi rappeler par moments Martyrs de Pascal Laugier dans sa thématique sur la peur de la douleur, autant physique que morale, pour pouvoir accéder à la vérité d'un au-delà rédempteur.
Dans un climat anxiogène en demi-teinte, on passe d'une première heure calme et retenue vers une dernière demi-heure inconcevable qui arrive là où on ne l'attends pas. Dread est alors construit comme une forme de dédale de peur et de souffrance. Il nous remet alors en question sur ce que nous venons de voir, subir et comprendre. Une seconde vision serait alors nécessaire pour peut-etre mieux discerner toutes les subtilités d'une narration plus futée et complexe qu'elle n'y parait (les nombreux dialogues défilent trop vite quand est abordé la thématique de la peur).
Une belle découverte qui malmène et désoriente le spectateur !

Dédicace à Caro.                
29/07/10.


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