mercredi 27 avril 2011

TALK RADIO


de Oliver Stone. 1988. U.S.A. 1h50. Avec Eric Bogosian, Ellen Greene, Leslie Hope, C. Mac Ginley, Alec Baldwin, John Pankow, Michael Wincott

Sortie en salles en France le 12 Avril 1989, U.S.A: 21 Décembre 1988.

FILMOGRAPHIE: Oliver Stone (William Oliver Stone) est un réalisateur, scénariste et producteur américain né le 15 Septembre 1946 à New-york.
1974: La Reine du mal (Seizure), 1981: La Main du Cauchemar, 1986: Salvador, Platoon, 1987: Wall Street, 1988: Talk Radio, 1989: Né un 4 juillet, 1991: The Doors, J.F.K, 1993: Entre ciel et terre, 1994: Tueurs nés, 1995: Nixon, 1997: U turn, 1999: l'Enfer du dimanche, 2003: Commandante (documentaire sur Fidel Castro), Persona non grata (documentaire sur l'Israel et la Palestine), 2004: Looking for fidel (télé-film), 2004: Alexandre, 2006: World Trade Center, 2008: W: l'improbable président, 2009: South of the border (documentaire sur Hugo Chavez), 2010: Wall Street: l'argent ne dort jamais.

                        

Après Salvador, Platoon et Wall Street, le pourfendeur Oliver Stone délivre avec Talk Radio un pamphlet virulent sur une Amérique mise à nue dans son portrait acide d'une civilisation névrosée en dégénérescence. Une jungle urbaine schyzophrène où des individus lambdas livrés à leurs tourments sont totalement en perte de repaire, vers une quête de reconnaissance existentielle par l'entremise d'une station de radio libertaire.

A Dallas, un animateur de radio, Barry Champlain, diffuse une émission autonome à succès auquel n'importe quel interlocuteur est libre de discuter à sa guise. Provocateur cynique et psychologue sans vergogne, il n'hésite pas à agresser verbalement ses fidèles auditeurs de manière à les réencadrer dans une véritable prise de conscience subjective. En cette nuit spécifique, l'intervention des différents témoins va sérieusement remettre en doute l'intérêt professionnel de Barry davantage dépité de la (in)tolérance de ces conversations haineuses irraisonnées.

                         

Attention film choc cinglant ! On peut dire ici que le virulent Oliver Stone n'y va pas de main morte avec ce brûlot contestataire d'une violence inouïe dans sa manière rigide de dépeindre la faune aliénée new-yorkaise d'une société malade de ses repères.
A travers une émission de radio où tout le monde peut s'exprimer en toute liberté sans systématiquement être censuré, le réalisateur anticonformiste ne va pas hésiter à nous mener vers une insinueuse descente aux enfers abrupte profondément dérangeante et nauséeuse auquel il sera difficile de sortir indemne.
C'est une galerie de personnages tous plus dérangés et pathétiques les uns des autres que l'animateur Barry se doit d'affronter chaque soir devant son micro pour tenter de déraisonner et édifier avec beaucoup d'agressivité leurs états d'âme écornés, déconnectés par la banalité du quotidien.
Homophobes, xénophobes, antisémites, violeurs, camés, psychopathes, pervers refoulés défilent de manière machinale chaque soir pour se laisser sévèrement provoquer et insulter par un radiophoniste misanthrope. Mais un anarchiste lucide de l'hypocrisie humaine, de leurs simulacres implicites et de l'inégalité des classes sociales engendrant les pires rebuts de l'espèce humaine.
Dans un monde tendancieux asservi par le profit, le voyeurisme et le spectacle morbide de la mort impondérable, Talk Radio stigmatise la résultante de ce qu'une société peut engendrer de pire quand l'individu esseulé sans repère est totalement démotivé de son destin. Des quidams incapables d'affronter une vie individualiste altérée par le mensonge, l'avilissement et le pouvoir des nobles.
A travers l'esprit révolté de Barry vilipendant chaque auditeur masochiste, c'est le portrait dérangé que nous assène Oliver Stone sur ces quidams licencieux se nourrissant de la souffrance des autres pour tenter de renouer avec une parcelle de bonheur chimérique évaporé dans un bain d'acide.

                           

On reconnaitra dans un moindre rôle le débutant Alec Baldwin dans celui du patron consciencieux à rappeler à l'ordre le moindre dérapage évoqué en la personne de son régisseur de radio pour une émission destinée à être diffusée dans le pays entier du fait de son succès d'audience florissant.
Eric Bogosian crève l'écran dans celui du radiophoniste contestataire motivé à décrypter le vrai visage de chaque interlocuteur osant affronter par l'entremise de leur téléphone un échange de conversations établies sur le mode du fascisme, de la perversité et de l'idéologie nazie quand il ne s'agit pas de détresse suicidaire.

Injustement méconnu mais volontairement occulté à cause de son caractère social trop subversif et d'une idéologie expéditive fustigeant la démocratie, Talk Radio est un éprouvant témoignage choc d'une Amérique à l'agonie, noyée dans sa déchéance humaine, faute à une société conservatrice réfutant l'égalité, la clairvoyance d'esprit pour mieux engourdir sa population soumise.
Par la liberté d'expression délibérée à discourir sur les maux de notre civilisation, Oliver Stone dévoile l'une des plus féroces charges sur le conditionnement de l'hypocrisie humaine et son égoïsme primaire, l'accoutumance haineuse et l'aliénation neurotique.
En résulte une oeuvre sulfureuse, implacable et terrifiante, une descente aux enfers vertigineuse dont le final redouté nous achève dans une amertume encore plus néfaste par son intolérance abrutissante.

                          
27.04.11.  3.
Bruno Matéï.

mardi 26 avril 2011

INSIDIOUS


de James Wan. 2010. U.S.A. 1h33. Avec Patrick Wilson, Rose Byrne, Barbara Hershey, Ty Simpkins, Andrew Astor, Lin Shaye, Leigh Whannell, Angus Sampson, Corbett Tuck.

Sortie en salles en France le 15 Juin 2011. U.S.A: 01 Avril 2011

FILMOGRAPHIE: James Wan est un producteur, réalisateur et scénariste australien né le 27 Février 1977 à Kuching (Malaisie), avant de déménager à Perth (Australie).
2004: Saw, 2007: Dead Silence, Death Sentence, 2010: Insidious. 2013: The Conjuring. 2013: Insidious 2.

                                         

Précédé d'une réputation élogieuse selon certaines sources envers son pays d'origine, produit par le réalisateur Oren Peli (responsable du documenteur Paranormal Activity qui avait traumatisé Mr Steven Spielberg et rendu hilare 98 % de la population !), le nouveau film de James Wan est un pseudo remake à peine déguisé du fameux Poltergeist, classique festif du film de demeure hantée des années 80. Épaulé par son scénariste attitré Leigh Whannell, le réalisateur a récemment affirmé qu'il avait décidé de concocter ce type de métrage au budget restreint pour avoir l'opportunité d'être invité à un festival du genre fantastique. Sa devise primordiale : foutre les pétoches aux spectateurs afin de réinventer la peur au cinéma !
Un jeune couple et trois de leurs enfants emménagent dans une nouvelle demeure attrayante. Un soir, l'aîné parti batifoler dans le grenier trébuche incidemment sur une vieille échelle. Durant la nuit, il sombre dans un profond coma auquel les médecins n'éprouvent aucune explication plausible à diagnostiquer les causes de ce symptôme. Très vite, des évènements surnaturels se manifestent dans la maison pour tourmenter leurs occupants.
Sur le principe ludique d'attiser la peur par le biais d'un argument fantastique, Insidious empreinte irrémédiablement au canevas établi par le duo Spielberg/hooper, responsables de l'un des plus célèbres films de maison hantée, Poltergeist. Un enfant sombre dans le coma alors que des forces surnaturelles vont se déchaîner sur leurs occupants. Les parents terrifiés décident rapidement d'emménager dans une autre demeure mais d'autres incidents encore plus néfastes vont à nouveau rendre leur vie impossible. Ils font donc appel à une équipe d'éminents parapsychologues pour leur enseigner que l'enfant est retenu dans une dimension parallèle, quand bien même des fantômes malfaisants profitent de son voyage astral pour s'efforcer de pénétrer dans le monde des vivants. Une lutte infernale s'engage entre les vivants et les morts afin d'extraire l'enfant des forces de l'au-delà.

                                      

Avec une économie de moyens, James Wan reprend les poncifs inhérents au film de demeure hantée fondés sur la peur et la surenchère. Dès le préambule, une ambiance angoissante savamment entretenue est distillée au compte goutte par l'habile exploitation des recoins nocturnes d'une vaste maison abritant une entité malfaisante. Bruits étranges dans la nuit, chuchotements à travers l'interphone du bébé, hurlements d'enfant, apparitions fantomatiques de personnages moribonds, alarme de maison soudainement enclenchée ! Des situations rebattues et balisées comme s'il en pleuvait que l'amateur d'épouvante connaît sur le bout des ongles. Et pourtant, l'ambitieuse entreprise de James Wan est de consentir à se réapproprier de ces stéréotypes pour les réinventer dans la maîtrise d'une mise en scène en quête d'angoisse diffuse, fondée sur l'irrationnel d'éléments fantastiques. Avec dextérité par refus d'outrance ou de grand-guignol, la fonction essentielle de l'auteur est de nous embarquer dans un train fantôme trépidant ! La trame est orthodoxe mais irrésistiblement fascinante et surtout convaincante dans cette faculté retorse de réinventer les effets de peur. Les parents ne sont pas écervelés à rester cloîtrés chez eux pour se laisser appâter par l'artillerie des phénomènes paranormaux puisqu'ils s'empresseront de quitter leur foyer afin de s'installer dans un autre pavillon ! Privilégié par des comédiens photogéniques (les parents interprétés par Patrick Wilson et Rose Byrn jouent la carte de la sobriété !), le réalisateur réussit d'autant plus à authentifier une histoire contemporaine de maison hantée habilement charpentée. A l'instar de cette séquence irritante où le signal d'alarme de la maison s'enclenche pour délivrer un son assourdissant afin de déstabiliser les occupants. Toute la première partie est habilitée à nous piéger dans un climat d'angoisse oppressant favorisé par l'anxiété des protagonistes dubitatifs mais finalement contraints d'accepter l'improbable. Avec efficacité, la seconde partie vigoureuse dans ces péripéties débridées nous invitent à un voyage flamboyant et ténébreux dans la plénitude d'une quatrième dimension funèbre et gothique. SPOILER !!! Quand au twist sardonique réfutant l'idée rassurante du happy-end, James Wan enfonce le clou de la terreur lors d'une vengeance d'outre-tombe particulièrement acerbe. FIN DU SPOILER.

                                       

Poltergeist 2011
Endossé avec aplomb par de jeunes comédiens charismatiques, Insidious fait office de nouvelle réussite pour James Wan voué à honorer le genre horrifique dans une facture modeste de série B. L'extrême efficacité de la réalisation découle de son savoir-faire à captiver le spectateur embarqué dans un train-fantôme fertile en chausse-trappes, jump scares, apparitions spectrales et incidents surnaturels. Et pour l'anecdote clin-d'oeil, quel plaisir de retrouver l'inoubliable interprète de l'Emprise, Barbara Hershey !

26.04.11
Bruno Matéï.

lundi 25 avril 2011

CAMPUS (Dangerously close)


       

de Albert Pyun. 1986. U.S.A. 1h35. Avec John Stockwell, J. Eddie Peck, Carey Lowell, Don Michael Paul, Thom Matthews.

FILMOGRAPHIE: Albert Pyun est un réalisateur, scénariste et producteur américain né en 1954 à Hawaii. Il fut dans un premier temps assistant du réalisateur Akira Kurosawa avant de se consacrer personnellement à la mise en scène.
1982: L'Epée Sauvage, 1985: le Dernier missile, 1986: Campus, 1987: Pleasure Planet, le Trésor de San Lucas, 1988: Alien from L.A., 1989: Voyage au centre de la terre, Cyborg, 1991: Captain America, Kickboxer 2, Dollman, 1993: Nemesis, Knights, 1994: Kickboxer 4, 1995: Nemesis 2, 1996: Nemesis 3, Omega doom, Adrenaline, Nemesis 4, 1997: Prise d'otages à Atlanta, 1997: Mean Guns, 1998: Crazy Six, 1998: Postmortem, 1999: Urban menace, Corrupt, 2001: Explosion imminente, 2005: Infection, 2007: Bulletface, Left for dead.

                                    

Par le réalisateur de l'Epée Sauvage (démarquage bis de Conan le Barbare sorti la même année) et de Cyborg (western spaghetti post nuke), Campus est une série B oubliée des années 80, un thriller efficace illustrant les exactions militantes d'une milice juvénile endoctrinée par un briscard totalitaire.

Un étudiant est retrouvé assassiné près de sa fac auquel il enseignait.
Danny, un jeune universitaire se lie d'amitié avec un groupe d'élèves surnommé Les Sentinelles. Bientôt, il va comprendre que ce groupe extrémiste particulièrement violent est à l'origine du meurtre perpétré. Tandis qu'un autre élève disparait mystérieusement de la circulation.

                                    

Ancré dans son époque eightie par le look et la tenue vestimentaire des protagonistes, sa mise en scène inspirée du vidéo-clip et une bande musicale omniprésente alternant parfois le rock industriel à la new-wave, Campus impressionne de prime abord dans sa texture visuelle particulièrement soignée et stylisée.
Le prologue est à lui tout seul une réussite esthétique prégnante héritée des ambiances envoutées (de velours bleu) telles que Nomads, la Chasse du Comte Zaroff ou Razorback, sorti deux ans auparavant.
Dans la nuit ténébreuse d'une forêt nappée de brume, un jeune garçon fuit à travers bois une bande d'individus cagoulés, munis d'arbalète, poignard et revolver ainsi qu'une caméra pour filmer leurs exploits primitifs !
Après un jeu perfide de lutte pour la survie et d'un simulacre de tentative de meurtre, l'organisation laisse la vie sauve au quidam désorienté. En guise de revanche, celui-ci décide quelques instants plus tard de riposter en les provoquant verbalement et physiquement par le lancer d'une pierre assénée sur le pare brise de leur véhicule. L'un des trois individus masqués décide alors par instinct de rancoeur de supprimer l'adversaire en l'égorgeant de sang froid. Une séquence dramatique glaçante qui sera filmée dans un effet technique de ralenti afin d'exacerber l'horreur réelle de la situation improbable. Voilà pour le moment choc le plus intense du film élégamment réalisé.

                                  

La suite narrative s'évertue à présenter nos différents protagonistes où héros, victimes et oppresseurs s'entrecroisent pour nous embarquer dans une intrigue haletante établie sous la forme du thriller.
Sachant qu'à la fin, un ultime rebondissement fortuit permettra de réinterpréter le fond du film dans son discours social stigmatisant un groupuscule extrémiste endoctriné par un mentor manipulateur.
Albert Puyn démontre alors l'influence que peut exercer un activiste chevronné sur la jeunesse issue ici d'un milieu favorisé. C'est la montée du fascisme qui est illustré de façon insolite dans un survival game auquel de jeunes universitaires opportunistes s'amusent à élaborer une doctrine fustigeant les individus marginaux ou dénués d'ambition singulière. Le spectre du nazisme voile donc à peine le bout de son nez dans l'union d'une puissance érudite et drastique, assujetti à déprécier les plus faibles citoyens assumés dans leur extravagance effrontée ! (la mode punk était alors en pleine effervescence durant les années 80).

Superbement photographié dans une nuance bleutée contrastant avec les teintes pastels en clair obscur et bien interprété par de jeunes comédiens ayant depuis percé dans le milieu comme John Stockwell (Christine) ou Thom Matthews (le Retour des Morts-vivants), Campus est un thriller efficace mené sans temps morts d'autant plus agréable à suivre qu'il est doté d'une bande son endiablée consolidée dans son époque new wave.
Spécialiste du nanar explosif, Albert Puyn, plus inspiré que jamais, n'aura depuis pas pu rivaliser ou surpasser cette série B alarmiste depuis 1986.

25.04.11.
Bruno Matéï.


SUPERSTITION (la malédiction de la sorcière)


de James W. Roberson. 1982. Canada. 1h26. Avec James Houghton, Albert Salmi, Lynn Carlin, Larry Pennell et Jacquelyn Hyde.

FILMOGRAPHIE: James W. Roberson est un réalisateur canadien.
1980: The Legend of Alfred Packer (sous le nom de Jim Roberson). 1982: Supersitition. 1991: The Giant of Thunder Mountain.

                                 

Inspiré par la vague des films de demeure hantée ayant sévi quelques années plus tôt (Poltergeist, Amityville 1 et 2, le Couloir de la mort, Trauma), Superstition fut à l'époque de sa sortie Vhs un véritable hit dans les rayons des vidéo-clubs chez l'amateur de gore festif. Il doit en effet son succès et sa réputation grâce à l'efficacité de ses effets-spéciaux homériques réalisés de manière professionnelle car n'ayant rien à envier aux exploits de maître notoires comme Tom Savini, Ed French ou encore Dick SmithAlors que deux meurtres inexpliqués viennent d'avoir lieu dans une demeure abandonnée réputée hantée, les paroissiens d'une église décident de la mettre en location. Rapidement, une famille y emménage. Mais de mystérieux évènements ne vont pas tarder à se manifester alors que la police aux aguets tente d'appréhender le potentiel criminel.

                                 

Réalisé sans prétention et avec amour du genre, ce B movie inédit en salles aura marqué toute une génération de vidéophiles des années 80 tant le bouche à oreille fut rapidement enthousiaste. Le film étant surtout précédé d'une réputation sulfureuse grâce à sa violence graphique pour me répéter. Quand on revoit aujourd'hui Superstitions, on se rend compte à quel point la négligence du scénario inexistant et l'absence d'intensité dramatique peuvent être sauvés par l'abondance de scènes horrifiques particulièrement sanglantes et spectaculaires. Personne n'a oublié son préambule inquiétant baignant dans une ambiance feutrée lorsque deux énergumènes confinés dans une sombre demeure vont être sauvagement assassinés par une entité surnaturelle. Corps élevé en lévitation pour être violemment fracassé contre le plafond, tête humaine explosée dans un micro onde, et surtout l'impressionnante séquence auquel un des jeunes lascards se retrouve coincé entre une porte fenêtre se refermant subitement sur son corps sectionné en deux. Une scène abrupte réellement bluffante par son impact réaliste et sa cruauté incisive.

                                   

Ce prologue prometteur, riche en émotions fortes se révèle la meilleure attraction du film avant de renouer avec ce même climat mortifère et explosif lors de son point d'orgue truffé de péripéties meurtrières. A l'instar de cette séquence cinglante illustrant avec verdeur le châtiment d'une jeune donzelle trucidée à coup de pieu dans le crane ! Par le biais de son cheminement narratif sans surprises, il faut bien avouer que l'intrigue peine à se renouveler pour nous captiver, et ce même si un évènement meurtrier interviendra de manière métronomique (comptez 1 toutes les dix minutes). Le script occulte se focalisant sur une légende locale lorsque en 1684 une sorcière jugée par l'inquisition fut condamnée à périr noyée au fond d'un lac. Ayant juré de se venger face au témoignage des villageois en liesse, elle promis de revenir dans un avenir proche importuner leurs descendants afin d'appliquer sa terrible vengeance. Hormis son manque d'idées et la transparence des personnages dénués de psychologie, Superstition parvient tout de même à attiser la sympathie grâce à la pertinence de ses effets-chocs toujours inventifs, à une réalisation aussi efficace que modestement soignée et à l'attrait attachant des protagonistes (aussi naïfs soient-ils !) dans leur fonction démunie ou héroïque. A l'instar du flic obtus, obstiné à appréhender un simplet du village, potentiel coupable de la mort de son coéquipier, du Révérend Maier dans une courte mais marquante apparition, et surtout du révérend Thompson (le héros du film !) prêt à protéger chaque membre de la famille avec une pugnacité souvent fébrile !

                                 

En dépit de ses défauts précités et d'un montage approximatif, Superstitions demeure une réjouissante série B sauvée in extremis par l'audace de ses effets gores (trois séquences chocs font office d'anthologie), par son ambiance lourde parfois oppressante, par ces comédiens de seconde zone à la mine avenante se débattant contre les forces du Mal sous l'impulsion d'une bande-son percutante insufflant par moments un rythme épique. 

25.04.11
Bruno Matéï.

vendredi 22 avril 2011

SCREAM 4

                         
de Wes Craven. 2011. U.S.A. 1h50. Avec Neve Campbell, David Arquette, Courteney Cox, Emma Roberts, Hayden Panettiere, Anthony Anderson, Alison Brie, Adam Brody, Rory Culkin, Marielle Jaffe.

FILMOGRAPHIE: Wesley Earl "Wes" Craven est un réalisateur, scénariste, producteur, acteur et monteur né le 2 Aout 1939 à Cleveland dans l'Ohio.
1972: La Dernière maison sur la gauche, 1977: La Colline a des yeux, 1978: The Evolution of Snuff (documentaire), 1981: La Ferme de la Terreur, 1982: La Créature du marais, 1984: Les Griffes de la nuit, 1985: La Colline a des yeux 2, 1986: l'Amie mortelle, 1988: l'Emprise des Ténèbres, 1989: Schocker, 1991: Le Sous-sol de la peur, 1994: Freddy sort de la nuit, 1995: Un Vampire à brooklyn, 1996: Scream, 1997: Scream 2, 1999: la Musique de mon coeur, 2000: Scream 3, 2005: Cursed, 2005: Red eye, 2006: Paris, je t'aime (segment), 2010: My soul to take, 2011: Scream 4.

                                     

Après s'être juré de ne plus rempiler pour un 4è volet, il aura fallu attendre 10 ans pour que Wes Craven réponde présent avec l'entremise de son compère Kevin Williamson afin de façonner une nouvelle suite à sa fameuse trilogie, Scream. Dix ans après les terribles évènements du tueur masqué qui auront coûté la vie à plusieurs adolescents, Sydney Prescott revient dans sa contrée natale, Woodsboro, pour l'inauguration de son livre autobiographique dans une bibliothèque sous les feux de projecteur. Soudain, la police décrétée par son ami Dewey fait irruption devant l'assemblée pour leur annoncer que Ghostface a encore frappé chez deux adolescentes retrouvées sauvagement assassinées. Le cauchemar ancestral de Sydney refait soudainement surface car la terreur est revenue à Woodsboro ! 

                                 

ATTENTION SPOILER !!! A la manière des précédents volets, Scream 4 entre de plein pied dans le vif du sujet et nous assène un préambule en trois actes savoureusement sardonique, ludique et référentiel dans son malicieux dosage des genres et de la devise du "ouh, fais moi peur encore une dernière fois !". Alors que deux bimbos juvéniles contemplent Stab 6 à la maison devant leur TV, celles-ci s'amusent à ironiser sur la fameuse loi des séries à succès. Elles terminent par établir un parallèle avec la saga mercantile des Saw auquel les personnages réduits à chair à pâté sont à leur goût peu développés, ridicules et inconsistants en faveur de la créativité singulière des tortures infligées. C'est au fameux moment crucial du (ou des) meurtre(s) perpétré(s) que Wes Craven nous dévoile la supercherie pour nous refaire le coup du "film dans le film" puisque la scène auquel nous venons d'assister était tirée d'une "nouvelle" suite de Stab. Un énième volet diffusé devant la TV par deux nouvelles spectatrices avides de sensations fortes mais connaissant les codes du genre sous le bout des ongles. A peine ce simulacre dévoilé, le tueur, le vrai, va entrer en scène dans la demeure des donzelles et tenter à nouveau de nous appâter dans ses exactions sarcastiques et provocatrices allouées au quizz cinématographique. C'est enfin qu'apparaît le funeste ballet final au goût de tragédie mélodieuse avec le meurtre empathique d'une jeune fille sauvagement agressée avant d'agoniser de manière lamentée sur le terrain de son entrée de garage.
FIN DU SPOILER.

                                   

Après les déclarations sulfureuses des médias avides des nouvelles exactions sanguinolentes de Ghostface et des retrouvailles chaleureuses entre Sydney, sa cousine Jill, l'ancienne journaliste Gale, et Dewey, le flic pittoresque, le tueur continue sur sa lancée pour accomplir deux nouveaux meurtres. Furtivement, il va avertir entre temps notre héroïne aujourd'hui trentenaire et mature mais esseulée et craintive que la nouvelle série ne fait que commencer et qu'il souhaite simplement dupliquer la mode du temps présent. C'est à dire remaker le modèle d'un film original ! En l'occurrence, Scream ! L'idée astucieuse de nos acolytes Wes Craven et des scénaristes Kevin Williamson et Ehren Kruger est donc de disserter cette fois-ci sur la loi des remakes inutiles et cette mode contemporaine auquel Hollywood ne jure que par elle pour relancer la franchise du cinéma d'horreur. Une tache lucrative afin de réunir son nouveau public avide de sensations fortes et tenter vaguement de surpasser les originaux. Scream 4 se fond alors en un remake déguisé (voir même une parodie) du premier Scream, avec deci delà quelques surprises aléatoires, des revirements soudains pour pimenter un scénario habituellement riche en clins d'oeil et auto-dérision ! Plutôt bien menée, la narration va prendre une ampleur plus étoffée avec une dernière demi heure haletante et vertigineuse établissant un portrait amer sur la génération actuelle obnubilée par la célébrité, via l'entremise d'internet avec You tube et Facebook. Des adolescents toujours aussi fascinés par le pouvoir de l'image et davantage férus de popularité. Des jeunes utopistes sous influence du star system, se prenant pour des cinéastes amateurs afin de filmer de façon autonome leurs séquences cruciales pour concurrencer la quête du sensationnalisme et du voyeurisme de la TV Réalité. Quand à la révélation finale du ou des meurtriers, elle se révèle presque aussi pertinente que le premier film avant l'épilogue trivial aux facilités requises mais justifiable par la cause de la hiérarchie des copies conformistes, incapables de surpasser leurs précurseurs.

                                     

Voulez-vous être une star ?
Alors que personne ne misait un centime sur ce nouvel opus, Scream 4 réussit à nouveau à surprendre dans son alliage d'humour mesquin et de gore plus explicite (Saw et consorts sont passés par là !). Au passage, il enterre définitivement le 3è chapitre dans les tréfonds de l'au-delà. Sans toutefois égaliser avec son film fondateur, Scream 4 s'avère un excellent slasher toujours plus finaud que les remakes redondants et prouve par la même occasion que la copie ne peut valoir l'original ! (à une ou deux exceptions près peut-être !)

Dédicace à David Marchand, Gérald Shub-Niggurath, Damval Dulac et Caroline "Saw" Masson.

Les Chroniques de Screamhttp://brunomatei.blogspot.com/2011/04/scream.html
                               Scream 2http://brunomatei.blogspot.fr/2015/08/scream-2.html

23.04.11
Bruno Matéï

CHASSE SANGLANTE (HUNTER'S BLOOD)


de Robert C. Hughes. 1986. U.S.A. 1h41. Avec Sam Bottoms, Clu Gulager, Mayf Nutter, Joey Travolta, Ken Swofford.
FILMOGRAPHIE: Robert C. Hughes est un réalisateur, scénariste, producteur et compositeur de musique américain.
1986: Chasse Sanglante. 1988: Memorial Valley Massacre. 1989: Zadar ! Cow from hell. 1990: Down the Drain.

                                   

Dans la mouvance de Délivrance, Sans retour, Survivance, Trapped ou du méconnu mais oh combien excellent Rituals, Chasse Sanglante (à ne pas confondre avec le p'tit classique de Peter Collinson) est un pur film d'exploitation sorti un peu à la traine en rapport aux films-cités. Ce qui justement l'empêchera d'empreinter une certaine notoriété alors que ce petit B movie s'avère sympathique et pourvu d'un vrai sens du rythme dans sa partie revenge. Une bande de potes ont décidé de profiter de leur week-end pour partir à la chasse dans une contrée bucolique. Après s'être arrêté dans un bar miteux, ils ont une altercation avec quelques citadins alcoolisés. Sans se laisser influencer, l'un de nos touristes riposte dans une bagarre improvisée. Après cette violente rixe, ils décident de continuer leur route en partant se réfugier en pleine forêt pour camper loin de l'urbanisation. C'est alors qu'un groupe de rednecks bouseux, des braconniers sans scrupule, ont décidé eux aussi de les provoquer de façon beaucoup plus pernicieuse. Dès lors, une lutte meurtrière incessante pour la survie s'engage entre les deux camps. Pour ceux qui s'attendent à un long métrage original et créatif peuvent de suite passer leur chemin, le succédané dénué de prétention étant une simple série B efficacement troussée avec son lot de clichés éculés compromis au thème de la survivance.

                                     

Là ou de prime abord Chasse Sanglante attise l'attention c'est dans la sélection de comédiens de seconde zone bien connus des amateurs, à l'instar du frère cadet de l'acteur Timothy BottomsSam Bottoms (Josey Wales hors la loi, Apocalypse Now, Bronco Billy, Jardins de pierre), décédé le 16 Décembre 2008, Clu Gulager (l'inoubliable interprète du Retour des morts-vivants), Ken Swofford (Annie, Thelma et Louise, le Mystère Andromède) ou encore Billy Drago (le perfide salopard des Incorruptibles, Pale Rider, Invasion U.S.A, Vamp, Freeway). La narration académique est donc sommairement planifiée avec une sobre première partie nous amenant à prendre connaissance avec nos touristes entre deux échauffourées contre des machistes arriérés ! Paradoxalement, notre équipée de chasseurs n'est pas du genre à se laisser marcher sur les pieds et n'aura de cesse de se rebiffer contre ces autochtones primaires. Une idée plutôt contraire au traditionnel héros apeuré, inlassablement traqué par l'ennemi pour se laisser attendrir par la mort en guise d'épuisement. Mais c'est dans la seconde partie que Chasse Sanglante va pouvoir nous divertir et se présenter comme un survival efficacement mené grâce aux péripéties nerveuses. De surcroît, quelques effets gores percutants, comme ces impacts de balles explosant dans les chairs, sont harmonieusement mis en valeur par des FX plutôt réussis. Il y a d'ailleurs une séquence bluffante qui retient particulièrement l'attention lorsqu'un gars se fait littéralement aplatir la tronche par une balle de chevrotine tirée à bout portant ! La séquence extrême est toutefois éludée du hors champs mais sa résultante sanglante est réellement impressionnante de réalisme morbide. Un plan concis qui voit la victime inanimée sur le sol se mettre à convulser lors de ses dernières secondes de vie. Le côté débridé qui fait également le petit plus de cet aimable survival émane du groupe de tueurs régi par une famille inculte, attardés rejetons de l'Amérique rurale !


Hormis son scénario archi rebattu, ses facilités requises (le train de marchandise arrivant comme un cheveu dans la soupe) et grosses ficelles inhérentes au genre (comme ces deux héros se déliant facilement les main), Chasse Sanglante est une bonne surprise pour l'amateur de bisserie. De surcroît, malgré l'insuffisance des dialogues (la VF y est elle pour quelque chose ?), l'utilisation habile de ses scènes d'action sont adroitement exploitées au sein de son environnement forestier et parviennent à nous y impliquer avec une certaine émotion.

22.04.11.
B-D
                                 

jeudi 21 avril 2011

ESSENTIAL KILLING. Prix du jury à la Mostra de Venise 2010.

  

de Jerzy Skolimowski. 2010. Pologne, Norvège, Irlande, Hongrie.1H25. Avec Vincent Gallo, Emmanuelle Seigner, Nicolai Cleve Broch, Stig Frode Henriksen, David L. Price, Zach Cohen, Iftach Ophir, Tracy Spencer Shipp, Klaudia Kaca

PRIX DU JURY et PRIX D'INTERPRETATION à la MOSTRA de VENISE 2010.

Sortie en salles en France le 06 Avril 2011.

FILMOGRAPHIE SELECTIVE: Jerzy Skolimowski est un cinéaste polonais né le 5 mai 1938 à Lodz en Pologne.
1971: Deep end, 1972: Roi, dame, valet, 1978: Le Cri du sorcier, 1981: Haut les mains, 1982: Travail au noir, 1984: Succès à tout prix, 1986: le Bateau phare, 1989: Les Eaux printanières, 1991: Ferdydurke, 2008: 4 nuits avec Anna, 2010: Essential Killing.

                           

Par le réalisateur du Cri du sorcier, Travail au noir et de l'incroyable Deep end, le réalisateur polonais Jerzy Skolimowski s'essaie au genre du survival politisé en prenant le contre-pied des codes orthodoxes ciblant le récit d'aventures haletant, traditionnellement emballé dans une texture brutale pleine de vigueur.

En Afghanistan, un taliban est poursuivi par les forces américaines après avoir tué trois de leurs soldats. Rapidement interpellé et en attendant son prochain jugement, l'homme se retrouve dans un centre de détention pour être sévèrement torturé. Pendant son transfert, un camion qui le transportait va faire une embardée aléatoire pour se retrouver dans un fossé après avoir manqué de percuter un sanglier. Le prisonnier ligoté profite alors de cet accident meurtrier pour s'évader dans les entrailles d'une forêt.

                           

Dans le genre survival tempéré en pleine nature sauvage qui voit un fugitif affolé tenter de s'enfuir indéfiniment à travers les forêts contre une armée de soldats inflexibles pour l'appréhender, Essential Killing prend son récit à hauteur d'homme, sans esbroufe ni fioriture. Il narre de prime abord une aventure humaine prégnante et désespérée ne prenant jamais parti pour un anti-héros effrayé à l'idée de mourir et se laisser kidnapper par ses oppresseurs.
Dans une nature enneigée à l'atmosphère hivernale tangible, Mohamed est un tueur impitoyable perdu au beau milieu de ce vaste environnement hostile. C'est sa quête de survie qui va nous être conté dans une réalisation quasi expérimentale, prenant soin de faire évoluer son personnage dans cette contrée écologique avec un saisissant réalisme d'acuité.
Affamé, assoiffé et épuisé par les heures interminables de marche dans un froid aride, le taliban traqué par un cortège d'ennemis chevronnés accompagnés de leurs chiens loups va devoir retrouver un instinct primitif pour pouvoir subvenir à sa longévité. De façon clairsemé, le peu de nourriture qu'il trouvera à sa disposition se trouvera dans les écorces d'arbres, un nid de fourmis ou un arbuste de fruits empoisonnés. A moins d'envisager aux abords d'une route l'agression physique d'une femme bedonnante accompagnée de son bébé sur les bras, venant de trébucher maladroitement de sa bicyclette.
Dans ses exactions pernicieuses tolérées par l'acte meurtrier vilipendant des innocents, le spectateur rebuté ne sait jamais s'il doit éprouver une quelconque sympathie ou une empathie envers un personnage aussi dangereux. D'où ce refus coutumier des conventions balisées affichant un héros intrépide sans reproche.
C'est ce qui fait la force singulière de la trame mais aussi sa faiblesse pour le spectateur peu habitué à suivre l'aventure d'un anti-héros pernicieux sans pitié auquel il est difficile de s'identifier ! Et cela même si l'homme reste malgré tout profondément humain dans ses affections terrifiées par l'emprise de la solitude, la crainte ultime de la mort mais aussi la foi en son dieu, Allah (d'où ses cauchemars refoulés qui interviennent de façon récurrente).

                          

Jerzy Skolimowski pose donc matière à réflexion dans ce portrait peu glorieux d'un homme obligé de commettre le pire (le crime) pour assurer le prolongement de son existence. Cette introspection sur l'instinct de survie tend à nous poser la question existentielle sur l'acceptation de s'octroyer au Mal afin de sauvegarder notre présence sur terre. Il tend à interpeller avec cette question essentielle: serions nous, nous aussi, capable de commettre de telles fraudes crapuleuses pour notre amour propre et ainsi sauver de manière égocentrique notre précieuse existence ?
                        
Dans le rôle de Mohamed, le prodigieux Vincent Gallo n'a pas volé son prix d'interprétation à Venise tant sa prestance innée d'ennemi redouté nous impressionne dans sa véracité à démontrer de manière corporelle son calvaire pour tenter de survivre dans un environnement naturel polaire.
Tour à tour apeuré, effrayé, anxieux, halluciné, voir incommodé de gêne et de honte quand il se voit accueilli par une femme sourde et muette, l'acteur laisse transparaître ce florilège d'émotions frêles avec une aura viscérale particulièrement palpable.

                           

Clôturant de façon cruelle son épilogue de manière brute et inopinée, Essential Killing est un survival insolite d'une belle rigueur, soigneusement mis en scène dans une structure niant le caractère spectaculaire ou l'action traditionnellement trépidante. 
L'interprétation habitée de Vincent Gallo et sa réflexion sur la moralité de la survie culminent à un récit dramatique inhabituel et anticonformiste.

21.04.11
Bruno Matéï.

mercredi 20 avril 2011

LA JEUNESSE DU MASSACRE (I ragazzi del massacro)


de Fernado Di Leo. 1969. Italie. 1H36. Avec Pier Paolo Capponi, Marzio Margine, Renato Lupi, Enzo Liberti, Michel Bardinet, Danika La Loggia.

FILMOGRAPHIE: Fernando Di Leo est un réalisateur, scénariste et acteur Italien né le 11 Janvier 1932 à San Ferdinando Di Puglia en Italie, mort le 1er Décembre 2003.
1964: Gli Eroi di ieri, oggi, domani, 1968: Rose rosse per il fuehrer, 1969: la Jeunesse du massacre, Pourquoi pas avec toi, Amarsi male, 1971: la clinique sanglante, 1972: Milan calibre 9, 1972: l'Empire du crime, 1973: le Boss, La Seduzione, 1974: salut les pourris, Sesso in testa, 1975: Ursula l'anti-gang, La citta sconvolta: caccia spietata ai rapitori, 1976: Gli Amici di Nick Hezard, 1976: I padroni della città, 1977: Diamanti sporchi di sangue, 1977: les insatisfaites poupées érotiques du docteur Hitchcock, 1978: Avere vent'anni, 1980: Vacanze per un massacro, 1981: l'Assassino ha le ore contate (tv), 1982: Pover'ammore, 1984: Razza violenta, 1985: Killer Contro Killers.

                          

Avant une multitude de polars italiens bien connus des amateurs, le débutant Fernando Di Leo réalise en 1969 un drame à suspense assez inopiné pour le genre stigmatisant une société tendancieuse auquel évolue une bande de gamins responsables du meurtre crapuleux de leur professeur de cours. 

Durant un cours de classe, une jeune professeur de collège se fait sauvagement agressée pour être ensuite violée et assassinée par une bande d'élèves alcoolisés issus de milieux défavorisés. Le commissaire Duca Lamberti est persuadé qu'un odieux commanditaire serait le vrai responsable de ce massacre organisé. Reste à savoir qui est le fameux coupable présumé !

                           

Ce film resté inédit en salles en France possède une aura particulière (à l'image de son prélude introductif particulièrement glauque et dérangeant, bien que suggéré) dans son enquête criminelle confrontée à une bande de gamins délinquants qui, après s'être enivrés, ont décidé de violer et tuer une jeune femme en toute gratuité. Du moins en apparence, car l'investigation de notre inspecteur de police finira par le mener vers une intrigue perfide auquel le véritable coupable possède un vrai mobile qui l'aura poussé à commanditer et perpétrer un tel crime sauvage.
Un à un, les jeunes mineurs vont être inlassablement interrogés par le commissaire Lamberti avide de justice équitable mais expéditive sans éluder de méthodes quelques peu immorales dans les humiliations verbales et implicites subies contre les jeunes accusés. Malencontreusement, aucun des garnements ne décide de divulguer quoi que ce soit au leader hiérarchique, en dehors d'un élève à l'homosexualité douteuse, terrifié à l'idée de moucharder ses camarades pour se retrouver ensuite mystérieusement assassiné !
Lamberti décide alors l'opération de la dernière chance. C'est à dire s'attribuer d'un des accusés en question pour l'emménager sous sa responsabilité le temps de quelques jours afin de le sociabiliser. Une manière finaude de le réinsérer dans la société en lui faisant mener une vie plus aisée, commode et dénuée de contraintes. Un subterfuge à ce que l'adolescent mis en confiance et réconforté par ces nouveaux biens matériels puisse finalement avouer le véritable coupable incriminé.

                         

Fernando Di Leo ne manque pas d'illustrer le caractère précaire d'adolescents milanais provocateurs et insouciants, livrés à eux mêmes auquel les parents au chômage s'enlisent lamentablement dans la dépendance de l'alcool et la déchéance qui s'ensuit. C'est une société aussi laxiste qu'hypocrite qui est ciblée dans son attitude sournoise à vouloir boucler au plus vite une affaire embarrassante impliquant des adolescents paumés et révoltés. Le chômage, la drogue, l'alcoolisme, la démission parentale sont pointés du doigt afin de responsabiliser notre aristocratie engendrant ces criminels régulièrement issus d'un milieu désavantagé.

Dans le rôle du commissaire drastique, Pier Paolo Capponi est parfait de charisme viril dans la peau d'un homme de loi assidu et déterminé à vouloir incriminer le haut responsable de ce massacre gratuit. Consciencieux et plutôt malicieux dans sa quête de découvrir l'horrible vérité par l'entremise d'un adolescent conditionné, son enquête le mènera vers une résolution fortuit pathétique dans son mobile présumé.

                         

Bien interprété, réalisé avec dextérité et adroitement mené avec un sens du suspense impeccablement structuré, La Jeunesse du massacre est un excellent drame opaque à l'ambiance insolite sous-jacente inhabituelle.
Son final est d'autant plus dérangeant dans la révélation du meurtrier qu'il fait appel à une réminiscence dévoilant les véritables circonstances du fameux viol rendu explicite. Une scène difficilement oubliable dans la maestria de sa mise en scène impliquant une multitude de cadrages tarabiscotés et soutenus par une bande son criarde irritante. La constance de bruitages confinés aux tambourins et autres instruments stridents mais surtout le son assourdissant évoquant une clef éraflant continuellement la carrosserie rouillée d'une voiture. A découvrir !

NOTE: Egalement connu sous les titres "Naked Violence", "L'Exécution", "La Fiancée de la Mort".

20.04.11.
Bruno Matéï.

LA NUIT DES ALLIGATORS (The Penthouse)


de Peter Collinson. 1967. Grande Bretagne. 1h36. Avec Suzy Kendall, Terence Morgan, Tony Beckley, Norman Rodway.

FILMOGRAPHIE: Peter Collinson est un réalisateur anglais né le 1 Avril 1936 et décédé le 16 Decembre 1980.
1967: The Penthouse, 1968: Up the Junction, The long day's Dying, 1969: The Italian Job, 1970: You can't win'em all, 1971: Fright, 1972: Straight on till Morning, Innocent Bystanders, 1973: The man Called Noon,
1974: La Chasse sanglante, And then ther were none, 1975: The Spiral staircase, 1976: Target of an assassin, The sell-out, 1978: Tomorrow never comes, 1979: The House on Garibaldi street, 1980: The Earthling.








Dans un studio luxueux, Bruce et sa maîtresse Barbara abritent leurs amours clandestines. Surviennent deux faux employés du gaz, Tom et Dick. Bruce est ligoté, Barbara enivrée. La peur s'installe...

mardi 19 avril 2011

LES CHEMINS DE LA LIBERTE (The Way Back)


de Peter Weir. 2010. U.S.A. 2H15. Avec Jim Sturgess, Ed Harris, Saoirse Ronan, Colin Farell, Mark Strong, Gustaf Skarsgard, Alexandru Potocean, Sebastian Urzendowsky.

Sortie en salles en France le 26 Janvier 2011.

FILMOGRAPHIE: Peter Weir est un réalisateur australier né à Sydney en Autralie le 21 Aout 1944.
1974: Les Voitures qui ont mangé Paris. 1975: Pique-nique à Hanging Rock, 1977: La Dernière Vague, 1981: Gallipoli, 1982: l'Année de tous les dangers, 1985: Witness, 1986: Mosquito Coast, 1989: Le Cercle des poètes disparus, 1990: Green Card, 1993: Etat Second, 1998: The Truman Show, 2003: Master and commander, 2011: Les Chemins de la Liberté.

                          

Sept ans après Master and commander, grand spectacle maritime qui décrivait le combat acharné, en 1805, d'un navire de la Royale Navy contre l'Acheron, frégate de corsaires français subordonnés à l'armée napoléonienne, Peter Weir nous retrace avec les Chemins de la liberté l'odyssée véridique d'une poignée de prisonniers échappés d'un goulag en Sibérie.
Le film est tiré du roman de Slavomir Rawicz, "The Long Walk : The True Story of a Trek to Freedom"

En 1940, un groupe de prisonniers de guerre décide de s'échapper d'un camp de travail en Sibérie. Dans des conditions précaires épouvantables et une fatigue constante confinant à l'épuisement mortel, ils vont devoir marcher pendant plus de 6500 kms à travers l'URSS, la Mongolie, le Tibet et l'Inde occupée par les anglais. Seuls, trois prisonniers auront la chance d'accéder à destination.

                          

Avec un souci de réalisme brut et rugueux et l'intensité d'un sens épique rappelant les grandes épopées lyriques du cinéma vintage, Peter Weir s'accapare d'un récit véridique implacable ayant eu lieu durant la seconde guerre mondiale. Il dépeint avec la fébrilité d'une émotion bouleversante l'impensable périple d'un groupe de prisonniers de nationalités diverses délibérés à retrouver leur liberté en fuyant le régime stalinien.
Pour cela, ils devront traverser quatre pays occupés par un communisme totalitaire et affronter dans une forme physique davantage amoindrie le froid glacial de Sibérie, la chaleur suffocante du désert de Mongolie, reconquérir les neiges du Tibet pour enfin trouver refuge et sérénité dans le pays de l'Inde toléré par les anglais.

De prime abord, le réalisateur nous oppose dans sa première partie à l'impitoyable condition de vie inhumaine des prisonniers polonais et d'autres horizons. Travaux forcés en extérieur, en plein froid glacial sous les tempêtes de neige rigoureuses ou dans le refuge caverneux des souterrains d'une mine irrespirable. Alors que leur règle d'hygiène déplorables entraînant les maladies infectieuses, les rations alimentaires réduites au strict minimum et les règlements de compte entre travailleurs faméliques vont amoindrir chaque jour leur frêle chance de survie.
Ce préambule impressionnant de vérité sordide dans une mise en scène entièrement allouée à l'humanité désespérée de ces personnages nous entraîne déjà dans la moiteur d'un enfer glauque où l'on perçoit de manière viscérale l'odeur de la déchéance putride et leur douleur morale fustigée.

                          

La suite nous embarque dans une escapade inlassable auquel un groupe d'hommes audacieux ont décidé de s'échapper de leur bagne pour retrouver la liberté. Ils vont devoir communément s'aventurer à travers l'immensité des forêts sauvages déployant des collines à perte de vue, les déserts arides et desséchés, inertes de présence humaine, et les rangées de montagnes élevées à une altitude dantesque.
Durant leur cheminement ardent, ils vont rencontrer la seule jeune femme polonaise échappée d'un camp adverse pour finalement accepter sa venue aléatoire et parcourir des milliers de kilomètres de marche à pied.
Avec une rare puissance dramatique, cette seconde partie introspective, saisissante d'authenticité dans l'illustration décharnée de la condition physique et morale de nos protagonistes, le réalisateur nous retransmet avec force et réalisme abrupt une leçon de survie qui dépasse l'entendement ! Durant la majorité de leur trajet mortifère, nous sommes témoins à contempler la terrible quête d'emprise de liberté d'hommes affamés, assoiffés, épuisés par le froid, la faim, la maladie, la sécheresse et une fatigue davantage éreintante. Peter Weir apporte un soin sensitif à ausculter cette lente agonie humaine désespérément esseulée face à l'hostilité de la nature environnante, affrontant les pires situations extrêmes avec un courage surhumain suspectant un suicide collectif.

Il faut respectueusement saluer la prestance des comédiens chevronnés, littéralement habités par leur rôle !Que ce soit Collin Farel dans un second rôle putassier de salaud pernicieux, Ed Harris en sexagénaire mature ne se fiant qu'à sa rudesse d'esprit et Jim Sturgess en leader impromptu, loyal et valeureux, déterminé à retrouver sa femme pour lui pardonner une ignoble trahison.
Enfin, je ne manquerai pas d'évoquer la bouleversante interprétation de Saoirse Ronan (The Lovely Bone) dans celle d'une jeune polonaise aussi inflexible que fragile à vouloir se mesurer contre ses coéquipiers. Sa nécessité inhérente à prouver à la gente masculine son courage improbable de dépasser ses capacités physiques et psychologiques jusqu'à un inéquitable point de non retour.

                        

Tournés dans les magnifiques régions de Bulgarie, d'Inde, du Maroc et de l'Australie déployant leur trésor de magnificence naturelle pour leurs paysages solennels, Les Chemins de la liberté est un humble témoignage de ce que l'être humain est capable de surpasser pour tenter de retrouver sa dignité et sa liberté immolée. Véritable hymne au dépassement de soi, hommage à la solidarité de l'amitié et à ceux qui auront survécu, cette histoire vraie terriblement cruelle est une expérience humaine viscérale, un récit initiatique bouleversant sublimant l'instinct de courage au gré de l'autonomie. Inoubliable, à l'image prégnante de ces retrouvailles inespérées pour un final exutoire dont on ne sortira pas indemne.

19.04.11
Bruno Matéï.