jeudi 7 avril 2011

L'ENFANT DU DIABLE (The Changeling)


de Peter Medak. 1980. U.S.A. 1h50. Avec George C. Scott, Trish Van Devere, Melvyn Douglas, Jean Marsh, John Colicos, Barry Morse, Madeleine Thorton-Sherwood, Helen Burns, Frances Hyland.

Sortie en salle en France le 29 Octobre 1980. U.S.A: 28 Mars 1980.

FILMOGRAPHIE: Peter Medak est un réalisateur et producteur hongrois né le 23 Décembre 1937 à Budapest (Hongrie). 1968: Negative, 1972: A day in the death of Joe Egg, 1973: Ghost in the noonday sun, 1978: The Odd job, 1980: l'Enfant du diable, 1981: la Grande Zorro, 1986: The Men's club, 1990: la Voix humaine, 1993: Romeo is bleeding, 1994: Pontiac moon, 1998: la Mutante 2.

                                     

Quelques mois après la sortie du grand succès public Amityville, la maison du diable, les producteurs Garth H. Drabinsky et Joel B. Michaels proposent pour 7,6 millions de dollars le nouveau projet d'un film de maison hantée. C'est à Peter Medak qu'en incombe la tâche, metteur en scène canadien ayant déjà fait ses preuves avec les séries T.V Amicalement Votre, Cosmos 1999 et quelques longs-métrages parmi lesquels Negative et A day in the death of Joe Egg. Tiré d'un scénario de Russel Hunter auquel le récit serait fondé sur des évènements réels (ah, ah, si j'ose dire !), l'Enfant du diable (encore un titre trivial pour rameuter les foules !) puise sa force et son intensité grâce à un solide alibi narratif en compromis avec les ambiances lourdes d'une angoisse diffuse. Et ce au mépris de l'artillerie de la surenchère trop habituelle chez les producteurs margoulins. John Russel vient de perdre sa femme et sa fille lors d'un tragique accident de voiture. Lourdement éprouvé et après 4 mois de deuil, il quitte son foyer pour s'installer dans l'état de Washington et occuper un poste d'enseignant mélomane. Réfugié dans une vaste demeure en louage, il est bientôt témoin de phénomènes inexpliqués. Après un prélude d'une sobre intensité lors d'une tragédie accidentelle percutant de plein fouet une mère et sa fille face au témoignage impuissant du père, Peter Medak nous plonge furtivement dans l'environnement d'une vaste demeure où chaque pièce aphone semble pénétrée d'une présence occulte.

                 
La suite des évènements n'est qu'une succession d'incidents inexpliqués et d'énigmes à résoudre que John tentera de démystifier. Croire à l'incroyable, l'art de narrer une douloureuse histoire d'infanticide bâtie sur la psychologie de ces personnages se taillant de façon impromptue une carrure d'investigateurs afin de démanteler un tortionnaire jamais condamné ! Telle est la puissance de suggestion lorsque le metteur en scène s'efforce de nous convaincre (sans fard) d'une présence surnaturelle tapie dans les recoins d'une bâtisse au lourd secret. La sobriété des comédiens à l'humanisme fléchissant mais néanmoins sagace engendrant notamment une inévitable compassion face à l'épouvantable tragédie qui se dessine doucement devant eux ! Passée la première partie captivante de par son esthétisme ocre envoûtant et l'atmosphère anxiogène qui y émane autour d'un étrange mutisme, sa trajectoire narrative s'enrichit ensuite d'une passionnante investigation criminelle à la dramaturgie aussi poignante que détonante. Peter Medak exploitant à merveille ses rebondissements crapuleux sans user de gratuité si bien que l'intrigue charpentée ne fait qu'élucider au compte goutte les tenants et aboutissants d'un crime infantile toléré par une sommité sans vergogne. Dans celui du père accablé assorti d'une noble pudeur dans son refus de s'y morfondre, George C. Scott diffuse une dimension empathique dépouillée auprès de sa détermination à daigner coûte que coûte rétablir l'ultime vérité Spoil ! compromettant un notable si réputé. Sa lourde tâche de délivrer l'âme d'un enfant martyr s'avérant d'autant plus ardente et épineuse qu'il s'opposera vaillamment aux forces surnaturelles jusqu'au point d'orgue autrement explosif. Fin du Spoil.

                                     

Ponctué de séquences impressionnantes Spoil ! (la séance de spiritisme, la découverte du puits ou celle de la pièce du grenier, la noyade de l'enfant dans la baignoire, les inductions murales, la balle ricochant dans l'escalier) fin du Spoil, The Changeling idéalise avec noblesse et maturité le  fantastique le plus imputrescible, à l'instar de ses congénères La Maison du Diable, les Innocents, Ne vous retournez pas, Trauma ou encore de l'inoubliable Le Cercle Infernal. La fragilité de son intrigue générant un poids dramatique insupportable lorsqu'il s'agit de lever le voile sur une innocente disparition, le charisme robuste de George C. Scott en père endeuillé désireux de se porté garant héroïque, son magnétisme formel et surtout l'atmosphère d'angoisse exploitant à merveille une scénographie gothique s'harmonisent au profit d'un surnaturel aussi lancinant qu'éthéré. 

Récompenses: Prix du Meilleur acteur (George Scott) au Fantafestival 1982.
Prix génie du meilleur film, Genie Awards de la Meilleure photographie, Meilleur son, Meilleure direction artistique, Meilleur acteur étranger (George Scott), Meilleure actrice étrangère (Trish Van Devere), Meilleur scénario et Meilleur son en 1980

* Bruno
07.04.11. 4


4 commentaires:

  1. C'est un des rares films de cette époque que je n'ai vu qu'une fois et pour cause je n'ai jamais eu de copie VHS à moi à l'époque.Honte à moi,puisque le dvd zone 1 ne coute que 5 petits dollars aujourd'hui( http://www.amazon.com/Changeling-George-C-Scott/dp/0783116926/ref=sr_1_1?ie=UTF8&s=dvd&qid=1302259608&sr=8-1 )
    Donc achat immédiat! J'ai très peu de souvenirs de ce film en plus,je me souviens bien du passage avec la boite à musique mais c'est tout.Je le met en tête de liste de mes visionnages du mois prochain ;)

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  2. Un excellent film de maison hantée, en effet. George C. Scott y est, comme toujours, très très bon. Vous faites encore une fois très bien de rappeler toute la valeur de ce film, bien trop méconnu à mon goût.

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  3. Sans doute l'un des deux ou trois meilleurs films du genre (que j'accouplerais avec "La Sentinelle des Maudits" et "Burnt Offerings"). Une merveille jouant sur l'aspect visuel et sonore comme peu sont en mesure de le faire aujourd'hui. La preuve qu'il n'y a pas besoin, d'une myriade d'effets-spéciaux pour créer un sentiment d'angoisse. Très bel article, bravo!

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  4. Merci Laurent ! ^^ (et de ton avis pour l'estampiller dans les meilleurs du genre)

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