samedi 30 juillet 2011

LEGITIME DEFENSE


de Pierre Lacan. 2010. France. 1h25. Avec Jean-Paul Rouve, Claude Brasseur, Olivier Gourmet, Marie Kremer, Gilles Cohen, Michel Ardouin, Franck Tiozzo

Sortie en salle le 16 Mars 2011.

FIMOGRAPHIE: Pierre Lacan est un acteur, scénariste et réalisateur français
1999: Combien tu m'aimes (court)
2000: Sommeil Profond (court)
2002: Les Corsps solitaires (court)
2004: Frédérique amoureuse (court)
2011: Légitime Défense

                        

Hommage subjectif d'un puriste amateur de polar.
Pour son premier long-métrage, tiré du roman Terminus Plage de Alain WagneurPierre Lacan renoue avec le polar des années 80 avec un ton réaliste sans esbroufe, dans le sillage du cinéma de Alain Corneau, Pierre Granier-Deferre ou encore Maurice Pialat. Il ose confier à son interprète principal, Jean Paul Rouve, un rôle dramatique à contre-emploi d'une surprenante sobriété naturelle.  

Un père de famille inhibé va se retrouver embarqué dans une intrigue criminelle depuis que son paternel, ancien détective privé, a mystérieusement disparu. Recherché par une bande de malfrats véreux, il va devoir faire face à de lourdes responsabilités et découvrir le passé d'un père corrompu.

                           

Baignant dans une atmosphère réaliste et blafarde, Légitime Défense est un louable polar qui tente de renouer avec les ambiances naturalistes d'antan dans une mise en scène froide, sans fioriture, d'une violence tranchante, rehaussant ainsi son caractère austère et abrupt.
L'histoire morose de ce novice père de famille qui va au fil de son cheminement découvrir le sombre passé de son géniteur putassier ose ancrer un récit tortueux, laissant large part au profil de personnages indociles anti conventionnels. Des protagonistes en apparence aimables et dociles mais bonimenteurs, sans scrupule, baignant dans l'illégalité au profit de l'orgueil et la cupidité. Le trio de mafieux incarné par des acteurs au charisme prégnant exacerbe aussi la tension entretenue durant la conduite narrative avant leurs accès de violence incontrôlée d'une brutalité laconique (la cause animale est aussi largement réprimandée !).
Le scénario à l'intérêt constant est suffisamment ordonné pour surprendre en intermittence dans les rebondissements assénés alors que le personnage principal va lentement s'octroyer d'un certain aplomb au fil des déconvenues endurées pour se transformer contre son gré en héros vaillant impromptu. Ce qui permet de culminer vers un point d'orgue haletant, couillu (la scène du nouveau-né en offusquera plus d'un !) particulièrement éprouvant dans les exactions tolérées d'un mafieux cynique prêt à tout pour s'approvisionner d'un butin fructueux.

                         

Il y avait de quoi être dubitatif face au choix fortuit d'un acteur de la trempe de Jean-Paul Rouve, habitué aux rôles de comique saugrenu dans des comédies légères bon enfant. Il trouve ici une composition naturelle surprenant de tempérance dans son esprit flegmatique et semble même rappeler dans sa physionomie candide un monstre du cinéma, Patrick Dewaere. Peu affirmé, discret et effacé face à un monde d'adultes mécréants, il endosse au fil de son initiation une personnalité davantage valeureuse face aux révélations dramatiques qui empiètent sans outrance l'intrigue. On retrouve avec plaisir l'ancien briscard Claude Brasseur endossant le personnage solitaire d'un retraité alcoolique entouré d'animaux de compagnie dans une maison précaire. Bouffi, buriné et lassé d'une vie monotone, son aide fraternelle (implicitement suicidaire) parmi notre héros perplexe amplifie l'ambiance nonchalante, grisonnante qui émane de son identité meurtrie. Enfin, Olivier Gourmet est absolument remarquable dans celui du leader crapuleux sans aucune éthique pour parvenir à ses fins dans la quête frauduleuse d'une valise contenant un budget de 900 000 euros. Impassible, narquois et insidieux, il impressionne avec véracité innée un personnage ordurier avec une foi inébranlable.

                           

Correctement réalisé malgré une inexpérience dans l'action spectaculaire (la course poursuite automobile horriblement mal filmée est dévalorisée par un montage hasardeux), caractérisé par de formidables acteurs à la trogne inflexible, Légitime Défense séduit et surprend dans son caractère rugueux, éludé d'ornement. Le genre de petit polar passé inaperçu qui mérite pourtant que l'on s'y attarde tant il renoue avec respect et sincérité à une époque révolue de film noir ancré dans l'authenticité austère et la verdeur succincte. Et on peut dire que Jean Paul Rouve détonne admirablement dans un rôle en demi-teinte de père discrédité renouant favorablement avec dignité avec l'amour parental.  

30.07.11
Bruno Matéï.

jeudi 28 juillet 2011

LES NUITS ROUGES DU BOURREAU DE JADE (Le Notti Rosse Del Boia Di Jade)


de Julien Carbon et Laurent Courtiaud. 2009. France/Hong-Kong. 1h41. Avec Carole Brana, Carrie Ng Ka-Lai, Frédérique Bel, Jack Kao Kuo-Hsin, Kotone Amamiya, Maria Chan Chai-ïng, Stephen Huynh, Tony Ho Wah-Chiu.  

Sortie en salles en France le 27 Avril 2011.

FILMOGRAPHIE: Julien Carbon et Laurent Courtiaud sont deux réalisateurs et scénaristes français, travaillant en duo à Hong-Kong.
2011: Les nuits rouges du bourreau de Jade.

                         

Hommage subjectif d'un puriste amateur de Giallo.
Julien Carbon et Laurent Courtiaud sont deux français passionnés de cinéma de genre qui ont réussi à fonder avec leur leader Christophe Gans une revue de cinéma asiatique, parue en France (HK Orient Extrême). Ils se sont ensuite exilés à Hong-Kong afin d'occuper le poste de scénariste pour le compte de la société de Tsui Hark, Film Workshop. Ils peaufinent donc communément l'écriture de films comme Running out of the Time, Black Door, Black Mask 2 ou encore le Talisman
En 2007, ils se mettent à leur propre compte pour ériger une maison de production, Red East Pictures, en collaboration avec la réalisatrice Kit Wong, et ainsi pouvoir réaliser leurs propres longs.

Dans le Hong-Kong contemporain, Carrie est à la recherche d'un fameux élixir au poison létal que le Bourreau de Jade détenait à l'époque du 1er empereur de Chine. Il torturait ainsi ses victimes paralysées à l'aide de griffes fourchues, en guise de douleurs incommensurables. Catherine, une jeune française recherchée par la police possède ce venin également convoité par un groupe de mafieux régit par Mr Ko. Avec la complicité de Sandrine, la fugitive va tenter de rencontrer la prêtresse de la douleur sensitive pour conclure un juteux marché.

                          

Ca démarre fort avec une séance érotico morbide d'une chétive sensualité formelle. Une jeune asiatique d'une beauté gracile affinée est volontairement soumise pour subir les caprices masochistes de Carrie, une femme fascinée par les exactions meurtrières du bourreau de jade. Derrière ce mythe d'une époque ancestrale, cet homme puissant pratiquait sur ses victimes des tortures insensées après les avoir paralysé à l'aide d'un puissant poison inhalé, décuplant ainsi la souffrance offerte aux victimes. Après une mise en scène emphatique savamment concoctée pour séduire les sens corporels d'une jeune désireuse, celle-ci est finalement recouverte sur toute la partie du corps d'un film de latex couleur corbeau. Après avoir à une nouvelle reprise enveloppé la témoin de cette combinaison caoutchouteuse, Carrie décide de passer au stade supérieur en obstruant la respiration de la victime et ensuite l'éventrer à l'aide de griffes aussi aiguisées que des lames de rasoir. Le sang velouté s'échappant ainsi douceureusement du corps opaque de la victime transie, livrée à sa guise !
C'est ensuite qu'apparaît Catherine, blonde pulpeuse suspicieuse depuis qu'elle est recherchée pour meurtre par la police hongkongaise. Après avoir dérobé un mystérieux objet dans une antiquité, celle-ci ne soupçonne à aucun moment que le produit en question se révèle être la potion tant fantasmée par la pêcheresse éhontée et certains individus véreux. Dans une ville nocturne fantasmagorique, les deux femmes opiniâtres et pugnaces vont se croiser, se heurter et s'affronter pour une quête suprême et lucrative. 

                          

Dans une structure narrative quelque peu désordonnée, voire hésitante, Les Nuits Rouges du Bourreau de Jade est avant tout un spectacle esthétique d'une beauté atypique ! Somptueux décors baroques et variante de couleurs criardes réunies dans un même décor renvoient bien évidemment au cinéma d'Argento ou de Bava alors que les protagonistes majeurs semblent hérités d'Alfred Hitchock ou Jean Pierre Melville. Blonde fatale, tueuse sadienne à la perversité sans limite et mafieux sans pitié vont s'affronter dans un jeu de cache-cache nocturne à travers une ville tentaculaire pour le plaisir masochiste du meurtre stylisé. On peut aussi songer dans les péripéties accordées aux serials d'antan, à Fu-Manchu et aux polars hongkongais majestueusement chorégraphiés (comme ce final aléatoire où les ripostes de gunfight sont vigoureusement échevelées et chevronnées).
On sera aussi admiratif devant la poésie morbide qui émane de certaines scènes gores d'une nuance érotique sous-jacente. Où les corps dénudés, frêles et dociles sont offerts à la guise d'une mégère délétère au sadisme épuré. La réalisation virtuose est précise, consciencieuse, immaculée dans l'art pictural de filmer des séances masochistes inscrites sur une facture flamboyante et baroque.

On peut saluer la prestance caustique de Carrie Ng Ka-Lai (The Lovers, City on Fire) qui envoûte aisément l'écran à chacune de ses exactions perpétrées pour la quête du plaisir pervers et sadique. Ou quand l'acte meurtrier se révèle sous son esprit incongru et son charme vénéneux comme un art suprême à part entière. La ravissante Frédérique Bel en blonde pulpeuse tout droit sortie d'un suspense Hitchcockien possède un charme et une présence charismatique assez particulière dans sa posture élevée. Mais la manière dont elle gesticule ses tirades verbales nuit un peu de sa prestance honorable, injustement décriée à sa sortie (de mon point de vue affecté).

                            

Esthétiquement sublime et enivrant, Les Nuits rouges du Bourreau de Jade est un exercice de style parfois hésitant, maladroit (le jeu des comédiens français est une fois de trop instinctivement théâtral), mais bourré de bonnes intentions dans son hommage giallesque à tout un pan du cinéma transalpin expatrié dans une culture asiatique florissante. Sa narration aurait peut-être gagnée à être un peu plus dense, ordonnée et ambitieuse mais la puissance érotico-sensuelle de certaines scènes clefs et l'imagerie gore raffinée qui en émanent renvoient aux plus belles heures de gloire d'illustres maîtres comme Dario Argento. Alors que son inopiné final immoral pourra en rebuter plus d'un !

28.07.11
Bruno Matéï.
  

mercredi 27 juillet 2011

WOLFEN. Prix Spécial du Jury à Avoriaz 1982.

                      
de Michael Wadleigh. 1981. U.S.A. 1h54. Avec Albert Finney, Diane Venora, Edward James Olmos, Gregory Hines, Tom Noonan, Dick O'Neill.

Sortie en salles U.S: 24 Juillet 1981. France: 3 Mars 1982

FILMOGRAPHIE: Michael Wadleigh est un directeur de la photographie et réalisateur américain né le 24 septembre 1939. 1970: Woodstock. 1981: Wolfen. 1990: Woodstock: the Lost Performances (vidéo). 1999: Jimi Hendrix: live at Woodtock.

                                       

"Dans son arrogance, l'homme ne sait rien de ce qui, sur terre, défie l'imagination. Une vie aussi certaine que notre mort ! Une vie qui se nourrit de nous, comme nous nous nourrissons de cette terre !"

Onze ans après son documentaire fleuve sur le festival de Woodstock (rassemblement hippie autour d'un concert musical historique), Michael Wadleigh réalise en 1981 son unique long-métrage, Wolfen, tiré du roman de Whitley Strieber. Echec public à sa sortie, faute d'avoir été vendu comme un divertissement d'horreur lucratif, le film séduit tout de même le jury d'Avoriaz qui lui décerne le Prix Spécial du Jury un an après sa sortie. A New-York, après avoir inauguré la future construction d'un gros projet immobilier, un homme d'affaire, son épouse ainsi que leur chauffeur sont retrouvés sauvagement assassinés. L'inspecteur Dewey est chargé de l'enquête auprès d'une jeune psychologue, spécialiste des profils terroristes. Par le biais d'experts légistes, ils découvrent que des poils d'animal ont été retrouvés sur les corps des victimes. Ils font alors appel à un spécialiste des loups tandis que la population indienne du Bronx est bientôt suspectée des meurtres.   

                                  

Sorti en pleine frénésie des films de loups-garous, juste après les classiques contemporains Hurlements (1980) et Le Loup-Garou de Londres (1981), Wolfen aura dupé une partie de son public qui s'attendait sans doute à un nouveau choc visuel en matière d'effets-spéciaux virtuoses et de maquillages révolutionnaires. Que nenni, Wolfen jouant la carte de la suggestion et de la sobriété. La
subtilité est ici de mise puisque l'argument potentiellement fantastique est devancé par une intrigue policière à suspense avant de nous orienter vers un sous-texte socio-écolo sur la nature dépréciée de notre civilisation moderne. Notamment la relation spirituelle qu'entretiennent les indiens et les loups, communément exterminés depuis l'arrivée des européens lors d'une époque ancestrale. Le prélude, anxiogène puis fatalement cinglant, nous illustre la virée nocturne d'un notable, sa femme et leur chauffeur, violemment agressés par une présence interlope en interne d'un parc. Mystère diffus, présence hostile tapie dans l'ombre avant qu'une estocade sanglante ne vienne soutirer la vie de ces occupants. Le lendemain, la police dépêchée sur les lieux recrute l'inspecteur Dewey affilié à une jeune psychologue pour tenter de résoudre cette nouvelle affaire criminelle. Après avoir suspecté la nièce de l'entrepreneur Christopher van der Veer, une militante anti-terroriste, le duo s'oriente du côté d'un expert en animalerie, Ferguson, si bien que des poils d'un mammifère sauvage ont été retrouvés sur les plaies des victimes.

                                      

Avec une économie de moyens et l'intelligence d'un scénario charpenté, Wolfen tient à nous sensibiliser sur la condition précaire de la communauté indienne ayant vécu auprès de la fidélité des loups durant plus de 20 000 ans. Une conjonction ancestrale établie en pays Américain avant le massacre planifié des européens. L'intronisation de cette ethnie aura donc été ébranlée par ces étrangers opportunistes avilissant leurs terres sacrées. Mais le loup, demi-dieu au pouvoir singulier, a tout de même réussi à prendre le maquis pour se réfugier dans les taudis délabrés, à l'abri de leurs bourreaux opportunistes toujours aptes à ériger les grandes mégalopoles. En l'occurrence, ces canidés auront décidé de défendre et réaffecter leur restant de territoire (une église abandonnée, symbole d'havre de paix !) pour tenter d'y survivre en sacrifiant les malades incurables ou les laisser pour compte. Pour rendre crédible leur présence menaçante constamment à l'affût, Michael Wadleigh utilise un procédé visuel original souvent réalisé en caméra subjective, à la louma mais aussi à la steadycam. Des mouvements de caméra fluides et rapides permettant de suggérer la présence animale en vision thermique. C'est à dire qu'à travers leur regard, les sources de chaleur que dégagent les victimes observées sont caractérisées par des couleurs fluctuantes que le réalisateur réussit efficacement à contraster. Alors que leur déplacement perçu dans un rayon de quelques mètres fait audiblement écho sous l'ouïe sensitive des mammifères. En dehors de cette enquête passionnante riche en anecdotes scientifiques et péripéties inopportunes, on ne manquera pas de citer l'altercation échevelée du film. Un point d'orgue explosif particulièrement intense lorsqu'une meute de loups encercle nos protagonistes en plein centre urbain. D'ailleurs, un effet gore du plus bel effet (que la production avait décidé d'imposer !) rajoute au caractère spectaculaire et brutal de la future estocade. En prime, la manière virtuose dont le cinéaste filme ses splendides mammifères au regard perçant captive le public fasciné par leur silhouette quasi surnaturelle !

                                      

Superbement réalisé parmi la contribution musicale du score fragile de James Horner et dominé par le charisme tranquille d'Albert Finney, Wolfen symbolise avec modernité le Fantastique cérébral, fable subtile militant pour la cause des loups, canidé à l'aura mystique. Son message écolo en faveur de la nature et de cette espèce sauvage ainsi que le témoignage poignant imputé à ces indiens déshonorés transcendent une oeuvre poétique aussi magnifique et désenchantée que perpétuellement fascinante.

Dédicace à Daniel Aprin.
27.07.11
Bruno Dussart

mardi 26 juillet 2011

SOLEIL VERT (Soylent Green). Grand Prix du Festival d'Avoriaz en 1974.


de Richard Fleischer. 1973. U.S.A. 1h37. Avec Charlton Heston, Leigh Taylor-Young, Chuck Connors, Joseph Cotten, Brock Peters, Paula Kelly, Edward G. Robinson.

Sortie en Salles: 19 Avril 1973 (New-York), 9 Mai 1973 (Etats-Unis), 26 Juin 1974 (France)

FILMOGRAPHIE: Richard Fleischer est un réalisateur américain né le 8 décembre 1916 à Brooklyn,  et décédé le 25 Mars 2006 de causes naturelles.
1952: l'Enigme du Chicago Express, 1954: 20 000 lieux sous les mers, 1955: les Inconnus dans la ville, 1958: les Vikings, 1962: Barabbas, 1966: le Voyage Fantastique, 1967: l'Extravagant Dr Dolittle, 1968: l'Etrangleur de Boston, 1970: Tora, tora, tora, 1971: l'Etrangleur de Rillington Place, 1972: Terreur Aveugle, les Flics ne dorment pas la nuit, 1973: Soleil Vert, 1974: Mr Majestyk, Du sang dans la Poussière, 1975: Mandingo, 1979: Ashanti, 1983: Amityville 3D, 1984: Conan le destructeur, 1985: Kalidor, la légende du talisman, 1989: Call from Space.

                                  

Un an après son fiévreux polar, Les Flics ne dorment pas la nuit, Richard Fleischer se tourne vers la science-fiction pour illustrer l'une des plus effrayantes presciences du devenir de notre humanité d'après un roman de Harry Harrison. Ovationné l'année suivante par son Grand Prix au Festival d'Avoriaz, Soleil Vert se révèle en l'occurrence plus que jamais d'actualité parmi sa puissance émotionnelle rigoureuse. En 2022, l'avenir du monde est plus que jamais sur la corde raide. Surpopulation, pollution, réchauffement climatique, famines et crise du logement mènent le sort de l'humanité vers une dernière alternative. Le soleil vert, bleu ou rouge est une petite tablette alimentaire synthétique à base de plancton pour subvenir à la famine. Mais derrière ce nouveau produit de consommation prolifique se cache un terrifiant secret. C'est ce que va découvrir au péril de sa vie un flic enquêtant sur la mort d'un des directeurs de la production.  

                                      

En visionnaire défaitiste, Richard Fleischer, nous met irrémédiablement dans l'ambiance dès son générique d'intro illustrant, via images d'archives, le développement industriel des mégalopoles du début du 20è siècle jusqu'à notre civilisation moderne. Un flot de séquences blafardes débouchant sur la surpopulation et la pollution en nette dégénérescence. Ce mini clip prophétique est exacerbée
d'une partition mélancolique de Fred Myrow. Parmi ces images de foule humaine implantée dans des cités insalubres, Soleil Vert démarre fort et prend à la gorge le spectateur par son esthétisme cauchemardesque. Conçu comme une enquête criminelle, la narration nous dépeint ensuite l'existence routinière de Robert Thorn, un flic co-habitant avec le vieux retraité, Sol Roth, avant qu'il ne découvre l'incroyable machination d'un assassinat. Avec sobriété pour la confection de décors high-tech extériorisant un New-york aussi diaphane que suffocant, Richard Fleischer réussit avec une grande efficacité à provoquer l'effroi. Par l'émotion de scènes intimistes, on peut d'ailleurs citer la séquence édifiante auquel le vieux Sol propose à son acolyte de savourer à nouveau les plaisirs culinaires d'antan. A savoir déguster une feuille de salade fraîche, quelques tomates juteuses, une tranche de boeuf ou encore une pomme fruitée ! Par leur complicité cocasse d'un jeu de regards désireux, nos deux compères réussissent à provoquer une émotion aigre pour cette époque révolue où l'alimentation faisait office de denrée précieuse. Il faut d'ailleurs savoir qu'à l'origine, cette séquence poignante fut improvisée en plein tournage à la demande de Charlton Heston et Edward G. Roberson.

                                     

Plus engagé que jamais pour la préservation de notre environnement, Richard Fleisher nous dévoile ici un avenir caniculaire proprement despotique et phallocrate, où la femme battue et dépréciée est comparable à un "mobilier".  Où les pauvres démunis, affamés et sans emploi sont parqués les uns sur les autres dans les églises ou escaliers d'immeuble afin de chercher le sommeil. Quant aux forces de l'ordre, elles sont contraintes d'amasser les quidams désoeuvrés à l'aide de pelleteuses pour les entasser dans leur camion benne. Quand bien même les riches notables égocentriques ont droit à une vie beaucoup plus épanouie dans de luxueux pavillons climatisés. L'existence de la faune et de la flore n'est plus qu'un lointain souvenir radoté par nos ancêtres, davantage tentés par le suicide en guise d'exutoire. A ce sujet, lorsque Sol réussit à découvrir l'horrible constituant des tablettes vertes, Richard Fleischer nous illustre l'une des séquences d'euthanasie les plus bouleversantes du cinéma. Étendu sur un lit spécialement conçu pour accueillir l'hôte, le vieil homme va contempler durant plus de vingt minutes les merveilles écologiques de notre civilisation d'antan devant un écran géant. Une séquence bouleversante car d'une beauté flamboyante pour son Eden révolu renforcée d'une symphonie classique de Beethoven, Tchaïkovsky et Peer Gynt. Hymne à la nature et à la vie, cette élégie distille inévitablement les larmes de la désillusion.


Pourvu de moyens modestes mais convaincants afin d'authentifier une dystopie en déliquescence, Richard Fleischer privilégie la caractérisation humaine de ses personnages épris de mélancolie à observer la situation chaotique d'une civilisation gagnée par le fascisme. Effroyablement crédible pour dépeindre un climat solaire gangrené par la pollution Spoil ! et le cannibalisme industriel Fin du Spoiler, ce chef-d'oeuvre avant-gardiste s'avère l'un des plus nihilistes réquisitoires contre les corporations agroalimentaires de nos sociétés modernes.

26.07.11
Bruno Matéï

Récompenses: Grand Prix au Festival d'Avoriaz en 1974.
Prix du meilleur film de science-fiction (Saturn Award), lors de l'Académie des films de science-fiction, fantastique et horreur en 1975.

Note: Edward G. Robinson, qui venait de clôturer son 101ème dernier film, mourut en janvier 1973 (rongé par un cancer) peu après la fin du tournage, alors que Soleil vert n'était pas encore présenté au public.

lundi 25 juillet 2011

LE SANG DES TEMPLIERS (Ironclad)


de Jonathan English. 2011. Angleterre/U.S.A/Allemagne. 2h01. Avec James Purefoy, Brian Cox, Derek Jacobi, Kate Mara, Paul Giamatti, Charles Dance, Mackenzie Crook…
Sortie en salles France le 20 Juillet 2011. U.S.A le 26 Juillet 2011.

FILMOGRAPHIE: Jonathan English est un réalisateur, scénariste et producteur anglais.
2002: Nailing Vienna. 2006: Minotaur. 2011: Le Sang des Templiers

                                         

Basé sur de véritables faits historiques, Jonathan English nous narre pour son troisième long-métrage la révolte des barons anglais contre le roi Jean sans Terre, héroïquement retranchés dans son château afin de repousser les belligérants toujours plus nombreux. En 1215, le roi d'Angleterre, Jean sans Terre est contraint de signer la Magna Carta, une charte libertaire rédigée en faveur du peuple. Sévèrement dépité, celui-ci va revenir sur sa décision et tenter de reprendre ses terres et sa souveraineté avec la collaboration de mercenaires. Sur le point d'atteindre Londres, un obstacle de taille l'empêche de subvenir à ses ambitions égotistes. Son propre château de Rochester est occupé par le baron Albany ainsi qu'une poignée d'insurgés gouvernés par le chevalier templier. La bataille sera rude et sans répit !

                                              

A feu et à sang ! C'est ce que l'on retient de prime abord après avoir assisté à ce spectacle de série B d'une barbarie inouïe ! En narrant un fait divers du 13è siècle auquel une poignée de barons anglais affiliés à des rebelles volontaires tenirent tête à toute une armée de mercenaires, Le Sang des Templiers demeure une agréable surprise. Si le film, humble dans ses intentions historiques, est très loin d'égaler les grands classiques tels Braveheart, le Dernier des Mohicans ou Rob Roy, et qu'il manque une certaine densité dramatique chez le jeu modeste des interprètes, la manière dont Jonathan English nous retranscrit l'époque moyenâgeuse privilégie un crédit d'authenticité qui fait plaisir à voir. Epaulé d'une photographie désaturée, les décors naturels et surtout les monuments historiques disloqués par la violence des combats sont mis en valeur dans une facture insalubre auquel le sang et la poussière se fondent au milieu du fracas des armes. Les uniformes impurs des guerriers intrépides et leurs lourdes armures maculés de sang participent à l'esthétisme rugueux de la mise en scène régie en plein coeur des combats. La force et l'intérêt de l'intrigue émanent des enjeux dramatiques octroyés aux deux clans pour la préservation du château et de leur liberté prescrite par la Magna Carta. Les nombreuses séquences d'action qui émaillent le récit sont au service de l'histoire, à l'inverse de surenchérir comme de coutume.

                                            

De surcroît, ses scènes guerrières très spectaculaires, nerveuses mais lisibles, se révèlent d'une violence cinglante, parfois même malsaine. Un degré de sauvagerie rarement atteint dans le genre médiéval. Ses péripéties ultra sanglantes se permettent donc d'abondantes giclées de sang quant aux plaies entaillées, tranchages de membres (dont une langue sectionnée façon La Marque du Diable !), décapitation, viscères étripées et même un corps coupé dans le sens de la longueur (remember Amazonia de Deodato en effet inversé !). Le tout superbement réalisé sans jamais céder à la débauche gratuite et à contrario du sympathique Centurion de Neil Marshall, la présence des CGI ne nuit jamais à la crédibilité des scènes gores exposées. C'est donc ce cachet authentique, son réalisme acéré et la vigueur psychologique de sa narration transcendant l'honneur des preux guerriers qui rendent Le Sang des Templiers à la fois accessible, ludique, et enthousiasmant. Une série B symbolisant avec humilité un bel hommage à cette poignée de militants anglais qui auront réussi à tenir tête à l'antagoniste au péril de leur vie et pour le sens du sacrifice !

                                         

En tant que série B confectionnée sans prétention, Le Sang des Templiers est une bonne surprise pour l'amateur chevronné d'épopée épique et barbare. Hormis une interprétation dépouillée qui aurait gagné à être plus ambitieuse et étoffée, ce spectacle très sanglant prend son sujet au premier degré, sans fioriture, avec les moyens techniques adéquats mis à disposition. Sans être follement passionnant et intense, le rythme soutenu et le réalisme cru qui ressort de cette oeuvre immersive fait plaisir à voir.

25.07.11
Bruno Matéï.

samedi 23 juillet 2011

THE WOMAN


de Lucky McKee. 2011. U.S.A. 1h47. Avec Angela Bettis, Pollyanna McIntosh, Sean Bridgers. Sélectionné au Festival de Sundance 2011.

Filmographie: Lucky McKee est un réalisateur, scénariste et acteur américain né le 1er Novembre 1975 à Jenny Lind (Californie).
2002: All Cheerleaders Die (Dtv, co-réalisateur), May.
2006: Master of Horror (1 épisode), The Woods.
2008: Red, Blue Like You.
2011: The Woman

                            

ATTENTION ! IL EST PREFERABLE D'AVOIR VU LE FILM AVANT DE LIRE CE QUI SA SUIVRE !
Après un bouleversant coup de maître sublimant le portrait chétif d'une jeune schizophrène (May) et un conte onirique inspiré par Suspiria mais inachevé dans ces ambitieuses intentions (The Woods), Lucky McKee revient avec un nouveau métrage sulfureux qui secoua une partie du public durant sa projection sélectionnée au festival de Sundance. Réputé pour son extrême violence, The Woman est une collaboration avec le romancier Jack Ketchum (The Host) qui ont tous deux pris soin de façonner leur scénario en traitant des rapports conjugaux, de la place de la femme dans notre société évoluant ici dans un climat tendu hautement dérangeant et malsain. Christopher Cleek est un avocat marié à une épouse modèle et père de trois enfants. Un jour, alors qu'il part à la chasse, il rencontre une femme subsistant à l'état primitif en plein coeur d'une forêt sauvage. Il décide de la kidnapper pour la ramener à la maison et l'éduquer à sa manière.

                                           

Après moults rumeurs sur sa violence réputée extrême et son caractère misogyne décrié par certains, The Woman aura réussi à engendrer un véritable buzz et continue de faire fantasmer les fans les plus avides qui n'ont pas encore eu l'aubaine de le découvrir. Mettons tout de suite un terme à cette violence si diffamée au festival de Sundance car s'il y a bien une verdeur particulièrement dérangeante qui en résulte, elle est avant tout d'ordre psychologique dans les mentalités refoulées. Ici, nous sommes loin d'être face à un tortur' porn mercantile célébré par Saw ou autres dérivés redondants façon DTV pour contenter un public passif d'ados excités. Lucky McKee, plus furieux que jamais, souhaite indubitablement choquer et provoquer le malaise mais l'horreur qu'il dépeint durant la quasi totalité du métrage est avant tout dédiée à l'humanité propre des personnages, lourdement accablante. En prenant comme idée de départ le kidnapping incongru d'une sauvageonne esseulée vivant recluse dans une nature sauvage, le réalisateur décrit son ravisseur comme un aimable avocat d'apparence tolérant et respectable, malgré l'audace insensée de son rapt. "La femme" est donc brutalement destituée de sa liberté, enlevée par les ambitions conformistes d'un homme dit civilisé pour se retrouver vulgairement enchaînée au fond d'une cave, tel un animal de foire qu'il va tenter de dompter avec virile autorité. Durant cet endoctrinement à l'allégeance et la docilité, Lucky McKee ausculte de façon très réaliste et saugrenue le portrait en interne d'une cellule familiale américaine d'apparence commode et orthodoxe. Mais en y regardant de plus près, cette famille modèle si idéalisée par l'hypocrisie d'une société puritaine est ici complètement dissoute dans un bain d'acide parce que chaque personnage refoulé ou inhibé se morfondent depuis trop longtemps dans un mutisme répréhensible. ATTENTION SPOILER !!! Comme leur fille aînée profondément introvertie et taciturne, réfugiée dans une solitude accablée. Ses résultats scolaires en forte baisse et son comportement versatile en cours vont sérieusement inquiéter une jeune professeur éprouvant une empathie attendrie face à la détresse d'une adolescente tourmentée et désoeuvrée. Tandis que son frère interlope semble épris d'un certain penchant pour la perversité à l'encontre de la gente féminine par des regards troubles et pathologiques. Son esprit tendancieux va d'ailleurs largement s'exacerber depuis qu'il va être témoin d'un viol commis par son propre père envers "la femme" enchaînée au fond de leur cave. En attendant la crise d'une mère de famille endoctrinée depuis les liens du mariage par un mari drastique obsédé par la discipline pédagogique, la professeur scolaire va s'engager finalement à rencontrer les parents, responsables du comportement fébrile de leur adolescente. Tapie dans l'ombre et après qu'une nouvelle humiliation physique est octroyé par le fils perverti, "la femme", plus que jamais déshonorée et violée, est motivée par ses instincts vindicatifs dans une rage sous-jacente incontrôlée. FIN DU SPOILER.

                                      

Ce tableau macabre et caustique d'une famille dysfonctionnelle culmine vers un déchaînement de violence sanglante à la limite du supportable. Parce que le sentiment haineux de l'iniquité trop longtemps intériorisée va exploser de façon frontale, jusqu'au-boutiste, pour mieux extérioriser les conséquences désastreuses d'une famille pervertie par l'homme égocentrique, engluée dans un simulacre de doctrine bien pensante. Il faut saluer la performance de l'impressionnante Pollyanna McIntosh, saisissante d'instinct bestial irascible dans sa posture ombrageuse privilégiée par une carrure robuste de garçon manqué. Son regard sombre et insidieux de louve enchaînée, à la rage contenue par la claustration, magnétise l'esprit du spectateur. Un public déstabilisé pourtant épris d'une véritable empathie à sa soumission contraignante, réduite à l'état d'esclave pour le compte d'un époux misogyne. C'est l'épatant Sean Bridgers qui endosse ce rôle de patriarche sournois inscrit dans la déchéance la plus licencieuse pour le compte de la gente féminine. Un personnage perfide sidérant d'autorité sadienne et de perversité latente auquel son jeune fils influent semble lui aussi suivre les mêmes voies pathologiques.

                                         

PORTRAIT CRACHE D'UNE FAMILLE MODELE.
Dans un climat malsain probant insinueusement dérangeant, The Woman est un éprouvant pamphlet contre la bourgeoisie enlisée dans les conventions des valeurs américaines. Une satire incisive sur la société bien pensante qui démontre avec force et réalisme que l'être humain primitif est beaucoup plus autonome et bienfaisant que l'homme fortiche rattaché à sa civilisation contemporaine. Lucky McKee illustrant également avec sensibilité le malaise d'une jeunesse désoeuvrée, livrée à elle même, faute de démission parentale. The Woman est tout autant une ode à l'indépendance de la femme pour le respect de leur dignité et pour l'égalité des sexes. Son explosion de violence radicale, quasi insoutenable, découlant dans son épilogue paroxystique peut certainement choquer les plus sensibles mais il ne représente en aucun cas un spectacle grand-guignolesque gratuitement putassier dans le but d'impressionner. Scandé par une BO rock alternatif, le dernier McKee est un grand film malade sur l'implosion de la cellule familiale et l'enfance galvaudée, lourdement éprouvant et difficilement digérable. Le bouche à oreille est relancé !

24.07.11
Bruno Matéï.

vendredi 22 juillet 2011

LA CIBLE HURLANTE (Sitting Target)

     

de Douglas Hickox. 1972. U.S.A/Angleterre.1h33. Avec Oliver Reed, Jill St. John, Ian McShane, Edward Woodward, Frank Finlay, Freddie Jones, Jill Townsend, Robert Beatty, Tony Beckley, Mike Pratt, Robert Russell.

Sortie salles U.S.A. le 19 Juin 1972

FILMOGRAPHIE: Douglas Hickox est un réalisateur britannique, né le 10 Janvier 1929 à Londres, décédé le 25 Juillet 1988.
1959: Behemoth the sea Monster (coréalisé avec Eugène Lourié), 1963: It's All Over Town, 1964: Just for you, 1969: Les Bicyclettes de Belsize, 1970: Le Frère, la soeur et l'autre, 1972: La Cible Hurlante, 1973: Théâtre de sang, 1975: Brannigan, 1976: Intervention Delta, 1979: Zulu Dawn, 1983: Le Chien des Baskervilles (télé-film), 1984: The Master of Ballantrae (télé-film), 1985: Blackout.

                        
Hommage subjectif d'un puriste amateur de polar.
Vétéran du cinéma de genre adulé par des fans de tous bords, Douglas Hickox nous aura offert au moins trois réussites distinctes durant sa brève carrière éclectique. Théâtre de Sang, Zulu Dawn et enfin le titre qui nous intéresse ici, La cible Hurlante, dont je vais m'efforcer de rendre hommage avec le plus de respect méritoire. Polar majeur des années 70 honteusement ignoré de nos jours, cette oeuvre fondamentale du genre policier, superbement interprétée et passionnante, baigne continuellement dans un nihilisme prégnant sans aucune échappatoire.

Harry est emprisonné dans une prison anglaise depuis plus de 10 ans. Dans le parloir, durant une discussion avec sa femme, celle-ci lui avoue envisager de le quitter depuis qu'elle est enceinte d'un quidam qu'elle a rencontré durant sa longue absence. Fou de rage, Harry brise la vitre du parloir pour assaillir son épouse et l'étrangler sauvagement. Rapidement maîtrisé par les gardiens, il repart en cellule d'isolement en guise de blâme. Après avoir mûrement réfléchi, aidé de deux comparses, le mari haineux de jalousie est déterminé à s'évader du pénitencier pour jurer d'assassiner sa femme.

                                 

Ca démarre sur les chapeaux de roue avec une violente rixe parmi un couple en implosion au coeur d'un parloir entre détenus pour ensuite suivre l'évasion spectaculaire de trois prisonniers qui auront consciencieusement préparer leur fuite. Un morceau d'intense suspense, réalisé avec précision et minutie alors que quelques incidents aléatoires scrupuleusement plausibles, notamment favorisés par la détermination sans faille des personnages, vont culminer leur objectif dans un point d'orgue vertigineux à couper le souffle !
Après cette évasion réussie, Harry s'investit immédiatement dans sa mission à haut risque d'assassiner sa propre femme devenue infidèle. Avec son complice Birdy, les deux hommes vont être mêlés à un concours de circonstances rarement favorables pour leur quête personnelle et cette folle liberté tant escomptée.

                                  

Dans une photographie blafarde au coeur de l'urbanisation d'une cité industrielle en décrépitude, Douglas Hickox nous entraîne dans un polar brutal implacable. Une traque saugrenue entrepris par notre anti-héros rongé par la trahison conjugale dont le scénario à peine probable dans les exactions encourues relèvent facilement du suicide implicite.
Dominé par l'orageuse prestance de Oliver Reed en taulard fou amoureux mais empli de haine et de violence contre sa dulcinée, son cheminement funèbre va malencontreusement laissé derrière sa carrure robuste quelques cadavres sans qu'un quelconque état d'âme ne vienne le rappeler à la raison. Inflexible, austère et dénué d'une quelconque absolution, l'acteur inné pour ce rôle irascible hypnotise l'écran de sa posture râblée. Alors qu'il laisse finalement transparaître au moment opportun une certaine lamentation, une amertume désespérée face à l'échec de son idylle mécréante.
Avec l'assistance de son acolyte Birdy Williams, formidablement interprété par le charismatique Ian McShane, nos deux malfrats chevronnés n'ont donc aucune éthique ni repentance pour commettre leur méfaits meurtriers auquel quelques innocentes victimes feront les frais de leur acerbe motivation.
Marginaux véreux, gardiens corrompus, putes effrontées et mesquines, gangsters égotistes s'agencent et se fondent dans un récit âpre et violent, haletant et impondérable, d'où pointe de façon sous-jacente le désespoir d'un amour insoluble et déchu.
On sera tout aussi estomaqué de suivre son point d'orgue jusqu'au-boutiste avec un coup de théâtre perfide que personne n'aura vu venir. Tandis que l'épilogue cruellement cathartique va enfoncer un peu plus le clou et achever cette love story galvaudée dans une mélancolie condamnée.

                                   

Superbement maîtrisé dans une réalisation rigoureuse et dominé par des interprètes notables aux gueules burinées criant de charisme viril, La Cible Hurlante est un modèle du polar brut ne relâchant jamais d'une seconde sa tension latente. Remarquablement construit dans sa narration indocile, rythmé de trépidantes scènes d'actions acérées et bénéficiant d'un score jazzy aux accents transalpins de Stanley Myers, cette oeuvre opaque nous plaque au fauteuil avec une audacieuse subversion.

22.07.11
Bruno Matéï.




jeudi 21 juillet 2011

RED HILL


de Patrick Hughes. 2010. Australie. 1h33. Avec Ryan Kwanten, Tommy Lewis, Claire Van Der Boom, Kevin Harrington, Steve Bisley. 

FILMOGRAPHIE: Patrick Hughes est un réalisateur australien.
2000: The Director (court-métrage)
2001: The Lighter (court-métrage)
2008: Signs (court-métrage)
2010: Red Hill.

                         

Hommage subjectif d'un puriste amateur de western.
Produit par le réalisateur de Wolf Creek et Solitaire (Greg McLean), ce premier long-métrage de Patrick Hughes tente d'affilier le western ancré dans notre époque contemporaine avec le thriller tendance horrifique parmi la présence d'un tueur méthodique et spectral.

Shane Cooper est un jeune flic débarqué dans une petite contrée de l'Australie, Red Hill, avec la compagnie épanouie de sa femme enceinte. Après avoir rencontré le shérif local, un quinquagénaire robuste et téméraire en liste électorale, Shane apprend par un adjoint la fuite d'un dangereux évadé de prison, Jimmy Conway, coupable de l'assassinat de sa femme. Une traque sauvage est alors engagée par les forces de l'ordre épaulées par quelques citadins complices.

                         

Tourné en à peine un mois de manière indépendante, Red Hill est une série B peu ordinaire dans son alliage des genres (western + thriller). En dépit d'un scénario classiquement structuré et facilement prévisible, cette histoire de vengeance réussit malgré tout à surprendre dans sa manière de façonner et rendre hommage au western classique situé dans notre époque moderne. Avec cette ambition insolite d'y inclure un personnage iconique interlope, véritable exterminateur inflexible et monolithique. D'ailleurs, sa première apparition à l'écran se révèle l'une des scènes les plus impressionnantes du film tant sa posture buriné d'aborigène patibulaire au visage à demi brûlé renvoit à une icône horrifique tout droit sorti d'un slasher autoritaire ! De prime abord, ce tueur glacial semble s'être échappé uniquement pour décimer tous les flics de la région, puisqu'il laissera la vie sauve à un couple de retraité en préambule de ces actes criminels. Shane, jeune flic novice, courageux et déterminé, est sur le point de l'appréhender mais son rival impassible réussit à l'intimider d'un simple regard létal et incisif. Trébuchant incidemment près d'une falaise, l'officier juvénile échappe de peu à une mort certaine et va tenter de rejoindre au plus vite la ville et ses autorités. Pendant ce temps, chaque flic déployé dans les rues adjacentes de Red Hill se fait assassiner un à un par l'homme défiguré épris d'une décisive vengeance expéditive.

                         

ATTENTION SPOILER !!! En effet, nous allons apprendre sans véritable surprise au dernier quart du métrage que ce criminel prénommé Jimmy Conway était simplement revenu régler ses comptes avec les responsables du viol et du meurtre de sa femme commis par le shérif local et ses comparses. Suite à un projet avorté de voie ferrée, un différent a éclaté entre Bill, le leader de l'ordre et Jimmy qui avait découvert un ancien cimetière sacré. Refusant de revendre ses terres et après avoir averti l'administration de l'existence de ce lieu sacralisé, Bill et ses acolytes avaient décidé en guise de rancoeur d'incendier la maison, assassiner l'étranger opiniâtre ainsi que sa femme enceinte. Mais miraculeusement échappé des flammes de l'enfer, l'aborigène brûlé sur la partie gauche de son visage sera lâchement accusé du meurtre de sa femme par ses oppresseurs. FIN DU SPOILER.

Le scénario convenu est donc loin d'être le pari gagnant d'une histoire déjà vue et traitée à foison dans les classiques du genre. Mais pour une première réalisation, Patrick Hughes réussit honorablement à apporter suffisamment de densité dans le profil de notre héros courageux tributaire de ces supérieurs véreux et de calibrer adroitement des scènes d'action violentes et spectaculaires. D'autant plus que l'esthétisme crépusculaire des images poétiques d'une beauté opaque sensuelle participe beaucoup au climat insolite et clairsemé qui en découle. De surcroît, la photographie désaturée va amplifier ce sentiment fantasmagorique, auquel même, à deux reprises, une panthère noire viendra s'aventurer auprès de nos antagonistes. Comme si ce félin hostile avait prophétisé la revanche d'un fantôme meurtri par la haine de la violence et la xénophobie.

                          

Bénéficiant d'une mise en scène plutôt soignée mais perfectible et de dialogues assez balisés, Red Hill est une étonnante découverte qui réussit dans sa forme à offrir un western classique dans un moule inhabituel, fructueusement insolite. La prestance frugale d'honnêtes comédiens et surtout la caractérisation funèbre du personnage patibulaire épris de vengeance privilégient une dimension horrifique prégnante en adéquation avec les ingrédients orthodoxes déployés du western. En prime, son final révélateur, attendu mais cependant audacieux, se révèle intense et poignant en réussissant à provoquer une émotion empathique sans excès de pathos. Un ultime acte décisif mis en suspension avant que la véritable victime est à deux doigts de plonger dans les ténèbres. 

21.07.11
Bruno Matéï. 

mercredi 20 juillet 2011

LIMITLESS


de Neil Burger. 2011. U.S.A. 1h45. Avec Abbie Cornish, Andrew Howard, Anna Friel, Bradley Cooper, Johnny Whitworth, Robert De Niro, Robert John Burke, Tomas Arana.

Sortie en salles US: 18 Mars 2011, France: 8 Juin 2011.

FILMOGRAPHIE: Neil Burger est un réalisateur et scénariste, né en 1964 dans le Connecticut.
2002: Interview with the Assassin
2006: L'Illusionniste
2008: The Lucky Ones
2011: Limitless

                              

Hommage subjectif d'un puriste amateur (high-tech).
Trois ans après le méconnu The Lucky Ones, sympathique road movie émouvant et attachant, Neil Burger s'inspire d'un roman d'Alan Glynn, The Dark Fields, publié en 2001, pour façonner son nouveau long-métrage traitant de la réussite professionnelle par l'entremise d'une drogue synthétique atypique.

Eddie Mora est un jeune écrivain sur le déclin, faute d'une ambition desservie par son caractère ombrageux et d'une idylle fuyante. Après la rencontre fortuite avec son ex beau-frère, celui-ci lui offre gracieusement un comprimé, le NZT, une drogue surpuissante capable de décupler de 20% de l'utilisation de notre cerveau à 100 % pour combler nos facultés intellectuelles.
Rapidement, Eddie devient omniscient, loquace, érudit, apprend à une vitesse furtive et accède enfin à la notoriété en exerçant diverses stratégies spéculatives afin de devenir un leader sur le marché de la finance à Wall Street. Son rival, Carl Van Loon, un puissant homme d'affaire inflexible reste fasciné par l'intelligence hors normes du jeune écrivain. Mais une bande de tueurs attirés pas les effets prodigieux du NZT reste à ses trousses alors que des effets secondaires ne vont pas tarder à se manifester pour le sujet devenu fatalement addict.

                           

D'une idée de départ passionnante et savoureusement utopique, Limitless mise plus sur la forme d'un  thriller high-tech aux effets techniques clinquants et imaginatifs plutôt que le fond dénué d'ambition conceptuelle. Comme ce plan séquence virtuose entièrement tourné en CGI en guise de générique introductif. Une maîtrise bluffante que Neil Burger va régulièrement exploiter à bon (voir mauvais !) escient pour enjôler et accentuer les effets visuels fantasmatiques de la drogue décuplant notre intelligence à sa quintessence.
La première partie du film nous illustrant l'ascension d'un nouveau prodige de la finance, via l'entremise d'une drogue dépendante, amuse et fascine le spectateur, s'imaginant lui même dans cette situation héroïque où tout serait alors envisageable et imaginable afin d'exaucer ses ambitions personnelles pour devenir nanti. La thématique de l'accoutumance à la drogue illusoire peut-être facilement comparée à un produit illicite substantiel et notoire, la cocaïne. Une drogue chic et bon genre que le milieu indocile de la bourgeoisie et du showbizz connaissent bien pour mieux chiader leur potentiel artistique au détriment de la peur et la timidité. Mais à quel prix ?
Après que notre héros ait pris conscience du danger létal du NZT par ses crises de dépendances, son entourage tributaire de ses dons intellectuels va rapidement le rappeler à la raison pour lui permettre de continuer sur sa lancée révolutionnaire et ainsi façonner leur ambitieux projet.
Alors qu'un puissant homme d'affaire va progressivement s'affilier avec Eddie, des tueurs sont déterminés à le faire chanter pour s'accaparer et produire ce nouveau remède miracle en quantité illimitée. Contraint de ne pouvoirs endiguer sa prise quotidienne de NZT beaucoup trop fructueuse pour son quotient intellectuel, sa nouvelle devise sera d'affronter et combattre ses criminels tout en essayant de devancer son supérieur, le puissant Carl Van Loon. Voilà pour le scénario classiquement convenu juste avant un point d'orgue déroutant (équivoque ?) assez audacieux.

                            

La nouvelle star montante Bradley Cooper doit énormément au caractère sympathique et ludique du film qui en découle. Sa prestance spontanée, son regard bleu scintillant d'esprit lucide et sa personnalité incisive pleine d'aplomb renforcent largement le côté attachant et haletant de ses exactions professionnelles insensées. Notre monstre sacré Robert De Niro apporte pour sa part une discrète et sobre contribution dans celui du magnat fortuné difficilement domptable dans les négociations financières. Modeste et mesuré, l'acteur notable ne fait que transparaître un personnage fascinant et téméraire.

                         

Hormis un scénario mal exploité qui ne fait que survoler une idée astucieuse, Limitless est un bon divertissement agréablement mené, même si la seconde partie révèle bien peu de surprises avant son épilogue cynique inopinément amoral. La présence magnétique de l'excellent Bradley Cooper, le score musical en connivence avec l'ambiance high-tech hallucinogène et la forme esthétique exploitée de façon inventive permettent d'apprécier un spectacle ludique gentiment naïf.

Dédicace à Caroline Masson.
21.07.11.
Bruno Matéï.
                         

mardi 19 juillet 2011

L'ILE SANGLANTE (The Island)


de Michael Ritchie. 1980. U.S.A. 1h55. Avec Michael Caine, David Warner, Angela Punch Mc Gregor, Frank Middlemass, Don Henderson, Jeffrey Frank, Colin Jeavons, Dudley Sutton, Zakes Mokae.

Sortie en salles US.A.: 19 Décembre 1979. France: le 8 Octobre 1980

FILMOGRAPHIE: Michael Ritchie est un réalisateur américain, né le 28 novembre 1938 à Waukesha, dans le Wisconsin, décédé le 16 avril 2001 d'un cancer de la prostate à New-York.
1969: La Descente Infernale, 1972: Carnage, Votez Mc Kay, 1975: Smile, 1976: La Chouette Equipe, 1977: Les Faux durs, 1979: An Almost Perfect Affair, 1980: L'Ile Sanglante, Divine Madness !, 1981: Student Bodies, 1983: The Survivors, 1985: Fletch aux trousses, 1986: Femmes de Choc, Golden Child, 1988: Parle à mon psy, ma tête est malade, 1989: Autant en emporte Fletch, 1992: La Nuit du Défi, 1994: Les Robberson enquêtent, 1994: La Révélation, 1997: La Guerre des Fées, 2000: The Fantasticks.

                           

Hommage subjectif d'un puriste amateur (de Bis).
Réalisateur touche à tout de modestes séries B agréablement torchées, Michael Ritchie empreinte en 1980 le scénario de Peter Benchley, d'après son propre roman (The Island) pour narrer une histoire débridée de pirates du 17è siècle perpétrant leur tradition dans notre époque contemporaine. Production mineure épaulée par deux comédiens talentueux (David Warner et Michael Caïne), on est d'autant plus surpris de les retrouver dans une oeuvre aussi futile qu'Ennio Morricone est également assigné pour transiger la bande musicale.

Dans les années 80, Blair Maynard, un journaliste réputé enquête sur une série de disparitions de navires échoués en mer vers le triangle des Bermudes. Avec l'aide de son fils, ils partent tous deux à bord d'un avion en direction d'une île méconnue. Dès leur arrivée, l'appareil réussit in extremis à atterrir sur la piste mais explose après que les occupants ont réussi à s'y extraire. Seuls et sans ressources, il vont furtivement être kidnappés par une bande de marginaux après avoir été piégés dans une embuscade.

                             

Au coup d'oeil amusé de la superbe affiche de l'époque, l'Ile Sanglante (titre français assez perfide contrairement à son homologue américain) a sans doute défavorablement déçu un grand nombre de spectateurs s'ils s'attendaient à un film d'horreur terrifiant suggérant un potentiel slasher sur mer !
Dépouillé d'une quelconque ambition, Michael Ritchie ne souhaite pas ici s'aventurer dans le registre purement horrifique, et cela même si le préambule et quelques effusions sanglantes tolérées deci delà semblaient prétendre le contraire.
A partir d'une intrigue délirante aux cimes du fantastique (des ancêtres boucaniers du 17è siècle perpétuent l'héritage de leurs exactions en pillant sauvagement les voyageurs égarés en mer), l'île Sanglante annonce clairement de manière exhaustive un pur récit d'aventures échevelées mené sur un rythme régulier.

                                    

Avec l'amabilité de deux interprètes de renom qui ont gentiment accepté de participer à un projet saugrenu, cette série B sans prétention réussit (maladroitement) à convaincre le spectateur que ces flibustiers d'une époque vétuste ont bel et bien traversé les siècles afin de réaccomplir leurs odieux méfaits, écumer les quidams embarqués sur leur bateau après les avoir sauvagement assassiné.
Dans un esprit ludique de bisserie frénétique inspirée implicitement de la bande dessinée, toute la narration simpliste va longuement illustrer en détail la vie en communauté de ces pirates du 17è siècle alors qu'ils viennent d'appréhender un père trop curieux et son fils juvénile fasciné par les armes à feu. En leader autoritaire et drastique, Nau réussit insidieusement à endoctriner le jeune ado influent. Témoin impuissant du lavage de cerveau de son propre fils reconverti, Blair Maynard va délibérément tenter de s'extraire de ses chaines pour s'évader. Au même moment, un nouvel équipage maritime est sur le point d'accoster les lieux. Serait-il le dernier recours pour le journaliste et son rejeton fanatisé à envisager une ultime issue de secours !
Action intermittente, scènes chocs succinctes, ambiance surréaliste et dépaysement naturel sont adroitement mis en place pour éluder d'irriter le spectateur facilement amusé de cette fanfaronnade bon enfant (bien que parfois violente). A titre de péripéties échevelées, il ne faut surtout pas occulter son épilogue explosif auquel Michael Caïne déploie brutalement un canon mitrailleur pour massacrer abondamment toute une légion de flibustiers éberlués par cette estocade cinglante !

                          

Nominé au prix du pire réalisateur lors des Razzie Awards 1981, l'Île sanglante ne méritait sûrement pas un tel déshonneur aussi vain que racoleur (même si exempt de récompense). Agréablement troussée et parfois violente, cette série B réussit à distraire par son sens fructueux de l'efficacité requise, en dépit de son manque de cohérence, d'un scénario sans surprise et d'une mise en scène orthodoxe. La présence sympathique des comédiens chevronnés cités plus haut et surtout l'ambiance délirante qui y est distillée grâce à la galerie incongrue de personnages cyniques échappés d'une époque vintage concourent de nous amuser avec un certain sourire ironique.

19.07.11.    3
Bruno Matéï.