mercredi 31 août 2011

LES YEUX DE LA TERREUR (Night School / Terror Eyes). Prix Spécial du Jury à Avoriaz 1981.


de Ken Hughes. 1981. U.S.A. 1h28. Avec Leonard Mann, Rachel Ward, Drew Snyder, Joseph R. Sicari, Ncholas Cairis, Karen MacDonald.

Sortie en France le 13 Mai 1981. U.S: 24 Avril 1981

FILMOGRAPHIE: Ken Hughes ou Kenneth Hughes est un réalisateur, scénariste, producteur et romancier né le 19 janvier 1922 à Liverpool, Royaume-Uni, décédé le 28 Avril 2991 à Los Angeles de la Maladie d'Alzheimer. 1955: Piège pour une canaille. Portrait d'une aventurière. Les Trafiquants de la nuit. 1964: l'Ange pervers. 1967: Casino Royale. Arrivederci Baby. 1969: Chitty, chitty, bang, bang. 1970: Cromwell. 1975: Aftie Darling. 1978: Sextette. 1981: Les Yeux de la Terreur


Pour son dernier film, le réalisateur de Casino Royale tire sa révérence en 1981 avec un slasher vaguement inspiré de La Lame Infernale (classique du Giallo préfigurant l'accoutrement vestimentaire du tueur à moto). Les Yeux de la Terreur révèle en outre pour la première fois au public la plantureuse Rachel Ward, future star de la célèbre série TV, Les Oiseaux se cachent pour mourir. Auréolé d'une belle réputation à l'époque de sa sortie Vhs et précédé d'une critique estimable (notamment son Prix Spécial du Jury à Avoriaz), ce psycho-killer fort bien mené semble aujourd'hui déprécié chez certains sites internautes n'hésitant pas à le discréditer. Faute de ces déceptions tranchées, je me suis donc décidé à lui rendre hommage si bien qu'à mon sens subjectif Les Yeux de la Terreur fait parti des psycho-killers les plus attractifs des années 80. A Boston, un mystérieux tueur accoutré d'un casque de moto et muni d'un sabre perpétue ses crimes en tranchant la tête de ses victimes selon un ancien rituel. Judd Austin, détective de renom épaulé de son comparse tentent de mener cette enquête inhabituelle alors qu'un anthropologue volage en devient le principal suspect. Les nostalgiques des années 80 ayant été bercés durant leur adolescence par cette bobine horrifique n'ont guère oublié son prologue meurtrier des plus incisifs. Une jeune institutrice et une écolière assises sur un tourniquet attendent la mère de cette dernière avant la fermeture de l'école. Après que la fillette eut rejoint sa maman et que le dernier employé eut quitté l'enceinte de l'école, l'éducatrice aperçoit un mystérieux individu à moto s'approchant sereinement d'elle. Subitement, l'inconnu s'empresse de pivoter le manège, de manière à ce que la victime ne puisse envisager la fuite. La plate-forme tournant toujours plus vite, l'individu masqué se décide enfin à l'alpaguer pour la décapiter d'un coup de sabre !


Des séquences chocs de cet acabit, les Yeux de la Terreur en regorge d'autres aussi sauvages, sans toutefois jamais verser dans l'outrance gore que Ken Hughes réussit habilement à déjouer passé l'expectative du suspense ! Les apparitions spectrales du tueur dans sa noire défroque s'avérant également accentuées d'une bande son stridente afin d'exacerber le caractère spectaculaire de ses horribles méfaits ! Le scénario linéaire ne brille pas par sa substantialité et se révèle honnêtement peu surprenant quant à la révélation du meurtrier (le choix est uniquement établi en fonction d'un anthropologue infidèle et de sa maîtresse possessive). Mais le cinéaste réussit malgré tout à instaurer une vraie efficacité dans la structure narrative, notamment auprès des motivations insolites du meurtrier Spoiler !!! militant pour l'émancipation féminine Fin du Spoil. Pour cause, ce criminel s'inspire d'un ancien rituel asiatique selon lequel des chasseurs de tête perpétrèrent la décapitation de leurs rivaux en guise d'omnipotence. Ils baignaient ensuite la tête du défunt sous l'eau afin de chasser les mauvais esprits et ainsi rendre la pureté de leur âme. Par le biais de cette mise à mort barbare, Ken Hughes n'oublie pas pour autant certains traits d'humour noir lorsque, par exemple, une tête tranchée va dévaler lentement au fond d'un aquarium alors qu'une mamie horrifiée va découvrir avec stupeur cette apparition crapoteuse. Il y a aussi ces deux maçons venus déguster une soupe de ragoût dans un snack bar alors que l'un d'eux va s'apercevoir avec dégoût qu'une mèche de cheveux s'est égarée dans son assiette. L'épilogue va notamment en rajouter une dernière louche dans la dérision avec le "potentiel" retour du tueur revenu d'outre-tombe !


Scandé du score lancinant de Brad Fiedel oscillant avec des accents tonitruants inversement frénétiques, Les Yeux de la Terreur conjugue suspense et estocades horrifiques autour des thèmes du rituel, du désir possessif et de l'émancipation féminine. Si ce psycho-killer bien ancré dans son époque s'avère si attachant et efficacement rythmé, il le doit aussi à la bonhomie badine du duo de flics ainsi qu'à la relation vénéneuse des amants en étreinte (dans une posture charnelle, Rachel Ward laisse en  mémoire une scène de douche anthologique !). D'ailleurs, et quitte à me répéter, les membres du jury d'Avoriaz n'y étaient pas restés insensibles pour l'ovationner d'un trophée ! 

31.08.11. 6èx
Bruno Matéï



mardi 30 août 2011

FLAVIA LA DEFROQUEE (Flavia, la monaca musulmana)


de Gianfranco Mingozzi. 1974. Italie. 1h40. Avec Florinda Bolkan, Maria Casares, Claudio Cassinelli, Anthony Higgins, Jill Pratt.

FILMOGRAPHIE: Gianfranco Mingozzi est un réalisateur et scénariste italien né le 5 avril 1932 à Molinella, province de Bologne en Emilie-Romagne, mort le 7 Octobre 2009 à Rome.
1959: Festa a Pamplona
1961: Les Femmes accusent
1967: Trio
1974: Flavia la défroquée
1975: Morire a Roma
1977: Les 3 Derniers jours
1983: l'Ecran magique
1987: Les Exploits d'un jeune Don Juan
1988: La Femme de mes Amours. Ma mère... mon amour
2000: Le Café des Palmes

                         

Réalisateur peu connu en France, Gianfranco Mingozzi réalise en 1974 un pamphlet féministe contre le machisme et l'asservissement de la gente masculine exerçant leur dictature durant l'époque moyenâgeuse d'un couvent intégriste.

En l'an 1400, dans le sud de l'Italie, une jeune femme, Flavia Gaetani se voit contraint de vivre dans un couvent sous l'autorité de son père, témoin d'avoir observé sa fille émue de la mort d'un guerrier sarrasin. L'ambiance dans le monastère devient davantage indécente et frénétique par la folie déraisonnée de jeunes nonnes refoulées. Dès lors, Flavia en quête d'autonomie décide de s'évader en compagnie d'un juif pratiquant dans une contrée plus paisible. 

                          

Difficile de décrire ce réquisitoire contre le totalitarisme d'une société machiste dans ce nunsploitation auteurisant tant il dégage un sentiment persistant de mal être et de fascination d'une expérience vécue comme si nous avions parcouru un bon dans le temps révolu. Autant dire que la manière dont Gianfranco Mingozzi s'emploie à nous immerger dans une lointaine époque vétuste et rétrograde se révèle aussi rebutante que captivante. Le réalisateur réussit parfaitement à reconstituer une époque moyenâgeuse réactionnaire où notre héroïne réduit à l'état d'esclave, va peu à peu prendre conscience de son existence intolérable et surtout de son emprise sectaire avec une religion extrémiste incapable d'ajuster la notion intrinsèque du Bien et du Mal.
Cette oeuvre austère se vit comme un parcours obsédant d'une femme en éveil à sa sensualité sexuelle et sa condition de domestique, en proie à son psyché lourdement éprouvé par l'agissement de ses comparses délurées, des nonnes hystériques sous emprise d'une folie extériorisée. 
Dans un florilège de séquences débridés et hallucinatoires, alternant l'horreur des tortures infligées, l'épanouissement délurée de nonnes endiablées et la prise de conscience humaniste d'une femme jamais dupe, Flavia la Défroquée nous entraîne dans un maelström d'images provocantes et dérangeantes. Une ambiance lourde de névrose dévergondée, décuplée par une mise en image cinglante proche des débordements déraisonnés des Diables de Ken Russel, tourné 3 années au préalable ou encore des visions ésotériques, surréalistes d'Alejandro Jodorowski

                          

Dans son physique ombrageux d'un regard noir renfrogné, Florinda Bolkan (le Venin de la peur, la Longue Nuit de l'Exorcisme) se révèle parfaitement accomplie dans la peau d'une nonne juvénile réfutant toute forme de domination de la part des mâles incapables d'éprouver une moindre compassion pour la femme assouvie à un objet sexuel quand elle n'est pas une esclave inculquée dans la piété. Par la faveur des insurgés musulmans, sa destinée anarchique semble vouée à une quête de rébellion à grande échelle, telle une Jeanne d'Arc vêtue d'un uniforme belliqueux, afin de faire payer à ces tortionnaires un châtiment vindicatif. ATTENTION SPOILER !!! Mais sa bataille sera de courte durée par la cause d'une jalousie orgueilleuse omis à un leader sarrasin, possessif et insidieux dans sa virilité jusqu'au-boutiste.FIN DU SPOILER.

Soutenue par une douce partition musicale dérivative et baignant dans une superbe photographie sepia, Flavia la Défroquée est un nunsploitation à prendre en considération historique sur la vérité des faits exposés. Une forme de documentaire provocateur quelque peu rébarbatif, difficile d'accès pour certains spectateurs exigeants mais tout à fait convaincant dans sa démarche de dénoncer avec force une religion obscurantiste, tributaire de sa société despotiste éludant l'égalité des sexes opposés. Une oeuvre subversive difficilement oubliable par son ambiance démoralisante, ses scènes chocs malsaines (la castration du cheval, la femme nue enfouie dans la carcasse d'un veau suspendu, les quelques sévices corporels inquisiteurs) et son portrait attentionné pour une femme en pleine crise identitaire. 
  
31.08.11
Bruno Matéï



 

lundi 29 août 2011

TON VICE EST UNE CHAMBRE CLOSE DONT MOI SEUL AI LA CLEF (Il tuo vizio è una stanza chiusa e solo io ne ho la chiave)


de Sergio Martino. 1972. Italie. 1h35. Avec Edwige Fenech, Anita Strindberg, Luigi Pistilli, Ivan Rassimov, Franco Nebbia, Riccardo Salvino, Angela La Vorgnia.

FILMOGRAPHIE SELECTIVE: Sergio Martino est un réalisateur, producteur et scénariste italien né le 19 Juillet 1938, à Rome.
1970: L'Amérique à nu, Arizona se déchaine.
1971: L'Etrange vice de Mme Wardh. La Queue du Scorpion.
1972: L'Alliance Invisible. Ton Vice est une chambre close dont moi seul ait la clef.
1973: Mlle cuisses longues. Polices Parallèles. Torso.
1975: Le Parfum du Diable.
1977: Mannaja, l'Homme à la hache.
1978: La Montagne du Dieu Cannibale.
1979: Le Continent des Hommes Poissons. Le Grand Alligator.
1980: Les Zizis baladeurs.
1982: Crime au cimetière Etrusque.
1983: 2019, Après la chute de New-York.
1986: Atomic Cyborg.

                           

Hommage subjectif d'un puriste amateur fétichiste.
Après l'insolite l'Alliance Invisible, Sergio Martino renouvelle le giallo perfide auquel un trio de personnages peu recommandables vont être en prise avec les exactions d'un mystérieux tueur. Porté par un scénario constamment impondérable et bénéficiant d'un casting prestigieux (Edwige Fenech, Anita Strindberg, Luigi Pistilli), Ton Vice est une Chambre close... est un jeu de massacre incongru mis en exergue dans la perversité, à prescrire sans modération à tous les fanatiques du genre !

Dans un village italien, Oliviero est un alcoolique dépravé accumulant les conquêtes féminines et les humiliations quotidiennes optés pour sa jeune épouse Irina, au bord de la crise de nerf. Bientôt, un mystérieux assassin sévit dans la région avec deux meurtres compromettant le douteux mari infidèle.

                          

En 1972, Sergio Martino renoue une quatrième fois avec l'iconographie giallesque après nous avoir séduit cette même année avec l'Alliance Invisible, puis un an au préalable agrémenté son habile talent avec l'Etrange vice de Mme Wardh et la Queue du Scorpion.
Dès le préambule, putanesque et baroque dans l'ambiance dépravée d'une demeure champêtre accueillant l'invitation de quidams libertins, ce giallo corrompu va facilement asséner une empathie attendrie pour cette épouse psychologiquement humiliée, physiquement violentée par un mari volage dénué de compassion. 
Après le meurtre d'une jeune libraire avec qui Oliviero avait rendez vous, les soupçons vont indubitablement s'orienter sur son profil, faute d'une personnalité sans vergogne et déloyale. Défavorablement, un second crime, beaucoup plus compromettant va être perpétré dans sa propre demeure, portant atteinte cette fois-ci à l'esclave noire de maison. Le scénario classiquement ordonné va commencer à se détourner des ficelles balisées en faisant des deux protagonistes principaux deux complices impromptus d'un meurtre sauvagement perpétré à la faucille. 
Sergio Martino va accorder ses ambitions premières à illustrer avec soin psychologique le quotidien débauché et tendancieux d'un homme putassier et de sa pauvre épouse torturée, obligé de subir ses inlassables réflexions dépréciantes. L'arrivée d'une affriolante nièce lubrique va destructurer la relation masochiste du couple alors qu'un troisième meurtre va être à nouveau perpétré envers une prostituée lambda. Mais un retournement de situation aléatoire va complètement désarçonner l'intrigue tortueuse en dévoilant aussi furtivement le véritable visage de l'assassin !

                           

La seconde partie du film va encore négocier avec son esprit fortuit dans le  vaste huis-clos d'une demeure victorienne auquel un trio pervers et indocile s'est porté complice d'un cadavre croupissant derrière les murs de la cave. Sans compter l'omniprésence d'un énigmatique chat noir sauvagement blessé à l'oeil par l'un d'entre eux qui pourra finalement accomplir la plus finaude des revanches vindicatives. D'ailleurs, Sergio Martino va se permettre au passage de s'accorder une référence à une fameuse nouvelle d'Edgar Allan Poe dans son épilogue fatalement ironique et morbide.

L'actrice transalpine Edwige Fenech (la femme la plus sexy de la planète !) déploie une fois de plus toute la mesure de son talent dans son jeu naturellement polisson d'une jeune effrontée insouciante laissant déployer de façon épidermique son anatomie corporelle d'une beauté limpide immaculée. La sublime Anita Strindberg (le Venin de la peur, l'Antéchrist, Qui l'a vu mourir ?) envoûte l'écran de son regard bleu empli de désespoir et de folie névrosée sous-jacente, accumulés par les contraintes licencieuses d'un mari immoral. C'est l'excellent Luigi Pistilli (Et pour quelques dollars de plus, le Bon, la Brute et le Truand, la Baie Sanglante) qui endosse avec sa trogne impassible ce personnage ordurier enduit d'alcool, se vautrant sans scrupule dans les plaisirs sexuels avant de tenter de commettre une stratégie meurtrière.

                          

LE CHAT NOIR
Baignant dans la clarté d'une photographie pastel et de classieux décors architecturaux, Ton Vice est une Chambre Close... est un superbe giallo inspiré par ses motivations narratives de renouveler une intrigue captivante allouée à ces personnages tendancieux. Un savoureux portrait peu recommandable de protagonistes immoraux, tour à tour complices mais antinomiques et beaucoup plus insidieux qu'il n'y parait. L'ambiance putanesque qui y règne autour de la sensualité candide et audacieuse de ces deux femmes vénéneuses, les scènes gores efficacement troussées, son suspense intense parachevant son point d'orgue vers un coup de théâtre percutant concourent de répertorier ce giallo singulier dans les meilleures réussites du genre.

29.08.11.
Bruno Matéï.
 

mercredi 24 août 2011

SEIZURE, LA REINE DU MAL (Seizure)


d'Oliver Stone. 1974. Canada / U.S.A. 1h38. Avec Jonathan Frid, Martine Beswick, Joseph Sirola, Christina Pickles, Hervé Villechaize, Anne Meacham, Roger De Koven, Troy Donahue, Mary Woronov, Richard Cox, Henry Judd Baker, Lucy Bingham.

FILMOGRAPHIE: Oliver Stone (William Oliver Stone) est un réalisateur, scénariste et producteur américain né  le 15 septembre 1946 à New-York. 
1974: La Reine du Mal, 1981: La Main du Cauchemar, 1986: Salvador, Platoon, 1987: Wall Street, 1988: Talk Radio, 1989: Né un 4 Juillet, 1991: Les Doors, 1991: JFK, 1993: Entre ciel et Terre, 1994: Tueurs Nés, 1995: Nixon, 1997: U-turn, 1999: l'Enfer du Dimanche, 2003: Comandante (Doc), 2003: Persona non grata, 2004: Looking for Fidel (télé-film), 2004: Alexandre, 2006: World Trade Center, 2008: W.: l'Impossible Président, 2009: Soul of the Border, 2010: Wall Street: l'argent ne dort jamais.

                           

Hommage subjectif d'un puriste amateur de rareté
Premier essai derrière la caméra d'Oliver Stone, Seizure est un ovni sorti de l'esprit personnel d'un cinéaste expérimental contrarié par l'idée de la mort et de cette peur indissociable qui refrène l'être humain.

Un célèbre écrivain réputé pour ses écrits horrifiques est obsédé par un cauchemar récurrent auquel ses héros de son dernier roman viennent le tourmenter durant ses nuits agitées. Un jour, alors qu'il reçoit la visite de nombreux invités familiers, ses personnages de fiction semblent prendre vie pour venir les provoquer dans une série d'épreuves létales.

                            

Attention, curiosité incongrue à réserver à un public averti ! Dans la mesure où Seizure se rapproche plus du trip expérimental, abstrait et décousu que le divertissement ludique classiquement convenu. Dès son premier long-métrage, Oliver Stone semble passionné par le traitement de son sujet physiologique et tente de nous livrer une oeuvre interlope ne ressemblant à rien de connu. Un trio de personnages véreux au look improbable (un géant athlétique atteint de mutisme, un nain mesquin surnommé l'araignée et une vamp indocile représentée par la reine noire) sèment la zizanie parmi un groupe d'invités réunis dans la demeure d'un célèbre écrivain. Ils vont devoir faire preuve de courage et persévérance face à nombres d'épreuves diaboliques concoctées par ces adeptes du Mal afin de leur faire tester leur capacité physique et psychologique à se mesurer face à la mort.
Dans un montage anarchique et épileptique, de manière aussi à mieux nous égarer dans les péripéties agencées, Seizure souhaite nous confronter à notre peur innée de la mort et de l'inconnu irrationnel. De cette potentielle emprise surnaturelle apte à nous nuire dans le seul but de commettre le Mal de par leur nature intrinsèque. Oliver Stone mène futilement le doute chez le spectateur puisqu'en amont de l'intrigue, une info capitale est signalée par le biais d'un poste de radio annonçant succinctement que trois individus dangereux ont réussi à s'évader d'un asile psychiatrique pour sévir en toute liberté. Mais le fait que ces épreuves létales perpétrées pour nos protagonistes, asservis par l'autorité de personnages délétères, semblent bien présager que nous avons certainement affaire à des icônes maléfiques matérialisées par un écrivain obsédé par ses angoisses néfastes. A moins que toute cette mascarade n'était qu'un énième cauchemar illusoire fantasmé par l'esprit dérangé d'un homme esseulé en prise avec ses démons intérieurs. 

                          

Après maintes péripéties saugrenues engagées pour les victimes sévèrement fustigées entre elles, l'épilogue bicéphale dévoilera enfin le fin mot de l'énigme après avoir une fois de plus induit en erreur le public décontenancé. Une supercherie perfide élaborée par un réalisateur néophyte souhaitant finalement souscrire à une métaphore sur les affres de la peur enfouies en chaque être humain.

En dehors d'une interprétation d'ensemble plutôt honorable, on peut souligner la prestance singulière de l'acteur nain Hervé Villechaize (l'île fantastique), plutôt inquiétant et sardonique dans ses exactions perfides à provoquer sournoisement ses victimes démunies. Mais c'est sans compter sur la présence de l'une des reines de l'horreur que Seizure accorde une belle alchimie diabolique en la présence de Martine Beswick. Vamp mécréante et intraitable, son look macabre accoutré d'une robe opaque et surtout son expressivité ténébreuse d'un regard envoûté attribuent une belle dimension horrifique culminant son apogée dans une dernière séquence proprement terrifiante !

                          

Dans une multitude de séquences débridées, baroques, dérangées et désordonnées, Seizure rebute et provoque l'anxiété, distille un futile malaise lattent accentué par une ambiance malsaine sous-jacente où des démons atypiques sèment la panique dans l'esprit chétif des pauvres victimes. Oliver Stone utilise l'ustensile de l'épouvante afin de mieux nous confronter à notre rapport conflictuel avec la peur morbide. Une forme d'exutoire de songer à dépasser et dominer l'esprit anxiogène de la crainte afin de renouer avec la paix et la sérénité intérieure. Parfois maladroit, confus, brouillon, étrange, insolite et désincarné, cette rareté est une étrange découverte qui ne risque pas de laisser indifférent.

24.08.11
Bruno Matéï

mardi 23 août 2011

DE L'EAU POUR LES ELEPHANTS (Water for Elephants)


de Francis Lawrence. 2011. U.S.A. 1h55. Avec Robert Pattinson, Reese Withespoon, Christoph Waltz, James Frain, Hal Holbrook, Paul Schneider, Tim Guinee, Dan Lauria, Ken Foree, Tatum Etheridge.

Sortie en salles en France le 4 Mai 2011. U.S: 22 Avril 2011.

FILMOGRAPHIE: Francis Lawrence est un réalisateur américain né le 26 Mars 1970 à Vienne, en Autriche. 2005: Constantine. 2007: Je suis une Légende. Eddie Dickens and the Awful End. 2011: De l'Eau pour les Eléphants. 2012: Constantine 2.

                                      

Francis Lawrence m'avait particulièrement surpris avec sa nouvelle adaptation de Matheson, Je suis une Légende, campé par un étonnant Will Smith tout en sobriété. En l'occurrence, il rend cette fois un puriste hommage aux romances flamboyantes de la grande époque hollywoodienne. Quelque peu prévisible et n'échappant pas à certaines conventions du genre (happy-end rassurant à l'appui !), De l'eau pour les Éléphants réussit à séduire dans sa sincérité de livrer sans pathos un spectacle plaisant et émouvant. Un conte de fée romanesque et foisonnant auquel un trio de comédiens contemporains réussissent à transcender les clichés usuels du genre.
Dans les années 30, Jacob Jankowski, étudiant studieux pour son enseignement dans la médecine vétérinaire, vient de perdre ses parents et décide de tout quitter pour s'aventurer dans une contrée indéterminée à bord d'un train de marchandise. Il se trouve que ce convoi est emménagé par une troupe ambulante affiliée aux spectacles de cirque. Le jeune orphelin va rapidement faire la rencontre du directeur autoritaire marié à une acrobate vertueuse. Une relation amoureuse naît entre les deux jeunes amants.



Spectacle tous publics tourné à l'ancienne dans son esprit exaltant et romantique érigé autour d'un cirque, De l'Eau pour les Eléphants doit son charme et sa réussite à la personnalité intègre d'un metteur en scène réfutant la guimauve conforme à ce type de production populaire. Grâce à son talent consciencieux à narrer une histoire forte privilégiée par un épatant trio de comédiens, cette aventure humaine relate avec souffle passionnel une intrigue amoureuse sur fond de maltraitance animale. Hormis la superficialité d'un titre pompeux, le récit fait donc appel à la cruauté pour dénoncer les sévices corporels que pourraient subir certains animaux esclaves des chapiteaux de cirque. En l'occurrence, un éléphant devenu le souffre-douleur d'un directeur mégalo aussi intraitable que bestial pour s'y faire entendre et obéir. Mais l'arrivée inopinée d'un jeune vétérinaire va sérieusement perturber sa hiérarchie dictatoriale, notamment auprès de ses employés. Alors qu'au fil de la progression du récit, l'épouse de celui-ci va finalement se laisser attendrir par cet inconnu loyal et bienfaisant. Toutes les séquences émouvantes illustrant la relation empathique entre nos deux héros pour l'animal violenté ou sacrifié font preuve d'une modeste émotion car elle ne sombre jamais dans le sentimentalisme larmoyant (comme ce cheval volontairement abattu de manière succincte afin de le libérer de sa blessure létale). Il en est autant question pour l'histoire d'amour traditionnellement imposée auquel un trio d'amants va devoir s'affronter pour remporter la mise. Un affrontement psychologique davantage compromettant lorsque le mari n'est plus dupe de la relation amoureuse impartie entre son épouse et l'étranger, culminant vers un dénouement aussi déterminant qu'explosif.


Après son triomphe commercial auprès de la trilogie sirupeuse Twilight, Robert Pattinson réussit honorablement à éclipser son personnage pubère d'ado immortel pour endosser un rôle plus mature et tempéré dans sa nouvelle démarche romanesque à lutiner une femme violentée. Campée par notre radieuse Reese Withespoon, son charme ténue n'a rien à envier aux égéries de la belle époque tant son jeu dépouillé ne bifurque jamais dans les sentiments sirupeux. Ovationné après son rôle marquant d'officier nazi dans Inglorious Basterd, Christophe Waltz réussit encore admirablement à se fondre dans la peau d'un individu interlope car particulièrement sournois. Un patriarche finalement méprisable dévoilant davantage son penchant vénal pour la torture animale ainsi que son irascibilité machiste à vouloir coûte que coûte dompter sa dulcinée.


Hormis son caractère délibérément prévisible et une incohérence narrative intervenant vers un dernier quart-d'heure trop vite expédié (après avoir été violemment corrigé, Jacob réussit trop facilement à retrouver les traces de ses agresseurs embarqués à bord du train !), De l'eau pour les Eléphants séduit sans excès en provoquant une émotion déférente pour ce spectacle flamboyant. Mené avec brio et surtout formidablement interprété, cet hommage aux épopées romantiques d'antan réussit donc à emporter l'adhésion du public prioritairement sensible.

Note: le film est tiré du roman de Sara Gruen

23.08.11
Bruno Matéï

                                          

lundi 22 août 2011

RESCUE DAWN


de Werner Herzog. 2007. U.S.A. 2h06. Avec Christian Bale, Steve Zahn, Jeremy Davies, Toby Huss, Evan Jones, Galen Yuen, François Chau.

Sortie en salles U.S: 4 Juillet 2007.  France: Juin 2008: le film est sorti directement en DVD et n'a pas été doublé, le distributeur français ayant conservé le doublage francophone canadien.

FILMOGRAPHIE: Werner Herzog, de son vrai nom Werner Stipetic, est un réalisateur, acteur et metteur en scène d'opéra allemand, né le 5 septembre 1942 à Munich, (Allemagne).
1968: Signes de vie, 1970: Les Nains aussi ont commencé petit, 1971: Fata Morgana, 1972: Aguirre, le Colèe de Dieu, 1974: L'Enigme de Kaspar Hauser, 1976: Coeur de Verre, 1977: La Ballade de Bruno, 1979: Nosferatu, fantôme de la nuit, Woyzeck, 1982: Fitzcarraldo, 1984: Le Pays où rêvent les fourmis vertes, 1987: Cobra Verde, 1991: Cerro Torre, le cri de la roche, 1992: Leçons de ténèbres, 2001: Invincible, 2005: The Wild Blue Yonder, 2006: Rescue Dawn, 2009: Bad Lieutenant.

                             

Hommage subjectif d'un puriste amateur d'évasion
Werner Herzog, réalisateur hétéroclite de renom s'est inspiré en 2006 d'un fait divers ayant eu lieu en pleine guerre du Viêt-Nam au cours duquel un pilote américain (d'origine allemande) a réussi à s'échapper de son camp de prisonniers. Inédit en salles dans notre pays hexagonal, le film est directement passé à la trappe du DTV. En 1997, le réalisateur avait déjà entrepris un documentaire sur le sujet, intitulé Little Dieter Needs to Fly.
Envoyé en mission au Laos à bord de son avion durant la guerre du Viêt-nam, le lieutenant Dieter Dengler est abattu en plein vol par l'antagoniste. Ayant survécu au moment du crash, il est fugacement kidnappé par des miliciens pour être embrigader dans un camp de prisonniers. Avec l'aide de deux américains et trois compagnons étrangers, Dieter envisage d'élaborer un plan d'évasion.
                          
Film de guerre flegmatique d'une surprenante sobriété dans son refus de livrer un survival conventionnel tributaire de traditionnelles scènes d'action vigoureuses, Rescue Dawn surprend modestement à livrer une aventure humaine cauchemardesque d'une belle dimension psychologique. Après le kidnapping de l'aviateur Dieter retenu prisonnier dans un camp de miliciens, la première partie nous illustre la dure quotidienneté de son calvaire et les conditions de vie imposées parmi un petit groupe d'autres détenus auquel il décide de s'engager à les convaincre qu'une évasion risquée est concrétisable. Werner Herzog filme le destin de cette poignée de citoyens appréhendés par l'ennemi opiniâtre dans une mise en scène personnelle, à hauteur d'homme puisque dédiée à l'intimité de survivants en phase de déclin. D'ailleurs, les quelques scènes de torture qui interviennent au début du récit se révèlent plutôt suggérées, refutant une quelconque brutalité spectaculaire, habilement détournées ici par la dimension psychologique de celui qui subi les violences physiques punitives. En prime, le réalisateur accorde beaucoup d'importance à l'immensité de la nature environnante, sauvage et hostile, exacerbée par les teintes naturalistes et pastels d'une jolie photographie et auquel les animaux et insectes évoluent instinctivement dans leur milieu écologique. Des images limpides d'une poésie prude que n'aurait pas renié Terrence Malick et qui accorde une forme d'originalité à ce type de récit viril potentiellement frénétique. Après les conditions de vie drastique illustrées sans complaisance envers les victimes, les préparatifs minutieux de l'évasion sont enfin dévoilées par un leader loyal et enthousiaste motivé par son instinct optimiste plein d'aplomb. Réserves précaires de nourriture et outils façonnés de manière artisanale sont concoctés par nos rebelles, alors qu'un conflit d'autorité semble se confirmer envers deux d'entre eux. Dans ces nombreuses prises de risque compromises envers nos personnages anxieux de leur quête libertaire, un savant suspense lattent est efficacement distillé au fur et à mesure de la progression de leurs enjeux capitaux. 
                         
La seconde partie plus intense et décisive nous entraîne en interne de cette vaste nature auquel notre groupe de survivants va tenter de s'y extraire pour renouer avec leur autonomie rédemptrice. C'est en particulier l'imparable Dieter Dengler et son complice au bord de l'épuisement et de la folie qui vont devoir faire preuve de subterfuge et bravoure physique pour ne pas se laisser appréhender par l'ennemi invisible. Là aussi, une tempérance au niveau de l'action intrépide est privilégiée dans l'itinéraire extrême envisagé parmi ses 2 hommes au bord du marasme, sans que la tension ne vienne s'amoindrir. A contrario, on sera surpris par une séquence choc, sauvage et cruelle intervenant de manière totalement aléatoire à un des protagonistes planqué aux abords d'un village vietnamien. Quand à l'épilogue salvateur et poignant, il réserve un joli moment d'émotion largement assigné par l'excellent Christian Bale.
Un acteur livrant une fois de plus une prestance probante d'une riche intensité dans sa quête affirmée de retrouver au plus vite une liberté inespérée. Un personnage héroïque jamais caricatural, privilégié par son profil chevronné engagé dans la dignité humaine, ne cherchant jamais à se montrer plus finaud ou adroit que son voisin.  inflexible, docilement autoritaire, téméraire, d'un courage et d'une loyauté pleine d'humilité, l'acteur renouvelle son talent inné à s'approprier d'un nouveau rôle majeur. Ce qui va aussi daigner d'enrichir la narration à gagner en véracité et acuité émotionnelle.
                             
Leçon de courage et de survie, Rescue Dawn est un captivant survival sortant des sentiers battus pour contourner habilement les conventions habituelles du genre avec retenue et discrétion. Le soin apporté à la mise en scène octroyée à ces personnages d'une belle profondeur humaine, la beauté dantesque des décors grandioses dans lequel ils évoluent et la densité de leur récit âpre et désespéré acheminent à un très beau témoignage héroïque injustement passé inaperçu.
22.08.11. 
Bruno Matéï. 
                                        

samedi 20 août 2011

SUSPIRIA (Soupirs !)

                                                       Photo empruntée sur Google appartenant au site: http://www.listal.com/viewimage/1466818h

Suspiria de Dario Argento. 1977. Italie. 1h39. Avec Jessica Harper, Stefania Casini, Flavio Bucci, Miguel Bosé, Barbara Magnolfi, Susanna Javicoli, Eva Axen, Rudolf Schundler, Udo Kier, Alida Valli, Joan Bennett.

Sortie en salles en France le 18 Mai 1977. U.S: 12 Aout 1977.

FILMOGRAPHIE: Dario Argento est un réalisateur et scénariste italien né le 7 septembre 1940, à Rome (Italie).
1969: l'Oiseau au plumage de Cristal, 1971: Le Chat à 9 queues, Quatre mouches de velours gris, 1973: 5 Jours à Milan, 1975, Les Frissons de l'Angoisse, 1977: Suspiria, 1980: Inferno, 1982: Ténèbres, 1985: Phenomena, 1987: Opera, 1990: 2 yeux Maléfiques, 1993: Trauma, 1996: Le Syndrome de Stendhal, 1998: Le Fantome de l'Opéra, 2001: Le Sang des Innocents,2004: Card Player, 2005: Aimez vous Hitchcock ?, 2005: Jennifer (épis Masters of Horror, sais 1), 2006: J'aurai leur peau (épis Masters of Horror, sais 2), 2006: Mother of Tears, 2009: Giallo, 2011: Dracula 3D.

                                   

"La magie est une chose à laquelle on croit, ou et quand que ce soit, et qui que l'on soit".

Deux ans après son chef-d'oeuvre giallesque, Les Frissons de l'Angoisse, Dario Argento fait coup double avec Suspiria, clef de voûte du Fantastique moderne exploitant l'univers de la sorcellerie comme aucun cinéaste n'avait su le retranscrire au préalable. Spectacle halluciné de sons et lumières, cet opéra de mort nous emporte dans un maelstrom d'émotions à la merci de son auteur transi de créativité. Un génie illuminé réussissant à transcender la forme par l'alchimie de sa caméra expérimentale. Ou comment réinventer l'affres de l'angoisse à travers l'existence des sorcières caractérisées par la mère des soupirs: Helena Markos. Susie Benner, jeune ballerine américaine, débarqué à Fribourg sous une nuit pluvieuse. Après avoir pris un taxi pour rejoindre son académie de danse, l'école lui interdit l'accès sans motif . Au même moment, elle aperçoit une jeune fille affolée quittant brusquement les lieux. Quelques instants après, la mystérieuse inconnue est sauvagement assassinée. Susie comprends peu à peu que l'école renferme de troubles secrets alors que d'autres meurtres aussi cinglants seront perpétrés.
                                        
Suspiria débute avec un prologue oppressant. Susie Benner, sort d'un aéroport pour appeler furtivement un taxi, faute d'une pluie battante. A bord du véhicule conduit par un étrange chauffeur, son trajet nocturne suscite une aura anxiogène lorsque son regard troublé semble apeuré par l'opacité d'une pluie agressive entrevue par la vitre du taxi. L'inquiétude de la jeune fille va un peu plus s'accentuer avec la découverte irréelle d'une présence humaine courant à travers bois d'une forêt clairsemée. Cette silhouette féminine est une jeune apprentie congédiée de l'académie pour mauvaise conduite. Quelques instants avant sa fuite, Susie avait tenté de comprendre le vocabulaire de cette inconnue lorsqu'elle s'était adressée à l'interphone de l'établissement. Dario Argento, en pleine possession de ses ambitions formelles, créé déjà une ambiance atypique aussi fascinante que magnétique. Le score lancinant façonné par les Goblin, comptine doucereuse violemment percutante dans ses accents choraux, va venir scander ce florilège d'images fantasmagoriques jusqu'au fameux double meurtre. Un moment d'anthologie d'une cruauté hallucinée où l'on ne compte plus les coups de poignards assénés à la victime suppliciée, sans compter ce gros plan incongru d'un coeur battant transpercé par la lame d'un couteau acéré. Autant dire que les 20 premières minutes sont déjà pour le spectateur une épreuve horrifique jamais vécue de manière aussi sensitive sur écran de cinéma ! L'expérience virtuose (la caméra, sagace et véloce, multiplie les angles et cadrages alambiqués !) constituant un concerto funèbre alliant hurlements de la victime moribonde à la frénésie féerique d'images épiques.

                                            

Le cheminement suivant nous borde par la main de Susie dans l'antre d'un mystère lattent régi au sein d'une académie de danse. Un établissement d'une beauté baroque irréelle variant à l'infini les décors picturaux érigés sous une architecture bigarrée, teintes criardes à l'appui. Une splendeur esthétique désincarnée agencée à l'intérieur du moindre plan, où les quelconques objets, symboles et détails les plus anodins sont contrastés par la caméra expérimentale. Les différentes loges accordées aux apprenties danseuses et les pièces secrètes qui environnent les alentours sont une excursion hermétique où l'occultisme du Mal domine instinctivement ceux qui y ont trouvé refuge. Quand à leur hiérarchie réglementaire, elle est gouvernée par des femmes autoritaires compromises par des secrets inavouables. Cet irrésistible sentiment de perte des sens avec la réalité nous est exacerbé avec l'acte morbide du meurtre gratuit. Celui d'un aveugle piégé au coeur d'un palais historique car subitement égorgé par son propre chien, et celui de la ballerine un peu trop curieuse, pris au piège dans les mailles de filets métalliques. Argento, plus que jamais déguisé en alchimiste perfide, nous hypnotise la vue et l'ouïe à travers ces séquences inédites où l'horreur surnaturelle frappe brutalement sans prévenir (zooms audacieux à l'appui pour venir ausculter les plaies entaillées). Cette combinaison de gore outrancier et de beauté gracile est filmée d'une manière si épidermique qu'elle nous fascine avec une anxiété indicible !

                                     

Et lorsque le destin de la reine noire, Helena Markos, est évoquée à travers la culture d'un illustre psychiatre, plus de doute n'est alors imposé à l'héroïne (et au spectateur !), préalablement indécise. Le monde des sorcière existe bel et bien, et Argento souhaite rationaliser ce sentiment absurde du surnaturel tyrannisant notre monde dans l'unique but de nous faire souffrir afin d'accéder à l'autocratie. Mais les sorcières ne peuvent obtenir cette divinité qu'en exerçant le mal pour le soumettre aux êtres humains (par la maladie, la souffrance et fatalement la mort). Cette doctrine mécréante fondée sur l'annihilation par la magie culmine sa danse funeste vers une antichambre de l'enfer en connivence avec la candeur Spoil ! d'une fleur d'Iris. Fin du spoil Ce code secret finalement déchiffré est notamment une quête initiatique pour la jeune Susie, ici éprise de vaillance audacieuse pour accéder à l'horrible vérité ! La fascination exercée par cette confrérie véreuse atteint son apothéose lors d'un point d'orgue de terreur crispante et d'explosions de feu.


La Danse des Sorcières
Conte de fée pour adultes auquel Blanche Neige se serait égarée au pays des merveilles, Suspiria constitue une ultime expérience avec la peur de l'inconnu initiée à la beauté d'une horreur érotique. Argento, hanté par ses ambitions occultes créant ici l'opéra anxiogène le plus scintillant car oscillant inlassablement avec l'élégance épurée et l'horreur forcenée d'une mère des soupirs. Illuminé par la douceur chétive de Jessica Harper, aussi engourdie par son environnement fantasmatique qu'étourdie par le concerto déchaîné des Goblin, Suspiria s'érige en ballet cabalistique ! La danse de sorcières la plus ensorcelante de l'histoire du cinéma.

Dédicace à Jessica Harper et Bruno Matéï (qui ne s'en est jamais remis)

19.08.11. 6
Bruno Matéï

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vendredi 19 août 2011

LE 7E VOYAGE DE SINBAD (The 7th Voyage of Sinbad)


de Nathan Juran. 1958. U.S.A. 1h27. Avec Kerwin Mathews, Kathryn Grant, Richard Eyer, Torin Thatcher, Alec Mango, Danny Green, Harold Kesket, Alfred Brown, Nana DeHerrera, Nino Falanga, Luis Guedes.
Sortie salles U.S: 23 Décembre 1958.  Allemagne de l'Ouest: 5 Décembre 1958.

FILMOGRAPHIE: Natha Juran est un réalisateur, scénariste et directeur artistique américain, né le 1er Septembre 1907 à Bucovine (Roumanie), décédé de mort naturelle le 23 Octobre 2002 à Paolos Verdes Estates (Etats-Unis).
1953: La Légande de l'Epée Magique
1957: La Chose surgie des Ténèbres. A des Millions de kms de la Terre. Le Cerveau de la Planère Arous.
1958: L'Attaque de la Femme à 50 Pieds. La 7è Voyage de Sinbad.
1962: Jack, le Tueur de Géants.
1964: Les premiers Hommes dans la lune.
1966: The Deadly Mantis
1967: Billy the Kid. Les Trompettes de Jéricho. Les Aventuriers de l'Espace.
1969: Land Raiders.
1973: The Boy who Cried Werewolf.

                                     

Il était une fois un enfant qui modelait des monstres dans le garage de ses parents pour se raconter des histoires fabuleuses et effrayantes... Quelques décennies plus tard, il deviendra le poète inné des effets-spéciaux, créateur d'une oeuvre enchanteresse au service du cinéma... Ray Harryhausen.

La même année que l'Attaque de la Femme à 50 pieds, Nathan Juran entreprend avec Le 7è Voyage de Sinbad l'une des plus notoires aventures des 1001 nuits parmi le personnage iconique du capitaine tueur de monstre. Produit pour un million de dollars, le film en engendre 6 pour devenir le succès surprise de l'année. Il va donc permettre de lancer une franchise dans une série de films mettant en vedette le célèbre marin mais surtout les créatures façonnées par un maître des effets-spéciaux, Ray Harryhausen. En prime, il s'agit du premier film colorisé auquel l'égérie du stop motion (ou plus précisément le procédé du Dynamation) participa à l'élaboration des trucages confectionnés durant près d'un an.

                                 

Sinbad le Marin décide de rassembler un groupe de 25 dangereux prisonniers pour partir dans le Sud de l'île de Colossa. Le but de cet expédition est de retrouver une écaille de volatile pour rendre la taille normale de sa dulcinée miniaturisée par un mage. Dans leur parcours semé d'embûches, ils vont établir la rencontre d'un bestiaire de monstres improbables !
Classique notoire, Le 7è voyage de Sinbad s'avère l'un des spectacles les plus populaires et appréciés des aventures du  marin grâce son efficacité requise pour l'enchaînement successif de séquences toutes plus spectaculaires et féeriques les unes que les autres. Sans jamais verser dans la surenchère pour épater la galerie, cette aventure endiablée est menée sur un rythme trépidant ne laissant que peu de répit aux protagonistes. Le scénario sctructuré et la mise en scène au service des personnages sont agencés pour nous faire rêver durant 1h30. Un concentré de pure fantaisie et de merveilleux déployés pour nos héros alpagués par une horde de monstres délirants. Que ce soit les cyclopes à sabot, le squelette décharné revenu à la vie, le volatile à deux têtes, le dragon vert enchaîné ou encore cette femme serpent brièvement métamorphosée pour le tour d'un spectacle de magie dirigé par un oracle ! D'autres personnages fantastiques plus dociles sont également de la partie pour nous attendrir et séduire comme l'idylle de Sinbad, malencontreusement miniaturisée par les pouvoirs occultes du magicien Sokurah, ou encore le génie infantile enfermé dans une lampe. L'attraction du film est évidemment due en majeure partie à ces séquences oniriques calibrées par le maître des effets-spéciaux, Ray Harryhausen. Chaque séquence illustrant une créature insolite filmée en stop motion s'insère si facilement avec les prises de vue réelles auquel nos personnages évoluent que l'on a cette troublante impression de les voir réellement affronter ces monstres en pâte à modeler ! Les décors kitchs riches de couleur criarde et la complicité enthousiaste des comédiens participent également au charme naïf de ce fabuleux voyage aussi enchanteur que dépaysant. Tandis que la musique épique du grand Bernard Herrman va également apporter une formidable vigueur dans ces péripéties hallucinées.
                                

Alors nos blockbusters actuels dotés de budget faramineux se rabattent paresseusement sur des effets-spéciaux numériques pour tenter de nous bluffer à grand renfort d'action pétaradante (le choc des Titans de Letterier, G.I Joe, Transformers, Le Prince de Persia, Battle Los Angeles, etc, etc...), le 7è voyage de Sinbad transcende son peu de moyens par l'amour du travail assidu et cette sincérité de nous enchanter comme au prémices de notre naîve enfance. L'association d'un génie des FX et d'un cinéaste sans prétention contribuant à immortaliser ce voyage poétique au pays des mythologies séculaires.

"L'animation doit être un langage, un art, c'est à dire la création de quelque chose sortant du néant, une projection pendant une heure et demie d'une pseudo réalité des plus bizarres extensions de l'imagination à l'injection d'une vie illusoire dans ce qui est basiquement inanimé." Ray Harryhausen.

Bruno Matéï

                               

25.08.11

jeudi 18 août 2011

LA NUIT DES MORTS-VIVANTS de Tom Savini. (The Night of the Living-Dead)


de Tom Savini. 1990. U.S.A. 1h29. Avec Tony Todd, Patricia Tallman, Tom Towles, Mc Kee Anderson, William Butler, Katue Finneran, Bill Mosley.

Sortie en salles U.S.A: 19 Octobre 1990.

FILMOGRAPHIE: Tom Savini est un acteur, réalisateur, maquilleur et ateur d'effets-spéciaux américain, né le 3 Novembre 1946 à Pittsburgh (Pennsylvanie).
1990: La Nuit des Morts-Vivants (Remake)
Maquilleur: 1974: Deranged. 1977: Martin. 1978: Zombie. 1980: Vendredi 13. Maniac. 1981: Carnage. Rosemary's Killer. 1984: Vendredi 13 IV. 1986: Le Jour des Morts-Vivants. Massacre à la Tronçonneuse 2. 1988: Incidents de Parcours. 1993: Trauma. 2004: Family Portraits.


22 ans après le chef-d'oeuvre de Georges A. Romero, La Nuit des Morts-vivants fait l'objet d'un remake à la demande du maître, dépité à l'époque (ainsi que toute son équipe technique) de n'avoir pu être financièrement rémunéré suite à une erreur de gestion de droit d'auteur. A l'origine du film fondateur, le maquilleur Tom Savini avait été enrôlé pour s'occuper des effets-spéciaux mais son recrutement précipité au Viêt Nam en tant que photographe de guerre le contraint de quitter l'entreprise. Georges A. Romero, cette fois-ci producteur et désireux de récupérer des bénéfices jamais versés, décide donc en 1990 de réunir toute l'équipe originelle et d'offrir le poste de metteur en scène à son confrère Tom Savini. Un frère et une soeur se rendent sur la tombe de leur mère quand un inconnu moribond se met à agresser cette dernière. Après une violente confrontation avec ce quidam erratique, le frère venu en aide à sa soeur succombe incidemment à une chute mortelle. La jeune Barbara réussit in extremis à s'enfuir pour rejoindre une demeure champêtre située à proximité du cimetière. Sur place, elle fait la rencontre d'un afro-américain déterminé à se défendre contre ces mystérieux individus se déplaçant de manière apathique, l'air hagard ! Les morts putrescents semblant revenir à la vie sans explication logique !


Il ne faut pas se leurrer, il y avait de quoi être dubitatif, voir carrément réfractaire à la vue du projet de remake d'un des films les plus terrifiants de tous les temps ! Scénarisé et produit par Georges Romero en personne et réalisé par le novice Tom Savini attitré derrière la cam, La Nuit des Morts-vivants s'avère pourtant une surprise inespérée au vu du résultat. Dès le prologue, préalablement célébré par une tirade dans toutes les mémoires ("ils vont venir te chercher Barbara !!!"), Tom Savini réussit à surprendre et terrifier son public en faisant intervenir de nouveaux éléments narratifs impondérables. Au vu du soin méticuleux octroyé à l'aspect clinique des zombies décharnés, l'ambiance funèbre qui en découle scotche le spectateur impressionné par le réalisme brutal de scènes d'agression aussi intenses (la mort accidentelle de Johnny s'avérant viscéralement percutante !). En prime, l'idée couillue d'avoir privilégié la lueur du jour dans un cimetière (un paradoxe !) était une gageure au défi relevé (alors qu'à la base Savini souhaitait filmer cette séquence-clef sous un climat diluvien !). L'évolution du récit qui voit la fuite éperdue de Barbara à travers champs complètement affolée par ces agressions en série, perdure dans la terreur oppressante avec ces diverses rencontres de zombies confinés dans une demeure bucolique. Des séquences horrifiques superbement réalisées, transcendant notamment l'aspect repoussant de ces morts-vivants plus vrais que nature ! (une rumeur prétend même que Romero était jaloux au vu du résultat graphique des machaabées). Ce tour de force technique est imparti à John Vulich et Everett Burrell ayant communément passé de longs mois à lire des bouquins de médecins légistes afin de mieux coller à la réalité quant à l'incarnation de la mort putride. Ils vont apprendre entre autre que les vrais cadavres n'ont pas une teinte grisonnante comme on peut souvent l'observer dans les fictions mais une mine parcheminée !


Après la caractérisation de nos deux héros, place au développement des rôles secondaires blottis dans le refuge restreint d'une cave. Avec intelligence, Tom Savini réussit à maintenir l'intérêt d'une histoire éculée par sa faculté à daigner réinventer le "zombie movie". Cette alchimie miraculeuse est appuyée par le soin d'une mise en scène assidue, de morts-vivants criant de vérité dans leur aspect fétide, d'interprètes pleins de vigueur dans leur jeu antinomique et d'une ambiance inquiétante de fin du monde. En outre, le réalisateur va malicieusement inverser les rôles principaux attribués à Ben et Barbara en faisant de la femme chétive effarouchée un superbe portrait d'héroïne pugnace ! En l'occurrence, le nouveau huis-clos par ailleurs magnifiquement photographié renoue avec la caractérisation passionnante de ses protagonistes égoïstes et couards. Lors de ses conflits anarchiques, Savini stigmatise notre instinct d'arrogance, notre esprit de supériorité et notre orgueil vis à vis de l'étranger dans un contexte de crise politico-sociale. L'amertume de son final nihiliste et l'impact de certaines images scabreuses vont enfoncer le clou dans la turpitude, l'incommunicabilité, la violence primitive régies par une Amérique profonde.


Sans verser dans le gore festif et décomplexé, cette Nuit des Morts-vivants colorisée réussit haut la main au premier degré à terrifier et secouer le spectateur. Baignant dans un esthétisme limpide, agréable contrepoint à la beauté macabre de sa nature crépusculaire, ce joyau âpre est à réhabiliter d'urgence tant il s'avère immersif pour sa plongée de la bassesse humaine châtiant nos damnés ancêtres. Quand aux zombies décharnés, Savini a accompli ici le tour de force de parfaire les cadavres les plus réalistes du cinéma ! 

18.08.11. 4èx
Bruno Matéï