lundi 12 décembre 2011

L'ETRANGERE (When we live / Die Fremde). Prix du Public à Créteil et Angers.


de Feo Aladag. 2010. Allemagne. 1h59. Avec Derya Alabora, Settar Tanriogen, Sibel Kekilli, Almila Bagriacik, Alwara Hofels, Florian Lukas, Marlon Pulat, Nizam Schiller, Nursel Koese, Serhad Can.

Sortie en salles en France le 20 Avril 2011. U.S: 28 Janvier 2011

Récompenses: Label Europa Cinemas à Berlin 2010. Prix Lux 2010. Meilleur Film, Meilleure Actrice au Festival de Tribeca 2010. Prix du Public au Festival de Créteil 2010. Prix du Public au Festival d'Angers 2011. Film de Bronze, Meilleure Actrice au German Film Awards.

FILMOGRAPHIE: Feo Aladag est une réalisatrice, scénariste, productrice et actrice, née le 13 Janvier 1972 à Vienne.
2010: l'Etrangère


Pour son premier long-métrage, la réalisatrice australienne Feo Aladag aborde le thème du conservatisme religieux, de l'intolérance et des valeurs puritaines à travers le portrait rétrograde d'une famille turque dépréciant leur fille aînée coupable d'avoir quitté un mari trop violent. Lardé de récompenses à travers le monde, l'Etrangère éveille les consciences car il donne à réfléchir sur les conséquences extrémistes que peut envisager chaque individu tributaire de sa foi monothéiste.

Umay, 25 ans, décide de fuir la Turquie en compagnie de son jeune fils pour ne plus subir les violences récurrentes d'un mari impérieux. Elle se réfugie chez ses parents à Berlin pour bâtir une nouvelle vie. Mais la famille austère et drastique ne conçoit pas que leur fille ait pu quitter si précipitamment sa vie conjugale. 
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Dans un contexte social d'actualité pour le parti-pris engagé à nos doctrines religieuses, Feo Aladag nous décrit le cheminement d'une jeune mère accablée par une communauté intégriste, faute d'avoir osé enlever son jeune fils sous l'autorité rigide d'un mari autoritaire.
Alors qu'Umay imagine trouver soutien et réconfort auprès de ses parents, ceux-ci vont rapidement répudier leur propre fille à cause de leur éthique irrévocable prônant les liens intangibles du mariage.
Dans un climat familial machiste où la condition de la femme est largement discréditée, l'Etrangère nous démontre les conséquences tragiques qui peut encourir une famille intolérante à bannir leur fille coupable d'avoir osé transgresser les traditions.
La réalisatrice nous dévoile avec réalisme rugueux le comportement rétrograde de rejetons inculqués par un père endurci par ces convictions, tolérant la maltraitance et l'allégeance commise aux femmes.
Les conséquences délibérées d'Umay pour sauver la vie de son propre fils vont inévitablement annihiler l'honneur d'une famille pratiquante endoctrinée par ses convictions puritaines. Tandis que l'entourage amical va également pointer du doigt l'attitude opportuniste d'une femme conspuée pour avoir dévalorisé les liens sacrés du mariage.
Les exactions viriles des frères d'Umay, en crise de marasme d'une situation familiale éhontée vont être contraints d'employer la violence punitive pour redorer un semblant d'honneur à leurs parents bafoués. Une manière expéditive de pouvoir ainsi restituer un fils dans son pays d'origine sous l'autorité parentale d'un homme méprisable. Néanmoins, l'état de santé moribond du père d'Umay va finalement le ramener à une raison équitable. En effet, sa virulente attaque cardiaque va lui permettre de tolérer un regain de conscience rédemptrice pour enfin pardonner à sa fille l'acte indigne d'avoir ravi un enfant à son père irascible.


Dans le rôle candide d'Umay, Derya Alabora livre une prestation époustouflante de vérité prude dans sa condition humiliée d'une femme stigmatisé par sa communauté musulmane. Une jeune mère tolérante et sans rancune à l'idée de reconquérir le coeur de ses parents mais aussi courageuse et pugnace dans son devoir maternel de protéger un enfant ingénu. Cette actrice à la beauté naturelle gracile nous bouleverse le coeur et nous arrache les larmes de révolte dans un épilogue fataliste afin de mieux réprimander la bêtise humaine.


Sans outrance, l'Etrangère est un drame humain proprement bouleversant qui ose aborder sans jugement les problèmes d'intolérance et d'inégalité des sexes dans le traitement infligé aux femmes dans certains pays réactionnaires. Transcendé par l'incroyable interprétation de Derya Alabora et d'une sobre mise en scène éludée d'esbroufe, cette oeuvre substantielle retranscrit avec édifiance un tableau effarant des mentalités anachroniques. 

12.12.11
Bruno Matéï


Feo Aladag

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