mercredi 25 janvier 2012

LE SIXIEME SENS (Man Hunter) de Michael Mann. Prix de la Critique Cognac 1987.


de Michael Mann. 1986. U.S.A. 1h58. Avec William L. Petersen, Kim Greist, Joan Allen, Brian Cox, Dennis Farina, Stephen Lang, Tom Noonan, David Seaman, Benjamin Hendrickson, Michael Talbott.

Sortie salles France le 22 Avril 1987. U.S: 22 Août 1986
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Récompense: Prix de la Critique au festival du film policier de Cognac en 1987.
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FILMOGRAPHIE: Michael Kenneth Mann est un réalisateur, scénariste et producteur américain né le 5 Février 1943 à Chicago. 1979: Comme un Homme Libre, 1981: Le Solitaire, 1983: La Forteresse Noire, 1986: Le Sixième Sens, 1989: LA Takedown, 1992: Le Dernier des Mohicans, 1995: Heat, 1999: Révélations, 2001: Ali, 2004: Collatéral, 2006: Miami Vice, 2009: Public Enemies.


Récompensé à Cognac du Prix de la Critique en 1987, le 6è sens est la première adaptation au cinéma du roman Dragon Rouge écrit par Thomas Harris et publié en 1981. D'ailleurs, le même roman sera à nouveau adapté au cinéma en 2002 dans un remake (impersonnel) réalisé par Brett Ratner, Dragon Rouge (même si la fin a été remaniée). Echec public à sa sortie, le 6è sens dérouta sans doute le spectateur de l'époque pour l'ambition personnelle de Mann à façonner un polar atypique et expérimental. Un agent du FBI reprend du service pour tenter d'appréhender un serial killer surnommé Dragon Rouge. Avec l'aide du psychiatre Hannibal Lecter, psychopathe renommé incarcéré à perpétuité pour homicides crapuleux, William Graham doit faire preuve d'introspection mentale afin de s'infiltrer dans la peau du meurtrier. 
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A partir d'une enquête criminelle établissant un rapport complexe entre 2 serials-killer et un flic obstiné, fragilisé par son antécédente enquête mais délibéré à annihiler le mal, le 6è Sens a de quoi dérouter le spectateur habitué aux thrillers orthodoxes. La mise en scène expérimentale de Michael Mann, d'une recherche esthétique flamboyante donnant vie à tout ce qui s'immisce dans le champs de l'action. La ville crépusculaire de New-York superbement éclairée, les pavillons résidents aux abords d'un océan sous un climat solaire, le design de l'ameublement et de ses objets banals, la nuit opaque et étoilée auquel des hommes de droit se fondent dans cette obscurité pour y extraire le Mal... Tous ces composants stylisés, harmonieusement mis en scène, concourent de nous hypnotiser les sens de la perception. La partition synthétique de Michel Rubini et les tubes pop rock de David Allen ou The Reds vont largement contribuer à scander ce florilège d'imagerie épurée, de manière à nous envoûter à travers l'odyssée intrinsèque de deux hommes en lutte contre leurs démons. Avec une structure narrative parfois complexe, l'enquête menée par un agent fébrile car compromis par l'influence d'un taulard psychopathe aussi roublard que rusé nous déploie quelques indices dans un souci documentaire afin de mieux coller à la réalité des faits exposés.


La seconde partie, beaucoup plus planante et magnétique dans la relation naissante avec le tueur épris d'affection pour une jeune aveugle, nous enivre un peu plus pour ce rapport trouble entre la victime atteinte de cécité et son bourreau avide de reconnaissance. Tour à tour inquiétant, flegme, suave mais impassible et aliéné, ce tueur singulier nous captive de son désarroi à contredire ses pulsions malsaines. Il faut dire que la prestance robuste de l'acteur Tom Noonan, au front dégarni et à la taille longiligne, ainsi que l'innocence candide de l'attachante Joan Allen doivent beaucoup au caractère poétique émanant d'étreintes sensorielles (les caresses charnelles assénées par l'aveugle au tigre du laboratoire). A travers ce duo intempestif, il y a ce rapport sensitif et érotique résultant de leur handicap à apprivoiser l'amour. Bien avant la série prolifique des Experts (sponsorisée par TF1), William L. Petersen était inné pour incarner le profil assidu (mais tourmenté) d'un inspecteur pugnace flirtant avec l'emprise du Mal. Son caractère opiniâtre extériorisé par son entière contribution à enrayer le tueur séditieux apporte beaucoup de crédit à mettre en relief l'affront de ces deux individus névrosés.


Listen to my heartbeat.
Fascinant, hypnotique, captivant, envoûtant et désarçonnant, le 6è Sens demeure une perle du thriller crépusculaire. Une forme de trip expérimental établissant un rapport diaphane entre le tueur victimisé d'une enfance galvaudée et un flic en perdition morale. Il peut également se concevoir comme une réflexion personnelle sur l'acceptation de soi et la quête inhérente de l'épanouissement conjugal (notamment les rapports du flic et de son épouse). Détournant toutes les conventions du genre avec une virtuosité subjective et transcendé d'une bande son extatique, ce thriller stylisé laisse une impression capiteuse d'avoir vécu un moment indicible de fascination onirico-morbide. Attention, chef-d'oeuvre ! 

25.01.12
Bruno Matéï


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