mardi 17 janvier 2012

MAGIC


de Richard Attenborough. 1978. U.S.A. 1h51. Avec Anthony Hopkins, Ann-Margret, Burgess Meredith, Ed Lauter, E.J André, Jerry Houser, David Ogden Stiers, Lillian Randolph, Joe Lowry, Bob Hackman, Mary Munday.

Sortie U.S: Novembre 1978

FILMOGRAPHIE: Richard Attenborough, né Richard Samuel, baron Attenborough, le 29 Août 1923 à Cambridge est un acteur, producteur et réalisateur britannique.
1969: Ah Dieu ! que la guerre est jolie. 1972: Les Griffes du Lion. 1977: Un Pont trop loin. 1978: Magic. 1982: Gandhi. 1985: A Chorus Line. 1987: Le Cri de la Liberté. 1992: Chaplin. 1993: Les Ombres du coeur. 1996: Un Temps pour l'amour. 1999: Grey Owl. 2006: War and Destiny. 2007: Closing the Ring.


D'après le scénario de William Goldman (tiré de sa propre nouvelle), Magic est l'unique oeuvre horrifique de l'illustre Richard Attenborough. Dominé par la révélation d'Anthony Hopkins, ce drame psychologique traite avec ambiguïté d'un cas de schizophrénie à travers le duo formé par un ventriloque et sa marionnette. Corky est un illusionniste novice, introverti et timoré, ayant peine à rencontrer le succès dans les bars qu'il fréquente. Jusqu'au jour où il décide de s'épauler d'une marionnette pour interpréter le rôle de ventriloque face à un public galvanisé. En pleine ascension populaire, il décide malgré tout de fuir un moment les projecteurs pour s'éclipser dans une contrée bucolique par peur de la célébrité. Mais Corky est atteint d'une grave pathologie le poussant à à commettre le meurtre à travers l'esprit de sa marionnette 
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Avec pudeur, sobriété et réalisme, Magic autopsie le portrait d'un saltimbanque déchu à l'aube d'une riche carrière car malencontreusement égaré dans le dédale du dédoublement de personnalité sous l'impulsion tyrannique de son pantin de bois. A travers l'esprit sarcastique de ce dernier prénommé Fats, le ventriloque Corky va peu à peu se laisser influencer, asservir par son attitude aussi désinvolte que triviale. Profondément solitaire et introverti depuis sa tendre enfance, Corky est un être refoulé, paniqué à l'idée d'échouer, à l'image de son antécédente idylle de jeunesse. En osant se convertir aux paillettes de la célébrité, cet intermittent doit s'accoutrer d'une marionnette pour pouvoir transcender ses névroses défaitistes. Mais sitôt le succès engagé, il décide de s'éclipser vers sa contrée natale le temps d'une réflexion. Par cette même occasion, il tente de renouer les liens avec son amour de jeunesse. Mais son producteur nanti, suspicieux de son instabilité et intrigué qu'il ne se soit soumis à un examen médical entreprend de lui rendre visite. A ce titre, la séquence auquel ce manager décide de le mesurer à une épreuve de force temporelle (à savoir, efforcer Corky à ne pas s'exprimer durant plus de 5 minutes par l'entremise de son comparse Fats) constitue un intense moment d'émotion !


Avec un scénario aussi cruel et nihiliste, Richard Attenborough ausculte le cas d'un homme de spectacle délibéré à rencontrer le succès après avoir subi les brimades d'un public intransigeant réfutant l'indulgence. Transcendé par l'interprétation extravertie d'un Anthony Hopkins déjà révélateur d'un talent singulier, Magic nous établit son portrait neurotique d'un ventriloque possédé par son double rancunier, via le truchement de Fats, figurine chimérique étrangement expressive. Dans un climat trouble et feutré, exacerbé par le huis-clos d'un chalet auquel notre trio d'amants tentent de se démêler d'un conflit amoureux, Magic alimente une anxiété empathique autant que l'opacité d'une horreur redoutée. Par le déclin pathologique de Corky, tyranisé par son double vindicatif (sa poupée diabolique donc), ce drame obscur culmine avec la déroute d'un histrion incapable de réprimer ses affres. Accompagné du thème caverneux de Jerry Goldsmith, le réalisateur nous dépeint avec cruauté sa lente dérive mentale mêlée de détresse humaine. Tant et si bien qu'il met en parallèle l'idylle d'une jeunesse perdue, une réconciliation impossible faute de la fragilité d'un artiste d'une sensibilité névralgique.


Huis-clos intimiste trouble et contraignant, Magic constitue une poignante tragédie humaine soulignant également une réflexion sur l'ambition et notre capacité morale à affronter la célébrité. Il égratigne en filigrane l'univers élitiste du show-business ainsi que son public orgueilleux avide d'esbroufe virtuose. Il en émane une oeuvre dense au climat aigre à la lisière du fantastique car semant le doute quand à la véritable identité de Fats, pantin articulé de vie par le biais de son créateur ou véritable entité maléfique ? Sublimé par l'interprétation fébrile d'Anthony Hopkins, plus versatile que jamais, Magic provoque le désarroi, la confusion et la terreur cérébrale avec une intelligence rare pour la facture surnaturelle de son thème (la poupée diabolique). 

17.01.11. 4èx
Bruno Dussart
 

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