vendredi 30 mars 2012

LES LYONNAIS


d'Olivier Marchal. 2011. France. 1h42. Avec Gérard Lanvin, Tchéky Karyo, Daniel Duval, Dimitri Storoge, Patrick Catalifo, François Levantal, Francis Renaud, Lionnel Astier, Valeria Cavalli.

Sortie salles France: 30 Novembre 2011

FILMOGRAPHIE: Olivier Marchal est un acteur et réalisateur français, né le 14 Novembre 1958 à Talence (Gironde). Il est en outre le créateur des séries télévisées: Flics et Braquo.
2002: Gangsters
2004: Quai des Orfevres
2008: MR 73
2011: Les Lyonnais
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D'après l'oeuvre d'Edmond Vidal, ex membre du gang des lyonnais, Olivier Marchal s'inspire de son illustre autobiographie pour nous livrer avec Les Lyonnais un polar âpre et désenchanté. Une sombre fresque illustrant le portrait renfrogné de deux gangsters déchus, rattrapés par la frénésie d'un passé tendancieux. Edmond Vidal, ancien gangster à la retraite va renouer avec son passé galvaudé pour épauler son meilleur ami, Serge, récemment appréhendé par la police. Après une sanglante évasion, Edmond va se retrouver mêlé au chantage d'une bande de tueurs inflexibles, déterminés à retrouver son acolyte. En même temps, la police est plus que jamais circonspecte aux faites et gestes des deux repris de justice bien connus des services durant les années 70.
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Mis en scène avec le brio d'une virtuosité technique factuelle, le quatrième long-métrage d'Olivier Marchal est un polar tendu et brutal, noyé dans l'amertume du profil galvaudé de deux gangsters notoires, victimes de leur exactions sanguinaires perpétrées à une époque dissidente.
Durant leur jeunesse, à cause d'un simple vol de cageot de cerise, Edmond et serge vont être amenés à écoper une peine inéquitable de 6 mois ferme dans un établissement pénitentiaire. Cette sévère injustice sera le vecteur moteur pour les deux jeunes délinquants à se laisser appréhender par le grand banditisme après avoir endigué leur initiateur dans la région lyonnaise des années 70. En l'occurrence, Edmond est un sexagénaire coulant des jours ternes parmi la morosité d'une épouse distante, communément tiraillés par le remord d'une période révolue. Quand à Serge, il reste un gangster toujours en activité car n'ayant jamais abdiqué ses instincts délétères pour défier l'antagoniste et l'autorité répréhensible de la justice.


Entre passé et présent de flash-backs incessants, Olivier Marchal nous illustre avec lyrisme leur dérive autonome compromise par l'avilissement du Mal. Traversé d'éclairs de violence d'une verdeur cinglante mais jamais putassière et jalonné de plages intimistes inscrites dans la fraternité de l'amitié et la cohésion familiale, Les Lyonnais transcende la caractérisation bafouée de ces deux malfrats contraints de payer un lourd tribut. En parrain acariâtre, Gérard Lanvin assume avec sobriété un rôle majeur de gangster rongé par l'aigreur d'un passé vénal. Mais un homme déchu profondément meurtri par la soudaine révélation d'une intolérable trahison parce qu'entièrement subordonné à la loyauté de l'amitié. Sa posture rigide exacerbée par un regard austère noyé de rancoeur illumine son cheminement funeste, en attendant l'exutoire potentiel d'une repentance indécise. Son acolyte de toujours est campé par l'excellent Tchéky Karyo, malfaiteur tout aussi réputé, flegmatique mais implacable dans ses élans meurtriers impondérables. Un complice distant par son esprit taciturne quand il est contraint d'avouer à son comparse pour quelle véritable motivation il s'est retrouvé à fréquenter les cellules de prison.


Hormis le caractère prévisible de l'achèvement de nos deux protagonistes, Les Lyonnais est un excellent polar entièrement dédié au caractère fébrile de mafieux contrariés par l'intégrité désavouée de l'amitié. Superbement mis en scène, vigoureux dans sa narration indécise traversée  de brusques accès de violence et endossé par une galerie de trognes burinées plus vraies que nature, l'odyssée noire de Marchal renoue avec la désillusion flamboyante des grandes sagas mafieuses. 

30.03.12
Bruno Matéï

L'avis de mon ami Mathias Chaput

Réalisé avec un grand sens de la rigueur (aussi bien scénaristique que dans la restitution des décors ou des costumes), exempt d’anachronisme et violent comme un « film d’hommes », « Les Lyonnais » est un métrage exemplaire qui tient particulièrement bien la route !
Lanvin est impérial, il a un rôle taillé pour lui et sa personnalité de fonceur…
Karyo ne déroge pas à la règle dans son personnage d’enflure intégrale et même si vieillissant il s’en sort avec les honneurs !
La faune de la pègre lyonnaise comporte tous les stéréotypes surtout vers les années 70 (avec les filles soumises à leurs gangsters de maris, les caïds qui n’hésitent pas à frapper ou à flinguer fort, les casses et « braquo » -braquages- à pléthore, et la police le plus souvent dépassée –malgré une « rafle » dans un campement de gitans particulièrement millimétrée et efficace, et qui entrainera un procès fleuve !)…
Les gangsters ne reculent devant rien pour faire aboutir leurs desseins illégaux et font preuve d’une imagination hors normes et sans le moindre remords !
S’en prenant à des enfants ou des animaux, essayant par tous les moyens à faire régner leur diktat de corruption et de domination, et quiconque se mettra devant leur chemin, se verra froidement abattu !
Certains passages sont extrêmement violents et Marchal prend le parti pris pour une complaisance à minima, malgré un entêtement sidérant dans la tension et le stress (notamment lors des fuites de Momon et de sa femme, constamment harcelés !).

Film d’un grand professionnalisme et aux moyens ultra conséquents, « Les Lyonnais » s’entiche non seulement d’un scénar bien rôdé mais d’une restitution magistrale d’un domaine assez méconnu et peu exploité dans le cinéma hexagonal, pour au final projeter le spectateur sur un pan de la délinquance qui s’étale de 1970  à nos jours, le tout avec un talent indéniable !
Du très bon boulot pour un des meilleurs polars de ces dernières années, tous genres confondus !
Marchal frappe fort et l’impact de son œuvre trouve ici son aboutissement via peut être son chef d’œuvre !
A voir absolument pour la qualité du travail réalisé et pour son plaisir si on est adepte des polars français, un métrage qui fera date !

Note : 8.5/10


mercredi 28 mars 2012

U-TURN


d'Oliver Stone. 1997. U.S.A. 2h04. Avec Sean Penn, Nick Nolte, Jennifer Lopez, Powers Boothe, Claire Danes, Joaquim Phoenix, John Voight, Billy Bob Thornton, Abraham Benrubi, Richard Rutowski.

Sortie salles France: 14 Janvier 1998. U.S: 3 Octobre 1997

FILMOGRAPHIE: Oliver Stone (William Oliver Stone) est un réalisateur, scénariste et producteur américain né le 15 septembre 1946 à New-York.
1974: La Reine du Mal, 1981: La Main du Cauchemar, 1986: Salvador, Platoon, 1987: Wall Street, 1988: Talk Radio, 1989: Né un 4 Juillet, 1991: Les Doors, 1991: JFK, 1993: Entre ciel et Terre, 1994: Tueurs Nés, 1995: Nixon, 1997: U-turn, 1999: l'Enfer du Dimanche, 2003: Comandante (Doc), 2003: Persona non grata, 2004: Looking for Fidel (télé-film), 2004: Alexandre, 2006: World Trade Center, 2008: W.: l'Impossible Président, 2009: Soul of the Border, 2010: Wall Street: l'argent ne dort jamais. 2012. Savages.

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Deux ans après dépeint le portrait politique du président Richard Nixon, Oliver Stone emprunte le roman de John Ridley (Stray Dogs) pour nous livrer avec U-Turn un thriller décalé, caricature acide d'une Amérique profonde. Un looser solitaire se réfugie vers la contrée désertique de Superior pour fuir l'hostilité d'une bande de mafieux à qui il dû une forte somme d'argent. En attendant que sa voiture en panne croupisse chez un garagiste arrogant, il fait la connaissance de la sensuelle Grace, une femme indienne tributaire d'un mari violent et alcoolique. Cumulant la poisse au fil de ses rencontres impromptues et sans le moindre sou, Bobby sera confronté à un odieux marché financier lorsque Grace lui proposera de se débarrasser de son époux. Thriller aride mis en exergue sous un climat solaire écrasant, U Turn est un jubilatoire jeu de massacre savamment orchestré par un Oliver Stone plus gouailleur que jamais ! A l'instar d'After Hours de Martin ScorceseU-Turn nous décrit avec une verve caustique les vicissitudes d'un marginal besogneux confronté aux citadins les plus excentriques au sein du bled paumé de Superior, non loin de Las Vegas. Après avoir tenté d'échapper aux menaces d'un leader mafieux et à la suite d'une panne de voiture aléatoire, Bobby se retrouve embrigadé dans une bourgade clairsemée où la population inculte semble gagner par l'aberration. C'est d'abord son garagiste, arrogant et obtus qui le contraint de s'attarder plusieurs jours dans cette contrée désertique.
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Sur place, il fait ensuite les rencontres fortuites d'un vieil indien logicien atteint de cécité et d'un jeune couple ahuri dont l'amant irascible s'envenime à déclencher les rixes pour honorer sa potiche effrontée. En prime, après avoir côtoyé l'amabilité du shérif de la contrée, Bobby tombe sous le charme de Grace avant de s'apercevoir que la belle est asservie par un mari tyrannique, Jake. Séduit par la beauté sulfureuse de cette jeune indienne, Bobby va rapidement faire face au compromis d'une transaction machiavélique suggérée par les deux amants désunis. Avec un scénario habilement structuré multipliant les rebondissements perfides et les rencontres saugrenues de badauds susceptibles, Oliver Stone rivalise de mesquinerie à nous transfigurer une galerie de personnages tous plus désinvoltes et calamiteux les uns des autres. Hommage débridé au film noir enduit de vitriol, U-Turn demeure une odyssée tragico burlesque auprès d'un paumé incapable d'épingler l'amour, faute de sa déloyauté individualiste. En établissant également le portrait équivoque d'une femme molestée, avilie par la gente masculine, Oliver Stone nous dépeint sa vengeance méthodique et hautement sournoise. Sa haine inaltérable d'avoir été livrée à la débauche sexuelle d'un odieux personnage impliqué dans l'inceste, quand bien même ces multiples amants nappés de rancoeur, de jalousie et d'orgueil n'auront de cesse de se combattre afin d'obtenir un gain de cause lucratif.
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Dans la peau d'un looser invétéré, Sean Penn doit beaucoup au caractère ludique de cette hystérie collective de par sa prestance versatile tributaire d'infortune tant il accumule les calamités à un rythme frénétique. Dans celui du mari licencieux imbibé d'alcool, Nick Nolte impressionne à travers son cynisme d'époux torturé par ses agissements indécents. Dans le rôle de l'aguicheuse insidieuse, Jennifer Lopez s'en sort honorablement et réussit à s'imposer avec sobriété en veuve noire irréductible. L'unique victime martyrisée auquel on finit par éprouver une certaine empathie après avoir découvert son sombre passé infantile. Les autres seconds-rôles, quasi méconnaissables dans une posture excentrique (John Voight, Billy Bob Thornton, Claire Dance, Joaquim Phoenix, Powers Boothe), s'en donnent également à coeur joie dans la fourberie et l'arrogance pour laisser libre court à des inepties fébriles.
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Méchamment drôle de par son sarcasme récursif, violemment cruel et cauchemardesque, U-Turn est un jubilatoire jeu de massacre sur le machisme primaire et les effets pervers du dépit sentimental. Une farce corrosive déployant avec un humour semi parodique l'hypocrisie du rapport amoureux  naviguant entre allégeance et possessivité. Et à travers ces protagonistes stimulés par l'instinct du désir sexuel de nous livrer des numéros d'acteurs impayables !

*Bruno28.03.12.

vendredi 23 mars 2012

LES TUEURS FOUS (Le Sexe de la Violence / Lonely Killers / Quando il pensiero diventa crimine)


de Boris Szulzinger. 1972. France/Belgique. 1h14. Avec Dominique Rollin, Roland Maden, Georges Aminel, Christian Barbier, Patricia Cornelis, Georges Aubert, Marc Audier, Marc De Georgi, Jean Droze, Daniel Dury, Franz Gouvy.

FILMOGRAPHIE: Boris Szulzinger est un réalisateur et producteur belge.
1969: Nathalie après l'amour (pseudo: Michael B. Sanders). 1972: Les tueurs fous. 1975: Tarzoon, la Honte de la jungle (co-réalisé avec Picha). 1980: Mama Dracula


Boris Szulzinger aurait été un cinéaste belge méconnu s'il n'avait pas co-réalisé le film d'animation égrillard, Tarzoon, la Honte de la jungle, d'autant plus que sa carrière énumère uniquement quatre longs-métrages. En 1972, sort dans l'indifférence générale une oeuvre choc retraçant le fait divers sordide d'un duo de malfrats perpétrant d'horribles méfaits meurtriers dans la contrée de Bruxelles. Les tueurs fous, également connu sous le titre Le Sexe de la Violence, est une petite bande déviante fort peu connue du public mais à découvrir d'urgence tant elle retrace avec réalisme glaçant l'équipée sanglante d'un tandem marginal englué dans leur médiocrité. Deux jeunes délinquants décident de prendre les armes pour abattre n'importe quel individu se frayant leur chemin. En totale insouciance et dans une quête libertaire immorale, Dominique et Roland fuient leur ennui en perpétrant leur sale besogne entre deux rencontres impromptues avec des citadins besogneux.  


Dans la lignée des portraits abrupts de serial-killer tristement notoires, filmé à la manière d'un reportage, Les Tueurs Fous nous retrace froidement le parcours meurtrier de deux marginaux profondément esseulés et incapables d'assumer leur homosexualité. Le film débutant sur les chapeaux de roue avec un meurtre gratuit perpétré par nos compères hilares d'avoir persécuté un quidam en mobylette, juste avant de s'empresser de l'abattre à coups de carabine. Cette scène dérangeante annonce immédiatement la couleur blafarde de leur premier délit à travers les agglomérations nocturnes ou pluvieuses d'une contrée bruxelloise blafarde. Sans aucune moralité et en totale négligence, ils décident du jour au lendemain de commettre une série de crimes aléatoires en assassinant froidement des quidams. La suite de leurs vicissitudes se résume également à fréquenter les bars gay animés de spectacles travelos, écumer les honnêtes gens pour subvenir à leur finance, entamer des rencontres impromptues d'un soir avec des paumés solitaires et tenter d'éveiller l'amitié avec un homosexuel introverti.


Ces badauds désoeuvrés sans lien de parenté n'ont donc aucune attache ni véritable ami, si ce n'est finalement de se laisser attendrir avec un chat infirme découvert dans l'habitacle d'une voiture volée. C'est d'ailleurs durant leur périple leur seule empathie éprouvée pour un être vivant si bien qu'ils s'efforceront de l'inhumer, faute d'une balle perdue incidemment échangée lors d'une violente rixe. Une séquence cafardeuse provoquant un malaise tangible car particulièrement élégiaque de nous confronter subitement à la détresse de deux tueurs inflexibles. Leur prise de conscience soudainement révélée face caméra reflétant l'innocence de regards infantiles livrés à la solitude de leur vision morbide. Dominique et Roland fuient alors leur triste médiocrité, leur sexualité refoulée et évacuent leur ennui en assassinant les habitants du quartier parce qu'ils n'auront jamais eu l'aubaine de grandir et d'être éduqués par des parents modèles.


Dérangeant, malsain et immersif par son ambiance clinique d'un automne déprimant et renforcé du jeu naturel des comédiens dans leur posture puérile, les Tueurs Fous constitue un constat terrifiant sur la marginalité des laissés-pour-compte. Sans complaisance ni voyeurisme, le film tire sa force psychologique par son réalisme sordide ancré dans une morosité prégnante et par cette effroyable défiance que n'importe quel individu congédié puisse un jour basculer dans la folie la plus couarde. Oubliez son homonyme racoleur (le Sexe de la Violence) et découvrez absolument cette pépite belge ancrée dans la désillusion !

Dédicace à Video Party Massacre
23.03.12
Bruno Matéï


jeudi 22 mars 2012

LA TOUR DU DIABLE (Tower of Evil/Beyond the Fog/Horror of snape Island)


de Jim O'Connolly. 1972. Angleterre. 1h29. Avec Bryant Haliday, Jill Haworth, Mark Edwards, Anna Palk, Derek Fwolds.

Sortie salles le 19 Mai 1972

D'après le roman de George Baxt

FILMOGRAPHIE: Jim O'Connolly est un réalisateur, scénariste et producteur anglais, né le 26 Février 1926 à Birmingham, décédé en Décembre 1986 à Hythe dans le Kent.
1963: The Hi-Jackers. 1965: The Little Ones. 1964: Smokescreen. 1967: Le Cercle de Sang. 1967-1969: Le Saint (série TV). 1969: Crooks and Coronets. La Vallée de Gwangi. 1972: La Tour du Diable. 1974: Maîtresse Pamela

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Durant sa carrière concise, Jim O'Connolly aura tout de même marqué les fantasticophiles avec deux estimables oeuvres hybrides, l'amusant La Vallée de Gwangi et le film qui nous concerne ici, la Tour du diable. Sorti en Vhs au début des années 80 sous la bannière étoilée d'Hollywood Vidéo, cette bisserie venue de Grande Bretagne fit son p'tit effet auprès des rats de vidéo-clubs, avides de surprises toujours plus déviantes ou transgressives. En l'occurrence, La Tour du Diable reste encore un sympathique B movie jalonné de poncifs mais sauvé par son ambiance désuète assez glauque et le caractère audacieux de quelques dérives gores ou d'érotisme folichon. En Ecosse, sur l'île de Snape Island, une jeune femme est retrouvée en état de démence après que les autorités eurent découvert sur les lieux trois cadavres gisant dans leur sang. Placé dans un institut médical, la survivante est sujette à des séances d'hypnose afin de pouvoir divulguer devant un tribunal la vérité sur ses odieux meurtres. Au même moment, une équipe de scientifiques intrigués par l'arme retrouvée sur l'un des cadavres, une lance phénicienne, est dépêchée sur les lieux afin de mettre la main sur un fabuleux trésor sacralisé par une divinité. 
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Revoir aujourd'hui La Tour du Diable pourra surtout réconforter les nostalgiques ayant été bercés par les classiques bisseux de leur adolescence à la fameuse ascension de l'ère du Vhs. Réalisé de manière conventionnelle et nanti d'un rythme de prime abord défaillant, la narration balisée accumule les séquences chocs auquel nous restons malheureusement indifférents pour le sort des premiers protagonistes. Survivante d'un horrible massacre, Penny va être contrainte sous hypnose de se remémorer les fameux évènements macabres perpétrés sur le phare de Snape Island. Durant ses flashs-back réguliers, nous n'éprouvons aucune empathie pour les personnages ici totalement aseptisés. Il se révèle alors difficile d'attacher un semblant de compassion au sort réservé à ces jeunes occupants dont nous ne connaissons rien de leur identité. Néanmoins, son climat inquiétant et la violence gore administrée aux meurtres sauvages réussissent à maintenir un certain intérêt pour l'amateur friand d'horreur explicite. Ce n'est qu'à partir de l'arrivée d'une équipe de scientifiques appâtés par le gain d'un faramineux trésor que le film parvient enfin à décoller pour nous entraîner vers une sympathique chasse au trésor auquel une mystérieuse présence hostile semble les épier. Bruits résonnants dans la nuit, portes grinçantes qui claquent, échos de gémissements moribonds, nos nouveaux invités réunis dans l'étroitesse d'une tour antique vont être victimes d'évènements aussi inquiétants que pernicieux. C'est après avoir été victime de l'incendie volontaire de leur bateau que la situation va davantage s'acheminer vers une succession d'incidents mortels ! Surtout qu'une présence mi-monstre, mi-humaine tapie dans l'ombre, et réduite à l'état primitif, va accentuer un sentiment funèbre d'angoisse sous-jacente. Cet individu mutique serait-il Saul Gurney, le frère anormal d'Hamp qui s'était préalablement installé sur l'île avec sa femme et son bébé afin de s'occulter d'une population intolérante ? A moins que ce soit son propre bambin devenu aujourd'hui adulte, victime d'une filiation maudite ?


En affiliant le récit d'aventures et le film d'épouvante vintage dépoussiéré par la texture sanglante de certains effets chocs, la Tour du Diable parvient à séduire le spectateur embarqué dans une sorte de slasher séculaire. Un périple exotique émaillé d'embûches aléatoires où chaque protagoniste s'enfonce un peu plus dans le dédale d'une grotte souterraine remplie de mystères, bruits suspicieux et cadavre putréfié. Si le film se révèle toujours aussi sympathique, voir attrayant, c'est grâce à cette ambiance gothico malsaine émanant d'un décor peu commun de phare côtier érigé sous une grotte sépulcral. En prime, l'efficience d'un récit orthodoxe plutôt bien mené et le caractère attachant des comédiens gentiment stéréotypés séduiront d'autant plus l'amateur de bisserie intègre.


Hormis sa première demi-heure laborieuse et ses situations prévisibles, La Tour du Diable est une sympathique série B honorablement interprétée et surtout agrémentée d'une ambiance vintage assez insolite et fascinante. Si la nouvelle génération pourra trouver le spectacle obsolète, les nostalgiques des années 80 auront largement de quoi se réconforter avec leur plaisir coupable.

Dédicace à l'Univers fantastique de la Science-Fiction et tous les afficionados d'Hollywood Vidéo !
22.03.12
Bruno Matéï



mercredi 21 mars 2012

BABYCALL. Grand Prix et Prix de la Critique à Gérardmer, 2012.


de Pal Sletaune. Norvège. 2011. 1h36. Avec Noomi Rapace, Kristoffer Joner, Henrik Rafaelsen, Vetle Qvenild Werring, Bjorn Moan, Torkil Johannes, Swensen Hoeg.

Sortie salles France: 2 Mai 2012. U.S: non daté

Récompense: Grand Prix et Prix de la critique à Gérardmer, 2012.

FILMOGRAPHIE: Pal Sletaune est un réalisateur, scénariste, producteur, né le 4 Mars 1960 en Norvège. 1994: Eating Out. 1997: Junk Mail. 2001: Amatorene. 2005: Next door. 2011: Babycall


Six ans après l'excellent petit thriller féministe Next Door, le norvégien Pal Sletaune renoue avec les ambiances lourdes et contractées pour décrire la dégénérescence mentale d'une mère de famille traumatisée par un drame familial. A la lisière de Répulsions de Polanski, Babycall a tellement convaincu les membres du jury de Gérardmer qu'il repart avec les honneurs du Grand Prix et celui de la critiqueAnna et son jeune fils de 8 ans quittent leur foyer conjugal par la cause de maltraitances infligées par un mari violent. Après avoir emménagé dans un appartement, cette dernière décide d'acheter un babyphone afin de surveiller le sommeil perturbé de son fils. Une nuit, elle entend à travers l'appareil des cris d'une personne molestée venant de l'appartement voisin. Drame psychologique, suspense lattent, thriller parano et fantastique diaphane se télescopent afin de mieux jongler avec une intrigue à tiroirs en roue libre. Dans une ambiance anxiogène palpable renforcée par l'aigreur d'une photo blafarde, Babycall nous illustre la douloureuse introspection mentale d'une mère de famille délibérée à protéger son fils d'un ex-mari tyrannique.
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En jouant la carte du suspense et du mystère interlope planant sur les frêles épaules de l'héroïne, Babycall nous confronte à son cas de conscience noyé d'incertitude, faute de son esprit torturé, mais bien consciente d'être finalement tributaire de ses doutes et angoisses incontrôlées. Réfugiée dans la solitude d'un appartement restreint pour mieux préserver la fragilité de son fils, Anna va peu à peu se confronter à une série d'évènements inexpliqués et perdre pied avec la réalité ! C'est d'abord le babyphone préalablement acheté chez un commerçant qui émet en intermittence de violents cris d'enfant et de femme brutalisés. C'est ensuite la visite impromptue dans l'appartement d'un garçonnet étrange et taciturne, camarade influent de son fils. Ou encore le conducteur d'un camion réfugié sous le parking du HLM, transportant dans son coffre un semblant de cadavre empaqueté. Enfin, un assistant social un peu trop envahissant estime suspecter la jeune mère de manquer à sa responsabilité parentale pour interdire son bambin de rejoindre les classes de cours. Avec l'aide de son nouvel ami, l'employé commercial préalablement rencontré lors de l'achat du babyphone, Anna envisage en désespoir de cause de le courtiser afin d'éviter que l'auxiliaire social ne lui soutire la garde de son fils.


Malaise sous-jacent, lourd et diffus, ambiance schizophrène et florilège d'éléments contradictoires sont habilement distillés pour nous entraîner vers un drame funèbre profondément intime. Reposant
sur les épaules chétives de Noomi Rapace, l'actrice déploie tout son potentiel dramatique à illustrer le profil versatile d'une mère désemparée, obstinée à sauvegarder l'existence de son enfant, auparavant victime d'un traumatisme. Son comportement terriblement introverti et refoulé, son regard craintif empli d'angoisse et sa perplexité à ne plus savoir dissocier la part de réalité et de fantasme nous désarme impitoyablement de sa solitude meurtrie.


Baignant dans un perpétuel climat angoissant émanant de l'esprit tourmenté d'une jeune femme en détresse maternelle, Babycall est un drame susceptible, transcendé par le talent épuré de Noomi RapaceRetranscrit avec intelligence et sensibilité dans une réalisation allouée à la caractérisation de ses personnages névrosés, cette oeuvre réfrigérante décuple son pouvoir émotionnel avec la rédemption d'un épilogue aussi inopiné que rebutant.

21.03.12
Bruno Matéï

 

lundi 19 mars 2012

BELLFLOWER


de Evan Glodell. 2011. U.S.A. 1h46. Avec Evan Glodell, Jessie Wiseman, Tyler Dawson, Rebekah Brandes, Vincent Gradshaw, Zack Kraus, Keghan Hurst, Alexandra Boylan, Bradshaw Pruitt, Brian Thomas Evans.

Sortie salles France: 21 Mars 2012. U.S: 5 Août 2011

FILMOGRAPHIE: Evan Glodell est un réalisateur, acteur, monteur, producteur, directeur de la photographie, scénariste américain. 2005: La Forme à l'amour (Court-métrage. Co-directeur). 2011: Bellflower
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Avec un budget de 17 000 dollars, le néophyte Evan Glodell entreprend pour son premier long l'argument autobiographique d'une love story traitée de manière peu commune dans sa mise en scène hybride afin de mieux bousculer les attentes traditionnelles du spectateur. Deux acolytes entreprennent de façonner un lance-flamme et un véhicule motorisé en guise d'ennui. Mais l'arrivée aléatoire d'une blonde aguicheuse va compromettre leurs ambitions et faire sombrer l'un d'eux dans une déchéance suicidaire. Autant avertir de suite les amateurs d'esbroufe avides de pyrotechnie et donc séduits par son affiche prometteuse, Bellflower constitue l'antinomie du spectacle explosif conçu pour rassasier son public lambda. Car cette production indépendante réalisée avec peu de moyens fait figure d'ovni intimiste dans sa douloureuse introspection d'un quidam noyé d'amertume suite à une déception amoureuse. Traité de manière insolite auprès d'une réalisation anti conformiste oscillant les ruptures de ton et formellement criarde (saturation de teintes ocres et jaunes fluos), Evan Glodell nous oriente vers une fragile odyssée humaine sur fond d'éloignement existentiel. De prime abord, on se croit embarquer dans une comédie tendre et futile avec les flâneries récurrentes de deux amants communément épris d'amour. A la manière d'un documentaire pris sur le vif, le réalisateur s'attache à nous décrire avec humanité le destin aigri de deux comparses juvéniles en quête de reconnaissance.


Woodrow et Aiden sont des chômeurs passionnés par la saga post-nuke de Mad-Max, et en particulier du personnage asocial Humungus, fuyant l'ennui de l'existence avec la construction d'un lance-flamme et d'une voiture vrombissante. En soirée festive, après une rencontre impromptue dans un bar, l'amour frappe à la porte de Woodrow. Depuis, l'homme ne jure que par la probité de son idylle naissante jusqu'au jour où toutes les meilleures choses ont une fin. Durant une majeure partie du récit, on se demande alors où le réalisateur souhaite en venir avec cette idylle romanesque finalement mise en exergue sur le fiasco. Puis, de manière latente et avec l'originalité d'une mise en scène expérimentale, c'est le profil désemparé d'un quidam déchu trahi par l'adultère qui nous ait illustré dans une ambiance délétère davantage en chute libre. Et plus la déchéance déshumanisée de Woodrow se chemine vers la régression, plus le film s'aventure vers les sentiers ombrageux d'une errance nocturne vindicative. Il en ressort au final une oeuvre chétive, le sentiment peu commun d'avoir assister à une tragédie sentimentale profondément touchante à travers cette fuite désespérée. La quête existentielle de deux camarades fuyant la monotonie de leur réalité par l'utopie parce que songeurs d'horizons clairsemées.

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L'achèvement d'Humungus
A travers cette errance urbaine chancelante, le réalisateur Evan Glodell se réapproprie des conventions du genre pour transcender la love story éculée dans une mise en scène hétérodoxe. Avec une humanité vulnérable, Bellflower traite donc du deuil délicat, difficilement surmontable d'une rupture amoureuse, mais également des valeurs de l'amitié entre la fraternité de deux héros dépités et de leur quête autoritaire à retrouver une certaine virilité (d'où leur affection partagée avec le personnage redouté d'Humungus). L'intelligence et l'originalité de sa structure narrative, la bonhomie naturelle des personnages et l'esprit libertaire qui en émane en font une oeuvre forte où la rancoeur intrinsèque s'extériorise finalement parmi l'essence candide d'une rédemption. 

19.03.12
Bruno Matéï

vendredi 16 mars 2012

LE MANNEQUIN DEFIGURE (Crescendo)


                                      

d'Alan Gibson. 1970. Angleterre. 1h30. Avec Stéfanie Powers, James Olson, Margaretta Scott, Jane Lapotaire, Joss Ackland, Kirsten Lindholm.

Sortie en salles le 24 Mars 1971

FILMOGRAPHIE: Alan Gibson est un réalisateur canadien, né le 28 avril 1938 à London, en Ontario (Canada), décédé le 5 juillet 1987 à Londres (Royaume-Uni).
1965: 199 Park Lane (série TV). 1966: A Separate Peace (télé-film). Eh, Joe ? (télé-film). 1968: Journey to Midnight. 1969: The English Boy (télé-film). 1970: Le Mannequin Défiguré. Goodbye Gemini. 1971: The Silver Collection (télé-film). 1972: Dracula 73. 1974: The Playboy of the Western World (télé-film). Dracula vit toujours à Londres. 1976: Dangerous Knowledge (télé-film). 1977: Checkered Flag or Crash. 1979: Churchill and the Generals (télé-film). 1980: The Two Faces of Evil (télé-film). 1982: Une femme nommée Golda (télé-film). 1982: Témoin à charge. 1984: Martin's Day. 1984: Helen Keller: The Miracle Continues (télé-film). 1987: The Charmer (série TV).

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Par celui qui aura tenté de moderniser à deux reprises le mythe du vampire des Carpathes avec deux nanars folichons, Dracula 73 (Christophe Lemaire en reste traumatisé !) et Dracula vit toujours à Londres, Alan Gibson avait préalablement réalisé en 1970 le meilleur film de sa carrière avec Le Mannequin Défiguré. Thriller horrifique au suspense Hitchcockien, cette petite série B admirablement orchestrée est à revoir sans modération grâce à la dextérité d'un scénario machiavélique et à ses personnages interlopes très attachants.
Susan Roberts est une jeune étudiante préparant une thèse sur le célèbre compositeur Henry Ryman. Invité chez la veuve du défunt dans une villa du Sud de la France, elle rencontre son fils paralytique, Georges, et entame une complicité. Mais l'attitude désinvolte d'une bonne à tout faire et d'un inquiétant geôlier vont contrarier l'invitée, d'autant plus que la mère semble avoir une emprise d'allégeance sur son fils. 


Film rare totalement sombré aujourd'hui dans l'oubli, Le Mannequin défiguré (pour une fois que le titre français transcende son homologue british !) est une véritable perle dans son genre horrifique produit par la fameuse firme Hammer Film ! Dans une ambiance ombrageuse palpable et un climat pervers étouffant, ce thriller diabolique doit son salut à une narration impeccablement structurée, rehaussée par le talent congru d'interprètes sur mesure. Sur un canevas Hitchcockien en diable, Le Mannequin Défiguré nous invite dans la villa bucolique d'une veuve et de son fils paralytique auquel une étudiante est invitée pour y rédiger une thèse sur le célèbre compositeur, Henry Ryman. Si parmi les témoins, la convivialité d'une ambiance amicale y est perceptible de prime abord, l'attitude insolente et arrogante d'une potiche de service et la présence clairsemée d'un étrange gardien vont rapidement interpeller la quiétude de Susan. D'autant plus que celle-ci va être confrontée aux violentes crises de spasmophilie endurées par Georges. Cet artiste préalablement promu à une riche carrière de pianiste aura eu la malchance de se retrouver en fauteuil roulant suite à un grave accident. Pour aggraver la fatalité, sa femme le quitta du jour au lendemain, faute de sa déficience physique inaltérable. Sujet à des cauchemars récurrents auquel il imagine son propre "double" assassiner sa femme, Georges semble assujetti par l'aguicheuse femme de ménage pour entamer communément une étrange relation masochiste. D'autant plus que pour mieux l'asservir à sa guise, Lilliane pratique un chantage alloué à la toxicité d'un psychotrope. Un soir, un horrible homicide va avoir lieu...


Voilà pour l'intrigue savamment planifiée avant que les enjeux interlopes prennent une tournure dramatique beaucoup plus délétère, voire schizophrène ! Par un savant dosage de suspense intense parfaitement coordonnée, scandé par le profil suspicieux de personnages aussi sournois que véreux, Le Mannequin Défiguré est un jouissif thriller baignant dans un cauchemar diffus et diaphane.
L'architecture gothique de la demeure érigée de manière arquée aux abords d'une piscine familiale agrémente favorablement son atmosphère insolite particulièrement moite et licencieuse. Comme son titre d'origine l'indique (Crescendo), la gravité des évènements va prendre une tournure plus sombre après le fameux meurtre perpétré par un tueur sans visage. Un piège machiavélique semble se refermer sur notre étudiante tributaire des agissements insidieux d'une sombre famille au passé galvaudé. Son point d'orgue révélateur se clôt sur une résolution inopinée alors que son rythme davantage haletant se culmine vers une succession de péripéties sardoniques.


Superbement campé par une galerie de comédiens complices s'en donnant à coeur joie dans l'autorité oppressive et mis en scène avec un savoir faire fripon dans l'intensité d'un suspense judicieux, Le Mannequin Défiguré est une petite perle du thriller à se procurer d'urgence. Rehaussé d'une atmosphère atypique dans le refuge affable d'un huis-clos feutré, cette production Hammer Film se pare en outre d'une certaine audace dans l'air du temps (les années 70) par sa violence âpre (le meurtre dans la piscine est particulièrement rigoureux) et son érotisme futilement polisson (Jane Lapotaire use et abuse de provocation impudique en gouvernante mesquine).
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Dédicace à Video Party Massacre
16.03.12
Bruno Mattéï.



jeudi 15 mars 2012

THE AWAKENING (La Maison des Ombres). Prix Spécial du Jury, Gérardmer 2012.


de Nick Murphy. 2011. Angleterre. 1h47. Avec Dominic West, Rebecca Hall, Lmelda Staunton, Lucy Cohu, John Shrapnel, Diana Kent, Richard Durden, Alfie Field, Tilly Vosburgh, Ian Hanmore, Cal Macaninch.

Sortie salles France: Prochainement...

FILMOGRAPHIE: Nick Murphy est un réalisateur, scénariste et producteur anglais.
2011: La Maison des Ombres
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La Maison des Ombres est le premier film d'un jeune réalisateur anglais surfant sur le modèle d'une traditionnelle ghost story, à l'instar de l'excellent Woman in Black tourné la même année. En compétition à Gérardmer en 2012, il repart avec les honneurs si bien que trois prix lui seront décernés.  Dans l'Angleterre des années 20, une experte en démystification de phénomènes paranormaux est recrutée dans un pensionnat pour tenter de rassurer les écoliers effrayés à l'idée qu'un spectre infantile puisse les persécuter. Le climat ombrageux est d'autant plus éloquent parmi les enfants que l'un de leur camarade vient de mourir dans de mystérieuses conditions. Pour un premier long métrage, on peut déjà saluer Nick Murphy pour son talent probant de directeur d'acteurs, d'autant plus que chaque personnage est rehaussé d'une dimension psychologique particulièrement dense et étoffée. Sans chercher à rendre effrayante une ghost story vintage enjolivée de la pâleur d'un pensionnat aux teintes désaturées et de l'aura automnale de son parc naturel immaculé, La Maison des Ombres mise surtout sur l'énigme d'un mystère lattent.
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Si l'intrigue modestement menée a parfois tendance à user de redondance, le suspense distillé à petite dose et l'intérêt grandissant des évènements dramatiques compromis contre notre héroïne parviennent malgré tout à nous tenir en haleine jusqu'à son délicat point d'orgue funèbre. La force de son récit est donc privilégiée par la caractérisation de ses protagonistes, en particulier le personnage de Florence Cathcart, excellemment incarné par Rebecca Hall. Une scientifique cartésienne experte dans l'art d'usurper les charlatans pratiquant des séances de spiritisme de pacotille pour écumer les familles désunies. Mais le jour où elle se trouve confrontée à un véritable spectre tapi derrière les murs d'un étrange internat, son scepticisme inflexible va littéralement voler en éclat et mettre à rude épreuve sa rationnalité. Progressivement, au fil des apparitions surnaturelles, florence va peu à peu perdre pied avec la réalité pour se retrouver embarquée dans un dédale perfide où les morts et les vivants semblent cohabiter communément. En background, le réalisateur traite aussi des méthodes drastiques employées par les enseignants contre les écoliers en guise de châtiment punitif. Il énonce également le trauma imposé à nos preux soldats de la 1ère guerre mondiale envoyés au front et revenus d'entre les morts en gardant de lourdes séquelles psychologiques.


Sans révolutionner le genre, La maison des Ombres est suffisamment bien troussé, visuellement raffiné et surtout remarquablement interprété pour s'attendrir d'une histoire de fantôme culminant sa révélation lors d'une spiritualité rédemptrice. Une forme révérencieuse d'hommage dédiée à nos chers disparus afin de ne jamais les oublier. Un film fantastique tout en pudeur donc qui occulte son caractère effrayant (à un ou deux sursauts près !) par l'empathie éprouvée auprès d'une réminiscence tragique. 

Récompenses à Gérardmer 2012Prix Spécial du Jury (ex-aequo Beast), Prix du Jury Jeunes de la région Lorraine, Prix du Jury SyFy Universal.

15.03.12
* Bruno


LE TERRITOIRE DES LOUPS (The Grey)



de Joe Carnahan. 2012. U.S.A. 1h57. Avec Liam Neeson, Dallas Roberts, Frank Grillo, Dermot Mulroney, Nonso Anozie, Joe Anderson, Ben Bray, James Badge Dale, Anne Openshaw, Peter Girges.

Sortie salles France: 29 Février 2012. U.S: 27 Janvier 2012

FILMOGRAPHIE: Joe Carnahan est un réalisateur, scénariste, monteur et producteur américain, né le 9 Mai 1969.
1998: Blood and Bullets. 2002: Narc. 2006: Faceless (télé-film). 2007: Mise à prix. 2010: l'Agence tous Risques. 2012: Le Territoire des Loups

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Une fois de plus dans la mêlée. Dans le dernier et plus grand combat de ma vie. Vivre et mourir aujourd'hui. Vivre... et mourir... aujourd'hui.
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Joe Carnahan nous avait préalablement épaté avec son polar moite Narc puis l'excellent caméléon Mise à Prix, pour ensuite nous décevoir avec un blockbuster policé, l'Agence tous Risques. En l'occurrence, il nous revient avec un survival aussi acéré que le tranchant d'une lame, Le Territoire des loups. Et il faudra remonter au mythique Délivrance de John Boorman pour retrouver une telle intensité et un souffle si désespéré pour la sombre destinée d'une poignée de survivants confrontés aux monstres tapis dans l'obscurité, au sein des décors enneigées d'une nature hostile. Un avion transportant des ouvriers d'une compagnie pétrolière s'écrase dans les montagnes du Grand Nord. Un groupe de survivants va devoir se soumette à l'autorité de John Ottway, un solitaire nihiliste profondément marqué par la mort de sa femme. Rapidement, une horde de loups voraces vont venir défier les intrus alors que John va tenter de sauvegarder son équipe par sa pratique professionnelle à déjouer l'instinct du carnassier. 
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La mosaïque du survival horrifique, de l'aventure, du suspense et de l'action échevelée nous ait habilement agencée pour nous illustrer sans fioriture une odyssée humaine désenchanté au réalisme imparable. A travers les montagnes rocailleuses et enneigées du Grand Nord, Joe Carnahan nous entraîne au milieu d'un enfer terrestre avec l'intrusion d'une poignée d'êtres humains survivants d'un crash aérien, fugacement confrontés à la sauvagerie d'une meute de loups. Le film annonce la couleur blafarde dès son préambule défaitiste avec la tentative de suicide de notre expert en chasse, un braconnier de loups employé à préserver la vie de foreurs d'une compagnie pétrolière. John Ottway est un veuf accablé par le chagrin de son épouse, toujours plus dépité par la nature délétère de l'homme. Il décide de rejoindre sa défunte à un moment opportun avant de se raviser, suite aux hurlements plaintifs d'un loup entendu dans la forêt adjacente. Le lendemain, après avoir embarqué dans l'avion parmi son équipe pour rejoindre l'Alaska, l'engin s'écrase en pleine nature déshéritée. Le réalisme de cette catastrophe nous ébranle sans prévenir par sa brutalité aride. Filmé en interne de l'appareil incontrôlé, la panique générale allouée aux voyageurs crispés sur leur siège nous saisit d'une terreur sourde. Un vacarme d'apocalypse où leurs cris de frayeurs s'entremêlent avec le bruit assourdissant des moteurs en flamme et de taules déchiquetées. Dès le prélude, Joe Carnahan va insister à nous décrire sa vision hyper réaliste et dérangée de l'agonie humaine lorsque l'un des survivants sévèrement mutilé va être confronté à sa pire labeur, sa propre mort en direct devant le témoignage de ses compagnons démunis. Ce sentiment morbide de la peur de trépasser, cette affres de rejoindre un ailleurs anonyme vont planer durant toute le récit sur le psyché désarmé de nos survivants. Une poignée d'homme à caractère bien distinct, confrontés au froid glacial d'une contrée inconnue et sauvage, à la famine et la fatigue de l'épuisement. Mais surtout des êtres humains faillibles par leur sentiment d'orgueil, de vanité ou d'arrogance (l'inattention, l'imprudence, la phobie et leur conflit d'égo les mèneront fatalement au déclin). Des quidams perplexes de leur destinée, rapidement accablés par le désespoir car gagnés par la peur envahissante de trépasser. Durant ce périple improvisé, chaque protagoniste va être mêlé à sa propre idéologie, une remise en question individuelle et spirituelle sur le sens de leur propre destinée. Par cette terreur instinctive de trépasser dans un avenir proche au milieu d'une écologie menaçante et par cette crainte primitive d'être violenté par le loup, nos derniers rescapés vont devoir se mesurer à leur courage et leur bravoure pour tenter de s'extraire d'un calvaire toujours plus sinistré.


Cette atmosphère mortifère est parfaitement rendue par l'immensité de l'environnement naturel, par ces tempêtes de neige fluctuantes au vent ardent fouettant les visages burinés de nos héros davantage exténués. Tandis que dans l'obscurité, la présence nuisible souvent latente des loups ne fera qu'accentuer ce sentiment d'insécurité prégnant auprès de nos témoins et surtout leur frayeur sensitive de craindre d'être dévorés par les maîtres des lieux. Il faut d'ailleurs insister sur la physionomie de ces fauves enragés, impressionnant de robustesse dans leur présence iconique, particulièrement terrorisants dans les attaques sournoises violemment perpétrées sur leurs proies humaines. Et personnellement, de mémoire de spectateur, je n'avais pas ressenti une angoisse aussi diffuse devant une hostilité animale depuis les lycanthropes du Loup-Garou de Londres (son préambule auquel les 2 héros s'étaient égarés dans la campagne nocturne des landes !) ou encore Hurlements (l'agression de Terry Fisher dans la cabane). Dans un rôle viril de meneur de groupe intarissable, Liam Neeson crève l'écran par sa stature imposante, sa pugnacité chevronnée à livrer un combat sans merci contre l'ennemi invisible. Mais aussi et surtout sa dimension humaine accablée par la perte d'un être cher et par son éthique à accepter ou stigmatiser sa foi mystique. L'épilogue bouleversant et équivoque ne manquera pas de suggérer un dernier acte de bravoure, un baroud d'honneur pour cet homme livré à sa seule raison.


Rédemption
Spectaculaire, intense, terrifiant, désespéré et implacable, Le Territoire des Loups est un survival âpre d'une acuité émotionnelle vulnérable autant qu'un drame humain d'une densité bouleversante dans les enjeux aléatoires. La rigueur de sa mise en scène transcendant la beauté sauvage de ces montagnes enneigées, l'interprétation mise à nue des comédiens, son caractère funèbre octroyé au thème spirituel du sens de la vie nous acheminent au grand moment de cinéma. Notamment cette montée progressive d'un suspense rigoureux où chaque survivant appréhende et aménage sa propre mort. 

14.03.12
Bruno Matéï

 

mardi 13 mars 2012

EXTREMEMENT FORT ET INCROYABLEMENT PRES ( Extremely Loud and Incredibly Close)


de Stephen Daldry. 2011. U.S.A. 2h09. Avec Tom Hanks, Thomas Horn, Sandra Bullock, Zoe Caldwell, Dennis Hearn, Paul Klementowicz, Julian Tepper, Caleb Reynolds, John Goodman, Max Von Sydow.

Sortie salles France: 29 Février 2012. U.S: 20 Janvier 2012

FILMOGRAPHIE: Stephen Daldry est un réalisateur et producteur anglais, né le 2 Mai 1961 dans le Dorset.
2000: Billy Elliot
2002: The Hours
2008: The Reader
2011: Extrêmement fort et incroyablement près
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D'après le best-seller de Jonathan Safran Foer, Extrêmement fort et incroyablement près est un mélodrame bâti sur le trauma post 11 septembre que toutes les familles endeuillées ont dû endurer. Le réalisateur Stephen Daldry s'intéresse ici au cas d'un enfant précoce de 9 ans, un élève surdoué incapable d'assumer la mort de son paternel mais qui va apprendre au fil de ses investigations la foi inhérente de subsister.

Oska est un jeune élève de 9 ans, studieux et perspicace mais incapable de réfréner un florilège de  phobies existentielles dans le monde qui l'entoure. Le jour du 11 septembre 2001, son père meurt sous les décombres d'une des tours jumelles du World Trade Center. Après l'enterrement, blotti dans une pièce secrète de sa chambre, il se réfugie longuement à travers ses souvenirs de photos et objets familiers en mémoire de son père.  
Un jour, il renverse incidemment un vase rangé sur l'étagère d'un sellier. C'est là qu'il découvre une clef à l'intérieur d'un buvard où est inscrit au verso le mot "Black". Il décide de retrouver la fameuse serrure qui pourrait lui saisir la chance d'en savoir plus sur son père. 
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A la manière d'un jeu de piste ludique, Extrêmement fort et incroyablement près est un récit initiatique entrepris par un jeune garçon traumatisé par la disparition brutale de son père. Par le biais d'une commémoration aux victimes du 11 septembre, le réalisateur nous façonne un drame intime, une introspection délicate sur la fragilité de l'enfance et de son refus de se soumettre à l'horrible réalité des faits imposés. Réfugié dans sa solitude et dépréciant sa mère en guise de rancoeur, Oskar souhaite découvrir le secret d'une clef qui pourrait lui permettre de renouer une dernière fois avec la mémoire de son père espiègle, préalablement complices de jeux pédagogiques en guise d'éducation spéculative.
Pour retrouver cette fameuse serrure occultée dans la cité urbaine de New-York, Oskar va devoir répertorier tous les patronymes commençant par "Black" et croiser des citadins éclectiques à l'ethnie différente. ATTENTION SPOILER !!! Avec l'aide du nouvel ami de sa grand-mère, un bailleur mutique, l'enfant va peu à peu apprendre à évoluer et réprimer ses peurs par la résolution d'une énigme fortuite auquel un témoin avait enduré une relation conflictuelle avec son géniteur fraîchement décédé. FIN DU SPOILER
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Réalisé avec tact et une sensibilité fébrile, beaucoup de critiques ont reproché son caractère lacrymal trop prononcé alors que la narration aléatoire et contée sans fioriture provoque une intense émotion dans ces moments les plus impondérables. Privilégié par un quatuor de comédiens tout à fait tempérés dans leurs états d'âme discrédités ou lamentés, le réalisateur réussit à provoquer une violente émotion incontrôlée lors de moments flegmatiques auquel nos personnages se sont réfugiés en guise d'exutoire.
S'il est concevable que son final insiste parfois un peu trop à tirer sur la corde sensible, ce mélodrame inscrit dans l'humilité se révèle à mon sens beaucoup plus sincère et modeste que nombre de productions conventionnelles abusant de pathos pour faire pleurer dans les chaumières.
A travers l'enquête minutieuse élaborée par Oskar, Extrêmement fort... aborde le thème du deuil insurmontable auprès des défunts et surtout de la difficulté de réprimer ses angoisses. Le courage de transcender la peur intrinsèque de la mort pour mieux affronter l'effervescence de notre vie auquel chaque jour peut nous être gratifié à la manière d'un miracle.
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Si Sandra Bullock surprend par sa retenue à endosser avec vulnérabilité une femme anéantie par le chagrin et que Max Von Sydow impose une composition sombre et torturée dans celui du bailleur âgé, c'est le jeune Thomas Horn qui crève ici littéralement l'écran ! Il interprète de manière magistrale le rôle hétérogène d'un petit gamin aussi adroit et débrouillard que profondément perturbé et tourmenté par la disparition brutale de son géniteur. La séquence difficile auquel Oskar se résout d'acculer le bailleur à écouter les messages d'adieu inscrits sur répondeur téléphonique par un père accablé, font parti des moments les plus durs et éprouvants du film. Dans ses rares apparitions, Tom Hanks se révèle traditionnellement talentueux dans son jeu décontracté de paternel plein d'aplomb à daigner éduquer son fils de la manière la plus prospère.
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Superbement interprété, mis en scène avec pudeur et tempérance et émaillé de séquences aussi poignantes que déchirantes (la dernière demi-heure vaut son pesant d'émotion cathartique), Extrêmement fort et incroyablement près est un fragile récit initiatique auscultant les névroses d'un enfant prodige scindé entre sa soif d'acquérir les connaissances et la douleur cinglante de la perte de l'être aimé.  En rendant un hommage déférent aux victimes des attentats du 11 septembre, ce mélodrame bouleversant réussit à convaincre et séduire par son habile narration dédiée à la culpabilité de ces protagonistes. Des personnages meurtris ou désunis mais confrontés à leur leçon de vie et de tolérance. 
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13.03.12
Bruno Matéï