vendredi 30 mars 2012

LES LYONNAIS


d'Olivier Marchal. 2011. France. 1h42. Avec Gérard Lanvin, Tchéky Karyo, Daniel Duval, Dimitri Storoge, Patrick Catalifo, François Levantal, Francis Renaud, Lionnel Astier, Valeria Cavalli.

Sortie salles France: 30 Novembre 2011

FILMOGRAPHIE: Olivier Marchal est un acteur et réalisateur français, né le 14 Novembre 1958 à Talence (Gironde). Il est en outre le créateur des séries télévisées: Flics et Braquo.
2002: Gangsters
2004: Quai des Orfevres
2008: MR 73
2011: Les Lyonnais
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D'après l'oeuvre d'Edmond Vidal, ex membre du gang des lyonnais, Olivier Marchal s'inspire de son illustre autobiographie pour nous livrer avec Les Lyonnais un polar âpre et désenchanté. Une sombre fresque illustrant le portrait renfrogné de deux gangsters déchus, rattrapés par la frénésie d'un passé tendancieux. Edmond Vidal, ancien gangster à la retraite va renouer avec son passé galvaudé pour épauler son meilleur ami, Serge, récemment appréhendé par la police. Après une sanglante évasion, Edmond va se retrouver mêlé au chantage d'une bande de tueurs inflexibles, déterminés à retrouver son acolyte. En même temps, la police est plus que jamais circonspecte aux faites et gestes des deux repris de justice bien connus des services durant les années 70.
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Mis en scène avec le brio d'une virtuosité technique factuelle, le quatrième long-métrage d'Olivier Marchal est un polar tendu et brutal, noyé dans l'amertume du profil galvaudé de deux gangsters notoires, victimes de leur exactions sanguinaires perpétrées à une époque dissidente.
Durant leur jeunesse, à cause d'un simple vol de cageot de cerise, Edmond et serge vont être amenés à écoper une peine inéquitable de 6 mois ferme dans un établissement pénitentiaire. Cette sévère injustice sera le vecteur moteur pour les deux jeunes délinquants à se laisser appréhender par le grand banditisme après avoir endigué leur initiateur dans la région lyonnaise des années 70. En l'occurrence, Edmond est un sexagénaire coulant des jours ternes parmi la morosité d'une épouse distante, communément tiraillés par le remord d'une période révolue. Quand à Serge, il reste un gangster toujours en activité car n'ayant jamais abdiqué ses instincts délétères pour défier l'antagoniste et l'autorité répréhensible de la justice.


Entre passé et présent de flash-backs incessants, Olivier Marchal nous illustre avec lyrisme leur dérive autonome compromise par l'avilissement du Mal. Traversé d'éclairs de violence d'une verdeur cinglante mais jamais putassière et jalonné de plages intimistes inscrites dans la fraternité de l'amitié et la cohésion familiale, Les Lyonnais transcende la caractérisation bafouée de ces deux malfrats contraints de payer un lourd tribut. En parrain acariâtre, Gérard Lanvin assume avec sobriété un rôle majeur de gangster rongé par l'aigreur d'un passé vénal. Mais un homme déchu profondément meurtri par la soudaine révélation d'une intolérable trahison parce qu'entièrement subordonné à la loyauté de l'amitié. Sa posture rigide exacerbée par un regard austère noyé de rancoeur illumine son cheminement funeste, en attendant l'exutoire potentiel d'une repentance indécise. Son acolyte de toujours est campé par l'excellent Tchéky Karyo, malfaiteur tout aussi réputé, flegmatique mais implacable dans ses élans meurtriers impondérables. Un complice distant par son esprit taciturne quand il est contraint d'avouer à son comparse pour quelle véritable motivation il s'est retrouvé à fréquenter les cellules de prison.


Hormis le caractère prévisible de l'achèvement de nos deux protagonistes, Les Lyonnais est un excellent polar entièrement dédié au caractère fébrile de mafieux contrariés par l'intégrité désavouée de l'amitié. Superbement mis en scène, vigoureux dans sa narration indécise traversée  de brusques accès de violence et endossé par une galerie de trognes burinées plus vraies que nature, l'odyssée noire de Marchal renoue avec la désillusion flamboyante des grandes sagas mafieuses. 

30.03.12
Bruno Matéï

L'avis de mon ami Mathias Chaput

Réalisé avec un grand sens de la rigueur (aussi bien scénaristique que dans la restitution des décors ou des costumes), exempt d’anachronisme et violent comme un « film d’hommes », « Les Lyonnais » est un métrage exemplaire qui tient particulièrement bien la route !
Lanvin est impérial, il a un rôle taillé pour lui et sa personnalité de fonceur…
Karyo ne déroge pas à la règle dans son personnage d’enflure intégrale et même si vieillissant il s’en sort avec les honneurs !
La faune de la pègre lyonnaise comporte tous les stéréotypes surtout vers les années 70 (avec les filles soumises à leurs gangsters de maris, les caïds qui n’hésitent pas à frapper ou à flinguer fort, les casses et « braquo » -braquages- à pléthore, et la police le plus souvent dépassée –malgré une « rafle » dans un campement de gitans particulièrement millimétrée et efficace, et qui entrainera un procès fleuve !)…
Les gangsters ne reculent devant rien pour faire aboutir leurs desseins illégaux et font preuve d’une imagination hors normes et sans le moindre remords !
S’en prenant à des enfants ou des animaux, essayant par tous les moyens à faire régner leur diktat de corruption et de domination, et quiconque se mettra devant leur chemin, se verra froidement abattu !
Certains passages sont extrêmement violents et Marchal prend le parti pris pour une complaisance à minima, malgré un entêtement sidérant dans la tension et le stress (notamment lors des fuites de Momon et de sa femme, constamment harcelés !).

Film d’un grand professionnalisme et aux moyens ultra conséquents, « Les Lyonnais » s’entiche non seulement d’un scénar bien rôdé mais d’une restitution magistrale d’un domaine assez méconnu et peu exploité dans le cinéma hexagonal, pour au final projeter le spectateur sur un pan de la délinquance qui s’étale de 1970  à nos jours, le tout avec un talent indéniable !
Du très bon boulot pour un des meilleurs polars de ces dernières années, tous genres confondus !
Marchal frappe fort et l’impact de son œuvre trouve ici son aboutissement via peut être son chef d’œuvre !
A voir absolument pour la qualité du travail réalisé et pour son plaisir si on est adepte des polars français, un métrage qui fera date !

Note : 8.5/10


mercredi 28 mars 2012

U-TURN


d'Oliver Stone. 1997. U.S.A. 2h04. Avec Sean Penn, Nick Nolte, Jennifer Lopez, Powers Boothe, Claire Danes, Joaquim Phoenix, John Voight, Billy Bob Thornton, Abraham Benrubi, Richard Rutowski.

Sortie salles France: 14 Janvier 1998. U.S: 3 Octobre 1997

FILMOGRAPHIE: Oliver Stone (William Oliver Stone) est un réalisateur, scénariste et producteur américain né le 15 septembre 1946 à New-York.
1974: La Reine du Mal, 1981: La Main du Cauchemar, 1986: Salvador, Platoon, 1987: Wall Street, 1988: Talk Radio, 1989: Né un 4 Juillet, 1991: Les Doors, 1991: JFK, 1993: Entre ciel et Terre, 1994: Tueurs Nés, 1995: Nixon, 1997: U-turn, 1999: l'Enfer du Dimanche, 2003: Comandante (Doc), 2003: Persona non grata, 2004: Looking for Fidel (télé-film), 2004: Alexandre, 2006: World Trade Center, 2008: W.: l'Impossible Président, 2009: Soul of the Border, 2010: Wall Street: l'argent ne dort jamais. 2012. Savages.

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Deux ans après le portrait politique imparti au président Richard Nixon, Oliver Stone emprunte le roman de John Ridley (Stray Dogs) pour nous livrer avec U-Turn un thriller décalé, caricature acide d'une Amérique profonde. Un looser solitaire se réfugie vers la contrée désertique de Superior pour fuir l'hostilité d'une bande de mafieux à qui il dû une forte somme d'argent. En attendant que sa voiture en panne croupisse chez un garagiste arrogant, il fait la connaissance de la sensuelle Grace, une femme indienne tributaire d'un mari violent et alcoolique. Cumulant la poisse au fil de ses rencontres impromptues et sans le moindre sou, Bobby va être confronté à un odieux marché financier lorsque Grace va lui proposer de se débarrasser de son mari. 
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Thriller aride mis en exergue sous un climat solaire écrasant, cette farce sardonique est un jubilatoire jeu de massacre savamment orchestré par un Oliver Stone plus gouailleur que jamais ! A l'instar d'After Hours de Martin Scorcese, U-Turn nous décrit avec une verve caustique les vicissitudes d'un marginal besogneux confronté aux citadins les plus excentriques dans un bled paumé de Superior, non loin de Las Vegas. Après avoir tenté d'échapper aux menaces d'un leader mafieux et à la suite d'une panne de voiture aléatoire, Bobby va se retrouver embrigadé dans une bourgade clairsemée où la population inculte semble gagner par l'aberration. C'est d'abord son garagiste, arrogant et obtus qui le contraint de s'attarder plusieurs jours dans cette contrée désertique. Sur place, il fait ensuite les rencontres fortuites d'un vieil indien logicien atteint de cécité et d'un jeune couple ahuri dont l'amant irascible s'envenime à déclencher les rixes pour honorer sa potiche effrontée. En prime, après avoir côtoyé l'amabilité du shérif de la contrée, Bobby tombe sous le charme de Grace avant de s'apercevoir que la belle est asservie par un mari tyrannique, Jake. Séduit par la beauté sulfureuse de cette jeune indienne, Bobby va rapidement faire face au compromis d'une transaction machiavélique suggérée par les deux amants désunis. Avec un scénario habilement structuré multipliant les rebondissements perfides et les rencontres saugrenues de badauds susceptibles, Oliver Stone rivalise de mesquinerie à nous établir une galerie de personnages tous plus désinvoltes et calamiteux les uns des autres. Hommage débridé au film noir enduit de vitriol, U-Turn est une odyssée tragico burlesque d'un paumé incapable d'épingler l'amour, faute de sa déloyauté individualiste. En établissant également le portrait équivoque d'une femme molestée, avilie par la gente masculine, Oliver Stone nous dépeint sa vengeance méthodique et hautement sournoise. Sa haine inaltérable d'avoir été livrée à la débauche sexuelle d'un odieux personnage impliqué dans l'inceste. Alors que ces multiples amants subordonnés par l'esprit de rancoeur, de jalousie et d'orgueil n'auront de cesse de se combattre pour obtenir un gain de cause lucratif.
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Dans la peau d'un looser invétéré, Sean Penn doit beaucoup au caractère ludique de cette hystérie collective grâce à sa prestance versatile tributaire de la damnation tant il accumule les calamités à un rythme frénétique. Dans celui du mari licencieux imbibé d'alcool, Nick Nolte impressionne par son allure cynique d'époux torturé par ses agissements indécents. Dans le rôle de l'aguicheuse insidieuse, Jennifer Lopez s'en sort honorablement et réussit à s'imposer avec sobriété dans la prestance d'une veuve noire irréductible. L'unique victime martyrisée auquel on finit par éprouver une certaine empathie après avoir découvert son sombre passé infantile. Les autres seconds-rôles, quasi méconnaissables dans leur posture excentrique (John Voight, Billy Bob Thornton, Claire Dance, Joaquim Phoenix, Powers Boothe), s'en donnent à coeur joie dans la fourberie et l'arrogance pour exprimer leurs inepties fébriles.
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Méchamment drôle par son sarcasme récursif, violemment cruel et cauchemardesque, U-Turn est un jubilatoire jeu de massacre sur le machisme primaire et les effets pervers du dépit sentimental. Une farce corrosive déployant avec un humour semi parodique l'hypocrisie du rapport amoureux inscrit dans l'esprit d'allégeance et de possessivité. Et à ces protagonistes stimulés par l'instinct du désir sexuel de nous livrer des numéros d'acteurs impayables !
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28.03.12.
Bruno Matéï


lundi 26 mars 2012

BLUE HOLOCAUST (Folie Sanglante / Buio Omega / Beyond the Darkness)

                                                                       Photo empruntée sur Google, appartenant au site wrongsideoftheart.com

de Joe D'Amato. 1979. Italie. 1h34. Avec Kieran Canter, Cinzia Monreale, Franca Stoppi, Sam Modesto, Anna Cardini, Lucio D'Elia, Mario Pezzin.

Sortie Salles France: 30 Juin 1982.

FILMOGRAPHIE SELECTIVE: Joe d'Amato (né Aristide Massaccesi le 15 décembre 1936 à Rome, mort le 23 janvier 1999) est un réalisateur et scénariste italien.
1977 : Emanuelle in America, 1977 : Viol sous les tropiques, 1979: Buio Omega (Blue Holocaust), 1980:Anthropophagous, La Nuit Erotique des morts-vivants, Porno Holocaust, 1981: Horrible, 1982: 2020, Texas Gladiator, Caligula, la véritable histoire, Ator l'invincible, 1983: Le Gladiateur du futur.


Un an avant son controversé Anthropophagous, Joe d'Amato nous avait offert sa pièce maîtresse d'une filmographie scindée entre l'univers du X et celui du gore dégueulbif. Tourné en quatre semaines avec un budget dérisoire, Blue Holocaust est avant tout le remake au vitriol du film Il Terzio occhio (Third Eye) de Mino Guerrini, avec Franco Nero en tête d'affiche. Le jour où le jeune Francesco apprend la mort de sa fiancée, celui-ci plonge dans une telle détresse qu'il s'empresse d'exhumer son cadavre pour le ramener chez lui. Vivant reclus dans une vaste demeure parmi sa gouvernante, Francesco sombre peu à peu dans une folie meurtrière après avoir accosté d'innocentes jeunes filles. 

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En 1979, pour la première fois de sa carrière, l'inénarrable Joe D'Amato se lance dans l'entreprise d'un pur film d'horreur repoussant les limites de la bienséance à travers une macabre histoire d'amour. Avec son ambiance poisseuse et blafarde, renforcée d'une photographie exsangue, Blue Holocaust est un sommet de folie contagieuse pour la relation équivoque entretenue entre une gouvernante et son propriétaire de maison. Après avoir perdu sa fiancée d'une maladie incurable (et par la faute d'un mauvais sort de vaudou !), un taxidermiste décide d'extirper son corps de son cercueil pour le ramener dans sa demeure et l'embaumer afin de la préserver pour l'éternité. Avec cette trame sulfureuse traitant de la nécrophilie, Joe d'Amato en extrait un conte malsain d'une folie scabreuse. Par ses excès gores volontairement vomitifs, par son ambiance macabro-élégiaque scandée par la rythmique des Goblin et par le profil licencieux réservé aux principaux protagonistes, Blue Holocaust ne cesse d'osciller entre fascination et répulsion. Le profil psychologique sommairement établi entre Francesco et sa bonne à tout faire, Iris, nous permettant d'observer une relation dysfonctionnelle dénuée de morale, voire aussi de raison. En effet, durant sa dérive meurtrière, on ne comprends pas vraiment pour quel véritable motif Francesco est subitement atteint de folie homicide ! S'autorisant à multiplier les maîtresses d'un soir en guise affective et subitement sadique (il arrache les ongles d'une auto-stop avec une haine improbable !), il réussit pourtant à nous distiller une certaine empathie pour sa détresse mélancolique. Alors qu'Iris, manipulatrice sans vergogne car secrètement amoureuse de Francesco, usera de convoitise dans sa complicité meurtrière et ses intimidations pour parvenir à ses fins.


Cette relation transgressive entre deux marginaux véreux fascine par son climat obsédant d'où plane l'effluve mortuaire (un peu à la manière cynique du tout aussi maladif Baiser Macabre de Lambert Bava). Soutenu par le score nonchalant des Goblin et relativement efficient dans sa narration débauchée, le film nous entraîne dans leur obscène dérive pour le compte d'un amour éperdu. Cette atmosphère morbide décuplée par ses excès gores intolérables, son décor académique d'un pavillon orné de pièces froides et l'omniprésence d'un cadavre apposé sur le velours d'un matelas, insuffle une aura de souffre vertigineuse. Quand à l'épilogue sardonique, on appréciera autant la verve ironique de sa chute macabre pour la reviviscence d'une morte récalcitrante ! Si l'interprétation se révèle plutôt stérile, on peut par contre tolérer une réelle indulgence envers Franca Stoppi, incarnant avec charisme démoniaque le rôle d'une gouvernante possessive. Peu expressive dans un vocabulaire concis mais sidérante d'austérité dans sa morphologie famélique, l'actrice dégage une prestance indocile littéralement ensorcelante ! Quand à Kieran Canter, son physique bellâtre de jeune défunt accablé par le chagrin accorde une certaine photogénie dans son regard azur noyé d'aigreur et réfutant le scrupule.


En dépit d'une interprétation défaillante, de dialogues puérils et de la psychologie mutique des personnages, Blue Holocaust est un classique de déviance nécrophile. L'audace putassière accordée à certaines dérives gores (l'éviscération d'Anna ou le bain de soude pratiqué à l'auto-stoppeuse sont viscéralement écoeurants !), l'ambiance de romantisme mortifère qui s'y dégage et le duo formé par les amants endeuillés immortalisent cette clef de voûte du Bis transalpin.

Définition de Buio Omega (anecdote reprise sur le site devildead): La lettre "Omega" (relevée sur le véhicule des pompes funèbres) symbolise la fin, d'après la parole de Dieu "Je suis l'Alpha et l'Omega", je suis le début et la fin de toutes choses. "Buio" signifiant les ténèbres...

26.03.12
Bruno Matéï

vendredi 23 mars 2012

LES TUEURS FOUS (Le Sexe de la Violence / Lonely Killers / Quando il pensiero diventa crimine)


de Boris Szulzinger. 1972. France/Belgique. 1h14. Avec Dominique Rollin, Roland Maden, Georges Aminel, Christian Barbier, Patricia Cornelis, Georges Aubert, Marc Audier, Marc De Georgi, Jean Droze, Daniel Dury, Franz Gouvy.

FILMOGRAPHIE: Boris Szulzinger est un réalisateur et producteur belge.
1969: Nathalie après l'amour (pseudo: Michael B. Sanders). 1972: Les tueurs fous. 1975: Tarzoon, la Honte de la jungle (co-réalisé avec Picha). 1980: Mama Dracula


Boris Szulzinger aurait été un cinéaste belge méconnu s'il n'avait pas co-réalisé le film d'animation égrillard, Tarzoon, la Honte de la jungle, d'autant plus que sa carrière énumère uniquement quatre longs-métrages. En 1972, sort dans l'indifférence générale une oeuvre choc retraçant le fait divers sordide d'un duo de malfrats perpétrant d'horribles méfaits meurtriers dans la contrée de Bruxelles. Les tueurs fous, également connu sous le titre Le Sexe de la Violence, est une petite bande déviante fort peu connue du public mais à découvrir d'urgence tant elle retrace avec réalisme glaçant l'équipée sanglante d'un tandem marginal englué dans leur médiocrité. Deux jeunes délinquants décident de prendre les armes pour abattre n'importe quel individu se frayant leur chemin. En totale insouciance et dans une quête libertaire immorale, Dominique et Roland fuient leur ennui en perpétrant leur sale besogne entre deux rencontres impromptues avec des citadins besogneux.  


Dans la lignée des portraits abrupts de serial-killer tristement notoires, filmé à la manière d'un reportage, Les Tueurs Fous nous retrace froidement le parcours meurtrier de deux marginaux profondément esseulés et incapables d'assumer leur homosexualité. Le film débutant sur les chapeaux de roue avec un meurtre gratuit perpétré par nos compères hilares d'avoir persécuté un quidam en mobylette, juste avant de s'empresser de l'abattre à coups de carabine. Cette scène dérangeante annonce immédiatement la couleur blafarde de leur premier délit à travers les agglomérations nocturnes ou pluvieuses d'une contrée bruxelloise blafarde. Sans aucune moralité et en totale négligence, ils décident du jour au lendemain de commettre une série de crimes aléatoires en assassinant froidement des quidams. La suite de leurs vicissitudes se résume également à fréquenter les bars gay animés de spectacles travelos, écumer les honnêtes gens pour subvenir à leur finance, entamer des rencontres impromptues d'un soir avec des paumés solitaires et tenter d'éveiller l'amitié avec un homosexuel introverti.


Ces badauds désoeuvrés sans lien de parenté n'ont donc aucune attache ni véritable ami, si ce n'est finalement de se laisser attendrir avec un chat infirme découvert dans l'habitacle d'une voiture volée. C'est d'ailleurs durant leur périple leur seule empathie éprouvée pour un être vivant si bien qu'ils s'efforceront de l'inhumer, faute d'une balle perdue incidemment échangée lors d'une violente rixe. Une séquence cafardeuse provoquant un malaise tangible car particulièrement élégiaque de nous confronter subitement à la détresse de deux tueurs inflexibles. Leur prise de conscience soudainement révélée face caméra reflétant l'innocence de regards infantiles livrés à la solitude de leur vision morbide. Dominique et Roland fuient alors leur triste médiocrité, leur sexualité refoulée et évacuent leur ennui en assassinant les habitants du quartier parce qu'ils n'auront jamais eu l'aubaine de grandir et d'être éduqués par des parents modèles.


Dérangeant, malsain et immersif par son ambiance clinique d'un automne déprimant et renforcé du jeu naturel des comédiens dans leur posture puérile, les Tueurs Fous constitue un constat terrifiant sur la marginalité des laissés-pour-compte. Sans complaisance ni voyeurisme, le film tire sa force psychologique par son réalisme sordide ancré dans une morosité prégnante et par cette effroyable défiance que n'importe quel individu congédié puisse un jour basculer dans la folie la plus couarde. Oubliez son homonyme racoleur (le Sexe de la Violence) et découvrez absolument cette pépite belge ancrée dans la désillusion !

Dédicace à Video Party Massacre
23.03.12
Bruno Matéï


jeudi 22 mars 2012

LA TOUR DU DIABLE (Tower of Evil/Beyond the Fog/Horror of snape Island)


de Jim O'Connolly. 1972. Angleterre. 1h29. Avec Bryant Haliday, Jill Haworth, Mark Edwards, Anna Palk, Derek Fwolds.

Sortie salles le 19 Mai 1972

D'après le roman de George Baxt

FILMOGRAPHIE: Jim O'Connolly est un réalisateur, scénariste et producteur anglais, né le 26 Février 1926 à Birmingham, décédé en Décembre 1986 à Hythe dans le Kent.
1963: The Hi-Jackers. 1965: The Little Ones. 1964: Smokescreen. 1967: Le Cercle de Sang. 1967-1969: Le Saint (série TV). 1969: Crooks and Coronets. La Vallée de Gwangi. 1972: La Tour du Diable. 1974: Maîtresse Pamela

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Durant sa carrière concise, Jim O'Connolly aura tout de même marqué les fantasticophiles avec deux estimables oeuvres hybrides, l'amusant La Vallée de Gwangi et le film qui nous concerne ici, la Tour du diable. Sorti en Vhs au début des années 80 sous la bannière étoilée d'Hollywood Vidéo, cette bisserie venue de Grande Bretagne fit son p'tit effet auprès des rats de vidéo-clubs, avides de surprises toujours plus déviantes ou transgressives. En l'occurrence, La Tour du Diable reste encore un sympathique B movie jalonné de poncifs mais sauvé par son ambiance désuète assez glauque et le caractère audacieux de quelques dérives gores ou d'érotisme folichon. En Ecosse, sur l'île de Snape Island, une jeune femme est retrouvée en état de démence après que les autorités eurent découvert sur les lieux trois cadavres gisant dans leur sang. Placé dans un institut médical, la survivante est sujette à des séances d'hypnose afin de pouvoir divulguer devant un tribunal la vérité sur ses odieux meurtres. Au même moment, une équipe de scientifiques intrigués par l'arme retrouvée sur l'un des cadavres, une lance phénicienne, est dépêchée sur les lieux afin de mettre la main sur un fabuleux trésor sacralisé par une divinité. 
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Revoir aujourd'hui La Tour du Diable pourra surtout réconforter les nostalgiques ayant été bercés par les classiques bisseux de leur adolescence à la fameuse ascension de l'ère du Vhs. Réalisé de manière conventionnelle et nanti d'un rythme de prime abord défaillant, la narration balisée accumule les séquences chocs auquel nous restons malheureusement indifférents pour le sort des premiers protagonistes. Survivante d'un horrible massacre, Penny va être contrainte sous hypnose de se remémorer les fameux évènements macabres perpétrés sur le phare de Snape Island. Durant ses flashs-back réguliers, nous n'éprouvons aucune empathie pour les personnages ici totalement aseptisés. Il se révèle alors difficile d'attacher un semblant de compassion au sort réservé à ces jeunes occupants dont nous ne connaissons rien de leur identité. Néanmoins, son climat inquiétant et la violence gore administrée aux meurtres sauvages réussissent à maintenir un certain intérêt pour l'amateur friand d'horreur explicite. Ce n'est qu'à partir de l'arrivée d'une équipe de scientifiques appâtés par le gain d'un faramineux trésor que le film parvient enfin à décoller pour nous entraîner vers une sympathique chasse au trésor auquel une mystérieuse présence hostile semble les épier. Bruits résonnants dans la nuit, portes grinçantes qui claquent, échos de gémissements moribonds, nos nouveaux invités réunis dans l'étroitesse d'une tour antique vont être victimes d'évènements aussi inquiétants que pernicieux. C'est après avoir été victime de l'incendie volontaire de leur bateau que la situation va davantage s'acheminer vers une succession d'incidents mortels ! Surtout qu'une présence mi-monstre, mi-humaine tapie dans l'ombre, et réduite à l'état primitif, va accentuer un sentiment funèbre d'angoisse sous-jacente. Cet individu mutique serait-il Saul Gurney, le frère anormal d'Hamp qui s'était préalablement installé sur l'île avec sa femme et son bébé afin de s'occulter d'une population intolérante ? A moins que ce soit son propre bambin devenu aujourd'hui adulte, victime d'une filiation maudite ?


En affiliant le récit d'aventures et le film d'épouvante vintage dépoussiéré par la texture sanglante de certains effets chocs, la Tour du Diable parvient à séduire le spectateur embarqué dans une sorte de slasher séculaire. Un périple exotique émaillé d'embûches aléatoires où chaque protagoniste s'enfonce un peu plus dans le dédale d'une grotte souterraine remplie de mystères, bruits suspicieux et cadavre putréfié. Si le film se révèle toujours aussi sympathique, voir attrayant, c'est grâce à cette ambiance gothico malsaine émanant d'un décor peu commun de phare côtier érigé sous une grotte sépulcral. En prime, l'efficience d'un récit orthodoxe plutôt bien mené et le caractère attachant des comédiens gentiment stéréotypés séduiront d'autant plus l'amateur de bisserie intègre.


Hormis sa première demi-heure laborieuse et ses situations prévisibles, La Tour du Diable est une sympathique série B honorablement interprétée et surtout agrémentée d'une ambiance vintage assez insolite et fascinante. Si la nouvelle génération pourra trouver le spectacle obsolète, les nostalgiques des années 80 auront largement de quoi se réconforter avec leur plaisir coupable.

Dédicace à l'Univers fantastique de la Science-Fiction et tous les afficionados d'Hollywood Vidéo !
22.03.12
Bruno Matéï



mercredi 21 mars 2012

BABYCALL. Grand Prix et Prix de la Critique à Gérardmer, 2012.


de Pal Sletaune. Norvège. 2011. 1h36. Avec Noomi Rapace, Kristoffer Joner, Henrik Rafaelsen, Vetle Qvenild Werring, Bjorn Moan, Torkil Johannes, Swensen Hoeg.

Sortie salles France: 2 Mai 2012. U.S: non daté

Récompense: Grand Prix et Prix de la critique à Gérardmer, 2012.

FILMOGRAPHIE: Pal Sletaune est un réalisateur, scénariste, producteur, né le 4 Mars 1960 en Norvège. 1994: Eating Out. 1997: Junk Mail. 2001: Amatorene. 2005: Next door. 2011: Babycall


Six ans après l'excellent petit thriller féministe Next Door, le norvégien Pal Sletaune renoue avec les ambiances lourdes et contractées pour décrire la dégénérescence mentale d'une mère de famille traumatisée par un drame familial. A la lisière de Répulsions de Polanski, Babycall a tellement convaincu les membres du jury de Gérardmer qu'il repart avec les honneurs du Grand Prix et celui de la critiqueAnna et son jeune fils de 8 ans quittent leur foyer conjugal par la cause de maltraitances infligées par un mari violent. Après avoir emménagé dans un appartement, cette dernière décide d'acheter un babyphone afin de surveiller le sommeil perturbé de son fils. Une nuit, elle entend à travers l'appareil des cris d'une personne molestée venant de l'appartement voisin. Drame psychologique, suspense lattent, thriller parano et fantastique diaphane se télescopent afin de mieux jongler avec une intrigue à tiroirs en roue libre. Dans une ambiance anxiogène palpable renforcée par l'aigreur d'une photo blafarde, Babycall nous illustre la douloureuse introspection mentale d'une mère de famille délibérée à protéger son fils d'un ex-mari tyrannique.
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En jouant la carte du suspense et du mystère interlope planant sur les frêles épaules de l'héroïne, Babycall nous confronte à son cas de conscience noyé d'incertitude, faute de son esprit torturé, mais bien consciente d'être finalement tributaire de ses doutes et angoisses incontrôlées. Réfugiée dans la solitude d'un appartement restreint pour mieux préserver la fragilité de son fils, Anna va peu à peu se confronter à une série d'évènements inexpliqués et perdre pied avec la réalité ! C'est d'abord le babyphone préalablement acheté chez un commerçant qui émet en intermittence de violents cris d'enfant et de femme brutalisés. C'est ensuite la visite impromptue dans l'appartement d'un garçonnet étrange et taciturne, camarade influent de son fils. Ou encore le conducteur d'un camion réfugié sous le parking du HLM, transportant dans son coffre un semblant de cadavre empaqueté. Enfin, un assistant social un peu trop envahissant estime suspecter la jeune mère de manquer à sa responsabilité parentale pour interdire son bambin de rejoindre les classes de cours. Avec l'aide de son nouvel ami, l'employé commercial préalablement rencontré lors de l'achat du babyphone, Anna envisage en désespoir de cause de le courtiser afin d'éviter que l'auxiliaire social ne lui soutire la garde de son fils.


Malaise sous-jacent, lourd et diffus, ambiance schizophrène et florilège d'éléments contradictoires sont habilement distillés pour nous entraîner vers un drame funèbre profondément intime. Reposant
sur les épaules chétives de Noomi Rapace, l'actrice déploie tout son potentiel dramatique à illustrer le profil versatile d'une mère désemparée, obstinée à sauvegarder l'existence de son enfant, auparavant victime d'un traumatisme. Son comportement terriblement introverti et refoulé, son regard craintif empli d'angoisse et sa perplexité à ne plus savoir dissocier la part de réalité et de fantasme nous désarme impitoyablement de sa solitude meurtrie.


Baignant dans un perpétuel climat angoissant émanant de l'esprit tourmenté d'une jeune femme en détresse maternelle, Babycall est un drame susceptible, transcendé par le talent épuré de Noomi RapaceRetranscrit avec intelligence et sensibilité dans une réalisation allouée à la caractérisation de ses personnages névrosés, cette oeuvre réfrigérante décuple son pouvoir émotionnel avec la rédemption d'un épilogue aussi inopiné que rebutant.

21.03.12
Bruno Matéï

 

mardi 20 mars 2012

LE JUSTICIER DE MINUIT (Ten to Midnight)


de Jack Lee Thomson. 1982. U.S.A. 1h41. Avec Charles Bronson, Lisa Eilbacher, Andrew Stevens, Gene Davis, Geoffrey Lewis, Wilford Brimley, Robert F. Lyons, Bert Williams, Iva Lane, Ola Ray, Kelly Preston.

Sortie salles France: 13 Juillet 1983. U.S: 11 Mars 1983

BIO: Jack Lee Thomson, de son vrai nom John Lee Thompson, est un réalisateur, scénariste et producteur britannique né le 1er août 1914 à Bristol (Royaume-Uni), décédé le 30 août 2002 à Sooke (Canada). Avec 47 longs-métrages, le cinéaste aura aborder tous les genres avec plus ou moins de bonheur dont certains sont entrés au panthéon de chefs-d'oeuvre notoires. On peut citer à titre d'exemples certains de ses films les plus reconnus comme Les Canons de Navarone, Les Nerfs à vif, la Conquête de la planète des singes, la Bataille de la Planète des singes, le Bison Blanc, l'Empire du Grec, Monsieur St-Yves, Passeur d'hommes et Happy Birthday (son unique incursion dans le slasher).
Il signera en outre une célèbre série de films d'action violents, le "vigilante movie" en compagnie de son acteur fétiche Charles Bronson (Le Justicier de Minuit, l'Enfer de la Violence, la Loi de Murphy, le Justicier braque les dealers, le Messager de la mort et Kinjite, sujets tabous).
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Un an après le second volet du Justicier dans la ville et en attendant son 3è opus cartoonesque élaboré par Michael Winner, Charles Bronson renoue avec son rôle frondeur de vindicateur meurtrier dans le Justicier de Minuit. Interdit au moins de 18 ans à l'époque de sa sortie, cette solide série B aura créé son p'tit effet auprès du public avide de thriller horrifique sous la houlette du vétéran Jack Lee Thompon (les Canons de Navarone, les Nerfs à Vif). Un psychopathe sème la terreur dans une contrée des Etats-Unis en assassinant de jeunes innocentes. La particularité de ce misogyne est qu'il perpétue ses meurtres à l'arme blanche dans son plus simple appareil ! L'inspecteur Léo Kessler s'efforce de le faire coffrer quel qu'en soit les moyens mis en oeuvre.
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      AVERTISSEMENT ! LE TEXTE QUI VA SUIVRE DEVOILE LA 1ERE PARTIE DE L'INTRIGUE ! 

Après les éclairs de violence expéditive des 3 premiers opus Death Wish, Charles Bronson perpétue la tradition d'une justice individuelle en s'accoutrant d'un rôle de flic véreux délibéré à envoyer dans la chambre à gaz un psychopathe. Ca commence fort avec un préambule cinglant largement influencé par le slasher si bien que notre tueur dévêtu épie par la vitre d'un camping-car un couple en coït avant de les trucider de sang froid. On se surprend de la verdeur des mises à mort des victimes sauvagement poignardées ou éventrées à l'arme blanche et auquel la tenue du tueur, dépouillée de vêtements, accentue son caractère dérangeant. La suite plus conforme mais efficiente se traduit par une enquête criminelle dirigée par l'inspecteur Leo Kessler et son collègue juvénile Paul Mc Cann afin de mettre hors d'état de nuire le tueur affublé d'un solide alibi. Tant et si bien que durant ses deux premiers homicides, Warren Stacey s'était entre temps réfugié dans une salle de ciné face au témoignage d'une caissière et de deux spectatrices, avant, pendant et après la projection du film. Alors qu'un troisième assassinat est déjà perpétré, et tandis que Mc Cann roucoule avec la fille de l'inspecteur, Kessler tente de fabriquer des preuves pour mieux compromettre son criminel.


Par cette fraude couillue, Jack Lee Thompson aborde les pratiques illégales d'un notable inspecteur pour tenter d'annihiler fissa son criminel. A savoir, falsifier une preuve contre sa déontologie et pratiquer sans état d'âme l'oppression morale envers le présumé coupable. Et les deux hommes de s'atteler au jeu mesquin du chat et de la souris avant que le détraqué ne se résigne une dernière fois à intenter à la vie d'une (éminente) innocente. La traque finale de nos rivaux culminant Spoil ! au sanglant point d'orgue avec le massacre de trois infirmières sauvagement poignardées dans un appartement auquel Laurie Kessler s'était réfugiée. Un final à la fois haletant et bestial car d'une violence escarpée par son réalisme sordide. Enfin, pour parachever dans l'immoralité, le réalisateur poussera le bouchon un peu plus loin dans la dérogation lorsque notre tueur sera brutalement exécuté d'une balle dans la tête par notre justicier impassible. Fin du Spoil.


Réalisé de manière orthodoxe au gré d'un montage elliptique mais nanti d'une réelle efficacité par l'ossature d'un rythme sans faille et sa plaidoirie imputée aux droits juridiques du présumé coupable, Le Justicier de Minuit aborde le psycho killer de manière aussi brutale que réactionnaire. La prestance autoritaire de notre irrévocable Charles Bronson et l'interprétation inquiétante de Gene Davis en tueur gynophobe rehaussant l'intensité d'un climat inopinément horrifique. Enfin, sa morale douteuse militant sans vergogne pour l'auto-défense fera une fois de plus jaser une frange du public. 

P.S: A noter la courte apparition de la chanteuse Jeane Manson dans le rôle d'une prostituée ! (poitrine dénudée à l'appui !)

20.03.12
Bruno Matéï

lundi 19 mars 2012

BELLFLOWER


de Evan Glodell. 2011. U.S.A. 1h46. Avec Evan Glodell, Jessie Wiseman, Tyler Dawson, Rebekah Brandes, Vincent Gradshaw, Zack Kraus, Keghan Hurst, Alexandra Boylan, Bradshaw Pruitt, Brian Thomas Evans.

Sortie salles France: 21 Mars 2012. U.S: 5 Août 2011

FILMOGRAPHIE: Evan Glodell est un réalisateur, acteur, monteur, producteur, directeur de la photographie, scénariste américain. 2005: La Forme à l'amour (Court-métrage. Co-directeur). 2011: Bellflower
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Avec un budget de 17 000 dollars, le néophyte Evan Glodell entreprend pour son premier long l'argument autobiographique d'une love story traitée de manière peu commune dans sa mise en scène hybride afin de mieux bousculer les attentes traditionnelles du spectateur. Deux acolytes entreprennent de façonner un lance-flamme et un véhicule motorisé en guise d'ennui. Mais l'arrivée aléatoire d'une blonde aguicheuse va compromettre leurs ambitions et faire sombrer l'un d'eux dans une déchéance suicidaire. Autant avertir de suite les amateurs d'esbroufe avides de pyrotechnie et donc séduits par son affiche prometteuse, Bellflower constitue l'antinomie du spectacle explosif conçu pour rassasier son public lambda. Car cette production indépendante réalisée avec peu de moyens fait figure d'ovni intimiste dans sa douloureuse introspection d'un quidam noyé d'amertume suite à une déception amoureuse. Traité de manière insolite auprès d'une réalisation anti conformiste oscillant les ruptures de ton et formellement criarde (saturation de teintes ocres et jaunes fluos), Evan Glodell nous oriente vers une fragile odyssée humaine sur fond d'éloignement existentiel. De prime abord, on se croit embarquer dans une comédie tendre et futile avec les flâneries récurrentes de deux amants communément épris d'amour. A la manière d'un documentaire pris sur le vif, le réalisateur s'attache à nous décrire avec humanité le destin aigri de deux comparses juvéniles en quête de reconnaissance.


Woodrow et Aiden sont des chômeurs passionnés par la saga post-nuke de Mad-Max, et en particulier du personnage asocial Humungus, fuyant l'ennui de l'existence avec la construction d'un lance-flamme et d'une voiture vrombissante. En soirée festive, après une rencontre impromptue dans un bar, l'amour frappe à la porte de Woodrow. Depuis, l'homme ne jure que par la probité de son idylle naissante jusqu'au jour où toutes les meilleures choses ont une fin. Durant une majeure partie du récit, on se demande alors où le réalisateur souhaite en venir avec cette idylle romanesque finalement mise en exergue sur le fiasco. Puis, de manière latente et avec l'originalité d'une mise en scène expérimentale, c'est le profil désemparé d'un quidam déchu trahi par l'adultère qui nous ait illustré dans une ambiance délétère davantage en chute libre. Et plus la déchéance déshumanisée de Woodrow se chemine vers la régression, plus le film s'aventure vers les sentiers ombrageux d'une errance nocturne vindicative. Il en ressort au final une oeuvre chétive, le sentiment peu commun d'avoir assister à une tragédie sentimentale profondément touchante à travers cette fuite désespérée. La quête existentielle de deux camarades fuyant la monotonie de leur réalité par l'utopie parce que songeurs d'horizons clairsemées.

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L'achèvement d'Humungus
A travers cette errance urbaine chancelante, le réalisateur Evan Glodell se réapproprie des conventions du genre pour transcender la love story éculée dans une mise en scène hétérodoxe. Avec une humanité vulnérable, Bellflower traite donc du deuil délicat, difficilement surmontable d'une rupture amoureuse, mais également des valeurs de l'amitié entre la fraternité de deux héros dépités et de leur quête autoritaire à retrouver une certaine virilité (d'où leur affection partagée avec le personnage redouté d'Humungus). L'intelligence et l'originalité de sa structure narrative, la bonhomie naturelle des personnages et l'esprit libertaire qui en émane en font une oeuvre forte où la rancoeur intrinsèque s'extériorise finalement parmi l'essence candide d'une rédemption. 

19.03.12
Bruno Matéï

vendredi 16 mars 2012

LE MANNEQUIN DEFIGURE (Crescendo)


                                      

d'Alan Gibson. 1970. Angleterre. 1h30. Avec Stéfanie Powers, James Olson, Margaretta Scott, Jane Lapotaire, Joss Ackland, Kirsten Lindholm.

Sortie en salles le 24 Mars 1971

FILMOGRAPHIE: Alan Gibson est un réalisateur canadien, né le 28 avril 1938 à London, en Ontario (Canada), décédé le 5 juillet 1987 à Londres (Royaume-Uni).
1965: 199 Park Lane (série TV). 1966: A Separate Peace (télé-film). Eh, Joe ? (télé-film). 1968: Journey to Midnight. 1969: The English Boy (télé-film). 1970: Le Mannequin Défiguré. Goodbye Gemini. 1971: The Silver Collection (télé-film). 1972: Dracula 73. 1974: The Playboy of the Western World (télé-film). Dracula vit toujours à Londres. 1976: Dangerous Knowledge (télé-film). 1977: Checkered Flag or Crash. 1979: Churchill and the Generals (télé-film). 1980: The Two Faces of Evil (télé-film). 1982: Une femme nommée Golda (télé-film). 1982: Témoin à charge. 1984: Martin's Day. 1984: Helen Keller: The Miracle Continues (télé-film). 1987: The Charmer (série TV).

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Par celui qui aura tenté de moderniser à deux reprises le mythe du vampire des Carpathes avec deux nanars folichons, Dracula 73 (Christophe Lemaire en reste traumatisé !) et Dracula vit toujours à Londres, Alan Gibson avait préalablement réalisé en 1970 le meilleur film de sa carrière avec Le Mannequin Défiguré. Thriller horrifique au suspense Hitchcockien, cette petite série B admirablement orchestrée est à revoir sans modération grâce à la dextérité d'un scénario machiavélique et à ses personnages interlopes très attachants.
Susan Roberts est une jeune étudiante préparant une thèse sur le célèbre compositeur Henry Ryman. Invité chez la veuve du défunt dans une villa du Sud de la France, elle rencontre son fils paralytique, Georges, et entame une complicité. Mais l'attitude désinvolte d'une bonne à tout faire et d'un inquiétant geôlier vont contrarier l'invitée, d'autant plus que la mère semble avoir une emprise d'allégeance sur son fils. 


Film rare totalement sombré aujourd'hui dans l'oubli, Le Mannequin défiguré (pour une fois que le titre français transcende son homologue british !) est une véritable perle dans son genre horrifique produit par la fameuse firme Hammer Film ! Dans une ambiance ombrageuse palpable et un climat pervers étouffant, ce thriller diabolique doit son salut à une narration impeccablement structurée, rehaussée par le talent congru d'interprètes sur mesure. Sur un canevas Hitchcockien en diable, Le Mannequin Défiguré nous invite dans la villa bucolique d'une veuve et de son fils paralytique auquel une étudiante est invitée pour y rédiger une thèse sur le célèbre compositeur, Henry Ryman. Si parmi les témoins, la convivialité d'une ambiance amicale y est perceptible de prime abord, l'attitude insolente et arrogante d'une potiche de service et la présence clairsemée d'un étrange gardien vont rapidement interpeller la quiétude de Susan. D'autant plus que celle-ci va être confrontée aux violentes crises de spasmophilie endurées par Georges. Cet artiste préalablement promu à une riche carrière de pianiste aura eu la malchance de se retrouver en fauteuil roulant suite à un grave accident. Pour aggraver la fatalité, sa femme le quitta du jour au lendemain, faute de sa déficience physique inaltérable. Sujet à des cauchemars récurrents auquel il imagine son propre "double" assassiner sa femme, Georges semble assujetti par l'aguicheuse femme de ménage pour entamer communément une étrange relation masochiste. D'autant plus que pour mieux l'asservir à sa guise, Lilliane pratique un chantage alloué à la toxicité d'un psychotrope. Un soir, un horrible homicide va avoir lieu...


Voilà pour l'intrigue savamment planifiée avant que les enjeux interlopes prennent une tournure dramatique beaucoup plus délétère, voire schizophrène ! Par un savant dosage de suspense intense parfaitement coordonnée, scandé par le profil suspicieux de personnages aussi sournois que véreux, Le Mannequin Défiguré est un jouissif thriller baignant dans un cauchemar diffus et diaphane.
L'architecture gothique de la demeure érigée de manière arquée aux abords d'une piscine familiale agrémente favorablement son atmosphère insolite particulièrement moite et licencieuse. Comme son titre d'origine l'indique (Crescendo), la gravité des évènements va prendre une tournure plus sombre après le fameux meurtre perpétré par un tueur sans visage. Un piège machiavélique semble se refermer sur notre étudiante tributaire des agissements insidieux d'une sombre famille au passé galvaudé. Son point d'orgue révélateur se clôt sur une résolution inopinée alors que son rythme davantage haletant se culmine vers une succession de péripéties sardoniques.


Superbement campé par une galerie de comédiens complices s'en donnant à coeur joie dans l'autorité oppressive et mis en scène avec un savoir faire fripon dans l'intensité d'un suspense judicieux, Le Mannequin Défiguré est une petite perle du thriller à se procurer d'urgence. Rehaussé d'une atmosphère atypique dans le refuge affable d'un huis-clos feutré, cette production Hammer Film se pare en outre d'une certaine audace dans l'air du temps (les années 70) par sa violence âpre (le meurtre dans la piscine est particulièrement rigoureux) et son érotisme futilement polisson (Jane Lapotaire use et abuse de provocation impudique en gouvernante mesquine).
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Dédicace à Video Party Massacre
16.03.12
Bruno Mattéï.



jeudi 15 mars 2012

THE AWAKENING (La Maison des Ombres). Prix Spécial du Jury, Gérardmer 2012.


de Nick Murphy. 2011. Angleterre. 1h47. Avec Dominic West, Rebecca Hall, Lmelda Staunton, Lucy Cohu, John Shrapnel, Diana Kent, Richard Durden, Alfie Field, Tilly Vosburgh, Ian Hanmore, Cal Macaninch.

Sortie salles France: Prochainement...

Récompenses à Gérardmer 2012: Prix Spécial du Jury (ex-aequo Beast), Prix du Jury Jeunes de la région Lorraine, Prix du Jury SyFy Universal.

FILMOGRAPHIE: Nick Murphy est un réalisateur, scénariste et producteur anglais.
2011: La Maison des Ombres
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La Maison des Ombres est le premier film d'un jeune réalisateur anglais surfant sur le mode vétuste d'une traditionnelle ghost story, à l'instar de l'excellent Woman in Black tourné la même année. En compétition à Gérardmer en 2012, il repart avec les honneurs de trois prix décernés par le jury du festival.

Dans l'Angleterre des années 20, une experte en démystification de phénomènes paranormaux est recrutée dans un pensionnat pour tenter de rassurer les écoliers, effrayés à l'idée qu'un spectre infantile puisse les persécuter. Le climat ombrageux est d'autant plus éloquent parmi les enfants que l'un de leur camarade vient de mourir dans de mystérieuses conditions. 
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Pour un premier long métrage, on peut déjà saluer Nick Murphy pour son talent probant de directeur d'acteurs, d'autant plus que chaque personnage est rehaussé d'une dimension psychologique particulièrement dense et étoffée. Sans chercher à rendre effrayante une ghost story vintage enjolivée par la pâleur d'un pensionnat austère aux teintes désaturées et à son parc naturel d'une aura automnale immaculée, La Maison des Ombres mise surtout sur l'énigme d'un mystère lattent.
Si l'intrigue modestement menée a parfois tendance à user de redondance, le suspense distillé à petite dose et l'intérêt grandissant des évènements dramatiques compromis contre notre héroïne parviennent malgré tout à nous tenir en haleine jusqu'à son délicat point d'orgue funèbre.
La force de son récit est donc privilégiée par la caractérisation de ses protagonistes et en particulier le personnage de Florence Cathcart, excellemment incarné par Rebecca Hall. Une scientifique cartésienne experte dans l'art d'usurper les charlatans pratiquant des séances de spiritisme de pacotille pour écumer les familles désunies. Mais le jour où elle se retrouve confrontée à un véritable spectre tapi derrière les murs d'un étrange internat, son scepticisme inflexible va littéralement voler en éclat et mettre à rude épreuve sa raison galvaudée. Progressivement, au fil des apparitions surnaturelles, florence va peu à peu perdre pied avec la réalité pour se retrouver embarquée dans un dédale perfide où les morts et les vivants semblent cohabiter communément.


En toile de fond, le réalisateur traite futilement des méthodes drastiques employées par les enseignants contre les écoliers en guise de châtiment punitif. Il énonce également le trauma imposé par l'honneur des soldats de la 1ère guerre mondiale envoyés au front et revenus d'entre les morts en gardant des séquelles psychologiques neurotiques.

Sans révolutionner quoique ce soit, La maison des Ombres est suffisamment bien troussé, visuellement raffiné et surtout remarquablement interprété pour s'attendrir d'une histoire de fantôme culminant sa révélation dans une spiritualité rédemptrice. Une forme vertueuse d'hommage, une révérence dédiée à nos chers disparus afin de ne jamais oublier leur absence prolongée, et afin de préserver leur présence sous-jacente dans l'abri candide de nos coeurs.   
Un film fantastique tout en pudeur donc qui occulte son caractère effrayant (à un ou deux sursauts près !) par l'exutoire et l'empathie d'une réminiscence tragique. 
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15.03.12
Bruno Matéï