lundi 30 avril 2012

MALVEILLANCE (Mientras duermes, Sleep Tight)

                                                                         Photo empruntée sur Google, appartenant au site Cinemovies.fr

de Jaume Balaguero. 2011. Espagne. 1h42. Avec Luis Tosar, Marta Etura, Alberto San Juan, Iris Almeida, Petra Martinez, Carlos Lasarte, Pep Tosar, Margarita Roset, Oriol Genis, Amparo Fernandez.

Sortie salles France: 28 Décembre 2011. U.S: 23 Septembre 2011. Espagne: 14 Octobre 2011

FILMOGRAPHIE: Jaume Balaguero est un réalisateur et scénariste espagnol d'origine catalane, né le 2 Novembre 1968 à Lérida.
1999: La Secte sans Nom. 2002: Darkness. 2005: Fragile. 2006: A Louer (moyen métrage). 2007: REC (co-réalisé avec Paco Plaza). 2009: REC 2 (co-réalisé avec Paco Plaza). 2011: Malveillance.

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Après sa quadrilogie Rec, Jaume Balaguero revient en solo pour nous convier à un suspense hitchcockien dans la tradition respectueuse du genre. Ambiance angoissante sous-jacente, gestion minutieuse d'un suspense implacable, densité narrative et portrait incisif d'un tueur abordable sont agencés pour nous engendrer un thriller studieux. Un gardien d'immeuble dépité d'une existence morne comble son ennui en molestant ses locataires par rancoeur vindicative. Secrètement épris d'affection pour la jeune Clara, César décide de planifier une combine machiavélique pour parfaire son désir.  
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Dans le huis-clos d'un immeuble serein, Malveillance nous illustre la solitude d'un gardien aigri incapable d'accéder au bonheur, faute de l'intransigeance d'une société déloyale. Pour apporter un sens à la miséricorde de son destin, il occupe son temps à perpétrer des actes frauduleux envers les citadins prospères qu'il côtoie aimablement. Et cela en dépit de l'arrogance d'une gamine effrontée, opérant sur lui le chantage d'une extorsion d'argent sous la menace de révéler au grand jour des infos compromettantes. Mais depuis quelques jours, César se focalise sur l'une de ses folichonnes locataires pour l'asservir durant ses nuits de sommeil. En effet, chaque soir, il s'insinue sous le lit de sa victime, attendant avec un flegme impassible qu'elle puisse s'endormir pour la droguer contre son gré grâce à une drogue anesthésiante. César semble donc délibéré à daigner détruire la vie de cette séduisante célibataire. Mais l'arrogance d'une fillette un peu trop curieuse et la nouvelle idylle de Clara entamée avec un amant circonspect vont compromettre ses ambitions.
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Dans une ambiance lourde et subtilement inquiétante, Jaume Balaguero nous concocte un oppressant suspense autour d'un personnage austère bâti sur son caractère particulièrement insidieux. L'habileté du scénario remarquablement élaboré émane de cette attitude couarde d'un tueur infortuné perpétrant des exactions délétères afin de se justifier un but existentiel. Un script efficient puisant sa force par cette confrontation inhabituelle entre la victime, persécutée dans son sommeil par un tortionnaire combinard. C'est ce sentiment d'impuissance pour le spectateur d'assister au calvaire récursif d'une victime immolée contre son gré qui exacerbe un suspense haletant en constante ascension. En prime, le réalisateur nous dépeint le portrait subversif d'un tueur contestataire. Un gardien d'immeuble dépressif mais lucide d'un monde terni par l'égocentrisme, l'affabulation et la cupidité. Pour interpréter ce personnage psychologiquement renfrogné, Luis Tosar se révèle parfait de fourberie mesquine dans la peau d'un tueur impassible. Il faut le voir se recueillir dans une chambre d'hôpital auprès de sa mère mourante pour lui débiter sans faillir ses confessions intimes liées à une rancoeur misogyne. Spoiler ! Profondément dépité d'une civilisation irréductible, sa déroute le mènera par ailleurs jusqu'au suicide rédempteur, avant de pouvoir se raviser in extremis grâce au retour précipité de Clara Fin du Spoiler. La force du personnage découle donc de ses états d'âme lamentés et de son affliction à ne pouvoir s'accepter soi même. On se surprend alors à éprouver une certaine compassion pour sa solitude meurtrie, cette défaite intrinsèque à n'avoir pu s'insérer dans une société égotiste..

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Son bonheur, c'est votre malheur
Mis en scène sans esbroufe car privilégiant un climat ombrageux dans la conduite narrative d'un script machiavélique, Malveillance est un thriller à suspense beaucoup plus finaud qu'il n'y parait. Pour s'en convaincre, il faudra attendre l'immoralité d'un épilogue audacieux pour comprendre les tenants et aboutissants d'un tueur miséricordieux acheminé vers une quête salvatrice du bonheur. La sobriété des comédiens, renforcée par le portrait cynique du criminel et les multiples rebondissements qui émaillent l'intrigue sont autant d'atouts solides pour tenir en haleine l'amateur de suspense cérébral. 

30.04.12
Bruno Matéï

vendredi 27 avril 2012

CHRONICLE

Photo empruntée sur Google, appartenant au site Cinemovies.fr
de Josh Trank. 2012. U.S.A. 1h24. Avec Dane DeHaan, Alex Russell, Michael B. Jordan, Michael Kelly, Ashley Hinshaw, Anna Wood, Rudi Malcolm, Luke Tyler, Armand Aucamp.

Sortie salles France: 22 février 2012. U.S: 3 Février 2012

FILMOGRAPHIE: Josh Trank est un réalisateur, scénariste, monteur, acteur, producteur américain, né le 19 Février 1985 à Los Angeles, Californie.
2012: Chronicle
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Attention ! Il est préférable d'avoir vu le film avant de lire ce qui va suivre.
En empruntant la mode du Found footage, le novice Josh Trank adopte avec son premier long la thématique du super-héros pour souligner de façon alarmiste le malaise existentielle d'une jeunesse avide de reconnaissance et popularité.

Trois lycéens se découvrent des super-pouvoirs après avoir été en contact avec une matière insolite planquée dans le gouffre d'une grotte. Si au départ leur don surhumain est un jeu de distraction pour épater ou brimer leurs camarades, l'un des trois acolytes va peu à peu se laisser entamer par une folie autodestructrice.  
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Sous le principe du documenteur pris sur le vif du direct, Chronicle prend pour cadre inédit le mythe du super-héros ancré dans la quotidienneté d'adolescents en quête identitaire. Après avoir été en contact avec une matière insolite, trois jeunes étudiants ont la faculté de soulever et déplacer des objets par la force psychique de leur esprit. Ca commence par des blagues de potaches comme le fait de retrousser à distance les jupes des filles, faire flotter dans les airs un ours en peluche devant une fillette affolée ou encore déplacer une voiture garée dans un parking pour la parquer à un endroit adjacent. C'est ensuite qu'intervient le premier incident commis par Andrew, le plus fragile du trio, faute d'un père alcoolique et violent ! Sur une aire d'autoroute, après avoir été contrarié par un conducteur empressé, Andrew va volontairement lui causer un accident en le faisant dévier de la route par rancune vindicative. C'est là que le trio prend conscience du danger létal que peut causer la démesure de leur pouvoir ! Ce qui ne va pas empêcher Steve de réussir quelques instants plus tard l'exploit de se maintenir dans les airs jusqu'à entreprendre de voler, tel Superman, au dessus des nuages. Nos comparses stimulés en profitent également pour élaborer quelques numéros prodiges dans un spectacle de magie afin d'épater et gagner la popularité du public. Ce qui va également permettre à Andrew d'escompter son premier rapport sexuel avec une jeune courtisane dans une rave party. Néanmoins, au moment opportun, l'absorption d'alcool immodéré aura pour sanction de faire fuir sa petite copine dépitée.


C'est donc du côté du profil complexé d'Andrew que la narration va prendre une tournure beaucoup plus radicale et alarmiste. Par la faute d'une relation parentale dévalorisante, faute d'une mère mourante et surtout d'un père condescendant, le rejeton renfrogné va profiter de ses facultés frénétiques pour extérioriser sa haine et sa rancoeur en provoquant des actes violents de vandalisme puis blesser son entourage. C'est ce mal-être existentiel d'un adolescent névrosé, cette quête de reconnaissance affective que le réalisateur va finalement mettre en exergue pour délivrer une réflexion sur l'avilissement du pouvoir. Ce sentiment mégalomane de se sentir subitement indestructible, cette aptitude de pouvoir contrôler et régir le monde. Annihiler la terre en un claquement de doigt en guise de revanche grâce à l'offrande d'un don infortuné !
Avec une violence cinglante ultra spectaculaire et une tonalité dérangeante confinant à la frayeur démographique, la colère préalablement introvertie d'Andrew va littéralement se déchaîner dans un fracas de destruction urbaine. Une menace disproportionnée échappant à tout contrôle auprès d'une population en état de marasme, alors que son ami Matt va entreprendre une guerre des cerveaux pour tenter de le raisonner ! Et à ce niveau, les séquences apocalyptiques de dévastation métropolitaine sont magnifiquement élaborées par un déluge d'FX inventifs, entièrement soumis au fil narratif.


L'Enfant Cauchemar
Original, amusant, fun mais davantage anxiogène, dérangeant et terrifiant, Chronicle est un spectacle intelligent qui sait utiliser à bon escient une narration constructive ainsi qu'une armada d'effets spéciaux adroitement exploitées. La prestance ombrageuse et naturelle des comédiens inconnus, la mise en scène en demi-teinte oscillant la réjouissance et l'appréhension et enfin les séquences hallucinées de destruction massive engendrent un authentique cauchemar d'effroi. D'autant plus que sa réflexion sur le malaise reclus d'une jeunesse virtuelle (j'ai décidé de tout filmer, dira le héros en préambule !) laisse un arrière goût amer dans la bouche. Une graine de film culte réellement impressionnant !

27.04.12
Bruno Matéï

jeudi 26 avril 2012

LES MACHINES DU DIABLE (The Losers)

Photo empruntée sur Google, appartenant au site videopartymassacre.blogspot.com   
de Jack Starrett. 1970. U.S.A. 1h35. Avec Fran Dinh Hy, Vic Diaz, Paraluman, Lillian Margarejo, Ana Corita, John Garwood, Paul Koslo, Eugène Cornelius, Houston Savage, Adam Roarke, Bernie Hamilton, William Smith.

FILMOGRAPHIE SELECTIVE (IMDB): Jack Starrett est un réalisateur américain, né le 2 Novembre 1936 au Texas, décédé le 27 Mars 1989, en Californie.
1969: La Cavale Infernale.
1970: Les Machines du Diable. Le Dernier des Apaches. 1972: Slaughter. 1973: Dynamite Jones
1974: The Gravy Train. 1975: Course contre l'Enfer. 1976: La Vengeance aux Tripes. Hollywood Man. 1977: Justice Sauvage, chapitre final. 1982: Kiss My Grits


Réalisé 3 ans avant les accords de paix de Paris de 1973 qui permis à l'armée des Etats-Unis de se retirer du conflit vietnamien, Les Machines du Diable est une production sacrément couillue, pour ne pas dire incongrue. Car il fallait oser entreprendre un projet de film de guerre aussi débridé alors que les soldats américains étaient partis au front. D'autant plus que cette première défaite de l'histoire des Etats-Unis impliqua plus de 3,5 millions de jeunes américains entre 1965 et 1972 et traumatisa toute une génération ! Un escadron de Bikers sont recrutés en pleine guerre du Vietnam avec pour ordre de mission de récupérer un technocrate, retenu prisonnier dans un camp de vietcongs.
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Par le réalisateur de Dynamite Jones et de l'excellent road movie sataniste Course contre l'enfer (de loin son meilleur film !), Les Machines du Diables est un film de guerre aberrant tirant son originalité dans la caractérisation de marginaux affiliés à la culture hippie. Imaginez une seconde le concept ! En pleine guerre du Vietnam, un groupe de Hells Angels se retrouvent enrôler pour libérer un technocrate de la CIA, retenu en otage dans un camp cambodgien ! Ces panoplies de grandes gueules marginales ont en outre rappliqué avec leur grosse pétoire cylindrée pour s'en aller sauver l'autre gus en costard dans le fin fond d'une jungle asiatique ! Sur le papier, ça donne l'impression de se retrouver face à une BD live, sorte d'ascendant indirect des aventures du colonel James Braddock (Portés Disparus) accouplé avec l'équipée motorisée de Max le fou ! Seulement voilà, durant une bonne partie du récit, nos hippies libertaires passent leur temps à sa bourrer la gueule dans les bars malfamés, s'envoyer en l'air avec des putes juvéniles et provoquer des bagarres de rue avec des agitateurs récalcitrants. Tandis que d'autres renouent avec leur ancienne copine asiatique rencontrée avant la guerre pour flâner sous les palmiers. Il faut donc quand même avouer qu'à part deux, trois scènes ludiques et son prologue pétaradant, les Machines du Diable peine à trouver son rythme plutôt rébarbatif.


Néanmoins, ce nanar émaillé de trognes sympathiques (Bernie Hamilton, le capitaine Dobey de la série TV Starsky et Hutch, ainsi que William Smith, l'immonde Falconnetti de la série Le Riche et le Pauvre !) rattrape ses plages d'ennui par une dernière partie littéralement hallucinée ! Pour preuve, nos 5 bikers envoyés en mission de sauvetage débutent enfin leur intervention après avoir trafiqué leur bécane (de marque japonaise Yamaha !!!) en véritable engins futuristes sortis tout droit de Mad-Max 2 !!! Du délire à l'état pur ! D'autant plus que l'action spectaculaire et les explosions en tous genres sont exécutées avec compétence (revalorisées par moments en slow motion pour agrémenter les chorégraphies). Le point d'orgue risible vaut également son pesant de cacahuètes quand nos motards retenus à leur tour prisonniers parmi l'otage américain décident de s'évader de leur cabane de bambou. Et de quelle manière ! Après avoir fortement abusé de Marijuana, nos irréductibles mal rasés, rendus complètement hilares sous l'effet de la drogue, réussissent (avec facilité déconcertante !) à se libérer de leur tanière en supprimant un à un les geôliers disposés autour de la hutte. ATTENTION SPOILER ! Mais leur déroute se clos dans un bain de sang inéquitable quand nos patriotes sont pris à parti avec les vietcongs repliés en masse, mais aussi l'armée américaine réfutant de leur porter assistance ! FIN DU SPOILER


Longuet et pesant mais rattrapé par une dernière partie proprement hallucinée, Les Machines du Diable est un nanar amical finalement fréquentable. On peut même le considérer comme le précurseur de la saga Portés Disparus, Rambo ainsi que Mad-Max 2 dans son alliage hétéroclite des genres. Cette plaisanterie insensée laisse surtout en mémoire le profil improbable de ses Bikers d'apocalypse ainsi que quelques généreuses scènes d'action, jouissives et trépidantes, où les impacts de balle font voler en éclat les chairs déchiquetées en slow-motion ! (pour rappel, le film était interdit au moins de 18 ans à l'époque !)
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Dédicace à Videopartymassacre et Daniel Aprin
26.04.12
Bruno Matéï

mercredi 25 avril 2012

HURLEMENTS (The Howling). Prix de la Critique à Avoriaz, 1981

                                                               Photo empruntée sur Google, appartenant au site cinemovies.fr

de Joe Dante. 1980. U.S.A. 1h31. Avec Dee Wallace, Patrick Macnee, Dennis Dugan, Christopher Stone, Belinda Balaski, Kevin McCarthy, John Carradine, Slim Pickens, Elisabeth Brooks, Robert Picardo.

Sortie salles France: 21 Janvier 1981. U.S: 10 Avril 1980

Récompense: Prix de la Critique à Avoriaz 1981

FILMOGRAPHIE: Joe Dante (né le 28 novembre 1946 à Middletown, New Jersey) est un critique, scénariste, monteur, producteur et réalisateur américain. Son plus grand succès populaire est, à ce jour, Gremlins (1984).
1966-1975 : The Movie Orgy 1976 : Hollywood Boulevard, co-réalisé avec Allan Arkush 1978 : Piranhas (Piranha),1981: Hurlements (The Howling) 1983 : La Quatrième Dimension (Twiling Zone the Movie), troisième épisode, Its a Good Life 1984 : Gremlins 1985 : Explorers 1987 : Cheeseburger film sandwich (Amazon Women on the Moon), 5 sketches 1987 : L'Aventure intérieure(Innerspace)1989 : Les Banlieusards (The 'burbs) 1990 : Gremlins 2, la nouvelle génération (Gremlins 2 The New Batch) 1993 : Panic sur Florida Beach (Matinee) 1998 : Small Soldiers 2003 : Les Looney Tunes passent à l'action (Looney Tunes : Back in Action) 2006 : Trapped Ashes , premier segment,Wraparound 2010 : The Hole.


Trois ans après Piranhas, démarquage semi parodique des Dents de la mer, Joe Dante livre avec Hurlements sa déclaration d'amour au mythe séculaire du loup-garou, dépoussiéré ici dans un contexte contemporain. Saupoudré d'humour noir sous-jacent et de clins d'oeil allusifs, cette référence du cinéma fantastique moderne doit aussi son salut au talent respectif des maquilleurs Rob Bottin et Rick Baker. Plus de 30 ans après sa sortie, Hurlements resplendit toujours autant dans sa conviction de nous faire croire à l'existence du lycanthrope. Une journaliste de renom, Karen White, doit aborder un mystérieux individu du nom d'Eddie Quist. Après que ce dernier ait pu entreprendre un point de rencontre dans un sex-shop, elle se retrouve embrigadée dans une pièce close parmi sa présence. Prise de panique, elle clame un appel au secours ! Alors qu'un véhicule de police patrouillait à proximité, l'un des flics pointe son arme en direction de l'agression et abat froidement le tueur. Souffrant d'amnésie, Karen et son mari sont envoyés dans un séminaire de repos sous les conseils du Dr George Waggner.


Sorti la même année, à quelques mois d'intervalle d'un autre fleuron du genre, Le Loup-Garou de Londres de John Landis, Hurlements possède une certaine parité. Un esprit sarcastique influencé par l'humour noir, un contexte moderne pour raviver son monstre iconique et des effets spéciaux révolutionnaires toujours aussi bluffants et acérés. Si ce joyau de série B reste en l'occurrence toujours aussi savoureux, c'est dans la maîtrise formelle allouée à son réalisateur et à son comité de techniciens. L'ironie corrosive qui se détache de cette confrérie émane de la personnalité du Dr Wagner. Un psychologue affable contraint de permettre à ses patients de canaliser leurs pulsions primitives vouées au meurtres sauvage. Dans notre civilisation moderne, nos loups-garous réactionnaires sont donc acculés à refréner leur instinct animal pour se contenter de consommer des bovins domestiques. Bien entendu, les plus anarchistes d'entre eux vont bafouer leur déontologie pour extérioriser leur besoin primitif de chair fraîche !


Les décors champêtres d'une forêt nocturne imprégnée de brume, la photographie saturée de teintes azurs et orangées réconfortent simultanément une ambiance crépusculaire des plus fantasmagoriques. Avec une poignée d'illustres comédiens et de seconds couteaux du ciné de genre (John Carradine, Dick Miller, Belinda Balaski, Kevin McCarthy, la charmante Dee Wallace et enfin Patrick MacNee), Hurlements transcende le conte moderne imprégné de dérision et d'érotisme (les amants de la pleine lune en étreinte). Sa structure narrative particulièrement efficiente et l'intensité de la partition musicale orchestrée par Pino Donaggio sont d'autant mieux valorisés d'FX artisanaux du plus bel effet. Pour preuve, la séquence de métamorphose qui voit Eddie se transformer lentement en lycanthrope reste un moment d'anthologie impressionnant de rigueur ! En prime, le climat angoissant résultant de certaines embuscades proférées aux héroïnes exacerbent son pouvoir irrésistible d'inquiétude. D'autant plus que la menace hostile est sous-entendue par le beuglement de hurlements perçus du fond de la forêt.


Mis en scène avec l'autorité d'un cinéaste transi d'amour pour son bestiaire légendaire, Hurlements fait figure de référence incontournable. Reste à savoir qui pourra égaler un jour, sinon transcender, son talent artisanal épaulé d'une équipe d'illusionnistes. Les chefs-d'oeuvre sont inaltérables et, à l'instar du Loup-garou de Londres et de la Nuit du Loup-garou, Hurlements fait indubitablement parti de cette généalogie !

La Chronique du Loup-garou de Londres: http://brunomatei.blogspot.fr/…/le-loup-garou-de-londres-os…

25.04.12
Bruno Matéï.


DETACHMENT

                                                                       Photo empruntée sur Google, appartenant au site atthecinema.net

de Tony Kaye. 2011. U.S.A. 1h37. Avec Adrian Brody, Sam Gayle, Bryan Cranston, Lucy Liu, James Caan, Blythe Danner, Renée Felice Smith, Marcia Gay Harden, William Petersen, Tim Blake Nelson.

Sortie salles France: 01 Février 2012

FILMOGRAPHIE: Tony Kayle est un réalisateur, directeur de photo et producteur anglais, né en 1952. 1998: American History X
2011: Detachment
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"Jamais je ne me suis senti si profondément en un seul et même moment aussi... détaché de moi-même et tellement présent au monde" Albert Camus

Depuis 1998, nous étions restés sans nouvelle de Tony Kayle, réalisateur du percutant American History X. Une oeuvre choc d'une grande puissance dramatique sondant les rouages du parti de l'extrême droite à travers l'engagement d'un jeune militant (magistralement interprété par Edward Norton). En l'occurrence, le réalisateur sort de son mutisme pour nous asséner un nouvel uppercut. Une production indépendante sortie dans l'indifférence (en dépit de ses récompenses à Deauville et Valenciennes) démontrant avec une noirceur implacable l'impuissance du milieu scolaire à endoctriner une jeunesse caractérielle au bord de la faillite. Henry Barthes est un professeur remplaçant. Il est assigné pendant 3 semaines dans un lycée difficile de la banlieue new-yorkaise. Lui qui s'efforce de toujours prendre ses distances va voir sa vie bouleversée par son passage dans cet établissement.


Une société confinée dans le dénigrement peut-elle avancer ?
13 ans après American History XTony Kayle nous retrace avec Detachment le cheminement désabusé d'un professeur de lycée prêchant les valeurs d'humanisme dans la spéculation. Mis en scène avec un âpre réalisme proche du documentaire, ce constat impitoyable de l'échec scolaire nous éprouve durement de son climat blafard hautement dépressif. Un prof remplaçant parvient à prodiguer une certaine discipline à ces élèves chahuteurs d'un lycée difficile. Mais son passé galvaudé, entaché par le suicide de sa mère, l'état pathologique de son grand-père sur le déclin, puis la rencontre impromptue d'une jeune prostituée, vont peu à peu l'éprouver lors de sa remise en question existentielle. Avec une sensibilité écorchée et un humanisme empli de désespoir, Tony Kayle nous livre ici un tableau élégiaque d'une jeunesse discréditée de tous repères. Par la faute d'une démission parentale égocentrique rejetant leur responsabilité sur des professeurs tout aussi perdus et désemparés, la jeunesse new-yorkaise se morfond dans une déchéance en roue libre. Bien que ce professeur altruiste finisse par gagner la confiance de ses élèves perfectibles par la tolérance et l'érudition, le climat social en dégénérescence d'une société individualiste et l'inconfiance d'une population désengagée finiront par ternir les aspirations personnelles. Même si au bout du chemin, la rédemption d'une prostituée semble être la consolation d'un homme névrosé confronté à la cécité d'une société au bord du marasme. Dans un rôle chétif empli d'humanité affaissée, Adrian Brody se délivre corps et âme ! Il livre avec pudeur une essentielle conviction spirituelle dans sa quête d'inculquer à ses élèves l'importance d'être guidé. Le soutien d'un éducateur aidant à comprendre la complexité du monde dans lequel nous vivons. Notre nécessité de nous défendre et nous battre contre la lassitude dans un processus de réflexion. Apprendre à lire, à stimuler notre imagination, à cultiver notre propre conscience, notre propre système de croyances. Le besoin inhérent de ces compétences pour préserver nos esprits.


"C'était une glace au coeur". "Un naufrage". "Un malaise du coeur".
Surchargé en émotion par un pessimisme foudroyant de nihilisme, Detachment ne pourra faire l'unanimité dans sa détresse inconsolable fustigeant le genre humain. Pourtant, il s'agit d'un drame éloquent qui interpelle et prend aux tripes dans son cri d'alarme asséné au malaise de la nouvelle génération mais aussi aux adultes dévalués. Avec la prestance dépouillée de protagonistes à la fragilité humaine fléchissante, Tony Kaye nous illustre dans leur vérité humaine la lutte intrinsèque que chaque individu doit combattre pour éclipser sa colère, ses injustices et renouer avec notre raison d'être. Detachment est alors une réflexion sur la foi, une quête identitaire (la plupart des gens jouent le rôle de ce qu'ils croient être) sur ce que nous sommes capables d'extérioriser quand une personne lambda vous a acquise sa confiance, notamment l'importance que vous pouvez administrer aux yeux des autres. Ames sensibles et dépressifs, je vous prie néanmoins de vous abstenir car il est impossible de sortir indemne d'un tel fardeau discriminatoire pour énoncer l'avilissement civil. Un tourbillon d'émotions aussi ardues nous acheminant inévitablement au malaise ontologique !


Note: Hormis une critique globale relativement dubitative, Detachment a récolté quatre prix !
Prix de la révélation Cartier et Prix de la critique Internationale au Festival de Deauville 2011, ainsi que le Grand Prix et le Prix du Public au Festival de Valenciennes 2011.

Un grand merci à atthecinema.net
25.04.12
Bruno Matéï


lundi 23 avril 2012

FRAYEURS (La Paura / Paura nella città dei morti viventi / City of the Living-Dead)

                                                                  Photo empruntée sur Google, appartenant au site paperblog.fr

de Lucio Fulci. 1980. Italie. 1h32. Christopher George, Catriona MacColl, Carlo De Mejo, Antonella Interlenghi, Giovanni Lombardo Radice, Daniela Doria, Fabrizio Jovine, Luca Venantini.
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Sortie salles France: 10 Décembre 1980. U.S: Mai 1983
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Récompense: Grand Prix du Public au festival du film fantastique du Rex à Paris, 1980.

FILMOGRAPHIE SELECTIVE: Lucio Fulci est un réalisateur, scénariste et acteur italien, né le 17 juin 1927 à Rome où il est mort le 13 mars 1996.
1966: Le Temps du Massacre, 1969 : Liens d'amour et de sang , 1971 : Carole, 1971: Le Venin de la peur,1972 : La Longue Nuit de l'exorcisme, 1974 : Le Retour de Croc Blanc, 1975: 4 de l'Apocalypse, 1976: Croc Blanc, 1977 :L'Emmurée vivante, 1979: l'Enfer des Zombies, 1980 : la Guerre des Gangs, 1980 : Frayeurs, 1981 : Le Chat noir, 1981 : L'Au-delà, 1981 : La Maison près du cimetière , 1982 : L'Éventreur de New York , 1984 : 2072, les mercenaires du futur, Murder Rock, 1986 : Le Miel du diable , 1987 : Aenigma, 1988 : Quando Alice ruppe lo specchio,1988 : les Fantomes de Sodome, 1990 : Un chat dans le cerveau, 1990 : Demonia, 1991 : Voix Profondes, 1991 : la Porte du Silence.

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Un an après l'Enfer des zombies, Lucio Fulci continue d'apporter sa touche singulière avec Frayeurs, second volet d'une quadrilogie érigée sur le mythe du zombie purulent. Véritable poème putride où les morts tourmentent les vivants par l'entremise de la peur, cette clef de voûte du cinéma transalpin insuffle un sentiment perpétuel de peur tangible au point d'obséder son spectateur. D'ailleurs, le public du festival du Rex ne s'y est pas trompé en attribuant personnellement son Grand Prix à Paris ! A Dunwich, le père Thomas se pend dans un cimetière. Depuis ce suicide improbable, un climat de peur s'empare des habitants convaincus que les morts se relèvent de leur tombe pour venir les persécuter. Une médium, un journaliste, un psychiatre et l'une des ses patientes décident de retrouver la tombe du prêtre avant la veillée de la toussaint et avant que les morts ne s'emparent de notre monde. 
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En 1979, l'Enfer des Zombies avait déjà conquis le public du monde entier dans son alliage d'horreur exotique et de gore subversif. Un an plus tard, Lucio Fulci va transcender son ambition majeure de provoquer l'effroi chez le spectateur avec Frayeurs. Sa pièce maîtresse indéfectible souvent collationnée avec l'Au-delà, l'autre chef-d'oeuvre pictural lié au destin maudit d'un peintre immolé !
La trame toujours aussi simpliste reste quasi inchangée ! Un quatuor d'acolytes se réunissent pour enrayer la menace toujours plus hostile de morts-vivants en ascension. Les zombies s'exhument de leur tombe par la faute du suicide blasphématoire d'un prêtre mécréant. Nos protagonistes sont donc contraints de retrouver son caveau pour pouvoir refermer la porte de l'enfer avant l'aube de la toussaint. Un script linéaire vite emballé, prétexte à florilège d'évènements sanglants estomaquants et surtout conçu pour distiller une ambiance de peur qui va littéralement plaqué le spectateur à son fauteuil. L'incroyable efficience qui s'en dégage émane du talent inné de son réalisateur à façonner un véritable climat de trouille à l'aura d'onirisme macabre ! A la manière d'un cauchemar éveillé, nous assistons à une succession d'épisodes cinglants conçus pour nous prouver l'existence de morts revenus de l'au-delà. Sous l'autorité d'un prêtre reniant sa foi religieuse, ces charognes de l'enfer sont destinées à revenir sur terre pour déverser leur immondice. A la manière de fantômes illusoires, ils se jouent de leur présence immatérielle pour apparaître et disparaître à leur guise !
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L'atmosphère mortifère qui émane de la réalisation assidue de Fulci nous immerge totalement de son pouvoir d'étrangeté. Et à ce niveau, le poète du macabre nous élabore un florilège d'images horrifiantes ancrées dans un morbide révulsif (les apparitions saisissantes d'Emilie, du prêtre et de la grand-mère, la pluie d'asticots déversée sur nos héros ou encore le lyrisme du point d'orgue confiné dans les souterrains azurs d'un caveau séculaire). Les scènes gores concoctées par l'artisan Gianetto De Rossi (la femme pleurant des larmes de sang puis dégobillant ses viscères par la bouche, ou l'illettré transpercé au tympan par une perceuse) nous éprouvent de leur impact réaliste aussi incisif qu'innovant. Avec la fidélité d'une équipe de techniciens factuels, il est impossible d'occulter l'incroyable partition funèbre de Fabio Frizzi. Une mélodie brutale et percutante, parfois même chorégraphiée pour valoriser ces séquences flamboyantes (le ballet final régi sous la grotte des damnés), sans compter l'utilisation judicieuse d'une bande son ombrageuse exacerbant les râles agonisants de lépreux anémiques. Des postures latentes camouflées derrière le grincement de portes et placards poussiéreux !
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Danse Macabre
Faisant preuve d'ambition formelle dans sa fulgurance macabre et redoublant de virtuosité à extérioriser la prédominance de peur, Frayeurs nous frappe de plein fouet par son atmosphère de mort purulente. A la manière d'un ballet spectral, les fantômes insidieux de Fulci envahissant la terre pour propager la mort et contaminer les vivants étourdis de leur emprise. Pour parachever, s'il y avait un conseil à préconiser au spectateur afin de mieux savourer son essence de terreur, ce serait de le voir seul, en pleine nuit, avec le volume sonore bien majoré ! Frayeur assurée !

Dédicace à Mr Fabio Frizzi et Masonna Maruosa Matsumoto
Un grand merci à Paperblog.fr
23.04.12.
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A lire également, l'excellente critique chroniquée par Leatherfacehttp://deadstillalive.canalblog.com/archives/2011/09/25/22136386.html


vendredi 20 avril 2012

THE WIZARD OF GORE

                                                 
                                                           Photo empruntée sur Google, appartenant au site cinedb.avcesar.com

d'Herschell Gordon Lewis. 1970. U.S.A. 1h35. Avec Ray Sager, Judy Cler, Wayne Ratay, Phil Laurenson, Jim Rau.

FILMOGRAPHIE: Herschell Gordon Lewis est un réalisateur, scénariste, producteur, directeur de photographie, acteur et compositeur américain, né le 15 Juin 1926 à Pittsburgh, Pennsylvanie (Etats-Unis).
1963: Blood Feast. 1964: 2000 Maniacs. 1965: Monster a go-go. 1965: Color me blood red. 1967: A taste of blood. 1970: The Wizard of Gore. 1972: The gore gore girls. 2002: Blood Feast 2.

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En 1970, le pape du gore nous concocte un énième film gore dégueulbif, juste après quelques illustres friandises restées dans les annales du genre (Blood Feast et surtout 2000 Maniacs, son délire sudiste le plus drôle et original). The Wizard of gore ne déroge pas à la règle ! C'est amateuriste, grand-guignolesque, débridé et fatalement redondant ! Pour les amateurs de tripaille faisandée, cette curiosité vintage ne manque pas de charme dans son florilège de provocations incongrues. Montag, un magicien venu de nulle part réalise devant un public médusé des tours de prestige particulièrement sanglants. Il démontre tout son talent artistique à torturer en direct un spectateur désigné après l'avoir hypnotisé. Quelques instants après chaque représentation, les jeunes femmes préalablement sélectionnées sont retrouvées assassinées dans les mêmes circonstances. Une journaliste et son amant vont tenter de percer le mystère de ce prestidigitateur. 


Décors minimalistes, acteurs dérisoires, photo ocre délavée, scénario grotesque et surtout gore festif autopsié en gros plan ! Nous sommes bien en présence d'une pellicule obsolète mise en scène par notre ancêtre du gore, toujours plus motivé à nous balancer à la face nombre de scènes-chocs ultra sanglantes. Enucléation d'un oeil, corps coupé à la tronçonneuse ou écrasé par une presse, estomac éviscéré, empalement d'épée au fond de la gorge, tête tranchée à la guillotine, pieu enfoncé dans la tempe ! Des FX cheaps filmés en plan zoom, à grands renfort d'organes démembrés, comme tout bon film de cannibales ou zèderies ritales estampillés d'Amato Ketchup ! Le scénario improbable mais farfelu est un prétexte à aligner de façon récurrente nombre de mises à mort perpétrées par un mage souhaitant altérer réalité et fiction dans des tours de passe-passe singuliers. Paradoxalement, sitôt le numéro de torture exécuté, les personnes préalablement mutilées mais bel et bien vivantes sont retrouvées assassinées sous le même mode opératoire. Une journaliste et son compagnon dubitatif vont tenter de lever le voile sur le mystère de cette vague de crime et convier ce magicien orgueilleux dans une émission de télé ! Et on peut dire que l'épilogue halluciné vaut son pesant de délire métaphysique sur notre perception de la réalité et le sens illusoire de la fiction ! A croire que Lewis et toute son équipe ont du abuser de substance psychotrope pour rallonger un final décousu totalement irraisonné !


The Wizard of gore est donc un petit classique du gore risible, assez ludique et croquignolet pour tout amateur de curiosité datée. Le caractère clairsemé du script saugrenu, l'aimable sympathie des protagonistes incultes et surtout la galerie insolente des scènes chocs vomitives concourent à égayer cette plaisanterie au mauvais goût assumé. En prime, le cabotinage disproportionné de notre meurtrier azimuté, affublé d'un costume noir d'aristocrate valorise un charme désuet dans ses ambitions autocrates.

Un grand merci à cinedb.avcesar.com
20.04.12
Bruno Matéï

jeudi 19 avril 2012

L'ORDRE ET LA MORALE

Photo empruntée sur Google, appartenant au site Cinemovies.fr
de Mathieu Kassovitz. 2011. France. 2h16. Avec Mathieu Kassovitz, Iabe Lapakas, Malik Zidi, Alexandre Steiger, Sylvie Testud, Philippe Torreton, Daniel Martin.

Sortie salles France: 16 Novembre 2011

Récompense: Grand Prix du Festival du film de Sarlat, 2011

FILMOGRAPHIE: Mathieu Kassovitz est un acteur, scénariste, réalisateur et producteur français, né le 3 Août 1967 à Paris.
1993: Métisse
1995: La Haine
1997: Assassins
2000: Les Rivières Pourpres
2003: Gothika
2008: Babylon A.D
2011: L'Ordre et la Morale
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Avertissement ! Cet hommage concerne l'avis subjectif d'un puriste amateur, amoureux de cinéma de genre, en toute indépendance. Il ne s'agit pas d'un plagiat. Toute analogie avec une critique d'un site spécifique ne serait que pure coïncidence.
Photo empruntée sur Google, appartenant au site Cinemovies.fr
D'après le livre de Philippe Legorjus (La Morale et l'Action), Mathieu Kassovitz aura mis plus de 10 ans à échafauder son scénario remanié en 25 versions distinctes. Alors que le tournage était prévu sur les lieux mêmes de la prise d'otage d'Ouvéa, le réalisateur dû se résoudre à s'orienter vers la Polynésie française puisqu'une partie de la population calédonienne s'opposa à sa présence. D'autres controverses ont également été rapportées puisque l'armée française remis en cause la version historique des faits jugés trop militants.

Avril 1988, en Nouvelle-Calédonie. Un clan d'indépendantistes assassinent quatre gendarmes et en kidnappent 30 autres pour les emprisonner dans une grotte insulaire. Alors que l'état français déploie 300 militaires pour intimider les preneurs d'otage, le capitaine Philippe Legorjus va tenter de négocier avec les rebelles Kanaks. Des rivaux beaucoup moins délétères et sanguinaires que les médias vont daigner le prétendre.

Photo empruntée sur Google, appartenant au site Cinemovies.fr
En frondeur intègre, Mathieu Kassovitz nous retrace le conflit politique de la Nouvelle-Calédonie survenue en 1988 avec un groupuscule d'indépendantistes opposés à l'armée française déployée de 300 hommes. Au moment des élections du second tour, un négociateur du GIGN va tenter d'apaiser la situation chez ces insurgés pour éviter un assaut meurtrier décrété par le gouvernement.
Avec une structure narrative géométrique et limpide, l'Ordre et la Morale est un drame politique captivant soulignant l'hypocrisie de certains dirigeants. Là où leur notion d'éthique est bannie au profit d'une présidence favorisant l'adversaire désigné.
Avec un souci de vérité documentée, Mathieu Kassovitz dénonce les calomnies de l'armée française, de certains politiciens et de la gendarmerie privilégiant une guerre sanglante pour favoriser le parti d'une victoire présidentielle. Alors que le capitaine Philippe Legorjus tente de gagner la confiance du chef des insurgés par un compromis pacifiste, ce négociateur compatissant va se retrouver contraint de le trahir par la cause de sa déontologie professionnelle. C'est cette confrontation humaine de deux rivaux finalement octroyés au subterfuge de la trahison que notre réalisateur nous retranscrit dans une morale indigne et intolérable, faute de l'opportunisme de nos pouvoirs politiques.
Le point d'orgue irréversible illustrant l'assaut meurtrier perpétré par l'armée française est réalisé avec un souci de réalisme cinglant. Sans esbroufe, filmés caméra à l'épaule, les combats en interne de belligérants aussi pugnaces qu'apeurés nous sont caractérisés de manière âpre et abrupte, jusqu'au bain de sang promu.

Photo empruntée sur Google, appartenant au site Cinemovies.fr
Réflexion sur le sens de nos responsabilités et sur la moralité de nos engagements, l'Ordre et la Morale est un brûlot politique qui ose pointer du doigt la corruption déversée par certains leaders gouvernementaux, adeptes de l'extrême droite. Hormis le jeu théâtral des comédiens (en dehors de l'assurance appliquée de l'acteur Mathieu Kassovitz), ce dérisoire jeu de pouvoir démontre ici notre incapacité à gérer un conflit terroriste quand le mensonge engendre l'assassinat. Car, à l'image assumée de notre négociateur: si la vérité blesse, le mensonge tue !

Un grand merci à Cinemovies.fr
19.04.12
Bruno Matéï

mercredi 18 avril 2012

HUGO CABRET (Hugo)

Photo empruntée sur Goggle, appartenant au site lyricis.fr   
de Martin Scorsese. 2011. U.S.A. 2h06. Avec Asa Butterfield, Chloe Moretz, Jude Law, Michael Pitt, Christopher Lee, Emily Mortimer, Sacha Baron Cohen, Ben Kingsley, Ray Winstone, Helen McCrory.

Sortie salles France: 14 Décembre 2011. U.S: 23 Novembre 2011
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Récompenses: Oscar 2012: Meilleur Photographie, Meilleure Direction Artistique, Meilleurs Effets Visuels, Meilleur Montage Sonore, Meilleur Mixage Son.
Golden Globes 2012: Meilleur réalisateur pour Martin Scorsese
National Board of Review Awards 2011: Meilleur Film, Meilleur Réalisateur
Critics Choice Awards 2012: Meilleure Direction Artistique
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FILMOGRAPHIE: Martin Scorsese est un réalisateur américain né le 17 Novembre 1942 à Flushing (New-york).
1969: Who's That Knocking at my Door, 1970: Woodstock (assistant réalisateur), 1972: Bertha Boxcar, 1973: Mean Streets, 1974: Alice n'est plus ici, 1976: Taxi Driver, 1977: New-York, New-York, 1978: La Dernière Valse, 1980: Raging Bull, 1983: La Valse des Pantins, 1985: After Hours, 1986: La Couleur de l'Argent, 1988: La Dernière Tentation du Christ, 1990: Les Affranchis, 1991: Les Nerfs à vif, 1993: Le Temps de l'innocence, 1995: Un voyage avec Martin Scorsese à travers le cinéma américain, 1995: Casino, 1997: Kundun, 1999: Il Dolce cinema -prima partie, A Tombeau Ouvert, 2002: Gangs of New-York, 2003: Mon voyage en Italie (documentaire), 2004: Aviator, 2005: No Direction Home: Bob Dylan, 2006: Les Infiltrés,  2008: Shine a Light (documentaire), 2010: Shutter Island. 2011: Hugo Cabret.
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Avertissement ! Cet hommage concerne l'avis subjectif d'un puriste amateur, amoureux de cinéma de genre, en toute indépendance. Il ne s'agit pas d'un plagiat. Toute analogie avec une critique d'un site spécifique ne serait que pure coïncidence.
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En 2011, Martin Scorsese entrepose à l'écran le roman de Brian Selznick, l'Invention de Hugo Cabret, pour nous confectionner son hommage au 7è art et au cinéaste français Georges Méliès. Des prémices du cinéma muet à l'invention du genre fantastique innové par un créateur de génie, Hugo Cabret est un voyage au centre de l'illusion, où des artistes vigoureux réparent les machines pour cristalliser leur destin.

Dans une gare parisienne des années 30, Hugo se retrouve seul après avoir perdu son père dans un incendie. Sous la garde d'un oncle alcoolique, il est contraint d'activer le cadran d'une  immense horloge en guise de travaux forcés. Pendant son temps libre, il est surtout entêté à réparer un automate au mécanisme complexe et retrouver une mystérieuse clef en forme de coeur. 
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Conte enchanteur au pouvoir de féerie insatiable, le nouveau film de Martin Scorsese est un somptueux ballet d'illusion et d'émotion sous l'effigie parisienne d'une station de métro des années 30. Dans la reconstitution antique d'une gare française remplie de citadins fluctuants, Hugo Cabret est l'histoire flamboyante de deux destins agencés pour la consécration.
Hugo, jeune orphelin de douze ans, décide d'achever la confection d'un vieil automate préalablement débusqué par son père dans le grenier d'un musée. Après la mort accidentelle de celui-ci, l'enfant est obsédé à l'idée de rétablir sur pièce ce pantin rubigineux aux éléments partiels. Pour cela, il est contraint de voler des outils et pièces mécaniques chez un marchand de jouet acariâtre. Hanté par la mort inéquitable de son paternel, il souhaite retrouver la clef qui pourrait lui permettre de ressusciter son automate de plomb. Alors qu'au fil de son cheminement, il va également découvrir son incroyable destinée affiliée à l'un des plus grands génies du 7è art !
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En sorcier utopiste délibéré à renouer avec les émotions séculaires du cinéma muet, Martin Scorcese 
nous retransmet avec fougue et virtuosité les prémices du 7 art, sous l'étendard d'un maître de l'illusion. Déclaration d'amour à l'imaginaire et à la créativité, au pouvoir évasif de la fiction par le procédé novateur du cinématographe, Hugo Cabret est un hommage rempli d'éloges à ces créateurs illuminés. En en particulier à Georges Meliès, magicien et cinéaste obstiné à convoiter un public songeur. C'est son parcours qui nous ait retranscrit avec une verve infatigable à travers les yeux candides d'un enfant en quête identitaire, fasciné par les attractions inédites plus vraies que nature. Sa réjouissance, il la retrouve au sein d'un vieux cinéma orné d'une toile géante et jalonné de sièges de velours pour accueillir la popularité curieuse d'un public novice. Le spectacle singulier est confiné dans cette vaste salle de théâtre tapie dans l'obscurité où l'on projette en boucle les premiers essais des Frères Lumières, les débuts comiques d'Harold Lloyd et de Chaplin et les féeries enchanteresses du Voyage dans la lune d'un certain Méliès. Mais encore l'avènement du western ou du film catastrophe quand un train de marchandise fonçait droit devant la foule ébahie de spectateurs affolés ! Un public aussi horrifié que rieur d'assister à la duperie d'un métrage conçu pour les impressionner, sans d'autre ambition que de les divertir avec plaisance. Et cela avant que n'intervienne le procédé moderne du cinéma parlant avec Don Juan ou le Chanteur de jazz.
Sous contexte historique, Martin Scorcese aborde également le préjudice de la guerre quand Georges Mélies fut contraint d'abdiquer à son métier de cinéaste par la cause d'un conflit militaire à échelle mondiale. Sous cet aspect politique, il montre à quel point l'homme dépité peut renoncer à ses désirs, ses ambitions inhérentes quand la violence et la mort ont annihilé toute notion d'optimisme. Mais Hugo Cabret est autant un conte merveilleux transcendant l'incroyable destinée d'un orphelin tourmenté par la mort d'un père chérissant. Sa quête initiative va lui permettre de retrouver la foi par l'entremise d'un pantin prodigieux compromis à la rencontre insensée d'un personnage de légende !
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Cinéma Paradiso
Magnifiquement interprété et mis en scène avec une virtuosité ébouriffante, Hugo Cabret est un chef-d'oeuvre de fantaisie où l'émotion gracile nous ranime la flamme des premiers émois du cinématographe. Là où nos doyens spectateurs s'extasiaient devant des trésors d'ingéniosité conçus par des travailleurs manuels amoureux de leur firme artisanale. Une oeuvre candide au parfum rétro délectable, une éloge au cinéma originel et surtout au rêve qui en découle par l'imaginaire prolifique de magiciens nobles. 
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Un grand merci à Lyricis.fr
Dédicace à Isabelle Rocton
18.04.12
Bruno Matéï


mardi 17 avril 2012

EVA

Photo empruntée sur Google, appartenant au site be.com   
de Kike Maillo. Espagne. 2011. 1h34. Avec Daniel Brühl, Marta Etura, Alberto Ammann, Claudia, Vega, Lluis Homar, Anne Canovas, Sara Rosa Losilla, Jordi Diaz.

Sortie salles France: 21 Mars 2012

FILMOGRAPHIE: Kike Maillo est un réalisateur, scénariste, acteur, compositeur espagnol, né le 3 Juin 1975 à Barcelone.
2011: Eva

Un joli film, étrange et touchant mais perfectible car beaucoup moins persuasif et prégnant que le magnifique A.I de Steven Spielberg, basé sur le même thème.
A découvrir...

Bruno Matéï
17.04.12





lundi 16 avril 2012

SHAME (honte)

Photo empruntée sur Google, appartenant au site culturopoing.com   
de Steve Mc Queen. 2011. Angleterre/Australie. 1h39. Avec Carey Mulligan, Michael Fassbender, James Badge Dale, Hannah Ware, Amy Hargreaves, Nicole Beharie, Elizabeth Masucci, Lucy Walters, Briana Marin.

Sortie salles France: 7 Décembre 2011. U.S: 2 Décembre 2011
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FILMOGRAPHIE: Steve Rodney McQueen est un artiste et réalisateur anglais, né en 1969 à Londres.
2008: Hunger
2011: Shame

Récompense: Coupe Volpi pour la meilleure interprétation masculine de Michael Fassbender
Prix d'interprétation à Venise pour Michael Fassbender
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Trois ans après l'éprouvant Hunger, drame politique qui retraçait la grève de la faim entamée par un illustre séparatiste de l'IRA, l'artiste peintre Steve Mc Queen rappelle son acteur majeur Michael Fassbender pour nous livrer avec Shame le portrait intime d'un pervers victime de pathologie sexuelle.
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Un homme d'affaires est incapable d'entamer une relation stable avec une femme, faute de son accoutumance pour le sexe lubrique. Partagé entre le désespoir et l'impuissance de ne pouvoir refréner ses pulsions, sa soeur tente malgré tout de lui offrir son affection en débarquant à l'improviste dans son appartement pour s'y installer. 
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De manière dépouillée et introspective, le réalisateur Steve Mc Queen se penche sur une maladie rarement traitée au cinéma, l'addiction sexuelle. Sans fioritures ni complaisance, cette chronique désenchantée d'un trentenaire névrosé nous illustre sa dérive quotidienne émaillée de rencontres impromptues dans un new-york crépusculaire. En dehors de ses virées urbaines, il trouve également son réconfort sur un écran d'ordinateur portable auprès de sites web à caractère pornographique puis se masturbe machinalement dans les toilettes du bureau. Avec l'arrivée fortuite de sa soeur versatile et immature, Brandon se sent épié et étouffé par sa présence envahissante. Un jour, alors qu'une collègue de travail lui fait gentiment la cour, il tente d'entamer une vraie relation basée sur les sentiments. Et cela, en dépit de son éthique de ne pouvoir tolérer une relation conjugale inscrite dans la longévité de la fidélité. Au moment propice de l'étreinte sexuelle, il se rend compte qu'il est incapable de faire l'amour à une femme motivée par le désir de la tendresse. Davantage plongé dans la honte, le désarroi et la culpabilité de ne pouvoir transcender sa frénésie sexuelle, Brandon erre dans les quartiers propices à fréquenter des marginales adeptes de luxure ou des homosexuels livrés à l'échangisme.
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Mis en scène avec souci de vérité humaine en interne d'une ambiance feutrée au climat cafardeux, Shame est un drame psychologique plongé dans le regard austère de son protagoniste, tributaire d'une déviance sexuelle intarissable. Profondément esseulé malgré l'omniprésence de sa soeur désoeuvrée, Brandon se raccroche in extremis à l'amour de cette dernière pour peut-être retrouver un regain d'affection au monde qui le désuni. Toute l'intrigue du film est focalisé sur le psyché sévèrement brimé de ce trentenaire d'apparence docile, prisonnier car esclave de sa sexualité putassière. C'est tout le poids du déshonneur et du scrupule qui lui est alloué à travers son parcours récursif ne laissant entrevoir aucune lueur d'espoir. ATTENTION SPOILER !!! Et cela, même après l'acte suicidaire intenté par sa jeune soeur démoralisée par leur discorde FIN DU SPOILER.

Michael Fassbinder se délivre corps et âme à endosser le rôle fébrile d'un pervers gangrené par sa morale car compromise à la luxure la plus débauchée. Une prestation souvent poignante, voire bouleversante dans ses rapports conflictuels engagés avec une soeur toute aussi démotivée par la catharsis d'une relation conjugale équitable. C'est cette chétive relation familiale terriblement contraignante pour le malade incriminé, car incapable de pouvoir avouer sa déchéance sexuelle, qui donne lieu à des séquences dramatiques d'une grave acuité émotionnelle.
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L'Amour violé
Réflexion sur la torpeur de l'addiction et notre rapport équivoque à l'emprise du sexe, Shame est un bouleversant témoignage sur la déchéance d'un solitaire séquestré dans son univers aseptisé. 
Accentué par la partition élégiaque de Harry Escott (aux lourds accents de Hans Zimmer !) et sublimé par l'interprétation de Michael Fassbender, ce drame blafard nous place régulièrement sur un sentiment amer de nonchalance. D'autant plus que son épilogue concis nous quitte brutalement face à l'éventuelle repentance du toxicomane déshumanisé. 

Un grand merci à Culturopoing.com
16.04.12
Bruno Matéï