vendredi 28 septembre 2012

ROBOCOP

Photo empruntée sur Google, appartenant au site cinecri.artblog.fr

de Paul Verhoeven. 1987. U.S.A. 1h43. Avec Peter Weller, Nancy Allen, Miguel Ferrer, Ray Wise, Paul McCrane, Kurtwood Smith, Dan O'Herlihy, Michael Gregory, Ronny Cox, Lee de Broux.

Sortie salles France: 20 Janvier 1988. U.S: 17 Juillet 1987

FILMOGRAPHIEPaul Verhoeven est un réalisateur néerlandais, né le 18 Juillet 1938 à Amsterdam.
1971: Business is business. 1973: Turkish Delices. 1975: Keetje Tippel. 1977: Le Choix du Destin. 1980: Spetters. 1983: Le Quatrième Homme. 1985: La Chair et le Sang. 1987: Robocop. 1990: Total Recall. 1992: Basic Instinct. 1995: Showgirls. 1997: Starship Troopers. 2000: l'Homme sans Ombre. 2006: Black Book.


Deux ans après son chef-d'oeuvre médiéval, La Chair et le Sang, Paul Verhoeven change de registre avec Robocop pour s'ériger vers l'actionner destroy sous couvert d'anticipation alarmiste. Gros succès public et critique à sa sortie, ce monument d'ultra violence et de satire politique reste en l'occurrence incroyablement jouissif, spectaculaire et d'un cynisme ébouriffant ! A travers la vengeance d'un flic préalablement massacré par une milice extrémiste et destitué de son identité par sa propre hiérarchie pour se substituer en machine à tuer, Paul Verhoeven s'autorise tous les excès afin de décrire un monde futuriste régi par une criminalité en effervescence. Cette société déclinante est ici représentée par l'OCP, un conglomérat militaro-industriel et commercial ayant une certaine influence pour gérer la police de détroit. Dehors, c'est l'anarchie la plus complète ! La délinquance et la criminalité ont envahi les quartiers et les flics souvent pris pour cible envisagent de faire grève. C'est au cours d'une mission de routine qu'Alex Murphy et sa collègue Anne Lewis vont se retrouver pris à parti avec les terroristes du leader Clarence Boddicker dans un entrepôt industriel. Murphy est lâchement exécuté, pour ne pas dire massacré sous les balles des tireurs alors qu'Anne survit de ses blessures. Après le rapatriement du corps, un des membres de l'OCP se charge de transplanter le corps du policier en cyborg mi-homme, mi-machine. Mais de manière confuse, la mémoire de Murphy va peu à peu se réveiller pour lui rappeler l'être humain qu'il était au préalable.


Sous couvert de divertissement ultra efficient et furieusement barbare, Robocop caricature une charge contre les médias ainsi que les travers d'une multinationale corrompue par le vice et la cupidité. Alors que dehors, les criminels et prolétaires incultes (car abreuvés de séries TV, pubs débilitantes et pages d'infos éhontées) évoluent dans la déshumanisation d'un univers factice. Comme ce financier licencié qui aura décidé de braquer sa succursale en exigeant le dernier modèle d'une voiture flambant neuf. En pourfendeur sarcastique, Verhoeven décrit notamment une société de consommation démagogique, tributaire de sa technologie moderne, de son armement sophistiqué, tentant par tous les moyens de se transcender avec dommage collatéral. Dans cet avenir pessimiste où l'éthique n'a plus aucune morale, nos capitalistes tentent de s'accaparer du pouvoir par esprit de mégalomanie. C'est donc sans vergogne qu'ils décident de profaner l'identité d'un cadavre de flic pour mieux contrecarrer la criminalité. D'une façon nouvelle, Paul Verhoeven traite aussi du mythe de Frankenstein ou plus précisément de Metropolis avec sa créature asservie par son maître chanteur. De l'être humain ici réduit à l'état de machine à tuer dans une société dépravée où sexe, drogue et alcool sont devenus les seuls hobby. Avec une certaine émotion empathique, la dernière partie nous dévoile justement l'aspect humaniste de cet homme déchu en quête identitaire, à la recherche de son passé, mais finalement engagé dans la justice expéditive pour se venger de ses tortionnaires.


Novateur pour son inventivité technique et d'une ultra violence ébouriffante, Robocop est un sommet de nihilisme où l'homme objet est aujourd'hui destiné à devenir un modèle technologique belliqueux sous la mainmise de sa démocratie. Bourré d'humour sardonique et baignant dans un cynisme au vitriol, ses thèmes de l'insécurité criminelle et d'une hiérarchie policière impuissante préfigurent l'état régressif de notre société actuelle.

La critique de Robocop 2: http://brunomatei.blogspot.fr/2014/02/robocop-2.html

28.09.12. 5èx
B-M

mercredi 26 septembre 2012

BREAKFAST CLUB (The Breakfast Club)

                                                                 Photo empruntée sur Google, appartenant au site dvdclassik.com

de John Hughes. 1985. U.S.A. 1h37. Avec Judd Nelson, Perry Crawford, Anthony Michael Hall, Emilio Estevez, John Kapelos, Paul Gleason, Molly Ringwald, Ally Sheedy, Ron Dean, Tim Gamble.

Sortie salles France: 11 Septembre 1985. U.S: 15 Février 1985

FILMOGRAPHIE: John Hughes est un réalisateur, scénariste et producteur américain, né le 18 Février 1950 à Lansing (Michigan, Etats-Unis), mort le 6 Août 2009 d'une crise cardiaque à New-York. 1984: Seize bougies pour Sam. 1985: The Breakfast Club. 1985: Une Créature de rêve. 1986: La Folle Journée de Ferris Bueller. 1987: Un Ticket pour deux. 1988: La Vie en plus. 1989: Uncle Buck. 1991: Le P'tite Arnaqueuse.

"...Ces enfants sur lesquels tu craches alors qu'ils essaient de refaire le monde n'ont que faire de tes conseils. Ils savent très bien ce qu'ils font..." David Bowie


Don't you
Film culte de toute une génération, chef-d'oeuvre du Teen movie à son avènement, Breakfast Club traverse sans réserve les décennies par son thème existentiel sur le malaise d'une jeunesse en quête de repère. A travers la journée de retenue de cinq adolescents rebelles mais au caractère bien distinct, John Hughes nous décrit de prime abord leur relation conflictuelle pour culminer finalement vers une thérapie de groupe. Sous la surveillance d'un prof castrateur, trois lycéens, un intello, un sportif et un délinquant se partagent une journée de "colle" parmi la présence d'une introvertie excentrique et d'une allumeuse notoire. Au fil de leur raillerie, brimades et provocations, les 5 étudiants vont peu à peu apprendre à se connaître, s'extérioriser leurs blessures les plus préjudiciables et ainsi changer à jamais leur destin.


Quand tu deviens adulte, ton coeur meurt
Parmi l'attachante complicité de cinq comédiens juvéniles se livrant à nu devant la caméra, la dimension humaine qui émane de chacun d'eux émeut, bouleverse, ébranle le spectateur, l'identification émanant directement de notre propre vécu. Jalonné de dialogues ciselés et de blagues potaches impayables, le cheminement narratif de Freakfast Club illustre surtout le malaise universel de cette époque pubère sur le fil du rasoir. Les relations parentales conflictuelles, l'influence insolente des camarades de classe et le comportement orgueilleux des adultes plongent nos adolescents dans l'interpellation. Pour occulter ce mal-être intrinsèque flirtant avec le désarroi, quoi de plus profitable que de s'imaginer un personnage pour se forger une carapace afin de mieux se mesurer à la suprématie des autres (les parents inculquant à leurs enfants la doctrine élitiste du dépassement de soi !). Mais  lorsque cinq adolescents épris de liberté sont cloîtrés dans une salle de lycée pour rédiger une dissertation sur leur identité, les prises de becs dérisoires, les préjugés et leur prise de conscience solidaire auront décidé de lever le voile sur leur véritable profil. A la question inhérente soulevée dans le film : Qui pensez vous être ? Je vous laisse en guise de conclusion la lettre de l'"intello" du club ! Cher Mr Vernon, nous avons entièrement mérités d'être collés tout un samedi. Mais à quoi bon écrire une dissert sur la façon dont nous nous voyons ? Vous nous avez déjà catalogués selon les termes et les définitions qui vous arrangent le plus. Le fait est que nous avons tous en nous un intello, un athlète, une folle, une princesse et un criminel. Cela répond-il à votre question ? Bien à vous, le club des lève-tôt.


Une seule rencontre suffit pour changer la vie
Avec une sensibilité prude souvent émouvante, Breakfast Club transcende le portrait fragile de cinq adolescents inhibés d'une société arriviste. L'incommunicabilité, la démission parentale et cette morale élitiste repliant un peu plus nos ados dans le confinement. Car ce qui nous bouleverse ici émane du sentiment inéquitable d'une jeunesse déboussolée livrée à sa propre conscience dans une période immature de puberté. Avec modestie, John Hughes livre l'un des plus lucides constats sur la névrose adolescente, transcender la peur de l'autre par l'amitié et la cohésion fraternelle afin de pouvoir s'émanciper. Sous pivot psychanalytique de cinq gamins avides d'amour et de considération émane un portrait intimiste d'une délicate tendresse à travers leur initiation à la sagesse, à la connaissance et à l'estime de soi. 
26.09.124èx
B.M


mardi 25 septembre 2012

LE CIEL PEUT ATTENDRE (Heaven Can Wait). Golden Globe du Meilleur Film, 1978.

Photo empruntée sur Google, appartenant au site hollywood70.com

de Warren Beatty. 1978. U.S.A. 1h41. Avec Warren Beatty, James Mason, Julie Christie, Jack Warden, Charles Grodin, Dyan Cannon, Buck Henry, Vincent Gardenia, Joseph Maher, Hamilton Camp.

Sortie salles France: 13 Décembre 1978. U.S.A: 28 Juin 1978

Récompenses: Golden Globe du Meilleur Film, 1978
Oscar de la Meilleure Direction Artistique, 1978
Saturn Award du Meilleur Film Fantastique, 1979

FILMOGRAPHIE: Warren Beatty (Henry Warren Beatty) est un acteur, scénariste, producteur et réalisateur américain, né le 30 Mars 1937 à Richmond, Virginie.
1978: Le Ciel peut attendre
1981: Reds
1990: Dick Tracy
1998: Bullworth


Remake du Défunt Récalcitrant réalisé en 1941 et adapté d'une pièce de Harry Segall, le Ciel peut attendre est la première réalisation de l'acteur bellâtre Warren Beatty. Une comédie surprenante par son ton sarcastique et l'aisance à laquelle l'acteur/réalisateur s'y emploie pour nous amuser avec un pitch désopilant. En dépit d'un montage un peu désordonné, l'histoire ludique du Ciel peut attendre traite de la vie après la mort au cours duquel Joe Pendleton, joueur de football américain, est contraint de rejoindre par erreur le paradis à la suite d'un accident de circulation. Avec l'approbation d'un guide spirituel, Joe peut rester sur terre quelques temps pour prendre l'apparence d'un milliardaire fraîchement décédé mais pas encore découvert, Mr Farnsworth. Incompétent dans la nouvelle peau d'un nanti pour diriger ses finances, Joe/Mr Farnsworth commence à troubler son entourage par son comportement erratique. Mais sa passion immodérée pour le football et l'arrivée de la charmante Betty Logan vont notamment chambouler les anciennes habitudes du milliardaire.


Ce canevas particulièrement cocasse est un prétexte à déployer une multitude de quiproquos
et situations improbables souvent irrésistibles. En guise d'exemple farfelu, Mme Farnsworth, épouse orgueilleuse et infidèle, entreprend depuis longtemps une liaison avec Tony Abbott. Ensemble, ils complotent une série de tentatives de meurtres maquillés en accident pour se débarrasser du mari gênant. Par malchance, leurs exactions meurtrières se soldent lamentablement par une déroute ! Alors que Mme farsworth est au bord de la crise de nerf, son amant essaie de relativiser la défaite pour pouvoir élaborer une prochaine manigance. Autre exemple échevelé, Joe Pendleton (Mr Farnsworth donc !) dirige en l'occurrence sa hiérarchie d'une manière si puérile et antinomique que son discours est énoncé à l'instar d'une véritable partie de football devant son assemblée décontenancée ! Même topo pour les majordomes de sa nouvelle demeure familiale, écoutant par le trou de la serrure les bavardages récurrents de Joe adressés à une personne invisible (le guide spirituel est uniquement perceptible aux yeux du réincarné !). Ces situations rocambolesques donnent souvent lieux à des fou-rires incontrôlés, d'autant plus que la bonne humeur complice des comédiens s'en donnent à coeur joie ! Que ce soit Dyan Cannon, absolument irrésistible dans la peau d'une épouse irascible, ou l'impayable Charles Grodin, dans celui de l'amant flegme, tout aussi sournois dans ses démarches machiavéliques. En prime d'autres seconds rôles tout aussi attractifs et attachants, Warren Beatty détonne et se désinhibe à endosser le rôle pittoresque d'un défunt récalcitrant dont la verve et l'abattage font toujours illusion. Enfin, la charmante Julie Christie est impartie à un rôle romantique pour s'acheminer vers une idylle après avoir découvert le nouveau visage d'un milliardaire subitement altruiste ! A cet égard, l'épilogue attendrissant ne manque pas de poésie et nous affecte sans mièvrerie pour ces nouvelles retrouvailles escomptées.


Hormis sa facture obsolète et sa mise en scène tumultueuse quelque peu défavorisée par un découpage parfois elliptique, le Ciel peut attendre est une vraie comédie débridée plutôt espiègle, où la plupart des gags restent en l'occurrence bougrement hilarants. Son esprit de ferveur émanant des comédiens décomplexés doit beaucoup à la réussite de cette fantaisie expansive. Une comédie matinée de fantastique, occasionnant notamment un regard fructueux sur le thème de la réincarnation. Mais aussi une réflexion existentielle sur notre identité intimement liée à notre enveloppe corporelle et notre instinct à entreprendre la voie du bien ou du mal.  

Remerciement à l'Univers Fantastique de la Science-Fiction
25.09.12
Bruno Matéï


lundi 24 septembre 2012

LE CIMETIERE DES MORTS-VIVANTS (5 tombe per un medium)

                                                         Photo empruntée sur Google, appartenant au site Horreur.net

de Massimo Pupillo. 1965. 1h26. Italie. Avec Walter Brandi, Mirella Maravidi, Barbara Steele, Alfredo Rizzo, Riccardo Garrone, Luciano Pigozzi, Tilde Till, Ennio Balbo, Steve Robinson, René Wolf.

FILMOGRAPHIEMassimo Pupillo est un réalisateur, scénariste et producteur italien, né le 7 Janvier 1929 à San Severo. 1961: Teddy, l'orsacchiotto vagabondo (doc). 1965: 5 Tombes pour un médium (le cimetière des morts-vivants). 1965: Vierges pour le bourreau. 1965: La Vendetta di Lady Morgan. 1968: Django le taciturne. 1970: Giovane Italia, Giovane Europa - Marternick (télé-film). 1970: L'Amore, questo Sconosciuto. 1980: Sajana, l'audace impresa


1965 est l'année où Massimo Pupillo a enchaîné successivement Vierges pour le Bourreau et l'oeuvre vintage qui nous intéresse aujourd'hui, le Cimetière des Morts-vivants. Relativement peu connu du public et occulté depuis pas mal de décennies, cette série B transalpine fleure bon le gothisme vétuste par son décor de château hanté et son atmosphère mystérieuse lattente. Parmi son esthétisme d'un noir et blanc prononcé et l'icone magnétique Barbara Steele, le Cimetière des morts-vivants ressemble à s'y méprendre à un vieil ouvrage que l'on aime feuilleter à travers un récit interlope. Après avoir reçu une lettre de Jeronimus Hauff, Albert Kovac, adjoint d'un notaire, se rend dans son château pour une affaire de succession. Sur place, il rencontre la fille et la femme de ce riche propriétaire adepte d'expériences occultes. Seulement, Jeronimus Hauff est décédé de manière accidentelle il y a déjà un an ! L'atmosphère particulièrement tendue dans la demeure inquiète Albert Kovac, notamment quand il apprend que le lieu familial fut autrefois un lazaret afin d'accueillir les lépreux lors de la peste de 1400.


Mystère diffus et suspense sous-jacent sont les principaux ingrédients de cette modeste production pour mettre en valeur une horreur sobre (renforcée par sa photo monochrome). Et ce en dépit du point d'orgue haletant illustrant de manière explicite les états pestiférés des victimes de la peste (focale variable sur les plaies vitriolées !) avec l'entremise de maquillages futiles mais crédibles. Cette intrigue criminelle conjuguée efficacement au fantastique occulte est suffisamment adroite et structurée pour laisser planer doute et manigances auprès des principaux témoins. Par le caractère sournois des protagonistes suspicieux, la quête de vérité d'Albert Kovac est une énigme délétère émaillée de morts terrifiantes, d'indices intrigants (l'eau s'atrophiant sans raison !) sous l'emprise diabolique d'esprits frappeurs ! A titre d'originalité bienvenue, un élément naturel purificateur va y jouer un rôle primordial afin de contrecarrer les forces du mal ! Avec la présence mystique de l'obscur Jeronimo, certains spectateurs pourront peut-être faire la comparaison avec le personnage de Robert Miles (Patrick MaGee) vu dans le sympathique Chat Noir de Lucio Fulci, pour ses pratiques occultes perpétrées dans un cimetière diaphane. On peut aussi évoquer le personnage de Ashley (Bruce Campbell) rendu célèbre dans Evil-Dead quand Albert découvre les travaux ésotériques de Jeronimo par l'entremise d'un phonographe. On retrouve ici un peu ce même sentiment d'insécurité et d'atmosphère macabre savamment distillée au sein d'un manoir où certaines armoires renferment des cranes humains ainsi qu'une rangée de mains sectionnées. 


Avec sa réalisation soignée, ses acteurs convaincants et un scénario plutôt captivant, le Cimetière des Morts-vivants demeure une bonne surprise brillamment efficace pour entretenir l'attention du suspense lattent. Son atmosphère palpable, la présence secondaire de la scream queen Barbara Steele ainsi que sa comptine mélancolique innocemment fredonnée renforçant son pouvoir fascinant d'un gothisme épuré. Pour info subsidiaire, on préférera son titre originel, 5 tombes pour un médium, beaucoup plus pertinent que son homologue commercial approuvé chez nous. 

Un grand merci à Artus Films ^^
24.09.12
Bruno Matéï


vendredi 21 septembre 2012

TYRANNOSAUR. Prix Spécial du Jury, Sundance 2011

Photo empruntée sur Google, appartenant au site filmosphere.com

de Paddy Considine. 2011. Angleterre. 1h32. Avec Peter Mullan, Olivia Colman, Eddie Marsan, Paul Popplewell, Ned Dennehy, Samuel Bottomley, Sally Carman.

Sortie salles France: 25 Avril 2012

Récompenses: Dinard 2011: Grand Prix du Jury, Meilleur Scénario
BIFA 2011: Meilleur Film, Meilleur Réalisateur, Meilleure Actrice
Sundance 2011: Prix Spécial du Jury, Meilleur Réalisateur, Meilleur Acteur, Meilleure Actrice

FILMOGRAPHIE: Paddy Considine est un acteur et réalisateur anglais né le 5 Septembre 1974.
2011: Tyrannosaur


Pour une première réalisation, le britannique Paddy Considine s'emploie au drame social pour nous relater la chronique aigrie d'un quinquagénaire irascible issue d'une banlieue défavorisée. Après la mort de sa femme diabétique, Joseph noie sa solitude dans l'alcool et les rixes de voisinage. Mais un jour, alors qu'il se balade dans une rue commerciale, il fait la rencontre d'une vendeuse de vêtement, Hannah. Catholique pratiquante vouée à l'espoir et l'amour de Dieu, cette épouse molestée est tributaire d'un mari tyrannique et pervers. Ensemble, ils vont apprendre à se connaitre, s'apprivoiser, s'entraider malgré la dureté d'une existence intransigeante. Climat blafard d'une banlieue défavorisée livrée au chômage, l'alcoolisme et la violence, alors que les voisins lambdas tentent d'imposer leur loi, Tyrannosaur  illustre de manière abrupte le portrait d'un couple en perdition. Sans pathos et avec un réalisme sordide parfois difficile, c'est de prime abord la trajectoire esseulée d'un quidam à bout de souffle qui nous ait conté, un individu rongé par la haine de l'injustice dans son environnement défavorisé. Tandis qu'au fil d'une rencontre entretenue avec une femme battue, Joseph va peu à peu renouer avec un regain d'humanité dans son cheminement hasardeux émaillé d'incidents compromettants.


A travers cette romance ardue auquel nos protagonistes sont constamment brimés par un climat insécuritaire et où les provocations ne cessent de les ébranler, Paddy Considine distille néanmoins l'espoir, le dévouement, le désir, l'attachement que chaque individu recèle au plus profond de son âme. Quelque soit notre condition d'être déchu ou sur le fil du rasoir, une parcelle d'optimisme, un regain d'empathie envers une personne intègre, cette envie soudaine de s'affirmer et d'avancer vers une horizon incandescente peuvent expier tous les pêchers du monde. Avec intensité austère, le réalisateur exprime donc le combat perpétuel qu'un quidam déboussolé puisse rencontrer à un moment fatal de son existence. C'est à dire daigner s'accepter et tenter contre vents et marée de se dépêtrer de l'infortune par ce besoin éprouvé de tendresse. Le visage buriné et d'une animosité innée, Peter Mullan impressionne de sa présence robuste, de son regard en demi-teinte à deux doigts de commettre un drame irréparable. A la manière d'un tyrannosaure (alors que le terme est ironiquement impartie à sa défunte !), ce laissé-pour-compte chargé de haine alterne poussés de violence incontrôlée et remise en question existentielle pour son affliction inconsidéré aux yeux de la société. En femme humiliée pourvue d'une indulgence désespérée, Olivia Colman magnétise chaque séquence de sa présence candide et se révèle bouleversante de fragilité pour tenter d'apprivoiser mais aussi accepter un erratique au bord du gouffre.


D'une violence parfois difficile mais jamais ostentatoire, Tyrannosaur est une oeuvre puissante, un drame social éprouvant car inscrit dans le désarroi pour ausculter le portrait à fleur de peau de deux écorchés vifs. Deux quidams à deux doigts de faire naufrage dans leur monde intolérant mais finalement gagnés par la rage de survivre par leur malheur imposé. Et pour authentifier cette romance épineuse, Peter Mullan et Olivia Colman (LA révélation !) livrent communément une interprétation d'une rare verdeur émotionnelle ! Sans toutefois négliger la présence cinglante de seconds rôles criant de vérité par leur trogne fracassée.

21.09.12
BM

jeudi 20 septembre 2012

POSSEDEE (THE POSSESSION)

Photo empruntée sur Google, appartenant au site sadgeezer.com

de Ole Bornedal. U.S.A/Canada. 1h32. Avec Jeffrey Dean Morgan, Kyra Sedgwick, Natasha Calis, Grant Show, Madison Davenport, Rob LaBelle, Jay Brazeau, Quinn Lord, John Cassini.

Sortie salles France: 26 décembre 2012. U.S: 31 Août 2012

FILMOGRAPHIE: Ole Bornedal est un réalisateur danois né le 26 Mai 1959.
1994: Le Veilleur de Nuit. 1997: Le Veilleur de Nuit. 2003: Dina. 2007: The Substitute. 2010: Just another love story. 2012: Possédée.


Y'a t-il un exorciste chez Rabbi Jacob ? (ou comment préfigurer au plus vite son Flop 1, 2012 !)

Clyde et Stephanie Brenek ne voient pas de raison de s’inquiéter lorsque leur fille cadette Em devient étrangement obsédée par un petit coffre en bois acheté lors d’un vide grenier. Mais rapidement, son comportement devient de plus en plus agressif et le couple suspecte la présence d’une force malveillante autour d’eux. Ils découvrent alors que la boîte fut créée afin de contenir un Dibbuk, un esprit qui habite et dévore finalement son hôte humain.

Une énième déclinaison de l'Exorciste pour une prod de luxe estampillée Raimi. Les clichés se ramassent à la pelle, les situations prévisibles sont tellement redondantes qu'elles provoquent inévitablement un ennui dépressif et l'ambiance horrifique tente d'intensifier l'intrigue par un score élégiaque
tout en sobriété. Le réal s'évertue comme il peut à privilégier la dimension humaine des parents divorcés de la petite Emi, en vain. Et cela en dépit de la bonne volonté des comédiens pour sauver les meubles. En prime, à titre d'originalité, introduire une légende juive par l'entremise d'une boite de pandore pour relancer la franchise sataniste sombre ici dans le ridicule. Un ou deux effets chocs sont peut-être à épargner de ce naufrage mercantile, parodie involontaire et véritable insulte au cinéma d'horreur transgressif. Mieux vaut se replonger pour la 10è fois dans les climats funestes ou malsains de l'Antéchrist d'Alberto De Martino ou encore du méconnu et mélancolique Emilie, l'enfant des Ténèbres de Massimo dallamano.

20.09.12
Bruno Matéï

http://brunomatei.blogspot.fr/2011/03/lantechrist-antichrist.html

http://brunomatei.blogspot.fr/2011/05/emilie-lenfant-des-tenebres-il.html


mercredi 19 septembre 2012

LA CHAIR ET LE SANG (Flesh and Blood)

Photo empruntée sur Google, appartenant au site impawards.com 

de Paul Verhoeven. 1985. U.S.A/ Espagne/Hollande. 2h06. Avec Rutger Hauer, Jennifer Jason Leigh, Jack Thompson, Brion James, Ronald Lacey, Simon Andreu, Jake Wood, Bruno Kirby, Tom Burlinson.

Sortie salles France: 2 Octobre 1985. U.S: 30 Août 1985

FILMOGRAPHIE: Paul Verhoeven est un réalisateur néerlandais, né le 18 Juillet 1938 à Amsterdam.
1971: Business is business. 1973: Turkish Delices. 1975: Keetje Tippel. 1977: Le Choix du Destin. 1980: Spetters. 1983: Le Quatrième Homme. 1985: La Chair et le Sang. 1987: Robocop. 1990: Total Recall. 1992: Basic Instinct. 1995: Showgirls. 1997: Starship Troopers. 2000: l'Homme sans Ombre. 2006: Black Book.


Première production hollywoodienne pour Paul verhoeven, en affiliation avec l'Espagne et son pays natal, La chair et le Sang se solde par un échec public dès sa sortie en 1985. Pour élucider cette défaite, son concentré de violence tranchante et de verdeur érotique eurent sans doute gêné un public trop frileux, habitué à l'édulcoration de récits moyenâgeux conformistes. Epaulé de son acteur fétiche Rutger Hauer et recrutant la jeune comédienne Jennifer Jason Leigh pour son premier grand rôle à l'écran, cette épopée médiévale transpire la chair (, la peste) et le sang comme aucune autre production n'avait osé la retranscrire. A travers l'idylle amoureuse d'un mercenaire immoral et d'une jeune femme manipulatrice, Paul Verhoeven nous confronte à une lutte de classes dans l'Europe du 16è siècle si bien que Steven, jeune seigneur pugnace va tenter de récupérer sa belle prisonnière du clan rival de frondeurs incultes. Transposé à l'époque du moyen-âge à l'aube de la renaissance, La Chair et le Sang nous confronte à partager l'intimité de ce groupe de voleurs mesquins, réfugiés au sein d'un château après l'avoir assailli. Au préalable, ces derniers eurent été trahis par leur propre seigneur durant une rude bataille. Mais une embuscade savamment planifiée par ces activistes leur aura permis de récupérer l'argent dérobé. C'est par cette occasion fructueuse que le leader Martin s'entreprend d'enlever la princesse Agnes pour la violer sous le témoignage de ses comparses. Mais la jeune vierge finaude et séductrice réussit in extremis à charmer son tortionnaire au point de le rendre éperdument amoureux. 


Cette romance empoisonnée traversée de batailles homériques conjugue de façon frénétique érotisme sordide (le viol d'Agnes distille un climat pervers particulièrement voyeuriste) et charnel (sa coucherie nocturne avec Martin dans un bain vaporeux éclairé de candélabres). L'ambition provocatrice de Verhoeven insuffle parfois même une poésie morbide singulière lorsque Agnes et Steven, réunis au coeur d'une prairie, roucoulent juste au dessus de deux pendus putréfiés ! Superbement photographié dans des décors naturels tantôt crépusculaires et magnifié par la vigueur d'une mise en scène virtuose, la Chair et le Sang est une perpétuelle bravade à transgresser la vérité historique d'une époque médiévale dans toute son immoralité. Son pouvoir de fascination prégnant émanant de la caractérisation de protagonistes subversifs, tour à tour délétères, sournois, équivoques, et, en prime, gagnés par la peur expansive de la peste bubonique. A ce sujet, la dernière partie illustrant la panique des mercenaires empoisonnés par l'eau contaminée provoque malaise, voir la nausée chez le spectateur. Avec réalisme malsain, le réalisateur nous distille une ambiance de claustration, nous enivre les sens face à l'odeur de quartiers de viandes avariés, vulgairement découpés sur un chien mort car envoyés par l'antagoniste sur la tête des occupants ! Le fanatisme religieux et son emprise sur les utopistes est également traité à travers le personnage du cardinal guidant ses amis vers un destin (ironiquement) moribond (la propagation de la peste), et ce par le truchement spirituel de sa statue St-Martin. A travers le destin misérable de cette poignée de brigands sans vergogne, la Chair et le Sang décrit donc avec force et souci d'authenticité l'instinct de survie chez l'être humain voué à corrompre, trahir et assassiner au prix de la liberté, l'amour ou la cupidité. Mais l'ascension de la renaissance, l'évolution de l'obscurantisme et les nouvelles techniques de la médecine laissent néanmoins augurer un regain d'humanité, un cheminement progressif dans l'inconscience de ses preux antagonistes. 


Sublimé par la présence diaphane de Rutger Hauer et de la délicieuse Jennifer Jason Leigh (plus équivoque, lascive et impudente que jamais !), La Chair et le Sang est LE chef-d'oeuvre médiéval conçu pour déroger à la norme traditionnelle dans son genre si lisse et orthodoxe. En résulte une oeuvre provocatrice à l'odeur de souffre parfois nauséeuse (la religieuse mortellement blessée  au crane par l'entaille d'une épée, l'accouchement du bébé mort-né, la fillette moribonde atteinte de la peste) mais pourvu d'une ambition intègre à reconstituer une épopée flamboyante, foisonnante et débauchée. 

19.09.12. 4
Bruno Matéï

 

Apport technique du blu-ray: 9/10



mardi 18 septembre 2012

THE MAGDALENE SISTERS. Lion d'Or Venise 2002.

Photo empruntée sur Google, appartenant au site shop.silverdisc.com 

de Peter Mullan. 2002. Angleterre. 2h00. Avec Anne-Marie Duff, Nora-Jane Noone, Geraldine McEwan, Dorothy Duffy, Frances Healy, Eithne McGuiness, Mary Murray, Chris Simpson, Britta Smith, Eileen Walsh, Sean Mc Donagh, Phyllis MacMahon, Julie Austin.

Sortie salles France: 5 Février 2003. U.S: 1er Août 2003

Récompense: Lion d'Or à Venise, 2002

FILMOGRAPHIE: Peter Mullan est un réalisateur, acteur et scénariste britannique, né le 2 novembre 1959 à Peterhead, en Ecosse. 1997: Orphans. 2002: The Magdalene Sisters. 2010: Neds


On estime à 30 000 le nombre de femmes ayant été détenues dans les asiles Magdalene en Irlande. La dernière laverie a fermé en 1996.

Lion d'Or à Venise, The Magdalene sisters est un choc cinématographique d'un réalisme et d'une acuité émotionnelle si cuisante qu'il confine au traumatisme ! Tiré de faits réels survenus dans un des Couvents de la Madeleine en 1964, cette descente aux enfers est un terrifiant réquisitoire contre l'intolérance, l'intégrisme et toute forme d'asservissement sous une hiérarchie christianiste. 
La film suit le parcours de trois jeunes femmes, Margaret, Bernadet et Rose, expédiées par leurs parents dans un couvent pour avoir commis de potentiels péchers. Les raisons invoquées ? Accablés par la honte, les parents de Margaret décident de se séparer d'elle après avoir appris qu'elle eut été sexuellement abusée par son propre cousin durant une fête familiale. Pensionnaire dans un orphelinat mais de plus en plus sujette aux remarques lubriques des garçons, Bernadet est également envoyée chez les soeurs Madeleine. Enfin, Rose rejoint le séminaire après avoir été séparée de son bébé, faute d'avoir eu une naissance avant le mariage. Contre leur gré, toutes trois vont se retrouver subordonnées à l'enseignement tyrannique de soeur Bridget ainsi qu'aux quotidiennes humiliations, soumissions et tortures perpétrées par l'allégeance des autres religieuses. 


Dans une photo naturaliste contrastant la campagne irlandaise avec la blêmitude de son monastère, Peter Mullan nous convie à la claustration d'un foyer catholique régit par une autorité inhumaine. Sans aucune complaisance et avec un souci glaçant d'authenticité, The Magdalene Sisters retrace le calvaire de trois jeunes filles dépréciées par leur propre famille puritaine pour se retrouver embrigadées dans un sinistre pensionnat. Sanctionnées pour des fautes dérisoires, voires illusoires, elles vont devoir se plier aux exigences disciplinaires de nonnes impassibles. Tâches de labeur, prières spirituelles et interdiction de bavardage sont les règles quotidiennes afin de respecter l'ordre de la vie communautaire mais aussi apprendre à expier leurs péchers et ainsi leur faire retrouver la divinité de la sagesse. Si l'une d'entre elles s'oppose à la hiérarchie militaire des soeurs Madeleine, celle-ci se verra sévèrement châtiée par la flagellation du fouet !


Au climat lourd et oppressant auscultant de prime abord la caractérisation distincte de quatre internes, The Magdalene Sisters transcende la dimension humaine de ces jeunes femmes livrées à la malnutrition, aux humiliations, aux brimades et châtiments, alors que l'une d'entre elles envisagera en désespoir de cause le suicide salvateur. L'autre issue pour s'extraire d'une dictature aussi barbare, prendre la fuite pour s'échapper vers une contrée éloignée de toute autorité religieuse ! Autant dire qu'il vaut mieux avoir les nerfs solides, un flegme et une patience exemplaires pour réussir à survivre dans un lieu maudit érigé sous une bannière moralisatrice. Séjourner ne serait ce que 24 heures dans cet asile licencieux (certains prêtres ont même pratiqué l'abus sexuel sur une interne lambda !) ce que des milliers de jeunes filles ont enduré durant des décennies nous démontre à quel point il fallait avoir une faculté psychologique stoïque pour ne pas se laisser gagner par la folie. Ce foyer corrompu par une communauté sectaire de religieuses conservatrices nous remet donc en question sur les valeurs inhérentes du culte catholique ainsi que son endoctrinement sur une démographie puritaine, voire machiste dans l'Irlande des années 60. Le film met également en lumière le rôle précaire de la femme anglaise au sein du foyer conjugal, tributaire d'un époux égocentrique en proie à la violence et la tyrannie contre l'émancipation de sa fille. Cette doctrine disciplinaire pour le bien-fondé des valeurs morales de la bienséance va annihiler le destin de milliers de femmes emprisonnées contre leur gré dans un cloître éhonté. 


Les martyrs du couvent
Dominé par la distribution bouleversante d'un quatuor féminin épris de fragilité névralgique, The Magdalene Sister constitue une épreuve de survie, une descente aux enfers contre la déliquescence morale d'une autorité christianiste. Un pamphlet sans concession du fondamentalisme livré à la décadence de son autorité puritaine. Son mea-culpa n'ayant jamais été obtenu et les victimes jamais dédommagées, on est en droit de se demander ou est la moralité d'un tel calvaire assigné contre des victimes aussi ingénues et livrées à une solitude aliénante. En résulte un chef-d'oeuvre glaçant de réalisme et de terreur diffuse quand bien même son épilogue déchirant nous tolère des larmes de délivrance !

A Crispina/Harriet...
18.09.12
Bruno Matéï

LA POLEMIQUE: Info Wikipedia:
Lorsque le film a été récompensé du Lion d'Or à Venise, le quotidien pontifical Osservatore Romano s’est élevé contre ce qu’il a vu comme un brûlot anticlérical à la vision manichéenne. Pourtant, Peter Mullan avait déclaré que le film « n'était pas dirigé contre l’église ».
Le film a été réalisé avec l’aide et l’attention d’une ancienne pensionnaire du couvent, ainsi que d’une religieuse qui a encadré l’un de ces établissements. Elles avaient pour fonction de veiller à l’authenticité du film.
Quant à l'Église, elle n'a formulé à ce jour aucune excuse ni proposé aucun dédommagement à ces femmes, qui, des années durant, ont travaillé pour son compte. Par ailleurs, ce sont bien les témoignages des victimes qui ont été la principale source d'information du réalisateur. Mais la polémique soulevée par le Vatican, et qui eut un certain écho en Italie, a conduit un certain nombre de témoins à commencer à parler en Irlande, venant contredire les dénégations du clergé.

Plus d'info: http://fr.wikipedia.org/wiki/Couvents_de_la_Madeleine


lundi 17 septembre 2012

DAR L'INVINCIBLE (The Beastmaster)

                                                         Photo empruntée sur Google, appartenant au site tumblr.com

de Don Coscarelli. 1982. U.S.A. 1h58. Avec Marc Singer, Tanya Roberts, Rip Torn, John Amos, Josh Milrad, Rod Loomis, Ben Hammer, Ralph Strait, Billy Jayne, Janet DeMay, Christine Kellogg, Jant Jones.

Sortie salles France: 1982. U.S: 20 Août 1982

FILMOGRAPHIE: Don Coscarelli est un scénariste et réalisateur américain né le 17 Février 1954 à Tripoli (Lybie). 1976: Jim the World's Greatest. 1976: Kenny and Compagny. 1979: Phantasm. 1982: Dar l'invincible. 1988: Phantasm 2. 1989: Survival Quest. 1994: Phantasm 3. 1998: Phantasm 4. 2002: Bubba Ho-tep. Prochainement: Phantasm 5.


Entrepris la même année que Conan le Barbare, le réalisateur de Phantasm transpose à l'écran le bouquin d'André Norton (The Beast Master) pour nous délivrer avec Dar l'Invincible son succédané à faible budget. Quant au rôle titre, Marc Singer, jeune acteur de série TV ayant participé à un seul long-métrage (le Merdier), est assigné pour endosser le mastard des temps mémoriaux. En ce qui concerne le pitch éculé, on ne peut pas prétendre que Don Coscarelli a souhaité se démarquer du modèle de Milius pour retranscrire la vengeance d'un guerrier délibéré à retrouver l'assassin de son père, faute d'un prêtre fanatique voué aux sacrifices d'enfants. Néanmoins, de cette trame rebattue, le réalisateur va apporter quelques éléments inédits pour enrichir l'intrigue non exempt d'humour pittoresque. En effet, notre héros doué de télépathie communique avec les animaux et, avec l'aide de deux mangoustes, un aigle et une panthère, il va pouvoir tirer parti de ses derniers pour mieux s'opposer à son ennemi juré, le sorcier Maax. C'est notamment par le truchement d'un de ces fidèles mammifères qu'il va pouvoir séduire une esclave aux yeux verts (Tanya Roberts dans toute sa splendeur à demi-nue !) en "jouant" le héros inébranlable.


Qui plus est, certains antagonistes, créatures humaines hybrides, apportent une touche fantastique assez inédite dans leur physionomie patibulaire. Je pense aux inquiétants hommes chauves souris liquéfiant leur victime à l'aide de leurs immenses ailes ou encore de la victime azimutée par un produit toxique verdâtre introduit dans son oreille. Durant leur cheminement fertile en péripéties, ils vont notamment être épaulés d'un duo de guerriers (un enseignant noir et un adolescent vindicatif ayant juré de délivrer le père de ce dernier des griffes de Maax) ainsi qu'un paternel charitable d'avoir pu retrouvé son fils vivant grâce au soutien de Dar ! Dans des décors naturels solaires magnifiquement exploités (les envolées lyriques de l'aigle en vue subjective !) et une photo saturée aux couleurs flamboyantes, cette épopée alterne avec efficacité combats d'épée et corps à corps, sacrifices humains et confrontations fortuites avec des créatures belliqueuses (sans oublier un trio de sorcières au déhanchement sensuel !). Mais Dar l'invincible, aussi ludique soit-il, ne fait jamais preuve d'esbroufe (faute d'un sobre revenu) ni de violence graphique, Coscarelli souhaitant conquérir un public familial dans un alliage d'aventures fantastiques et d'humour bon enfant. Pour incarner le rôle iconique du guerrier herculéen, Marc Singer cabotine mais s'en tire honorablement par son enthousiasme et ce, en dépit d'une faible musculature et d'un faciès inoffensif. Sa bonhomie allouée à la cause animale et sa sympathie cocasse lui suscitent un profil particulièrement attachant à l'instar de chaque seconds rôles avenants. Enfin, on peut également vanter la puissance épique du superbe score aérien conçu par Lee Holdridge. A l'image du point d'orgue explosif se déroulant en pleine nuit et d'un épilogue particulièrement touchant pour les adieux de Dar reclus en amont d'une falaise.


En dépit d'un budget mineur desservant l'ampleur du projet, sa facture kitch et le jeu cabotin de certains acteurs (dans le rôle de Maax, Rip Torn abuse de tics renfrognés avec ses gros cils !), Dar l'Invincible demeure un spectacle d'Heroic-fantasy au charme plein d'entrain. Quand aux spectateurs l'ayant découvert durant sa sortie officielle à l'âge pubère, les nostalgiques les plus vulnérables risquent de le savourer le pincement au coeur. 

17.09.12. 5èx
Bruno Matéï


vendredi 14 septembre 2012

THE WICKER MAN. Director's Cut (1h39). Licorne d'Or au Festival du Rex à Paris

Photo empruntée sur Google, appartenant au site gillusreviews.blogspot.com

de Robin Hardy. 1973. Angleterre. 1h39. Avec Edward Woodward, Christopher Lee, Diane Cilento, Britt Ekland, Ingrid Pitt, Lindsay Kemp, Russell Waters, Aubrey Morris, Irene Sunters, Walter Carr.

Sortie salles France: 10 janvier 2007 en Dvd. U.S: Juin 1975. Royaume Uni: Décembre 1973

Récompenses: Licorne d'Or au Festival du rex à Paris
Prix de l'académie de science-fiction, fantasy et horreur aux Etats-Unis
Prix Saturn 1979 du meilleur film d'horreur

FILMOGRAPHIE: Robin Hardy est un réalisateur, scénariste, acteur et producteur anglais né en 1939 à Londres (Royaume-Uni).
1973: The Wicker Man
1986: Angoisse à Dublin (The Fantasist)
1989: E Street (série TV)
2010: The Wicker Tree


Licorne d'Or au Festival du Rex à Paris, The Wicker Man est devenu au fil du temps un authentique film culte dont la réputation n'a jamais cessé de grandir à tel point qu'un remake aseptisé vit le jour quelques décennies plus tard. Véritable chef-d'oeuvre atypique traitant avec éthique des thèmes religieux du christianisme et du polythéisme, le premier film de Robin Hardy est une descente aux enfers autour d'un Eden rural. En effet, sur l'île écossaise de Summerisle, les habitants vouent un culte à leur doctrine paganisme. En cas de mauvaise récolte de fruits, ils sont parfois contraints d'offrir en sacrifice un être humain au dieu du soleil afin que la prochaine saison soit plus florissante. Après avoir reçu une lettre lui indiquant qu'une petite fille aurait disparu sur l'archipel, l'inspecteur Neil Howie décide d'embarquer en avion pour rejoindre les habitants de Summerisle. Sur place, il découvre l'étrange rite de villageois dévergondés s'adonnant à une philosophie érigée sur la divinité de plusieurs dieux.


Film fantastique à l'imagerie fantasmagorique expansive, traversé de romances musicales chantonnés par certains habitants, Wicker Man est un fascinant voyage métaphysique en interne d'une nature épanouissante. A travers l'investigation drastique d'un flic conservateur en quête d'une disparition infantile, le film nous enseigne une véritable leçon de tolérance (l'éducation parentale en est un modèle d'enseignement !) et de respect d'autrui par l'entremise de païens adorateurs d'une écologie divine. Si leur foi rattachée à plusieurs dieux et leur célébration sont vouées à endosser des déguisements d'animaux pour glorifier l'univers terrestre, c'est un véritable hymne à la nature et à l'harmonie de la vie que Robin Hardy nous véhicule avec poésie fastueuse ! Un florilège d'images graciles, érotiques et charnelles nous sont illustrées parmi la volupté de danseuses nues pratiquant des rituels autour d'un feu. Ce spectacle extatique est familièrement conçu pour honorer et remercier la biologie des êtres vivants (humains, animaux, insectes) étroitement liés à la flore végétale (comme les arbres plantés sur les tombes symbolisant une nouvelle naissance pour les défunts). Les pratiques spirituelles invoquées dans le film sont une coutume afin de sublimer la chimère de la réalité et sa magie qui en émane, extériorisée par une croyance spéculative. Réflexion sur la foi et le besoin inhérent de se raccrocher à une religion pour se prouver l'intérêt existentiel, le film oppose les thèmes de la réincarnation (pour le polythéisme) et la résurrection (pour le catholicisme) afin de nous interroger sur la destinée de l'être humain. Si son point d'orgue, douloureux par la cruauté des faits tolérés, peut dérouter et déranger le spectateur impliqué dans un terrifiant subterfuge de grande ampleur, il pose à réfléchir sur les dangers des croyances et des pratiques culturelles. Notamment l'emprise qu'elles peuvent générer chez les adorateurs quand ils sont vouées à l'allégeance d'un culte divin. 


Fascinant voyage hypnotique dans une contrée reculée d'une île écossaise, The Wicker Man est une expédition introspective afin de questionner notre rapport existentiel à une idéologie religieuse. Réquisitoire contre l'intolérance et le droit à la différence par l'entremise d'une culture célébrant la vie, l'amour et la mort, ce bad trip réversible est une envoûtante expérience mystique avec nos peurs les plus indécises, sans oublier de dénoncer les dérives sectaires sous couvert de dénouement horrifique.

Dédicace à Jean Pierre Dionnet et Selena de Sade
14.09.12. 2èx
Bruno Matéï

                                     

jeudi 13 septembre 2012

VAMPIRES

Photo empruntée sur Google, appartenant au site fanpop.com

de John Carpenter. 1998. U.S.A. 1h47. Avec James Woods, Daniel Baldwin, Sheryl Lee, Thomas Ian Griffith, Maximilian Schell, Tim Guinee, Mark Boone Junior, Gregory Sierra, Cary-Hiroyuki Tagawa.

Sortie salles France: 15 Avril 1998. U.S: 30 Octobre 1998

FILMOGRAPHIE: John Howard Carpenter est un réalisateur, acteur, scénariste, monteur, compositeur et producteur de film américain né le 16 janvier 1948 à Carthage (État de New York, États-Unis). 1974: Dark Star, 1976: Assaut, 1978: Halloween, la nuit des masques, 1980: Fog, 1981: New York 1997, 1982: The Thing, 1983: Christine, 1984: Starman, 1986: Les Aventures de Jack Burton dans les griffes du Mandarin, 1987: Prince des ténèbres, 1988: Invasion Los Angeles, 1992: Les Aventures d'un homme invisible, 1995: L'Antre de la folie, 1995: Le Village des damnés, 1996: Los Angeles 2013, 1998: Vampires, 2001: Ghosts of Mars, 2010: The Ward


En 1998, John Carpenter s'entreprend de dépoussiérer la mythologie du vampire dans un western crépusculaire où James Woods et ses mercenaires ont décidé de foutre le zouc chez les goules du maître Valek ! Et de nous pondre une série B flamboyante au design probant, là où les créatures de la nuit n'ont jamais été aussi persuasives dans leur charisme séculaire ! Jack Crow, chasseur de vampires des temps modernes, travaille pour le compte du Vatican. Avec ses acolytes, il réussit de nouveau à débusquer un nid de goules dans une maison abandonnée, mais leur maître Valek réussit à prendre la fuite. Le vampire décide alors de se venger et décime la quasi totalité de l'équipe de Jack. Avec l'aide de son compagnon Montoya, du prêtre Adam Guiteau et de Katrina, une prostituée infectée, Jack décide de livrer une guerre sans merci contre Valek et ses sbires, et par la même occasion retrouver une croix intangible avant que le Mal domine le monde. 


Photo saturée flamboyante, décors arides d'une nature clairsemée sous un soleil écrasant et mise en scène au cordeau d'un Carpenter en pleine possession de ses moyens, Vampires est une nouvelle odyssée virile d'un western horrifique transcendé par ses personnages belliqueux. Que ce soit l'opiniâtre Jack Crow (James Woods, magistral de machisme primaire en anti-héros intraitable !) et son équipe de recrues, ou Valek, maître en règne des vampires et ses goules exhumées des profondeurs terrestres. Avec l'entremise d'un scénario astucieux érigé sous la hiérarchie véreuse du catholicisme, privilégiant ainsi nos créatures d'accéder à une ultime victoire pour vaincre la lumière solaire, John Carpenter renouvelle l'iconographie du vampire avec ambition personnelle et lyrisme ténébreux. Les codes traditionnels du genre sont ici habilement réinterprétés afin de redorer un sang neuf au folklore dans une facture somme toute vintage. Les décors sporadiques de cabanons, motel et monastère enfouis dans une contrée reculée participant à l'ambiance surnaturelle d'un ouest américain où des créatures démoniaques sont tapies dans l'ombre de logements abdiqués. Avec l'artillerie lourde d'arbalètes, fusils à pompe, haches et pieux affûtés, les nouveaux chasseurs de vampires se parent d'un nouveau look de cow-boy à lunettes noires sous l'allégeance d'un leader impassible. Tandis que nos créatures mégalos, assoiffés de sang et affublés de soutane sont vêtus comme de véritables prêtres sataniques ! Là où l'exorcisme antécédent avait finalement échoué !


John Carpenter n'oublie pas de véhiculer une charge érotique par la caractérisation de la jeune Katrina, (Sheryl Lee, divine de beauté ardente dans ses désirs incontrôlés !) prostituée infectée irrésistiblement transie d'extase quand la morsure charnelle du maître Valek a pénétré sa chair. Par l'imagerie extatique d'une donzelle en état de jouissance, la séquence éculée peut ainsi renaître de ces cendres afin de réinterpréter de façon viscérale une poésie sulfureuse ! En prime, une romance assez touchante est illustrée entre elle et Montaya, tous deux secrètement amoureux mais finalement contraints de s'exiler durant deux jours pour profiter de leur ultime romance. Emaillé de séquences d'action à la fois terrifiantes et homériques pour contrecarrer les forces du Mal et s'emparer de la croix de Bezier, John Carpenter multiplie les péripéties spectaculaires au service narratif (le prologue explosif dans le cabanon, le massacre dans le motel et celui du monastère, les altercations successives dans l'ascenseur). Il n'oublie pas pour autant de susciter angoisse, suspense et revirement (l'appréhension dans les galeries souterraines, l'exorcisme final et les véritables motivations du Vatican) afin de transcender une série B inventive à l'esthétisme formel. A l'icône funeste de l'exhumation des maîtres, s'extirpant l'un après l'autre des entrailles du terreau sous un crépuscule nuageux !


Superbement incarné par une poignée de protagonistes farouches et misanthropes n'hésitant pas à railler l'église catholique (sans daigner la renier !) par l'intermédiaire d'un prêtre couillu, Vampires est une ardente battue au sein du crépuscule des damnés. Mis en scène avec une maîtrise indéfectible et un sens du rythme sans faille, son pouvoir de fascination véhiculé par Valek et ces hordes de goules rend l'aventure d'autant plus jouissive qu'ils font sans doute partis des plus beaux spécimens gothiques contemplés au cinéma.

Dédicace à Samira Bensalah
13.09.12
Bruno Matéï

mercredi 12 septembre 2012

L'EVENTREUR DE NEW-YORK (Lo Squartatore di New York / The New-York Ripper)

                                          Photo empruntée sur Google, appartenant au site Silver Ferox key art and design

de Lucio Fulci. 1982. Italie. 1h33. Avec Jack Hedley, Almanta Suska, Howard Ross, Andrea Occhipinti, Alexandra Delli Colli, Paolo Malco, Cinzia de Ponti, Cosimo Cinieri, Daniela Doria, Babette New.

Sortie salles France: 4 Mai 1983. U.S: 1982

FILMOGRAPHIE SELECTIVE: Lucio Fulci est un réalisateur, scénariste et acteur italien, né le 17 juin 1927 à Rome où il est mort le 13 mars 1996.
1966: Le Temps du Massacre, 1969 : Liens d'amour et de sang , 1971 : Carole, 1971: Le Venin de la peur, 1972 : La Longue Nuit de l'exorcisme, 1974 : Le Retour de Croc Blanc, 1975: 4 de l'Apocalypse, 1976: Croc Blanc, 1977: l'Emmurée vivante, 1979: l'Enfer des Zombies, 1980 : la Guerre des Gangs, 1980 : Frayeurs, 1981 : Le Chat noir, 1981 : L'Au-delà, 1981 : La Maison près du cimetière , 1982 : L'Éventreur de New York, 1984 : 2072, les mercenaires du futur, Murder Rock, 1986 : Le Miel du diable, 1987 : Aenigma, 1988 : Quando Alice ruppe lo specchio, 1988 : les Fantomes de Sodome, 1990 : Un chat dans le cerveau, 1990 : Demonia, 1991 : Voix Profondes, 1991 : la Porte du Silence.


Un mystérieux tueur surnommé l'éventreur s'en prend à des femmes particulièrement aguicheuses. Chargé de l'enquête, l'inspecteur Williams prend sous son aile un psychologue de renom pour tenter de démasquer le criminel à la voix de canard. En effet, celui-ci se joue un malin plaisir à trafiquer sa voix au téléphone pour railler la police et l'avertir de son prochain méfait.


Sorti la même année que Ténèbres d'Argento, Lucio Fulci renoue également avec le giallo, ou plus exactement le psycho-killer car l'influence de Maniac, sorti en 1980, est particulièrement prégnante dans cette liberté de choquer avec des meurtres graphiques et la scénographie inquiétante d'un New-York dépravé. En l'occurrence, nos citadins caractérisés par un gigolo, une nympho et son mari notable laissent libre cours à leur fantasmes dans leurs pulsions sexuelles incontrôlées. Même le flic de routine peu perspicace dans son enquête couche avec une jeune prostituée pour combler son vide conjugal. A travers le canevas d'une investigation criminelle émaillée de fausses pistes, Lucio Fulci s'intéresse avec efficacité à nous façonner un show de sexe et de mort. Comme souvent chez le maître transalpin de l'horreur, une attention assidue est impartie aux séquences gores d'une extrême violence dans leur impact visuel. La qualité des effets de maquillage conçus par Rosario Prestopino se révèlent encore aujourd'hui frappants de réalisme et imposent des séquences d'anthologie à graver dans les annales (le meurtre au rasoir tranchant délicatement un téton pour ensuite pénétrer l'oeil de la victime, le tout filmé en focal variable !). La manière toute personnelle dont Fulci élabore ses séquences chocs avec un sadisme cuisant réfute miraculeusement la complaisance (à contrario des critiques défaitistes de l'époque !) par sa brutalité stylisée.


En dépit de son caractère sanglant, la sexualité déviante est largement mise en exergue au sein de l'urbanisation débauchée d'un new-york livré à la corruption sexuelle. Ce climat malsain d'un environnement subordonné au meurtre et la perversité va prendre au piège une poignée de libertins soumis aux exactions meurtrières d'un éventreur vindicatif. Si l'Eventreur de New-York extériorise un sentiment de claustration auprès du spectateur, c'est notamment pour ses séquences de sexe putassier filmées avec une audace dérangeante (on frôle parfois même le X pour certains plans dénudés). Ici, il n'est point question d'agrémenter de jolies séquences érotiques pour titiller la libido du spectateur, mais à contrario de nous placer dans la position de voyeur incommodé par ces provocations putanesques (le jeu de jambes improvisé dans un bar par trois clients pour exciter une bourgeoise nympho ou le show érotique diffusé dans une salle de peep-show auquel quelques spectateurs sont transis d'émoi !). Au fil de l'intrigue classiquement établie et de ses dérives précitées, Fulci va ensuite s'intéresser à l'unique survivante épargnée et entretenir un certain suspense quand à découvrir la véritable identité du meurtrier. L'idée inhabituelle d'associer une voix de canard afin de falsifier la personnalité du suspect se révèle amusante par son ton railleur et sardonique mais aussi inquiétante dans notre volonté de connaître les réelles motivations d'un éventreur misogyne. D'autant plus que son point d'orgue judicieux laisse préalablement place à un simulacre pour ensuite nous dévoiler une vérité sordide liée à l'agonie infantile. ATTENTION SPOILER !!! On quitte alors le film de Fulci avec un arrière goût amer dans la bouche d'avoir été finalement témoin de l'iniquité d'un mélodrame familial. Une tragédie auquel un père de famille a laissé place à ses instincts les plus bas pour réclamer une vengeance aveugle. FIN DU SPOILER


Joliment photographié dans un New-York documenté et esthétiquement soigné par ses décors saturés, l'Eventreur de New-york est la dernière pièce maîtresse du maître transalpin. Mis en scène avec une ambition artistique de se démarquer de ses homologues ricains, ce giallo novateur sait utiliser à bon escient les thématiques de sexe et de mort dans sa métaphore sur le malaise existentiel.

Dédicace à Berangere Soustre De Condat-Rabourdin
12.09.12. 4èx
Bruno Matéï

Apport technique du Blu-ray: 9/10