vendredi 30 novembre 2012

BLOW OUT

                                               Photo empruntée sur Google, appartenant au site myscreens.fr

de Brian De Palma. 1981. U.S.A. 1h48. Avec John Travolta, Nancy Allen, John Lithgow, Dennis Franz, Peter Boyden, Curt May.

Sortie salles France: 17 Février 1982. U.S: 24 Juillet 1981

FILMOGRAPHIEBrian De Palma, de son vrai nom Brian Russel DePalma, est un cinéaste américain d'origine italienne, né le 11 septembre 1940 à Newark, New-Jersey, Etats-Unis.
1968: Murder à la mod. Greetings. The Wedding Party. 1970: Dionysus in'69. Hi, Mom ! 1972: Attention au lapin. 1973: Soeurs de sang. 1974: Phantom of the paradise. 1976: Obsession. Carrie. 1978: Furie. 1980: Home Movies. Pulsions. 1981: Blow Out. 1983: Scarface. 1984: Body Double. 1986: Mafia Salad. 1987: Les Incorruptibles. 1989: Outrages. 1990: Le Bûcher des vanités. 1992: l'Esprit de Cain. 1993: l'Impasse. 1996: Mission Impossible. 1998: Snake Eyes. 2000: Mission to Mars. 2002: Femme Fatale. 2006: Le Dahlia Noir. 2007: Redacted. 2012: Passion.


Un an après son chef-d'oeuvre sulfureux Pulsions, Brian De Palma enchaîne avec un second thriller orienté vers une méticuleuse investigation pour le démantèlement d'un attentat politique au coeur d'une Amérique paranoïaque ! Au moment de ces expérimentations professionnelles dans un parc régional, un preneur de son va se retrouver témoin d'un meurtre maquillé en accident. Suite à l'éclatement du pneu d'une voiture, un gouverneur et sa passagère vont se retrouver projetés au fond d'une rivière. Après avoir sauvé in extremis la jeune fille, Jack va tenter de dévoiler au grand jour le meurtre du gouverneur à l'aide de sa bande-son mais aussi d'un film qu'un photographe a réussi à enregistrer le soir même de la tragédie. Afin d'étouffer l'affaire au plus vite, un dangereux maniaque responsable de cette conjuration va tout entreprendre pour récupérer la bobine et supprimer les témoins gênants.


Hommage au 7è art dans ce rapport inhérent que l'image et le son entretiennent communément afin d'épurer la chimère de la fiction, Blow Out est un jeu de manipulation roublard où le simulacre dévoile peu à peu ses failles par l'entremise d'un technicien de cinéma. Avec la complicité attachante de John Travolta (étonnant de sobriété dans un rôle à contre-emploi !) et de l'aguicheuse Nancy Allen (irrésistible de naïveté candide dans sa fonction antinomique d'escort girl !), Brian De Palma nous élabore une enquête passionnante où la mise en scène virtuose tient une fois de plus du prodige (utilisation harmonieuse du split screen, du travelling circulaire et de la louma). A travers la reconstitution d'une scène de crime entreprise par un preneur de son obnubilé à rétablir la vérité, Brian De Palma nous manifeste son amour pour le cinéma sous toutes ses variantes. Puisqu'ici, même les navets horrifiques mâtinés d'érotisme ont droit à la reconnaissance face à l'expressivité d'un hurlement salvateur ! Une fois de plus, le réalisateur utilise avec masochisme la dextérité d'un scénario charpenté où les apparences trompeuses vont être dévoilées sous l'allégeance d'un cinéaste soucieux de conviction réaliste. Puisqu'en sous-intrigue, la quête du fameux cri escompté dès le prélude est finalement dégoté par le héros à travers l'agonie de sa compagne sacrifiée ! Et on peut dire qu'en terme de point d'orgue nihiliste, l'inoubliable dénouement de Blow-Out s'avère sacrément couillu pour laisser le spectateur dans un pessimisme élégiaque. Ce qui justifie d'ailleurs son relatif échec commercial lors de sa sortie en salles (13 747 234 dollars de recettes pour un budget de 18 millions) et la faillite qui s'ensuit pour sa société de production. Qu'importe la défaite, De Palma nous a transcendé avec une maestria infaillible une course contre la montre fertile en péripéties délétères que nos héros ont parcouru pour contrecarrer l'antagoniste afin de sauvegarder la preuve irréfutable d'un complot politique.


Un cri dans la nuit
Avec la partition raffinée de Pino Donaggio, Blow-out réexploite le mode opératoire du suspense et de l'enquête policière avec une roublardise jubilatoire. Dominé par les interprétations candides de deux comédiens en ascension, cet hommage au cinéma perfectible transcende l'outil artistique au gré d'une énigme irrésolue. Par l'audace d'une conclusion bouleversante, Blow out prouve avec dérision cruelle (l'utilisation d'un vrai cri au profit d'une oeuvre de commande) qu'au cinéma rien n'est joué d'avance quand un cinéaste a décidé d'y apporter son autonomie toute personnelle. Quitte à l'arrivée d'essuyer un cuisant échec commercial... 

30.11.12. 4èx
Bruno Matéï



jeudi 29 novembre 2012

LE JOUR D'APRES (The Day After)

                                            Photo empruntée sur Google, appartenant au site encyclocine.com

de Nicholas Meyer. 1983. U.S.A. 2h06. Avec Jason Robards, JoBeth Williams, Steve Guttenberg, John Cullum, John Lithgow, Bibi Besch, Lori Lethin, Amy Madigan.

Diffusion TV U.S: 20 Novembre 1983. Sortie salles France: 25 Janvier 1984

FILMOGRAPHIENicholas Meyer est un réalisateur, scénariste, producteur et acteur américain, né le 24 Décembre 1945 à New-York.
1979: C'était demain. 1982: Star Trek 2. 1983: Le Jour d'Après. 1985: Volunteers. 1988: Les Imposteurs. 1991: Company Business. Star Trek 6. 1999: Vendetta.


Phénomène télévisuel lors de sa diffusion américaine à tel point qu'il créa un vent de panique chez plusieurs spectateurs (un standard téléphonique était à disposition le jour même de sa projection !), Le Jour d'Après a engendré un tel impact émotionnel que notre pays hexagonal s'est empressé de l'exploiter en salles. Oeuvre de fiction post-apo illustrant les conséquences catastrophistes d'une troisième guerre mondiale assujettie au péril nucléaire, le Jour d'Après décrit avec un réalisme abrupt la survie d'une centaine de survivants touchés par la radioactivité. Établi en trois parties, la narration s'attache de prime abord à nous décrire la quotidienneté de diverses familles peu à peu enclins à l'inquiétude lorsque les infos télévisées annoncent un conflit politique de grande envergure entre l'URSS, l'Allemagne de l'Est et les Etats-Unis. La caractérisation des personnages nous est illustrée de manière traditionnelle dans leurs principes de valeurs morales liés à l'harmonie familiale. Au fil des informations alarmistes retransmises à la télé et à la radio, l'anxiété et l'appréhension des citadins commencent à prendre une ampleur incontrôlée lorsque certains d'eux décident d'investir les centres commerciaux afin de remplir leur cadis. Alors que toute une famille se réfugie au fond d'une cave pour se prémunir d'une potentielle attaque, certains pèlerins situés à des kilomètres de leur foyer tentent de rejoindre leurs proches le plus furtivement qu'ils peuvent.


C'est au moment où les missiles américains sont envoyés vers l'URSS qu'une riposte fatale va plonger les Etats-unis dans un holocauste nucléaire d'une envergure apocalyptique. Les effets spéciaux perfectibles alternant le cheap et le réalisme (épaulé de stock-shots issus des films Un Tueur dans la foule et Meteor) réussissent néanmoins à provoquer une terreur insondable. C'est d'abord l'explosion de missiles atomiques esquissant l'icône du fameux champignon qui nous est asséné de plein fouet face au témoignage d'une population horrifiée. Brasiers industriels, destructions massives de cités urbaines décharnées nous sont ensuite représentées avec une vigueur visuelle proprement cauchemardesque. Pour une production télévisuelle, Nicholas Meyer frappe fort dans sa détermination à secouer le public sans esbroufe mais avec un effort de persuasion dont l'impact se révèle inévitablement éprouvant. Cette seconde partie, aussi concise qu'elle soit, réussit avec une efficience implacable à provoquer une stupeur et une terreur proprement viscérales !


La dernière partie, la plus sobre, poignante et jusqu'au boutiste nous illustre les conséquences du désastre atomique à travers le destin d'une poignée de survivants et de quelques familles désunies que le réalisateur avait plus tôt pris soin de nous familiariser. Avec des moyens considérables et l'entremise de centaines de figurants, le réalisateur décrit "l'après apocalypse" par le truchement d'images saisissante de désolation. Amas de cendres sur les champs calcinés, forêt clairsemée dénuée de végétation, arbres dépouillés de feuillage, cadavres d'animaux, charniers de cadavres en décomposition ou momifiées. L'odeur du choléras et de la mort distillent dans l'air une atmosphère feutrée tandis que des pillards et terroristes sans abri tentent d'imposer la loi du plus fort. Cette dernière partie très impressionnante dans sa vision dantesque de fin d'un monde nous immerge au sein d'une Amérique agonisante où chaque survivant erre sans lueur d'espoir à la manière de zombies condamnés.


Cri d'alarme contre la menace du péril atomique si une troisième guerre mondiale devait un jour aboutir, le Jour d'Après demeure une impitoyable charge contre la politique de nos gouvernements en divergence insoluble. La verdeur de ces images morbides compromises à l'impact foudroyant du cataclysme nucléaire laissent en mémoire l'achèvement d'un génocide en décrépitude. Terrifiant jusqu'au malaise nauséeux, en espérant ne jamais connaître pareille infortune !

Note subsidiaire: On estime à plus de 100 millions le nombre d'Américains à avoir regardé ce téléfilm depuis sa première diffusion.

29.11.12. 4èx
Bruno Matéï


mercredi 28 novembre 2012

L'AUTRE (The Other). Prix du Meilleur Réalisateur à Catalogne, 1972

                                                            Photo empruntée sur Google, appartenant au site cinepesadelo.blogspot.com

de Robert Mulligan. 1972. U.S.A. 1h40. Avec Uta Hagen, Diana Muldaur, Chris Udvanoky, Martin Udvanoky, Norma Connolly, Victor French, Loretta Leversee, Lou Frizzell.

Sortie salles U.S: 23 Mai 1972.

Récompense: Prix du Meilleur Réalisateur au Festival de Catalogne en 1972

FILMOGRAPHIE: Robert Mulligan est un réalisateur américain, né le 23 Août 1925 à New-York, décédé le 20 Décembre 2008 à Lyme, Connecticut.
1957: Prisonnier de la peur. 1960: Les pièges de Broadway. 1961: Le Rendez-vous de Septembre. 1961: Le Roi des Imposteurs. 1962: l'Homme de Bornéo. 1962: Du Silence et des Ombres. 1963: Une Certaine Rencontre. 1964: Le Sillage de la Violence. 1965: Daisy Clover. 1967: Escalier Interdit. 1969: l'Homme Sauvage. 1971: Un Eté 42. 1971: The Pursuit of Happiness. 1972: l'Autre. 1974: Nickel Ride. 1978: Les Chaines du sang. 1978: Même heure l'année prochaine. 1982: Kiss me Goodbye. 1988: Le Secret de Clara. 1991: Un Eté en Louisiane.

Avertissement ! IL EST PREFERABLE D'AVOIR VU LE FILM AVANT DE LIRE CE QUI VA SUIVRE !


Pierre angulaire du fantastique éthéré autant qu'oeuvre maudite du fait de sa rareté éhontée, l'Autre est une descente aux enfers vertigineuse dans le psyché d'une innocence schizophrène. D'après le roman de Tom Tryon, l'argument fantastique alloué à la fragilité infantile fait intervenir d'une manière sensitive et psychologique les thèmes du dédoublement de personnalité, de la hantise et de la possession avec une intensité dramatique terriblement éprouvante.


Véritable drame familial auquel une dynastie est confrontée à une série de morts tragiques sous une nature solaire étrangement édénique, l'Autre illustre l'introspection délicate d'un jeune garçon candide, perturbé par la mort de son père et de son frère jumeau. Terrifié à l'idée de mourir et apeuré par sa solitude, Niles s'imagine dans son esprit torturé que son binôme Holand est toujours en vie afin de se rassurer. Mais l'esprit machiavélique de son frère, mort dans une circonstance accidentelle, réussit à provoquer chez lui un dédoublement de personnalité afin de le contraindre à perpétrer des incidents meurtriers. Ce scénario sombre et tortueux rehausse l'intrigue diaphane avec le rapport étroit entretenu entre l'enfant et sa grand-mère. En effet, afin de rendre moins douloureuse l'épreuve du deuil, l'aïeule lui aura inculqué un jeu d'identification et de concentration auquel Niles doit tenter de s'infiltrer de manière sensorielle à travers l'esprit d'un être humain ou d'un animal. C'est par l'illusion de ce jeu de simulacre que Niles va peu à peu perdre pied avec la réalité et ainsi matérialiser l'apparence corporelle d'Holand.


La dimension psychologique impartie à l'inconscience d'un gamin perturbé est d'autant plus douloureuse à supporter qu'elle touche à sa propre candeur. Cette étude de caractère d'un enfant traumatisé par le deuil et angoissé par la mort nous ait illustré de manière aussi prude que profondément macabre. Le climat lourd et dépressif des contrariétés de la grand-mère et des tourments de Niles soulignant une atmosphère davantage feutrée au fil d'une série d'incidents meurtriers que l'enfant va provoquer sous l'allégeance de son double. En prime, le climat anxiogène qui émaille toute l'intrigue est notamment accentué par l'attitude esseulée d'une veuve maternelle remplie de mélancolie. Incapable de supporter le deuil de deux êtres chers, cette maman introvertie mais débordante d'amour pour sa dernière progéniture va finalement se replier dans un mutisme incurable après avoir découvert avec désarroi la pathologie schizophrène de Niles. Son point d'orgue traumatisant culmine vers une découverte macabre proprement innommable auquel personne n'en sortira indemne, sachant que la dernière image glaçante nous achève par son nihilisme diabolique. On essaie alors en désespoir de cause d'élucider de notre mémoire deux questions restées en suspens ! Niles était-il réellement possédé/hanté par l'esprit indocile de son frère, ou n'était-ce que le fruit de son imagination perturbée par le "jeu" spirituel d'Ada et l'injustice de la mort ?


Clef de voûte du fantastique moderne vouée à durablement nous éprouver, de par son scénario délétère et son intensité dramatique malsaine, L'Autre est notamment rehaussé des interprétations magnétiques de Chris et Martin Udvarnoky. Littéralement possédés par leur prestance bicéphale, les deux comédiens réussissent autant à provoquer un effroi tangible qu'une empathie désespérée dans leur jeu naturel d'une prestance aussi angélique que démoniaque. Traumatisant et inoxydable !

28.11.12

L'avis de Mathias Chaput: http://horrordetox.blogspot.fr/2012/11/the-other-de-robert-mulligan-1972.html
Très peu prolixe dans le cinéma d'outre Atlantique, Robert Mulligan signe avec "The Other" un véritable chef d'oeuvre du cinéma fantastique contemporain...
Un scénario d'une originalité totale, sans redondances ni esbroufes...
Aucun effet gore n'est à déplorer dans le métrage !
Un climat malsain s'intègre parfaitement prenant le contre-pied de l'environnement et de l'innocence des protagonistes qui y végètent, en l'occurrence de simples et frêles pré adolescents qui ne demandent qu'à vivre et aimer la vie !
L'astuce de Mulligan consiste à faire virer crescendo son intrigue avec une révélation imparable et glaçante au bout d'une heure de projection !
Puis il fait tout partir en live pendant la dernière demie heure !
Dans la lignée de "Psychose" réalisé douze ans avant, voire même un petit côté "Carnival of souls" mais se démarquant par une mise en scène affûtée aux limites de l'onirisme, matinée de la plus grande schizophrénie pour le personnage principal !
"The other" est un film culotté et carrément révolutionnaire qui fera date dans le genre !
Avec des séquences sorties de nulle part, notamment cette virée dans une fête foraine avec les "monstres", ou ce plan aérien où Nels s'imagine être un corbeau survolant le village !
Mulligan ne recule devant aucun stratagème pour augmenter la terreur chez le spectateur, jusqu'à un final apocalyptique à la fois immoral et sans "happy end" !
Très bien joué et excellemment mis en scène, "The other" est à marquer d'une pierre blanche, film rare et précieux, il se doit d'être vu par tout cinéphile fantasticophile !
Note : 10/10 (pour l'originalité du scénario et l'intelligence du traitement de ce dernier)

                                        

mardi 27 novembre 2012

LES REVOLTES DE L'ILE DU DIABLE (Kongen av Bastøy). Amanda 2011 du Meilleur Film Norvégien

                                     Photo empruntée sur Google, appartenant au site filmosphere.com

de Marius Holst. 2010. Norvège/Pologne/Suède/France. 1h55. Avec Benjamin Hesltad, Trond Nilssen, Stellan Skarsgard, Kristoffer Joner, Trond Nilssen.

Récompense: Amanda 2011 du Meilleur Film Norvégien

Sortie salles France: 23 Novembre 2011. Norvège: 17 Décembre 2010

FILMOGRAPHIE: Marius Holst est un réalisateur, producteur et scénariste norvégien, né en 1965 à Oslo.
1990: Besokstid. 1994: Croix de bois, croix de fer. 1996: Lukten av mann. 1997: 1996: Pust pa meg !
2001: Oyenstikker. 2003: Tito ar dod. 2006: Kjoter (télé-film). 2007: Blodsband. 2010: Les Révoltés de l'île du diable.


Inspiré d'une histoire vraie, Les Révoltés de l'île du Diable retrace les conditions de vie drastiques d'une poignée de délinquants au sein d'un centre de redressement norvégien. Les évènements se déroulent sous un hiver réfrigérant de 1915. Le centre situé à Bastoy est implanté sur une île sous le commandement d'un directeur insidieux et d'un surveillant sadique. Mais l'arrivée d'une forte tête va peu à peu perturber leur hiérarchie et finalement déclencher une insurrection de grande ampleur.
Photo limpide contrastant avec son climat hivernal rigoureux, Les Révoltés de l'île du Diable est un puissant témoignage sur l'endurance de survie autant qu'un réquisitoire contre le despotisme d'une hiérarchie disciplinaire. Le sentiment d'isolement éprouvé au sein de cette île maudite laisse planer une solitude blafarde parmi le séminaire de jeunes désoeuvrés livrés aux pires corvées. Soumis à l'esclavage d'une discipline de fer et desservis par une alimentation précaire, les adolescents les plus arrogants sont notamment livrés à divers sévices corporels et humiliations par l'impassibilité d'un surveillant licencieux. Pour les plus opiniâtres d'entres eux avides d'évasion, l'isolement du cachot ou les travaux forcés pratiqués à proximité d'une forêt pluvieuse sont les punitions exemplaires afin de les dissuader d'une prochaine tentative.


Auscultant les conditions de vie tyranniques que vont subir ces jeunes délinquants durant plusieurs années d'emprisonnement, Marius Holst nous décrit avec un réalisme blafard cette descente aux enfers particulièrement abrupte. Majoritairement interprété par des comédiens débutants criants de vérité, la densité humaine qui émane de ses souffres douleurs nous émeut d'une manière terriblement empathique, d'autant plus qu'un ultime baroud d'honneur va laisser place à une rébellion belliqueuse. C'est en priorité vers la caractérisation de deux adolescents de prime abord contradictoires dans leur personnalité distinct qu'il s'attache à nous décrire leur calvaire mais aussi leur sens de camaraderie avec une affliction rude. En outre, à travers le discours moralisateur du directeur de prison (superbement incarné par un Stellan Skarsgârd castrateur), le réalisateur évoque sa lâcheté et son hypocrisie à oser tolérer un abus sexuel sur mineur sous couvert de bonne conscience. Vibrant témoignage de bravoure, de vaillance et d'honneur, ce portrait d'une adolescence souillée se révèle d'autant plus implacable par son impact effrayant qu'il est réellement inspiré d'évènements réels (comme le témoigne son générique de fin faisant défiler quelques photos d'archives où de vrais prisonniers juvéniles exerçaient des travaux de plantation !).


Elégie d'une fraternité inconsolable entre deux héros déchus, pamphlet contre le totalitarisme et témoignage édifiant sur la cruauté tolérée à de jeunes délinquants, Les Révoltés de l'île du Diable est une épreuve de survie d'une acuité émotionnelle cafardeuse. Son inévitable point d'orgue dramatique alloué au surpassement de soi et à la dignité humaine laisse en mémoire une conclusion amère sur l'intransigeance d'une société impitoyable.

Note subsidiaire: Le centre de détention de Bastøy, créé en 1900, est resté dans une discipline très stricte jusqu'en 1953, puis il est transformé en prison en 1970. Cette prison est maintenant un lieu d'expérimentation pour devenir la « première prison écologique au monde ».

27.11.12
Bruno Matéï 

lundi 26 novembre 2012

L'ETRANGE CREATURE DU LAC NOIR (The Creature from the Black Lagoon)

Photo empruntée sur Google, appartenant au site filmosphere.com

de Jack Arnold. 1954. U.S.A. 1h19. Avec Richard Carlson, Julie Adams, Richard Denning, Antonio Moreno, Nestor Paiva, Whit Bissell, Sydney Mason, Bernie Gozier.

Sortie salles France: 13 Avril 1955. U.S: 5 Mars 1954

FILMOGRAPHIE: Jack Arnold est un réalisateur américain, né le 14 Octobre 1916, décédé le 17 Mars 1992.
1950: With These Hands. 1953: Le Crime de la semaine. 1953: Filles dans la nuit. 1953: Le Météore de la nuit. 1954: l'Etrange Créature du lac noir. 1955: La Revanche de la créature. 1955: Tornade sur la ville. 1955: Tarantula. 1955: Crépuscule Sanglant. 1956: Faux Monnayeurs. 1957: l'Homme qui Rétrécit. 1957: Le Salaire du Diable. 1958: Le Monstre des abîmes. 1958: Madame et son pilote. 1959: Une Balle signé X. 1960: La Souris qui rugissait. 1961: l'Américaine et l'amour. 1964: Pleins phares. 1969: Hello Down There. 1975: The Swiss Conspiracy.


Classique du monster movie des années 50 , l'Etrange Créature du lac noir marqua notamment une génération de cinéphile quand il fut autrefois projeté à la télévision dans le cadre de l'émission d'Eddie Mitchel, la Dernière Séance. Tous les spectateurs s'étaient alors empressés d'acheter une paire de lunette vendue avec le magazine Télé 7 Jours afin de pouvoir bénéficier de l'effet 3D escompté. Ce 19 Octobre 1982 fut donc une première en France pour l'exploitation du relief sur petit écran. Mais en dépit de son succès d'audience inévitable, l'expérience n'a pu être renouvelée, faute de l'inefficacité visuelle des lunettes assujetties aux filtres bleues et rouges.


Dans la mouvance de King Kong, Jack Arnold nous concocte un film d'aventures riche en péripéties lorsqu'une créature amphibie sème la terreur auprès de scientifiques partis en expédition amazonienne. En effet, après avoir découvert une main fossilisée, des chercheurs décident d'embarquer à bord d'un bateau pour rejoindre le lagon noir. C'est dans cette mystérieuse lagune qu'ils vont devoir se mesurer à l'hostilité d'un monstre aquatique ! Suspense lattent, exotisme et frissons ludiques sont les ingrédients inhérents d'un succès si mondialement célébré à travers le monde que deux autres suites furent rapidement mises en chantier. Bien entendu, si l'aspect effrayant de la créature peut aujourd'hui prêter à sourire, son pouvoir de fascination qu'il véhicule à travers son apparence mi-humaine, mi-amphibie, ainsi que la qualité des effets-spéciaux confectionnées à l'aide d'un costume en mousse de caoutchouc, n'ont rien perdu de sa poésie formelle. A la manière de King-Kong, Jack Arnold accorde notamment une certaine empathie pour l'amertume esseulée du monstre, subitement épris d'affection pour Kay Lawrence, la jeune femme du Dr Reed. En outre, à travers le profil arrogant d'un rival mégalo (le Dr Mark Williams), il met en exergue l'avidité de l'homme délibéré à capturer une espèce inconnue pour son ego et sa quête métaphysique sur l'origine de l'univers. Il confronte par ailleurs l'intrusion désinvolte de chercheurs notables au sein d'un environnement sauvage où la nature était en parfaite harmonie.  Au fil des nombreuses estocades improvisées par la créature toujours plus coriace, la vigueur de la mise en scène s'impartie d'un rythme davantage haletant quand nos héros bloqués en interne de la lagune vont être contraints de se défaire d'un barrage pour retrouver la liberté.


Avec sa jolie photo monochrome, la dextérité d'une réalisation efficace, le talent de ses interprètes et surtout le magnétisme inquiétant d'un monstre amphibie, l'Etrange créature du Lac noir continue de perdurer son pouvoir attractif avec un charme naïf irrépressible. 

26.11.12
Bruno Matéï

vendredi 23 novembre 2012

TROIS NOISETTES POUR CENDRILLON (Tri orísky pro Popelku)

                                              Photo empruntée sur Google, appartenant au site niagara.sk

de Vaclav Vorlicek. 1973. Tchécoslovaquie/RDA. 1h22. Avec Libuse Safrankova, Pavel Travnicek, Carola Braunbock, Rolf Hoppe, Karin Lesch, Dana Hlavacova, Jan Libicek, Vitezslav Jandak, Jaroslav Drbohlav, Vladimir Mensik.

FILMOGRAPHIE SELECTIVE (wikipedia): Vaclav Vorlicek est un réalisateur tchèque, né le 3 Juin 1930 à Prague.
Il joue un rôle important dans le succès de l'industrie cinématographique tchèque dans les domaines de conte de fées et la comédie. Après une formation à la Faculté du film de l'académie tchèque des arts musicaux entre 1951 et 1956, il a travaillé pour les Studios Barrandov comme réalisateur et scénariste. Surtout dans les années 1980, il produit de nombreux films pour enfants. Vorlíček à travaillé ensemble avec le scénariste et écrivain Milos Macourek pendant de nombreuses années.1973: Trois Noisettes pour Cendrillon


Enième adaptation du conte de Charles Perrault mais aussi des Frères Grimm, Trois Noisettes pour Cendrillon est la version tchèque d'un spécialiste de films pour enfants. Classique télévisuel des soirées d'hiver en Europe Centrale, cette fantaisie féerique reprend l'histoire de Cendrillon sous une forme plus espiègle par l'impertinence de sa propre égérie.

Fille de ferme, Cendrillon est la bonne à tout faire sous l'allégeance d'une mégère opiniâtre et de sa soeur railleuse. Un jour, en se promenant dans les bois avec son cheval blanc, elle fait la rencontre d'un prince escorté de deux de fidèles comparses. Après avoir entamé un jeu de brimade, le couple se sépare mais se retrouve un peu plus tard lors d'une chasse à l'épervier. Grâce au pouvoir magique de trois noisettes que l'un de ses amis lui aura offert, Cendrillon va pouvoir se vêtir en robe de princesse afin d'assister à la soirée d'un bal organisé. Sous l'autorité de son père souverain, le prince est contraint de choisir la femme de sa vie parmi l'assemblée des invitées. 


Au sein de vaste étendues enneigées d'une nature pastel, Trois Noisettes pour Cendrillon est d'abord un enchantement visuel par l'aura gracile d'une forêt florissante. Avec le charme et la volupté d'une jeune fille assujettie à la méchanceté de sa belle-mère et de sa soeur, ce conte idyllique nous retrace son destin singulier par la grâce d'une légende métaphorique sur l'alchimie amoureuse. Romance enchanteresse, comédie pittoresque et fantaisie féerique allouée aux prestiges de certains animaux (pigeons, hibou et cheval blanc) sont les ingrédients usuels d'une oeuvre modeste principalement focalisée sur le charme de ses interprètes. La beauté candide de cette nouvelle Cendrillon inspire immédiatement l'attachement auprès du public tant son aisance naturelle réussit à nous véhiculer une gentille impertinence en dépit de sa condition d'esclave. Tandis que la naïveté d'un prince indécis et la méchanceté d'une mégère dédaigneuse vont être au centre d'une requête pour un enjeu sentimental. C'est finalement la découverte d'une chaussure égarée qui permettra aux deux amants de s'unifier après avoir déjouer l'affabulation d'une mégère risible. Ce destin inespéré octroyé à deux amants amoureux nous illustre donc avec lyrisme l'exaltation du sacre du mariage, en dépit de la distinction de leur souche sociale.


Pittoresque, frivole et enchanteur, Trois Noisettes pour Cendrillon renoue avec le charme et la fraîcheur de sa légende inoxydable. Avec le tempérament fougueux de ses interprètes complices, sa comptine musicale entêtante et son esthétisme naturel originaire d'Europe Centrale, cette rareté introuvable saura convaincre sans peine tous les amoureux de contes et légendes enfouis depuis notre tendre enfance. Un cadeau de noël inestimable car devenu une relique au pays français, malgré une communauté de fans indéfectibles. 

Un grand merci à l'Univers Fantastique de la Science-Fiction
23.11.12
Bruno Matéï

                                          

jeudi 22 novembre 2012

KILLER JOE

Photo empruntée sur Google, appartenant au site filmosphere.com

de William Friedkin. 2012. U.S.A. 1h43. Avec Matthew McConaughey, Emile Hirsch, Thomas Haden Church, Gina Gershon, Juno Temple, Marc Macaulay.

Sortie salles France: 2 Septembre 2012. U.S: 27 Juillet 2012

Récompense: Souris d'or à la Mostra de Venise, 2011

FILMOGRAPHIEWilliam Friedkin est un réalisateur, scénariste et producteur de film américain, né le 29 août 1935 à Chicago (Illinois, États-Unis). Il débute sa carrière en 1967 avec une comédie musicale, Good Times. C'est en 1971 et 1973 qu'il connaîtra la consécration du public et de la critique avec French Connection et L'Exorciste, tous deux récompensés à la cérémonie des Oscars d'Hollywood. 1967: Good Times. 1968: l'Anniversaire. 1968: The Night they Raided Minsky's. 1970: Les Garçons de la bande. 1971: French Connection. 1973: l'Exorciste. 1977: Le Convoi de la peur. 1978: Têtes vides cherchent coffres pleins. 1980: The Cruising. 1983: Le Coup du Siècle. 1985: Police Fédérale Los Angeles. 1988: Le Sang du Châtiment. 1990: La Nurse. 1994: Blue Chips. 1995: Jade. 2000: l'Enfer du Devoir. 2003: Traqué. 2006: Bug. 2012: Killer Joe.


Depuis Traqué et Bug, William Friedkin semble retrouver son insolence et sa verve subversive pour nous replonger avec masochisme dans l'univers insondable d'antagonistes névrosés. Et son p'tit dernier, Killer Joe, ne déroge pas à la règle ! Il enfonce même le clou dans la putasserie crapuleuse pour mieux parfaire une intrigue criminelle au vitriol. Une famille de péquenots ricains décident de se débarrasser de l'ex mégère maternelle afin de toucher la prime d'assurance vie qu'ils se partageront entre eux. Pour cela, il demandent l'aide de Joe, un flic tellement véreux qu'il accomplit parfois de sales besognes meurtrières en guise de gain. Mais rien ne se déroulera comme prévu...


Farce macabre fustigeant une famille de pieds nickelés sous l'allégeance d'un flicard psychopathe, Killer Joe constitue un chemin de croix que l'on ne voit pas venir de prime abord par son classicisme éprouvé. Illustrant avec une dérision caustique une galerie de personnages tous plus méprisables, lâches et ridicules, William Friedkin nous entraîne dans une drôle de sarabande autour d'une conjuration sordide. Un amant flâneur, un fiston dealer de drogue à la petite semaine, une belle mère infidèle et une soeur rétrograde caractérisent la famille dans toute son ignominie pour le compte de leur cupidité. Avec l'entraide d'un flic malhonnête, flegmatique et adroit, William Friedkin se prend un malin plaisir à nous décrire cet antagoniste d'une façon ordinaire de prime abord. Jusqu'au moment où cet individu zélé décide de courtiser la soeur potiche en guise de compensation, puisque la famille fauchée ne peut se résoudre à lui payer d'avance la somme de 25 000 dollars. S'ensuit une séquence de drague aménagée sous l'influence tranquille de Joe, totalement fasciné par la beauté pastel d'une jeune vierge étourdie. L'étrange malaise sous-jacent, entretenu pendant la séquence de strip nous est pourtant décrite d'une manière presque sereine dans les échanges fascinés de regards timorés. Mais la prestance hermétique de Joe semble nous suggérer que cet homme sans scrupule est capable de se complaire dans la perversité, d'autant plus que la jeune fille s'avère ramolli du ciboulot.


Faisons place ensuite aux déconvenues avec une bande de dealers revanchards. Chris, démuni du moindre gain, semble sombrer dans une impasse et envisage peut-être de faire marche arrière pour le sort inévitable de sa mère. C'est à ce moment irréversible que les revirements saugrenus vont fulminer au sein de la famille lorsqu'un subterfuge dérisoire va finalement tout remettre en question. Cette dernière partie intempestive culmine sa déchéance morale dans un bain de sang grotesque à la folie paroxystique contagieuse. Les séquences de violence et d'humiliations atteignant ici des sommets d'intensité dramatique franchement insupportables. D'autant plus que l'ambiance nauséeuse est décuplée par un réalisme poisseux découlant des exactions castratrices d'un Joe étrangement peinard. Et on peut dire qu'à ce niveau, l'interprétation incisive de Matthew McConaughey atteint des sommets de perversité explicite tant le comédien insuffle à son personnage désaxé une aura hermétique glaciale. On se demande d'ailleurs comment une oeuvre aussi abrupte dans son point d'orgue prolixe eut pu écoper d'une interdiction aux mineurs de moins de 12 ans (même avec avertissement !) tant le malaise éprouvé est à teneur psychique et viscérale.


Les Charognards
Caustique, étrangement déstabilisant et profondément nihiliste dans sa description déshumanisée d'une famille de nigauds couards, Killer Joe est un bad trip venimeux. Un film noir tentaculaire compromis à la provocation d'un Friedkin plus indocile que jamais dans son état d'esprit forcené. Le climat hermétique profondément trouble et sournois qui en émane nous entraînant vers une descente aux enfers où la bassesse humaine atteint des sommets de cynisme. 

22.11.12

mercredi 21 novembre 2012

LES BETES DU SUD SAUVAGE (Beasts of the Southern Wild). Grand Prix à Sundance 2012.

                                         Photo empruntée sur Google, appartenant au site thethirdray.com

de Benh Zeitlin. 2012. U.S.A. 1h32. Avec Quvenzhané Wallis, Dwight Henry, Levy Easterly, Lowell Landes, Pamela Harper, Gina Montana.

Sortie salles France: 12 Décembre 2012. U.S: 20 Janvier 2012 (à Sundance). 27 Juin 2012 (nationale)

Récompenses: Grand Prix du Jury au Festival de Deauville, 2012
Prix de la révélation Cartier au Festival de Deauville, 2012
Grand Prix du Jury à Benh Zeitlin au Festival du film de Sundance
Caméra d'Or au Festival de Cannes, 2012
Prix FIPRESCI décerné par le jury d'Un certain regard au Festival de Cannes, 2012
Prix du Jury oecuménique (mention spéciale) au Festival de Cannes, 2012
Prix Regard Jeune au Festival de Cannes, 2012
Prix du Meilleur Premier Film au Festival International du film de Stockholm

FILMOGRAPHIE: Benh Zeitlin est un réalisateur, scénariste, compositeur américain, né à New-York.
2012: Les bêtes du Sud Sauvage


Comment entamer une critique concrète après avoir vécu un tel moment de grâce ! Ou plutôt comment se remettre d'un feu d'artifice flamboyant, maelstrom d'émotions où la notion de réalité est transcendée par la chimère d'un conte existentiel ! Sortir de la projection des Bêtes du sud sauvage est une tâche difficile tant le réalisateur a réussi à nous immerger de façon sensitive dans l'introspection utopique d'une fillette de 6 ans. D'une imagination sans égale, son vocabulaire créatif et visionnaire nous extériorise des instants épiques sur le destin des aurochs ou prodigieux par la présence fantasmatique de sa reine mère. Originaire du Bayou de Louisiane, Hushpuppy vit en précarité avec son père autoritaire dans une cabane décharnée. Un jour, un désastre écologique les contraint de fuir leur contrée reculée. Sur leur chemin d'une rivière morne, des aides humanitaires leur prêtent main forte au moment même où le paternel semble souffrir d'une grave pathologie. Démunie mais débordante de foi et de bravoure que son père lui a sévèrement inculqué, Hushpuppy part à la recherche de sa mère disparue mais aussi à la reconquête d'une terre nouvelle.


Adapté d'une pièce de théâtre écrite par Lucy Alibar et incarné par des comédiens non professionnels époustouflants de vérité, la première oeuvre de Benh Zeitlin est un hymne universel, un témoignage vibrant sur l'exclusion des défavorisés. Dans une réalisation vertigineuse auscultant la beauté de la nature et sa faune primitive, le réalisateur illusionniste improvise des instants de grâce, des moments fastes de poésie candide à travers les yeux d'une fillette en quête identitaire. Observant avec minutie le monde sauvage qui l'entoure avec sa mentalité florissante, le périple de Hushpuppy est un récit initiatique jalonné d'aventures humaines parmi son ethnie revenue à l'état primitif. Faute d'une société égocentrique évoluant dans une technologie avancée, Ben Zeitlin nous retrace l'existence de ces pèlerins du Sud sauvage livrés à leur propre autonomie car écartés de la pollution des urbanisations. Parqués dans des taudis insalubres où l'alcool coule à flot, ces hommes et ces femmes désoeuvrés n'ont pourtant rien perdu de leur dignité, de leur fierté et leur bravoure pour survivre dans un milieu hostile où les mammifères, les poissons et les crustacés sont une offrande en guise de nutrition. Avec dureté mais aussi une infinie tendresse, les Bêtes du sud sauvage nous illustre notamment l'histoire d'amour entre une oracle infantile et son père castrateur, destinés à s'affronter pour mieux s'accepter et ainsi se chérir.


Le berceau de la vie
Conte métaphysique, cantique à l'écologie, initiation à l'apprentissage, réflexion mystique sur l'instinct primitif entre l'homme et l'animal, histoire d'amour paternelle, Les Bêtes du sud sauvages est une élégie de l'existence déployant une féerie formelle touchée par la candeur. D'une sensibilité à fleur de peau et d'une pudeur viscérale, le parcours lyrique de Hushpuppy est un souffle romanesque, le poème existentiel d'une sauvageonne hurlant sa foi pour mieux prôner l'existence. Plus qu'un chef-d'oeuvre, une leçon d'humanisme, une commémoration à notre instinct de survie, une rage de vivre inébranlable ! Un crève coeur scandé au son d'une mélodie prude où l'illusion du 7è art n'a jamais été aussi faste qu'au sein de sa nature originelle. Un retour au source en somme à nos propres origines ancestrales...

La critique de mon ami Gilles Rolland : http://www.onrembobine.fr/critiques/critique-les-betes-du-sud-sauvage

Dédicace à Alexandra Louvet et Sylvain Blanchard
21.11.12
Bruno Matéï


mardi 20 novembre 2012

DES HOMMES SANS LOI (Lawless)

                                             Photo empruntée sur Google, appartenant au site bd-sanctuary.com

de John Hillcoat. 2012. U.S.A. 1h55. Avec Shia LaBeouf, Tom Hardy, Jason Clarke, Jessica Chastain, Gary Oldman, Guy Pearce, Mia Wasikowska, Dane DeHaan, Noah Taylor.

Sortie salles France: 19 Mai 2012 (festival de Cannes). 12 Septembre 2012. U.S: 29 Août 2012

FILMOGRAPHIEJohn Hillcoat est un cinéaste australien, né en 1961 au Queensland
1988: Ghosts... of the Civil Dead
1996: To have and to Hold
2005: The Proposition
2009: La Route
2012: Des Hommes sans loi


En 2009, John Hillcoat s'était fait connaître avec un road movie post-apo d'une grande intensité dramatique. Trois ans plus tard, il change de cadre et de registre pour nous remonter à une lointaine époque. Celle de l'Amérique des années 30 pour l'évocation familiale de gangsters ayant réellement (sur)vécu durant la prohibition. Epaulé par une pléiade de stars notoires livrant des numéros d'acteurs indéfectibles (mentions spéciales pour Guy Pierce, proprement abjecte dans le rôle gouailleur d'un agent vénal, et la présence flegmatique de Tom Hardy dans celui d'un gangster robuste mais loyal), Des Hommes sans Loi est malencontreusement desservi par un scénario sans surprise et prévisible.

En 1931, en Virginie, la famille Bondurant exerce des activités illicites de contrebande pour la revente d'alcool librement interdite. Un nouvel agent spécial du nom de Charly Rakes décide de leur déclarer la guerre après que ceux-ci aient refusés une offre inéquitable de partage des gains. Mais les frères Bondurant, que l'on surnomme les indestructibles, sont prêt à tenir tête à l'entreprise de ce maître chanteur et se battre jusqu'à la mort pour leur orgueil. 


Superbement photographié dans ses nuances solaires et parfois même émaillé d'éclairs de poésie limpide au sein de sa nature bucolique, Des Hommes sans Loi nous retrace la lutte sans merci de trois frères baroudeurs particulièrement obtus pour se mesurer contre l'autorité d'une police véreuse en affiliation avec des gangsters sans vergogne. Avec le talent épidermique d'interprètes à la gueule burinée ou au minois timoré, cette nouvelle chronique d'une famille de paysans en ascension réussit facilement à créer l'attachement face à leur relation fraternelle éprise d'ambition élitiste. Si on se prend immédiatement de sympathie pour le jeune Jack Bondurant (Shia LaBeouf) dans sa bonhomie naïve à daigner devenir un trafiquant aussi notoire qu'Al Capone, la redondance des faibles enjeux alloués à cette inlassable guérilla manque inévitablement de densité dramatique et de sens épique. Et cela en dépit des innocents sacrifiés ! Pour accorder une certaine dimension humaine à l'intrigue éculée, on éprouve tout de même un intérêt progressif à suivre le cheminement hasardeux du jeune Jack, engagé contre son gré dans une vengeance erratique pour prouver sa bravoure. Face à l'autorité du frère aîné Forrest (Tom Hardy), véritable leader pugnace à la vulnérabilité quasi imputrescible, le spectateur éprouve également une fascination virile prédominante. Ajoutez aussi le charme naturel de Maggie (Jessica Chastain) en compagne férue d'affection pour l'aîné, et surtout la présence outrée de l'agent Charlie Rakes (Guy Pearce à contre-emploi !), dans celui d'un agent épouvantablement couard, et vous obtenez l'évocation sanglante d'une fratrie quasi invincible. Par contre, on regrettera la discrète apparition incisive de Gary Oldman en gangster notable intraitable, digne successeur d'Al Capone !


Jalonné de séquences d'action homériques plutôt attractives, John Hillcoat réussit in extremis à insuffler une certaine efficacité dans la narration conventionnelle allouée à l'honneur fraternelle. D'autant plus que la violence extrême émanant des nombreux règlements de compte est exacerbée par une verdeur dérangeante. Correctement mené, Des Hommes sans loi se regarde donc avec un plaisir (coupable ?) perfectible et sa brutalité parfois insupportable renforce la véracité des faits énoncés. Celle d'une époque où la prohibition avait déclenché un vent de terreur et de corruption chez des arrivistes sans déontologie. 

20.11.12
Bruno Matéï


lundi 19 novembre 2012

SINISTER

                                       Photo empruntée sur Google, appartenant au site Cinemotion.com

de Scott Derrickson. 2012. U.S.A. 1h50. Avec Ethan Hawke, Juliet Rylance, Clare Foley, Michael Hall d'Addario, Vincent d'Onofrio, Frad Dalton Thompson, James Ransone.

Sortie salles France: 7 Novembre 2012. U.S: 5 Octobre 2012

FILMOGRAPHIE: Scott Derrickson est un réalisateur, scénariste et producteur américain
1995: Love in the Ruins. 2000: Hellraiser V: inferno. 2005: l'Exorcisme d'Emilie Rose. 2008: Le Jour où la terre s'arrêta. 2012: Sinister. 2013: Goliath. 201.: Deux Ex


Hormis l'étonnant (et parfois terrifiant) Exorcisme d'Emilie Rose, on ne peut pas dire que la carrière folichonne de Scott Derrickson soit digne d'éloges (Hellraiser 5 / le remake du Jour où la terre s'arrêta). Et ce n'est pas Sinister, série B horrifique dérivée du found footage, qui pourra nous prouver le contraire. La faute en incombant essentiellement à un coup de marketing prônant son label terrifiant ! Ce qui ne veut pas dire pour autant que Sinister soit aussi périmé qu'un pétard mouillé, bien au contraire ! Un écrivain en quête de reconnaissance décide d'emménager avec sa famille dans une nouvelle demeure pour mieux entreprendre l'écriture de son nouveau livre. Un soir, il découvre dans le grenier un projecteur de cinéma et quelques bobines de films en super 8. En les visionnant, il s'aperçoit avec horreur que le rituel de divers meurtres familiaux ont été perpétrés. Durant l'une des projections, il réussit à entrevoir une silhouette masquée qui pourrait être le potentiel suspect. Au fil des nuits, d'étranges phénomènes vont venir perturber ses nuits de sommeil. Il demande alors l'aide d'un inspecteur de police et d'un spécialiste en phénomènes occultes. 


En adoptant le concept mainstream du found footage affilié aux traditionnels thèmes de demeure hantée et de boogeyman revanchard, le réalisateur Scott Derrickson réussit à tirer son épingle du jeu par la dextérité d'une mise en image suggestive fignolant son caractère oppressant. Chargé d'une aura de mystère diaphane dans le cérémonial d'étranges meurtres filmés en mode "super 8", l'impact anxiogène de Sinister est décuplé par cette fonction amateuriste. L'aspect véridique des crimes perpétrés en hors champ est mis en évidence par la texture d'une image ternie par le grain de pellicule. De prime abord, les victimes réunies nous sont représentées de manière harmonieuse au sein du cocon rassurant de leur cellule familiale. Ce n'est que quelques secondes après avoir observé ses images paisibles du bonheur conjugal que l'horreur et la stupeur vont venir ébranler le spectateur quand ces quidams vont subitement se retrouver drogués et ligotés pour être assassiner de sang froid (pendaison, immolation, noyade, décapitation). Tandis qu'à chaque exaction commise (et pour alimenter le suspense), un survivant infantile est épargné mais jamais retrouvé par les autorités !


En résulte alors un réalisme glauque particulièrement dérangeant dans cette scénographie ritualisée, d'autant plus que le score percutant (parfois en décalage avec ce qui nous est illustré) se révèle saturée de sons déroutants pour mieux nous déstabiliser. Avec une certaine distinction, le réalisateur se réapproprie de stéréotypes usuels (les bruits suspects dans le grenier, les apparitions fantomatiques liées au mutisme, les terreurs nocturnes d'un gamin retrouvé dans une boite à carton) et recompose le portrait torturé d'un écrivain parano épris d'un certain penchant pour l'alcool. Indubitablement, le spectateur se pose les éventuelles questions éculées: Est-il entrain de devenir fou et risque t'il d'assassiner toute sa famille ? En faisant intervenir l'élément occulte du surnaturel et l'icone du boogeyman effrayant, la narration décousue ne cesse d'attiser un suspense lattent en multipliant les errances nocturnes d'un père de famille habité par l'affres de l'inconnu et sa reconquête de notoriété. Tandis qu'au fil de ses investigations entreprises avec l'aide d'un imminent spécialiste et d'un jeune policier, l'homme délibéré à se raviser, va se retrouver confronté à une terrifiante machination sans qu'une ultime issue de sortie ne vienne le secourir. Cette divulgation incongrue se révèle d'autant plus perturbante et insupportable pour le paternel accablé qu'elle met en cause la culpabilité ATTENTION SPOILER !!! de l'enfance galvaudée FIN DU SPOILER.


Avec son intrigue ombrageuse jalonnée de situations anxiogènes particulièrement oppressantes, son climat aussi dérangeant que malsain découlant d'un rituel morbide et l'utilisation du docu-vérité établi par les bobines de super 8, Sinister juxtapose avec une belle efficacité l'académisme de thèmes rebattus et la rationalité du documenteur. Dominé par la présence fébrile d'Ethan Hawke et scandé par une bande son tonitruante, Sinister sort finalement des sentiers battus dans son habileté à mettre à mal le spectateur sans effet de fioriture, et en enfonçant le clou dans un nihilisme radical. Pour parachever et pour mieux apprécier cette modeste série B lourdement inquiétante, retenez bien que l'aura du climat entretenu se révèle beaucoup plus angoissante que terrifiante, alors que sa réflexion sur le pouvoir de l'image désarçonne par son impact irrépressible.

19.11.12
Bruno Matéï


vendredi 16 novembre 2012

A PERDRE LA RAISON. Prix d'interprétation Féminine, Cannes 2012

                                         Photo empruntée sur Google, appartenant au site cinebel.be

de Joachim Lafosse. 2012. Belgique. 1h51. Avec Emilie Dequenne, Niels Arestrup, Tahar Rahim, Stéphane Bissot, Mounia Raoui, Redouane Behache, Baya Belal.

Sortie salles France: 22 Août 2012

Récompense: Prix d'Interprétation Féminine pour Emilie Dequenne, dans la catégorie: Un Certain Regard.

FILMOGRAPHIE: Joachim Lafosse est un cinéaste, scénariste, dramaturge et metteur en scène de théâtre belge, né le 18 Janvier 1975 à Uccle.
2004: Folie Privée
2006: Ca rend heureux
2006: Nue Propriété
2008: Elève Libre
2012: A perdre la Raison


Inspiré d'une sordide affaire d'infanticide survenue en Février 2007, A perdre la raison décrit la lente descente dans la folie d'une mère de famille, épouse de quatre enfants.
Dans un climat austère, pesant et dépressif, le réalisateur belge Joachim Lafosse nous convie à une dérive psychotique vis à vis d'une femme démunie car trop esseulée pour se raccrocher à un soutien psychologique. Epouse d'un marocain impassible subjugué par son travail, Muriel est contrainte de partager sa vie conjugale parmi la présence du père adoptif de Mounir, le médecin Pinget. Au fil des mois, après quelques accrochages intempestifs vis à vis de leur autonomie et de la postérité des enfants, le couple décide de s'exiler au Maroc avec l'accord de Pinget. Pour tenter de soigner sa dépression et sous la recommandation du paternel de Mounir, Murielle part consulter une psychologue. Mais une sévère discorde d'ordre relationnelle contraint la jeune femme à endiguer ses futures séances de thérapie. En perte de repères, étouffée par la présence envahissante de Pinget et ses quatre enfants et délaissée par un mari inexistant, Murielle perd pied et sombre dans la folie. Jusqu'à commettre l'irréparable...


Photographie clinique, atmosphère anxiogène suffocante et hyper réalisme d'une mise en scène acérée impliquent le spectateur de manière sensitive vers une introspection mentale d'une jeune mère de famille névralgique. Le climat tendu entretenu au sein du couple et la relation en demi-teinte qu'ils doivent consentir avec le Dr Pinget rendent leur labeur péniblement inconfortable. Ce sentiment de claustration est d'autant plus lourd à supporter que les interprètes du film, exceptionnels de véracité, exacerbent cette déchéance conjugale en chute libre. Outre les prestances probantes de Niels Arestrup (impressionnant d'ambiguïté dans sa spontanéité affable !) et du surdoué Tahar Rahim (révélé dans le multi-césarisé Un Prophète), une mention particulière est indubitablement impartie à la performance criante de vérité d'Emilie Dequenne (louablement récompensée à Cannes !). Dans une froideur désespérée, elle retransmet avec une acuité neurotique le rôle chétif d'une mère de famille totalement désemparée par son environnement cafardeux dont personne ne semble éprouver une moindre empathie.


Remarquablement mis en scène avec un souci de réalisme proche du docu vérité et dominé par la prestance de trois comédiens époustouflants de conviction, A perdre la raison est un drame familial d'une noirceur et d'un désespoir péniblement supportable. Le climat dérangeant et le malaise diffus que le réalisateur véhicule avec application rendent le film finalement antipathique et beaucoup trop austère. A conseiller avec beaucoup de réserve et prudence.

16.11.12
Bruno Matéï

La polémique des intéressés (Source Wikipedia): Bien qu'il n'ait pas vu le film, Bouchaïb Moqadem, le père des enfants de Geneviève Lhermittte, l'a critiqué en le décrivant comme "insulte à la mémoire de mes enfants." Il a ajouté, "J'ai le droit à l'oubli. Cet assassinat et ce massacre gratuit sont inexplicables. Comment peut-on alors l'expliquer avec un artiste ?". Le Dr. Schaar qui a inspiré le personnage joué par Niels Arestrup s'est également indigné par rapport au film, "C'est faire du fric sur cinq cadavres d'enfants". Il estime que Joachim Lafosse "a fait preuve d’un manque d’empathie vis-à-vis des enfants morts et se fout complètement des protagonistes vivants."En mai 2010, les deux intéressés s'étaient déjà vivement opposés à la réalisation du projet et avaient par la suite réclamé un droit de regard sur l'œuvre qui leur a été refusé.


jeudi 15 novembre 2012

L'ARBRE DE NOEL (The Christmas Tree / When Wolves Cry)

                                                                       Photo empruntée sur Google, appartenant au site femme-de-sable.skyrock.com

de Terence Young. 1969. Italie/France. 1h48. Avec William Holden, Brook Fuller, Bourvil, Virna Lisi, Madeleine Damien, Friedrich von Ledebur, Mario Féliciani, Michel Thomass, Georges Douking.

Sortie salles France: 15 Octobre 1969

FILMOGRAPHIE: Terence Young est un réalisateur et scénariste britannique, né le 20 Juin 1915 à Shangaï (Chine), décédé le 7 Septembre 1994 à Cannes (France) d'une crise cardiaque.
1946: La Gloire est à eux. 1948: l'Etrange Rendez-vous. 1948: One night with you. 1949: Les Ennemis Amoureux. 1950: Trois des Chars d'Assaut. 1951: La Vallée des Aigles. 1952: The Tall Headlines. 1953: Les Bérets Rouges. 1955: La Princesse d'Eboli. 1955: Les Quatre Plumes Blanches. 1956: Safari. 1956: Zarak le valeureux. 1957: Au bord du Volcan. 1958: La Brigade des Bérets noirs. 1959: Serious Charge. 1960: Les Collants Noirs. 1960: La Blonde et les nus de Soho. 1961: Les Horaces et les Curiaces. 1962: James Bond contre Dr No. 1963: Bons baisers de Russie. 1965: Les Aventures amoureuses de Moll Flanders. 1965: Guerre Secrète. 1965: Opération Tonnerre. 1966: Opération Opium. 1967: Peyrol le boucanier. 1967: La Fantastique Histoire vraie d'Eddie Chapman. 1967: Seule dans la nuit. 1968: Mayerling. 1969: l'Arbre de Noel. 1970: De la Part des Copains. 1971: Soleil Rouge. 1972: Cosa Nostra. 1974: Les Amazones. 1974: The Klansman. 1977: Woo fook. 1979: Liés par le sang. 1981: Inchon. 1983: La Taupe. 1988: Run for your Life.


Classique télévisuel des fêtes de fin d'année, ce mélodrame conçu par un vétéran du cinéma populaire garde intact son impact émotionnel quand il s'agit de nous faire partager les derniers instants de vie d'un enfant atteint de leucémie. D'après le roman de Michel Bataille, ce réquisitoire contre le péril nucléaire ne peut laisser indifférent face à l'iniquité de la maladie incurable, surtout quand elle décide de s'acharner sur une personne du plus jeune âge. Indubitablement, certains spectateurs réfractaires à ce genre de mélodrame trouveront toujours matière à reprocher sa dramaturgie emphatique. Pourtant, il s'agit ici d'une oeuvre intègre et sensible, réfutant le pathos racoleur, alors que la brutalité de son épilogue irréversible surprend par sa radicalité. Avec les poignantes compositions de William Holden , Virna Lisi, le petit Brook Fuller et l'aisance naturelle de Bourvil (dans un rôle à contre-emploi), Terence Young nous expose un conte de noël bouleversant et désenchanté. Si le discours moralisateur sur les dangers du nucléaire se révèle peut-être un brin caricatural, la leçon de dignité que nous véhicule le réalisateur emporte tout sur son passage pour évoquer avec pudeur la quotidienneté d'une famille unie, délibérée à combler les attentes d'un enfant conscient de sa déveine. Et pour s'accommoder à cette injustice inacceptable, nos protagonistes se réconfortent donc sur l'instant présent de l'existence afin de prodiguer sans modération l'amour qu'un enfant fustigé doit récolter. Profiter pleinement de l'épanouissement en communauté avant de devoir se confronter à la perte de l'être cher. De manière latente, le réalisateur illustre notamment l'angoisse contenue du point de vue de la famille redoutant la fin inéluctable quand bien même le malade, conscient de sa déchéance, est intrinsèquement épris d'une anxiété viscérale.


Sous un climat hivernal rigoureux au confins des fêtes de Noel, Terence Young introduit notamment une nuance poétique teintée de mélancolie lors de la relation fraternelle que Pascal va entretenir avec un couple de loups. Des mammifères sauvages que son père Laurent et Verdun auront décidé de dérober en interne d'un zoo afin d'exaucer un voeu utopiste. Outre son sujet grave alloué au thème de la pathologie incurable et les effets pervers du danger atomique, l'Arbre de Noel doit son acuité émotionnelle à l'harmonie commune de ses interprètes. Dans le rôle de Pascal, le jeune Brook Fuller ne peut qu'émouvoir en tant qu'enfant martyr destiné à mourir. Mais il trouve le juste équilibre à extérioriser une gentillesse spontanée et une maturité responsable sans appuyer sur la corde sensible. Dans celui du comparse prévenant à la bonhomie naturelle, Bourvil surprend par sa sobriété pour transmettre son indignation et sa peine face aux conséquences délétères du péril nucléaire. En maîtresse férue d'amour pour sa nouvelle liaison avec Laurent, la ravissante Virna Lisi entretient une présence discrète à s'isoler volontairement dans son pavillon afin de ne pas perturber l'équilibre de Pascal. Mais une femme avenante pourvue d'un esprit maternel lorsqu'elle décide de rejoindre Pascal et Laurent réfugiés à la maison de campagne pour la veillée de Noel. Enfin, William Holden donen chair à son personnage avec une poignante conviction en homme d'affaires plein de rancoeur pour la bêtise humaine mais féru d'amour pour son enfant. Un paternel altruiste délibéré à le combler avec un florilège de cadeaux tout en lui imputant la tendre compagnie de loups sauvages.


Hormis quelques maladresses et une certaine naïveté lors de certains dialogues, l'Arbre de Noël demeure un mélodrame humble et bouleversant dont l'issue cinglante, tragiquement irréversible, nous ébranle de plein fouet jusqu'au trauma. Soutenu de l'illustre mélodie de Narciso Yepes, ce conte de noël à la mélancolie vulnérable reste une leçon de dignité humaine pour prémunir l'être aimé... Jusqu'au dernier souffle... 

15.11.12. 4èx
@ Bruno