mercredi 3 juillet 2013

SPRING BREAKERS

                                          Photo empruntée sur Google, appartenant au site pariscine.com

de Harmony Korine. 2012. 1h32. US.A. Avec James Franco, Vanessa Hudgens, Selena Gomez, Ashley Benson, Rachel Korine, Heather Morris.

Sortie salles France: 6 Mars 2013. U.S: 22 Mars 2013

FILMOGRAPHIE: Harmony Korine est un réalisateur et scénariste américain, né le 4 Janvier 1973 à Bolinas, Californie.
1997: Gummo. 1999: Julien Donkey-Boy. 2007: Mister Lonely. 2009: Trash Humpers. 2013: Spring Breakers.


Le "Breakfast Club" des années 2000. Jean Baptiste-Thoret.
Déjà responsable d'un authentique film culte indépendant (Gummo), Harmony Korine nous projette avec Spring Breakers dans l'univers artificiel d'un congé de printemps auquel une jeunesse insouciante se livre sans modération à la décadence. Cette semaine printanière originaire d'Amérique du Nord est l'occasion pour des milliers d'étudiants de faire la fête durant leurs vacances avant l'approche des examens. Le phénomène de mode surnommé "Spring Break" a pris une telle ampleur auprès des jeunes que d'autres pays (dont la France) se sont rapidement appropriés le concept estival où sexe, drogue et alcool coulent à flot. Et ce en dépit de tragiques incidents mortels survenus aux quatre coins du monde tels que overdoses ou comas éthyliques, sans compter certains cas de viols perpétrés sur de jeunes filles. Par l'esprit racoleur de son affiche sexy et l'accroche du trailer explosif, Spring Breakers avait de quoi laisser dubitatif le cinéphile averti, redoutant un nouveau Projet X à grande échelle conçu sur de la vacuité putassière ! Quatre godiches décident de braquer un fast-food afin de pouvoir se payer des vacances idylliques au spring break de Floride. Sur place, elles approchent un chanteur de rap qui va les mener vers une délivrance suicidaire. 


Voilà établi en quelques mots sa trame orthodoxe classiquement préconçue pour un public ado. Or, si les clichés usuels à cette coutume printanière (sea, sexe, sun, alcool and coke !) pullulent dans Spring Breakers, la réalisation expérimentale de Harmony Korine (au montage ultra dynamique !) va totalement se réapproprier des conventions pour nous entraîner dans un bad trip onirique à la lisière de la métaphysique ! Ici, peu importe la consistance de son scénario linéaire, seule compte l'expérience visuelle, l'aura insolite, la réflexion spirituelle et l'atmosphère de plénitude émanant des états d'âme de filles rebelles. Avec une force émotionnelle épineuse, Spring Breakers nous relate de manière anticonformiste leur introspection mélancolique, la quête éperdue d'un ultime paradis face à la désillusion d'une vie fastidieuse. La soif de bonheur, l'envie d'épanouissement, la quête absolue d'un avenir insouciant vont les inciter à côtoyer le mal sous l'influence d'un "penseur" névrosé. Transcender les barrières de la moralité afin de consumer la vie au jour le jour sans avoir à se soucier des conséquences du lendemain. Brûler la vie à grande doses de drogues, de sexe et d'adrénaline afin de s'idéaliser son paradis (artificiel). Cette atmosphère envoûtante chargée de poésie naturaliste et de désillusion imprègne la pellicule et nous immerge vers une transe hypnotique où le néant crépusculaire culmine à la déroute. En somme, No futur pour l'innocence sans repères papillonnant à l'orée du mutisme.


Spring Break pour la mort !
On ne sort pas radieux de l'expérience contemplative de Spring Breakers, comme si une perte de conscience et de motricité corporelle nous avait lourdement endeuillée durant 1h30. Constat d'amertume sur une jeunesse aphone obnubilée par les paillettes et jouissances éphémères, Spring Breakers constitue un voyage métaphysique au bout d'une nuit sans horizon. Sa flamboyance formelle, sa réalisation virtuose et la partition d'une bande son aussi envapée que tonitruante nous convoquant malaise, aigreur et poignante empathie. Beaucoup de spectateurs déroutés ne trouveront pas matière à s'enthousiasmer devant une oeuvre aussi inclassable privilégiant les sens ineffables d'une émotion désabusée, quand bien même d'autres auront sans doute peine à sortir indemne du cri de révolte imputé à cette jeunesse en berne. 

03.07.13
Bruno Matéï

L'avis de Mathias Chaput
"Spring breakers" est avant tout un film choc, bien plus malin et intelligent qu'il pourrait paraître...
Un piège se referme sur les jeunes filles, aussi bien que sur le spectateur, appâtées par le gain et le sexe, pensant se "trouver" alors qu'au final elles se "perdent"...
Le folklore du gangster à la Tony Montana est de nouveau perpétré dans le film avec un côté moins viscéral que fun, doublé par l'inconscience de personnes désoeuvrées et paumées dans l'âme, ne pouvant qu'observer une issue funeste d'une noirceur absolue...
Il y a un côté pathétique et touchant en même temps dans "Spring breakers" au carrefour du polar moderne et de l'étude de moeurs ciselée, où s'articulent des thématiques comme la consommation de produits addictifs (la drogue, l'alcool mais aussi la vénalité et la perversion sexuelle) et la désespérance d'une jeunesse prise entre le marteau de l'intégration et l'enclume de la tentation d'une vie festive...
D'une réalisation fluide et rapide mais parfaitement lisible, "Spring breakers" est un métrage hybride, à mi chemin entre film expérimental et traditionnel, doté de comédiens en roue libre qui semblent "vivre" leurs rôles comme dans le réel...
Cauchemar crédibilisé par l'émotion des trois héroïnes qui perdent pied rapidement et se "réfugient" dans la violence comme d'autres trouveraient un exutoire afin de pallier à leurs angoisses, Korine trouve la force nécessaire pour insuffler de l'innocence à ces créatures qui en sont dépourvues, sorties de l'adolescence et en mutation transitoire entre l'âge adulte affirmé et les repères éclatés, se cherchant et pensant se trouver dans cette vie anarchique et superficielle, que leur propose Alien...
A la fois axé sur la tentation et le délabrement, il manquerait juste un côté initiatique au film, il est exempt de la moindre rédemption vis à vis des héroïnes, ce qui accentue et amplifie de fait le malaise provoqué chez le spectateur et fait ressortir ce dernier collapsé à la fin du visionnage...
"Spring breakers" est assurément un grand film qui laisse une empreinte, qui s'ancre bien dans son époque et qui ose toutes les transgressions pour appuyer son propos de manière très rigoureuse...
Une belle réussite !

Note: 9/10


                                      Photo empruntée sur Google, appartenant au site aceshowbiz.com

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