vendredi 27 septembre 2013

UN ETE POURRI (The Mean Season). Grand Prix à Cognac.

                                     Photo empruntée sur Google, appartenant au site fan-de-cinema.com

de Philip Borsos. 1985. U.S.A. 1h44. Avec Kurt Russel, Mariel Hemingway, Richard Jordan, Richard Masur, Richard Bradford, Joe Pantoliano, Andy Garcia, William Smith.

Récompenses: Grand Prix spécial TF1 à Cognac, 1986
Prix du Public, 1986

Sortie salles France: 24 Juillet 1985. U.S: 15 Février 1985

FILMOGRAPHIE:  Philip Borsos est un réalisateur, acteur, scénariste et producteur américain, né le 5 Mai 1953 à Hobart (Australie), décédé le 2 Février 1995 à Vancouver (Canada).
1976: Cooperage. 1977: Spartree. 1979: Nails. 1982: The Grey Fox. 1985: Un Eté pourri. 1985: One Magic Christmas. 1990: Bethune: The Making of a Hero. 1995: Loin de la maison.


Thriller occulté de nos jours alors qu'il fut en 1986 couronné du Grand Prix et celui du Public à Cognac, Un Eté pourri est le seul film reconnu en France par le cinéaste Philip Borsos. Décédé en 1995, ce jeune réalisateur laisse derrière lui un petit thriller retors rondement mené auquel l'interprétation de Kurt Russel, en journaliste susceptible, et celle de Richard Jordan, en serial killer aussi patibulaire que goguenard, doivent beaucoup au caractère intense de leur confrontation.
Un journaliste devient l'instrument d'un serial-killer afin que ce dernier puisse accéder à une certaine notoriété auprès des médias et du public. 


D'après le roman In the Heat of the Summer de John Katzenbach, Un Eté Pourri est érigé sous le moule de la série B avec sagacité dans son scénario équivoque mettant en exergue les rapports troubles qu'un jeune journaliste doit entretenir avec un tueur en mal de renommée. Réflexion sur la quête de célébrité et le rapport cynique du journalisme à sensations, Philip Borsos confronte un duel haletant entre deux rivaux contraints de collaborer sous les feux des projecteurs. Alors que ce reporter commence à gagner une popularité grandissante auprès des médias, le tueur inconsidéré décide de prendre sa revanche sur son orateur afin de pouvoir renouer avec sa célébrité. Face à cette trahison, quoi de plus perfide que de mettre en place une une stratégie accès sur l'esprit de provocation et le rapt d'un otage. Dans ce jeu de duperie auquel leur rapport malsain est toujours plus étroit, c'est une course poursuite endiablée que le journaliste va devoir finalement entamer afin de retrouver ATTENTION SPOILER sa femme en vie. FIN DU SPOILER. Efficacement réalisé et surtout interprété avec dextérité par deux comédiens inflexibles, Philip Borsos alterne étude de caractères, meurtres en série et action trépidante dans une dernière partie riche en rebondissements. Avec un certain réalisme et l'effet de suggestion, il n'oublie pas de renforcer le caractère crapuleux de son intrigue vis à vis des crimes lâchement exécutés par un tueur sans vergogne. A l'image de cette séquence éprouvante auquel un bébé en larmes est retrouvé aux abords d'une forêt sous une pluie torrentielle alors que sa mère vient d'être découpée en morceaux !


En privilégiant la psychologie ambivalente de deux adversaires confrontés à l'ascension de la popularité, Philip Borsos redouble d'efficacité pour mettre en exergue leur rivalité possessive. Dominé par la présence indéfectible de Kurt Russel, ce solide thriller est notamment pourvu d'une atmosphère blafarde (la ville de Miami risque à tous moments d'être balayée par un ouragan !) que n'aurait pas renié Seven

27.09.13. 3èx
Bruno Matéï


jeudi 26 septembre 2013

ISOLATION. Grand Prix à gérardmer 2006.

                                         Photo empruntée sur Google, appartenant au site Allocine.fr

de Billy O'Brien. 2005. Irlande. 1h35. Avec John Lynch, Essie Davis, Ruth Negga, Sean Harris, Marcel Lures, Crispin Letts, Stanley Townsend.

Récompenses: Grand Prix à Gérardmer, 2006
Prix de la Critique à Gérardmer, 2006

Sortie salles France: 7 Juin 2006

FILMOGRAPHIE: Billy O'Brien est un réalisateur irlandais.
2005: Isolation



Premier long-métrage du réalisateur irlandais Billy O'Brien, Isolation sort déjà vainqueur de Gérardmer en remportant le prestigieux Grand Prix et celui de la critique. Influencé par Alien et The Thing, mais sans jamais prétendre les plagier, cette série B horrifique redouble d'efficacité dans une structure narrative imparable alliant suspense intense et terreur diffuse. Dans une ferme, un agriculteur et son ex femme se retrouvent confrontés à une menace biologique d'un genre nouveau. Celle d'une mutation génétique fécondée par l'une de leur vache. 



Huis-clos étouffant régi en interne d'une ferme isolée, Isolation ne perd pas de temps pour immerger le spectateur dans une séquence d'accouchement aussi dérangeante que réaliste. Un agriculteur et une vétérinaire tentent désespérément d'extraire du ventre de sa mère un petit veau. Mais suite à des manipulations génétiques expérimentées par l'homme, cette génisse en gestation va enfanter un foetus difforme. Et ce dernier de produire à son tour 6 nouveaux embryons dans l'estomac de sa mère !
Dans un climat humide où le peu de clarté est ternie par la nuit, une poignée d'humains va tenter de se débarrasser d'une créature belliqueuse particulièrement véloce. Le problème avec cette nouvelle menace inconnue, c'est qu'elle grossit rapidement après s'être nourri de sang auprès de son hôte et qu'elle réussit par la même occasion à se démultiplier afin de propager une contamination. Pire encore, l'embryon est capable de corrompre des cellules humaines à partir d'une simple morsure et ainsi provoquer une future mutation chez l'homme ! Ce scénario catastrophe, Billy O'Brien le retransmet avec souci de vérité et du détail scientifique. Epaulé par la sobriété de comédiens à la dimension humaine en désarroi, Isolation distille une angoisse oppressante face à des situations inopinées toujours plus embarrassantes. Sa réalisation habile exploitant parfaitement les recoins glauques de son décor industriel (notamment un jeu contrasté d'éclairage limpide) et la manière pertinente dont le réalisateur structure l'embryon provoque inévitablement une peur viscérale. Sa morphologie indescriptible et son instinct de survie à se planquer dans les recoins insalubres distillent un suspense régulier auquel l'intensité des enjeux va progresser d'un échelon vers son point d'orgue crucial. Sans esbroufe inutile, le film joue donc la carte du réalisme clinique et provoque l'angoisse car il fait notamment appel à la peur des manipulations génétiques. C'est à dire le fait d'oser intégrer des gènes étrangers, animaux ou végétaux, dans le corps d'un membre d'une espèce distincte, ou encore de changer les gènes d'un organisme afin de l'améliorer.


Un mutant à la ferme
A partir d'un canevas éculé, Billy O'Brien réinvente le huis-clos claustro et la menace animale avec une efficacité leste implacable. Le caractère parano des protagonistes livrés à une épreuve de force impitoyable accentue le côté vérité de cette horreur viscérale auquel un monstre hybride a décidé d'annihiler notre monde. Sa physionomie monstrueuse, sorte de lombric élaboré à partir d'os broyés et de viscères, transcende une oeuvre cauchemardesque tour à tour inquiétante par la force de ses images !

26.09.13. 2èx
Bruno Matéï

mercredi 25 septembre 2013

DEADGIRL

                                            Photo empruntée sur Google, appartenant au site cinesploitation.com

de Marcel Sarmiento et Gadi Harel. 2008. U.S.A. 1h41. Avec Shiloh Fernandez, Noah Segan, Michael Bowen, Candice Accola, Andrew DiPalma, Eric Podnar, Nolan Gerard Funk, Christina Blevins

Sortie salles France: 31 Janvier 2009 (DTV). U.S: 19 Septembre 2008

FILMOGRAPHIE: Marcel Sarmiento est un réalisateur, acteur, producteur, scénariste américain. 2003: It's better to be wanted for murder than not to be wanted at all. 2007: Toi, moi... et mon chien. 2008: Deadgirl.  2012: The ABCs of Death.
Gadi Harel est un réalisateur et scénariste israélien, né le 16 Mai 1971.
2002: Operation Midnight Climax. 2008: Deadgirl (Co-réalisateur)


Teen movie au vitriol sorti directement en Dtv dans nos contrées, Deadgirl est un ovni putrescent difficilement abordable par son absence d'empathie pour les protagonistes et cette provocation jusqu'au-boutiste de distiller un malaise de manière irresponsable. Pour l'anecdote subsidiaire, le film est tiré d'un scénario de Trent Haaga, ancien membre de l'écurie déjantée Troma à qui l’on doit notamment Toxic Avenger 4 ainsi que de nombreux caméos dans diverses productions de la firme.
Dans les sous-sols d'un hôpital abandonné, deux adolescents découvrent un cadavre humain dévêtu. Surgie de nulle part, cette femme en voie de putréfaction est une zombie décharnée, enchaînée sur une table d'opération. Comment est arrivé ce cadavre moribond, par qui et depuis quand ? On ne le saura jamais ! De la même façon que ce chien cerbère surveillant les alentours comme s'il était voué à la protéger ! L'un des deux étudiants décide de la violer et sombre dans le culte de la perversion. 


A la sortie de la projo de Deadgirl, il est difficile de dévoiler ses chaudes impressions tant l'expérience immorale semble dénuée de raisonnement dans les motivations putassières d'une bande de teenagers. Avec une volonté évidente de choquer le spectateur (langage cru à l'appui) et de l'entraîner dans un bad trip atypique (la situation de séquestration avec un cadavre mourant reste inédite dans les annales du Zombie movie !), Marcel Sarmiento et Gadi Harel se vautrent dans une certaine complaisance sordide à nous immerger au sein de leurs exactions sexuelles. Un gang-bang volontiers dégueulbif dans leurs échanges sexuels avec une esclave zombie ! Epaulé d'une photo blafarde et de décors rubigineux, Deadgirl convoque un malaise persistant à nous étaler les états d'âme véreux d'une bande d'ados écervelés, influencés par les penchants nécrophiles de leur leader. Seul, l'acolyte de ce dernier reste l'élément le moins corruptible, parce que le plus sensé, bien qu'indécis à affirmer son refus d'obtempérer et extérioriser ces remords de culpabilité. Vivant reclus dans son foyer familial parmi l'absence récurrente de sa mère et la présence inhospitalière de son beau-père alcoolique, Rickie rêve de conquérir une lycéenne inabordable, puisque déjà sentimentalement engagée avec une "terreur" du lycée. Embarqué dans cette sordide histoire de viol collectif et incapable d'exprimer une autorité persuasive, le jeune garçon se réfugie après les cours dans les bas-fonds du sous-sol hospitalier pour témoigner d'abus sexuels nécrophiles ! Le climat nauséeux tangible qui y règne, l'ambiance de claustration qui émane de cette pièce calfeutrée auquel les lycéens s'y sont embrigadés nous convoquent un sentiment d'impuissance et de voyeurisme malsain. Sans issue de secours, les réalisateurs perdurent l'épreuve de force immorale avec parfois une ironie sardonique déconcertante (la tentative des deux étudiants de kidnapper une fille stoïque sur un parking) jusqu'à une conclusion nihiliste réfutant la rédemption de l'amour. On sort donc de l'expérience éprouvé avec le sentiment frustrant d'avoir participer à un délire scabreux dénué d'éthique.


l'Amour à Mort
Sous couvert de frustration sexuelle et d'émoi amoureux, Marcel Sarmiento et Gadi Harel traitent du malaise adolescent avec un nihilisme aussi radical que dérangeant. Deadgirl ressemblant alors à un Teen-movie avarié, véritable cauchemar existentiel d'une jeunesse dépravée totalement larguée par la décence des sentiments et de la tendresse. Quoiqu'on en dise, l'expérience a tout de même le mérite de réfuter les conventions standardisées de l'entertainment, de revendiquer son caractère immoral et de plonger le spectateur dans les abysses d'une horreur crue.
A découvrir avec précaution...

25.09.13. 2èx
Bruno Matéï

mardi 24 septembre 2013

CURSE OF CHUCKY

                                          Photo empruntée sur Google, appartenant au site bloody-disgusting.com

de Don Mancini. 2013. U.S.A. 1h33. Avec Brad Dourif, Fiona Dourif, Danielle Bisuttin, A Martinez, Brennan Elliott, Chantal Quesnelle, Kevin Anderson.

Sortie salles France: 1er Novembre 2013 (DTV). U.S: 8 Octobre 2013 (DTV)

FILMOGRAPHIE: Don Mancini est un scénariste, producteur et réalisateur américain, né le 25 Janvier 1963.
2004: Le Fils de Chucky
2013: Curse of Chucky



9 ans ! C'est le temps qu'il aura fallu à Chucky pour remonter les marches et se refaire une santé vers nos salles obscures, ou plutôt devant la lucarne de notre téléviseur puisque Curse of Chucky est directement passé par la trappe DTV ! Au vu du résultat désastreux du produit, on comprends aisément qu'une exploitation au cinéma aurait été une sacré prise de risque, voir un suicide commercial imparable. Alors pourquoi ce Dtv réalisé par le scénariste attitré de la saga, Don Mancini, (déjà responsable de l'excellent l'opus précédent, le Fils de Chucky), se vautre dans la banalité avec une telle insignifiance ? A cause d'un scénario inepte affligeant de bêtise, de comédiens stéréotypés dénués de toute psychologie et se situations rebattues de plus en plus lassantes.


Si le prologue futilement plaisant et son générique techniquement retors annonçait une éventuelle série B sympathique, la suite des évènements va prendre une tournure toujours plus conventionnelle quand Don Mancini tente de distiller un suspense lattent avant d'escompter les prochaines exactions de notre poupée de sang ! (la séquence du souper empoisonné s'avère un bon exemple pour la science de son intensité attendue !).
En guise de deuil, et avec l'aimable présence d'un prêtre, un trio d'amants vient rendre visite à Nica, jeune célibataire impotente vivant recluse parmi l'assistance de sa mère. Mais un mystérieux colis laissé par le facteur va transformer leur paisible existence en canular cauchemardesque !
Durant 45 minutes, on tente de s'attacher à nos personnages dans le huis-clos restreint de cette demeure familiale auquel une soeur cupide tente de négocier à son aînée handicapée la revente de la maison familiale depuis le décès accidentel de leur mère. Pour accentuer le côté manipulateur de la mégère, celle-ci fornique avec une femme de ménage topless ATTENTION SPOILER !!! alors que son mari suspicieux a déniché une trouvaille ingénieuse pour la surveiller (planquer une mini caméra dans la poche de vêtement de Chucky !). FIN DU SPOILER
Ce genre d'idées inutiles, Curse of Chucky en regorge, à l'instar de l'étroite relation que le réalisateur souhaite raccorder avec le premier volet de la saga initiée par Tom Holland. Avec une certaine prétention et refus d'ironie mordante, le réalisateur improvise une filiation parentale afin de justifier les nouvelles motivations vindicatives de Chucky, mais aussi démystifier l'handicap corporel de notre héroïne. Et à se prendre trop au sérieux, ce Dtv trivial est donc plombé par une quasi absence de délire sardonique et la fadeur de quelques meurtres routiniers, à deux exceptions près ! (ATTENTION SPOILER !!! la mort du prêtre et celle du mari FIN DU SPOILER). Même son épilogue à tiroirs, clins d'oeil caustiques aux deux récents épisodes, ne fait preuve d'aucune originalité pour tenter de nous surprendre avec l'apparition d'une icone sexuelle ! Sans vouloir faire preuve de mauvaise foi, j'ajoute enfin que notre poupée molle du genou fait ici pâle figure car elle semble fatiguée à daigner commettre ses nouveaux forfaits (le caractère haletant des dernières altercations est dénué de toute intensité) tout en tentant d'inculquer sa doctrine auprès d'une fillette (le rejeton docile de la soeur infidèle).  


Out of order
Par son absence totale de suspense, d'originalité, de terreur et de rythme alerte, Curse of Chucky s'avère le plus mauvais épisode de la saga, d'autant plus desservi par une facture télévisuelle blafarde (la plupart des séquences se déroulant le plus souvent dans une lumière nocturne). Et il faudra sans doute faire preuve d'indulgence pour trouver l'ensemble distrayant.

24.09.13
Bruno Matéï

                                     

lundi 23 septembre 2013

LES LEVRES ROUGES (Daughters of Darkness)


                                         Photo empruntée sur Google, appartenant au site allocine.fr

de Harry Kümel. 1971. France/Belgique/Allemagne. 1h40. Avec John Karlen, Delphine Seyrig, Danielle Ouimet, Andrea Rau, Paul Esser, Georges Jamin.

FILMOGRAPHIE: Harry Kümel est un réalisateur belge, né le 27 Janvier 1940 à Anvers.
1963: Hendrik Conscience. 1965: De Grafbewaker. 1969: Monsieur Hawarden. 1971: Les Lèvres Rouges. 1972: Malpertuis. 1978: Het verloren paradijs. 1985: The Secrets of Love. 1986: Série Rose. 1991: Eline Vere.


Produit entre la France, la Belgique et l'Allemagne, Les Lèvres Rouges est une oeuvre atypique du mythe vampirique auquel Harry Kümel apporte sa touche particulière avec un goût prononcé pour l'esthétisme charnel. Le soin accordé à son imagerie lascive et à ses teintes bleutées d'une nature crépusculaire laissent en mémoire un recueil de plages fantasmagoriques. Un couple de jeunes mariés louent une chambre d'hôte pour leur voyage de noces. Dans cet hôtel désert, ils font la connaissance d'un étrange couple de femmes et ne vont pas tarder à se laisser séduire. 


Si ce film belge peu connu du public est une variante académique du thème du vampire, il est toutefois transcendé par l'inspiration d'une réalisation expérimentale et le talent de son actrice principale, Delphine Seyrig. Sur ce dernier point, on peut vanter que sa présence charnelle y est pour beaucoup au climat envoûtant qui émane de l'intrigue. Le charme de sa voix rocailleuse et surtout le magnétisme accordé à son regard pénétrant nous ensorcellent par sa beauté classieuse. Son esprit mesquin lointainement inspiré de la comtesse sanglante Elisabeth Bathory ne fait que mettre en exergue un caractère de femme désinvolte en quête de sang frais et de jeunes filles prudes.
A partir d'un argument simpliste bâti sur son emprise de séduction et son désir de combler sa solitude, Les Lèvres Rouges s'avère littéralement étrange et surprenant car on ne sait jamais dans quelle direction sa structure narrative souhaite emprunter. En adoptant une démarche érotique explicite ou sous-jacente, et l'aspect parfois sanglant de certaines séquences stylisées (on peut même évoquer l'imagerie baroque de Dario Argento), Harry Kümel nous entraîne dans une forme de rêve fantasmatique où l'amour en désillusion semble difficile à acquérir. L'aspect désincarné et l'attitude indolente des protagonistes renforcent son caractère surréaliste hors norme pour mettre en exergue le pouvoir indiscernable d'une comtesse influente.  


Poétique, sensuel et envoûtant, Les Lèvres Rouges est une réussite formelle peaufinant un conte vampirique diaphane à la destinée esseulée. La maîtrise de sa mise en scène auteurisante et le talent des interprètes (notamment la blonde québécoise Danielle Ouimet à la chevelure d'or !) renforcent les ambitions singulières de cet ovni clairsemé.   

23.09.13.
Bruno Matéï

Le film est disponible en Dvd ici : http://video.fnac.com/a6207193/Les-levres-rouges-Delphine-Seyrig-DVD-Zone-2

jeudi 19 septembre 2013

HOSTEL, CHAPITRE 2 (Hostel: Part 2)

                                               Photo empruntée sur Google, appartenant au site impawards.com

de Eli Roth. 2007. U.S.A. 1h35. Avec Lauren German, Bijou Philips, Heather Matarazzo, Jay Hernandez, Roger Bart, Vera Jordanova.

Sortie salles France: 11 Juillet 2007. U.S: 8 Juin 2007

FILMOGRAPHIE: Eli Roth est un réalisateur américain, né le 18 Avril 1972 à Boston.
2002: Cabin Fever. 2006: Hostel. 2007: Thanksgiving (faux trailer). 2007: Hostel 2. 2009: Nation's Pride - Stolz der Nation (trailer). 2013: The Green Inferno.


Après le phénomène du torture porn initié par Saw, Eli Roth nous avait également rendu sa copie avec un pur film d'exploitation moins roublard mais tout aussi hardcore, Hostel. Un an plus tard, il décide de remettre le couvert avec ce second chapitre toujours produit par son compère Quentin Tarantino. Hostel 2 reprend donc le même concept linéaire auquel de traditionnels touristes égarés en Slovaquie vont devenir les futurs cobayes de rupins pervers assoiffés de sang. Sauf qu'en l'occurrence, les victimes ne sont plus de jeunes dragueurs machistes mais trois fêtardes un peu trop influençables.


Avec sa photo saturée et l'aspect flamboyant de décors stylisés (la fête ésotérique au sein du village, la pièce des trophées où sont étagées les têtes décapitées, l'antichambre des tortures gérée à l'instar d'une forteresse), Eli Roth nous plonge dans un nouveau bain de sang où l'art du supplice est négociée aux enchères par la téléphonie mobile de riches notables. Avec l'efficacité d'un suspense expectatif, Hostel 2 joue autant la carte de l'humour noir violemment sardonique que de la perversité innommable sous l'entremise de deux bourgeois en quête de plaisir morbide. Alors que l'un s'excite à l'idée de commettre ses horribles méfaits sur une jolie étudiante, l'autre semble beaucoup plus distant et timoré à oser braver l'interdit. C'est dans la caractérisation de ces antagonistes maladifs, deux pères de familles plutôt fortiches, qu'Eli Roth prend soin de nous développer leur divergence morale. Roger Bart (découvert dans la série Desperate Housewives) insufflant une complexité psychologique dans son esprit introverti et refoulé, faute d'une mégère asexuelle, mais néanmoins rattrapé par ses pulsions misogynes. En père de famille contrairement serein et plein d'aplomb, Richard Burgi (également issu de la même série TV !) lui partage la vedette avec un cynisme pervers totalement assumé. La densité névrotique qu'ils véhiculent spontanément s'avère donc l'atout capital pour l'entreprise de ce second chapitre. Quand aux trois jeunes étudiantes, consécutivement endossées par Lauren German, Bijou Phillips et Heather Matarazzo, elles réussissent à nous retransmettre leur douleur morale et leur affres de la mort avec une fragilité féminine plus empathique que les machistes lubriques du précédant opus. En manipulatrice aguicheuse, la sublime et longilline Vera Jordanova impose l'antinomie d'une prédatrice vénale sous un regard azur de louve mesquine.


Emaillé de séquences chocs douloureuses et radicales (le supplice du bain de sang inspiré par la comtesse Elisabeth Bathory), parfois non exempts d'humour potache (le dîner anthropophage que Ruggero Deodato pratique en autodérision, la partie de foot des orphelins avec une tête décapitée, l'émasculation risible), Hostel 2 conforte un divertissement calibré par son savoir-faire et son rythme soutenu culminant une horreur hardcore aussi incisive que dérangeante. Son constat social sur la cupidité démontrant aussi avec ironie mordante à quel point l'argent peut conditionner les bas instincts des fortunés les plus dépravés. Une suite supérieure à son modèle, techniquement mieux maîtrisée, alors que l'effet de surprise éventé est ici récupéré par la densité psychologique des antagonistes, touche féminine empathique en sus du point de vue des victimes soumises. 

La Chronique de Hostel: http://brunomatei.blogspot.fr/2016/01/hostel.html

19.09.13. 2èx
B.M


mercredi 18 septembre 2013

PHILADELPHIA EXPERIMENT. Meilleur Film au Fantafestival, 1985


                                      Photo empruntée sur Google, appartenant au site cinemapassion.com

de Stewart Raffill. 1984. U.S.A. 1h42. Avec Michael Paré, Nancy Allen, Eric Christmas, Bobby Di Cicco, Louise Latham, Stephen Tobolowsky.

Sortie salles U.S: 3 Août 1984

FILMOGRAPHIE: Stewart Raffill est un réalisateur et scénariste américain, né le 27 Janvier 1942 au Royaume-Uni.
1971: The Tender Warrior. 1974: When the North Wind Blows. 1975: La Liberté Sauvage. 1976: Across the Great Divide. 1978: Les Naufragés de l'île perdue. 1981: Les Risques de l'Aventure. 1984: The Ice Pirates. 1984: Philadelphia Experiment. 1988: Mac et Moi. 1991: Mannequin: on the move. 1994: l'Ami Africain. 1994: Tammy and the T-Rex. 1998: Les Naufragés du Pacifique. 1999: Grizzly Falls. 2001: A Month of Sunday. 2005: Survie: les naufragés. 2007: Croc (télé-film). 2007: Bad Girl Island. 2010: Standing Ovation.


Dans la lignée de Nimitz, Retour vers l'enferPhiladelphia Experiment inverse sa situation temporelle pour confronter deux gabiers des années 40 dans l'époque contemporaine de 1984. Suite à une expérience scientifique destinée à rendre invisible un navire de guerre des radars ennemis, nos deux matelots vont se retrouver projetés 41 ans plus tard sur le même lieu de leur disparition. Au même moment, dans une base militaire, le Dr Longstrat s'aperçoit qu'une ville côtière a entièrement disparu !


Inspiré d'une légende fondée sur l'expérience de Philadelphie (Project Rainbow) qui aurait consisté à rendre invisible le navire USS Eldridge le 23 Octobre 1943, Philadelphia Experiment joue la carte de la série B en alternant action, science-fiction et bons sentiments. Sur ce dernier point, on regrette d'ailleurs un peu l'aspect niais de la relation amoureuse entreprise avec le couple Nancy Allen / Michael Paré, car si leur talent d'acteur n'est pas à remettre en cause, on a un peu de mal à s'émouvoir de leur crainte pour une éventuelle séparation. Hormis l'aspect télé-film de sa mise en scène routinière, Stewart Raffill sait toutefois combiner avec efficacité l'action trépidante (les diverses courses-poursuites de nos héros entamées avec les forces de l'ordre, l'altercation dans l'hôpital) et l'anticipation technologique épaulée d'effets spéciaux crédibles (avec en sus, l'emploi de certaines images de synthèses). Emaillé de revirements surprenants (la ville soudainement ensevelie dans l'espace temps, les retrouvailles de David avec son ancien compagnon 40 ans plus tard, la disparition inopinée de ce dernier sur son lit d'hôpital !) et d'idées pittoresques (le futur président Ronald Regan jouant les cowboys dans les westerns de série B, les punks accoutrés de crêtes colorées, le travelo racolant David durant sa garde à vue !), Philadelphia Experiment s'érige en divertissement mineur mais indéniablement attachant. Le caractère noble des protagonistes ainsi que la trogne affable des seconds rôles ajoutent un charme naïf à ce voyage temporel inscrit dans la volonté de braver ses peurs.


Hormis son manque de suspense, l'aspect impersonnelle de la réalisation et l'idylle mielleuse impartie au couple glamour, Philadelphia Experiment est aujourd'hui une série B vintage qui saura encore séduire une frange de la génération 80. 

18.09.13. 3èx
Bruno Matéï

mardi 17 septembre 2013

LE SANCTUAIRE (La Chiesa / The Church / Demons 3)

                                        Photo empruntée sur Google, appartenant au site silverferox.blogspot.fr

de Michele Soavi. 1989. 1h42. Italie. Avec Barbara Cupisti, Tomas Arana, Hugh Quarshie, Giovanni Lombardo Radice, Asia Argento, Feodor Chaliapin Jr, Antonella Vitale.

FILMOGRAPHIE: Michele Soavi est un réalisateur italien né le 3 Juillet 1957 à Milan, (Italie).
1985: The Valley (vidéo). 1985: Le Monde de l'horreur (Documentaire). 1987: Bloody Bird. 1989: Le Sanctuaire. 1991: La Secte. 1994: Dellamorte Dellamore. 2006: Arrivederci amore, ciao. 2008: Il sangue dei vinti.


A la suite d'une malédiction ancestrale, des démons sont réveillés des siècles plus tard par l'inadvertance d'un bibliothécaire au sein d'une cathédrale en rénovation. 


L'association Keith Emmerson, Goblin / Dario Argento / Michele Soavi avait de quoi réjouir les fans de la saga Demons initiée par Lamberto Bava. A l'arrivée, ce troisième volet fait plutôt grise mine dans son melting-pot de situations éculées auquel le montage destructuré enfonce le film vers le gouffre de la bisserie Z. Il y avait pourtant une volonté évidente de la part de Soavi de concrétiser une série B horrifico-onirique militant pour une ambiance gothique au sein d'une cathédrale crépusculaire, juste avant d'avoir soigneusement reconstitué un prélude moyenâgeux assez cruel. Seulement, le scénario foutraque multiplie des incidents horrifiques auquel nos protagonistes tentent de déjouer les forces du Mal avec une foi peu convaincante. Sujet à diverses hallucinations, faute de s'être entaillé le bras auprès d'un objet maléfique, un bibliothécaire va propager sa contagion auprès des invités d'une noce de mariage. Dans le bordel le plus complet et avec un désir de multiplier l'action grand-guignolesque redondante, chacun des hôtes infectés vont accourir dans tous les couloirs et recoins de l'oratoire sans souci d'essayer de s'y échapper ! En prime, Le Sanctuaire se permet même de repomper une séquence entière de la Forteresse Noire (éclairage bleutée à l'appui !) lorsque l'archiviste va découvrir au sous-sol de l'église la croix ensevelie pour la précipiter accidentellement dans un vide béant. Même Shining a droit à son clin d'oeil grotesque quand cette même personne s'empresse de taper indéfiniment sur sa machine à écrire les chiffres 666 devant une Asia Argento médusée !


Au vu de la filmographie inspirée du maître Soavi, il y a de quoi être stupéfié à la vue de ce délire gothique éminemment maladroit et rébarbatif. Les plus indulgents pourront peut-être se consoler du contrepoint entêtant d'Emmerson et Goblin, de certaines images picturales à la poésie macabre, d'une ambiance gothique préalablement perceptible et de scènes gores outrancières comme seuls les italiens ont le secret. 

17.09.13. 3èx
Bruno Matéï

                                    

lundi 16 septembre 2013

LE FACTEUR SONNE TOUJOURS 2 FOIS (The Postman always rings twice)

                                                        Photo empruntée sur Google, appartenant au site listal.com

de Bob Rafelson. 1981. U.S.A. 2h00. Avec Jack Nicholson, Jessica Lange, John Colicos, Michael Lerner, William Traylor, John P. Ryan, Angelica Huston.

Sortie salles U.S: 20 Mars 1981

FILMOGRAPHIE: Bob Rafelson est un réalisateur, scénariste, producteur et acteur américain né le 21 Février 1933 à New-York.
1968: Head. 1970: Cinq pièces faciles. 1972: The King of Marvin Gardens. 1976: Stay Hungry. 1981: Le Facteur sonne toujours 2 fois. 1986: La Veuve Noire. 1989: Aux Sources du Nil. 1992: Man Trouble. 1996: Blood and Wine. 1998: Poodle Springes (télé-film). 2002: Sans motif apparent.


Remake du film homonyme de Tay Garnett, adapté du célèbre roman de James M. Cain, le Facteur sonne toujours 2 fois adopte une démarche plus sulfureuse sous l'influence du réalisateur Bob Rafelson avec l'audace d'un érotisme torride (l'étreinte sexuelle dans la cuisine reste dans toutes les mémoires !). Réunissant deux illustres acteurs incarnant avec passion un duo d'amants diaboliques, ce thriller habilement charpenté allie leur romance déchue avec une acuité émotionnelle élégiaque.

Dans le Middle-West des années 30, deux amants paumés vont tenter de se débarrasser du mari gênant afin d'assouvir leur nouvelle relation. Mais rien ne se déroulera comme prévu... 


Auréolé d'une aura de scandale dès sa sortie internationale pour la verdeur érotique allouée à sa séquence pré-citée, le Facteur sonne toujours deux fois continue encore de surprendre dans la violence ardente tolérée aux ébats ! Cette charge torride que Jessica Lange et Jack Nicholson retransmettent avec intensité enveloppe tout le récit dans leur complicité hésitante et leur désespoir amoureux à tenter de fonder une aubaine conjugale. Sous le mode du thriller criminel au suspense sous-jacent et aux rebondissements fortuits (les magouilles de la jurisprudence sont édifiantes !), Bob Rafelson transcende un drame passionnel pour sublimer le portrait subversif d'amants galvaudés par leur frustration sociale.
Avec l'aspect formel de sa mise en scène appliquée (reconstitution soignée de l'après crise de 1929 dans une photo aux teintes sépia), Le Facteur sonne toujours 2 fois nous ensorcelle par son climat feutré où deux amants inconfiants vont engendrer la déveine par une démarche crapuleuse.
En amant meurtrier, Jack Nicholson magnétise l'écran pour composer de façon équivoque un personnage marginal plutôt flâneur et infidèle mais finalement délibéré à conquérir sa dulcinée. Paumée et effrontée mais débordante de fragilité amoureuse, Jessica Lange lui partage la vedette avec la complicité vénale d'une idéologie immorale. La beauté suave qu'elle dégage naturellement, la violente charge sensuelle qu'elle véhicule par regard mesquin insufflent un jeu de séduction digne des grandes actrices fatales. Ces deux comédiens se livrent corps et âme pour former un couple fébrile aussi désespéré que délétère et contribuent énormément à l'aspect envoûtant qui émane de leur névrose.


Déclinaison pleine de sensualité pour son aura érotique, son score mélancolique et la présence lubrique du couple Nicholson / Lange, Le Facteur sonne toujours deux fois oppose le thriller érotique et le drame romantique avec une intensité émotionnelle finalement bouleversante. Un classique ambitieux et moderniste qui, à mon sens, transcende son chef-d'oeuvre notoire beaucoup plus prude et docile.

16.09.13. 3èx
Bruno Matéï 


vendredi 13 septembre 2013

LA COLLINE A DES YEUX (The Hills Have Eyes). Prix du Jury à Catalogne

                                            Photo empruntée sur Google, appartenant au site thefilmpilgrim.com

de Wes Craven. 1977. U.S.A. 1h29. Avec Susan Lanier, Robert Houston, Martin Speer, Dee Wallace Stone, Russ Grieve, John Steadman, James Whitworth, Virginia Vincent, Lance Gordon, Michael Berryman.

Sortie salles France: 20 Juin 1979. U.S: 22 Juillet 1977

Récompense: Prix du Jury au Festival International de Catalogne, 1977

FILMOGRAPHIE: Wesley Earl "Wes" Craven est un réalisateur, scénariste, producteur, acteur et monteur né le 2 Aout 1939 à Cleveland dans l'Ohio.
1972: La Dernière maison sur la gauche, 1977: La Colline a des yeux, 1978: The Evolution of Snuff (documentaire), 1981: La Ferme de la Terreur, 1982: La Créature du marais, 1984: Les Griffes de la nuit, 1985: La Colline a des yeux 2, 1986: l'Amie mortelle, 1988: l'Emprise des Ténèbres, 1989: Schocker, 1991: Le Sous-sol de la peur, 1994: Freddy sort de la nuit, 1995: Un Vampire à brooklyn, 1996: Scream, 1997: Scream 2, 1999: la Musique de mon coeur, 2000: Scream 3, 2005: Cursed, 2005: Red eye, 2006: Paris, je t'aime (segment), 2010: My soul to take, 2011: Scream 4.


"Ma première décision a été de filmer comme dans les actualités". Wes Craven

5 ans après le traumatisme La Dernière Maison sur la Gauche, Wes Craven renoue avec l'ultra violence proche du docu vérité avec La Colline a des yeux. Vaguement inspiré d'une légende écossaise du XVè siècle, le film retrace la survie d'une famille de vacanciers contre l'offensive d'une bande de cannibales en plein désert du Nouveau-Mexique. Non content d'avoir ébranler des millions de spectateurs à travers le monde avec son premier métrage, Wes Craven persévère dans l'horreur craspec avec ce survival explosif d'une rare intensité. Avec son concept aussi original que débridé (planquée derrière leurs collines, une famille de rednecks sauvages s'en prennent aux vacanciers pour les bouffer), La Colline a des Yeux provoque une stupeur inédite ! D'autant plus que la trogne patibulaire des cannibales et leur apparence vestimentaire (ils sont accoutrés de moumoute en peaux de bête !) nous remémore l'époque de Néanderthal ! D'ailleurs, l'aspect préhistorique des collines rocailleuses renforce ce dépaysement insolite que le spectateur observe avec anxiété. 


Sur ce point, Wes Craven réussit admirablement à insuffler dans sa première partie une atmosphère crépusculaire terriblement ombrageuse quand nos vacanciers désorientés se décident à visiter les alentours depuis que le père s'est trop longuement absenté. Passé cette première mise en place d'une angoisse tangible réellement inconfortable, Wes Craven laisse ensuite exploser une violence insupportable quand deux des cannibales ont réussi à s'introduire à l'intérieur de la caravane. Avec la verdeur d'une violence hyper réaliste, le déchaînement de brutalité qui y découle nous saisit à la gorge quand nos protagonistes sont sévèrement pris à parti par la barbarie des intrus ! Ce règlement de compte sanglant reste encore à l'heure actuelle d'une tension paroxystique puisque le spectateur impuissant est contraint de subir une violence gratuite insupportable de la part de demeurés incivilisés. D'autant plus qu'ici, c'est la femme qui trinque alors qu'un bébé est également sur le point de trépasser ! La dernière partie, la plus incisive et efficace, se focalise sur la partie revenge puisque dans un élan d'injustice, nos derniers survivants vont employer la manière forte et user de stratagème pour affronter physiquement ces autochtones d'un autre âge. De la même manière que La Dernière Maison sur la gauche, Wes Craven impose à nouveau sa réflexion sociale sur la vengeance et l'instinct primitif de l'homme capable de perpétrer une violence haineuse afin de réprimander son tortionnaire. Les réparties haletantes des altercations et la manière ultra efficace dont Wes Craven s'y emploie pour exacerber l'action nous implique comme les héros dans une rancune barbare tout à fait malsaine. Si bien que l'homme civilisé épris de pulsion vindicative se révèle aussi bestial que ces Néandertaliens.   


Plus de 35 ans après sa sortie, La Colline a des yeux n'a rien perdu de sa vigueur et de son efficacité roublarde. En prime, son esprit sardonique d'un humour grinçant renforce l'originalité du concept avec une dose d'ultra violence jusqu'au-boutiste. Une oeuvre culte puissamment éprouvante, peut-être le meilleur film de son auteur si on excuse la maladresse de sa réalisation. 

La Chronique de la Colline a des Yeux (2006): http://brunomatei.blogspot.fr/20…/…/la-colline-des-yeux.html

13.09.13. 6èx
Bruno Matéï

"Visiblement, ce film de Wes Craven est destiné à épouvanter. C'est surtout sa médiocrité qui fait peur"
Jean-Paul Grousset, Le Candard Enchaîné, 27 Juillet 1979

"C'est horrible et totalement abject." Jean Wagner, Télérama, 04 Juillet 1979

"Lorsque le réalisateur n'a d'autre préoccupations que de mettre en images un spectacle de violence complaisant flattant les plus bas instincts de racisme et d'intolérance, on n'obtient des films comme (...) l'odieux La Colline a des Yeux. (...) Par son efficacité et par son sens de l'effet immédiat, La Colline a des Yeux est, ni plus ni moins, une incitation au crime."
Gilles Gressard, Mad Movies, Juin 1980.

"La Colline a des yeux est le film le plus écoeurant et le plus estomaquant que j'ai vu de toute ma vie."
Sam Raimi.

La réception de la Colline a des yeux en France n'a rien de glorieux. Il sort discrètement durant le mois de Juillet 1979. Sans vraie promotion, le film est descendu en flèche par la majorité des critiques. Moins offensés qu'affligés, ils témoignent de leur consternation devant cette "chose" qu'ils ne comprennent pas. Seul, l'ECRAN FANTASTIQUE se fend, sur le tard, d'une critique élogieuse.

jeudi 12 septembre 2013

ATTENTION, LES ENFANTS REGARDENT

                                     Photo empruntée sur Google, appartenant au site cinemapassion.com

de Serge Leroy. 1978. 1h43. France. Avec Alain Delon, Sophie Renoir, Richard Constantini, Thierry Turchet, Tiphaine Leroux, Adelita Requena, Henri Vilbert.

FILMOGRAPHIE: Serge Leroy est un réalisateur français, né le 14 Mai 1937 à Paris, décédé le 27 Mai 1993.
1973: Le Mataf. 1975: La Traque. 1977: Les Passagers. 1978: Attention, les enfants regardent. 1981: Pause-café. 1982: Légitime Violence. 1983: L'Indic. 1985: Double Face (téléfilm). 1985: Le Quatrième Pouvoir. 1988: Contrainte par corps. 1989: Pause-café, pause tendresse. 1989: Une saison de feuilles (télé-film). 1991: Les Cahiers Bleus (télé-film). 1992: Maigret chez les Flamands (télé-film). 1992: Maigret et le corps sans tête (télé-film). 1993: Taxi de Nuit.


    Thriller à suspense méconnu car peu diffusé à la TV et occulté par une majorité de cinéphiles, Attention, les Enfants regardent est, à l'instar de Demain les Mômes, l'une des rares réussites françaises à avoir su traiter du thème de l'enfance diabolique. Avec la présence notable d'Alain Delon, en vagabond condescendant, et un quatuor d'enfants étonnamment crédibles, cette oeuvre dérangeante pointe du doigt les effets néfastes de la TV envers son jeune public, particulièrement l'influence de la violence complaisamment illustrée au cinéma.


    A la suite de la noyade de leur majordome, des enfants livrés à eux mêmes, car dispensés de l'autorité parentale, profitent de leur autonomie au sein d'une villa familiale. Mais un inconnu, préalablement témoin de l'accident meurtrier, décide de les faire chanter afin de pouvoir séjourner dans la maison.
    Avec réalisme et efficacité, le réalisateur de la Traque autopsie ici la dégénérescence morale d'une bande de marmots indisciplinés, car livrés à l'anarchie depuis que leurs parents ont plié bagage à l'étranger. Profitant d'une liberté totale, nos quatre bambins s'autorisent tous les excès afin de pouvoir s'épanouir dans les loisirs et refonder un semblant de vie quotidienne en s'inspirant de celle de leurs parents. Malencontreusement, ils vont devoir se mesurer à l'intrusion d'un étrange inconnu surgi de nulle part. Avec l'influence perverse de l'aînée autoritaire, les cadets vont peu à peu se laisser endoctriner pour tenter de commettre un assassinat. Déjà responsable de la mort accidentelle de la bonne, les enfants semblent de plus en plus détachés de leur nouveau train de vie pour oser commettre l'irréparable. Sous le mode du thriller psychologique, Serge Leroy allie le drame social tristement actuel puisqu'ici, des gosses de riches vont s'inspirer de la violence vue à la télé pour se débarrasser d'adultes autoritaires afin de prolonger leur libre indépendance.


    Carré blanc 
    Cri d'alarme envers la démission parentale auquel l'enfant indiscipliné, dénué de repère, n'a plus aucune notion du bien et du mal, Attention les Enfants regardent véhicule une inquiétude sous-jacente jusqu'au malaise éprouvé face à la culpabilité des médias. Avec une certaine audace, Serge Leroy façonne un curieux suspense psychologique, d'autant plus que l'innocence machiavélique des enfants insuffle une aura insolite au climat éthéré de la pellicule. 

    La Chronique de La Traque: http://brunomatei.blogspot.fr/2016/03/la-traque.html
    12.09.13. 2èx
    Bruno Matéï

    mercredi 11 septembre 2013

    EXPLORERS

                                     Photo empruntée sur Google, appartenant au site zootropita.wordpress.com

    de Joe Dante. 1985. U.S.A. 1h45. Avec Ethan Hawke, River Phoenix, Jason Presson, Dick Miller, Bobby Fite.

    Sortie salles France: 18 Décembre 1985. U.S: 12 Juillet 1985

    FILMOGRAPHIE: Joe Dante (né le 28 novembre 1946 à Middletown, New Jersey) est un critique, scénariste, monteur, producteur et réalisateur américain. Son plus grand succès populaire est, à ce jour, Gremlins (1984).
    1966-1975 : The Movie Orgy 1976 : Hollywood Boulevard, co-réalisé avec Allan Arkush 1978: Piranhas,1981 : Hurlements (The Howling) 1983 : La Quatrième Dimension (Twiling Zone the Movie), troisième épisode, Its a Good Life 1984 : Gremlins 1985 : Explorers 1987 : Cheeseburger film sandwich (Amazon Women on the Moon), 5 sketches 1987 : L'Aventure intérieure, 1989 : Les Banlieusards (The 'burbs) 1990 : Gremlins 2, la nouvelle génération (Gremlins 2 The New Batch) 1993 : Panic sur Florida Beach (Matinee) 1998 : Small Soldiers 2003 : Les Looney Tunes passent à l'action (Looney Tunes : Back in Action) 2006 : Trapped Ashes , premier segment,Wraparound. 2009: The Hole.


    Un après le succès planétaire de Gremlins, Joe Dante revient avec un cinéma plus intime mais néanmoins fantasque et débridé (l'anthologie du final cartoonesque) dans Explorers. Une aventure spatiale insensée auquel un trio de bambins malicieux décident de voyager dans l'espace à l'aide d'une capsule confectionnée de bric et de broc. Divertissement familial par excellence, Explorers est inscrit dans une démarche si intègre à daigner illustrer un conte fantastique influencé par le sens du merveilleux. A l'image lyrique de ces séquences de rêve aériennes que l'un de nos héros matérialise durant son sommeil afin de s'évader de la routine. Avec d'étonnantes plages de poésie aux trucages toujours aussi persuasifs (les premiers essais scientifiques avec la bulle, leur escapade nocturne à bord de leur capsule, l'odyssée spatiale qui s'ensuit et leur rencontre extravagante avec les E.T), Explorers nous entraîne dans une expédition fantasmatique parmi la curiosité de gamins avides de découverte avec les univers insondables. Avec refus des conventions et du stéréotype, Joe Dante nous caractérise des aventuriers infantiles particulièrement attachants et fragiles dans leur carapace humaine, au prémices d'une réflexion existentielle avec la nature de l'homme (son instinct délibérément destructeur entraperçu à travers le cinéma de série B) et en quête sentimentale pour les premiers émois amoureux (la relation naissante de Ben avec sa voisine de palier). Pas de marmots turbulents donc complaisamment interprétés mais des p'tits génies attendrissants férus de soif de découverte pour les galaxies stellaires. 


    Au-delà de son hymne à l'exaltation du rêve, Explorers est notamment un vibrant hommage au cinéma de science-fiction des années 50, (particulièrement la Guerre des mondes) à travers l'aspect exubérant des extra-terrestres et des décors kitchs particulièrement insolites (le dédale industriel du vaisseau spatial jonché de pièces multiformes). Mais l'aspect le plus jouissif est à venir lors d'une confrontation entreprise entre nos voyageurs en herbe et les monstres tentaculaires d'apparence "fluo". A travers leur tentative de communication, Joe Dante nous énonce une satire acide de la sous-culture, du consumérisme et du pouvoir de la télévision auquel les êtres humains se sont toujours abreuvés ! Car ici, depuis des siècles, nos extra-terrestres contemplatifs ont réussi à s'instruire à travers nos retransmissions audiovisuelles de jeux télévisés, de B movies et show animés. Tenant un discours incohérent devant leurs invités terriens en parodiant machinalement les sketchs saugrenues de show TV, les martiens ironisent en diable à nous caricaturer comme des étrangers écervelés, d'autant plus hostiles dans notre démarche destructrice (enrayer toute menace avec les espèces inconnues est le thème récurrent abordé dans la série B de science-fiction). 


    Petit bijou de fantaisie, d'inventivité, de tendresse et de féerie, Explorers est une denrée précieuse pour le divertissement familial car il s'adresse autant aux enfants méditatifs qu'aux adultes érudits pour sa violente satire assénée au symbole ricain de la (sous-)culture de masse.  

    11.09.13. 3èx
    Bruno Matéï

    mardi 10 septembre 2013

    MAD-MAX : AU DELA DU DOME DU TONNERRE (Mad Max: Beyond Thunderdome)

    Photo empruntée sur Google, appartenant au site lluviadeestrellasenlaloberia.blogspot.com

    de Georges Miller et George Ogilvie. 1985. Australie/U.S.A. 1h47. Avec Mel Gibson, Tina Turner, Bruce Spence, Adam Cockburn, Frank Thring, Angelo Rossitto, Paul Larsson.

    Sortie salles France: 25 Septembre 1985. U.S: 10 Juillet 1985

    Récompense: NAACP Image Award 1986: Meilleure Actrice pour Tina Turner.

    FILMOGRAPHIE: Georges Miller est un réalisateur, scénariste et producteur australien, né le 3 Mars 1945 à Chinchilla (Queensland). 
    1979: Mad-Max. 1981: Mad-Max 2. 1983: La 4è Dimension (dernier segment). 1985: Mad-Max : Au-delà du dôme du Tonnerre. 1987: Les Sorcières d'Eastwick. 1992: Lorenzo. 1997: 40 000 ans de rêve (documentaire). 1998: Babe 2. 2006: Happy Feet. 2011: Happy Feet 2. 2014: Mad Max 4; Fury Road. 


    4 ans après le phénomène planétaire Mad-Max 2, Georges Miller rempile à nouveau pour un troisième opus influencé par la notion humaniste de son héros déchu. Alors que des millions de fans espéraient un avatar aussi homérique que son modèle barbare, la déception fut rude auprès d'une majorité d'aficionados. Avec lucidité et refus de remaker l'élite d'un western post-apo truffé de cascades ébouriffantes, Georges Miller prend le risque de déconcerter son public avec ce troisième volet plus docile et optimiste que ces aînés. En jouant la carte du lyrisme et du dépaysement assuré, Mad-Max 3 nous illustre cette fois-ci un guerrier de la route assagi car idéalisé par la candeur d'une escouade d'enfants sauvages en quête d'apprentissage. Dans la cité de Trocpolis où son véhicule vient d'être dérobé, Max est contraint de combattre vaillamment un adversaire colossal pour récupérer son bien et prendre le contrôle du monde souterrain. Epargnant in extremis son rival, Max est condamné par leur leader au Goulag dans un désert aride dénué de présence humaine. Ou presque. Car une tribu d'enfants pacifistes gouvernée par la matriarche Savanah vont lui porter secours, persuadés que cet inconnu est le messie d'une ancienne prophétie, le Capitaine Walker. Une opportunité fructueuse leur permettant ainsi de réparer leur Boeing accidenté et l'espoir d'entamer un périple vers la contrée inexplorée d'une terre promise.  


    Oeuvre maudite, car si dépréciée et conspuée par nos puristes intransigeants, Mad-Max 3 s'offre pourtant la subtilité de ne pas bêtement reproduire l'anthologie des cascades homériques sublimée dans les opus antérieurs. Influencé cette fois-ci par le peplum (toute la première partie trépidante confinée autour du Dôme) et le lyrisme exaltant de Lauwrence d'Arabie (la traversée épique du désert de Max et sa confrérie), Georges Miller ne manque pas d'ambition pour nous transposer une flamboyante aventure humaine. Un spectacle chargé de souffle romanesque dans son onirisme limpide et sa quête initiatique de l'apprentissage. Car sous l'égide d'une tribu d'enfants utopistes, Max va ainsi pouvoir réapprendre à vivre et renouer avec la cohésion fraternelle en tentant d'exaucer une prophétie fantaisiste. Croire au rêve et en son destin ("croyez en vos rêves et ils se réaliseront peut-être. Croyez en vous et ils se réaliseront surement", dixit Martin Luther King). Voilà à mon sens personnel le message d'espoir que l'on peut suggérer à travers la solidarité de Max et sa troupe de bambins innocents dans leur unification à daigner renouer avec la civilisation et la connaissance de la culture. Avec ces décors éclectiques aussi insolites (la cité de Trocpolis) qu'idylliques (l'oasis des enfants perdus), Mad-Max 3 renouvelle une troisième fois sa scénographie post-apo avec une ampleur toute aussi singulière. Soin esthétique d'une photo ocre transcendant une urbanisation primitive en mutation ou la pureté opaline d'un désert clairsemé, George Miller nous fait partager avec exaltation un conte post-apo chargé d'optimisme afin de cristalliser un avenir meilleur. Sans toutefois déconsidérer ses fans purs et durs d'action vrombissante, le réalisateur renouvelle sa virtuosité technique et son imagination fertile dans une première partie spectaculaire (toute l'action intense centrée à l'intérieur du dôme auquel sa conception technique s'avère scrupuleuse de réalisme !) et un point d'orgue frénétique renouant avec l'esprit guerrier de Mad-Max 2. A ce titre, la dernière course-poursuite élancée entre des bolides erratiques et une locomotive archaïque culmine son itinéraire vers l'issue inespérée d'une échappée aérienne !


    Avec l'apparition surprise de la chanteuse Tina turner (surprenante de charisme animal dans son instinct belliqueux !) et d'une tribu d'enfants dociles, Mad-Max 3 réfute les conventions et la redite pour tenter de proposer au public un spectacle flamboyant transi de lyrisme et de poésie prude. Scandé par l'inoubliable tube, "We don't need another hero", ce troisième opus s'érige en magnifique odyssée humaine pour la quête initiatique d'une terre nouvelle en la présence d'un héros quasi mystique. Un spectacle épique d'une beauté immaculée qu'il serait temps de réhabiliter à sa juste valeur, d'autant plus qu'il ne prend jamais parti de se prendre au sérieux (l'humour malicieux s'avérant omniprésent). 

    La critique de Mad-Max 2http://brunomatei.blogspot.fr/…/mad-max-2-mad-max-2-road-wa…

    Dédicace à Jean-Marc Micciche
    10.09.13. 4èx
    Bruno Matéï