mardi 30 septembre 2014

L'HORRIBLE DR ORLOF (Gritos en la noche)

                                                                   Photo empruntée sur Google, appartenant au site wrongsideoftheart.com

de Jess Franco. 1962. Espagne. 1h27. Avec Howard Vernon, Conrado San Martin, Diana Lorys, Perla Cristal, Maria Silva, Ricardo Valle, Mara Laso.

Sortie salles France: 1er Octobre 1962. U.S: 7 Octobre 1964. Espagne: 14 Mai 1962

FILMOGRAPHIE: Jess Franco (Jesus Franco Manera) est un réalisateur espagnol, né le 12 Mai 1930 à Madrid, décédé le 2 Avril 2013.
1962: L'Horrible Dr orlof.  1962: Le Sadique Baron Von Klaus. 1964: Les Maîtresses du Dr Jekyll. 1966: Le Diabolique Dr Zimmer. 1969: L'Amour dans les prisons des femmes. 1969: Justine ou les infortunes de la vertu. 1970: Les Nuits de Dracula. 1970: Le Trône de Feu. 1971: Vampyros Lesbos. 1972: Les Expériences Erotiques de Frankenstein. 1972: Dracula prisonnier de Frankenstein. 1972: La Fille de Dracula. 1973: Quartier des Femmes. 1973: Christina chez les Morts-Vivants. 1974: La Comtesse Noire. 1974: Eugénie de Sade. 1976: Jack l'Eventreur. 1980: Terreur Cannibale. 1980: Mondo Cannibale. 1981: Sadomania. 1981: Le Lac des Morts-Vivants (co-réal). 1982: L'Abîme des Morts-Vivants. 1982: La Chute de la maison Usher. 1988: Les Prédateurs de la Nuit. 2002: Killer Barbys.


Fer de lance de l'âge d'or du fantastique ibérique, l'Horrible Dr Orlof est une déclinaison bisseuse du chef-d'oeuvre de Franju, les Yeux sans Visage. Considéré comme le meilleur film de l'intarissable Jess Franco, l'Horrible Dr Orlof confronte l'hommage direct à la Universal à d'autres références un peu plus récentes (le prélude semble suggérer l'ombre de Jack l'Eventreur avec cette prostituée éméchée divaguant dans une sombre ruelle !) sous une mise en forme vulgarisée d'horreur et d'érotisme. Soigneusement éclairé dans un joli noir et blanc et renforcé de décors gothiques parfois baroques, l'Horrible Dr Orlof possède une patine espagnole aussi particulière que la personnalité excentrique du cinéaste. Afin de redorer la beauté de sa fille défigurée, le Dr Orloff et son domestique Morpho kidnappent des jeunes filles pour expérimenter des greffes de peau. Grâce aux témoignages de certains badauds, la police établit deux portraits robots des potentiels agresseurs quand bien même le collier d'une disparue est retrouvé à proximité d'une rivière.


Illustrant de manière quelque peu fantasque une horreur séculaire avec l'esprit décomplexé de gore timoré et de sexe audacieux (de par la gratuité imposée aux rares scènes de nudité !), l'Horrible Dr Orlof baigne dans une ambiance rétro quasi intemporelle ! Ce sentiment inédit de participer à une épouvante versatile est notamment renforcé par les présences grand-guignolesques d'Orloff et de son acolyte Morpho ! Howard Vernon endossant la défroque du chirurgien avec cabotinage d'orgueil et de vanité tandis que Ricardo Valle adopte le charisme du monstre mutique par le biais d'un regard exorbité. Franchement impressionnant par sa physionomie difforme balafrée d'une cicatrice, ce dernier réussit à insuffler un climat onirico-macabre particulièrement envoûtant autour de ses interventions. Le caractère naïf de l'entreprise est également renforcé par la maladresse des dialogues et de son humour parfois pittoresque (les témoignages des deux marginaux au poste de police) alors que Jess Franco exploite avec sincérité l'illustre trame de Franju dans l'unique but de divertir. La vigueur du récit alternant sans temps morts péripéties horrifiques, investigation et stratégie policière, discorde conjugale (l'épouse d'Orloff répugne de plus en plus son attitude immorale et égotiste) et intervention chirurgicale émane autant de l'efficacité de sa réalisation techniquement soignée.


Classique notoire des années 60 annonçant l'émancipation du Fantastique Espagnol en passe de transgresser la violence horrifique, l'Horrible Dr Orlof est autant un délicieux hommage à l'épouvante archaïque qu'une perle bisseuse où l'insolite prime parmi l'exubérance des meurtriers.

Bruno Matéï
3èx

lundi 29 septembre 2014

MANSION OF THE DOOMED

                                                                                  Photo empruntée sur Google, appartenant au site impawards.com

de Michael Pataki. 1976. U.S.A. 1h22. Avec Richard Basehart, Gloria Grahame, Marilyn Joi, Trish Stewart, Lance Henriksen, Al Ferrara.

Récompense: Prix d'interprétation masculine pour Richard Basehart au Festival du Rex de Paris 1977

FILMOGRAPHIE: Michael Pataki est un acteur, réalisateur et producteur américain, né le 16 Janvier 1938 à Youngstown (Etats-Unis), décédé le 15 Avril 2010 à North Hollywood.
1976: Mansion of the Doomed. 1977: The Hardy Boys (série TV). 1977: Cinderella.


Inédit en France, hormis son passage remarqué au Festival du Rex de Paris (Prix d'interprétation masculine pour Richard Basehart !), Mansion of the Doomed est une production Charles Band faisant parti du haut du panier grâce à son interprétation un peu plus convaincante que la traditionnelle et grâce à son ambiance putride issue des seventies, époque à laquelle il fut modestement conçu. A la suite d'un grave accident de voiture qui aura rendu sa fille aveugle, un chirurgien tente de multiples greffes sur des quidams imprudents afin de lui redonner la vue. En attendant le succès de ses expériences, les cobayes énucléés sont parqués dans une geôle au sous-sol de sa demeure. 


Variation putassière des Yeux sans Visage de Franju, Mansion of the Doomed est le portrait type de la série B d'exploitation bâtie sur un pitch éculé uniquement prétexte aux débordements horrifiques. L'histoire répétitive (et parfois incohérente dans l'attitude illogique des meurtriers !) ne cessant de tourner en rond depuis que le chirurgien accumule les kidnappings afin de parfaire la nouvelle intervention chirurgicale parmi la complicité de sa femme. Paradoxalement, ce sentiment de redondance n'est en rien préjudiciable pour l'intérêt du spectateur puisque le réalisateur réussit efficacement à nous faire oublier sa routine par d'habiles rebondissements (la tentative d'enlèvement pratiquée sur une fillette, les deux témoins qui s'ensuivent compromis par la transaction du meurtrier, l'évasion inespérée d'une des prisonnières puis la sédition finale) et l'intrusion de nouveaux protagonistes livrés à la déchéance et à l'impuissance. En prime, le comportement sournois et immoral du couple de meurtriers participe notamment à la progression d'une atmosphère toujours plus malsaine. Car au fil des échecs successifs du praticien, le nombre croissant des victimes afflue au sein d'une prison confinée dans la pénombre. En observant ses exactions expérimentales, le climat glauque s'exacerbe au sein de sa luxueuse demeure, notamment lorsque le réalisateur succède aux conditions de vie miséreuses des prisonniers réduits à l'isolement et à l'esclavage. Epaulé d'effets spéciaux artisanaux de Stan Winston, les visions d'effroi émises sur les victimes impressionnent par l'aspect déliquescent de leur faciès même si les maquillages s'avèrent aujourd'hui perfectibles. A cet égard, la première séquence illustrant l'agression d'un prisonnier auprès de l'épouse du médecin s'avère percutante dans son effet de surprise improvisé et dans l'aspect morbide de l'assaillant réduit à la déchéance humaine. 


Dénué d'ambition dans son format de série B au rabais si ce n'est que de divertir le spectateur avec sincérité et modestie d'une horreur réaliste, Mansion of the Doomed forge la sympathique curiosité largement favorisée par l'aspect poisseux d'un climat étouffant et de freaks réduits à la cécité. A découvrir !

Merci à l'Univers Fantastique de la Science-Fiction
Bruno Matéï

Ci-dessous, une autre critique favorable: http://jeanmarcmicciche.blogspot.fr/2014/09/mansion-of-doomed-prix-dinterpretation.html

vendredi 26 septembre 2014

CABIN FEVER

                                                                                  Photo empruntée sur Google, appartenant au site vertigofilms.es

d'Eli Roth. 2002. U.S.A. 1h33. Avec Rider Strong, James DeBello, Jordan Ladd, Cerina Vincent, Joey Kern, Giuseppe Andrews.

Sortie salles France: 25 Août 2004. U.S: 14 Septembre 2002

FILMOGRAPHIE: Eli Roth est un réalisateur américain, né le 18 Avril 1972 à Boston.
2002: Cabin Fever. 2006: Hostel. 2007: Thanksgiving (faux trailer). 2007: Hostel 2. 2009: Nation's Pride - Stolz der Nation (trailer). 2013: The Green Inferno.


Premier essai derrière la caméra d'Eli Roth, Cabin fever est une forme d'hommage aux séries B gores inspiré ici d'une maladie que le réalisateur a lui même traité. Le Psoriasis (également prénommé "gale" par nos ancêtres) étant une maladie de la peau se caractérisant par, je cite: "des lésions rouges et squameuses du cuir chevelu, des genoux et des coudes, associés à une atteinte des ongles". Dans certains cas, il peut également atteindre les articulations du malade. Cette pathologie d'origine inconnue ne s'avère pas contagieuse et il n'existe à ce jour aucun traitement pour en guérir bien qu'un palliatif permet d'en réguler son évolution. C'est donc à partir de cette affection dermatologique qu'Eli Roth bâti son intrigue et exploite l'outrance à renfort de visions horrifiantes de corps estropiés rongés de l'intérieur.


Le pitch reprend le canevas traditionnel de jeunes teenagers partis rejoindre une cabane de location au milieu d'un bois. Un soir, ils sont importunés par un vagabond atteint d'une étrange fièvre leur suppliant de lui porter assistance. Seulement l'inconnu est dans un état physique si repoussant qu'ils décident de s'en débarrasser. Trop tard, l'infection s'est déjà infiltrée parmi eux et chacun leur tour ils vont sombrer dans une déchéance physique moribonde. Endossé par des comédiens juvéniles de seconde zone, Cabin fever souffre inévitablement d'une psychologie rudimentaire dans leurs comportements aussi crétins qu'irresponsables. Là où le bas blesse c'est qu'aucune empathie ne peut leur être accordée dans leur situation de détresse et d'impuissance face au danger infectieux. Qui plus est, la première partie laborieuse prend son temps à planter l'intrigue dans leur flânerie imposée, tel ce feux de camp qu'ils s'improvisent autour de marshmallow parmi un invité surprise ou cette chasse à l'écureuil, quand bien même la caricature assénée à certains d'entre eux finit par agacer ! Je pense principalement au blagueur potache ne pouvant s'empêcher de se comporter comme un pitre écervelé dans ses défis inconscients. C'est à mi-parcours qu'Eli Roth embraye l'action à dose de péripéties et rebondissements sanglants où nos héros vont devoir communément mesurer leur courage et leur loyauté pour tenter de survivre mais aussi invoquer de l'aide. Pour renforcer le caractère alarmiste de leur détresse, un groupe de rednecks revanchards a également décidé de leur faire la peau depuis la disparition de leur confrère (la première victime qui était intervenue chez nos teenagers). Efficacement troussées car menées sur un rythme alerte, ses incidents s'enchaînent de manière métronomique en insistant en intermittence sur les visions abominables de corps infectées par le virus. Parmi certaines de ces séquences, Eli Roth se prend un plaisir sardonique à exacerber l'horreur viscérale lorsque la peau et la chair des souffres-douleurs laisse entrevoir des plaies déchiquetées !


Pur produit d'exploitation destiné aux ados, Cabin Fever fonctionne plutôt efficacement dans sa seconde partie fertile en poursuites, rixes sanglantes et visions horrifiques de corps mutilés. Si la sympathie l'emporte finalement, il ne laisse pas non plus un souvenir impérissable malgré la bonne volonté du réalisateur d'alterner humour noir et horreur trash dans un esprit décomplexé. 

Bruno Matéï 
3èx
12.03.11
26.09.14


jeudi 25 septembre 2014

MAPS TO THE STARS. Prix d'Interprétation Féminine, Julianne Moore, Cannes 2014

                                                                             Photo empruntée sur Google, appartenant au site cinecomca.com

de David Cronenberg. 2014. Canada/U.S.A/Allemagne/France. 1h51. Avec Julianne Moore, Mia Wasikowska, John Cusack, Robert Pattinson, Olivia Williams, Sarah Gadon, Evan Bird.

Sortie salles France: 21 Mai 2014

Récompense: Prix d'Interprétation Féminine pour Julianne Moore au Festival de Cannes, 2014.

FILMOGRAPHIE: David Cronenberg est un réalisateur canadien, né le 15 mars 1943 à Toronto (Canada). 1969: Stereo. 1970: Crimes of the Future. 1975: Frissons. 1977: Rage,1979: Fast Company. 1979: Chromosome 3. 1981: Scanners. 1982: Videodrome. 1983: Dead Zone. 1986: La Mouche. 1988: Faux-semblants. 1991: Le Festin nu. 1993: M. Butterfly. 1996: Crash. 1999: eXistenz. 2002: Spider. 2005 : A History of Violence. 2007: Les Promesses de l'ombre. 2011: A Dangerous Method. 2012: Cosmopolis. 2014: Maps to the Stars.


Après deux oeuvres auteurisantes plutôt discutables, David Cronenberg nous revient en grande pompe avec cette satire corrosive sur l'envers d'Hollywood, peinture acide du star-system auquel une poignée d'engeances vont se soumettre à leurs pires névroses. Toxicomanie, inceste, perversion et folie font parti du trouble quotidien des Weiss, compromis par ailleurs par un secret de famille inavouable. 


Alors que leur fils de 13 ans tente vainement de se réapproprier un rôle important dans une suite à succès, sa soeur Agatha refait surface après son internement en psychiatrie, faute d'une pathologie pyromane. Eprise d'affection pour un chauffeur de limousine en quête de célébrité, elle réussit à rapprocher Havana Segrand pour obtenir un emploi d'assistante. Cette actrice sur le déclin hantée par la mort de sa mère, ancienne gloire du grand écran, postule pour un premier rôle afin de la concurrencer. Tous ces personnages insidieux habités par la cupidité et la mégalomanie vont se croiser et se fréquenter jusqu'à ce que leurs démons ne les convergent au point de non-retour. Baignant dans l'ironie caustique de leur comportement débauché où luxure, drogue, aliénation et inceste les plongent dans une perpétuelle paranoïa, Maps to the Stars s'édifie en farce d'un mauvais goût aussi assumé que délectable. Dans la caricature véreuse assénée aux stars d'Hollywood rendues capricieuses de leur richesse et leur assistanat mais toujours plus férues de renommée. En alchimiste du malaise, David Cronenberg renoue avec les climats éthérés de certaines de ses oeuvres pour distiller au compte-goutte un sentiment de gêne qui ira crescendo au fil de la descente psychotique de certains personnages. Illustrant également l'artifice de soirées branchées où l'on cause de projets infructueux, de sexe et scatologie avec un langage trivial, les personnages se complaisent dans l'outrance afin de pallier leur impitoyable solitude. La peur de l'échec, de devenir un Has-been du jour au lendemain les poussent également à raviver leur démon intérieur dans leur condition d'enfants capricieux coexistants dans l'illusion. 


Affreux, sales et méchants !
A travers sa galerie pathétique de monstres issus de l'industrie d'Hollywood, David Cronenberg lève le voile sur la gangrène de la célébrité avec un humour au vitriol profondément dérangeant. Son climat de malaise reptilien gravitant progressivement autour des personnages au fil de leur cheminement névrotique. Outre l'utilisation subtile d'une bande-son envoûtante et la qualité indiscutable de l'interprétation extravagante, on retiendra surtout la performance viscérale de Julianne Moore dans un rôle équivoque d'actrice hantée par l'inceste et l'anonymat. Une oeuvre aussi vénéneuse et malsaine que le poison de la popularité.

Dédicace à Daniel Aprin
Bruno Matéï


mercredi 24 septembre 2014

LE FANTOME DE L'OPERA (The Phantom of the Opera)

                                                           Photo empruntée sur Google, appartenant au site www31horrorscom.blogspot.com

de Terence Fisher. 1962. Angleterre. 1h28. Avec Herbert Lom, Heather Sears, Edward de Souza, Michael Gough, Thorley Walters, Ian Wilson.

Sortie salles France: 23 Février 1963. U.S: 15 Août 1962. Angleterre: 25 Juin 1962

FILMOGRAPHIE SELECTIVE: Terence Fisher est un réalisateur britannique né le 23 février 1904 à Londres (Maida Vale), et décédé le 18 juin 1980 dans la même ville.
1957 : Frankenstein s'est échappé, 1958 : Le Cauchemar de Dracula , 1958 : La Revanche de Frankenstein , 1959 : Le Chien des Baskerville , 1959 : L'Homme qui trompait la mort , 1959 : La Malédiction des pharaons, 1960 : Le Serment de Robin des Bois , 1960 : Les Étrangleurs de Bombay, 1960 : Les Maîtresses de Dracula, 1960 : Les Deux Visages de Docteur Jekyll , 1961 : La Nuit du loup-garou, 1962 : Le Fantôme de l'Opéra , 1962 : Sherlock Holmes et le collier de la mort, 1963 : The Horror of It All, 1964 : La Gorgone , 1965 : The Earth Dies Screaming, 1966 : L'Île de la terreur , 1966 : Dracula, prince des ténèbres , 1967 : La Nuit de la grande chaleur , 1967 : Frankenstein créa la femme, 1968 : Les Vierges de Satan, 1969: Le Retour de Frankenstein, 1974 : Frankenstein et le monstre de l'enfer.


Echec commercial lors de sa sortie, le Fantôme de l'opéra a sans doute dérouté le spectateur par son climat austère particulièrement déroutant. En prime, Terence Fisher adapte le roman de Gaston Leroux de manière personnelle puisque la romance impartie entre le fantôme et la cantatrice est ici occultée au profit d'une vengeance latente. Ce parti-pris anticonformiste avait sans doute frustré une majorité du public qui s'attendait à une représentation fidèle du bouquin. Pourtant, sous la houlette d'un maître du Fantastique, le Fantôme de l'Opéra s'avère une superbe tragédie sur la passion artistique, en l'occurrence celle de l'opéra et de sa composition musicale que le professeur Petrie a studieusement écrit durant plus de 10 ans. Incité à vendre sa création auprès d'un directeur d'opéra mégalo, il se fera usurper son travail d'une frauduleuse signature. Fou de colère, Petrie s'empresse de brûler les publications de son texte dans l'atelier d'imprimerie mais se brûle gravement le visage avec de l'acide nitrique. Par chance, il réussit à plonger dans un fleuve pour y rejoindre les égouts avec l'aide d'un vagabond. Délibéré à accomplir sa vengeance auprès du directeur mais aussi à parfaire son numéro d'opéra, il hante les loges administratives afin de sélectionner sa cantatrice ayant l'opportunité de chantonner son texte. 


Sous couvert de climat fantastique où plane l'ombre d'un fantôme au coeur d'un amphithéâtre, Terence Fisher suggère d'abord sa présence par des chuchotements qu'il souffle derrière les loges des cantatrices. Une manière anxiogène d'imposer son autorité uniquement motivée par le choix d'une artiste mais aussi par le besoin de vengeance et de reconnaissance. L'incarnation fantaisiste du fantôme n'est donc ici qu'une allégorie car elle se rapproche explicitement du monstre difforme dont le visage est ici protégé d'un masque. Par ailleurs, la densité du récit émane de son esprit torturé en mal de notoriété, ses ambitions artistiques n'ayant jamais pu être reconnues auprès du public. Ce sentiment d'impuissance et d'injustice atteindra son apogée lorsque Fisher nous relate par le biais du flash-back la transaction artistique de Petrie avec Ambrose et les conséquences désastreuses qui s'ensuivront après la trahison. Au niveau des rapports intimes du fantôme et de la cantatrice confinés dans le sous-sol des égouts, on est également surpris de sa cruauté autoritaire puisque n'hésitant pas à gifler sa muse à plusieurs reprises afin de la forcer à peaufiner sa voix. Pourtant, avec l'indulgence de cette dernière et celui du producteur d'opéra ayant finalement découvert sa planque, le fantôme réussira à exaucer son rêve pour découvrir en tant que "spectateur" sa représentation lyrique d'une pièce de Jeanne d'Arc ! Une mise en abîme, un final emphatique d'une belle émotion, de par l'intensité du numéro musical chantonné par la cantatrice que par le témoignage poignant du fantôme, garant privilège de son ultime chef-d'oeuvre, quand bien même son sacrifice fera l'écho d'une rédemption.


Déroutant par son climat sévère et son rythme langoureux mais transcendé par la force du récit et la conviction des comédiens (Michael Gough excelle dans son personnage détestable de Lord égotiste, Herbert Lom exprime une émotion subtile sous son masque plâtreux et la jeune Heather Sears étonne dans sa discrétion naturelle !), Le Fantôme de l'Opéra s'avère peut-être la plus baroque des transpositions pour mettre en appui l'amour de l'art plutôt que la romance des coeurs. Une production Hammer inhabituelle demandant une certaine exigence de la part du public par son aspect hétérodoxe et refus de facilité. 

Bruno Matéï
2èx

mardi 23 septembre 2014

RETOUR VERS LE FUTUR 3 (Back to the Future Part III)

                                                              Photo empruntée sur Google, appartenant au site craftbeertasters.wordpress.com

de Robert Zemeckis. 1990. U.S.A. 1h58. Avec Michael J. Fox, Christopher Lloyd, Mary Steenburgen, Thomas F. Wilson, Lea Thompson, James Tolkan, Elisabeth Shue.

Sortie salles France: 18 Juillet 1990. U.S: 25 Mai 1990

FILMOGRAPHIE: Robert Zemeckis est un réalisateur, scénariste et producteur américain, né le 14 Mai 1951 à Chicago (Illinois).
1978: Crazy Day. 1980: La grosse Magouille. 1984: A la Poursuite du diamant vert.1985: Retour vers le Futur. 1988: Qui veut la peau de Roger Rabbit. 1989: Retour vers le Futur 2. 1990: Retour vers le Futur 3. 1992: La Mort vous va si bien. 1994: Forrest Gump. 1997: Contact. 2000: Apparences. 2000: Seul au monde. 2004: Le Pôle Express. 2007: La Légende de Beowulf. 2009: Le Drôle de Noël de Mr Scrooge. 2013: Flight.


Réalisé dans la foulée du précédent volet, Retour vers le Futur 3 renoue avec les grands espaces de l'ouest américain lorsque Marty et Doc se retrouvent cette fois-ci projetés à l'époque du XIXè siècle. Souvenez vous, après que la foudre eut frappé la voiture à explorer le temps, Doc s'était retrouvé propulsé en 1885. Délibéré à le ramener en 1985, Marty, toujours coincé en 1955, proposait au double de Doc d'emprunter sa voiture pour retourner dans le passé afin de récupérer son ami. Mais avant d'engager son nouveau périple et pour corser l'affaire, une pierre tombale indiquait que Doc sera assassiné par le bandit "Molosse" Tannen (un ancêtre de Biff Tannen) avant le 27 Octobre 1885. Afin d'accéder au futur de 1985 et d'empêcher l'assassinat, une nouvelle course contre la montre est empruntée par nos acolytes, quand bien même une fuite de carburant de leur véhicule va les contraindre d'élaborer une stratégie de recours avec l'intervention d'une locomotive à vapeur ! 


Dernier volet d'une trilogie au succès mérité, Retour vers le Futur 3 ne change pas la recette infaillible humour/action dans cette nouvelle aventure bondissante aussi homérique que pittoresque. Bourré de clins d'oeil et d'hommages appuyés aux classiques du genre, le dépaysement est rendu encore plus extravagant avec le genre du Western semi-parodique. Un concept toutefois alloué à l'acteur Michael J. Fox lorsque le cinéaste lui avait suggéré dans quelle époque il aimerait situer l'action pour clôturer son dernier chapitre ! Toujours aussi téméraires et pleins d'enthousiasme, nos deux héros vont une nouvelle fois redoubler de bravoure et d'inventivité pour s'extraire de leur époque à l'aide d'une locomotive customisée tout en déjouant le défi de leur ennemi arrogant, Biff Tannen ! Enfin plutôt un ancêtre tout aussi couard, irascible et teigneux puisque délibéré à provoquer en duel le jeune McFly. La encore, l'acteur Thomas F. Wilson crève l'écran dans son rôle sardonique de gangster inculte habité par l'orgueil d'une soif de vaincre. Surnommé en l'occurrence Clint Eastwood, (nom emprunté à son héros préféré de westerns), Michael J. Fox jubile à l'idée de se fondre dans la peau d'un petit cow-boy toujours aussi rusé pour battre la lâcheté de "Molosse". Quand au Doc, il est cette fois-ci frappé par Cupidon depuis sa romance abordée avec la belle Clara, institutrice étrangère qu'il a sauvé d'un accident mortel de chariot bâché. Pour parachever de manière aussi effrénée que périlleuse, Robert Zemeckis clôt l'aventure avec une échappée en voiture propulsée par une locomotive que nos héros doivent acheminer à destination d'un pont pour traverser le temps ! Une scène d'anthologie remarquablement virtuose dans sa précision du montage multipliant les incidents aléatoires lorsque nos héros tentent péniblement d'embarquer dans leur véhicule lancé à plus de 80 miles !


Drôle, spectaculaire et attendrissant, Retour vers le Futur 3 ne déçoit pas même si le concept spatio-temporel semble avoir utilisé toutes ses ressources. Mené sans répit avec l'aimable spontanéité de comédiens intarissables et rythmé par le score épique d'Alan Silvestri, la trilogie s'achève avec le pincement au coeur de quitter nos héros iconiques de notre adolescence. Une offrande miraculeuse que le maître du divertissement, Robert Zemeckis, a immortalisé de son empreinte ! 

Bruno Matéï
3èx

La critique de Retour vers le Futur: http://brunomatei.blogspot.fr/2014/09/retour-vers-le-futur-back-to-futur.html
La critique de Retour vers le Futur 2: http://brunomatei.blogspot.fr/2014/09/retour-vers-le-futur-2-back-to-

lundi 22 septembre 2014

LES POINGS CONTRE LES MURS (Starred Up). Prix du Jury, Prix d'Interprétation (Jack O'Connell) au Festival des Arcs, 2013.

                                                                      Photo empruntée sur Google, appartenant au site bandeannonce.le-bouzin.com

de David McKenzzie. Angleterre. 2013. 1h45. Avec Rupert Friend, Jack O'Connell, Ben Mendelsohn, Sam Spruell.

Sortie salles France: 4 Juin 2014. Angleterre: 21 Mars 2014

Récompenses: Prix du Jury, Prix d'Interprétation Masculine pour Jack O'Connell au Festival de cinéma européen des Arcs, 2013.
Meilleur Acteur de second-rôle pour Ben Mendelsohn au British Independent Film Award, 2013.
Meilleur Acteur pour Jack O'Connell au Festival du film de Dublin, 2014.

FILMOGRAPHIE: David McKenzzie est un réalisateur anglais, né le 10 Mai 1966 à Corbridge.
2002: The Last Great Wilderness. 2003: Young Adam. 2005: Asylum. 2008: My name is Hallam. 2009: Toy Boy. 2010: Perfect Sense. 2011: Rock'n'Love. 2014: Les Poings contre les murs.


Drame carcéral d'un réalisme saisissant dans son univers de claustration dépeint, Les Poings contre les murs relate la difficile insertion d'un mineur au sein d'une prison pour adultes, au moment même où il retrouve son père après de longues années, patriarche aujourd'hui renommé auprès d'une organisation mafieuse ! Film choc d'une intensité névralgique dans le parcours du héros confronté à ses pulsions de haine mais secondé par l'humanisme d'un thérapeute, les Poings contre les murs se réapproprie du film de prison avec l'efficacité d'un script intelligent. Son intérêt résidant également dans les relations de discorde qu'Eric entretient avec son paternel, Neville.


Car pour tenir lieu de leur fierté et aussi pour réfuter la responsabilité de leur échec commun, ils n'auront de cesse de se provoquer et se rejeter la faute avec machisme obstiné. Durant leur cheminement indécis où les épreuves de force ne cessent de les interposer, le cinéaste extériorise également les sentiments de compassion et de tendresse lorsque père et fils sont contraints de s'entraider pour éviter un sort tragique. Frénétique dans les violentes altercations qu'Eric doit déjouer et endurer avec ses rivaux, et pondéré dans les séances de thérapie qu'il tente d'apprivoiser, le film ne cesse de télescoper fureur et accalmie autour de ce personnage en apprentissage. Par l'entremise d'un enseignant lui inculquant le self-control dans cet univers malsain où la violence ne cesse de les opposer à leur instinct primitif. Au centre de ces conflits hargneux, le réalisateur en profite pour dénoncer la corruption carcérale du point de vue de ceux qui la dirige lorsque matons et directeur se compromettent au crime organisé avec certains détenus afin de maquiller un suicide ! Si Les Poings contre les murs véhicule une intense émotion auprès des personnages d'Eric et de Neville, il le doit beaucoup à la décence des interprètes. Littéralement habité par la rage de vaincre, Jack O'Connell trouve le ton juste et la carrure à adopter pour endosser le rôle d'un adolescent stoïque, un écorché vif suicidaire mais peu à peu engagé dans la prudence. Pourvu d'un visage buriné par son passé criminel, Ben Mendelsohn caractérise le paternel en échec parental toujours plus hanté par sa défaite et ses remords avant la rédemption du baroud-d'honneur !


"L'enfer véritable, c'est de cesser d'aimer. Cet état d'enfermement et de solitude correspond à une aliénation profonde de l'identité humaine. L'existence entière devient une prison qui empêche toute relation vraie avec les êtres les plus proches."
Ultra violent dans les corps-à-corps impitoyables et habité par la frénésie d'un délinquant juvénile en initiation, Les Poings contre les Murs dénonce intelligemment la corruption carcérale, la haine que peut extérioriser l'enfermement et la difficile réinsertion qui s'ensuit auprès des détenus livrés à eux-mêmes. A travers le pénible parcours d'Eric et Neville, c'est également une affaire familiale qui nous est contée avec tendresse et dignité humaine. En saluant l'habileté de sa mise en scène autonome et les compositions viscérales de deux pointures viriles: Jack O'Connell et Ben Mendelsohn

Bruno Matéï

vendredi 19 septembre 2014

MAIS... QU'AVEZ-VOUS FAIT A SOLANGE ? (Cosa avete fatto a Solange?)

                                                                      Photo empruntée sur Google, appartenant au site cinemapassion.com

de Massimo Dallamano. 1972. Italie. 1h46 (version intégrale). Avec Fabio Testi, Cristina Galbo, Karin Baal, Joachim Fuchsberger, Günther Stoll, Claudia Butenuth, Camille Keaton. 

FILMOGRAPHIE: Massimo Dallamano est un réalisateur et directeur de la photo Italien, ex-assistant de Sergio Leone, né le 17 avril 1917, mort le 4 novembre 1976 des suites d'un accident de voiture.
1969: La Vénus en Fourrure, 1972: Mais qu'avez-vous fait à Solange ? 1973: Piège pour un tueur, 1974, Innocence et désir, La Lame Infernale, 1975: Emilie, l'enfant des Ténèbres, 1976: Section de choc


Avertissement ! Il est préférable de lire cette critique après avoir vu le film, son thème central étant un indice capital pour la révélation de l'intrigue !

Pour son second long-métrage, Massimo Dallamano frappe un grand coup dans le paysage du Giallo avec l'un de ses titres les plus emblématiques: Mais qu'avez-vous fait à Solange ? Réalisé à l'aube des années 70, le film ose aborder le tabou de l'avortement sous couvert d'un thriller aussi vénéneux que pervers. Le pitch annonce déjà la couleur d'une infidélité transgressive lorsqu'un professeur renommé, Enrico Rosseni (Fabio Testi, tout en élégance virile !), entame depuis quelques temps une liaison extraconjugale avec l'une des élèves de son école catholique. Par un idyllique dimanche après-midi, alors que le couple roucoule dans la campagne, sa compagne est témoin d'un meurtre crapuleux ! Celui d'une étudiante assassinée d'un coup de couteau dans le vagin. Quelques jours plus tard, par l'entremise de ses cauchemars, elle réussit à distinguer l'apparence peu commune du tueur dans une soutane de curé. Alors qu'un autre crime vient d'être perpétré, Enrico décide de mener seul son enquête, mais les accusations se portent rapidement contre lui depuis qu'il a égaré un stylo sur les lieux du premier meurtre. 


Thriller séminal comme seuls les italiens ont le secret, Mais qu'avez-vous fait à Solange ? joue la carte du suspense et du mystère avec une efficacité implacable ! De par sa construction affûtée alternant meurtres sordides (dont une impressionnante noyade dans une baignoire filmée en caméra subjective) et érotisme polisson (une assemblée de filles dévoilent leur nudité sous la douche de l'école quand bien même un voyeur est entrain de les zyeuter !). Outre l'aspect captivant d'une enquête minutieusement menée par notre héros, l'intérêt émane également du titre du film en question et de la présence éventuelle de Solange si elle était en vie ? En brassant les thèmes du voyeurisme, du viol, de la frustration et de la perversité, Massimo Dallamano traite de l'émancipation sexuelle du point de vue de jeunes étudiantes au sein d'un institut catholique, alors qu'un enseignant infidèle se permet de courtiser avec l'une d'elles. Faute d'une doctrine puritaine inscrite dans l'abstinence, certaines auront donc décidé de former une communauté secrète afin de s'épanouir dans les bras des garçons à la sortie des cours. Si le film distille un parfum malsain plutôt dérangeant, c'est dans la culpabilité et l'effronterie des ces lycéennes se livrant sans tabous à diverses expériences sexuelles (lesbianisme, orgie, etc...), quand bien même l'ombre d'un tueur décide de les traquer en les purifiant d'une lame de couteau dans l'entrecuisse. Emaillé de fausses pistes, d'indices scrupuleux (comme celui de la virginité d'Elisabeth ou des têtes d'épingles que certaines filles préservent) et de personnages interlopes, le film consolide au final une sordide histoire de traumatisme lié à l'avortement. Bien que l'on devine facilement l'identité du tueur lors de sa dernière partie, le suspense exponentiel continue sa trajectoire lorsqu'il s'agit de lever le voile sur le douloureux passé de Solange mais aussi d'expliquer les raisons vindicatives du coupable. 


Bercé par la musique timorée d'Ennio Morricone et mis en scène avec un soin esthétique épuré, notamment dans la manière gracile de filmer ses sublimes actrices ou dans son onirisme morbide (le premier homicide se dévoile en plein jour sous un rayon de soleil bucolique !), Mais qu'avez-vous fait à Solange ? dégage un trouble parfum de soufre et de perversité face à la responsabilité du catholicisme !

Bruno Matéï
3èx

jeudi 18 septembre 2014

THE HOMESMAN

                                                                                   Photo empruntée sur Google, appartenant au site chronicart.com

de Tommy Lee Jones. 2014. U.S.A. 1h57. Avec Tommy Lee Jones, Hilary Swank, Hailee Steinfeld, William Fichtner, Meryl Streep, David Dencik, James Spader.

Sortie salles France: 18 Mai 2014. U.S: 3 Octobre 2014

FILMOGRAPHIE: Tommy Lee Jones est un réalisateur et acteur américain, né le 15 Septembre 1946 à San Saba, Texas.
1995: les Derniers Pionniers (télé-film). 2011: The Sunset Limited (télé-film). 2005: Trois Enterrements. 2014: The Homesman.


Pour son second long métrage, Tommy Lee Jones rempile avec le western iconoclaste au ton encore plus acide et désenchanté que son précédent coup de maître, 3 Enterrements. En 1854, Mary Bee Cudy, jeune femme esseulée en quête amoureuse, se porte volontaire pour escorter trois épouses atteintes de folie vers une paroisse . Sur son chemin, elle fait l'étrange rencontre d'un marginal sur le point d'être pendu mais décide de le sauver in extremis. Après leur accord de transaction, ils décident d'entreprendre le voyage ensemble. 


Dans la lignée de Missouri Breaks pour son humour au vitriol, l'esprit décalé des personnages et le caractère insolite des situations, The Homesman nous relate l'étrange relation amicale d'un couple contradictoire mais dont leur périple va les amener à mieux se connaître et se considérer. Avec une subtile provocation, le cinéaste nous dépeint le profil d'une femme courageuse dans sa volonté de rassurer son existence solitaire en prêtant main forte au pasteur du village. Dévalorisée par la population et conspuée par les hommes pour son physique anodin, Mary se résigne néanmoins à devenir utile aux yeux des autres tout en ayant l'espoir prochain de se marier avec le premier venu. Outre sa force de caractère d'escorter dangereusement trois épouses azimutées et sa dignité de ne pas se laisser miner par le désespoir, c'est également le portrait d'une femme trop fragile que le cinéaste nous suggère Spoiler !!! au moment même où un évènement cinglant chamboulera son compagnon de route fin du Spoiler. Emaillé d'incidents impromptus et de situations pittoresques tournant au vinaigre, Tommy Lee Jones déconcerte le spectateur dans sa structure narrative aléatoire où la plupart des personnages machistes sont influencés par l'intolérance, l'individualité et l'égoïsme. Dur et cruel dans son refus de concession pour le cheminement de nos héros puis dans leur relation affective qu'ils se partagent difficilement, The Homesman finit subitement par inverser les rôles au moment le plus inopportun. Ce brusque revirement annonce la seconde partie du film pour s'intéresser de plus près à l'introspection de George, anti-héros bourru préalablement cupide mais rattrapé par sa morale et le remord lorsqu'un évènement tragique le bouleversera à jamais.


Western hétérodoxe n'ayant de cesse de nous dérouter dans sa galerie de personnages mesquins et dans sa progression dramatique intempestive, The Homesman se porte en témoignage pour les laissés pour compte déconsidérés par la société, quand bien même la place de la femme est souvent mise en retrait. Dominé par les prestations poignantes d'Hilary Swank et de Tommy Lee Jones, cette initiation au respect d'autrui bouleverse d'émotion avec une ironie particulièrement cruelle dans les rapports du couple. On en sort donc la gorge nouée jusqu'aux larmes de l'expiation.

Bruno Matéï 

mercredi 17 septembre 2014

NOSFERATU, FANTOME DE LA NUIT (Nosferatu: Phantom der Nacht)

                                                                      Photo empruntée sur Google, appartenant au site classic-horror.com

de Werner Herzog. 1979. France/Allemagne. 1h47. Avec Klaus Kinski, Isabelle Adjani, Bruno Ganz, Roland Topor, Walter Ladengast, Dan van Husen, Jan Groth, Carsten Bodinus, Martje Grohmann, Rijk de Gooyer.

Sortie salles France: 17 Janvier 1979. Allemagne: Février 1979

FILMOGRAPHIE: Werner Herzog, de son vrai nom Werner Stipetic, est un réalisateur, acteur et metteur en scène d'opéra allemand né le 05.09.42 à Munich (Allemagne). Il est parfois surnommé par certains critiques comme le "cinéaste de l'impossible" en raison de ses tournages risqués et chaotiques, sans compter sa relation irritable avec son acteur fétiche Klaus Kinski.
1968: Signes de vie. 1970: Les nains aussi ont commencé petits. 1972: Aguirre, la colère de Dieu. 1974: L'Enigme de Kaspar Hauser. 1976: Coeur de Verre. 1977: La Ballade de Bruno. 1979: Nosferatu, fantôme de la nuit. 1979: Woyzeck. 1982: Fitzcarraldo. 1984: Le Pays où rêvent les fourmis vertes. 1987: Cobra Verde. 1991: Cerro Torre, le cri de la roche. 1992: Leçons de ténèbre. 2001: Invincible. 2005: The Wild blue Yonder. 2006: Rescue Dawn. 2009: Bad Lieutenant. 2009: Dans l'oeil d'un tueur.


Remake du chef-d'oeuvre du Fantastique muet de Murnau, Nosferatu est la vision toute personnelle d'un autre cinéaste de génie, Werner Herzog. Porté par l'interprétation magnétique du grand Klaus Kinski, littéralement pénétré par la disgrâce dans son regard morbide, cette nouvelle version impose un regard atypique sur son personnage, le comte s'avérant ici rongé par le spleen d'une existence solitaire. Au XIXè siècle, Joanathan Harker se rend dans les Carpathes pour rencontrer Dracula afin de lui faire signer la vente d'une maison. Mais il est loin de se douter que sous le nom de ce noble comte se cache un misérable vampire. D'une beauté plastique fulgurante, autant dans les éclairages expressionnistes que dans sa photographie limpide, Nosferatu, Fantôme de la nuit est une invitation à l'évasion, un voyage au bout du crépuscule, une incursion dans l'âme torturée d'un vampire sclérosé. Dracula étant aujourd'hui condamné à supporter le poids des siècles dans une nonchalance aigrie, faute de son isolement dans un château en ruines où les enfants de la nuit (les loups) implorent son désespoir !



Imprégné de lyrisme dans le comportement hanté des personnages déambulant comme dans un rêve, Werner Herzog façonne autour de leur errance un recueil d'images picturales touchées par la grâce. A l'instar de ses chutes d'eau et des montagnes rocailleuses que Jonathan Harker franchit, tel un baroudeur tranquille, ou de cette plage automnale lorsque Lucy s'y hasarde pour contempler l'horizon. C'est donc l'illustration d'un univers onirique que nous retransmet le cinéaste avant son passage funeste, Nosferatu transmettant la peste du rat sur la population après son périple maritime ! Avec audace et originalité, le cinéaste se réapproprie du mythe en remaniant le caractère des personnages iconiques évoluant autour du non-mort. Que ce soit le portrait alloué à Jonathan Harker, victime passive gagnée par l'amnésie, à sa fidèle épouse contrairement motivée à s'opposer au Mal ou à Van Helsing, chasseur de vampire décati dépassé par les évènements ! Outre le soin formel imparti à une mise en scène extrêmement appliquée, Nosferatu est inévitablement transcendé par le score envoûtant de Popol Vuh et des interprétations hallucinées d'Isabelle Adjani et de Klaus Kinski. Ce dernier endossant la posture longiligne d'un vampire décrépit miné par sa condition d'immortel. Pourvu d'un regard frigide car obsédé par la mort et la vue du sang, l'acteur se fond dans son personnage avec une élégance mortuaire. Quand à Isabelle Adjani, elle lui partage la vedette avec autant de grâce dans sa beauté opaline que d'émotion candide dans ses expressions apeurées rattrapées par la force de vaincre.


Chef-d'oeuvre du film de vampire ne ressemblant à nulle autre, Nosferatu, Fantôme de la nuit s'édifie en odyssée funeste de la nonchalance et du désespoir. De par le dernier périple accordé au vampire en perdition, faute de sa condition d'immortel déchu, et par la nouvelle relève impartie à l'un de ses esclaves ! Une oeuvre picturale forgeant l'éclat du diamant noir, à l'instar du Mal inaltérable ! 

Bruno Matéï
13.08.02
28.09.10
17.09.14. 4èx

mardi 16 septembre 2014

IN FEAR

                                                           Photo empruntée sur Google, appartenant au site horror-movies.ca

de Jeremy Lovering. 2013. Angleterre. 1h25. Avec Iain de Caestecker, Alice Englert, Allen Leech.

Sortie salles Angleterre: 16 Novembre 2013

FILMOGRAPHIE:  Jeremy Lovering est un réalisateur et scénariste anglais.
2003: Killing Hitler (Documentaire). 2004: Sex and Lies (télé-film). 2008: Le Choix de Jane (télé-film).  In Fear


Habitué aux séries TV et télé-films, Jeremy Lovering passe enfin au long métrage cinéma avec In Fear, un film d'angoisse orienté sur le climat d'une forêt crépusculaire qu'un couple en véhicule traverse indéfiniment. Après s'être échangé quelques mots sur le net, Tom et Lucy se rencontrent et décident de rejoindre un festival de musique. Ayant réservé une chambre d'hôtel, ils doivent emprunter une forêt pour y accéder. Mais leur itinéraire routier les mènent à une destination sans fin. 


A partir d'un pitch intrigant hérité d'un épisode de la 4è Dimension (et déjà abordé par Richard Marquand lors d'une séquence-clef de Psychose, phase 3), In Fear tente de distiller suspense et frissons lorsqu'un couple égaré est contraint de tourner en rond au sein d'une végétation hostile. En essayant de jouer avec les nerfs du spectateur, le réalisateur tisse une étrange intrigue majoritairement bâtie sur l'inquiétude et l'appréhension de nos protagonistes. Car sujets à divers incidents inexpliqués et brimades d'individu(s) planqué(s) dans l'obscurité d'un bois, Tom et Lucy n'auront de cesse d'expérimenter leur courage pour affronter la peur de l'inconnu. Qui peut donc en vouloir à ce jeune couple sans histoires, quel est l'intérêt de les traquer sans répit avec une raillerie insolente et pour quelle raison la route empruntée ne les dirigent qu'à leur point de départ ? Si la bonne intention du réalisateur est de privilégier l'atmosphère opaque d'une scénographie forestière et la claustration du huis-clos en interne d'une voiture, la redondance de l'intrigue finit par nous lasser, faute de rebondissements quasi inexistants et de personnages à la prestance perfectible. Pourtant, on sent bien une volonté des comédiens d'insuffler de la densité à leur fonction de victime pourchassée rapidement déconcertée par des évènements nonsensiques. Mais leur comportement apeuré parfois sujet à l'état de panique ainsi que leur faible audace à repousser l'antagoniste manquent cruellement de conviction pour nous convaincre de leur calvaire. Si deux, trois séquences parviennent à nous soutirer un sentiment d'oppression (principalement la première demi-heure jouant habilement de la peur du noir !), le cheminement prosaïque qu'empruntent nos héros s'avère d'autant plus rébarbatif que la résolution de leur harcèlement s'achève en queue de poisson !


A vouloir privilégier intelligemment la suggestion de l'angoisse et l'atmosphère nocturne d'une forêt propice à l'embrigadement, In Fear se laisse prendre au piège de sa vacuité narrative, faute d'une intrigue décousue rapidement dénuée de tension et de personnages ternes dans leur fonction de cobayes asservis.

Bruno Matéï 

lundi 15 septembre 2014

RETOUR VERS LE FUTUR 2 (Back to the Future Part II)

                                                                       Photo empruntée sur Google, appartenant au site bestofthe80s.wordpress.com

de Robert Zemeckis. 1989. U.S.A. 1h47. Avec Michael J. Fox, Christopher Lloyd, Thomas F. Wilson, Lea Thompson, Jeffrey Weissman, James Tolkan, Elisabeth Shue.

Sortie salles France: 20 Décembre 1989. U.S: 22 Novembre 1989

FILMOGRAPHIE: Robert Zemeckis est un réalisateur, scénariste et producteur américain, né le 14 Mai 1951 à Chicago (Illinois).
1978: Crazy Day. 1980: La grosse Magouille. 1984: A la Poursuite du diamant vert.1985: Retour vers le Futur. 1988: Qui veut la peau de Roger Rabbit. 1989: Retour vers le Futur 2. 1990: Retour vers le Futur 3. 1992: La Mort vous va si bien. 1994: Forrest Gump. 1997: Contact. 2000: Apparences. 2000: Seul au monde. 2004: Le Pôle Express. 2007: La Légende de Beowulf. 2009: Le Drôle de Noël de Mr Scrooge. 2013: Flight.


Alors que Robert Zemeckis n'avait pas prévu de tourner une suite à Retour vers le futur, son gros succès commercial le contraint de se raviser et de convaincre les producteurs de rempiler quatre ans plus tard avec une suite qui en engendra aussi une troisième ! Après avoir réussi à modifier le destin de ses parents, Marty Mc FLy et Doc doivent aujourd'hui se projeter dans le futur pour sauver de la prison le fils de Marty. Si leur mission est rapidement achevée, Mc Fly va néanmoins commettre une grave erreur lorsqu'il décide d'emporter un almanach détaillant toutes les victoires sportives de 1950 à 2000. Sous la consigne de Doc, il décide finalement de s'en séparer en le jetant dans une poubelle. Témoin de la scène, le vieux Biff Tannen (leur ennemi juré !) s'en empare et dérobe la voiture à voyager dans le temps pour en modifier son propre destin. 


Beaucoup plus haletante et endiablée, cette suite multiplie péripéties et rebondissements avec l'efficacité d'une trouvaille lucrative, un calendrier sportif que Doc et Marty doivent impérativement récupérer pour éviter la dictature de Biff Tannen. Si le film s'avère encore plus ludique que son modèle, il le doit beaucoup au tempérament gouailleur de l'acteur Thomas F. Wilson incarnant avec plus de présence la posture d'un milliardaire véreux habité par l'omnipotence. D'un naturel inné dans son attitude impétueuse et ses caprices colériques, il en volerait presque la vedette à nos héros ! Une nouvelle fois, les ingrédients du premier opus alternant humour et action autour des époques du futur et du passé sont parfaitement exploités et innovent également en terme d'univers exubérant dans la technologie high-tech de 2015 ! A l'instar du fameux skateboard volant (l'"hoverboard" !) que notre héros emprunte en dernier ressort pour devancer ses poursuivants, ce qui nous vaut une poursuite débridée à travers rues. Emaillé d'habiles clins d'oeil à l'intrigue du précédant opus, Robert Zemeckis se prend un malin plaisir à lui rendre hommage puisque nos héros se retrouvent à nouveau dans la même situation du 12 Novembre 1955 pour sauver leur destinée d'une apocalypse. Afin de mettre la main sur l'almanach de Biff, ils vont donc user de stratagèmes (et de bourdes que Marty accumulera dans un concours de circonstances malchanceuses) mais aussi éviter de rencontrer leur double qui pourrait engendrer l'inévitable paradoxe temporel ! 


Fun et jouissif, drôle et rondement mené, Retour vers le Futur 2 se targue même de dépasser son modèle en terme de rythme et d'invention où l'énergie communicative de nos héros continue de s'en donner à coeur joie pour déjouer l'intarissable Biff Tanner ! 
2èx

jeudi 11 septembre 2014

LA TOMBE DE LIGEIA (The Tomb of Ligeia)

                                                                    Photo empruntée sur Google, appartenant au site cinemapassion.com

de Roger Corman. 1965. U.S.A. 1h21. Avec Vincent Price, Elizabeth Shepherd, John Westbrook, Derek Francis, Oliver Johnston, Richard Vernon.

Sortie salles France: 18 Décembre 1968. U.S: 20 Janvier 1965

FILMOGRAPHIE: Roger Corman est un cinéaste américain, né le 5 avril 1926 à Détroit, Michigan
1955: Day the World Ended. 1956: It's Conquered the World. 1957: Rock all Night. 1957: l'Attaque des Crabes Géants. 1957: Not of this Earth. 1957: Vicking Women. 1957: The Undead. 1958: War of the Satellites. 1958: She-Gods of Shark Reef. 1958: Swamp Women. 1958: Teenage Caveman. 1958: Mitraillette Kelly. 1959: Un Baquet de Sang. 1960: La Petite Boutique des Horreurs. 1960: La Chute de la Maison Usher. 1961: Ski Troop Attack. 1961: La Chambre des Tortures. 1961: Atlas. 1962: The Intruder. 1962: l'Enterré Vivant. 1962: l'Empire de la Terreur. 1962: La Tour de Londres. 1963: Le Corbeau. 1963: La Malédiction d'Arkham. 1963: l'Horrible cas du Dr X. 1963: l'Halluciné. 1964: Le Masque de la Mort Rouge. 1964: l'Invasion Secrète. 1965: La Tombe de Ligeia. 1965: Not of this Earth. 1966: Les Anges Sauvages. 1967: l'Affaire Al Capone. 1967: The Trip. 1970: Bloody Mama. 1971: Gas-s-s-s. 1971: Le Baron Rouge. 1990: La Résurrection de Frankenstein.


"Les frontières de la vie et de la mort ne peuvent être au mieux qu'indécises et vagues. Qui dira l'endroit où s'arrête l'une et où commence l'autre ?". Poe.
Huitième et dernière adaptation d'un récit d'Edgar Poe chez Corman, la Tombe de Ligeia est sans doute son oeuvre la plus subtile et aboutie en matière de stylisme et d'énigme tortueuse où l'amour fou s'harmonise avec la hantise d'une possession morbide. Alors qu'il vient de perdre son épouse Ligeia, Verden Fell reste persuadé qu'elle est encore en vie puisque sa ferme volonté était de surpasser la mort par sa passion pour l'existence. Quelques jours après son enterrement, il rencontre une charmante inconnue ressemblant étrangement à sa défunte, Lady Rowena. Une étrange relation naît entre eux sachant que Verden adopte un comportement des plus versatile. 


D'une beauté plastique singulière dans son univers gothique d'abbaye en ruine et de sculptures égyptiennes ornant une des pièces du château, La Tombe de Ligeia se pare d'une ambition baroque pour nous séduire. Etrange et inquiétant, l'atmosphère que Roger Corman façonne assidûment s'avère d'une sensualité morbide autour de la présence d'une nouvelle épouse victime de persécutions. Que ce soit parmi l'hostilité d'un chat redoutablement agressif, du comportement interlope de son amant ou de l'aura invisible de Ligeia. Si le rythme latent du récit peut rebuter certains spectateurs, son cheminement narratif laisse planer un suspense sous-jacent où le sentiment d'inquiétude est subtilement diffus par l'entremise de Rowena. En empruntant les thèmes de l'amour, de la folie, de la réincarnation, de la vie et de la mort, le cinéaste nous conte un magnifique poème sur le refus de mourir et la peur de l'oubli du point de vue du défunt. Ligeia est-elle revenue d'entre les morts pour persécuter la nouvelle maîtresse de son ancien époux, Rowena en est-elle sa réincarnation ou s'agit-il d'une horrible machination ? La vérité cinglante éclatera lors d'un final mémorable car truffé de rebondissements et savamment pensé, là où le pouvoir de l'amour et celui de la mort fricotent communément parmi l'allégeance d'un chat et parmi la démence d'une victime. Affublé d'une paire de lunettes noires car trop sensible à la lumière du jour, Vincent Price adopte une posture extravagante et ne cesse de jouer avec l'ambiguïté de son caractère lunatique. Victime ou coupable, son interprétation s'avère autrement plus raffinée que celles du Masque de la mort rouge et de la Chute de la maison Usher. Secondé par Elizabeth Shepherd, elle lui partage la vedette avec une élégance candide en traînant d'un pas hésitant une silhouette soyeuse au sein du château. A eux deux, ils forment un tandem plutôt austère dans leur ligne de conduite nébuleuse et leur relation d'affection en voie de perdition. 


Cette fascination exercée par le pouvoir du mal et la hantise de la mort, La Tombe de Ligeia l'exploite avec suggestion et intelligence d'un scénario retors. D'un esthétisme aussi baroque que fulgurant, il s'agit sans doute de l'oeuvre la plus trouble dans la carrière de Corman pour son surnaturel éthéré où la vie et la mort ne cessent de se disputer la mise.

Dédicace à Berangere Soustre De Condat-Rabourdin
Bruno Matéï
3èx

La critique du Masque de la mort rouge: http://brunomatei.blogspot.fr/2012/10/le-masque-de-la-mort-rouge-masque-of.html
La critique de la Chute de la maison Usher: http://brunomatei.blogspot.fr/2014/09/la-chute-de-la-maison-usher-house-of.html