jeudi 28 mai 2015

EDEN LAKE

                                                                             Photo empruntée sur Google, appartenant au site avoir-alire.com

de James Watkins. 2008. Angleterre. 1h31. Avec Kelly Reilly, Michael Fassbender, Tara Ellis, Jack O'Connell, Thomas Turgoose, Bronson Webb, Finn Atkins.

Sortie salles France: 8 Octobre 2008. Angleterre: 5 Septembre 2008

FILMOGRAPHIE: James Watkins est un réalisateur et producteur anglais, né le 20 Mai 1973 à Nottingham. 2008: Eden Lake. 2012: La Dame en Noir. 2016: Bastille Day.


Epreuve de force jusqu'au-boutiste dans sa violence nauséeuse engendrée par des délinquants juvéniles adeptes du crime gratuit, Eden Lake empreinte le cheminement du survival avec un réalisme cru à couper au rasoir. Pour une première réalisation, le réalisateur anglais James Watkins frappe fort et juste dans l'art de diluer une angoisse morale et de retrouver l'intensité dramatique, l'atmosphère putride des fleurons des années 70 tels que Délivrance, I Spit on your grave ou La Dernière maison sur la gauche. Abordant le sujet brûlant des "enfants tueurs" auquel certains d'entre eux n'hésitent pas à filmer leurs actes meurtriers par le biais du camescope ou du portable (quand bien même des sites voyeuristes tels que Ogrish répertorient leurs exactions sur un tableau de cotation !), Eden Lake met en appui le laxisme et l'incivisme de nos sociétés modernes. La perte des valeurs, la démission parentale, l'absence de repère incitant certains ados désoeuvrés à se réfugier dans une délinquance criminelle, notamment faute de l'affluence du chômage. Ces ados étant issus de milieu prolétaire, parfois même molestés par certains de leurs parents, quand bien même ces derniers reproduisent un comportement insouciant lors de leurs beuveries festives de fin de semaine.


Nanti d'un suspense cadencé et d'une tension dramatique parfois très éprouvante, Eden Lake glace le sang dans sa manière documentée, radicale, acérée à dénoncer (et non exploiter !) le comportement crapuleux, car si déloyale, d'adolescents influencés par la dynamique de groupe. A contre-emploi des séries B gores conçues pour divertir le spectateur en toute tranquillité, le film prend donc parti de déranger jusqu'au malaise émotionnel lorsqu'un couple de vacanciers se retrouve pris au piège parmi la provocation de marmots en pleine forêt. La descente aux enfers que vont parcourir Jenny et Steve, nous la subissons la peur au ventre avant que le désespoir nous rattrape pour nous saisir à la gorge, les séquences de torture et d'humiliation s'avérant d'une intensité aussi abrupte que bouleversante. Tout l'inverse donc du cinéma d'exploitation moderne relancé par les franchises Saw et Hostel, illustres précurseurs du Tortur'Porn ! La fragile empathie que nous éprouvons pour les amants s'avère d'autant plus poignante parmi la dignité humaine des comédiens. Étonnante de naturel dans sa délicatesse innocente puis sa bravoure de dernier ressort, Kelly Reilly trouve le ton juste à endosser le rôle physique d'une femme en perdition gagnée par le courage de survivre, quand bien même son partenaire se retrouve sévèrement châtié par l'injustice. Michael Fassbender insufflant une expression bouleversante dans sa posture de martyr et sa conscience éprouvée de redouter sa dernière journée ! On peut également saluer le charisme naturel des adolescents rebelles redoublant de cruauté et sadisme envers leurs boucs émissaires pour imposer leur loi du plus fort !


Sous couvert de survival horrifique extrêmement dérangeant et poisseux, James Watkins cultive le drame social pour nous alerter sur la situation inquiétante d'une génération indisciplinée livrée à la loi du plus audacieux. De par leur démarche compétitive à repousser leur peur et se défier l'initiation au meurtre, Eden Lake caractérise l'expérience extrême où la terreur est avant tout psychologique ! A l'instar de sa conclusion radicale et nihiliste puisque sans échappatoire, Eden Lake est une épreuve morale en chute libre avant de symboliser l'effroi d'une innocence monstrueuse. Euphémisme s'il en est, le terme "traumatisant" est à sceller pour qualifier le contenu de cette affliction cinégénique.  

Pour public averti.

Bruno Matéï
2èx

Récompenses:
Festival international du film de Catalogne: Prix spécial pour le long-métrage
Empire Awards: Meilleur film d'horreur, Meilleur film britannique
Prix du Cercle des critiques de film de Londres: Meilleure Performance de Jeunesse Britannique: Thomas Turgoose
Fantasporto: Meilleur Film fantastique international.



mercredi 27 mai 2015

POSSESSION. Prix d'Interprétation Féminine, Cannes 1981.

                                                               Photo empruntée sur Google, appartenant au site http://cinebisclassics.blogspot.fr/

d'Andrzej Zulawski. 1982. France/Allemagne. 2h04. Avec Isabelle Adjani, Sam Neil, Margit Carstensen, Heinz Bennent, Johanna Hofer, Carl Duering, Shaun Lawton.

Sortie salles France: 27 Mai 1981. Allemagne: 2007

FILMOGRAPHIE: Andrzej Zulawski est un réalisateur, scénariste, écrivain, metteur en scène de théâtre polonais, né le 22 Novembre 1940 à Lwow (Lviv).
1971: La Troisième partie de la nuit. 1972: Le Diable. 1975: L'Important c'est d'aimer. 1981: Possession. 1984: La Femme Publique. 1985: L'Amour Braque. 1987: Sur le globe d'Argent. 1989: Mes Nuits sont plus belles que vos jours. 1989: Boris Godounov. 1991: La Note Bleue. 1996: Chamanka. 2000: La Fidélité. 2015: Cosmos.


« Je dois à la mystique d'Andrzej Zulawski de m'avoir révélé des choses que je ne voudrais jamais avoir découvertes... Possession, c'était un film infaisable, et ce que j'ai fait dans ce film était tout aussi infaisable. Pourtant, je l'ai fait et ce qui s'est passé sur ce film m'a coûté tellement cher... Malgré tous les prix, tous les honneurs qui me sont revenus, jamais plus un traumatisme comme celui-là, même pas... en cauchemar ! ». Isabelle Adjani.

Fable sur le communisme et le totalitarisme que symbolise à lui seul le mur de Berlin, Possession reste avant tout à mon sens un cauchemar sur pellicule à ranger dans le genre horrifique tant Zulawski pousse l'hystérie des personnages au paroxysme de leur folie meurtrière. Alors que Marc rentre de voyage pour retrouver sa famille, son épouse Anna décide de le quitter après lui avoir avouée une adultère. Incapable de tolérer la rupture et plongé dans une inexorable dépression, Marc ne cesse de la harceler jusqu'à engager un détective. Par le témoignage de ce dernier, nous apprenons qu'Anna entame en définitive une double relation puisqu'une étrange créature tapie dans l'ombre d'une chambre est sur le point d'enfanter un double masculin ! 


Expérience avec la folie d'une intensité rarement égalée dans le surjeu névralgique des comédiens se questionnant sur la foi spirituelle et la valeur du Bien et du Mal, Possession ensorcelle l'esprit du spectateur, notamment par la performance cinglante d'une Isabelle Adjani habitée par la déchéance psychotique. A l'instar de sa crise de nerf endurée dans les couloirs d'un métro, l'actrice se délivrant corps et âme devant une caméra voyeuriste afin d'extérioriser ses pulsions incontrôlées de psychose. Provocateur en diable et n'ayant aucune pudeur à façonner un film monstre habité par l'aberration, Zulawski abuse de scènes chocs crapuleuses par le biais d'un réalisme clinique aussi éprouvant que dérangeant. Avec sa photo blafarde, sa tapisserie délabrée d'appartements insalubres et sa scénographie urbaine d'une Allemagne aphone de citadins, le cinéaste cristallise un univers anxiogène littéralement étouffant, miroir de la déliquescence morale des protagonistes en dépression. Outre l'horreur des situations et les hystéries collectives qui irriguent les pores d'une intrigue incertaine, Possession clame également le drame psychologique pour la rupture conjugale qu'un couple s'efforce d'accepter en se rejetant la faute l'un sur l'autre. C'est d'ailleurs à la suite de son propre divorce que Zulawski s'est entrepris d'entamer l'écriture de son scénario afin d'exorciser sa douloureuse expérience. De par son dépit inconsolable, ce dernier extériorisant devant une caméra rotative une fracture sentimentale de tous les excès. Une déroute amoureuse qu'un couple en crise se refuse mutuellement à assumer dans leur sens de responsabilité et esprit d'orgueil.


Malsain et dérangeant, glauque et éprouvant, suffocant et d'une violence parfois ardue, Possession symbolise l'expérience horrifique de la démesure, au même titre que l'Exorciste de Friedkin, dans le sens où le film scandale de Zulawski multiplie les crises de démence avec une singularité et une intensité aussi tranchée ! Pour parachever, on peut autant saluer le travail artisanal de Carlo Rambaldi ayant réussit à transfigurer une créature organique insaisissable, et que derrière l'horreur de la métaphore se cache aussi un chef-d'oeuvre d'une beauté nonchalante. L'avidité insatiable, désespérée, d'aimer et d'être aimé dans l'harmonie conjugale au point de perdre pied avec la réalité ! 

Pour public averti !

Bruno Matéï
3èx

Récompenses:
Festival de Cannes 1981 : Prix d'interprétation féminine pour Isabelle Adjani (également récompensée pour Quartet).
Césars 1982 : César de la meilleure actrice pour Isabelle Adjani.
Mostra de cinéma de São Paulo : Prix de la critique pour Andrzej Żuławski.
Fantasporto : Mention spéciale du public pour Andrzej Żuławski.
Prix de la meilleure actrice pour Isabelle Adjani.

mardi 26 mai 2015

SAILOR ET LULA. Palme d'Or, Cannes 90.

                                         Photo empruntée sur Google, appartenant au site discreetcharmsandobscureobjects.blogspot.co

Wild at Heart de David Lynch. 1990. U.S.A. 2h05. Avec Nicolas Cage, Laura Dern, Diane Ladd, Willem Dafoe, Isabella Rossellini, Harry Dean Stanton, J.E. Freeman, Grace Zabriskie.

Récompense: Palme d'Or au Festival de Cannes, 1990

Sortie salles France: 24 Octobre 1990. U.S: 17 Août 1990

FILMOGRAPHIE: David Lynch est un réalisateur, photographe, musicien et peintre américain, né le 20 Janvier 1946 à Missoula, dans le Montana, U.S.A.
1976: Eraserhead. 1980: Elephant Man. 1984: Dune. 1986: Blue Velvet. 1990: Sailor et Lula. 1992: Twin Peaks. 1997: Lost Highway. 1999: Une Histoire Vraie. 2001: Mulholland Drive. 2006: Inland Empire. 2012: Meditation, Creativity, Peace (documentaire).


"Sailor et Lula est une histoire d'amour qui passe par une étrange autoroute dans le monde moderne et tordu." David Lynch.

A partir de l'itinéraire improvisé d'un couple de jeunes amants mutuellement épris de passion amoureuse mais compromis par l'arrogance d'une mégère maternelle, Sailor et Lula renouvelle la romance avec un goût prononcé pour le baroque, la féerie (l'ombre du Magicien d'Oz plane sur leurs frêles épaules !) et le surréalisme. Il est d'ailleurs étonnant de constater que cette oeuvre flamboyante émaillée d'éclairs d'érotisme torride et de violence âpre ait pu remporter la Palme d'Or à Cannes ! 


David Lynch se délectant à façonner une fresque lyrique où la passion des sentiments se dispute à la rage de survivre dans un monde étrangement sensuel et délétère. Menacée par une mère possessive sexuellement frustrée, et hantée par une agression sexuelle durant son adolescence, Lula tente d'exorciser ses démons dans les bras de son amant instable, ce dernier accumulant les bourdes à fréquenter et à combattre des marginaux pour protéger sa muse. Road Movie contemplatif au cours duquel la mort rode autour de leur errance existentielle, Sailor et Lula se positionne en récit initiatique pour leur fragilité candide partagée entre la souffrance d'une démission parentale, leur fougue amoureuse et leur crainte d'un avenir sans perspective professionnelle. Spoil ! D'où la décision de dernier ressort pour Sailor de participer à un hold-up afin de combler les attentes financières de sa future famille Fin du Spoil. Hypnotique et sensoriel, onirique et macabre, le climat insolite que David Lynch parvient magnifiquement à matérialiser est notamment transcendé par l'extravagance d'une jungle de marginaux corrompus par leur déchéance perverse. Cette obsession du désir sexuel que le couple cultive dans leur passion commune est donc contrebalancée avec les pulsions lubriques d'antagonistes frustrés de leur échec amoureux. 


Transfiguré par le brio de sa mise en scène stylisée, la charge érotique du duo galvanisant Nicolas Cage (en gros dur au coeur tendre !) / Laura Derne (en pin-up sensuellement provocante !) et par sa BO rock endiablée (on y croise aussi bien Elvis Presley, Chris Issak, Powermad que Richard Strauss !), Sailor et Lula s'édifie en chef-d'oeuvre pour la romance torturée impartie au couple d'apprentis. Ou par le biais de leur fusion amoureuse, comment inculquer un coeur sauvage à canaliser ses émotions afin d'accéder à la sociabilité d'un monde étrangement pervers !

Bruno Matéï
3èx

lundi 25 mai 2015

LES NOUVEAUX SAUVAGES. Prix du Public, Saint-Sébastien, 2014

                                                       Photo empruntée sur Google, appartenant au site cines.com.py

Relatos salvajes de Damian Szifron. 2014. Argentine/Espagne. 2h02. Avec Ricardo Darin, Leonardo Sbaraglia, Dario Grandinetti, Erica Rivas.

Sortie salles France: 14 Janvier 2015. Argentine: 21 Août 2014

FILMOGRAPHIE: Damián Szifron est un réalisateur et scénariste argentin, né le 9 Juillet 1975 à Ramos Mejia.
2003: El Fondo del Mar. 2005: Tiempo de valientes. 2014: Les Nouveaux Sauvages.


Dans la lignée des Monstres de Dino Risi, Les Nouveaux Sauvages emprunte la démarche du film à sketchs pour mettre en appui la destinée vindicative de personnages bafoués par l'injustice au sein d'une civilisation aussi sournoise qu'individualiste. La première histoire, la plus courte, nous distille finalement un goût amer puisqu'elle fait directement écho à la terrible tragédie de l'Airbus de la Germanwings survenue le 24 mars dernier lorsqu'un pilote avait délibérément contraint de crasher son avion au péril de ses passagers. Corrosif et pittoresque lorsqu'il s'agit d'illustrer la stupéfaction de voyageurs apprenant qu'ils connaissent communément l'identité d'un certain Gabriel Pasternak, le dénouement s'avère particulièrement grinçant pour illustrer l'exaction d'un pilote d'avion incessamment discrédité par son entourage. Le second sketch, le plus faible, tourne autour d'une éventuelle vendetta de "mort au rat" qu'une serveuse de restaurant hésite à mettre en pratique contre un entrepreneur immobilier, principal fautif de la mort de son mari. Une histoire assez prenante dans le compromis du stratagème que se disputent les deux serveuses, rehaussée d'une bonne idée à mi-parcours pour rehausser la gravité de leur propos mais desservie d'un dénouement tout de même frustrant.


Le troisième segment, haletant et complètement débridé, relate l'affrontement physique de deux automobilistes après s'être insultés sur la route parce que l'un d'eux roulait trop lentement. Drôle, mesquin et méchamment cruel pour dépeindre l'absurdité de leur lutte des classes, les règlements de compte se succèdent à une cadence échevelée quant à savoir qui emportera la victoire, jusqu'à ce qu'une conclusion ne vienne les réconcilier par le biais du clin d'oeil macabre. La quatrième anthologie relate le pétage de plomb d'un ingénieur en explosif contre l'intransigeance d'une entreprise de fourrière. L'intrigue faisant honneur aux réparties verbales de ce dernier essayant vainement d'élucider l'injustice de son procès contre une bureaucratie innégociable. Le cinquième récit, incisif et sardonique dans sa chute macabre, brosse le portrait d'une bourgeoisie déloyale lorsqu'une famille est contrainte de négocier le sort de leur fils chauffard (il vient de percuter une femme enceinte après avoir pris la fuite) avec un avocat, un jardinier et un enquêteur. Un récit savoureux dans la galerie véreuse impartie à ces personnages mesquins auquel l'amitié n'a ici aucune signification pour leur soif du profit. Enfin, la dernière histoire achève de manière magistrale cette fable sur la dictature des sociétés modernes, l'incivisme, la jalousie, l'orgueil, la cupidité et la fourberie avec la nuit de noce de jeunes mariés épris d'entrain et de bonheur dans leur situation amoureuse mais rapidement rattrapés par la révélation d'une adultère que la jeune épouse va apprendre en direct de sa procession ! Jouissif, jubilatoire, insolent et plein de gravité, ce bijou d'humour acide dévoile l'envers de l'amour et de la fidélité par le biais d'un rupin subitement gagné par le remord. Bourré de répliques cinglantes dans l'expression rancunière de l'épouse, d'incidents violents et d'une rencontre inopinée au clair de lune, ce jeu de massacre réussit même à distiller une poignante empathie lors de sa dernière partie aigre-douce.


Si la plupart des sketchs s'avèrent remarquablement contés parmi l'acerbité d'intrigues à rebondissements et parmi l'impulsion tempétueuse de ces personnages, le dernier segment confiné dans une salle de noce vaut à lui seul le détour dans son brassage d'émotions contradictoires afin de décrier l'irresponsabilité de l'acte du dévouement. 

Bruno Matéï

Récompenses:
Festival international du film de Saint-Sébastien 2014 : Prix du public du meilleur film européen
National Board of Review Awards 2014 : meilleur film en langue étrangère

vendredi 22 mai 2015

TRAINSPOTTING

                                                                              Photo empruntée sur Google, appartenant au site imgkid.com

de Danny Boyle. 1996. Angleterre. 1h34. Avec Ewan McGregor, Ewen Bremner, Jonny Lee Miller, Robert Carlyle, Kevin McKidd, Kelly Macdonald, Peter Mullan, James Cosmo.

Sortie salles France: 19 Juin 1996. Angleterre: 23 Février 1996

FILMOGRAPHIE: Danny Boyle est un réalisateur Britannique, né le 20 Octobre 1946 à Manchester.
1994: Petits Meurtres entre amis. 1996: Trainspotting. 1997: Une Vie moins Ordinaire. 2000: La Plage. 2002: 28 Jours plus tard. 2004: Millions. 2007: Sunshine. 2008: Slumdog Millionaire. 2010: 127 Hours. 2013: Trance. 2015: Steve Jobs.


Comédie caustique au succès international et objet de culte auprès d'une génération de cinéphiles, Trainspotting est la consécration de Danny Boyle, cinéaste anglais préalablement révélé avec un petit thriller d'humour noir, Petits meurtres entre amis. Pourvu d'un sens de dérision décalé afin de se démarquer des clichés concernant le thème éculé de la drogue, Trainspotting parvient à tirer parti de son originalité par la démarche déjantée de cinq héroïnomanes condamnés à s'épauler et se trahir pour le compte perfide de leur dope. Vivant mutuellement une existence miséreuse dans leur bourgade écossaise touchée par la dépression économique, ils passent leur temps à flâner, voler, dealer et se shooter entre deux tentatives de décrochage que leur leader Mark Renton essaie désespérément d'appliquer malgré l'influence de l'entourage.  


Nanti d'une mise en scène inventive et expérimentale afin de mieux nous immerger dans les effets désirables (orgasme extatique à l'intraveineuse, hallucinations édéniques) et indésirables de l'héroïne (impuissance sexuelle, perte de sens avec la réalité, bad-trip, overdose, crise de manque insoutenable), Danny Boyle réussit à allier fascination et répulsion quant à la perversité du produit que nos héros s'injectent obstinément sans prêter attention à la vivacité du monde extérieur. A l'instar de la séquence traumatisante auquel une mère défoncée se rend subitement compte que son bébé est mort de dénutrition ! Une situation cauchemardesque d'une intensité dramatique éprouvante, le cinéaste n'hésitant pas à filmer explicitement le cadavre nécrosé du bambin. Aussi réaliste que décalé dans les stratagèmes audacieux que nos junkies se contraignent de pratiquer pour obtenir leur produit, à l'instar de leur transaction pour 2 kilos d'héroïne, Danny Boyle ne cesse d'enjoliver sa mise en scène à l'aide d'un esthétisme poético-baroque (la fameuse plongée sous-marine dans la cuvette de toilette insalubre, les hallucinations cauchemardesques de Mark durant son sevrage !). Notamment en jouant avec la saturation / désaturation de décors tantôt psychédéliques, tantôt glauques au sein du refuge familier des drogués. Une manière d'établir un contraste entre l'illusion de leur bonheur et la réalité sordide de leur miséreux quotidien. Si certaines séquences débridées prêtent à la rigolade dans leur sens du gag vitriolé (le châtiment scatologique invoqué à Spud par sa compagne, le vol de la cassette porno que Mark a échangé chez le domicile de Tommy), d'autres moments exaltent un humour noir assez cru (la disparition d'un de leurs amis mort dans une circonstance aussi sordide que singulière). 


Mené avec entrain par une galerie de junkies délurés plongés dans l'illusion de la came, Trainspotting parvient à alerter le cercle infernal et dévastateur de la drogue avec une inventivité et une dérision aussi acerbe que grinçante (à l'instar du dénouement cynique de l'épilogue inscrit dans la désillusion). Scandé par une BO éclectique alternant la pop et la techno à une cadence métronomique et dominé par la prestance spontanée de comédiens au caractère bien trempé (mention particulière à Robert Carlyle en psychopathe avili par son alcoolisme et sa violence convulsive et à la présence ambivalente d'Ewan McGregor en junkie intarissable !), Trainspotting continue d'insuffler son emprise de bad-trip par le biais d'un réalisme désincarné !

Bruno Matéï
4èx

Récompenses:
Prix du meilleur film et du meilleur réalisateur au Festival international du film de Seattle de 1996.
BAFTA Award du meilleur scénario adapté en 1996.
BSFC Award du meilleur film en 1996.
Empire Awards du meilleur film britannique, du meilleur réalisateur britannique, du meilleur acteur britannique (Ewan McGregor) et du meilleur espoir (Ewen Bremner) en 1997.
BAFTA Scotland Awards du meilleur film et du meilleur acteur (Ewan McGregor) en 1997.
Bodil du meilleur film non-américain en 1997.
Lion tchèque du meilleur film étranger en 1997.
Brit Award de la meilleure bande-originale de film en 1997.
London Critics Circle Film Awards du meilleur acteur (Ewan McGregor) et du meilleur producteur en 1997

jeudi 21 mai 2015

PHANTASM. Prix Spécial du Jury, Avoriaz 80.

                                                                 Photo empruntée sur Google, appartenant au site wrongsideoftheart.com

de Don Coscarelli. 1979. U.S.A. 1h32. Avec Michael Baldwin, Bill Thornbury, Reggie Bannister, Kathy Lester et Angus Scrimm.

Sortie salles France: 4 Juillet 1979

FILMOGRAPHIE: Don Coscarelli est un scénariste et réalisateur américain né le 17 Février 1954 à Tripoli (Lybie).
1976: Jim the World's Greatest. 1976: Kenny and Compagny. 1979: Phantasm1982: Dar l'invincible
1988: Phantasm 2. 1989: Survival Quest. 1994: Phantasm 3. 1998: Phantasm 4. 2002: Bubba Ho-tep. 2012: John Dies at the end.


La dédramatisation du trépas du point de vue fantasmatique d'un adolescent.
Pour son troisième long-métrage, le néophyte Don Coscarelli frappe un grand coup dans le paysage fantastique avec un film à petit budget récompensé du Prix Spécial du Jury à Avoriaz puis célébré dans les vidéo-clubs au tout début des années 80. Pour classifier le contenu de Phantasm, on peut stipuler qu'il s'agit d'un croisement entre le conte horrifique, le fantastique et la science-fiction, à l'instar de son dernier acte désincarné révélant l'origine du Tall Man et de ses esclaves. Son succès commercial s'avère d'ailleurs si payant que trois suites inégales seront réalisées avec plus ou moins d'efficacité. Un adolescent et son frère aîné sont la cible d'évènements étranges dans le funérarium de leur contrée après qu'un de leur ami fut retrouvé assassiné. Un croque-mort patibulaire, une sphère volante et une communauté de nains intentent à leur tranquillité. Dès le préambule fantasmatique par l'aura trouble qui s'y dilue au sein d'une nécropole nocturne, un meurtre à l'arme blanche est perpétré auprès d'un individu par une pulpeuse aguicheuse. Nous faisons ensuite connaissance avec les amis du défunt, Jodie et Mike, deux frères déjà bien endeuillés par la disparition de leurs parents. Alors que l'aîné délaisse son frère pour tenter de conquérir la femme, Mike s'offusque à ce qu'il lui soit soutiré en s'efforçant impertinemment de le pister. C'est après l'inhumation de leur ami Tommy que Mike est témoin d'un acte improbable: l'apparence spectrale d'un croque-mort dérobant le cercueil du défunt pour le stocker dans le coffre d'un corbillard.
                                     
                          
Canaliser la peur pour vaincre la douleur.
Epaulé d'une partition onirique entêtante, Don Coscarelli s'est entrepris avec Phantasm de nous bâtir un univers macabro-surnaturel hors des sentiers battus. Par la démarche investigatrice d'un adolescent angoissé à l'idée d'être abandonné et de perdre son frère, un univers opaque se matérialise sous l'impulsion de sa jalousie et sa paranoïa. Spoiler ! Dans son esprit tourmenté, le directeur d'un funérarium enlève des cadavres pour les réduire à la taille de gnome afin de les confiner en esclavage vers sa planète lointaine. Durant le cheminement de Mike émaillé d'incidents à répétition et de rencontres macabres, et par l'influence de son imaginaire débordant, c'est une lutte contre ses propres démons qu'il est contraint de combattre afin de canaliser sa peur morbide depuis la tragique disparition de sa famille. Fin du Spoil. Les vicissitudes baroques et débridées que ce dernier doit parcourir, Don Coscarelli les matérialisent avec un sens créatif vertigineux et un climat de mystère ensorcelant par sa scénographie mortifère. Notamment par le biais d'une structure narrative elliptique brouillant parfois les repères du présent et du passé pour mieux nous égarer dans un dédale cauchemardesque. Que ce soit l'hostilité d'une sphère volante, foreuse de cerveau, la mutation d'un doigt en insecte, le camouflage de nabots erratiques et l'entrée dimensionnelle vers une planète rouge, Phantasm est une invitation au voyage, un périple initiatique vers l'acceptation du deuil qui entraînera la maturité du jeune héros. Les portes d'une nouvelle dimension nous sont donc ici ouvertes par l'entreprise d'une morgue afin de conjurer nos affres et nos névroses imparties au mystère de l'inconnu ! L'inaccessibilité de l'absolu ! En pionnier du fantastique contemporain, Don Coscarelli ne manque pas non plus d'humour noir parmi l'excentricité de ces créatures malfaisantes tout en alternant avec l'alchimie érotique du corps féminin mis en valeur pour la curiosité d'un ado en éveil sexuel. Niveau prestance iconique, personne ne peut oublier le rictus diabolique d'Angus Scrimm dans celui du Tall Man, figure singulière du Boogeyman dans son imposante fonction de croque-mort à la lourde démarche. Outre les seconds-rôles attachants qui accompagnent le jeune Mike, A. Michael Baldwin endosse avec beaucoup de naturel la fragilité innocente d'un adolescent en berne contraint de refréner son traumatisme du deuil avec une bravoure expansive.
                                       

La vie n'est qu'un long rêve dont la mort nous réveille.
Par son pouvoir de fascination régi autour d'une scénographie mortuaire et le brassage hétéroclite des genres détournés, Phantasm s'édifie en chef-d'oeuvre du fantastique moderne, hymne universel au rêve, à la spiritualité et à l'approbation de la mort. L'intelligence métaphorique du scénario, l'univers onirico-macabre qui y est dépeint avec créativité endémique et son inoubliable mélodie obsédante acheminant Phantasm à la jouvence éternelle. Les amoureux transis d'émoi de bizarrerie ne se sont d'ailleurs jamais remis d'une expérience aussi irrationnelle pour consentir la fatalité de la mort, ou l'illusion de l'existence ! 

06.07.11.  5 (186 vues)
21.05.15.  6èx
Bruno Matéï.


mercredi 20 mai 2015

TRUE ROMANCE

                                                                         Photo empruntée sur Google, appartenant au site impawards.com

de Tony Scott. 1993. U.S.A. 2h00. Avec Christian Slater, Patricia Arquette, Michael Rapaport, Christopher Walken, Dennis Hopper, Saul Rubinek, Bronson Pinchot, Samuel L. Jackson, Gary Oldman, Brad Pitt, Val Kilmer, James Gandolfini, Chris Penn, Tom Sizemore, Michael Beach, Frank Adonis.

Sortie salles France: 3 Novembre 1993. U.S: 10 Septembre 1993

FILMOGRAPHIE: Tony Scott (né le 21 juillet 1944 à Stockton-on-Tees, Royaume-Uni - ) est un réalisateur, producteur, producteur délégué, directeur de la photographie, monteur et acteur britannique. 1983 : Les Prédateurs, 1986 : Top Gun, 1987 : Le Flic de Beverly Hills 2, 1990 : Vengeance,1990 : Jours de tonnerre,1991 : Le Dernier Samaritain,1993 : True Romance, 1995 : USS Alabama,1996 : Le Fan,1998 : Ennemi d'État, 2001 : Spy Game, 2004 : Man on Fire, 2005 : Domino, 2006 : Déjà Vu, 2009 : L'Attaque du métro 123, 2010 : Unstoppable..


Echec commercial lors de sa sortie, True Romance finit néanmoins par accéder au rang de film-culte chez les cinéphiles aguerris d'une ultra-violence aussi corrosive que cartoonesque. Scénarisé par Quentin Tarantino dont on reconnait bien là la verve de ses dialogues satiriques, True Romance se rapproche plus d'une déclinaison de Sailor et Lula dans le portrait marginal du couple d'amants et les conséquences de leur corruption, que du mythique Bonnie and Clyde auquel l'affiche française prêtait allusion. Tony Scott ne lésinant pas sur le caractère sanglant des règlements de compte et passage à tabac (à l'instar du mémorable corps à corps barbare entre Alabama et un tueur misogyne !) dans un esprit sardonique où l'humour noir fait des étincelles. 


Clarence, vendeur de comics, fan d'Elvis et de films de Kung-Fu, établit la rencontre d'une escort-girl, Alabama, en pleine séance de cinéma. Emportés par le coup de foudre, ils décident rapidement de se marier avant que Clarence ne se décide d'aller récupérer les affaires de son épouse chez son ancien mac, Drexl Spivey, et de le supprimer. Après la mortelle altercation, Clarence s'empare par mégarde d'une valise bourrée de Coke. Sans le sou, le couple décide par le biais d'un ami de revendre la drogue auprès d'un producteur d'Hollywood. Jouissif et trépidant dans son intrigue à revirements, quiproquos et rencontres inopportunes auquel la violence aride éclate de manière brutale, hilarant dans sa galerie fantaisiste de malfrats déjantés auquel d'illustres comédiens se prêtent au jeu avec ferveur (mention spéciale pour le numéro anthologique que Christopher Walken insuffle dans sa posture parodique de parrain sicilien !), True Romance s'instaure en plaisir de cinéma malotru. Notamment pour la caricature assignée aux financiers véreux d'Hollywood, l'hommage attendrissant invoqué à la Pop-Culture et son goût pour la farce caustique auquel la fourberie de certains antagonistes dévoile l'envers d'une industrie cinématographique rongée par le cynisme et la cupidité. Par sa facture exotique (le cadre ensoleillé des palmiers de Los Angeles) et le vent de charme et fraîcheur que le couple Christian Slater / Patricia Arquette laisse planer avec fougue passionnelle, True Romance allie tendresse et trépas dans un cocktail acidulé d'hystérie collective (fusillade paroxystique à l'appui !). 


Soutenu par la bande-son exaltante d'un Hans Zimmer particulièrement inspiré par les sonorités tropicales, True Romance transfigure la romance criminelle par le biais du polar brutal auquel les réparties inventives et la galerie effrontée des comédiens participent autant à son attrait de séduction ! Classique moderne du genre, cette "vraie" romance (adoubée par Tarantino himself pour l'alternative du happy-end de Scott !) reste aujourd'hui toujours aussi pétillante et pétaradante ! 

Bruno Matéï
3èx

    mardi 19 mai 2015

    CLASS 1984

                                                   Photo empruntée sur Google, appartenant au site hollywood80.com

    Class of 1984 de Mark Lester. 1982. U.S.A. 1h38. Avec Perry King, Merrie Lynn Ross, Timothy Van Patten, Roddy McDowall, Stefan Arngrim, Michael J. Fox, Keith Knight, Lisa Langlois.

    Sortie salles France: 29 Septembre 1982. U.S: 20 Août 1982. Interdit au - de 18 ans lors de sa sortie.

    FILMOGRAPHIE SELECTIVE: Mark Lester est un réalisateur, producteur et scénariste américain, né le 26 Novembre 1946 à Cleveland, Ohio.
    1971: Twilight of the Mayas. 1973: Steel Arena. 1982: Class 84. 1984: Firestarter. 1985: Commando. 1986: Armé et Dangereux. 1990: Class of 1999. 1991: Dans les Griffes du Dragon Rouge. 1996: Public Ennemies. 2000: Blowback. 2000: Sacrifice (télé-film). 2000: Guilty as Charged (télé-film). 2002: Piège sur Internet. 2003: Trahisons. 2003: Ruée vers la Blanche. 2005: Ptérodactyles.


    L'année dernière, dans les collèges américains, 280 000 incidents avec violence ont été perpétrés par des étudiants à l'encontre de professeurs ou d'élèves. 
                                                                        Malheureusement... 
                                                Ce film est basé sur des évènements réels.
                                                                        Heureusement... 
                                                Très peu d'écoles sont à l'image de "Lincoln High".
                                                                                  ... Pour l'instant.

    Voilà ce que nous pouvions lire en guise d'intro avant que le générique ne viennent inscrire en gros caractères rouges le fameux logo prémonitoire: Class 1984 ! Film culte de toute une génération, comme le souligne également son gros succès en salles et en Vhs, et ce malgré son interdiction au moins de 18 ans, Class 1984 doit sa réputation à la frénésie de son ultra-violence que Mark Lester exploite dans le cadre de la série B avant de décrier en sous-texte social la flambée inquiétante de la délinquance scolaire. Les flics installés à l'entrée des établissements faisant ici office de geôliers afin de détecter armes blanches et armes à feu que certains lycéens oseraient planquer sous le manteau avant d'aller rejoindre les cours.


    Habité par une ultra-violence aussi gratuite que putassière, que ce soit pour les exactions dévergondées de nos quatre antagonistes ou pour la riposte de professeurs incapables de refréner leur rancoeur, le film se permet en outre d'aborder le thème de l'auto-défense par le biais d'un final grand-guignolesque resté dans toutes les mémoires. Ou lorsqu'un enseignant habité par la hargne a décidé de se faire justice pour faire la peau à quatre ado ayant violé puis kidnappé sa femme ! En l'occurrence, il ne s'agit pas d'une traditionnelle vengeance comme on a coutume de voir dans les Vigilante Movies, Andrew Norris s'efforçant avant tout de retrouver sa femme en VIE avant de tenter d'assassiner avec prévention ses oppresseurs ! D'une efficacité et d'une tension exponentielles quant à la confrontation impitoyable de ce dernier incessamment harcelé par la bande de punks (les comédiens charismatiques s'en donnant à coeur joie dans leur fourberie et raillerie meurtrière tout en prédisant un avenir dystopique), Class 1984 signalait avec 20 ans d'avance l'insécurité instaurée en milieu éducatif. Quand bien même Mark Lester surligne avec outrance et dérision l'impuissance de la police et des professeurs alors que l'un d'eux finira par sombrer dans une dépression suicidaire. A cet égard, personne n'a oublié la prise d'otages scolaire que Rody McDowall s'inflige flingue à la main durant son cours de biologie pour mieux se faire entendre auprès de ses élèves ! Débridé, sardonique et violemment réactionnaire, Class 1984 accumule les confrontations musclés entre cette troupe de délinquants sans vergogne, digne héritiers d'Orange Mécanique, et nos deux professeurs impliqués malgré eux dans un concours d'intimidations toujours plus hostiles. La tension régulière qui émane de leurs affrontements moraux et physiques finissant par engendrer une violence désaxée que Mark Lester justifie explicitement dans un climat de folie furieuse.


    Ultra violent et sans concession dans ses excès de brutalité putassière (la fameuse séquence de viol et le carnage qui s'ensuit !) mais jouissif en diable car d'une efficacité optimale dans les rapports de force que subissent délinquants psychopathes et professeurs justiciers, Class 1984 puise son intensité dans ce délire assumé et le jeu schizo des comédiens en roue libre (mention spéciale à Timothy Van Patten, délectable de perversité insidieuse). Et ce, bien avant de prophétiser l'inflation de la délinquance scolaire et la démission pédagogue de la ligue parentale. A savourer de préférence au second degré donc pour ce tableau halluciné de la violence convulsive ! 



    22èx

      lundi 18 mai 2015

      IT FOLLOWS. Grand Prix, Prix de la Critique, Gérardmer 2015

                                                                       Photo empruntée sur Google, appartenant au site bloody-disgusting.com

      de David Robert Mitchell. 2014. U.S.A. 1h40. Avec Maika Monroe, Keir Gilchrist, Jake Weary, Olivia Luccardi, Daniel Zovatto.

      Sortie salles France: 4 Février 2015. U.S: 27 Mars 2015

      FILMOGRAPHIE: David Robert Mitchell est un réalisateur et scénariste américain.
      2010: The Myth of the American Sleepover. 2014: It Follows.


      Grand vainqueur de Gérardmer en 2015 (Grand Prix et Prix de la Critique !), It Follows est la seconde oeuvre picturale d'un réalisateur novice éperdument amoureux du genre. De par son goût pour l'esthétisme onirico-macabre qu'un format scope transfigure avec un sens stylisé du cadre, sa musique métronomique tantôt lancinante, tantôt stridente, directement inspirée de CarpenterTim Krog, Fred Myrow et Malcolm Seagrave (Phantasm), et surtout son ambiance palpable rappelant les fleurons horrifiques des années 80. Prenant à contre-pied les poncifs du slasher lambda dans la caricature assénée aux jeunes adolescents (ils se révèlent ici intelligents, censés et modestes à contrario des gamins turbulents fumeurs de joints !) et dans ses thèmes impartis à la peur et à la sexualité, David Robert Mitchel parvient à renouveler le genre par le biais d'une entité maléfique que n'aurait pas renié Ulli Lommel ! Remake à peine déguisé du très sympa Spectre / The Boogeyman, (même si je suis sans doute le seul à oser le souligner !), It Follows renvoie au même facteur surnaturel (l'entité démoniaque quasi invisible pourchassant sans relâche ses victimes !), à la même ambiance ésotérique et à la même musicalité que Tim Krog avait su souligner à l'aide d'une mélodie doucereuse.


      Ici, le réalisateur aborde les thématiques de la peur du Mal et de la sexualité sous un angle ironique, sachant qu'en l'occurrence les ados sont contraints de copuler pour éviter de trépasser, l'entité pourchassant incessamment la dernière victime ayant oser commettre l'acte sexuel ! Métaphore sur les maladies vénériennes mais aussi l'émancipation sexuelle afin d'exorciser nos névroses (la peur de la maturité également !), parcours initiatique à l'équilibre amoureux, l'intrigue met en appui l'épreuve de force que doivent communément relever des camarades de classe afin de repousser la menace sournoise. Par cette présence irréelle redoutablement hostile car multipliant les nouvelles apparences corporelles, et la manière subjective dont David Robert Mitchel filme la tranquillité de sa bourgade ricaine démissionnée de ligue parentale, on songe à Halloween auquel l'ombre de Michael Myers semble scruter les faits et gestes de chaque lycéenne. Nanti de gageure, le cinéaste essaie inévitablement de jongler avec les sentiments d'angoisse et de terreur parmi l'efficacité des situations aléatoires de danger et un souci formel onirique (la beauté fantasmatique de la nature, sa faune et sa flore multipliant les paraboles sur la virginité et à la défloration). Si les séquences de flippe s'avèrent plutôt discrètes, certaines d'entre elles réussissent néanmoins à nous insuffler un sentiment d'affolement cuisant lorsque l'entité s'incarne sous une indicible apparence humaine pour harceler sa victime au moment inopportun ! Qui plus est, afin de rehausser l'horreur de la situation inédite, seule cette dernière (pénétrée par l'acte sexuel !) est apte à entrevoir la forme maléfique quand bien même ses camarades tentent vainement de la discerner pour essayer de l'alpaguer ! Angoissant de manière graduelle et irrésistiblement envoûtant, It Follows privilégie aussi l'anxiété des ressorts dramatiques, de par l'attitude fragilisée de l'héroïne en quête de rédemption et de bravoure pour sauver sa peau (trouver un nouveau partenaire sexuel pour lui refourguer son fardeau), et la manière leste dont le cinéaste exploite la menace par le biais d'une mise en scène géométrique (chaque plan s'avérant extrêmement travaillé dans sa facture stylisée). Sur ce dernier point, It Follows s'avère une franche réussite technique dans sa capacité à transfigurer le genre afin de façonner l'ossature d'une ambiance interlope littéralement ensorcelante.


      The Boogeyman
      Angoissant, perturbant et parfois terrifiant, It Follows renouvelle le genre parmi la sincérité d'un auteur éperdument amoureux des ambiances diffuses. Dominé par la présence juvénile de comédiens attachants dans leur fonction équilibrée d'ados en rébellion et d'une BO exceptionnelle transcendant la forme d'une ambiance crépusculaire où l'insécurité prend du galon, ce (faux) slasher parvient à exploiter la peur par le biais d'un pitch surnaturel, dérivatif pour la sexualité adolescente. Du cinéma d'horreur adulte comme on n'en voit plus depuis les années 80, et donc destiné lui aussi à devenir un nouveau classique ! 

      Bruno Matéï

      La Chronique de Spectre: http://brunomatei.blogspot.fr/2014/11/spectre-boogeyman.html

      Récompenses:
      Prix de la Critique Internationale au Festival du cinéma Américain de Deauville, 2014
      Grand Prix et Prix de la critique au Festival du film Fantastique de Gérardmer, 2015.

      jeudi 14 mai 2015

      MAD-MAX : FURY ROAD

                                                                             Photo empruntée sur Google, appartenant au site absolutebadasses.com

      de George Miller. 2014. Australie/U.S.A. 2h00. Avec Tom Hardy, Charlize Theron, Nicholas Hoult, Hugh Keays-Byrne, Rosie Huntington-Whiteley, Riley Keough, Zoë Kravitz.

      Sortie salles France: 14 Mai 2015. U.S: 15 Mai 2015. Australie: 14 Mai 2015

      FILMOGRAPHIE: Georges Miller est un réalisateur, scénariste et producteur australien, né le 3 Mars 1945 à Chinchilla (Queensland).
      1979: Mad-Max. 1981: Mad-Max 2. 1983: La 4è Dimension (dernier segment). 1985: Mad-Max : Au-delà du dôme du Tonnerre. 1987: Les Sorcières d'Eastwick. 1992: Lorenzo. 1997: 40 000 ans de rêve (documentaire). 1998: Babe 2. 2006: Happy Feet. 2011: Happy Feet 2. 2014: Mad Max: Fury Road.


                                "90% de ce que vous verrez à l'écran a vraiment eu lieu". Tom Hardy.
                                "J'ai fait Mad-Max pour retrouver l'essence du cinéma". George Miller. 

      30 ans d'attente qu'il aura fallu endurer !!! 30 ans à se ronger les ongles pour espérer l'éventuel retour du "Road Warrior" sur nos écrans poussiéreux, bien avant de fantasmer sur une poignée de trailers transis d'émoi ! Mad-Max: Road Fury a enfin débarqué sur nos écrans en ce jour de gloire du 14 Mai 2015. Oui, jour de gloire si j'ose dire, dans le sens où cette date commémorative restera ancrée dans le coeur des cinéphiles pour tous ceux qui auront eu l'aubaine de découvrir le monstre sur la toile ! Réalisateur de génie responsable d'une (première) trilogie légendaire, George Miller s'est à nouveau surpassé dans sa fonction d'alchimiste n'ayant rien à envier à Méliès puisqu'il réinvente ici le langage cinématographique sous le concept de l'actionner bourrin ! Oubliez donc les puddings à l'aspartam cuisinés par la saga Fast and Furious et plongez vous dans la course-poursuite automobile la plus longue et affolante du 7è art ! Tourné dans le désert de Namibie en Afrique australe, Mad-Max Fury Road débute avec l'apparition de notre héros solitaire adossé en amont d'une colline désertique. Alors qu'il tente de reprendre la route à bord de son Interceptor, Max est rapidement pris à parti et capturé par une horde de motards. Après une tentative d'évasion, il établit la rencontre d'Immortan Joe. Un leader imposant sa tyrannie auprès d'une population affamée réduit à l'esclavage. Parmi son clan d'alliés, l'impératrice Furiosa s'efforce de faire diversion pour s'échapper parmi ses épouses, quand bien même l'une d'elles porte l'enfant du tyran. Effrayé à l'idée de perdre son rejeton, Immortan Joe s'empresse dès lors de lâcher ses chiens de guerre contre Furiosa. Sur l'un des bolides antagonistes, Max, enchaîné et muselé, assiste impuissant à cette course infernale en plein désert. 


      Spectacle homérique ahurissant d'inventivité formelle (notamment cette alternance d'intempérie nocturne avec le climat solaire ! ) et de prouesse technique (sens du découpage à couper au rasoir !) dans son lot incessant de cascades automobiles s'affrontant sur des plaines tempétueuses au rythme hard-rock d'une guitare enflammée, Mad-Max Fury Road symbolise la fulgurance de surpasser tout ce qui a été vu au préalable afin de combler un public abasourdi par la tornade de bruit et de fureur. Nanti de décors et accessoires à couper le souffle dont le souci du détail permet de crédibiliser son univers post-apo, que ce soit l'infrastructure de la citadelle d'Immortan Joe, la morphologie débridée des bolides, motos et camions customisés, les défroques guerrières, les armes à canon scié, arbalètes, lance-flammes, tronçonneuse et autres gadgets de destruction, c'est la résurrection d'une saga barbare que nous illustre George Miller parmi l'influence de freaks estropiés (le grimage tribal se succède au look cyberpunk) surgis de Métal Hurlant ! Véritable hymne à l'action dans sa noble générosité et son acuité, à mi-chemin entre le concert hard-rock et le ballet opératique, Mad-Max Fury Road multiplie par 10 les poursuites belliqueuses préalablement transfigurées par son modèle Mad-Max 2. En respectant avec une efficacité imparable la continuité de la mythologie sans jamais s'incliner vers la gratuité et la routine, Miller réussit à renouveler l'action (stratégies récursives d'attaques et de contre-attaques pour l'enjeu de l'eau et de la nourriture, d'allers et retours vers l'oasis de la terre verte, entre guet-apens et retrouvailles pacifistes !) grâce à la symétrie des corps à corps et affrontements motorisés chorégraphiés avec stylisme vertigineux ! Prenant pour thèmes la survie, l'espoir, l'entraide et la rédemption, principalement du point de vue d'une communauté de guerrières farouches, l'intrigue reprend les même motifs que Mad-Max 3 nous avait surligné sous l'impulsion d'une colonie d'enfants (Max s'était alors érigé en figure christique face à leur influence pour renouer contre son gré avec sa part d'humanité). En l'occurrence, les enfants sont ici substitués par des femmes aussi fragiles dans leur soumission de procréation que combatives pour défier leur oppresseur devant le témoignage d'un Max sévèrement individualiste. Toujours hanté par son passé meurtri mais à nouveau impliqué dans un contexte impitoyable de survie, Max va devoir s'initier à la confiance et à la fraternité afin de prêter à main forte à ces rebelles féministes sous l'icone de Furiosa. Charlize Theron endossant avec charisme viril une guerrière redoutablement pugnace dans ses bravoures intensives tout en insufflant une profonde humanité quant à la destinée de sa communauté en quête de héros. D'ailleurs, bien que convaincant mais quelque peu desservi par sa posture indécise et finalement secondaire (il ne fait qu'épauler durant tout le périple la tribu de Furiosa), Tom Hardy se prête au jeu du guerrier de la route avec moins d'aplomb que sa partenaire, notamment faute de ses états d'âme perturbés par une réminiscence filiale. 


      This is a Lovely Day ! 
      Habité par le rugissement d'une course-poursuite rarement à court de carburant alors que la folie convulsive irrigue les pores de chaque pilote, Mad-Max Fury Road réinvente le cinéma d'action avec une virtuosité et une inventivité telle qu'une première vision nous empêche d'en capter toutes ses trouvailles ! (à l'instar du cinéma précurseur de Buster Keaton et de John Woo !). Sous son aspect de roller coaster insatiable conçu pour transcender indéfiniment la prochaine action se dévoile aussi l'humilité de la cause féminine. Par le biais de leur courage, leur espoir et leur sens de cohésion, l'homme semble aujourd'hui destiné à réapprendre ses valeurs perdues malgré l'entêtement du guerrier solitaire. Max, héros encore déchu de son lourd passé pour tolérer une nouvelle existence communautaire. 

      Yannick Dahan et Fury Road: http://www.cineplus.fr/pid5876-cine-frisson.html?vid=1280416


       

      mercredi 13 mai 2015

      CALVAIRE. Prix de la Critique, Prix du Jury, Prix Première, Gérardmer 2005.

                                                                                             Photo empruntée sur Google, appartenant au site Allocine.fr

      de Fabrice Du Welz. 2004. France/Belgique/Luxembourg. 1h33. Avec Laurent Lucas, Jackie Berroyer, Philippe Nahon, Jean-Luc Couchard, Brigitte Lahaie, Gigi Coursigny.

      Sortie salles France: 16 Mars 2005. Belgique: 9 Mars 2005

      FILMOGRAPHIE: Fabrice Du Welz est un réalisateur belge, né le 21 Octobre 1972.
      2004: Calvaire. 2008: Vinyan. 2014: Colt 45. 2014: Alleluia.


      Récompensé au Festival de Gérardmer, de Cannes et d'Amsterdam, Calvaire surpris les cinéphiles pour ce premier essai réalisé par un cinéaste belge, Fabrice Du Welz. Véritable coup de maître dans la maîtrise de sa mise en scène autonome cédant parfois à l'expérimentation et dans sa faculté de distiller un malaise aussi prégnant que répulsif, Calvaire emprunte le genre horrifique sous couvert de survival hérité de ses ancêtres Délivrance et Massacre à la Tronçonneuse (dont un fameux "clin d'oeil" pour la scène du souper !). Après son dernier concert, un chanteur de maison de retraite tombe en panne de voiture sur le chemin forestier du retour. Par le biais d'un étrange inconnu, Marc est ensuite aimablement dirigé vers l'hospitalité de Bartel, un veuf vivant reclus dans sa ferme. Au fil de leur relation amicale, Marc éprouve un malaise face à la désinvolture de ce dernier hanté par sa solitude depuis le décès de sa femme. Alors qu'il s'était disposé à réparer son véhicule, Bartel s'en débarrasse finalement afin de séquestrer son hôte. Le calvaire peut commencer... 


      Plongée horrifique dans le tréfonds de l'aliénation mentale, Calvaire aborde la thématique du refoulement sexuel du point de vue de paysans vivant en autarcie dans leur nature sauvage. Privés de toute présence féminine, ils s'adonnent en guise de sexualité et d'ennui à la zoophilie sur leur propre bétail. Ce qui nous vaut déjà une étreinte sulfureuse proprement dérangeante dans sa manière de diluer une perversité immorale par la suggestion de l'acte innommable. Farce macabre sur le besoin irrépressible d'être aimé et le poids de la déréliction entraînant chez ces métayers rétrogrades une schizophrénie influente, Calvaire multiplie les séquences inconfortables sous la main-mise du ravisseur Bartel. L'incroyable Jackie Berroyer endossant son rôle avec une ironie sournoise dans ses expressions d'impudence et de pulsions désaxées. Toutes les séquences d'humiliations et de tortures infligées sur Marc s'avérant aussi cruelles que sardoniques dans sa condition de victime estropiée. Réduit à l'état de travelo tuméfié d'ecchymoses, ce dernier est contraint de se fondre dans la peau de l'épouse soumise sous l'impériosité possessive de Bartel. Quand aux seconds-rôles tout aussi demeurés qui empiètent le récit, Fabrice Du Welz persévère dans le malsain et le crapoteux lorsque les voisins de Bartel décident de s'accaparer de son fameux trophée en guise d'esclavage sexuel. Influencé notamment par la Traque de Serge Leroy, il nous transcende une dernière partie aussi anxiogène que chimérique lorsque Marc est contraint de s'incliner dans les brumes d'une forêt spectrale où plane un silence de mort (des plages oniriques d'un esthétisme ténébreux à couper le souffle !). 


      A travers les thèmes de l'obsession sexuelle et amoureuse, du refoulement, de la psychose et de l'isolement, Fabrice Du Welz transfigure avec Calvaire un sommet d'horreur psychologique où l'humour noir et le scabreux se télescopent avec un réalisme déroutant (à l'instar de la "danse obsédante des fous" composée au piano dans une auberge chargée d'atmosphère sulfurique !). Fascinant et perturbant à la fois, l'expérience de Calvaire, survival référentiel, possède finalement une identité quant à la personnalité hétérodoxe de son auteur provocateur.  

      Bruno Matéï

      Récompenses: Grand Prix du meilleur film fantastique européen, lors du Festival du film fantastique d'Amsterdam en 2005
      Prix de la critique internationale, Prix du jury et Prix Première, au festival de Gérardmer, 2005
      Nomination au prix de la meilleure photographie, lors des Joseph Plateau Awards en 2006
      Prix Très Spécial, Cannes 2004

      mardi 12 mai 2015

      MAGGIE

                                                             Photo empruntée sur Google, appartenant au site journaldugeek.com

      de Henry Hobson. 2015. U.S.A. 1h35. Avec Arnold Schwarzenegger, Abigail Breslin, Joely Richardson, Aiden Flowers, Carsen Flowers, J.D. Evermore.

      Sortie salles France: 27 Mai 2015. U.S: 8 Mai 2015

      FILMOGRAPHIE: Henry Hobson est un réalisateur américain.
      2015: Maggie.


      A cause d'une pandémie en roue libre et avec le soutien du médecin, un père envisage de se reclure dans sa demeure familiale afin d'éviter le placement en quarantaine de sa fille infectée. Progressivement, la transformation morale et physique de cette dernière gagne du terrain... Prenant pour thème l'infection du point de vue du zombie, Maggie tente de dépoussiérer le genre horrifique dans une forme intimiste afin de se démarquer de la surenchère que nombre de réalisateurs ont le plus souvent trivialisé dans les séries B d'exploitation.



      Baignant dans une mélancolie existentielle où la nature désaturée se défraîchie devant le témoignage sentencieux de métayers, la première oeuvre de Henry Hobson fait inévitablement preuve d'intentions louables par sa sincérité à privilégier l'étude de caractère et le climat dépressif en décrépitude. Confinant l'essentiel de son action sur les rapports familiaux en huis-clos d'un père et de sa fille prochainement destinés à se séparer face à la maladie, le film est contrebalancé d'un score élégiaque aussi sensible qu'infructueux. Métaphore sur le cancer et le crédit du temps présent, Maggie tente de provoquer une émotion candide quant à la situation désespérée de cette adolescente en phase terminale, quand bien même le père ("joué" par un Schwarzzie aussi apathique que stérile, alors que tout le monde s'attendait enfin à LA révélation de sa carrière !) observe sa dégénérescence avec une empathie bouleversée. Chargé de sinistrose pour la condition démunie de cette victime en quête d'amour de dernier ressort et de rédemption, Henry Hobson n'insuffle jamais une quelconque émotion, faute d'une direction d'acteurs jamais investis dans leur fonction altruiste et surtout d'une réalisation austère survolant un cheminement narratif en perte de vitesse. Il en émane un sentiment de frustration permanent quant aux intentions sincères de mettre en valeur les ressorts dramatiques de l'amour filial et la crainte de la mort auquel le script, futile, ne réserve jamais d'éventuels surprises pour la fatalité de Maggie.


      Poussif, jamais empathique ou poignant (ou alors avec parcimonie en de brèves occasions) et ennuyeux à force de ressasser la relation précaire d'un père et de sa progéniture en mutation, Maggie rate le coche de ses intentions intègres, faute d'un scénario défaillant, d'une interprétation anémique et d'une réalisation inexpressive. Reste quelques belles images de poésie bucolique et un soupçon d'esthétisme envoûtant au sein de sa nature décharnée. 

      Bruno Matéï