lundi 18 mai 2015

IT FOLLOWS. Grand Prix, Prix de la Critique, Gérardmer 2015

                                                                 Photo empruntée sur Google, appartenant au site bloody-disgusting.com

de David Robert Mitchell. 2014. U.S.A. 1h40. Avec Maika Monroe, Keir Gilchrist, Jake Weary, Olivia Luccardi, Daniel Zovatto.

Sortie salles France: 4 Février 2015. U.S: 27 Mars 2015

FILMOGRAPHIE: David Robert Mitchell est un réalisateur et scénariste américain.
2010: The Myth of the American Sleepover. 2014: It Follows.


Grand vainqueur de Gérardmer en 2015 (Grand Prix et Prix de la Critique !), It Follows est la seconde oeuvre picturale d'un réalisateur novice éperdument amoureux du genre. De par son goût pour l'esthétisme onirico-macabre qu'un format scope transfigure avec un sens stylisé du cadre, sa musique métronomique tantôt lancinante, tantôt stridente, directement inspirée de CarpenterTim Krog, Fred Myrow et Malcolm Seagrave (Phantasm), et surtout son ambiance palpable rappelant les fleurons horrifiques des années 80. Prenant à contre-pied les poncifs du slasher lambda dans la caricature assénée aux jeunes adolescents (ils se révèlent ici intelligents, censés et modestes à contrario des gamins turbulents fumeurs de joints !) et dans ses thèmes impartis à la peur et à la sexualité, David Robert Mitchel parvient à renouveler le genre par le biais d'une entité maléfique que n'aurait pas renié Ulli Lommel ! Remake à peine déguisé du très sympa Spectre / The Boogeyman, (même si je suis sans doute le seul à oser le souligner !), It Follows renvoie au même facteur surnaturel (l'entité démoniaque quasi invisible pourchassant sans relâche ses victimes !), à la même ambiance ésotérique et à la même musicalité que Tim Krog avait su souligner à l'aide d'une mélodie doucereuse.


Ici, le réalisateur aborde les thématiques de la peur du Mal et de la sexualité sous un angle ironique, sachant qu'en l'occurrence les ados sont contraints de copuler pour éviter de trépasser, l'entité pourchassant incessamment la dernière victime ayant oser commettre l'acte sexuel ! Métaphore sur les maladies vénériennes mais aussi l'émancipation sexuelle afin d'exorciser nos névroses (la peur de la maturité également !), parcours initiatique à l'équilibre amoureux, l'intrigue met en appui l'épreuve de force que doivent communément relever des camarades de classe afin de repousser la menace sournoise. Par cette présence irréelle redoutablement hostile car multipliant les nouvelles apparences corporelles, et la manière subjective dont David Robert Mitchel filme la tranquillité de sa bourgade ricaine démissionnée de ligue parentale, on songe à Halloween auquel l'ombre de Michael Myers semble scruter les faits et gestes de chaque lycéenne. Nanti de gageure, le cinéaste essaie inévitablement de jongler avec les sentiments d'angoisse et de terreur parmi l'efficacité des situations aléatoires de danger et un souci formel onirique (la beauté fantasmatique de la nature, sa faune et sa flore multipliant les paraboles sur la virginité et à la défloration). Si les séquences de flippe s'avèrent plutôt discrètes, certaines d'entre elles réussissent néanmoins à nous insuffler un sentiment d'affolement cuisant lorsque l'entité s'incarne sous une indicible apparence humaine pour harceler sa victime au moment inopportun ! Qui plus est, afin de rehausser l'horreur de la situation inédite, seule cette dernière (pénétrée par l'acte sexuel !) est apte à entrevoir la forme maléfique quand bien même ses camarades tentent vainement de la discerner pour essayer de l'alpaguer ! Angoissant de manière graduelle et irrésistiblement envoûtant, It Follows privilégie aussi l'anxiété des ressorts dramatiques, de par l'attitude fragilisée de l'héroïne en quête de rédemption et de bravoure pour sauver sa peau (trouver un nouveau partenaire sexuel pour lui refourguer son fardeau), et la manière leste dont le cinéaste exploite la menace par le biais d'une mise en scène géométrique (chaque plan s'avérant extrêmement travaillé dans sa facture stylisée). Sur ce dernier point, It Follows s'avère une franche réussite technique dans sa capacité à transfigurer le genre afin de façonner l'ossature d'une ambiance interlope littéralement ensorcelante.


The Boogeyman
Angoissant, perturbant et parfois terrifiant, It Follows renouvelle le genre parmi la sincérité d'un auteur éperdument amoureux des ambiances diffuses. Dominé par la présence juvénile de comédiens attachants dans leur fonction équilibrée d'ados en rébellion et d'une BO exceptionnelle transcendant la forme d'une ambiance crépusculaire où l'insécurité prend du galon, ce (faux) slasher parvient à exploiter la peur par le biais d'un pitch surnaturel, dérivatif pour la sexualité adolescente. Du cinéma d'horreur adulte comme on n'en voit plus depuis les années 80, et donc destiné lui aussi à devenir un nouveau classique ! 

Bruno Matéï

La Chronique de Spectre: http://brunomatei.blogspot.fr/2014/11/spectre-boogeyman.html

Récompenses:
Prix de la Critique Internationale au Festival du cinéma Américain de Deauville, 2014
Grand Prix et Prix de la critique au Festival du film Fantastique de Gérardmer, 2015.

3 commentaires: