jeudi 25 juin 2015

LES JOURS ET LES NUITS DE CHINA BLUE

                                                                Photo empruntée sur Google, appartenant au site impawards.com

"Crimes of Passion" de Ken Russel. 1984. U.S.A. 1h46. Avec Kathleen Turner, Bruce Davison, Gordon Hunt, Dan Gerrity, Anthony Perkins, Terry Hoyos, Annie Potts, John Laughlin, John G. Scanlon, Janice Renney, Stephen Lee...

Sortie salles France: 19 juin 1985. U.S.A: 19 octobre 1984

FILMOGRAPHIE: Ken Russell est un réalisateur, scénariste, acteur, producteur, monteur et directeur de la photographie britannique né le 3 juillet 1927 à Southampton. 1967 : Un cerveau d'un milliard de dollars, 1969 : Love , 1970 : The Music Lovers, 1971 : Les Diables, 1971 : The Boy Friend, 1972 : Savage Messiah essiah, 1974 : Mahler, 1975 : Tommy, 1975 : Lisztomania,
1977 : Valentino, 1980 : Au-delà du réel, 1984: Les Jours et les nuits de China Blue.1986 : Gothic, 1988 : Salome's Last Dance , 1988 : Le Repaire du ver blanc ,1989 : The Rainbow ,1991 : La Putain, 2002 : The Fall of the Louse of Usher, 2006 : Trapped Ashes segment "The Girl with Golden Breasts".

Délire inclassable d'une exubérance psychotique dans son érotisme outré, un film flamboyant sur la passion du désir et la quête éperdue de l'assouvissement sexuel !


Quatre ans après son trip métaphysique Au dela du réel, le sorcier fou Ken Russel continue de surfer vers la provocation avec Les jours et les Nuits de China Blue, drame psychanalytique où l'érotisme torride se mêle à une flamboyance sadomasochiste. Réunissant à l'écran deux illustres comédiens au parcours distinct (Anthony Perkins et Kathleen Turner s'opposant ici dans une guerres des sexes jusqu'au-boutiste !), le cinéaste aborde les thèmes de l'intégrisme, du refoulement et de la frustration sexuelle pour mettre en exergue les rapports équivoques de personnages en quête de rédemption amoureuse. Bobby Grady est un détective fuyant sa vie conjugale depuis sa frustration avec son épouse asexuée. C'est dans les bras de China Blue qu'il tente de trouver réconfort, une prostituée comblant sans retenue les fantasmes de sa clientèle masculine. Seulement, sous son apparence charnelle et sulfureuse, China Blue occupe le jour un poste de stylisme sous le patronyme de Joanna Crane. Bobby tente en désespoir de cause de la courtiser malgré le harcèlement d'un pasteur désaxé, délibéré à repentir la vie débauchée de China. 


Provocateur en diable spécialiste des ambiances baroques et débridées où l'aura malsaine s'y dilue de manière reptilienne (les Diables), Ken Russel cultive ici un goût pour l'ironie dérangeante afin de dépeindre la frustration sexuelle au sein du couple. Particulièrement du point de vue investigateur de Donny Hopper en quête éperdue de désir sexuel depuis que sa femme frigide se noie dans la désillusion. Pour évoquer la déréliction du célibat et la crainte d'aimer et d'être aimé, Ken Russel brosse à travers le personnage ambivalent de China Blue un magnifique portrait de femme contrainte d'endosser la défroque d'une prostituée pour assouvir ses pulsions fantasmatiques, et par la même occasion, se venger du machisme de l'homme dans des séances de sadomasochisme. Bafouée par des années de déception amoureuse et par un passé incestueux, elle se répugne à entamer une relation sentimentale durable avec un amant par peur de routine et de tourment. En guise d'expiation métaphorique, un prêtre psychotique s'incruste dans son quotidien salace afin de la repentir et apaiser son propre refoulement dans son refus d'accomplir ses pulsions sexuelles. A travers les thèmes de la perversion, de la débauche et du désir, Ken Russel dresse donc le constat d'échec d'une détresse humaine s'isolant dans la sexualité de consommation afin d'anesthésier leur frustration. Dans sa fonction schizophrène de prostituée en perdition, Kathleen Turner se porte garante avec une spontanéité impétueuse et un sens de provocation qui laisse pantois ! Lascive, sexy, dominatrice, effrontée car provocatrice en diable, elle magnétise l'écran parmi l'audace de ses loisirs lubriques et avec la complicité masculine d'une clientèle infortunée. En tenue d'ève et de jarretelles compromise aux excès en tous genres, l'actrice s'avère d'ailleurs courageuse d'avoir accepté un rôle aussi subversif alors qu'elle venait de triompher sur les écrans dans l'aventure familiale A la poursuite du diamant vert. Dans son dernier grand rôle, Anthony Perkins lui partage la vedette dans une posture extravagante de pasteur intégriste obsédé par le pêché de la luxure ! Il faut le voir accourir avec son godemiché afin de tourmenter China Blue et lui énoncer d'innombrables versets religieux à l'idéologie prohibitive. Durant son parcours psychotique en chute libre on peut également évoquer l'ironie sardonique de son final oppressant pour le rapport du double entretenu avec China Blue alors que Ken Russel se permet d'offrir un clin d'oeil au célèbre Psychose dans la composante du travestissement.


Soutenu par une partition dissonante électrisante, Les Jours et les nuits de China Blue invoque le délire visuel baroque autant qu'une tendresse affligée pour cette satire féministe impartie à la sexualité névrosée et à l'assouvissement du couple. Par le biais de ses personnages frustrés, refoulés, schizos et psychotiques, le réalisateur transcende un poème sulfureux sur la passion du désir, l'acceptation de l'échec et la rédemption amoureuse (vecteurs indissociables pour l'harmonie conjugale) quand bien même Kathleen Turner et Anthony Perkins se disputent l'autorité dans un rapport destructeur de discorde misogyne. 

Note: LAFCA Award de la meilleure actrice pour Kathleen Turner au Los Angeles Film Critics Association Awards.

Dédicace à Ovidie Raziel

Bruno Matéï
25.06.15. 4èx
18.02.11 (594 vues)
  

2 commentaires:

  1. Adam Eterno7 septembre 2011 18:57
    Assurément le dernier grand film de Ken Russell. Fable à la fois vacharde en diable et joliment naïve à propos de l'amour comme maladie du sexe; à moins qu'il ne s'agisse de l'inverse. Jekyll & Hyde glissés dans la culotte d'une styliste qui fuit les complications du coeur pour demeurer la Lilith corrompue par plaisir, par revanche mais surtout par masochisme. De l'importance de comprendre le sentiment amoureux et ses mirages de chair pas si chers sur le pavé bleu électrique de Hollywood, là où d'hypocrites fous de Dieu jugent leurs propres mensonges en stigmatisant les badauds, leurs frères. A l'image de son double, le révérend Peter Shayne (Perkins sublimement cabotin), Joanna doit renoncer à sa défroque de putain grim(m)ée pour connaître une délivrance.

    Là encore, le titre original est plus significatif : Crimes of Passion. Crimes pluriel pour passion unique. Iconoclaste génial, Russell passe de la blague de potache - le pénis humain - à des vertiges de solitude douloureuse - Joanna, humiliée, face à son miroir qui lui renvoie l'ironique "Femme" de Magritte. En utilisant la peinture comme commentaire symbolique tout au long du film, Russell illustre le voyage difficile de l'amour avoué entre deux êtres par tableaux. Un voyage qui commence par les visages voilés des "Amants" de Magritte (encore) - illustration que Russell reprendra d'ailleurs dans "Gothic" - et s'achève par cette étreinte du "Baiser" de Klimt. Le ou les masques doivent tomber pour accéder à la connaissance de l'autre mais surtout de soi. Pour une fois, il y a eu vraiment symbiose entre l'univers fort d'un cinéaste exceptionnel et celui d'un scénariste, Barry Sandler, qui est à l'origine de cette savoureuse tambouille de motifs hitchcockiens célèbres, que le script utilise en les déviant et évitant presque toute cinéphilie stérile.

    Le prix fut difficile à payer pour ce "crachat à la face de l'Art" comme disait l'autre. La belle Kathleen Turner qui avait déjà campé LA femme fatale des années 80 dans "Body Heat" sacrifia quasiment son intégrité artistique en acceptant ce rôle sulfureux pas évident à tenir. Russell raconte qu'il a du balancer "Le Mandarin Merveilleux" de Bartók à fond la caisse sur le plateau pour que la belle se lâche dans les séquences de sexe. La musique, surtout celle de Bartók, n'adoucit par forcément les mœurs dépravées ! Fidèle à sa manière, Russel, ce fou de musique demanda à Rick Wakeman (de Yes, de Bowie et même d'ailleurs) de pervertir la symphonie n°9 de Dvořák transformée pour l'occasion en phrase musicale pour trottoir !

    Censuré à outrance en raison de ses séquences de fesses et surtout de son personnage de révérend préoccupé du zizi, le public américain n'a pu découvrir le film en version intégrale que par le biais de la vidéo.

    "Moi, ce qui m'inspire...c'est la série B."
    China Blue

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    Bruno Matéï8 septembre 2011 08:15
    C'est un vrai plaisir de te lire Adam ! tu es d'une pertinence pour un passionné du genre ! on s'agence très bien tous les 2 !

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    Adam Eterno8 septembre 2011 14:35
    On va créer un dynamique duo, Bruno ! Je te retourne le compliment. Il est très agréable de te lire car analyse et passion sont au même niveau et puis tu défends parfois des films que la critique officielle a éreinté à tort et à travers. "Crimes of Passion", c'est un peu particulier pour moi car il s'agit probablement d'un des cinquante films que j'emporterais sur Mars ! Rien qu'avec Ken Russell, la valise sera lourde. Je l'adore, ce diable d'homme ! Music Lovers, The Devils, Mahler, Women in Love, Tommy, Gothic (même si généralement tout le monde flingue ce dernier)... le choix est difficile !

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    Bruno Matéï8 septembre 2011 17:21
    Je l'adore tout autant que toi ce diable de Ken Russel et je rajoute même à la liste le superbe Au dela du réel. Gothic, je l'ai toujours apprécié et j'ai aussi un ami qui est inconditionnel.

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    Adam Eterno8 septembre 2011 20:56
    Ca fait plaisir car "Gothic" a été si malmené. Je suis bien content de savoir qu'il y a des amateurs. Oui, tu as raison, j'oubliais "Altered States" qui est excellent !

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    Anonyme15 septembre 2011 14:16
    Vous oubliez "Le Repaire du Ver Blanc" ainsi que Lisztomania et les divers biopics déjantés de Russel !

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