vendredi 29 juillet 2016

LA GRANDE VADROUILLE

                                                                          Photo empruntée sur Google, appartenant au site senscritique.com

de Gérard Oury. 1966. France/Angleterre. 2h05. Avec Louis de Funes, Bourvil, Terry-Thomas, Claudio Brook, Mike Marshall, Marie Dubois, Pierre Bertin, Andréa Parisy, Mary Marquet, Benno Sterzenbach, Paul Préboist, Henri Génès, Colette Brosset.

Sortie salles France: 8 Décembre 1966

FILMOGRAPHIE: Gérard Oury (Max-Gérard Houry Tannenbaum) est un réalisateur, acteur et scénariste français né le 29 avril 1919 à Paris, décédé le 20 Juillet 2006 à Saint-Tropez.
1960: La Main Chaude. La Menace. 1962: Le Crime ne paie pas. 1965: Le Corniaud. 1966: La Grande Vadrouille. 1969: Le Cerveau. 1971: La Folie des Grandeurs. 1973: Les Aventures de Rabbi Jacob. 1978: La Carapate. 1980: Le Coup du Parapluie. 1982: L'As des As. 1984: La Vengeance du Serpent à Plumes. La Joncque (inachevé). 1987: Levy et Goliath. 1989: Vanille Fraise. 1993: La Soif de l'or. 1996: Fantôme avec chauffeur. 1999: Le Schpountz.


Multi diffusé à la TV depuis sa sortie triomphante en salles si bien qu'il engrangea 17 millions de spectateurs, La Grande Vadrouille perdure son pouvoir de séduction 50 ans après sa confection. Réalisé par le maître du genre, Gérard Oury, ce dernier continue de se surpasser alors qu'il nous avait déjà comblé avec sa comédie rocambolesque, Le Corniaud, réalisé un an au préalable. Recrutant à nouveaux ses deux acteurs fétiches, De Funès et Bourvil, la Grande Vadrouille allie avec une générosité sans égale aventures et comédie sous un contexte sombre de l'occupation en 1942. On peut d'ailleurs constater une certaine audace de la part de son auteur à se prêter au jeu de la dérision afin de dédramatiser le conflit meurtrier de la seconde guerre mondiale. A Paris, trois aviateurs anglais rescapés d'un bombardement allemand vont tenter d'accéder à la zone libre avec l'appui d'un peintre en bâtiment (Bourvil) et d'un chef d'orchestre (De Funes). Incessamment pourchassés par les troupes allemandes et le major Achbach durant un périple jonché d'imprévus, ils vont user de subterfuges et bravoures pour s'y planquer avant d'accéder à la liberté.  


Nanti d'un scénario charpenté aussi inventif que débridé, la Grande Vadrouille multiplie à un rythme effréné gags, rebondissements, péripéties et quiproquos sous l'impulsion d'un duo antinomique aussi empoté que vaillant ! Louis De Funes endossant avec son humeur capricieuse un héros vaniteux particulièrement égotiste même s'il perdure sa mission avec un courage insoupçonné ! Beaucoup plus sobre dans sa fonction humaniste de faire-valoir, Bourvil insuffle une bonhomie fragile comme le démontre ses sentiments pour Juliette. Durant son cheminement infortuné avec Stanislas, il usera aussi de découragement et d'insoumission face à l'orgueil incorrigible de ce dernier. Autour de leurs tribulations improbables, les seconds-rôles féminins (Juliette, sœur Marie-Odile et Germaine) leur prêtent main forte avec une complicité finaude quand bien même les antagonistes (quelques officiers de passage, le soldat loucheur et surtout le ventripotent major Achbach) déambulent tous azimuts avec une autorité infructueuse. Enfin, nos trois fugitifs brittish s'investissent aussi fougueusement dans la partie de cache-cache en se raillant parfois de l'attitude hébété de nos héros franchouillards. Outre les morceaux d'anthologie hilarants que Gérard Oury transcende avec une originalité sans cesse renouvelée (le numéro inversé de la chambre d'hôtel semant la confusion chez les locataires, la scène du ronflement qui s'ensuit), les multiples itinéraires qu'arpentent nos héros sont valorisés par des décors naturels à la beauté champêtre (photo flamboyante à l'appui !). Ajouter à cela un thème musical aussi triomphal que gracieux et vous obtenez la recette miracle d'une comédie d'aventures aussi exaltantes qu'endiablées.


B.M. 3èx

NOTE WIKIPEDIA:
Avec plus de 17 millions de spectateurs lors de son exploitation en salles, le film a été pendant plus de trente ans le plus grand succès cinématographique sur le territoire français, toutes nationalités confondues (avant d'être dépassé par Titanic en 1998), et pendant plus de quarante ans le plus grand succès d'un film français sur le territoire français1, avant d'être dépassé par Bienvenue chez les Ch'tis de Dany Boon en avril 2008. Cependant, en proportion de la population française de l'époque, La Grande Vadrouille reste devant tous les autres films français avec 34 % des Français qui sont allés voir ce film, contre 31 % pour Bienvenue chez les Ch'tis.

Récompenses: Italie
        1966 : Prix du meilleur film étranger au festival du film de Taormina
        1967 : David di Donatello du meilleur producteur étranger pour Robert Dorfmann, décerné par                      l'Académie du cinéma italien
         Allemagne de l'Ouest:
        1977 : Golden Screen du meilleur film étranger

jeudi 28 juillet 2016

LE PETIT MONDE DE DON CAMILLO

                                                           Photo empruntée sur Google, appartenant au site kebekmac.blogspot.com

de Julien Duvivier. 1952. France/Italie. 1h45. Fernandel, Jean Debucourt, Gino Cervi, Sylvie, Vera Talchi, Franco Interlenghi.

Sortie salles France: 4 Juin 1952. Italie: 28 Mars 1952


                    "Il y a des personnes qui marquent nos vies, même si cela ne dure qu'un moment.
                     Et nous ne sommes plus les mêmes.
                     Le temps n'a pas d'importance mais certains moments en ont pour toujours."

Gros succès commercial en France si bien que Julien Duvivier envisagea la même année d'y tourner une suite, Le Petit monde de Don Camillo oppose la réunion fulminante de deux acteurs en acmé: Fernandel et le comédien italien Gino cervi. D'après un roman de Giovanni Guareschi, l'intrigue puise son ressort burlesque dans l'inimitié intarissable que se disputent un curé de campagne, Don Camillo, et un maire en herbe, Peppone, au sein de leur village Brescello. Communément obtus, arrogants, provocateurs et insolents au point d'en venir parfois aux mains, ces derniers se chamaillent quotidiennement au mépris de leur divergence politique. Peppone symbolisant un communiste martial ayant comme ambition l'inauguration d'une "maison du peuple" (une bibliothèque, une salle des fêtes, une salle de cinéma, une salle de repos, etc...) quand bien même Don Camillo tente de lui négocier une transaction afin de se partager un "jardin d'enfants". Au coeur de leur discorde, un couple d'amoureux versatiles finit par leur conjurer de les marier depuis l'opposition de leur famille (faute de leur statut social incompatible).


Comédie pittoresque menée tambour battant sous l'impulsion de deux tempéraments vantards, le Petit monde de Don Camillo constitue de prime abord un fabuleux numéro de "grandes gueules". Sans désir de provoquer un rire hilarant traditionnellement fondé sur les gags à répétition, Julien Duvivier compte plutôt sur la scrupuleuse description d'un village en ébullition sociale et sur la verve fantaisiste de Don Camillo aussi étroitement fidèle à la parole du Christ qu'à l'adversité amicale de son acolyte Peppone pour susciter l'amusement. Si Gino Cervi se prête spontanément au jeu machiste du maire communiste avec un bagout goguenard, Fernandel lui dispute la vedette avec un peu plus d'exubérance dans sa fonction ecclésiastique de prêtre caractériel. Incapable de réprimer ses nerfs et ses émotions face à un rival redoublant de sournoiserie et subterfuge pour emporter la mise, Don Camillo brave sa déontologie chrétienne avec un aimable anticonformisme ! (Jésus se résout d'ailleurs à lui pardonner chacune de ses impertinences !). Outre cette complicité d'acteurs impayables fondés sur un rapport de force orgueilleux, le Petit monde de Don Camillo n'est pas qu'une simple lutte des classes et un pied de nez au conservatisme. Il est également l'occasion pour son réalisateur de créer un univers champêtre digne de la Province de Pagnol ! Ce climat ensoleillé inscrit dans un noir et blanc limpide nous remémore nos vacances estivales sous l'impulsion pétulante de seconds-rôles aussi chaleureux qu'acariâtres (comme le souligne le couple orageux Gina/Mariolino). Si certains gags insufflent tout de même une drôlerie expansive, c'est l'omniprésence d'un "sourire convivial" qui domine nos émotions avant de se laisser chavirer par l'instant de tendresse particulièrement émouvant d'un "au-revoir" amiteux !


Une fable sur le sens de l'amitié et le progressisme. 
Bijou de cocasserie, d'émotions et de tendresse fondés sur l'espièglerie d'un duo de brimeurs susceptibles, le Petit monde de Don Camillo renoue également avec nos émotions d'enfance lorsque Julien Duvivier s'attarde avisamment à décrire la cohésion cordiale d'une démographie rurale en mutation sociale.  

B.M

FILMOGRAPHIE: Julien Duvivier est un réalisateur français, né le 8 octobre 1896 à Lille et mort le 29 octobre 1967 à Paris.
1967: Diaboliquement vôtre.  1963 Chair de poule. 1962 Le diable et les 10 commandements. 1962 La chambre ardente. 1960 Boulevard. 1960 La grande vie. 1959 Marie-Octobre. 1959 La femme et le pantin. 1957 Pot Bouille. 1957 L'homme à l'imperméable. 1956 Voici le temps des assassins... 1955 Marianne de ma jeunesse. 1954 L'affaire Maurizius. 1953 Le retour de Don Camillo. 1952 La fête à Henriette. 1952 Le petit monde de Don Camillo. 1951 Sous le ciel de Paris. 1950 Dernier témoin. 1949 Au royaume des cieux. 1948 Anna Karénine. 1946 Panique. 1944 Destiny (uncredited). 1944 L'imposteur. 1943 Untel père et fils. 1943 Obsessions. 1942 Six destins. 1941 Lydia. 1939 La charrette fantôme. 1939 La fin du jour. 1938 Toute la ville danse. 1938 Marie-Antoinette (uncredited)
1937 Un carnet de bal. 1937 Pépé le Moko (a film by). 1937 L'homme du jour. 1936 La belle équipe
1936 Le golem. 1935 La bandera. 1935 Golgotha. 1934 Maria Chapdelaine. 1934 Le paquebot Tenacity. 1933 La machine à refaire la vie. 1933 Le petit roi. 1933 La tête d'un homme. 1932 La Vénus du collège. 1932 Poil de carotte. 1932 Die fünf verfluchten Gentlemen. 1932 Allo Berlin? Ici Paris ! 1931 Les cinq gentlemen maudits. 1931 David Golder. 1930 Au bonheur des dames. 1930 La vie miraculeuse de Thérèse Martin. 1929 Maman Colibri. 1929 Le miracle de la mer. 1928 Le tourbillon de Paris. 1927 L'homme à l'Hispano. 1927 Le mystère de la tour Eiffel. 1927 Le mariage de Mademoiselle Beulemans. 1927 Révélation. 1925 Poil de carotte. 1925 L'abbé Constantin. 1924 L'oeuvre immortelle. 1924 Coeurs farouches. 1924 Credo ou la tragédie de Lourdes. 1924 La machine à refaire la vie. 1923 Le reflet de Claude Mercoeur. 1922 Der unheimliche Gast. 1922 L'ouragan sur la montagne. 1922 Les Roquevillard. 1922 L'agonie des aigles (co-director). 1921 Le logis de l'horreur. 1920 La reincarnation de Serge Renaudier. 1919: Le Prix du sang

mardi 26 juillet 2016

COLONIA. Prix du Public, Valenciennes 2016.

                                                                       Photo empruntée sur Google, appartenant au site Allocine.fr

de Florian Gallenberger. 2015. Allemagne. 1h50. Avec Emma Watson, Daniel Brühl, Michael Nyqvist, Julian Ovenden.

Sortie salles France: 20 Juillet 2016. Allemagne: 18 Février 2016. 

FILMOGRAPHIEFlorian Gallenberger est un réalisateur allemand né le 23 Février 1972 à Munich. 2001: Honolulu. 2004: Schatten der Zeit. 2009: John Rabe, le juste de Nankin (John Rabe). 2015: Colonia.


Prenant pour contexte historique les conditions de vie inhumaines d'un camp de prisonnier sous le régime de Pinochet, Colonia emprunte le schéma du thriller pour mieux contourner les clichés usuels du film de prison. 1973. Lena, hôtesse de l'air, vit le grand amour avec Daniel, un activiste politique allemand engagé contre la dictature de Pinochet. Au moment d'un coup d'état perpétré par les sbires chiliens du général, Daniel est embrigadé dans la Colonia Dignidad pour cause d'espionnage. Ce camp de prisonniers tenu secret par la police locale est dirigé par Paul Schäfer, un prédicateur pervers adepte des tortures et sévices sexuels. Depuis que les comparses de Daniel refusent de lui porter assistance, et pour tenter de le sauver, Lena s'engage à infiltrer la colonie en se faisant passer pour une religieuse. 


Sous le pilier de la force des sentiments, Florian Gallenberger exploite assez efficacement une romance passionnelle afin de justifier l'épreuve de force d'une héroïne juvénile confinée dans une secte religieuse. En évitant judicieusement la violence racoleuse de scènes de torture souvent tributaires du drame carcéral, le réalisateur préconise la mise en place d'un suspense latent quant aux tentatives désespérées des amants de se reconnaître (hommes et femmes sont départagés en deux camps) avant leur espoir d'évasion. Baignant dans une ambiance malsaine méphitique sous l'autorité d'une doctrine religieuse sans vergogne, Colonia traduit un climat d'insécurité à la lisière de la folie comme le souligne le comportement laxiste des prisonniers lobotomisés par leur gourou. Par le biais du jeu machiavélique de ce dernier, l'acteur Michael Nyqvist se glisse dans la peau du tortionnaire avec sa trogne vérolée. Au jeu de regard vicié se dispute une animosité bestiale lorsqu'il exerce de lui même une violence punitive sur femmes et enfants, ou lorsqu'il ordonne à ses disciples de leur perpétrer humiliations verbales et châtiments corporels en guise d'expiation. Ce personnage vil, couard et sournois parvient à provoquer le malaise par son autorité castratrice et la mesquinerie de ses pulsions déviantes. Quant à nos amants en perdition s'efforçant de se retrouver et de dépasser leur peur par un jeu de stratège perfide, ils se partagent la vedette avec une sobriété assez poignante. Emma Watson provoquant sans complaisance émotion empathique et force morale dans sa condition soumise quand bien même Daniel brühl insuffle un autoritaire jeu de simulacre en se fondant dans la peau d'un benêt décérébré. 


Sans laisser de souvenir impérissable, Colonia structure par le principe du survival un efficace suspense qui ira crescendo jusqu'au final d'une intensité haletante. Parvenant à s'extraire de la redite du drame carcéral sous l'appui d'une mise en scène et d'une distribution solides, Florian Gallenberger exploite certaines facilités et clichés en s'appuyant sur le mode ludique du thriller et la véracité du fait-divers. Un parti-pris à résonance universelle lorsqu'il s'agit de dénoncer inlassablement barbarie et corruption politique sous l'autocratie d'un général chilien tristement célèbre. 

A la mémoire des victimes de Colonia Dignidad.

Dédicace à Frederic Serbource

B.M

LA REALITE HISTORIQUE
Spoiler ! Colonia Dignidad était un camp de torture de la police secrète chilienne. Des centaines de détenus y furent interrogés, tués et enterrés. En presque 40 ans, seulement 5 personnes de cette secte ont réussi à s'échapper. Les photos sorties clandestinement de Colonia Dignidad ont été publiées mondialement créant un énorme scandale. Cependant, rien ne changea au Chili. Paul Schäfer ne fut mis en accusation qu'à la fin du régime de Pinochet pour être finalement arrêté en Argentine en 2004. Ni le général Pinochet, ni les employés de l'ambassade d'Allemagne ne furent tenu responsables de leur collaboration avec Paul Schäfer. Paul Schäfer fut condamné à 33 ans de prison pour des milliers d'actes d'abus sexuels sur enfants ainsi que pour d'autres crimes. Il est mort en prison à Santiago en 2010. Fin du Spoiler.

lundi 25 juillet 2016

LA CHOSE

                                              Photo empruntée sur Google, appartenant au site diaryofamoviemaniac.wordpress.com

"Something Evil", téléfilm de Steven Spielberg. 1972. U.S.A. 1h19. Avec Sandy Dennis, Darren McGavin, Ralph Bellamy, Jeff Corey, Johnny Whitaker, John Rubinstein.

Diffusion TV U.S: 21 janvier 1972. France: 1987 sur la chaîne La Cinq.

FILMOGRAPHIE: Steven Allan Spielberg, Chevalier de l'Ordre national de la Légion d'honneur est un réalisateur, producteur, scénariste, producteur exécutif, producteur délégué et créateur américain, né le 18 décembre 1946 à Cincinnati (Ohio, États-Unis).
1971: Duel , 1972: La Chose (télé-film). 1974: Sugarland Express, 1975: Les Dents de la mer, 1977: Rencontres du troisième type, 1979: 1941, 1981: les Aventuriers de l'Arche Perdue, 1982: E.T. l'extra-terrestre , 1983: La Quatrième Dimension (2è épisode), 1984: Indiana Jones et le Temple maudit, 1985: La Couleur pourpre, 1987: Empire du soleil, 1989: Indiana Jones et la Dernière Croisade, Always, 1991: Hook, 1993: Jurassic Park, La Liste de Schindler, 1997: Le Monde Perdu, Amistad, 1998: Il faut sauver le soldat Ryan Saving Private Ryan, 2001: A.I., 2002: Minority Report, Arrête-moi si tu peux, 2004: Le Terminal , 2005: La Guerre des Mondes, 2006: Munich, 2008: Indiana Jones et le Royaume du crâne de cristal, 2011: Les Aventures de Tintin, cheval de guerre. 2012: Lincoln. 2015: Le Pont des Espions. 2016: Le bon gros géant.


Diffusé chez nous sur la Cinq en 1987, La Chose est le second téléfilm de Steven Spielberg alors qu'un an au préalable fut tourné son premier essai, Duel, qui allait remporter le Grand Prix à Avoriaz en 73. Prenant pour thèmes la hantise et la possession, La Chose privilégie dès le départ une certaine suggestion quant aux effets diaboliques d'une entité persécutant une mère et ses deux enfants au sein de leur foyer bucolique. Le mari souvent absent étant occupé à gérer le tournage d'un film. Chargé d'un climat d'inquiétude permanent, l'intrigue se concentre sur la caractérisation démunie de cette dernière témoin malgré elle de phénomènes paranormaux toujours plus brutaux. Pleurs d'enfant durant la nuit à proximité de la grange, morts accidentelles d'un couple d'amis, cauchemar nocturne de son rejeton sont les principaux vecteurs qui vont engendrer chez Marjorie une paranoïa en chute libre malgré l'égide d'un pentacle accroché au seuil de la maison.


Grâce à la sobriété des comédiens particulièrement cohérents dans leur posture perplexe, démuni ou erratique (les crises de violence de Marjorie), La Chose parvient à créer un climat d'insécurité feutré qui ira crescendo jusqu'à une révélation des plus dérangeantes. D'ailleurs, quelques minutes au préalable, une séquence effrayante nous avait déjà ébranlé avec une découverte singulière confinée dans la cuisine. Mis en scène avec maîtrise et sans esbroufe, Steven Spielberg renoue donc avec une horreur éthérée pour provoquer l'angoisse en insistant sur la psychologie torturée de son héroïne en perdition morale. Prônant l'existence du diable si on est un fervent catholique, Spielberg oppose sa victime vulnérable à la rationalité de son époux difficilement influençable lorsqu'il s'agit de prouver l'existence occulte. Grâce à ce personnage terre à terre néanmoins empathique auprès de sa femme, La Chose parvient d'autant mieux à crédibiliser les moments surnaturels, notamment lorsqu'il doit faire face à ses interrogations comme le souligne l'apparition de la tache lumineuse relevée sur un négatif.


Efficacement mené et servi par une distribution sans fard (mention spécial pour le charisme dépressif de Sandy Dennis !), La Chose parvient à susciter une angoisse palpable parfois dérangeante au fil d'une énigme dramatique dédiée à l'existence du diable. Un excellent téléfilm à redécouvrir avec intérêt chez les amateurs de Fantastique épuré.

vendredi 22 juillet 2016

LA FOLIE DES GRANDEURS

                                                                            Photo empruntée sur Google, appartenant au site Allocine.fr

de Gérard Oury. 1971. France/Italie/Allemagne de l'Ouest/Espagne. 1h49. Avec Louis de Funès, Yves Montand, Alice Sapritch, Karin Schubert, Alberto de Mendoza, Gabriele Tinti, Paul Preboist.

Sortie salle France: 8 décembre 1971.

FILMOGRAPHIE: Gérard Oury (Max-Gérard Houry Tannenbaum) est un réalisateur, acteur et scénariste français né le 29 avril 1919 à Paris, décédé le 20 Juillet 2006 à Saint-Tropez.
1960: La Main Chaude. La Menace. 1962: Le Crime ne paie pas. 1965: Le Corniaud. 1966: La Grande Vadrouille. 1969: Le Cerveau. 1971: La Folie des Grandeurs. 1973: Les Aventures de Rabbi Jacob. 1978: La Carapate. 1980: Le Coup du Parapluie. 1982: L'As des As. 1984: La Vengeance du Serpent à Plumes. La Joncque (inachevé). 1987: Levy et Goliath. 1989: Vanille Fraise. 1993: La Soif de l'or. 1996: Fantôme avec chauffeur. 1999: Le Schpountz.


Gros succès à sa sortie en salles (il enregistre 5 563 160 entrées en France), La Folie des Grandeurs allie avec une alchimie détonante la comédie burlesque et l'aventure rocambolesque sous l'impulsion d'un duo inattendu (De Funes/Montand) depuis la disparition précipitée de Bourvil un 23 septembre 1970. Déjà responsable d'immenses succès (Le Corniaud, la Grande Vadrouille, Le cerveau), Gérard Oury continue de parfaire son savoir-faire pour la comédie populaire avec le soutien de Yves Montand étonnamment à l'aise dans un rôle à contre-emploi de valet (faussement) empoté et servile. Ce dernier se prêtant avec ironie sournoise au jeu de soumission auprès de son ministre cupide et fourbe que De Funes incarne avec sa spontanéité fulminante. Réputé comme l'un des plus grands acteurs comiques français, celui-ci nous offre traditionnellement un numéro de pantomime et de réparties avec une énergie galvanisante si bien que l'on s'étonne toujours de sa ferveur olympique à se fondre dans la peau d'un personnage (principalement un maître-chanteur) irrésistiblement outrancier. Outre le duo pétulant qu'il forme avec son faire-valoir Ives Montand, La Folie des Grandeurs bénéficie également de la présence de seconds-rôles s'en donnant à coeur joie dans l'extravagance (à l'instar d'Alice Sapritch et de son célèbre numéro de strip-tease) ou dans la séduction (Karin Schubert magnétisant l'écran de ses yeux azur dans une fonction suave de souveraine gagnée par ses sentiments !).


Truffé de gags (visuels et verbaux), de quiproquos et de rebondissements à répétition lors d'une dernière partie aussi échevelée qu'imprévisible, La Folie des grandeurs cultive sa frénésie comique grâce également aux enjeux stratégiques qu'une foule de seconds-rôles vont tenter de comploter afin d'accéder au pouvoir. Epousant la démarche d'un suspense en ascension pour la condition incertaine de nos deux héros et la romance secrète impartie entre Blaze et la reine d'Espagne, la Folie des Grandeurs gagne en densité grâce à l'efficacité d'un scénario bien huilé inspiré de la pièce de théâtre Ruy Blas de Victor Hugo. Déchu de ses fonctions par la reine, Don Salluste, ministre cupide détesté par la population, décide de se venger d'elle en élaborant secrètement une conjuration avec l'aide de son neveu César. Ce dernier refusant sa transaction, il imagine alors un plan machiavélique pour compromettre son valet Blaze dans une relation d'adultère. Ce pitch perfide faisant notamment intervenir deux motifs vindicatifs (celle de Salluste et de don César) cumule les situations burlesques et revirements avec une énergie exubérante ! Gérard Oury maîtrisant également le cadre historique de ses décors en costumes et de ses vastes déserts avec la flamboyance d'une photo sépia.


La vraie comédie commence là où commence l'éternité. 
Comédie d'aventures intrépides menée à 100 à l'heure par un duo impayable ainsi qu'une poignée de seconds-rôles diablotins, La Folie des Grandeurs perdure son attrait comique parmi l'incroyable brio de Gérard Oury se surpassant une fois de plus à parfaire un spectacle haut en couleurs au rythme entêtant du thème héroïque de Polnareff ! A l'image du film, un score proprement inoubliable !  

B.M. 4èx

jeudi 21 juillet 2016

LA FOLLE JOURNEE DE FERRIS BUELLER

                                                                          Photo empruntée sur Google, appartenant au site senscritique.com

de John Hughes. 1986. U.S.A. 1h42. Avec Matthew Broderick, Alan Ruck, Mia Sara, Jeffrey Jones, Jennifer Grey.

Sortie salles France: 17 Décembre 1986. U.S: 11 Juin 1986

FILMOGRAPHIE: John Hughes est un réalisateur, scénariste et producteur américain, né le 18 Février 1950 à Lansing (Michigan, Etats-Unis), mort le 6 Août 2009 d'une crise cardiaque à New-York. 1984: Seize bougies pour Sam. 1985: The Breakfast Club. 1985: Une Créature de rêve. 1986: La Folle Journée de Ferris Bueller. 1987: Un Ticket pour deux. 1988: La Vie en plus. 1989: Uncle Buck. 1991: Le P'tite Arnaqueuse.


Comédie culte de toute une génération sortie un an après le tout aussi notoire The Breakfast Club; La folle journée de Ferris Bueller est une invitation à l'évasion et à l'épanouissement en cette période aussi fragile qu'insouciante que détermine l'adolescence. Initiateur du Teen movie, John Hughes va bien au-delà du genre pour mettre en exergue un hymne à la décompression à travers la journée de sèche d'un lycéen impudent rivalisant d'audace et de ruses pour déjouer la hiérarchie enseignante et parentale. D'une drôlerie constamment inventive multipliant à rythme métronomique les morceaux d'anthologie (la réception au restaurant, le fameux concert improvisé en centre-ville au coeur d'une foule déchaînée, la séquence du commissariat avec Jeanie éprise d'amour pour un jeune marginal !), La folle journée de Ferris Bueller puise également sa vigueur expansive en la présence du jeune Matthew Broderick endossant le rôle titre avec une spontanéité désinvolte.


En lycéen émérite, ce dernier starifie son personnage depuis sa réputation notable d'enchaîner les réussites avec un sens stratégique infaillible. Finaud, espiègle et bonimenteur, la journée rocambolesque qu'il se partage avec son acolyte Cameron et sa compagne Sloane constitue une aventure singulière dans sa manière couillue d'improviser les situations extravagantes au détour d'un périple urbain. A travers son esprit de camaraderie, John Hughes adopte également (sans prévenir) une rupture de ton pour souligner les thèmes de l'exclusion et du malaise adolescent par le biais du personnage introverti de Cameron qu'Alan Ruck incarne avec un humanisme torturé. Sa volonté désespérée de s'affirmer pour tenir tête à son père castrateur donne lieu à des moments poignants lorsqu'il extériorise sa colère (la destruction de la Ferrari dans le garage). Sémillante et pleine de charme, Mia Sara s'interpose avec une tendre complicité dans la peau de Sloane, compagne sentimentale de Ferris. Dans un second-rôle gentiment folingue, Jennifer Grey se glisse naturellement dans la peau d'une soeur cadette avec une jalousie fulminante ! Cette dernière s'efforçant de dénoncer à ses parents l'attitude flâneuse, insolente et orgueilleuse de Ferris, d'autant plus sarcastique à son égard ! Enfin, et pour parachever de la manière la plus désopilante, impossible d'occulter le personnage empoté du principal de lycée que Jeffrey Jones adopte avec une rage contenue ! Littéralement obsédé à l'idée de démasquer au grand jour les stratagèmes perfides de Bueller, ce dernier ne cesse de semer les bévues improbables durant son cheminement investigateur ! (son effraction au foyer des Bueller, le tête à tête avec le Rottweiler puis enfin son départ dans le car scolaire).


"La vie bouge bien trop vite. Si tu t'arrêtes pas de temps en temps, elle peut te filer entre les doigts !"
Authentique chef-d'oeuvre du teenage movie, comédie débridée pleine de fraîcheur et d'hilarité, cure de jouvence anti-dépressive, pied de nez au politiquement sérieux, la Folle journée de Ferris Bueller suscite une ferveur exutoire en cette période complexe de l'adolescence. Une époque instable partagée entre l'épanouissement et la curiosité de braver l'interdit, la quête de reconnaissance et d'amour (tant au niveau parental qu'amical), la rébellion et le besoin d'aplomb pour ménager la maturité.

La chronique de Breakfast Clubhttp://brunomatei.blogspot.fr/2012/09/the-breakfast-club.html

B.M 3èx

mercredi 20 juillet 2016

LE SECRET DE LA PYRAMIDE

                                                        Photo empruntée sur Google, appartenant au site quelfilmregarder.blogspot.com

"Young Sherlock Holmes" de Barry Levinson. 1985. U.S.A. 1h49. Avec Nicholas Rowe, Alan Cox, Sophie Ward, Anthony Higgins, Vivienne Chandler, Susan Fleetwood, Freddie Jones.

Sortie salles France: 26 Mars 1986. U.S: 4 Décembre 1985

FILMOGRAPHIE: Barry Levinson est un réalisateur, scénariste et producteur américain, né le 6 Avril 1942 à Baltimore.
1982: Diner. 1984: Le Meilleur. 1985: Le secret de la Pyramide. 1987: Les Filous. 1987: Good morning Vietnam. 1988: Rain Man. 1990: Avalon. 1991: Bugsy. 1992: Toys. 1994: Jimmy Hollywood. 1994: Harcèlement. 1996: Sleepers. 1997: Des Hommes d'influence. 1998: Sphère. 1999: Liberty Heights. 2000: An Everlasting Piece. 2001: Bandits. 2004: Envy. 2006: Man of the Year. 2008: Panique à Hollywood. 2009: PoliWood (documentaire). 2012: The Bay. 2014 : The Humbling.
2015: Rock the Kasbah.


En 1985, un an après l'énorme succès d'Indiana Jones et le temple maudit, Steven Spielberg et son illustre société de production Amblin Entertainment supervisent une aventure inédite de Sherlock Holmes sous la houlette du réalisateur Barry Levinson ! Conan Doyle n'ayant jamais adapté d'aventures sur la jeunesse du détective, Chris Columbus, scénariste de Gremlins et des Goonies, en élabore un script pour divertir un public familial malheureusement timoré lors de sa sortie commerciale (en France, 791 146 spectateurs se déplacent dans les salles). En prime, même si la critique de l'époque reconnait ses qualités techniques (notamment l'innovation des images de synthèse par le biais du personnage "3D" du chevalier) et narratives (script charpenté truffé d'idées et rebondissements), sa cotation s'élève à peine à 5,7/10 sur le site web Rotten Tomatoes. Pourtant, en France, Le Secret de la Pyramide va rapidement conquérir le coeur des vidéophiles lors de son exploitation en Vhs !


Quelques décennies plus tard, cette aventure rocambolesque aux allures de luxueuse série B possède encore ce même attrait inscrit dans la modestie. Non seulement grâce au savoir-faire et à l'intégrité de Barry Levinson s'efforçant scrupuleusement d'agrémenter un scénario captivant émaillé de bravoures (l'échappée en machine volante, le duel à l'épée, les pugilats au coeur du temple égyptien) et de fulgurances débridées (les délires hallucinogènes que les victimes éprouvent sont matérialisés par des FX soignés et inventifs !) mais aussi grâce à la cohésion de nos protagonistes juvéniles pétris d'humanisme et d'héroïsme lors de leur apprentissage policier. Qui plus est, avec le charme docile de Sophie Ward endossant un second rôle sentimental, Le Secret de la pyramide se permet en annexe de souligner sobrement une romance poignante parmi Sherlock Holmes si bien que son final Spoil ! pessimiste détonne par son inopinée noirceur fin du Spoil. C'est donc à travers l'investigation sagace d'Holmes, Watson et d'Elisabeth que ce récit d'aventures cultive son efficacité pour y démasquer un mystérieux criminel (l'énigmatique soutane à la sarbacane !) en compromis avec une secte adoratrice du dieu Osiris !  


AMBLIN for ever !
Retraçant avec vibrante émotion le destin singulier du plus célèbre détective anglais par l'entremise de la romance et de l'aventure épique, Le Secret de la Pyramide regorge de générosité et de sincérité pour mettre en exergue un spectacle familial au service d'un public érudit. Dans le sens où son action bondissante JAMAIS gratuite est parfaitement équilibrée par une structure narrative compacte sous l'impulsion chaleureuse d'ados lucides.   

B.M

mardi 19 juillet 2016

FRANCESCA

                                                                   Photo empruntée sur Google, appartenant au site anythinghorror.com 

de Luciano Onetti. 2015. Argentine/Italie. 1h19. Avec Luis Emilio Rodriguez, Gustavo Dalessanro, Raul Gederlini, Silvina Grippaldi, Evangelina Goitia, Juan Bautista Massolo, Florencia Ollé.

Sortie salles Espagne: 9 Octobre 2015

FILMOGRAPHIE:  Luciano Onetti est un réalisateur, scénariste et acteur argentin.
2013: Sonno Profondo. 2015: Francesca


15 ans après la disparition de Francesca, un tueur sévit en agressant sauvagement ses victimes. Deux détectives tentent de résoudre l'énigme. 

Fortement influencé par le genre en vogue à l'aube des seventies, Francesca est à mon sens un mauvais giallo auquel sa durée minimaliste ne plaide pas non plus en sa faveur (comptez 1h09 sans le générique de fin !). Car malgré la bonne volonté et la sincérité du réalisateur de nous offrir un spectacle divertissant dans la noble tradition du genre, Francesca sombre rapidement dans la médiocrité. Faute à un scénario mal ficelé que l'on connait par coeur auquel l'investigation dénuée de suspense et de ressort dramatique fait chavirer le navire vers la trivialité. A l'instar du jeu inexpressif des acteurs au grand dam d'une gestuelle atone, du manque de réalisme des séquences de meurtres, d'une partition pop trop envahissante, voire parfois même irritante (notamment ses mélodies agressives au clavecin), et d'une photo surexposée bien trop contrastée pour se laisser séduire par ses fulgurances picturales. Si toutefois de bonnes idées formelles et narratives font parfois illusion (comme le souligne son splendide générique d'intro saturé d'un score entraînant !), l'aspect franchement scolaire (pour ne pas dire amateur) de la mise en scène dénature toute ambition artistique.


"La peinture, ce n'est pas copier la nature, c'est travailler avec elle !"
Vraiment dommage donc d'avoir tenter aussi maladroitement d'honorer ses ascendants sans brio (ou si peu si je me réfère encore à son prologue), sans originalité et sans audace si bien que le metteur en scène n'avait d'yeux que pour l'ultra référence. Jusque dans la touche rétro de sa rutilante affiche d'exploitation "dessinée à l'ancienne"que les cinéphiles se consoleront finalement à fantasmer !

B.M

STRANGER THINGS

                                                              Photo empruntée sur Google, appartenant au site Imdb.com

Créé par Matt Duffer et Ross Duffer. 2016. 8 épisodes de 48 minutes. Avec Winona Ryder, David Harbour, Matthew Modine, Cara Buono, Finn Wolfhard, Millie Brown.

FILMOGRAPHIE: Les frères Duffer sont des réalisateurs, producteurs et scénaristes américains. 2015: Hidden. 2016: Stranger Things.

                                  Une chronique exclusive de Gilles Rolland.

Note: ★★★★★

Le Pitch :
En 1983, dans une petite bourgade de l’Indiana aux États-Unis, l’inexplicable disparition de Will, un enfant, provoque l’émoi de toute la communauté. Alors que la mère du garçon affirme percevoir des étranges signaux lui indiquant que ce dernier cherche à communiquer, les amis de Will se lancent à sa recherche, tout comme les services de police, dirigés par Hopper, un homme brisé par une tragédie qui ne cesse de l’affecter. Rapidement, les indices convergent vers un mystérieux laboratoire perdu dans les bois. L’arrivée d’Eleven, une jeune fille pas comme les autres sortie de nulle part, ayant peut-être un lien avec toute cette histoire…


La Critique :
Impossible de nier la monumentale influence du cinéma de genre des années 80 sur la production actuelle. Plus particulièrement des films portés par Amblin, la firme créée en 1981, par Steven Spielberg, Frank Marshall et Kathleen Kennedy, qui n’a eu de cesse de redéfinir les contours d’une industrie jusqu’à imposer un nouveau modèle. Que l’on parle de E.T., de Gremlins, des Goonies ou de Retour vers le Futur, Amblin a révolutionné le septième-art populaire en profondeur.
Forcément, les choses ont bien changé sous le soleil d’Hollywood depuis la fin de ce que beaucoup considèrent à juste titre comme un authentique âge d’or, avec l’arrivée de nouveaux moules, amenés à produire des œuvres plus cyniques, parfois sous couvert de démarches opportunistes faussement sincères. Alors que les pères fondateurs, Spielberg et Joe Dante en tête continuent leur route, avec une flamboyance sans cesse renouvelée pour le premier et un peu au petit bonheur la chance pour le second, d’autres tentent de renouer avec cette verve, sans toujours y parvenir. Si on a largement parlé de J.J. Abrams, le réalisateur de Star Wars – Le Réveil de la Force et de Super 8, comme du principal héritier de ce mouvement, plus parce que ce dernier a vraiment cherché cette étiquette que pour de solides raisons, personne n’a vu venir les frères Duffer. Deux frangins remarqués par les initiés avec notamment leur film Hidden, qui ont déboulé sans crier gare avec Stranger Things, une série parfaitement connectée avec l’esprit Amblin et plus largement avec tout un pan de la contre-culture pop. De celle dont on se souvient avec une mélancolie sincère…

Stranger Things s’est annoncé à grand renfort d’affirmations hyper prometteuses du genre « Winona Ryder dans une série hommage au cinéma de Spielberg ». Le style qu’on voit tous les quatre matins mais qui débouche souvent sur d’amères déceptions. Pour autant, là, on avait envie d’y croire. Et en effet, nous avons eu raison, car Stranger Things est une pépite. De celles que l’on ne trouve que très rarement et qui, sans forcer, remettent les pendules à l’heure.


Dans la forme, cette anthologie, avec un début, un milieu et une fin (ouverte sur une potentielle saison 2), adopte beaucoup des codes mis en place dans les années 80. La photographie est superbe, vintage à souhait, mais ne se contente pas pour autant de tabler sur des automatismes. L’immersion est totale. On s’y croirait vraiment. Les ambiances sont prégnantes et certaines séquences brillent par leur beauté crépusculaire. Les Duffer ont soigné leur production design et leur mise en scène. Épaulés par Shawn Levy, qui ne nous avait pas vraiment habitué à tant de pertinence, ils construisent un univers plus vaste qu’il n’y paraît mais parviennent avant tout à donner du corps à cette communauté, comme au bon vieux temps où E.T. visitait notre planète. Les clins d’œil « visuels » sont nombreux. Certaines scènes font directement référence à des classiques, on voit des posters ici ou là (The Thing, Evil Dead, Les Dents de la Mer…), et il est très agréable de se laisser aspirer par un monde qui ressemble à ce que le notre fut jadis. Tout du moins celui qui nous faisait rêver quand, enfant, nous regardions ces films qui ont construit une large partie de notre imaginaire. La cave où les enfants jouent à Donjons et Dragons, la cabane dans les bois, l’école, un laboratoire secret… à eux seuls, les lieux clés de l’intrigue appellent des sensations et des sentiments multiples et identifiables pour quiconque ayant connu cette époque. Pour les autres, les plus jeunes, finalement, c’est un peu la même chose tant Stranger Things évoque une certaine universalité avec laquelle il semble difficile de ne pas avoir d’affinités. À la manière de Spielberg, mais aussi de Stephen King, largement cité lui aussi, le show prend pied dans une réalité reconnaissable, avant d’en modifier les contours pour la distordre selon sa volonté, au grès d’une histoire de monstres, de copains, de parents et de méchants agents mandatés par un gouvernement en pleine Guerre Froide.
Alors oui, il convient vraiment d’évoquer Stephen King, tant Stranger Thing lorgne du côté de son œuvre, là encore, sans s’y reposer totalement. En fait, le scénario rappelle principalement Charlie et Carrie, mais dans le bon sens. On pense aussi à Ça et bien sûr à Stand By Me. Que du bon. Les Duffer utilise leur goût et l’influence qu’ont eu Spielberg, King, ou bien John Carpenter, comme tremplin et non comme prétexte. Il serait dommage de limiter Stranger Things à ses références car la série vaut bien plus que cela.


La façon dont elle s’amuse avec ses modèles va d’ailleurs ce sens. Les Duffer sont même allés jusqu’à chercher une icône de l’époque, en la personne de Winona Ryder, pour lui confier un rôle difficile, emblématique, mais par forcément central, même si elle véhicule une émotion puissante. Matthew Modine, une autre star des 80’s, est aussi dans la place, aux côtés d’une jeune génération d’acteurs parfaitement raccords avec les intentions globales. Winona Ryder et Matthew Modine sont en quelque sorte des cautions. Les représentants d’un passé qui refait surface sous l’impulsion de la nouvelle garde. Les Duffer et leurs jeunes acteurs se réappropriant ces références dans ce qui s’apparente à la fois à un vibrant hommage, mais aussi à un désir de continuer ce que d’autres ont commencé. L’histoire se prolonge et nous d’en prendre plein les yeux.
Même la musique a été pensée pour nous emporter loin, dans cette petite bourgade en proie à des phénomènes surnaturels. Une excellente partition signée par le duo Kyle Dixon, Michael Stein, très électro, dans le bon sens, alignée sur les scores de John Carpenter, et agrémentée de tubes rock issus de cette glorieuse décennie prise en étau entre le souffle punk et l’envol de la FM et des nappes de synthé. Pertinente, enveloppante, la musique est partout, omniprésente, et accompagne les personnages dans leurs aventures, de la plus belle des manières. Tout spécialement quand elle se fait le vecteur d’une poésie sombre qui se manifeste elle aussi au grès d’accents plus ou moins affirmés, mais jamais vains.


Il y a bien un monstre dans Stranger Things. Un créature effrayante sortie d’un enfer qui en dit long sur notre époque (on n’en dira pas plus), qui est pourtant loin de compter autant que les personnages. Car si la série est aussi réussie, c’est justement car elle ne perd jamais de vu ses personnages. Ils ne souffrent pas du contexte surnaturel ou d’une surabondance d’effets-spéciaux. Les frères Duffer ont esquivé tous les pièges que beaucoup se sont pris en pleine poire. Stranger Things est un drame avant d’être un trip horrifique ou purement fantastique. Là encore, à l’instar des plus grands, les réalisateurs/scénaristes ont imaginé une histoire solide où les thématiques trouvent un écho dans le fantastique. Ils nous livrent l’un des plus beaux récits d’amitié vus depuis des lustres. Les Duffer ont parfaitement saisi tout ce qui caractérise les relations que peuvent avoir des amis avant l’adolescence. Sans en faire des caisses, dans une démarche sincère et habitée, proche du modèle du genre, à savoir Stand By Me. Pareil quand ils parlent de la maternité ou du deuil. Stranger Things est une grande série sur l’espoir que peuvent porter les enfants, devant des parents soit dépassés soit plus démissionnaires. En prenant pied au début des années 80, le show en profite pour parler de la société américaine, mais aussi du monde dans son ensemble. Il nous cause de la peur de l’autre, qui parfois est différent, et de cette innocence que le cynisme et le monde des adultes cherche à tout prix à détruire.


On a souvent reproché à J.J. Abrams d’avoir fait de Super 8, son hommage à Spielberg et à Amblin, une sorte de gros truc opportuniste. On est d’accord ou pas mais il n’y a aucune chance que l’on affirme la même chose à propos des frères Duffer. Ces derniers ont tout compris, jusque dans les moindres détails et si chaque épisode de leur série regorge en effet de références appuyées, elles sont finalement surtout là pour permettre au spectateur de s’identifier à l’univers mis en place ainsi qu’aux personnages, mais jamais une fin en soi. Pour les fans, elles sont de bons gros bonus bien savoureux mais pour les néophytes, elles ne seront jamais une entrave à la bonne compréhension ou à l’appréhension de l’ensemble.
Stranger Things fait passer par une multitude d’émotions différentes. Très vite, dès les premières minutes, on se prend à vibrer avec Mike et ses amis. On a parfois peur, on rit souvent et les larmes ne sont jamais bien loin. La chair de poule elle, est omniprésente. Au fil des épisodes, tandis que le dénouement approche, Stranger Things dévoile ses cartes. Son écriture, pleine de sensibilité et d’empathie, démontre d’une compréhension rare des codes et d’un respect indéniable. De Winona Ryder aux gamins, en passant par l’intense David Harbour (vu dans The Newsroom) et la jeune Millie Bobby Brown, la distribution est de plus assez incroyable. Les acteurs ont tous été castés avec une attention manifeste et ça se voit. À fond, ils livrent des interprétations sans faille et contribuent à nous coller des étoiles dans les yeux, grâce à leur talent et à leur dévouement permanent (mention aux 3 gamins).
Sublime, passionnante, surprenante, ce show unique a tout pour plaire au plus grand nombre, mais ne sacrifie jamais son intégrité. Dans le jargon, on appelle ça un miracle de cinéma. Comment ça c’est une série TV ?

@ Gilles Rolland

lundi 18 juillet 2016

THE STRANGERS

                                                                                   Photo empruntée sur Google, appartenant au site Imdb.com 

de Na Hong-jin. 2016. Corée du Sud. 2h36. Avec Kwak Do-won, Hwang Jeong-min, Cheon Woo-hee, Kim Hwan-hee, Jun Kunimura.

Sortie salles France: 6 Juillet 2016. Corée du Sud: 12 Mai 2016

FILMOGRAPHIE: Na Hong-jin est un réalisateur et scénariste sud-coréen, né en 1974.2008 : The Chaser. 2010 : The Murderer. 2016: The Strangers


Révélé par le chef-d'oeuvre The Chaser et le non moins excellent The MurdererNa Hong-jin nous revient avec The Strangers, un projet autrement singulier si bien que ce thriller prioritairement horrifique baigne dans un surnaturel chargé de mysticisme. Dans un petit village coréen, l'inspecteur Jong-goo est chargé d'élucider une vague de crimes inexpliqués. Au moment de suspecter un japonais vivant reclus dans les montagnes, sa fille est en proie à des crises d'hystérie incontrôlées. Il décide d'invoquer l'aide d'un shaman. 


D'une durée excessive de 2h36, The Strangers aborde le thème de la possession sataniste avec la dextérité d'une mise en scène prenant son temps à développer son sujet et la trajectoire indécise des personnages. Alternant enquête policière et magie noire face au témoignage d'un flic et d'un éminent chaman, Na Hong-jin tend à nous alerter sur la nature insidieuse du Mal et l'incapacité pour l'homme d'en démasquer son identité. Ne cessant de brouiller les pistes quant aux suspects délétères experts en art du subterfuge, The Stranger insuffle un climat d'inquiétude aussi inconfortable que malsain. Tant au niveau de la scénographie des victimes sauvagement mutilées, des séances d'exorcisme pratiquées dans une tradition séculaire que des exactions meurtrières d'un zombie dégingandé ou de la posture placide d'un japonais mutique. La nature environnante, pluvieuse et feutrée, renforçant également son cadre anxiogène. Face à cette dérive criminelle en chute libre, un flic tente d'en débusquer le coupable et d'y déceler le vrai du faux lorsque le surnaturel est objet de craintes et de doutes. Sa propre fille en subira d'ailleurs un préjudice inéquitable jusqu'à la conclusion aussi équivoque que glaçante. Sans volonté d'expliquer les tenants et aboutissants des personnages les plus énigmatiques (la femme en blanc, le japonais, le shaman), Na Hong-jin nous embourbe dans une vénéneuse et éprouvante descente aux enfers depuis l'impuissance du héros à déjouer les forces du Mal.


"Le mal caché est le plus grave"
Inquiétant et déroutant et parvenant avec brio à renouveler les codes du film de possession parmi la charpente d'un scénario volontairement tortueux et abscons, The Strangers pourrait même décupler sa vigueur émotionnelle et dramatique après un second visionnage. Fort d'une intensité en crescendo et d'une caractérisation fébrile des personnages (se laissant beaucoup trop influencés par leurs émotions !), cette épreuve humaine extériorise un sentiment d'impuissance poignant face à la déloyauté du Mal. 

B.M


lundi 11 juillet 2016

LES SEIGNEURS DE LA ROUTE. Licorne d'Or au Rex de Paris, 1975.

                                                                        Photo empruntée sur Google, appartenant au site ecranlarge.com

"Death Race 2000/La course à la mort de l'an 2000" de Paul Bartel. 1975. 1h24. Avec David Carradine, Sylvester Stallone, Simone Griffeth, Mary Woronov, Roberta Collins, Martin Kove.

Sortie salles France: 16 Juin 1976. U.S: 27 Avril 1975

FILMOGRAPHIE: Paul Bartel est un acteur, producteur, réalisateur et scénariste américain né le 6 août 1938 à Brooklyn, New York, et décédé le 13 mai 2000 à New York (États-Unis).
1968: The Secret Cinema. 1969: Naughty Nurse. 1972: Private Parts. 1975: La Course à la mort de l'an 2000. 1976: Cannonball ! 1982 : Eating Raoul. 1984: Not for Publication. 1985: Lust in the Dust. 1986 : Les Bons tuyaux. 1989 : Scenes from the Class Struggle in Beverly Hills. 1993: Shelf Life.


Oeuvrette culte produite par Roger Corman, Les Seigneurs de la Route gagna également sa notoriété grâce à son exploitation en VHS au début des années 80. Prenant pour thème les dérives (avant-gardistes) de la télé-réalité à travers un jeu sportif extrêmement violent, l'intrigue suit l'itinéraire routier de pilotes de course avides de remporter la victoire en assassinant sur leur chemin le plus de piétons possibles. Une femme équivalent à 20 points, un adolescent: 40 points, les enfants de 12 et -: 70 points et enfin les personne âgés de plus de 75 ans: 100 points. Frankenstein (David Carradine) et Mitraillette Kelly (Sylvester Stallone) se disputant fébrilement le match avec un cabotinage décomplexé !


Ce concept aussi délirant qu'improbable, Paul Bartel l'illustre avec un humour sardonique souvent jouissif dans ses gags à répétitions et sa violence gore qui en émane. Tous les personnages vils et mesquins surjouant sans retenue pour mieux dénoncer l'absurdité d'une société despotique dénuée de culture et d'humanité, alors que les médias se prêtent cyniquement à cette mascarade dans l'immoralité la plus totale (suffit de voir le rictus du présentateur se réjouissant de la mort de chaque piéton sacrifié !). Avec ces voitures futuristes customisées tout droits sorties de la série animée Les Fous du volants et la défroque risible de super-héros à la p'tite semaine, les Seigneurs de la Route cultive un esprit de bande dessinée estampillée Bis. A l'instar des décors de fond grossièrement façonnés en matte painting derrière les tribunes des spectateurs ! Si le récit répétitif se résume à une inlassable course entre pilotes décervelés (on a d'ailleurs l'impression qu'ils ont subi une lobotomie pour accepter pareille déontologie !), Paul Bartel parvient à soutenir le rythme dans son lot fertile de poursuites et règlements de compte, notamment avec l'appui militant de l'armée de la résistance semant des pièges autour de cette course transcontinentale. Quant au personnage imbu de Frankenstein, David Carradine se prête satiriquement au jeu avec une certaine ambivalence par son attitude aussi couarde qu'héroïque, alors que Stalonne lui dispute jalousement la vedette dans une fonction de "gangster" machiste opportuniste.


Série B fauchée aussi débridée que décalée pour sa représentation cartoonesque d'une dictature présidentielle régissant les nouveaux jeux du cirque (le merchandising du jeu-video s'en inspirera d'ailleurs par la suite !), les Seigneurs de la Route fait aujourd'hui office de sympathique curiosité avec l'appui anthologique de lynchages routiers. 

B.M. 5èx

Récompense: Licorne d'Or au Festival du cinéma fantastique de Paris, 1975.

vendredi 8 juillet 2016

TREMORS

                                                                      Photo empruntée sur Google, appartenant au site impawards.com

de Ron Underwood. 1990. U.S.A. 1h36. Avec Kevin Bacon, Fred Ward, Finn Carter, Michael Gross,
Reba McEntire, Robert Jayne.

Sortie salles France: 23 Mai 1990. U.S: 19 Janvier 1990

FILMOGRAPHIE: Ron Underwood est un réalisateur, scénariste et producteur américain né le 6 novembre à Glendale, Californie (États-Unis).
1986 : The Mouse and the Motorcycle (TV). 1988 : Runaway Ralph (TV). 1990 : Tremors. 1991 : La Vie, l'Amour, les Vaches. 1993 : Drôles de fantômes. 1994 : Chérie vote pour moi. 1998 : Mon ami Joe. 2002 : Pluto Nash. 2003 : Stealing Sinatra. 2003 : Monk Saison 2 Épisode 2 : Monk part à Mexico. 2004 : Back When We Were Grownups (TV). 2005 : In the Mix. 2006 : La Fille du Père Noël (TV). 2007 : Un fiancé pour Noël (TV). 2011 : Trois jours avant Noël.


Succès commercial timoré lors de sa sortie en salles (en France, il enregistre 211 585 entrées), Tremors s'est taillé au fil des ans grâce à son exploitation video une réputation de film culte pour son concept humoristique d'une menace reptilienne. Par leur taille disproportionnée et leur appétit vorace, on peut d'ailleurs y déceler une certaine comparaison parodique aux fameuses Dents de la Mer de Spielberg si bien qu'ici l'animal carnassier se déplace sous terre à une vitesse aussi furtive que le requin ! Dans un petit village du Nevada, deux cowboys de longue date vont s'allier avec une poignée de citadins, une sismologue et un duo d'expert en armes pour déjouer l'hostilité de vers géants tapis sous terre. Contraints de se réfugier au dessus des toits domestiques puis sur les roches du désert, ils vont user de trouvailles et constance pour s'extirper des mâchoires de la terre. Série B horrifique jumelant les codes du western, de la comédie et du film catastrophe, Tremors constitue un modèle d'efficacité dans son quota d'action ininterrompue menée à 100 à l'heure au coeur d'un cadre naturel judicieusement exploité (le réalisateur ne cessant de varier les lieux de refuge que nos héros jonglent pour mieux feindre l'ennemi).


A partir d'une trame simpliste prétexte à moult péripéties ultra spectaculaires (mais toujours au service narratif !), Ron Underwood déborde d'inventivité et de générosité à relancer l'action parmi l'intrusion de nouveaux personnages (le couple paramilitaire vaut son pesant de cacahuètes !) et les stratégies de défense et d'attaque que nos survivants négocient dans un ressort héroïque ! Epaulé d'effets spéciaux artisanaux entièrement conçus à l'ancienne, Tremors suscite la fascination en la présence tentaculaire de serpents de terre aussi véloces que chafouins ! De par leur réalisme convaincant et l'habileté du découpage, les séquences d'attaques effrénées se succèdent d'autant mieux à un rythme métronomique ! L'action omniprésente décuplant notamment son caractère trépidant sous l'impulsion expansive de protagonistes s'en donnant à coeur joie dans la plaisanterie et la cohésion héroïque. Que ce soit nos illustres têtes d'affiche que forment Kevin Bacon et Fred Ward, les seconds-rôles tous aussi avenants leur disputent fougueusement la vedette avec l'appui de Finn Carter, figure féminine d'un charme naturel tout en simplicité. Parmi cette dynamique de groupe, on discerne bien à travers l'écran la joie des comédiens se prêtant insatiablement au jeu du "cours après moi que je t'attrape !".


Spectacle familial (si j'ose dire !) de survival horrifique déployant une générosité sans égale dans son panel de bravoures extravagantes, Tremors est une merveille de série B de samedi soir. Déclaration immodérée pour l'amour des monstres et la bonhomie des comédiens dans une diversité harmonieuse des genres. A redécouvrir d'urgence car pas une seule ride du haut de ses 26 ans !

B.M. 3èx

jeudi 7 juillet 2016

DEMOLITION

                                                                                Photo empruntée sur Google, appartenant au site cinebel.be

de Jean-Marc Vallée. 2015. U.S.A. 1h42. Avec Jake Gyllenhaal, Naomi Watts, Chris Cooper, Judah Lewis, C. J. Wilson, Polly Draper.

Sortie salles France: 6 Avril 2016. U.S: 8 Avril 2016

FILMOGRAPHIE: Jean-Marc Vallée est un réalisateur et scénariste américain, né le 9 Mars 1963 au Québec. 1992: Stéréotypes. 1995: Les Fleurs Magiques. 1995: Liste Noire. 1997: Los Locos. 1998: Les Mots Magiques. 1999: Loser Love. 2005: C.R.A.Z.Y. 2009: Victoria: les jeunes années d'une reine. 2011: Café de Flore. 2013: The Dallas Buyers Club. 2015: Demolition.


Drame psychologique d'une pudeur étonnante pour son traitement conféré à la difficulté d'assumer un deuil conjugal, Demolition bouscule les conventions avec une étonnante originalité. Jean-Marc Vallée façonnant une mise en scène épurée allant droit à l'essentiel pour entraîner le spectateur dans une dérive existentielle à la trajectoire indécise. Par son cheminement narratif impromptu bourré de situations erratiques, Demolition désarçonne le spectateur face à la quête identitaire d'un financier hanté par le remord et la soif de vérité. Celle de connaître ses véritables sentiments pour sa défunte épouse depuis que celle-ci succomba lors d'un accident de voiture. Dans sa dérive morale alternant fragilité, austérité et exubérance, Davis Mitchell multiplie les épreuves d'expiation afin de se soulager du poids de sa culpabilité et pour tenter de lever le voile sur sa nature amoureuse.


Parmi la sobriété d'une émotion poignante, Jean-Marc Vallée nous interroge sur la complexité de l'amour et l'essentialité de la cultiver au quotidien avec le témoignage d'une autre épouse (aussi lunatique que Davis) et de sa fille rebelle en crise sexuelle. Autour de ses trois quêtes identitaires (en comptant donc celle de Davis !), le réalisateur aborde la difficulté de s'accepter et d'assumer ses faiblesses, ses erreurs, tant au niveau de la responsabilité parentale, de l'infidélité et de la maturité. Par ces thèmes actuels émanant d'un malaise sociétal, Demolition injecte une dose d'ironie acide pour détourner les clichés, notamment afin d'y extraire un vent de liberté et une soif de vivre sous l'impulsion colérique de Davis et Chris. Déroutant, insolite et baroque, le récit tentaculaire imparti aux trois protagonistes ne pourra faire l'unanimité auprès du grand public quand bien même l'oeuvre aussi singulière que fragile est également transcendée par le jeu décomplexé de comédiens exprimant une humanité toute en discrétion. Au delà des prestances charismatiques du duo Jake Gyllenhaal, Naomi Watts, Demolition est largement favorisé par la présence de Judah Lewis (sa troisième apparition à l'écran !). Epoustouflant de naturel et d'autonomie dans sa condition rebelle, l'acteur juvénile parvient presque à voler la vedette à ses pairs tant il retranscrit avec subtilité une personnalité névrosée aussi attachante que dégourdie !  


Résurrection
Requiem de la solitude lorsque l'amour ne parvient pas à réconcilier les âmes perdus, récit initiatique auprès de son identité propre et de l'estime de soi sous le mobile d'une fidélité amicale (principalement la relation paternelle entre Davis et Chris), Demolition désarçonne pour mieux surprendre sous l'impulsion d'une violence libératrice allouée à la reconstruction. Superbe. 

Dédicace à Pascal Frezzato
B.M