mercredi 30 novembre 2016

BLOOD RAGE

                                                                      Photo empruntée sur Google, appartenant au site stuffpoint.com

"Nightmare at Shadow Woods" de John Grissmer. 1983/87. U.S.A. 1h24. Avec Louise Lasser, Mark Soper, Marianne Kanter , Julie Gordon , Jayne Bentzen.

Inédit en salles en France et en vhs. U.S: Juin 1987

FILMOGRAPHIE: John Grissmer est un réalisateur, scénariste et producteur américain né en 1955. 1977: False Face. 1987: Blood Rage.


Tourné en 1983 mais sorti 4 ans plus tard dans un cercle restreint de salles US alors qu'en France il resta inédit, notamment sous support Vhs et Dvd, Blood Rage fait parti du bas du panier des slashers des années 80 en dépit de son gore festif. Dans un drive-in, un couple se fait assassiner à la machette par un jeune adolescent. Afin de se déculpabiliser, ce dernier accuse son frère jumeau, Todd, particulièrement fragile et influençable. Après 10 ans d'internement en psychiatrie, celui-ci parvient à s'échapper pour se venger de son frère. Terry profite alors de cette aubaine pour accumuler les meurtres et continuer de lui faire porter le chapeau. Une intrigue bas de plafond dénuée d'une once tension et de suspense que John Grissmer (cinéaste méconnu si bien qu'il est signataire de 2 uniques métrages) filme avec une maladresse poussive, à l'instar de son casting bovin dénué d'expression. Outre sa galerie de pimbêches effarouchées surjouant sans complexe, la prestance ridicule du tueur jovial incarné par Mark Soper enfonce un peu plus le métrage vers les cimes du navet si bien que les situations grotesques s'accumulent sans modération, et ce jusqu'au final indigent d'une durée rébarbative de 20 mns lorsque le tueur se met à courser sa dernière victime atone. Seule point positif à épargner de ce naufrage, une série de bravoures gores confectionnées en latex que le maquilleur Ed French (Cauchemar à Daytona Beach / Exterminator 2) parvient à façonner avec un réalisme parfois percutant !


Un navet branquignol donc (pardon pour les fans s'ils me lisent mais ça n'engage que moi !) qui pourrait néanmoins contenter une frange de cinéphiles irréductibles.

mardi 29 novembre 2016

THE MONSTER

                                                                          Photo empruntée sur Google, appartenant au site en.wikipedia.org

de Bryan Bertino. 2016. U.S.A. 1h31. Avec Zoe Kazan, Ella Ballentine, Scott Speedman

FILMOGRAPHIE: Bryan Bertino est un réalisateur américain né le 17 Octobre 1977 à Crowley, Texas, USA.
2016: The Monster. 2014 Mockingbird. 2008 The Strangers.


Malgré les bonnes intentions du réalisateur (renouer avec la suggestion d'une horreur adulte et privilégier la densité humaine de ses personnages reclus), The Monster est une série B ratée sombrant toujours un peu plus dans la léthargie. Faute à une réalisation trop maladroite pour imposer un suspense lattent en perte de vitesse et à la cohésion de survie redondante d'une mère et de sa fille brimées par la menace d'une créature de prime abord invisible (le réalisateur différant au maximum son apparition tant escomptée). Quand à l'éclatement de la cellule familiale surlignée au travers de multiples flash-back, le réalisateur se laisse un peu influencer par le pathos quant au profil avilissant d'une mère alcoolique en quête de rédemption. Spoil ! Le monstre étant au final la métaphore de son double maléfique que la fille en initiation héroïque parviendra à combattre après avoir pardonné à sa mère sa démission parentale. Fin du Spoil.


Calme plat
En dépit d'une photo crépusculaire soignée et du charisme parfois impressionnant de la créature lors d'une attaque aussi meurtrière que cinglante (je me suis d'ailleurs remémorer le prologue sanglant du Loup-garou de Londres), The Monsters est incapable d'insuffler une quelconque tension autour de son huis-clos exigu (une voiture / une ambulance) instaurée à proximité d'une nature forestière, et ce en dépit de la bonne volonté des comédiens perfectibles (leurs expressions horrifiées ou lamentées s'avérant régulièrement un peu trop outrées ou pas assez spontanées). Dommage et on comprend donc aisément pour quelles raisons cette production mineure bannie des salles internationales soit promulguée au rayon DTV.

E-B

lundi 28 novembre 2016

BLANCHE NEIGE

                                                                       Photo empruntée sur Google, appartenant au site subscene.com 

"Snow White: A Tale of Terror" de Michale Cohen. 1997. U.S.A. 1h40. Avec Sigourney Weaver, Sam Neill, Monica Keena, Taryn Davis, Gil Bellows, Brian Glover, David Conrad.

Sortie salles U.S: 24 Août 1997

FILMOGRAPHIE: Michael Cohen est un réalisateur, scénariste et producteur américain
2015: Sacrifice. 1997 Blanche-Neige: Le plus horrible des contes. 1994 Le profiler. 1992 Interceptor


Inédit en salles chez nous, Blanche Neige constitue une sympathique déclinaison horrifique du célèbre conte des Frères Grimm. Visuellement et techniquement assez soigné, l'intrigue se concentre sur la rivalité sournoise d'une belle-mère avide de jeunesse et de pouvoir et d'une jeune princesse sévèrement molestée par cette dernière. Egarée dans la forêt à la suite d'une tentative d'assassinat, Blanche Neige rencontre 7 métayers marginaux au fond d'une grotte. Avec leur soutien, elle va tenter de regagner son royaume avant que la méchante reine n'emploie un nouveau subterfuge pour l'éradiquer. Ponctué de péripéties parfois spectaculaires et plutôt bien troussées (la chute des arbres, l'effondrement de la terre dans la crevasse, son final haletant), Blanche Neige parvient sans peine à maintenir l'intérêt sous l'impulsion spontanée de sa distribution. Que ce soit Sam Neil en Lord prévenant, Sigourney Weaver en diabolique mégère et Monica Keena d'un naturel assez charismatique dans sa fonction affirmée de Blanche Neige. Si l'horreur des situations aurait gagné à être un peu plus prononcée, le traitement réservé à certains personnages ne manque pas d'audace (les fameux nains réduits ici à des marginaux revêches si bien que l'on craint une tentative de viol pour notre héroïne malmenée !) quand bien même d'autres moments font preuve d'intensité crapuleuse, comme le souligne l'intervention fétide de la sorcière se délectant de son machiavélisme criminel auprès de Blanche Neige.


B-M

vendredi 25 novembre 2016

UNE SI GENTILLE PETITE FILLE

                                                                         Photo empruntée sur Google, appartenant au site gigglepedia.com

Cauchemares/Cathy's Curse de Eddy Matalon. 1977. France/Canada. 1h31. Avec Alan Scarfe, Randi Allen, Dorothy Davis, Beverly Murray, Sylvie Lenoir, Roy Witham.

Sortie salles France: 3 Août 1977. Canada: 30 Juillet 1977

FILMOGRAPHIEEddy Matalon est un producteur, réalisateur et scénariste français, né le 11 septembre 1934 à Marseille. 1954 : À propos d'une star. 1966 : Le Chien fou. 1968 : Quand la liberté venait du ciel. 1968 : Spécial Bardot. 1970 : L'Île aux coquelicots coréalisé avec Salvatore Adamo
1970 : Trop petit mon ami. 1975 : La Bête à Plaisir sous le pseudonyme de Jack Angel. 1977 : Une si gentille petite fille. 1978 : Teenage Teasers. 1978 : Black-Out à New York. 1979 : Brigade mondaine: La secte de Marrakech. 1980 : T'inquiète pas, ça se soigne. 1983 : Prends ton passe-montagne, on va à la plage. 1993 : Deux doigts de meurtre. 1994 : De Serge Gainsbourg à Gainsbarre de 1958 - 1991.


Production franco-canadienne réalisée par un cinéaste de seconde zone originaire de Marseille (on lui doit d'ailleurs le sympathique et oublié New-York Blackout et quelques comédies franchouillardes au rabais), Une si gentille petite fille se fit connaître auprès des vidéophiles lors de son exploitation Vhs à l'orée des années 80. Série B lambda surfant sur les succès de l'Exorciste et la Malédiction, l'intrigue rébarbative relate la possession démoniaque d'une fillette après avoir découvert une poupée au fond d'un grenier. Venant d'emménager avec ses parents dans une vétuste demeure au passé tragique (un père et une fille périrent dans un incendie à la suite d'un accident de voiture), ses derniers, un papy et quelques hôtes amicaux vont devenir les souffre-douleur de Cathy. Les forces démoniaques s'enchaînant autour d'eux dans une série d'humiliations et de tentatives criminelles.


Un pitch des plus anodins qu'Eddy Matalon se contente de filmer sans motivation ni passion, à l'instar de sa distribution bovine au comportement souvent incohérent. Evacué du moindre rebondissement et de tension au sein d'une narration elliptique, Une si gentille petite fille émaille à rythme sporadique quelques séquences chocs d'un grand-guignol grotesque pour nous tenir en éveil. A l'instar des râles démoniaques que Cathy vocifère vulgairement à ses occupants avant de leur déployer ses talents surnaturels inspirés des facéties de Gérard Majax. On peut toutefois dénicher lors de ces redondances horrifiques une ou deux séquences gentiment malsaines et étranges, comme le caractérisent les hallucinations reptiliennes du papy aviné recroquevillé dans la cuisine ou lorsque la voyante est subitement confrontée à son double sclérosé au sein du grenier. On peut également avec indulgence prêter une certaine fascination à son score musical frivolement atmosphérique et à la vision picturale du portrait de Laura placardé dans le grenier car nous insufflant une certaine appréhension par la frigidité de son regard pénétrant !


Une curiosité obsolète donc qui ne contentera que les inconditionnels de plaisirs coupables atones. On gardera surtout en mémoire (et pour se réconforter de notre déception) sa fascinante affiche française si prometteuse (à l'instar du tout aussi négligeable Les Yeux du Mal).

B-M



jeudi 24 novembre 2016

A TOUTE EPREUVE

                                                       Photo empruntée sur Google, appartenant au site lesjeuxdescancre.canalblog.com

"Lashou shentan/Hard Boiled" de John Woo. 1992. Hong-Kong. 2h07. Avec Chow Yun-fat, Tony Leung Chiu-wai, Teresa Mo, Philip Chan, Philip Kwok, Anthony Won.

Sortie salles France: 16 Juin 1993 (Interdit aux - de 16 ans). Hong-Kong: 16 Avril 1992

FILMOGRAPHIEJohn Woo (吴宇森 en chinois, Wú Yǔsēn en hànyǔ pīnyīn) est un réalisateur
chinois, né le 1er mai 1946 à Guangzhou (Canton), Chine. 1974 : Les Jeunes Dragons. 1974 : Le Maître de Taekwondo. 1975 : Princesse Chang Ping. 1976 : Ching, le Fantastique Mandchou. 1977 : Les As de la cambriole. 1978 : Follow the Star. 1979 : La Dernière Chevalerie. 1979 : Millionnaires d'un jour. 1981 : Rendez-vous avec le diable. 1981 : La Course à l'emploi. 1982: Laughing Times.
1984 : The Time You Need a Friend. 1985 : Run Tiger Run . 1986 : Les Larmes d'un héros . 1986 : Le Syndicat du crime. 1987 : Le Syndicat du crime 2. 1989 : The Killer. 1989 : Just Heroes. 1990 : Une balle dans la tête. 1991 : Les Associés. 1992 : À toute épreuve. 1993 : Chasse à l'homme. 1996 : Broken Arrow. 1997 : Volte-face. 2000 : Mission impossible 2. 2002 : Windtalkers. 2003 : Paycheck
2008: Les Trois Royaumes. 2010: Le Règne des assassins. 2014 : The Crossing.


1992: une date charnière du cinéma d'action si bien qu'A toute épreuve est reconnu par les fans comme le plus grand film du genre jamais réalisé et toujours inégalé ! (si on excepte Mad-Max 2 et le récent phénomène, Mad-Max Fury Road ! Spectacle apocalyptique de règlements de comptes sanglants et de pyrotechnies tous azimuts, A toute Epreuve multiplie les moments anthologiques à rythme métronomique jusqu'au point d'orgue d'une prise d'otages instaurée au coeur d'un hôpital. Théâtre de sang d'une guérilla urbaine entre flics et truands impossibles à éradiquer ! Alors qu'il tente d'appréhender des trafiquants d'arme dans un salon de thé, le policier Tequila tue accidentellement l'un de ses collègues. Rongé par le remord, il se jure de venger sa mort en s'efforçant de retrouver les traces du leader Wong. Contraint de faire équipe avec un policier infiltré chez deux gangs, leur investigation finit par les mener dans les sous-sols d'un centre hospitalier d'où est confiné une cargaison d'armes. Une bataille sans pitié est sur le point de s'engager entre la pègre et la police au moment même où une prise d'otages vient d'éclater !  


Pur divertissement d'action dégénérée si bien que John Woo se surpasse à transfigurer la prochaine rixe explosive par le dynamisme d'un montage à couper au rasoir (justement récompensé lors des Hong Kong Film Awards 1993), A toute Epreuve constitue un modèle d'efficacité par son ultra-violence disproportionnée que deux héros casse-cou s'efforcent de repousser ! Mention spéciale au jeu viril de Chow Yun-fat (allumette au bec en sus !) se glissant dans la peau d'un flic avec un charisme de "cool attitude" ! En infiltré ballotté entre deux clans ennemis, Tony Leung Chiu-wai lui partage dignement la vedette en acolyte aussi burné dans ses prises de risques suicidaires. Notre duo crevant l'écran dans leur extrême agilité à manier leur calibre et à se projeter tête baissée contre leurs adversaires dans un fracas de poussières, de fumée, de bois éclatés, de vitres brisées, de tôles froissées et de projectiles métalliques ! Quand bien même les corps embrasés par les flammes se propulsent dans les airs à l'instar d'un film de guerre ! Si le pitch assez classique ne cultive pas de surprises quant à son évolution tracée d'avance, John Woo parvient à transcender ses conventions grâce à la vélocité de sa caméra filmant l'action lisible tel un ballet chorégraphique, et un sens aigu du suspense latent (l'infiltration de Tequila et Tony à débusquer l'entrepôt d'armes avant le carnage escompté d'une durée orgasmique de 45 mns !!!) que ces derniers insufflent progressivement au fil d'une initiation amicale. Outre l'inventivité sans cesse renouvelée des fusillades déjantées, John Woo relance l'action (et le second degré des situations) dans de multiples directions en exploitant les cadres restreints d'un salon de thé, d'un hangar, d'un yacht puis enfin d'un fameux centre hospitalier (épicentre d'une hécatombe humaine !).


Spectacle apocalyptique de survival belliqueux si je me réfère surtout à sa seconde partie faisant office de cataclysme, A toute Epreuve n'a pas volé sa réputation d'Everest du genre si bien que 24 ans plus tard il reste toujours aussi furieusement épique, jouissif, jubilatoire, débridé, démesuré dans un parti-pris artisanal (exit le numérique !) de pyrotechnie formaliste. A couper le souffle !  

B-M. 3èx

mercredi 23 novembre 2016

LA FELINE

                                                                     Photo empruntée sur Google, appartenant au site doctormacro.com  

"Cat People" de Jacques Tourneur. 1942. U.S.A. 1h15. Avec Simone Simon, Kent Smith, Tom Conway, Jane Randolph, Jack Holt, Alan Napier, Elizabeth Dunne.

Sortie salles France: 1er Juillet 1970. U.S: 6 Décembre 1942

FILMOGRAPHIE: Jacques Thomas, dit Jacques Tourneur est un réalisateur français, né à Paris 12e, le 12 novembre 1904 et mort à Bergerac (Dordogne) le 19 décembre 1977 (à 73 ans). 1931 : Tout ça ne vaut pas l'amour ou Un vieux garçon. 1933 : Toto ou Son Altesse voyage. 1933 : Pour être aimé. 1934 : Les Filles de la concierge. 1939 : They All Come Out. 1939 : Nick Carter, Master Detective. 1940 : Phantom Raiders. 1941 : Doctors Don't Tell. 1942 : La Féline. 1943 : Vaudou. 1943 : L'Homme-léopard. 1944 : Jours de gloire. 1944 : Angoisse. 1946 : Le Passage du canyon. 1947 : La Griffe du passé ou Pendez-moi haut et court. 1948 : Berlin Express. 1949 : La Vie facile. 1950 : Stars in my Crown. 1950 : La Flèche et le Flambeau. 1951 : L'enquête est close. 1951 : La Flibustière des Antilles. 1952 : Le Gaucho. 1953 : Les Révoltés de la Claire-Louise. 1955 : Le juge Thorne fait sa loi. 1955 : Un jeu risqué. 1956 : L'Or et l'Amour. 1957 : Rendez-vous avec la peur. 1957 : Poursuites dans la nuit. 1958 : La Cible parfaite. 1959 : Tombouctou. 1959 : La Bataille de Marathon. 1960 : Passage secret coréalisé avec George Waggner. 1961 : Fury River. 1963 : Le croque-mort s'en mêle. 1965 : La Cité sous la mer.


Grand classique des années 40 ayant influencé un cinéma Fantastique éthéré sous l'égide de la suggestion, la Féline demeure 74 ans après sa sortie un diamant noir toujours aussi étincelant ! De par la prestance divine d'une Simone Simon habitée par l'affres de la persécution et le brio d'une mise en scène entièrement focalisée sur son profil schizo. Persuadée d'être la descendante d'une malédiction séculaire, Irena refuse les avances sexuelles de son nouveau mari car craignant de se métamorphoser en panthère noire par le principe de l'amour. Ce dernier lui sollicite alors de consulter un psychiatre qu'elle acquiesce timidement. Mais c'est avec l'intrusion d'Alice, meilleure amie de son époux, qu'Irena finit par sombrer dans une démence schizophrène.  


Cette trame à la fois intrigante et captivante, Jacques Tourneur l'illustre sous le ressort d'une étude caractérielle en perdition morale. Car entièrement dédié au profil psychologique de son héroïne accablée par le poids du doute et de l'infortune, La Féline juxtapose drame et épouvante avec la subtilité d'un climat immatériel. Baignant dans un somptueux noir et blanc envoûtant (comme l'illustre brillamment ses jeux d'ombre esquissés sur les murs d'une piscine afin de diluer la tension !), son cheminement narratif insuffle une montée du suspense quant à la quête identitaire d'une (anti-) héroïne potentiellement tributaire de l'auto-suggestion. Jacques Tourneur laissant planer ambiguïté et doute sur ses éventuels agissements hostiles et criminels en retardant le plus possible la résolution identitaire (l'apparition redoutée donc de la panthère noire à moins qu'il ne s'agit de celle du zoo !). Par l'entremise d'une douloureuse histoire d'amour où s'entremêlent les sentiments houleux de déception, de colère et de jalousie, La Féline provoque l'empathie auprès de cette épouse livrée à elle même car abdiquée de tout son entourage. Spoil ! La malédiction emportant finalement la mise si bien que l'on se surprend de l'amertume cruelle de son final imparti à la vengeance et au sens du sacrifice (notamment ce rapport prémonitoire avec une statue médiévale). Fin du Spoil 


Métaphore sur la défloraison dans sa crainte du désir, de l'engagement et de la passion, La Féline bénéficie d'une rigueur émotionnelle retorse par son refus du racolage car trop disposé à dresser le portrait chétif d'une âme candide vouée à la damnation. Un chef-d'oeuvre intemporel d'une aura trouble et vénéneuse quant à la stature magnétique de Simone Simon combattant son démon intérieur avec une hantise viscérale !

B-M. 3èx

mardi 22 novembre 2016

SONNY BOY

                                                                       Photo empruntée sur Google, appartenant au site vhscollector.com

de Robert Martin Carroll. 1989. U.S.A. 1h44. Avec David Carradine, Paul L. Smith, Brad Dourif, Conrad Janis, Sydney Lassick, Alexandra Powers.

Sortie salles U.S: 26 Octobre 1990

FILMOGRAPHIE: Robert Martin Carroll est un réalisateur et producteur américain.
1989: Sonny Boy. 2000: Baby Luv.


Film culte auprès d'une communauté de vidéophiles ayant eu l'opportunité de le louer dans leur video de quartier, Sonny Boy constitue une perle rare de cinéma subversif si bien qu'elle fut banni de nos salles chez nous, et ce en dépit de sa récente programmation au Festival Hallucinations Collectives de Lyon le 27 mars 2016. Prenant pour thème la maltraitance infantile sous le vernis d'une famille dysfonctionnelle, Sonny Boy est une oeuvre choc aussi incisive et vitriolée que son binôme Bad Boy Bubby ! Enlevé par un marginal après que ce dernier eut assassiné ses parents, un jeune bambin est recueilli par un couple de laissés-pour-compte vivant reclus dans le désert. Eduqué à l'instar d'un animal sauvage durant sa jeunesse, Sonny parvient à l'âge adulte à sortir de sa geôle le temps d'une escapade urbaine que deux compères familiaux ont eu l'audace de détacher de ses chaînes. Particulièrement craintifs par son apparence primitive, les citadins de la région vont user de provocation et d'influence communautaire pour le lyncher parmi la complicité policière.


A la croisée de Frankenstein et de l'Enfant Sauvage, Sonny Boy fait office d'expérience atypique dans son brassage des genres (action, western, comédie, horreur, romance, conte de fée) et d'une émotion hybride qu'on ne voit jamais venir ! Car aussi déjantées, frénétiques, insolentes et décalées soient ses situations viciées, Sonny Boy fait preuve d'une étonnante fragilité lorsque derrière ses outrances se cache la tendresse d'une misère humaine. Car ayant subi quotidiennement humiliations et sévices par des parents décérébrés et des riverains réactionnaires, Sonny devient l'esclave d'une brimade sociétale au sein d'une Amérique profonde gangrenée par l'ignorance, l'alcool et la fascination des armes (l'auto-défense étant le principal moteur de leur justification expéditive). Avec ses portraits fantaisistes de personnages extravagants animés par l'autorité, la perversité, le mensonge, la manipulation et la soumission, Sonny Boy insuffle un climat de douce hystérie caustique comme le souligne les rapports houleux du duo parental que forment le ventripotent Paul L. Smith (l'inoubliable tenancier de Midnight Express !) et David Carradine (à contre emploi dans un rôle exubérant de travelo maternel !). Les seconds-rôles ne sont pas non plus en reste si je me réfère aux profils mesquins du duo trivial Brad Dourif Sydney Lassick. Mais la palme du comédien le plus empathique reste inévitablement la prestance mutique de Michael Boston se glissant dans la peau d'un souffre-douleur avec une pudeur souvent poignante (pour ne pas dire bouleversante !). Rehaussé d'un score aussi suave que mélancolique (si on écarte ses airs jovials de banjo hérités de Délivrance !) lorsque la caméra ausculte attentivement ses sentiments de crainte, d'espoir (celle de l'amour avec une charmante inconnue), de pitié et de haine, Sonny Boy provoque le désarroi avec une vigueur dramatique jamais démonstrative.


Fou ! ... oui, il est fou... comme nous tous ! ... Enfermés dans notre différence comme dans une immense solitude... 
Plaidoyer pour le droit à la différence, manifeste pour la pédagogie parentale et la communication, hymne à la liberté et au désir d'aimer, Sonny Boy fait preuve d'une insolence décomplexée pour nous dépeindre une société rétrograde aux frontières de la démence, si bien qu'un orphelin en éveil sentimental tente timidement de s'y faire une place auprès d'une main secourable. Il en émane une oeuvre magnifique assez difficilement discernable dans son alliage émotionnel mais dont les images poétiques ou cauchemardesques laissent en mémoire un conte cruel sur la condition humaine non exempt d'espoir. 

Dédicace à Isabelle Paillard et Eugène Rocton

B-M. 2èx



de Rolf De Heer. 1993. Australie/italie. 1h52. Avec Nicholas Hope, Claire Benito, Ralph Cotterill, Carmel Johnson, Syd Brisbane, Nikki Price, Norman Kaye, Paul Philpot, Peter Monaghan, Natalie Carr.

Sortie en salles en France le 1 novembre 1995. U.S: 26 Avril 2005

FILMOGRAPHIERolf De Heer est un réalisateur, producteur, scénariste et compositeur australien d'origine néerlandaise, né le 4 Mai 1951 à Heemskerk (Pays-Bas).
1984: Sur les ailes du tigre. 1988: Encounter at Raven's Gate. 1991: Dingo. 1993: Bad Boy Bubby.
1996: La Chambre Tranquille. 1997: Epsilon. 1999: Dance me to My Song. 2001: Le Vieux qui lisait des romans d'amour. 2002: The Tracker. 2003: Le Projet d'Alexandra. 2006: 10 canoës, 150 lances et 3 épouses.


En 1995 sort dans une quasi indifférence un long métrage australien d'un réalisateur d'origine néerlandaise. Inondé de récompenses dans divers festivals du monde entier, Bad Boy Bubby va rapidement gagner au fil du bouche à oreille un statut d'ovni hybride, dérangeant et sordide, auquel l'humanité innocente de son protagoniste va ébranler le spectateur ! Bubby est un homme de 35 ans vivant reclus comme un animal dans un foyer familial parmi l'autorité d'une mégère incestueuse. Emprisonné, maltraité et rendu esclave, il est acculé à y rester cloîtré en compagnie d'un chat de gouttière. Un jour, jalousé des retrouvailles inespérées avec son père alcoolique, il décide de se rebeller et franchir les extérieurs industriels de sa bâtisse.


Eprouvant, profondément malsain et dérangeant, la première demi-heure de Bad Boy Bubby rivalise de déviance dans son environnement restreint du foyer insalubre, là où quelques cafards rampent sur le sol parmi la présence d'un chat séquestré dans une cage. La mère de Bubby, tortionnaire perverse, abuse sexuellement de son rejeton inculte et lui impose la journée de rester assis sur une chaise durant ses absences prolongées. Parfois même, elle lui pratique l'étouffement en lui bouchant la bouche et le nez ! Pour sortir de sa baraque, elle se déplace en ville avec l'aide d'un masque à gaz afin de feindre à son fils que la vie urbaine est empoisonnée à proximité des bâtiments industriels. Abruti par une existence sans compassion, sans amour et sans notion de Bien et de Mal, Bubby perdure son ennui alors que son seul loisir est d'asphyxier un chat domestique en guise de curiosité morbide. Sur ce point, ces séquences dérangeantes extrêmement crues et choquantes sont d'un réalisme si effrayant que l'on peine à s'imaginer s'il s'agit d'un véritable chat volontairement maltraité afin de mieux ébranler le spectateur ! C'est avec l'arrivée inopinée de son père alcoolique que Bubby décide de s'extérioriser en adoptant son attitude de débauche sexuelle auprès de sa mère. SPOILER !!! Après les avoir étouffé durant leur sommeil par vengeance, Bubby va enfin pouvoir découvrir le nouveau monde urbain tant redouté ! Fin du SPOILER


Après nous avoir fait vivre dans un souci documentaire (comparable au climat ombrageux de Eraserhead de Lynch) le sordide quotidien d'un homme réduit à l'état primitif, le réalisateur nous dirige lentement vers sa quête initiatique. Il d'agit donc d'illustrer le profil d'un quidam arriéré (comparable au monstre de Frankenstein dans sa pudeur innocente) rencontrant au hasard des rues la jungle des marginaux, des intégristes, des artistes bénévoles et des handicapés dystrophiés. Durant ce parcours d'un homme autrefois refoulé et molesté, Rolf De Heer filme de façon corrosive le portrait poignant d'un être esseulé perdu au milieu d'une cité urbaine où les citadins occupent leur temps à chercher un intérêt métaphysique à leur existence. A la manière d'un poème illustrant de manière décalée l'absurdité de l'existence humaine, Bad Boy Bubby est un magnifique récit initiatique vers le chemin de la raison et de la rédemption. En fustigeant la religion responsable du fondamentalisme, le film est également un hymne à la liberté la plus autonome ainsi qu'à l'épanouissement de l'amour. Dans celui du clochard fasciné par les merveilles du monde, Nicholas Hope époustouffle par son jeu naturel au regard empli d'innocence. Durant son cheminement fantasque, il cristallise donc un message de tolérance pour le droit à la différence, une fraternité pour la condition des exclus et aussi une quête identitaire pour l'accomplissement de sa postérité.



Choquant, déstabilisant, glauque, voir malsain dans sa première partie, le film de Rolf De Heer adopte une mise en scène singulière inscrite dans la crudité pour dépeindre avec sensibilité un univers aliénant et débauché. Caustique, désincarné, débridé, poétique, drôle et profondément bouleversant, de par l'interprétation fébrile d'un acteur au jeu infantile, Bad Boy Bubby est un ovni anti-conformiste transcendant le portrait d'un homme en ascension car découvrant peu à peu les nouveaux repères de son existence. Un chef-d'oeuvre dédié aux laissés pour compte, aux marginaux et aux athées et une déclaration d'amour à la banalité de notre existence inscrite dans le temps présent. 

Récompenses: Prix Spécial du Jury à la Mostra de Venise en 1993.
Prix du Meilleur Réalisateurmeilleur scénariomeilleur montage et meilleur acteur pour Nicholas Hope lors des Australian Film Institute Awards en 1994.
Prix du Meilleur Film, Meilleur Acteur, Meilleure Mise en scène au Festival du film de Seattle en 1994.
Prix du Public, Prix RFM, Prix des Etudiants, Prix Spécial du Jury au Festival d'action et d'Aventures de Valenciennes en 1995.
Prix Très Spécial à Paris en 1995

lundi 21 novembre 2016

COMANCHERIA

                                                        Photo empruntée sur Google, appartenant au site Allocine.fr

"Hell or High Water". 2016. U.S.A. 1h43. Avec Jeff Bridges, Chris Pine, Ben Foster, Gil Birmingham, Christopher W. Garcia, Marin Ireland, Katy Mixon.

Sortie salles France: 7 Septembre 2016. U.S: 12 Août 2016

FILMOGRAPHIE: David McKenzzie est un réalisateur anglais, né le 10 Mai 1966 à Corbridge.
2002: The Last Great Wilderness. 2003: Young Adam. 2005: Asylum. 2008: My name is Hallam. 2009: Toy Boy. 2010: Perfect Sense. 2011: Rock'n'Love. 2014: Les Poings contre les murs. 2016: Comancheria.


Dans la lignée du cinéma des frères Cohen, un excellent polar à la croisée des genres (western, road movie, film de casse, drame social et comédie se télescopent sans fioriture) tirant parti de sa vigueur par son ossature narrative leste et posée, par le brio de sa mise en scène épurée et par un jeu charismatique d'acteurs virils à la densité psychologique en retenue (mention spéciale à Chris Pin même si le monstre Jeff Bridges n'a rien à lui envier !).

vendredi 18 novembre 2016

CRASH. Prix spécial du jury, Cannes 1996.

                                                                    Photo empruntée sur Google, appartenant au site moviemezzanine.com

de David Cronenberg. 1996. Canada/Angleterre. 1h40. Avec James Spader, Deborah Kara Unger, Elias Koteas, Holly Hunter, Rosanna Arquette, Peter MacNeill.

Sortie salles France: 17 Juillet 1996 (interdit aux - de 16 ans).

FILMOGRAPHIE: David Cronenberg est un réalisateur canadien, né le 15 mars 1943 à Toronto (Canada). 1969: Stereo. 1970: Crimes of the Future. 1975: Frissons. 1977: Rage,1979: Fast Company. 1979: Chromosome 3. 1981: Scanners. 1982: Videodrome. 1983: Dead Zone. 1986: La Mouche. 1988: Faux-semblants. 1991: Le Festin nu. 1993: M. Butterfly. 1996: Crash. 1999: eXistenz. 2002: Spider. 2005 : A History of Violence. 2007: Les Promesses de l'ombre. 2011: A Dangerous Method. 2012: Cosmopolis. 2014:Maps to the Stars.


Couronné du Prix Spécial du Jury à Cannes mais sifflé par une partie du public et de la critique, Crash ne pouvait que provoquer scandale et polémique comme le soulignait déjà la sortie du roman éponyme de J. G. Ballard si bien qu'un éditeur lui conseilla de consulter un psychiatre après l'avoir lu ! A titre d'anecdote perso, à la sortie de sa projo cannoise, je me remémore l'intervention d'un sexagénaire débriefé par un journaliste de Canal +. Sa réponse était sans équivoque, ce dernier (pisse-froid) déclarant qu'il s'agissait d'une oeuvre provocatrice conçue sur de la vacuité et le non-sens ! Expérience sexuello-morbide d'une audace incongrue (à titre de comparaison sulfureuse, Basic Instinct parait bien amiteux !), Crash dépeint avec un réalisme aussi vénéneux que diaphane le fétichisme sexuel d'un séminaire d'automobilistes prenant leur pied lors de courses et carambolages automobiles. Notamment leur fascination pour les plaies entaillées et larges cicatrices que leur corps martyr imprime à la suite de collisions. On peut d'ailleurs citer à titre de séquence anthologique la reconstitution de l'embardée de James Dean auquel une poignée de spectateurs assistent à l'évènement avec une fascination aussi perverse que morbide.


Ou encore celle où James Spader, Elias Koteas, Holly Hunter et Rosanna Arquette contemplent communément à la TV un reportage sur les crashs automobiles et les conséquences de la vitesse sur les victimes corporelles ! Prenant pour thèmes la perversion, le fantasme, le sadomasochisme, l'obsession et la jouissance d'une déviance sexuelle sous couvert de fétichisme atypique (l'amour et l'échangisme dans l'habitacle des carrosseries métalliques !), Crash accumule les provocations érotiques (parfois à la limite de la pornographie) avec une originalité vrillée ! David Cronenberg auscultant ses étreintes torrides en interne des bolides parmi le brio d'une caméra formaliste si bien que nous nous immergeons dans leur délire extatique avec une fascination irréelle. Si la vigueur visuelle et l'invention de ses ébats sexuels s'avèrent irrésistiblement magnétiques (notre psyché étant incidemment confronté au voyeurisme), le jeu transi d'émoi des comédiens habités par le culte de la luxure extériorise une émotion toute sensitive !


Expérience baroque et licencieuse d'un engouement sexuel délétère, d'un désir pulsionnel d'assouvir sa jouissance en transgressant l'interdit, Crash constitue une forme de catharsis (jusqu'au-boutiste) chez ses fétichistes de la chair surfant sans cesse avec une fascination morbide. Parfois à la lisière de la science-fiction (l'un des protagonistes compte remodeler le corps humain par la technologie moderne), Crash dérange, déconcerte, fascine et séduit avec une audace peut-être discutable mais éminemment subversive si bien que les corps insatiables fantasment la nouvelle chair d'une métamorphose métallique ! L'un des films les plus originaux du maître pour une oeuvre scandale aussi hantée qu'hallucinée !

Pour public averti

18.11.16. 3èx
13.07.01

jeudi 17 novembre 2016

MISS PEREGRINE ET LES ENFANTS PARTICULIERS

                                                                         Photo empruntée sur Google, appartenant au site senscritique.com

"Miss Peregrine's Home for Peculiar Children" de Tim Burton. 2016. 2h07. U.S.A. Angleterre. Belgique. Avec Eva Green, Asa Butterfield, Ella Purnell, Samuel L. Jackson, Terence Stamp, Chris O'Dowd, Judi Dench.

Sortie salles France: 5 Octobre 2016. U.S: 30 Septembre 2016

FILMOGRAPHIE: Timothy William Burton, dit Tim Burton, est un réalisateur, scénariste et producteur américain, né le 25 Août 1958 à Burbank en Californie.
1985: Pee-Wee Big Adventure. 1988: Beetlejuice. 1989: Batman. 1990: Edward aux mains d'argent. 1992: Batman, le Défi. 1994: Ed Wood. 1996: Mars Attacks ! 1999: Sleepy Hollow. 2001: La Planète des Singes. 2003: Big Fish. 2005: Charlie et la Chocolaterie. 2005: Les Noces Funèbres. 2008: Sweeney Todd. 2010: Alice au pays des Merveilles. 2012: Dark Shadows. 2012: Frankenweenie. 2014: Big Eyes. 2016 : Miss Peregrine et les Enfants particuliers.


Nouveau projet fantastique de Tim Burton inspiré du roman éponyme de Ransom Riggs, Miss Peregrine et les Enfants particuliers possède l'atout d'élever le genre avec une évidente ambition par son intrigue atypique truffée d'invention, de mystère et de suspense. La trame en deux mots, la quête de vérité d'un adolescent à connaître les raisons de la mort inexpliquée de son grand-père, ancien vétéran d'après-guerre. Sur ce point, la première heure s'avère franchement réussie lorsque notre héros juvénile tente de percer les tenants et aboutissants qui entourent la famille de Miss Peregrine (Eva Green et son sempiternel charme vénéneux !) confinée sur une île et répétant inlassablement la même journée existentielle. Chaque enfant ayant un don particulier, notamment afin de se prémunir de l'hostilité de monstres avides d'immortalité et d'aspiration à retrouver leur enveloppe humaine. Empruntant les thèmes passionnants de la boucle temporelle et des univers parallèles, Tim Burton les exploitent immodérément avec l'exubérance d'un script fourmillant de détails inquiétants, de rebondissements et péripéties vrillés en alternant fantaisie féerique et macabre.


Cette mosaïque des genres si chère au réalisateur parvient sans difficulté à nous envoûter si bien que certaines séquences déconcertantes surprennent d'autant plus par leur tonalité effrayante (les apparitions décharnées des Estres réveillent nos peurs enfantines jusqu'au malaise !). Il est d'ailleurs préférable d'avertir le jeune public que ce spectacle bigarré n'est pas conçu pour eux en dépit des plages romanesques que se partagent Jake (le héros) et Emma, et de la caractérisation prévenante de Miss Peregrine, directrice (de la boucle temporelle) assez indiscernable au premier abord. Là où le bas blesse (mais ça ne concerne que mon avis subjectif d'un premier visionnage !), c'est au niveau de l'ossature de son dernier acte (un peu /beaucoup trop) riche en actions et révélations en roue libre si bien que j'ai fini par décrocher le fil narratif du fait des multiples directions qu'empruntent nos protagonistes pour déjouer le mal. Il s'y dégage alors à mon sens un sentiment de confusion et de désordre au sein de stratégies d'attaques et de défense mal coordonnées quand bien même nos héros ont peine à susciter une vibrante émotion par leur élan héroïque !


Sans doute perfectible et inachevé, faute à une intrigue décousue un peu trop hirsute quant aux enjeux que se disputent le Bien et le Mal derrière le spectre du nazisme, et la profusion d'FX numériques désincarnés, Miss Peregrine et les Enfants particuliers arbore toutefois un univers hermétique assez fascinant sous l'impulsion gentiment attachante d'héros juvéniles en panne de souffle passionnel. 

mercredi 16 novembre 2016

PETER ET ELLIOTT LE DRAGON

                                                                                      Photo empruntée sur Google, appartenant au site Allocine.fr

"Pete's Dragon" de David Lowery. 2016. U.S.A. 1h43. Avec Oakes Fegley, Bryce Dallas Howard, Oona Laurence, Wes Bentley, Karl Urban, Robert Redford.

Sortie salles France: 17 Août 2016. U.S: 12 Août 2016

FILMOGRAPHIE: David Lowery est un réalisateur, scénariste et producteur américain. 2005: Deadroom. 2009: St Nick. 2013: Les Amants du Texas. 2016: Peter et Elliott le dragon. 2017: The Old Man and the Gun. 2019: Peter Pan.


Remake éponyme d'un classique de Disney réalisé en 1977, Peter et Elliott le dragon renoue avec la grâce du divertissement familial dans son éloge aux bons sentiments auquel l'émotion permanente fera chavirer le coeur des enfants parmi la complicité parentale (du moins pour ceux ayant su préserver leur âme candide). Quand bien même les plaideurs de la cause animale seront attentifs au réalisme de la créature chimérique confectionnée en images de synthèse, la rigueur des FX numériques s'avérant optimale en dépit de l'aspect délibérément peluche du dragon (fourrure vert fluo à l'appui !). Tant pour la fluidité de sa gestuelle, de ses expressions faciales sentimentales, de ses déplacements terrestres que pour ses envolées lyriques déployées sous un ciel solaire ou crépusculaire ! Bref, nous nous attachons pleinement au destin de l'animal si bien que nous nous mettons à la place de notre héros juvénile (Oakes Fegley, désarmant de naturel par sa pureté fragile et son héroïsme débrouillard) dans son désir de préserver la vie d'Elliott soudainement étrillé par la cupidité d'un chasseur avide de gloire !


Et le miracle de se produire ! Car aussi prévisible soit son cheminement éculé, Peter et Elliott le dragon réinvente le pouvoir d'enchantement sous la tradition universelle du conte de fée. Une histoire d'amitié débordante de tendresse et d'attention entre un garçon en berne (le prologue tragique illustrant avec subtile suggestion sa situation orpheline s'avère particulièrement rude dans sa vigueur dramatique !) et ce dragon ayant la faculté de se rendre invisible afin de feindre l'hostilité de l'homme ! Au passage, le cinéaste arbore un manifeste écolo contre la déforestation et la pratique de la chasse que des bûcherons exercent machinalement après avoir exploité un terrain de sapins ! Provoquant une immense empathie chez ce duo singulier à la fidèle complicité, David Lowery a bien saisi le vrai sens du cinéma consistant avant tout à croire à ce que l'on raconte. Car aussi improbable et naïve soit sa simplicité narrative, Peter et Elliott le dragon parvient à nous réveiller notre instinct d'enfant pour nous immerger (sans aucune prétention !) dans un univers onirique afin de nous remémorer nos souvenirs les plus enchanteurs restés en veille dans un p'tit coin de notre encéphale ! Pour conclure, on peut également souligner la substantialité des seconds-rôles paternels (Robert Redford notamment en papy doux-rêveur !) aussi attachants dans leur cohésion charitable à prémunir la cause des enfants !


Maelstrom d'émotions lyriques et candides que David Lowery parvient à cristalliser avec vibrante sincérité (une démarche digne devenue rare chez l'écurie Disney !), Peter et Elliott le dragon compte sur sa simplicité narrative et les sentiments fringants des personnages pour scander une éloge au rêve et à l'évasion (croire en l'impossible afin de l'exaucer !) sous le pilier d'une cause animale. La nouvelle magie Disney semble alors renouer avec la noblesse des anciens classiques en alternant larmes de chagrin et d'allégresse ! 

B-M

mardi 15 novembre 2016

LES FLICS NE DORMENT PAS LA NUIT

                                                                       Photo empruntée sur Google, appartenant au site premiere.fr

"The New Centurions" de Richard Fleischer. 1972. U.S.A. 1h43. Avec George C. Scott, Stacy Keach, Jane Alexander, Scott Wilson, Rosalind Cash, Erik Estrada, Clifton James, Richard E. Kalk, James Sikking, Beverly Hope Atkinson.

Sortie salles France: 11 Janvier 1973. U.S: 3 Août 1972

FILMOGRAPHIE: Richard Fleischer (né le 8 décembre 1916 à Brooklyn, New-York, décédé le 25 Mars 2006 de cause naturelle) est un réalisateur américain.
1952: l'Enigme du Chicago Express, 1954: 20 000 lieux sous les mers, 1955: les Inconnus dans la ville, 1958: les Vikings, 1962: Barabbas, 1966: le Voyage Fantastique, 1967: l'Extravagant Dr Dolittle, 1968: l'Etrangleur de Boston, 1970: Tora, tora, tora, 1971: l'Etrangleur de Rillington Place, 1972: Terreur Aveugle, les Flics ne dorment pas la nuit, 1973: Soleil Vert, 1974: Mr Majestyk, Du sang dans la Poussière, 1975: Mandingo, 1979: Ashanti, 1983: Amityville 3D, 1984: Conan le destructeur, 1985: Kalidor, la légende du talisman, 1989: Call from Space.


Polar noir des années 70 relatant avec un réalisme scrupuleux la chronique sociale de deux policiers en remise en question pour leur déontologie, les Flics ne dorment pas la nuit surprend par sa fragilité humaniste que George C. Scott (étonnant de présence rassurante et de charisme émérite !) et Stacy Keach retransmettent avec une vérité prude. Ce dernier insufflant une vigueur poignante dans sa fonction de flic infortunée partagé entre le désir de servir honorablement l'état ou au contraire de céder à la démission afin de préserver une nouvelle vie conjugale. Dans un commissariat de Los Angeles, la jeune recrue Roy Fehler et son adjoint Andy Kilvinski, briscard prochainement à la retraite, sillonnent en véhicule les rues malfamées d'un quartier réputé difficile. Macs, prostituées, mari violent, drogués, immigrés clandestins, escrocs, criminalité sont le lot quotidien de leur patrouille nocturne quand bien même la peur et la mort vont sévèrement les mettre à l'épreuve. 


A travers leurs errances nocturnes qu'ils parcourent avec bravoure et probité mais aussi amertume dans leur prises de risques inconsidérées face à la misère sociale et à une délinquance arrogante, Richard Fleischer s'efforce de rendre hommage au corps policier dans une facture documentée sans fard. Précurseur du Buddy movie que la plupart des prochains cinéastes vont exploiter sous une facture plus ludique, voir pittoresque, Les Flics ne dorment pas la nuit impose une dramaturgie en chute libre quant aux vicissitudes de ce duo policier affecté par le doute, le désespoir et le repli sur soi. Faute d'une vie de famille impossible à construire et d'une série d'incidents impromptus que leur profession leur contraint d'endurer avec un héroïsme couillu, l'intrigue multiplie les confrontations tendues ou violentes entre quidams gangrenés par le chômage, l'alcool et la drogue. Sans forcer le trait du misérabilisme et de la sinistrose, Fleischer frappe juste quant au portrait sensible projeté sur cette jungle urbaine que nos agents côtoient quotidiennement sans faire preuve de zèle. Mais ce qui interpelle avant tout à travers leur virée nocturne, c'est la touche profondément humaine que le cinéaste s'efforce de dresser à travers les personnages de Kilvinski et Roy Fehler. Ces derniers tentant fébrilement de s'accrocher à l'optimisme du jour meilleur en comptant sur l'efficacité de leur conduite héroïque.


Au fil d'un récit toujours plus imprévisible et sombre évoquant en sous-texte les thèmes de la bavure, du racisme et même de l'immigration clandestine (des sujets sensibles faisant tristement écho à notre actualité contemporaine !), les Flics ne dorment pas la nuit dressait déjà le constat pessimiste d'une police ricaine profondément fragilisée par leur désoeuvrement moral. En résulte une oeuvre dure et vulnérable, d'un réalisme parfois même perturbant (l'hallucinante séquence du bambin maltraité est à la limite du supportable !) si bien que sa conclusion abrupte ne nous épargne aucun espoir !   

15.11.16
29.04.11
B-M. 2èx

lundi 14 novembre 2016

INSEMINOID (Horror Planet). Uncut Version


de Norman J. Warren. 1981. U.K. 1h36 (uncut uniquement dispo en Vostfr). Avec Robin Clarke, Jennifer Ashley, Stéphanie Beacham, Steven Grives, Barry Houghton, Rosalind Lloyd, Victoria Tennant, Trevor Thomas, Heather Wright, David Baxt.

Sortie salles France: 30 Septembre 1981. Allemagne de l'Ouest le 23 Janvier 1981 sous le titre Samen des Bösen. Royaume-Uni le 22 mars 1981.

FILMOGRAPHIE: Norman J. Warren, né Norman John Warren le 25 Juin 1942 à Londres en Angleterre, est un réalisateur, producteur et scénariste anglais.
1967: Her Private Hell, 1968: Loving Feeling, 1976: l'Esclave de Satan, 1978: Le Zombie venu d'ailleurs, 1979: Outer Touch, la Terreur des Morts-vivants, 1981: Inseminoïd, 1984: Warbirds Air Display, 1985: Person to person, 1986: Gunpowder, 1987: Les Mutants de la St-Sylvestre, 1992: Meath School, 1993: Buzz.


Modeste artisan du cinéma horrifique anglais, Norman J. Warren réalise en 1981 son film le plus notoire. Sorti 2 ans avant le chef-d'oeuvre Alien de Ridley Scott, Inseminoïd s'en inspire ouvertement sous l'alibi d'une surenchère horrifique beaucoup plus putassière, à l'instar des délirantes bisseries ritales ayant inondé les écrans de cette même décennie. Pour les nostalgiques, il fit d'ailleurs les beaux jours des vidéos clubs, notamment grâce à sa tagline annoncée par René Chateau : "Les films que vous ne verrez jamais à la télévision !" Sur la planète Xeno, les membres d'une équipe archéologique font l'hostile rencontre d'une forme extra-terrestre. Ce cristal d'origine inconnue parvient à contaminer l'une de leurs équipières atteinte d'irrépressible folie meurtrière. A l'époque de sa sortie, Inseminoïd fut l'un des titres phares des années 80 chez les fantasticophiles grâce à son dosage couillu d'horreur craspec et d'ambiance fétide (pour sa sortie Dvd, l'éditeur Néo insistera d'ailleurs sur sa facture putassière avec cette accroche racoleuse: "le film qui a traumatisé toute une génération !"). Le pitch sommaire se concentre autour de la survie précaire d'un équipage pris à parti avec les brimades criminelles de leur camarade dans l'antre exigu d'une grotte tentaculaire. Avec une certaine efficacité, Norman J. Warren s'inspire donc du concept de Ridley Scott pour nous ressasser une longue poursuite entre la menace et ces archéologues usant de stratégies de défense et d'attaque pour s'en sortir.

                                 
A défaut de moyens techniques précaires, le cinéaste confine l'essentiel de l'action dans le refuge réfrigérant de sombres galeries souterraines. Un décor caverneux particulièrement convaincant lorsqu'il s'agit de distiller une inquiétude permanente en dépit de la psychologie superficielle des personnages multipliant de vains défis afin d'éradiquer la tueuse. S'enchaîne alors à rythme métronomique une succession de péripéties cauchemardesques, une traque alerte que nos protagonistes vont également infliger à la victime en guise de contre-attaque. Spoil ! Victime dans le sens où cette dernière fut préalablement violée par un monstre extra-terrestre désireux d'enfanter une nouvelle race ! (une séquence dérangeante et atmosphérique multipliant les plans serrés sur les visages de la créature et de la victime horrifiée !). Fin du Spoil. Fort d'un climat malsain rubigineux, Inseminoid réussit donc à fasciner et nous tenir en haleine à renforts d'estocades sanglantes effrontées. Si l'interprétation s'avère sans relief (bien qu'attachante dans leur esprit cabotin de cohésion), Judy Geeson (Fear in the Night, Dominique) réussit à se détacher du lot grâce à ses expressions outrées et démunies de meurtrière désaxée habitée par des pulsions cannibales ! (une idée incongrue nonsensique digne d'une production Z ritale !). Qui plus est, pour renchérir dans le sordide, celle-ci contemple parfois avec perversité l'agonie latente de ses victimes ! Un parti-pris à la fois démonstratif et cruel que Norman J. Warren nous affectionne avec un sens du rythme assez haletant (score électro strident à l'appui!) et une provocation assumée dans ses situations cauchemardesque où les clameurs se disputent aux hurlements (notamment cette séance d'accouchement improvisée dans une sorte de décharge insalubre).

                     
Grâce à son action en roue libre imprimant une récurrente violence graphique, la frénésie entêtante de sa partition électro et son esthétisme glauque imparti au huis-clos caverneux, Inseminoïd provoque un réjouissant "plaisir coupable" chez les fans bisseux de déviance impudente (aussi gratuite soit sa violence organique !). 

P.S: La version uncut uniquement dispo en Vostfr s'avère dispensable car elle n'apporte rien à la conclusion de l'intrigue (l'arrivée d'un navire de secours constatant sur place le carnage).

14.11.16. 5èx
06.07.11. (277 vues)
B-M

Récompense: Prix des Meilleurs effets spéciaux, au Fantafestival, en Italie, en 1982.
Nomination: Meilleur film à Fantasporto.

Les conditions de tournage: Pour un budget de 1 000 000 de livres, le tournage s'est déroulé durant 3 semaines dans les grottes de Chislehurst (35 kms de long), dans le sud-est du grand Londres et deux jours sur l'île Gozo, située à 4 kms de l'île de Malte. Le reste des décors a été établi en studio pour un tournage d'un semaine, dans la banlieue de Wembley (Londres).