vendredi 9 décembre 2016

GINGER SNAPS: RESURRECTION

                                                                              Photo empruntée sur Google, appartenant au site dpstream.net

"Ginger Snaps 2: Unleashed" de Brett Sullivan. 2004. Canada. 1h34. Avec Emily Perkins, Tatiana Maslany, Eric Johnson, Janet Kidder, Brendan Fletcher, Katharine Isabelle,

Sortie salles Canada: 30 Janvier 2004

FILMOGRAPHIE: Brett Sullivan est un réalisateur et scénariste canadien.
2004: Ginger Snaps: resurrection. 2007: The Chair. 2015: A Christmas Horror Story.


Si John Fawcett, réalisateur du 1er opus, a cédé sa place au néophyte Brett Sullivan, ce dernier n'a rien à lui envier tant et si bien que Ginger Snaps: resurrection s'avère à mon sens aussi réussi que son modèle (j'en suis au 3è visionnage pour m'en convaincre !). Une gageure inespérée qui mérite d'être surlignée pour une séquelle façonnée sans prétention aucune ! Brigitte, soeur de Ginger, est internée dans un centre psychiatrique après ses allégations improbables autour de l'agression d'un ami par un loup-garou. Accro à l'Aconit, un poison mortel qui devrait l'empêcher de devenir à son tour loup-garou, elle s'efforce de retarder sa métamorphose avec l'aide d'une jeune ado, Ghost. Ensemble, elles décident de s'enfuir de l'hôpital pour se confiner dans la maison de la grand-mère de cette dernière. Un pitch classique mais très efficace que Brett Sullivan parvient à rendre passionnant grâce à la caractérisation fragile des deux ados marginales dont le corps médical n'a que peu d'intérêt à leur condition névrosée. Le foyer potentiellement sécurisant étant en prime corrompu par un trafic de drogue qu'un des jeunes infirmiers érotomanes organise sous le chantage.


Epaulé d'une magnifique photo monochrome aux teintes ébènes et de la contribution musicale d'une bande-son dissonante aux résonances stridentes, Ginger Snaps 2 extériorise un climat crépusculaire ensorcelant au fil des pérégrinations de nos rebelles pourchassées par un loup criant de férocité ! Très impressionnantes, ces apparitions cinglantes fascinent et terrifient par le biais d'FX artisanaux particulièrement réalistes. Le réalisateur ne lésinant pas non plus sur la sauvagerie de ses exactions meurtrières aussi cruelles que sanglantes. Mais la force du film réside dans la cohésion amicale que se partagent Brigitte et Ghost puisque livrées à elles mêmes au sein d'un contexte occulte hérité des contes de fée. Ces dernières étant contraintes de se planquer dans les endroits les plus blafards (conduits et sous-sols hospitaliers, cave, chambre, grenier d'une demeure mortifère) en guise de survie, quand bien même l'infirmier sans vergogne pourrait être à nouveau sollicité à leur livrer de l'Aconit afin de déjouer la malédiction de Brigitte. Dominé par la prestance photogénique d'Emily Perkins, l'actrice porte le film sur ses épaules dans sa posture de toxico renfrognée quand bien même la petite Tatiana Maslany (révélée dans la série TV Orphan Black) lui partage la vedette avec l'ambiguïté d'un tempérament schizo en demi-teinte. Outre ses nombreuses courses-poursuites à la fois haletantes et angoissantes au sein d'un hôpital puis d'un huis-clos opaque (la demeure vétuste auquel un tragique incendie causa la mort de la grand-mère de Ghost), Ginger Snaps 2 gagne en intensité durant l'évolution morale de Brigitte. A savoir que le réalisateur illustre scrupuleusement sa lente progression vers la lycanthropie avec une densité humaine dépressive, notamment du fait de ses crises de manque à l'Aconit (plante herbacée conçue à la base pour empoisonner les loups).


Atmosphérique, cafardeux et poisseux sous l'éclairage d'un esthétisme nocturne envoûtant, Ginger Snaps 2 tire-parti de son réalisme et de sa vigueur émotionnelle grâce au portrait instable imparti à deux ados en perdition morale. Le réalisateur s'efforçant en prime de nous ébranler en fin de parcours quant à la véritable identité d'un témoin capital et d'achever sa conclusion vers un nihilisme à l'ironie glaçante. 

B-M. 3èx

                                                                        Photo empruntée sur Google, appartenant au site senscritique.com

de John Fawcett. 2000. U.S.A. 1h48. Avec Emily Perkins, Katharine Isabelle, Kris Lemche, Mimi Rogers, Jesse Moss, Danielle Hampton

Sortie salles Canada: 11 Mai 2001. Inédit en salles en France.

FILMOGRAPHIEJohn Fawcett est un réalisateur américain, né le 5 Mars 1968 à Edmonton, Alberta, Canada. 1997: The Boys Club. 2000: Ginger Snaps. 2001: Lucky Girl (télé-film). 2005: The Dark. 2008: The quality of life. 2006: Issue Fatale.


Inédit en salles en France et directement sorti en Dvd en catiminie, Ginger Snaps aborde le thème de la lycanthropie avec une rare intelligence pour son traitement des personnages. Celui de deux soeurs inséparables partagées entre un goût pour le morbide (elles se mettent en scène pour exprimer diverses tentatives de suicide) et un désir de séduction au prémices de leur puberté. Sauvagement agressée en pleine nuit par un loup-garou à proximité d'un parc, Ginger change peu à peu de comportement face à l'impuissance de sa soeur cadette. Communément soudées par les liens de la fratrie, Brigitte tente de trouver une solution pour enrayer le mal qui ronge Ginger. Si sur le papier, le scénario sans surprises laisse craindre une resucée convenue du film de loup-garou, John Fawcett en décortique une métaphore sur la crise adolescente et le passage à l'âge adulte d'un point de vue féminin. Un parti-pris rarement abordé chez la thématique lycanthrope permettant au récit de renouveler les clichés même si on peut prêter une certaine allusion au personnage infortuné de Carrie de De Palma (notamment lorsque Ginger observe pour la première fois ses menstruations depuis sa transformation corporelle).


Avec tact et une sobre tendresse pour dresser les portraits fragiles de deux ados rebelles, Ginger Snaps adopte une tournure documentée afin de mettre en exergue une tragédie horrifique bâtie sur l'étude de caractère. En portant un regard scrupuleux sur le malaise adolescent et l'angoisse de la mort du point de vue de deux soeurs marginales, cette série B aux allures de télé-film témoigne d'une surprenante vigueur psychologique pour la descente aux enfers d'ados en crise identitaire. Tant pour la victime en proie à des pulsions sanguinaires et sexuelles incontrôlées que du témoignage de sa soeur complice, bouleversée à l'idée d'endurer sa lente mutation et s'efforçant de trouver un antidote. Formidablement incarné par deux actrices juvéniles épatantes de tempérament dans leur complicité affectée et véreuse (notamment leur collaboration meurtrière), Emily Perkins et Katharine Isabelle portent le film à bout de bras avec un naturel expansif. Outre le réalisme du contexte horrifique aussi improbable, on est également surpris de la véracité des crimes perpétrés avec brutalité par une créature indomptable ! Les effets spéciaux artisanaux s'avérant par ailleurs convaincants pour donner chair au loup-garou quand bien même les effets gores insistent à décrire l'agonie haletante des victimes sans un chouia de complaisance.


Délibéré à transcender l'objet de série B sous couvert d'une passionnante étude de caractères, John Fawcett en extrait un documentaire sur l'émoi adolescent sous l'impulsion de deux comédiennes en roue libre. On peut donc aujourd'hui considérer sans réserve Ginger Snaps comme un classique moderne à conserver auprès de La Nuit du Loup-garouHurlements et le Loup-garou de Londres

B-M. 3èx

RécompensesPrix spécial du jury, lors du Festival international du film de Toronto en 2000.
Prix du meilleur film, meilleure actrice pour Emily Perkins et meilleurs effets spéciaux, lors de la Semaine du cinéma fantastique de Málaga en 2001.
Prix du meilleur film sorti en DVD, par l'Académie des films de science-fiction, fantastique et horreur en 2002.

Prix du meilleur film, lors des International Horror Guild Awards en 2002.

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