mardi 12 décembre 2017

INCUBUS

                                            Photo empruntée sur Google, appartenant au site avoir-alire.com

de Leslie Stevens. 1966. U.S.A. 1h15. Avec William Shatner, Milos Milos, Allyson Ames, Ann Atmar, Eloise Hardt, Robert Fortier

Sortie salles France: Novembre 1966. U.S: 26 Octobre 1966

FILMOGRAPHIE: Leslie Clark Stevens IV (Leslie Stevens) est un scénariste, dramaturge et producteur de télévision américaine né le 3 Février 1924, décédé le 24 Avril 1998. 1960 : Propriété privée. 1962 : Hero's island. 1965 : Incubus. 1987 : Three kinds of heat.


Exhumé de l'oubli en 1998 grâce à la Cinémathèque Française, Incubus est l'archétype par excellence du film maudit qui plus est tourné en espéranto (une langue internationale peu utilisée au cinéma). Une sortie salles extrêmement discrète (11 430 entrées sur notre territoire), un incendie dévastateur causant la perte de la bande originale en dépit d'une seule copie que notre cinémathèque eut pu sauver, la société Davstar qui tomba en faillite et trois comédiens retrouvés morts après le tournage ! Milos Milos s'étant suicidé après avoir tué sa compagne, Ann Atmar en fit de même pour sa personne et la fille de l'actrice Eloise Hardt fut retrouvée également assassinée après avoir été kidnappée ! Sorti en Dvd en 2001 sous l'égide du distributeur Jean-Pierre Dionnet considérant l'essai comme un chef-d'oeuvre (voir son digne monologue dans les Bonus), Incubus renaît enfin de ces cendres avec une intensité électrisante. Véritable cauchemar éveillé truffé de séquences mystiques d'un onirisme aussi bien baroque que macabre, l'intrigue nous relate la romance improvisée entre une succube pratiquant des sacrifices humains pour le prince des ténèbres, et un jeune soldat voué à la cause de Dieu que sa soeur avait recueilli après la guerre.


Autour de ce duo sentimental, les forces du Bien et du Mal vont se combattre jusqu'à ce que l'un emporte la mise. Tourné dans un magnifique noir et blanc rappelant par moments les plus belles fresques du Masque du Démon de Bava, Incubus est une pure invitation au rêve sous l'alchimie du Mal. Comme si Satan en personne était descendu sur terre pour s'approprier une caméra et filmer ses méfaits mortifères afin de nous les faire partager (Spoil ! et ce en dépit de son échec à rameuter un nouveau fidèle lors du tragique happy-end fin du Spoil). C'est dire la puissance de son atmosphère horrifique que Leslie Stevens transfigure avec un sens du cadrage alambiqué et un stylisme sépulcral. On s'étonne également du jeu expressif des acteurs méconnus littéralement hantés, possédés par la cause de Satan, quand bien même le néophyte William Shatner parvient à nous faire oublier son illustre rôle de Capitaine Kirk dans celui d'un soldat dévoué, partagé entre la passion des sentiments et la raison de Dieu qu'il se résigne finalement à sauvegarder en dernier ressort. Si l'intrigue étique et sans surprise (en dépit d'une sublime résurrection assez latine je trouve) avait gagnée à être plus dense et étoffée, sa fulgurance formelle tout droit sortie d'un authentique cauchemar (qu'on aurait donc gravé sur pellicule) emporte tout sur son passage. Et le jeu bougrement inquiétant des seconds-rôles nous magnétise par leur capacité à nous faire croire (sans effet de manche) à leur foi surnaturelle (vision dérangeante oh combien crépusculaire d'un bouc à l'appui !).


Véritable ovni infortuné condamné à la solitude, à l'isolement et à la damnation si je me réfère aux circonstances tragiques des suites du tournage, Incubus demeure une perle rare dans son désir de rationaliser une expérience sataniste imprégnée de mystère diffus et de visions cauchemardesques (notamment l'exhumation d'un incube) que l'on croirait extirpées de l'Enfer. A découvrir d'urgence pour les vrais amateurs d'ambiance funèbre, cas de figure autonome et (si) inspiré de la divinité du Mal constamment aux aguets à épier nos failles et faiblesses. 

 @ Bruno

lundi 11 décembre 2017

SEULE DANS LA NUIT

                                       Photo emprunté sur Google, appartenant au site cinemapassion.com

"Wait Until Dark" de Terence Young. 1967. U.S.A. 1h47. Avec Audrey Hepburn, Alan Arkin, Richard Crenna, Efrem Zimbalist Jr., Jack Weston, Samantha Jones.

Sortie salle France: 11 Septembre 1968. U.S: 26 Octobre 1967.

FILMOGRAPHIETerence Young est un scénariste et réalisateur britannique, né le 20 juin 1915 à Shanghai, Chine, décédé le 7 septembre 1994 à Cannes d'une crise cardiaque.1946 : La gloire est à eux. 1948 : L'Étrange Rendez-vous. 1948 : One Night with You. 1949 : Les Ennemis amoureux. 1950 : Trois des chars d'assaut. 1951 : La Vallée des aigles. 1952 : The Tall Headlines. 1953 : Les Bérets rouges. 1955 : La Princesse d'Eboli. 1955 : Les Quatre Plumes blanches. 1956 : Safari. 1956 : Zarak le valeureux. 1957 : Au bord du volcan. 1958 : La Brigade des bérets noirs. 1959 : Serious Charge. 1960 : La Blonde et les nus de Soho. 1961 : 1-2-3-4 ou les Collants noirs. 1961 : Les Horaces et les Curiaces. 1962 : James Bond 007 contre Dr No. 1963 : Bons Baisers de Russie. 1965 : Les Aventures amoureuses de Moll Flanders. 1965 : Guerre secrète. 1965 : Opération Tonnerre. 1966 : Opération Opium. 1967 : Peyrol le boucanier. 1967 : La Fantastique Histoire vraie d'Eddie Chapman. 1967 : Seule dans la nuit. 1968 : Mayerling. 1969 : L'Arbre de Noël. 1970 : De la part des copains. 1971 : Soleil rouge. 1972 : Cosa Nostra. 1974 : Les Amazones. 1974 : L'Homme du clan. 1977 : Woo fook. 1979 : Liés par le sang. 1981 : Inchon. 1983 : La Taupe. 1988 : Marathon.


Classique des Seventies, Seule dans la nuit est un superbe thriller d'angoisse exploitant à merveille le cadre exigu d'un appartement tamisé. Celui d'une jeune aveugle contrainte de s'y cloisonner car constamment persécutée par un trio de trafiquants à la recherche d'une poupée bourré d'héroïne. Le réalisation parvenant facilement à nous familiariser dans ce décorum par le biais de détails domestiques qui auront pour la plupart une certaine importance dans le déroulement de l'action. Nanti d'une atmosphère d'insécurité sous-jacente puis tangible au fil du cheminement de survie de Susy en proie à une intimidation toujours plus agressive, Seule dans la nuit parvient efficacement à captiver sous le pilier d'un scénario machiavélique semé de rebondissements et d'idées retorses. Notamment l'intrusion de cette jeune ado impertinente (qu'endosse dans une étonnante spontanéité Julie Herrod) qui va peu à peu (et en guise de pardon pour son comportement indocile) prêter main forte à Susy avec un sens de bravoure assez couillu. L'empathie amicale éprouvée pour celles-ci fonctionnant à merveille dans leur esprit subitement commun de solidarité.


Un habile moyen de relancer l'action vers une direction plus alarmiste lorsque Susy s'apercevra du traquenard négocié dans son cadre domestique, et ce par la cause d'une poupée devenue introuvable que son mari absent aura égaré. Prenant pour cadre claustro cette unité de lieu et de temps, l'intrigue se focalise essentiellement sur ces rapports de force psychologiques entre nos 3 malfrats, délibérés à s'approprier la poupée, et Susy, parvenant grâce à sa cécité puis à Gloria (sa voisine de palier fureteuse) à découvrir leur stratégie perfide de communication avec un sens de l'intuition et de l'orientation clairvoyant. Outre le caractère haletant du suspense rondement mené autour de cette victime singulière prise à parti avec trois usurpateurs (Richard Crenna, Jack Weston et surtout l'inquiétant Alan Arkin se disputent la vedette avec un charisme viril patibulaire dans leur esprit insidieux d'autorité), Seule dans la Nuit parvient à exacerber son angoisse ouatée auprès d'une dernière partie nocturne, jeu de cache-cache entre la victime et le tueur. Terence Young parvenant à inverser les rôles autour d'une confrontation physique se déroulant dans la pénombre puis le noir parmi l'inventivité de détails domestiques (couteau de cuisine, bidon d'essence, lumière de frigo, foulard) compromis à l'action horrifique. Quand bien même, et sans que l'héroïne ne s'en aperçoive un seul instant, un cadavre était secrètement planqué à proximité d'elle afin de dramatiser l'atmosphère feutrée.


Illuminé par la présence aussi bien chétive que pugnace d'Audrey Hepburn parfaitement à l'aise  dans son rôle d'handicapée en initiation héroïque (elle était en faite équipée de lentilles pour mieux se prêter au jeu de la cécité !), Seule dans la Nuit redore le genre du thriller avec originalité et savoir-faire. Terence Young plutôt avisé à charpenter son récit gérant efficacement l'espace et l'action (si bien qu'on en oublie très vite sa facture théâtrale) autour d'une atmosphère opaque assez magnétique. A l'instar du score discret mais si inquiétant de Henry Mancini rappelant en intermittence le côté vénéneux de la situation (atypique) de prise d'otage. 

@ Bruno
3èx

vendredi 8 décembre 2017

MOTHER !

                                               Photo empruntée sur Google, appartenant au site Ecranlarge.com

de Darren Aronofsky. 2017. U.S.A. 2h01. Avec Jennifer Lawrence, Javier Bardem, Ed Harris, Michelle Pfeiffer, Domhnall Gleeson, Brian Gleeson.

Sortie salles France: 13 Septembre 2017 (Int - 12 ans). U.S: 15 Septembre 2017 (Int - 17 ans)

FILMOGRAPHIE: Darren Aronofski est un réalisateur américain né le 12 février 1969 à Brooklyn (New York). Il travaille aussi en tant que scénariste et producteur. 1998 : π, 2000 : Requiem for a dream, 2006 : The Fountain, 2009 : The Wrestler, 2010 : Black Swan. 2014: Noé. 2017: Mother !


On n'est pas obligé de comprendre pour aimer, l'important c'est de rêver. David Lynch.
Abasourdi, sonné, troublé, en perte de repères alors que le générique lénifiant continue de défiler sous mes yeux ! Je sors psychologiquement éreinté de la projo de Mother ! après avoir subi une expérience cinégénique aussi rigoureuse que profondément fascinante. Et ce en dépit de l'ultra violence de certaines scènes horrifiques que l'on croirait extraites d'un enfer de Dante, et de l'effluve de son climat oppressant littéralement vertigineux si bien que je n'avais pas éprouvé un malaise aussi bien viscéral que cérébral depuis le blasphématoire l'Exorciste (c'est peu de le dire et donc à marquer d'une pierre blanche !). Le pitch: un couple, une jeune femme qu'on appellera "mère" (car on ignore son nom) et son compagnon, un écrivain, vivent paisiblement dans une demeure bucolique jusqu'au jour où un étrange inconnu frappe à leur porte. Accueilli avec hospitalité par l'écrivain, la mère se demande quel est le sens de sa si grande générosité. Quand bien même on apprendra un peu plus tard que l'étranger possède dans sa poche une photo de l'écrivain. Le lendemain, c'est l'épouse de l'inconnu qui s'invite à son tour à leur foyer. Peu à peu, la mère éprise de malaise et de crise sombre dans une paranoïa en roue libre au fil de rencontres impromptues aussi bien impudentes qu'hostiles. A la croisée du cinéma de Lynch et surtout de Polanski (on peut clairement citer les références Rosemary's Baby, le Locataire et Répulsion pour ces thèmes imputés à la paranoïa, la timidité, l'isolement, le repli sur soi, la peur de l'étranger - ou plus précisément celle du voisin - et la crainte de l'enfantement parmi l'iconographie d'un fanatisme occulte, voir religieux), Mother ! est une expérience cauchemardesque sans retenue ! (ou si peu).


Mother's Baby.
Darren Aronofski, en pleine possession de ses moyens, nous livrant une réalisation hyper maîtrisée lorsqu'il s'agit de nous immerger dans l'introspection morale d'une mère livrée à la dépression et la paranoïa, faute d'un mari égoïste et condescendant privilégiant son addiction pour la célébrité au mépris de l'amour. Purement métaphorique de la 1ère à la dernière image, et donc multipliant à l'infini les divers niveaux de lecture (certains y voient une interprétation biblique ou écolo contre dame-nature, d'autres politique), Mother ! est avant tout une épreuve émotionnelle à rude épreuve dans son art de distiller une angoisse sensorielle permanente sous l'impulsion d'une bande-son stridente incroyablement limpide ! Le film parvenant littéralement à provoquer un malaise dépressif dans la faculté innée du réalisateur à nous plonger dans l'esprit névrosé de l'héroïne par le biais de plans larges où chaque pore du visage de Jennifer Lawrence transpire l'anxiété, la peur, la colère et le semblant de folie contagieuse ! Fragile, démunie, timorée, car inscrite dans la pudeur et si intègre, Jennifer Lawrence donne du corps et du coeur à son personnage fébrile avec une vérité humaine terriblement éprouvante ! Sa plongée vertigineuse dans l'incompréhension et la folie nous saisissant d'effroi au gré des comportements dérangeants car indociles d'hôtes désinvoltes fanatisés par la luxure, l'effronterie et la célébrité ! Au-delà de sa facture visuelle étourdissante de brio à donner vie à un environnement d'insécurité éthéré ou graphique (photo sepia à l'appui afin de renforcer son climat claustro toujours plus irrespirable) et d'une direction d'acteurs hors pair (Javier Bardem est notamment effrayant d'ambiguïté et d'hypocrisie à daigner protéger sa bien aimée afin d'amorcer son nouveau roman, Michelle Pfeiffer est détestable d'arrogance et de désinvolture !), Darren Aronofski aborde une réflexion sur l'addiction de la célébrité lorsque l'écrivain ne peut que poursuivre son talent en se nourrissant de l'amour des autres. Toujours plus égoïste et capricieux, ce dernier assujetti à sa création artistique s'abreuvant de l'amour et du soutien de son épouse pour retrouver l'inspiration d'un nouveau best-seller.


Un film mutant au climat de folie et de terreur dépravées où les esprits fonctionnent entre démence et provocation. 
Cauchemar sur pellicule proprement hallucinogène (le film fait clairement l'effet d'un bad trip sous acide au point de perdre pied avec notre réalité !), Mother ! ne nous laisse aucun répit pour nous entraîner dans la descente aux enfers "morale" d'une mère avide de grossesse mais discréditée par un mari cannibale où seul compte son égotisme. Eprouvant, traumatisant, sensoriel, ensorcelant, magnétique, révulsif, voir limite expérimental (me souffle mon amie Nelly !) Mother ! laisse en état de choc et d'épuisement par le biais d'une allégorie sur une nature humaine avide d'amour et de reconnaissance mais destituée de son égocentrisme. Film monstre tentaculaire sur l'éternelle procréation afin de préserver le devenir de l'humanité, ce chef-d'oeuvre funèbre extériorise le vampirisme de nos civilisations modernes fanatisées par la religion, le goût de la violence, l'irrespect de l'autre (dont celle de la nature) et l'instinct pervers de la possessivité. Une oeuvre hybride maudite (puisque incomprise et inévitablement conçue pour diviser) qui fera date dans son genre inclassable. 
Pour public averti 

P.S: par pitié, un Oscar pour Jennifer Lawrence !

@ Bruno

jeudi 7 décembre 2017

THELMA. Prix du Jury et du Meilleur Scénario, Catalogne 2017.

                                               Photo empruntée sur Google, appartenant au site pinterest.fr

de Joachim Trier. 2017. Norvège/Suède/Danemark/France. 1h56. Avec Eili Harboe, Kaya Wilkins, Henrik Rafaelsen, Ellen Dorrit Petersen, Grethe Eltervåg

Sortie salles France: 22 Novembre 2017. Norvège: 15 Septembre 2017

FILMOGRAPHIE: Joachim Trier est un réalisateur et scénariste norvégien, né à Copenhague en 1974. 2006: Reprise. 2011: Oslo, 31 août. 2015: Back Home. 2017: Thelma.


Variation auteurisante de Carrie sans pour autant singer le chef-d'oeuvre de Brian De Palma, Thelma fait presque office d'ovni par son climat d'étrangeté ouaté aussi bien baroque qu'onirique (notamment au gré des étreintes vénéneuses que s'échangent sensuellement les deux héroïnes ou encore avec l'iconographie de sa nature végétative superbement contrastée d'une photo limpide !). Exarcerbé du jeu nuancé de l'épurée Eili Harboe (prix d'interprétation oh combien mérité au Festival de Mar del Plata !) portant littéralement le film sur ses épaules ténues, et de la réalisation sans fard de Joachim Trier brossant avec retenue le portrait d'une jeune catholique en proie à l'émancipation, Thelma envoûte avec une intelligence peu commune pour le genre ludique. Car sous ses allures de film fantastique à la fois trouble et inquiétant s'y extrait un drame psychologique vigoureux où le puritanisme religieux pourrait être le catalyseur des pouvoirs télékinésiques de Thelma. Jeune solitaire partie étudier à Oslo en toute autonomie, Thelma fait la rencontre de Anja avec qui elle finit par avoir une relation amoureuse. Influencée par celle-ci et ses amies, elle cède aux plaisirs interdits (alcool, sexe, drogue) depuis l'absence parentale. Mais sans raison apparente, Thelma souffre de violents malaises semblables à la crise épileptique. Elle décide de consulter un spécialiste afin d'élucider son inexplicable pathologie. 


Epousant le parti-pris de conter son histoire avec refus du spectaculaire, et ce en dépit de certaines séquences impressionnantes par sa froideur réaliste (celles du nourrisson provoquant un malaise des plus malsains), Thelma fait preuve de dextérité et d'imagination pour renouveler son thème surnaturel par le biais de la métaphore. Le récit cultivant plusieurs niveaux de lectures, tel celui de l'extériorisation d'une catholique trop longtemps bercée dans un enseignement rigoriste mais aujourd'hui délibérée à accomplir son destin après s'être débarrassée de ses démons que ses parents lui auront inculqué depuis sa trouble enfance. Emaillé d'indices que Joachim Trier dévoile au compte-goutte au fil de flash-backs toujours plus obscurs, Thelma provoque une impression d'étrangeté indicible par son atmosphère éthérée, notamment grâce au magnétisme d'Eili Harboe endossant son personnage torturé avec profond humanisme car d'une fragile sensibilité. De par son caractère introverti hanté par la peur de commettre l'interdit, celle-ci semble vouée à l'autosuggestion dans sa psychologie aussi torturée que complexe (notamment sa jalousie - parfois inconsciente - éprouvée auprès de son frère durant son enfance dépressive). La caméra observant ses agissements et caressant son visage avec une pudeur réservée afin de mettre en exergue son désarroi moral, son malaise identitaire de se réduire à une victime potentiellement irrécupérable.


Récit fantastique inquiétant semé d'interrogations quant à la nature réelle des évènements parfois décrits avec un onirisme baroque, drame cérébral d'une intensité assez rigoureuse quant au portrait démuni d'une étudiante chrysalide en voie de rémission, Thelma laisse une marque tangible dans l'encéphale grâce à l'ambition de sa réalisation autonome et à l'interprétation toute en finesse d'Eili Harboe crevant l'écran avec une trouble sobriété (il faut la voir pleurer face caméra dans sa nature prude, érudite et docile en éludant toute forme de sensiblerie). Pour les amateurs de Fantastique adulte et éthéré, l'oeuvre gracile du norvégien Joachim Trier ne doit pas être occultée ! 

@ Bruno

Récompenses: Festival international du film de Catalogne 2017 : Prix spécial du jury et Prix du meilleur scénario.
Festival international du film de Mar del Plata 2017 : Astor de la meilleure actrice pour Eili Harboe

mercredi 6 décembre 2017

DETROIT

                                            Photo empruntée sur Google, appartenant au site Allocine.fr

de Kathryn Bigelow. 2017. U.S.A. 2h23. Avec John Boyega, Will Poulter, Algee Smith, Jacob Latimore, Jason Mitchell, Hannah Murray, Kaitlyn Dever, Jack Reynor.

Sortie salles France: 11 Octobre 2017 (Int - 12 ans). U.S: 4 Août 2017

FILMOGRAPHIE: Kathryn Bigelow est une réalisatrice et scénariste américaine, née le 27 Novembre 1951 à San Carlos, Californie (Etats-Unis). 1982: The Loveless (co-réalisé avec Monty Montgomery). 1987: Aux Frontières de l'Aube. 1990: Blue Steel. 1991: Point Break. 1995: Strange Days. 2000: Le Poids de l'eau. 2002: K19. 2009: Démineurs. 2012: Zero Dark Thirty. 2017: Detroit.


Une histoire américaine. 
Brûlot anti-raciste d'un réalisme documenté constamment impressionnant (caméra à l'épaule et images d'archives récurrentes à l'appui en nous télescopant fiction et réalité), Detroit est une épreuve cinématographique d'une intensité parfois insupportable. Tout du moins c'est ce que nous révélera son éprouvant (car interminable) second acte lors de stratégies de manipulation et de soumission que la police d'état va employer avec une dictature fascisante (aussi improbable soit son contexte ubuesque si bien que le véritable coupable recherché n'est qu'un usurpateur inconséquent !). Véritable descente aux enfers auprès d'une communauté noire discréditée par leur couleur de peau, Kathryn Bigelow nous immerge de plein fouet au sein d'un huis-clos "horrifique" (le terme n'est pas racoleur croyez moi !) entièrement bâti sur l'aspect éhonté du "fait-divers". Durant les émeutes de Juillet 67 consistant à protester contre la discrimination d'une police réactionnaire, une poignée d'afros-américains est prise en otage au sein d'un motel depuis l'éventuelle complicité d'un tireur parmi eux. Clamant désespérément leur innocence parmi le témoignage aussi démuni de deux blanches ayant préalablement sympathisé avec eux, trois policiers vont finalement céder à leurs pulsions meurtrières lors d'un interrogatoire psychorigide.  


Film choc s'il en est, de par son contexte de crise sociale au sein d'une Amérique aussi bien intolérante qu'inéquitable auprès des migrants noirs (sa première partie retraçant avec souci historique les premières émeutes de Juillet 67 avec son lot de violences policières imposées à la matraque et à l'arme à feu) et l'évolution dramatique qui s'ensuit lors d'une nuit urbaine explosive (l'état d'urgence fut décrétée et l'armée en masse sillonne chaque quartier depuis les vols, effractions et incendies dans les commerces), Kathryn Bigelow n'y va pas avec le dos de la cuillère pour fustiger les méthodes putassières de certains policiers se vautrant dans l'intimidation et la tyrannie criminelles. S'efforçant studieusement de décrire le chemin de croix physique et morale d'otages juvéniles assujettis à leurs abus de pouvoir, Detroit dresse le portrait dérisoire (pour ne pas dire scandaleux) d'une Amérique couarde et orgueilleuse incapable de reconnaître ses torts car préférant se voiler la face d'une vérité innommable. C'est ce que le troisième acte imputé au procès judiciaire nous dévoilera avec une amertume difficilement digérable notamment lorsque l'on apprend la destinée des survivants  littéralement traumatisés par leur épreuve de force préalablement réduite à l'état d'esclave.


L'Amérique Interdite
De par son thème dérangeant du racisme que l'Amérique actuelle ne parvient toujours pas à panser ni à solutionner dans ses conflits ethniques où certains policiers perdurent leur abus d'autorité, Detroit récapitule avec une glaçante vérité un fait historique aberrant risquant assurément de créer aujourd'hui la polémique au sein de son état toujours incriminé par sa ségrégation. S'il n'est à mon sens pas le chef-d'oeuvre annoncé, Detroit n'en demeure pas moins un grand film. Un témoignage alerte et essentiel, un électrochoc émotionnel d'une intensité si épineuse qu'on ne sort pas indemne du jeu de massacre sitôt le sort des survivants répertoriés. On reste également impressionné par sa fulgurante réalisation et distribution (aussi sobre soit-elle !), à l'instar du jeu criant de vérité de Will Poulter en flicard placide au relent de sociopathie.  

@ Bruno

mardi 5 décembre 2017

DUNKERQUE.

                                           Photo empruntée sur Google, appartenant au site breageeknews.fr

de Christopher Nolan. 2017. U.S.A/Angleterre/France/Hollande. 1h47. Avec Fionn Whitehead, Tom Glynn-Carney, Jack Lowden, Harry Styles, Aneurin Barnard, James D'Arcy, Barry Keoghan, Kenneth Branagh, Cillian Murphy, Mark Rylance, Tom Hardy.

Sortie salles France: 19 Juillet 2017. U.S: 21 Juillet 2017

FILMOGRAPHIE: Christopher Nolan est un réalisateur, scénariste et producteur anglais, né le 30 Juillet 1970 à Londres en Angleterre. 1998: Following. 2000: Memento. 2002: Insomnia. 2005: Batman Begins. 2006: Le Prestige. 2008:The Dark Knight. 2010: Inception. 2012: The Dark Knight Rises. 2014: Interstellar.


Un modèle de mise en scène (expérimentale), une bande-son sensorielle, des images sublimes (en sus d'une photo chromée) et quelques séquences grandioses au service d'une narration sporadique déconcertante qui peine à captiver pour me laisser un goût amer d'inachevé et de frustration.

@ Bruno

lundi 4 décembre 2017

LES ENVAHISSEURS DE LA PLANETE ROUGE

                                             Photo empruntée sur Google, appartenant au site en.wikipedia.or

"Invaders from Mars" de William Cameron Menzies. 1953. U.S.A. 1h22. Avec Helena Carter, Pat
Arthur Franz, Jimmy Hunt, Leif Erickson, Hillary Brooke, Morris Ankrum.

Sortie salles France: 22 Avril 1953

FILMOGRAPHIEWilliam Cameron Menzies est un décorateur, réalisateur, producteur et scénariste de cinéma américain, né le 29 juillet 1896 à New Haven, mort le 5 mars 1957, à Los Angeles. 1931 : Always Goodbye. 1931 : The Spider. 1932: Almost Married. 1932 : Chandu le magicien. 1933 : I Loved You Wednesday. 1934 : Wharf Angel. 1936 : Les Mondes futurs ou La Vie future. 1937 : Nothing Sacred, réalisateur seconde équipe (non crédité), réalisation William A. Wellman. 1937 : The Green Cockatoo. 1944 : Address Unknown. 1946 : Duel au soleil, non crédité, réalisation King Vidor. 1951 : Le Rocher du diable. 1951 : The Whip Hand. 1953 : Les Envahisseurs de la planète rouge. 1953 : The Maze.


Inédit en salles en France (et on le comprends après visionnage), Invaders from Mars demeure une curiosité tout juste regardable même s'il s'avère le précurseur du chef-d'oeuvre de Don Siegel, l'Invasion des Profanateurs de Sépulture. De par sa réalisation académique, une direction d'acteurs timorée et un cheminement narratif prévisible, l'intensité des enjeux tombe souvent à plat si bien que le réalisateur privilégie lors de sa dernière partie une action redondante (la traque belliqueuse sous le sablier) afin de pallier son manque de surprises. On se console alors auprès des apparitions hilarantes (et donc très Z) des Extra-terrestres affublés d'un pijama vert et sur le soin apporté aux décors (naturels et caverneux) parfois teintés d'un onirisme envoûtant. Quant à l'épilogue (involontairement) pittoresque il rappellera aux fans du genre le génialement déjanté, l'Avion de l'Apocalypse !

@ Bruno

vendredi 1 décembre 2017

LA GUERRE DES MONDES. Oscar 1954 des meilleurs effets spéciaux, Gordon Jennings

                                             Photo empruntée sur Google, appartenant au site scifi-movies.com

"The War of the Worlds" de Byron Haskin. 1953. 1h25. Avec Gene Barry, Ann Robinson, Les Tremayne, Robert O. Cornthwaite, Sandro Giglio, Ann Codee, Lewis Martin.

Sortie salles France: 5 Mars 1954. U.S: 26 Août 1953

FILMOGRAPHIEByron Haskin est un réalisateur, directeur de la photographie et scénariste  américain, né le 22 avril 1899 à Portland, Oregon et mort le 16 avril 1984 à Montecito, États-Unis. 1927 : Ginsberg the Great. 1927 : Matinee Ladies. 1927 : Irish Hearts. 1927 : The Siren. 1943: Convoi vers la Russie. 1948 : L'Homme aux abois. 1948 : Man-Eater of Kumaon. 1949 : Too Late for Tears. 1950 : L'Île au trésor. 1951 : Tarzan's Peril. 1951 : Le Sentier de l'enfer. 1951 : La Ville d'argent. 1952 : Denver and Rio Grande. 1953 : La Guerre des mondes. 1954 : Le Roi des îles. 1954 : Quand la marabunta gronde. 1954 : Long John Silver. 1955 : La Conquête de l'espace. 1956 : The First Texan. 1956 : The Boss. 1958 : De la Terre à la Lune. 1959 : Little Savage. 1959 : Bagarre au-dessus de l'Atlantique. 1960 : September Storm. 1961 : Armored Command. 1963 : Capitaine Sinbad. 1964 : Robinson Crusoé sur Mars. 1968 : La Guerre des cerveaux.


Précurseur du film d'invasion extra-terrestre d'un point de vue belliqueux, La Guerre des Mondes fait aujourd'hui office de relique. Une curiosité datée faute d'un scénario sans surprise à l'enjeu dramatique dénué d'intensité et d'une caractérisation psychologique aseptique. Le réalisateur privilégiant le plus souvent la surenchère au grand dam d'une structure narrative poussive. On se console toutefois sur un ou deux moments spectaculaires à l'accent sardonique, sur la bonne volonté de certains comédiens charismatiques (notamment le héros principal), sur des FX perfectibles mais néanmoins soignés, sur la patine flamboyante de sa photo "technicolor" et sur l'apparition surprise d'une créature extra-terrestre auquel Spielberg s'est sans doute inspirée en 82 pour son chef-d'oeuvre E.T.


A réserver en priorité aux nostalgiques avec une grosse dose d'indulgence selon moi même si cette série B reste un modeste classique dans son genre novateur. 

@ Bruno

jeudi 30 novembre 2017

LE CHATEAU DE VERRE

                                                 Photo empruntée sur Google, appartenant au site Allocine.fr

"The Glass Castle" de Destin Daniel Cretton. 2017. U.S.A. 2h07. Avec Brie Larson, Ella Anderson, Chandler Head, Woody Harrelson, Naomi Watts, Max Greenfield, Sarah Snook

Sortie salles France: 27 Septembre 2017. U.S: 11 Août 2017

FILMOGRAPHIEDestin Daniel Cretton est un réalisateur, producteur, monteur et scénariste américain né le 23 novembre 1978 à Haiku à Hawaï. 2002 : Longbranch: A Suburban Parable
2006 : Bartholomew's Song. 2006 : Drakmar: A Vassal's Journey. 2007 : Deacon's Mondays. 2008 : Short Term 12. 2012 : I Am Not a Hipster. 2013 : States of Grace. 2016 : Scenes for Minors. 2017 : Le Château de verre.


Abordant les thèmes de l'alcoolisme, de la marginalité, de l'éducation puis de la démission parentale autour d'une famille dysfonctionnelle (co-existant en autarcie sauvage), Le Château de Verre pâti d'un manque évident de sincérité et de naturel, comme le soulignent les interprétations cabotines de Naomi Watts (en épouse paumée) et Woody Harrelson (en ivrogne marginal) s'efforçant de nous tirer les larmes avec un pathos trop démonstratif pour être honnête. Car si le récit (inspiré d'une histoire vraie) reste fort et digne d'intérêt (notamment auprès de la reconstruction morale des enfants livrés à eux mêmes et de l'amour épineux que se dispute la fille aînée avec son père), les poncifs pullulent autour des situations conjugales et familiales en crise. Reste l'irrégularité d'une poignée de séquences touchantes inopinément intenses, les prestances très convaincantes (car beaucoup plus sobres et réservées dans leur posture victimisée) de Brie Larson, Ella Anderson et Chandler Head endossant communément le rôle de Jeannette Walls (de l'enfance à l'âge adulte) et une dernière image bouleversante, moment de dignité d'une pudeur à fleur de peau (et pour le coup je me suis laissé emporté par un rideau de larmes).


Un mélo à l'émotion (souvent) programmée donc en manque de souffle et d'oxygène si bien que cette production typiquement hollywoodienne se contente trop facilement d'émouvoir un grand public couramment influençable.

@ Bruno

mercredi 29 novembre 2017

RAYON LASER

                                                     Photo empruntée sur Google, appartenant au site 

"Laserblast" de Michael Rae. 1978. U.S.A. 1h22. Avec Kim Milford, Cheryl Smith, Gianni Russo, Ron Masak

Sortie salles France: 27 Juin 1979. U.S: 1 Mars 1978

FILMOGRAPHIE: Michael Rae est un réalisateur et producteur américain.
1978: Rayon Laser.


"Car rien ne résiste à la puissance terrifiante du RAYON LASER ! 
Engin diabolique qui peut tout détruire et le rend invincible, il peut enfin se venger de tout ceux qui l'ont humilié et fait souffrir..."

Hit video des années 80 durant l'âge d'or d'Hollywood Video quand bien même sa sortie salles US se solde par un joli succès inespéré, Rayon Laser est une aberration filmique comme on en trouve rarement dans le paysage chimérique. Dans le désert californien, après avoir éliminé un fugitif humanoïde armé d'un rayon laser,  deux aliens à tête de lézard retournent dans l'espace. Mais ayant omis l'objet redoutable, ils décident de faire demi-tour pour le récupérer. Pendant ce temps, le jeune Billy parti flâner dans le désert tombe par inadvertance sur le canon à laser et se l'encastre au bras. Depuis, il sombre peu à peu dans une emprise démoniaque au point de réduire sa ville à feu et à cendres. Série Z ricaine produite par le spécialiste Charles BandRayon Laser est l'unique oeuvre du réalisateur Michael Rae. Et au vu du résultat aussi saugrenu qu'impayable, on conçoit évidemment que ce dernier préféra ensuite raccrocher les gants ! L'intrigue ubuesque, quasi nonsensique, se limitant le plus souvent aux errances meurtrières d'un ado possédé par son arme singulière: un canon à laser, quand bien même deux adjoints policiers et un agent (sans doute du gouvernement !) tentent indépendamment d'appréhender le pyromane ! Pour autant, et par le biais de situations involontairement cocasses, hilarantes ou débridées (à l'instar des apparitions surprises des aliens reptiliens habilement confectionnés en stop motion !), Rayon Laser s'avère à mon jugement de valeur aussi ludique que diablement fascinant.


Du moins chez les fans indécrottables de nanars de la sacro-sainte VHS réalisés avec une touchante sincérité. Car si la réalisation approximative accumule immodérément les bévues et que sa direction d'acteurs laisse à désirer, il émane de ce métrage sans prétention un charme irrésistible sous couvert d'une anticipation horrifique prémonitoire (1 an plus tard déboulera sur les écrans la matrice Alien de Scott !). Qui plus est, de par le cabotinage excentrique des comédiens ballots,  ces derniers s'avèrent inopinément attachants dans leur aimable tentative de provoquer émoi, stupeur, terreur ou appréhension avec une bonhomie ringarde (notamment le duo de flics inconséquents que l'on croirait sorti d'une comédie de Bud Spencer et Terence Hill). Quant au fameux héros belliqueux frappé par la malédiction de son arme de destruction, Kim Milford (sosie officieux de Mark Hamill !) accourt, grimace et gesticule tous azimuts afin de renchérir sa posture erratique souvent jouasse. Le soin apporté à sa défroque vestimentaire (jean à pattes d'eph, chemise bleue rutilante !) et au canon laser (semblable à un cigare électronique !?) faisant office d'archétype inusité. Pour clore avec une pointe de nostalgie, on peut notamment louer le ton atmosphérique de son score électro communément composé par Richard Band et Joel Goldsmith (il s'agit bien du fils de Jerry !) et la facture vintage de sa photo saturée renforçant le caractère BD de cet improbable ovni riche en situations déjantées ! Et ce en dépit d'un cheminement redondant heureusement contrebalancé des calembours du duo policier, de l'investigation (suspicieuse) de l'agent et des étreintes romantiques de Billy et sa muse en camping sauvage, et ce avant la pyrotechnie du dénouement explosif.


Perle culte au sein de l'industrie de la série Z, Rayon Laser renchérit aujourd'hui son charme rétro et sa fonction ludique grâce à la nostalgie de son époque révolue. Un p'tit métrage bougrement mauvais mais beaucoup plus fun, intègre et attachant que le dernier DTV mercantile destitué d'identité, d'ambition et de grain de folie.

@ Bruno

mardi 28 novembre 2017

BRAWL IN CELL BLOCK 99

                                        Photo empruntée sur Google, appartenant au site amctheatres.com

de S. Craig Zahler. 2017. U.S.A. 2h12. Avec Vince Vaughn, Jennifer Carpenter, Don Johnson, Udo Kier, Marc Blucas, Tom Guiry

Sortie salles France: prochainement. U.S: 6 Octobre 2017

FILMOGRAPHIE: S. Craig Zahler est un réalisateur et scénariste américain né le 23 Janvier 1973 à Miami, Floride. 2015: Bone Tomahawk. 2017: Brawl in cell Block 99. 


Le pitch: A la suite d'un licenciement professionnel, Bradley, ancien malfrat, renoue avec l'illégalité afin de subsister aux besoins de sa famille. Mais lors d'une opération nocturne, un concours de circonstances meurtrières va le mener derrière les barreaux du Block 99.

2 ans après l'excellente surprise Bone Tomahawk, western horrifique justement récompensé du Grand Prix à Gérardmer, S. Craig Zahler rend cette fois-ci hommage au film de prison par la lucarne du cinéma d'exploitation des années 70, et ce tout en y imprimant sa propre personnalité. Méga trip émotionnel conçu sur un réseau de châtiments inhumains qu'un prisonnier (réduit à l'état) primitif va endurer avant de parfaire son stratagème punitif, Brawl in cell Block 99 renouvelle les codes du drame carcéral sous l'impulsion d'une ultra violence à la fois décomplexée et caustique exprimée par un jeu d'acteurs aussi sobres qu'outranciers. Outre l'aspect fun des seconds-rôles extravagants qu'on croirait issus d'un Nazisploitation (je songe à la défroque ébène des gardiens fascistes adeptes d'une torture survoltée), Vince Vaughn monopolise l'écran de sa carrure râblée et son regard impassible non dépourvu de noblesse lorsqu'il s'agit d'honorer ses codes de conduite bâtis sur la confiance, l'indulgence et le respect d'autrui. D'une rage contenue et donc d'un flegme impressionnant, l'acteur laisse ensuite exprimer un tsunami de violences d'une intensité jouissive lorsqu'il se voit contraint d'y céder faute d'un enjeu familial précaire. Et pour revenir à son ultra violence gore toujours plus "second degré", le réalisateur opte pour un graphisme artisanal volontairement perfectible (exit donc tout effet numérique !), et ce afin aussi de désamorcer la brutalité d'une violence aussi bien insoutenable qu'ubuesque. On se rapproche donc au fil de l'action vers un cartoon live avec cependant une touche de réalisme inopinément acérée ! 


Pour autant, au préalable, nous étions déjà captivés par sa structure narrative finement détaillée avec un réalisme documenté. S. Craig Zahler prenant son temps en premier temps à planter l'intrigue et sa scénographie urbaine dans une banalité quotidienne pour y brosser le profil galvaudé d'un licencié infortuné renouant avec son passé illégal mais nanti de principes et valeurs afin d'amadouer le spectateur. Tant auprès de sa clémence pour une question d'adultère que de son refus d'y sacrifier l'innocence lors d'une mission de routine. Maîtrisant scrupuleusement les faits et gestes de Bradley au sein du cocon conjugal et lors de ses transactions avec un ponte de la drogue (comptez 45 minutes avant qu'il ne pénètre dans l'enceinte du pénitencier), S. Craig Zahler parvient à magnétiser l'espace grâce au jeu rigide de Vince Vaughn très impliqué dans son rôle de trafiquant loyal et d'une foule de seconds-rôles contrairement extravagants par leur charisme patibulaire (notamment la présence saillante de Don Johnson quasi méconnaissable en directeur psycho-rigide et de l'ange diabolique Udo Kier en septuagénaire pédant). Volontairement improbable quant au lieu de l'action (et revirements) se déroulant enfin dans une prison à sécurité maximale à faire pâlir de jalousie les geôliers de Midnight Express, Brawl in cell block 99 carbure ensuite à l'adrénaline à renfort d'action démesurée et effrontée (Bradley est littéralement increvable en n'accordant nul pitié à ses ennemis !). Et ce pour le plus grand bonheur du spectateur impliqué dans un cauchemar carcéral aux effluves rubigineuses, son décorum insalubre nous diluant parfois la nausée par son acuité de réalisme.


Grindhouse
Pur divertissement d'exploitation conjuguant avec intense efficacité drame carcéral, romance et action hyperbolique, Brawl in cell Block 99 laisse libre court au défouloir d'une vendetta aussi bien sordide que jubilatoire (tous les coups sont permis jusqu'à en perdre la tête !!!) tout en rendant un vibrant hommage à une époque révolue (ses tubes de Soul music rappelleront bien des souvenirs aux spectateurs friands de Blaxploitation et consorts). Une bombe d'ultra violence vrillée notamment  influencée par la touche sardonique d'un Tarantino.

@ Bruno

vendredi 24 novembre 2017

RECHERCHE SUSAN DESESPEREMENT. Meilleure actrice: Rosanna Arquette, BAFTA Awards

                                                Photo empruntée sur Google, appartenant au site senscritique.com

"Desperately Seeking Susan" de Susan Seidelman. 1985. U.S.A. 1h46. Avec Rosanna Arquette, Madonna, Aidan Quinn, Mark Blum, Laurie Metcalf, Robert Joy, Anna Levine.

Sortie salles France: 11 Septembre 1985. U.S: 29 Mars 1985

FILMOGRAPHIESusan Seidelman est une réalisatrice, productrice, scénariste, actrice et monteuse américaine née le 11 décembre 1952 à Philadelphie, Pennsylvanie (États-Unis).1982 : Smithereens. 1985 : Recherche Susan désespérément. 1987 : Et la femme créa l'homme parfait. 1989 : Cookie. 1989 : She-Devil, la diable. 1992 : Confessions of a Suburban Girl. 1994 : The Dutch Master. 1995 : Pieds nus dans la jungle des studios (TV). 1996 : Tales of Erotica. 1999 : Destins de femmes (TV). 2001 : Gaudi Afternoon. 2002 : Power and Beauty (TV). 2004 : The Ranch (TV). 2005 : The Boynton Beach Bereavement Club. 2012 : Musical Chairs. 2013 : The Hot Flashes


Joli succès en salles sur notre territoire (1 904 309 entrées) même si la présence de la chanteuse Madonna (dans son 1er rôle) n'y est pas étranger, Recherche Susan désespérément fleure bon la comédie policière sous l'impulsion fringante du duo de séductrices: Rosanna Arquette / MadonnaEn guise d'ennui, Roberta espionne un couple à la suite d'une annonce de rencontres auquel le prétendant s'efforce à retrouver une certaine "Susan". Mais à la suite d'un concours de circonstances malchanceuses, Roberta est suivie par un étrange inconnu persuadé qu'il s'agit de la chapardeuse Susan. Au moment d'une violente altercation, elle trébuche en se cognant la tête sur le sol. Sauvée in extremis par un jeune projectionniste qui passait par là, elle souffre depuis d'amnésie et se fait appeler Susan selon lui. Avec son aide, elle s'efforce de retrouver sa véritable identité au moment même de se lancer à la recherche de la véritable Susan. Vaudeville mené sur un rythme alerte de par ses quiproquos en pagaille générés par la douce Roberta que Rosanna Arquette diffuse avec un naturel aussi docile que timoré dans celle d'une amnésique en quête d'interrogation et d'émancipation, faute d'une existence insipide infligée par son mari bourgeois, Recherche Susan désespérément affiche une liberté de ton exaltante sans céder à la routine.


Ou tout du moins, Susan Seidelman s'efforce sans prétention de divertir parmi la cocasserie d'une intrigue fertile en rebondissements impromptus avec, comme épicentre dramatique, un enjeu de bijoux volés. Outre le caractère fun de l'aventure haute en couleurs magnifiquement filmée dans un New Jersey documenté (sans compter la défroque excentrique des personnages issus des années new-wave !), Recherche Susan désespérément doit beaucoup de sa fougue, voir de sa pétulance, à l'abattage des comédiens en roue libre (on sent vraiment qu'ils prennent plaisir à s'investir dans l'action exubérante !). A l'instar de la complémentarité du duo romantique Rosanna Arquette (très sexy mais si candide à son âge juvénile !) / Aidan Quinn (en philanthrope aux yeux clairs) ne sombrant jamais dans la caricature sirupeuse pour nous attendrir. La réalisatrice tablant sur la simplicité de leurs rapports humains bâtis sur l'incompréhension, la suspicion, l'interrogation puis les sentiments amoureux pour autant instables. Quand bien même autour d'eux l'espiègle et marginale Susan (qu'endosse la novice Madonna avec une désinvolture gentiment provocante !) se complaît dans la flânerie parmi la complicité de l'époux de Roberta (en crise conjugale !), alors qu'ils tenteront communément de remonter l'itinéraire improbable de Roberta avec l'appui de commerçants et de l'insigne policier.


Petit miracle de tendresse, d'humour et de fantaisie autour des composantes du conte de fée et de la comédie policière, Recherche Susan désespérément perdure sa (débordante) fraîcheur et son charme exaltant autour de l'initiation d'une bourgeoise introvertie en crise identitaire et en quête d'évasion durant son cheminement imprudent. A revoir d'urgence si bien qu'il s'agit à mon sens d'une des comédies les plus stimulantes et capiteuses des années 80 alors que sa réussite émane (subtilement) de sa tonalité aussi simple qu'innocente.

@ Bruno

Récompense: BAFTA Awards, Royaume-Uni. Meilleure actrice: Rosanna Arquette

L'avis de Mathias Chaput:
Vigoureux et très dynamique, « Recherche Susan désespérément » est l’exemple typique de la comédie américaine réussie des années quatre-vingts, mais, de surcroit, ce film se dote d’une histoire très originale partant d’un support pour le moins marginal : une petite annonce dans un journal !
C’est le point de départ de tout le scénario et à aucun moment on ne s’ennuie, Seidelman donne un charme fou à tous ses personnages et le spectateur est embarqué dans un tourbillon de situations amusantes, le tout sans violence ni vulgarité…
On se plonge dans l’underground des boites de nuits branchées avec une Madonna électrisante et sure d’elle (c’est son premier rôle au cinéma, elle s’en sort parfaitement), Rosanna Arquette a une composition plus difficile à jouer et elle arrive à donner de la crédibilité au personnage de Roberta, sans paraître nunuche ou ridicule…
« Recherche Susan désespérément » est un métrage vintage mais son aspect tonique permet de garder l’aura qu’il dégage et donc la qualité avec laquelle le film est perçu lui donne un intérêt, Seidelman usant de techniques très bien rodées…
Le titre « Into the groove » renforce avec brio le côté hypnotique du film et le plaisir de cette plongée dans le microcosme des fêtards new- yorkais apporte une jubilation au spectateur, avec l’imagerie décalée et le personnage de Gary, qui semble évoluer comme un chien dans un jeu de quilles, pour qu’au final, il comprenne la déception de sa femme et l’envie qu’elle avait de trouver plus de « pep’s », plus de folie dans son couple, chose que Gary, égoïste, ne pouvait lui apporter…
Il s’agit donc également d’une chronique de mœurs en plus qu’une comédie et Seidelman fait preuve d’intelligence en développant des thématiques comme la frustration ou la quête d’un amour revigorant mais dans une ambiance satirique et jamais prétentieuse…
On peut même dire que « Recherche Susan désespérément » est une petite révolution pour la comédie américaine, son style est unique et l’histoire c’est du jamais vu, Seidelman a vraiment fait preuve d’une originalité énorme et sa direction d’acteurs a suivi derrière, tous les comédiens étant impliqués et croyant à fond dans l’ensemble…
C’est cette cohésion et cette synergie qui fait la réussite incontestable de « Recherche Susan désespérément » un vrai plaisir cinématographique doublé d’une galerie de personnages touchants et très en vogue dans les années quatre-vingts, période d’insouciance et d’opulence…
Empreinte d’un féminisme appuyé mais pas sectaire, cette comédie romantique a plus d’un atout pour séduire les cinéphiles de tous horizons…
Un petit bijou à la gloire de Madonna, qui allait exploser pour devenir la star planétaire que l’on sait, « Recherche Susan désespérément » se suit avec délectation et il est évident qu’il marqua d’une pierre blanche le milieu des années quatre-vingts, à la fois par sa prestance et son charisme…

Note : 8/10

L'avis de Nelly Ruuffet.
Une comédie pleine de punch dynamisée par l'atmosphère très 80's qui en émane ! C'est une comédie qui fait du bien et que l'on se plaît à regarder, elle permet de renouer avec une innocence et une candeur perdue. Madonna incarne avec brio tous les stéréotypes de la bad girl 80's (crucifix, mitaines, jupes flottantes, blousons avec motifs etc), tandis que Rosanna Arquette incarne à merveille la petite bourgeoise découvrant ce milieu dont elle ignore tous les codes mais qu'elle se met à emprunter avec joie presque malgré elle. Le métrage aurait pu virer dans la comédie de moeurs typique voire caricaturale, mais il n'en est rien. L'élément perturbateur initial provient d'un élément assez inédit parmi les comédies dites "classiques": les petites annonces. Celles-ci conduisent Roberta Glass à se prendre de fascination pour une certaine Susan dont elle ignore tout mais dont elle va bientôt prendre l'identité malgré elle. La confrontation entre les 2 personnages n'est pas frontale, ce qui est très habile de la part de Susan Seidelman. Elles ne se rencontreront vraiment que dans les toutes dernières minutes du film, ce qui maintient le spectateur en haleine jusqu'au bout. Le spectateur est transporté dans des situations de + en + rocambolesques (Roberta est notamment arrêtée pour prostitution, alors que Susan en vient à rencontrer le mari de Roberta, qu'elle entraîne dans une séance chips / joints !). La rencontre entre les 2 milieux sociaux se fait par l'intermédiaire des deux hommes (le mari de Roberta et l'ami du copain de Susan), ce qui est vraiment bien vu ! . De plus, l'amnésie de Roberta est vraiment bien jouée par Rosanna Arquette, qui ne perd jamais de sa crédibilité: elle est insouciante sans être nunuche et son coup de foudre pour Dez coulera presque de source. On ne tombe jamais dans le sentimentalisme dégoulinant, et ça fait du bien ! Les personnages sont tous attachants, les situations sont insolites (le spectacle de magie auquel finit par participer Roberta par exemple), les répliques font mouche le + souvent (notamment celles du mari, qui témoignent d'un sentiment de décalage entre les envies de sa femme et l'univers dans lequel ils évoluaient). Madonna vient dépoussiérer cette relation bourgeoise et révèle ainsi indirectement le manque de mordant de la vie de Roberta, qui ressort de ce quiproquo enrichie !
Le hit “into the groove”, qui ponctue le métrage à plusieurs reprises, ne fait que vitaminer davantage cette comédie dépoussiérée des codes traditionnels de la comédie américaine en lui apportant un + incontestable.

En bref, une comédie pleine d'énergie et d'intelligence comme on n'en fait plus !

jeudi 23 novembre 2017

GREMLINS 2, LA NOUVELLE GENERATION

                                                     Photo empruntée sur Google, appartenant au site imdb.com

"Gremlins 2: The New Batch" de Joe Dante. 1990. U.S.A. 1h46. Avec Zach Galligan, Phoebe Cates, John Glover, Robert Prosky, Robert Picardo, Christopher Lee, Haviland Morris, Dick Miller.

Sortie salles France: 22 Août 1990. U.S: 15 Juin 1990

FILMOGRAPHIE: Joe Dante (né le 28 novembre 1946 à Middletown, New Jersey) est un critique, scénariste, monteur, producteur et réalisateur américain. Son plus grand succès populaire est, à ce jour, Gremlins (1984). 1966-1975 : The Movie Orgy 1976 : Hollywood Boulevard, co-réalisé avec Allan Arkush 1978: Piranhas,1981 : Hurlements (The Howling) 1983 : La Quatrième Dimension (Twiling Zone the Movie), troisième épisode, Its a Good Life 1984 : Gremlins 1985 : Explorers 1987 : Cheeseburger film sandwich (Amazon Women on the Moon), 5 sketches 1987 : L'Aventure intérieure, 1989 : Les Banlieusards (The 'burbs) 1990 : Gremlins 2, la nouvelle génération (Gremlins 2 The New Batch) 1993 : Panic sur Florida Beach (Matinee) 1998 : Small Soldiers 2003 : Les Looney Tunes passent à l'action (Looney Tunes : Back in Action) 2006 : Trapped Ashes , premier segment,Wraparound. 2009: The Hole.


J'ai beau avoir tenté un 4è visionnage pour me forcer à l'apprécier, que nenni, l'effet escompté tombe toujours à plat ! Car outre la sincérité et la générosité de Joe Dante à s'efforcer de divertir avec la même recette payante (en déplaçant cette fois l'action dans un immense gratte-ciel high-tech afin de moderniser sa facture formelle), la qualité des FX élaborés par Rick Barker et son action bordélique du second acte émaillée d'idées inventives et débridées, Gremlins 2 la nouvelle génération me provoque la lassitude sitôt la métamorphose des Gremlins éclos. Sorte de déclinaison de son adorable modèle, l'effet de surprise s'avère en l'occurrence en berne, faute de son pitch éculé et d'une dimension féerique beaucoup moins prégnante qu'au préalable en dépit de son attachante première partie. Reste toutefois quelque bons moments de drôlerie et le plaisir de retrouver le couple juvénile Zach Galligan / Phoebe Cates accompagné du notable Christopher Lee (dans celui d'un savant fou cabotin), sans compter la mine impayable du vénérable Dick Miller en sexagénaire borderline.
Désolé pour les fans mais je me range plutôt du côté des membres d'Imdb en comprenant pour autant les raisons de son échec commercial.

@ Bruno

                              Photo empruntée sur Google, appartenant au site lecritiqueurfou.blogspot.com

de Joe Dante. 1984. U.S.A. 1h30. Avec Zach Galligan, Phoebe Cates, Hoyt Axton, Frances Lee McCain, Polly Holliday, Glynn Turman, Dick Miller, Scott Brady.

Sortie salles France: 5 Décembre 1984. U.S: 8 Juin 1984


Plus grand succès populaire de la carrière de Joe DanteGremlins est l'un de ses petits films miraculeux de par sa conception originale d'habile dosage de frissons ludiques et d'émerveillement. Avec la collaboration de Steven Spielberg en tant que producteur exécutif, nos deux compères nous ont négocié un conte de noël horrifique rehaussé d'un humour sardonique résolument débridé ! Car il fallait oser pratiquer autant de dérision macabre et de subversion dans une production estampillée Spielberg destinée avant tout à un public conformiste ! Dans une petite contrée des Etats-Unis, une armée de Gremlins sème la terreur le soir de Noël. Un jeune garçon et son amie vont tenter de mettre un terme à cette folie incontrôlée. A partir de ce canevas simpliste mais d'une efficacité imparable, Joe Dante nous élabore une énorme farce macabre afin de désacraliser la célébration (mielleuse) de Noel. Bourré de clins d'oeil et d'hommages aux classiques du cinéma fantastique (l'Invasion des profanateurs de SépultureBlanche Neige et les 7 nains, Planète Interdite, Dr Jekyll et Mr Hyde, le Cauchemar de Dracula, mais aussi E.T, Indiana Jones et bien d'autres encore !), Joe Dante emprunte quelques idées à ces oeuvres antécédentes pour nous agrémenter un diabolique divertissement. Si de prime abord, Gremlins séduit le spectateur par son sens du merveilleux avec l'entrée en scène du personnage candide de Mogwai, sa métamorphose hybride, compromise par l'inattention du citoyen moderne, finit par engendrer une résurrection de diablotins facétieux !


A partir du moment où ces fameux Gremlins prolifèrent grâce à la matière nuisible de l'eau, le conte de fée timoré se transforme en sarabande horrifique sous les exactions cruelles de petits monstres teigneux ! Souvent hilarant lors de ces séquences d'anthologie que l'on connaît par coeur (l'assaut des monstres au sein de la ville en état d'alerte, la beuverie dans le bar, la projection de Blanche Neige et les 7 Nains dans une salle comble, la cabriole mortelle d'une sexagénaire sur son fauteuil électrique et son final homérique en interne d'un magasin de jouets), Joe Dante n'hésite pas pour autant à provoquer une cinglante terreur lorsque, par exemple, la maman de Billy est contrainte de se défendre seule dans sa cuisine contre un groupe de gremlins. Ou lorsque le père-noël traditionnel se retrouve sévèrement agressé par ces monstres agrippés à son échine ! En prime, pour mettre en exergue le côté sombre de cette invasion terroriste, il insère y notamment une certaine dimension tragique envers la cantique de Noël. Ce que Kate avouera finalement à son compagnon Billy pour lui expliquer de quelle manière accidentelle son paternel déguisé en père-noel s'est retrouvé piégé dans la cavité d'une cheminée pour mieux surprendre sa famille le soir du réveillon. En dehors de son esprit cartoonesque et de sa verve insolente qui imprègnent tout le récit, Joe Dante aborde également en sous texte social une réflexion écologique sur la responsabilité parentale et sa négligence à provoquer diverses catastrophes au mépris des bienfaits de la nature.


Inventif en diable, hilarant d'ironie sournoise entre deux plages de féerie, Gremlins reste le classique décomplexé de Noël bafouant les règles de la bienséance. Mené à un rythme effréné et interprété avec spontanéité par deux interprètes juvéniles (Zach galligan et Phoebe Cates se révèlent très attachants dans leur bonhomie candide), Gremlins réussit à transcender les altérations du temps grâce en priorité à son insolence constamment gouailleuse. 

12.12.12. 5èx
@ Bruno 

mercredi 22 novembre 2017

GOOD TIME

                                                    Photo empruntée sur Google, appartenant au site Allocine.fr

de Joshua et Ben Safdie. 2017. U.S.A. 1h41. Avec Robert Pattinson, Ben Safdie, Buddy Duress, Taliah Webster, Jennifer Jason Leigh, Barkhad Abdi.

Sortie salles France: 13 Septembre 2017 (Int - 12 ans). U.S: 11 Août 2017

FILMOGRAPHIE: Les frères Joshua Safdie et Ben Safdie sont des réalisateurs américains. 2008 : The Pleasure of Being Robbed, Josh Safdie. 2009 : Lenny and the Kids, Josh Safdie et Benny Safdie. 2014 : Mad Love in New York. 2017 : Good Time. 2018 : Uncut Gems.


Survival urbain d'une intensité aussi bien vertigineuse qu'hypnotique, Good Time fait presque office d'ovni vitriolé de par sa structure narrative résolument imprévisible si bien que le spectateur reluque cette folle escapade dans un état second de fascination névralgique. Sorte de bad trip proche des effets hallucinogènes d'un acide (à l'instar de l'hallucinante brimade imputée au vigile ainsi que les errances de nos évadés dans le méandre d'un train fantôme), ce film policier au suspense émoulu nous tient en haleine avec une inquiétude lestement anxiogène. Tant et si bien que le spectateur en perte de repères car immergé dans l'action intempestive observe les vicissitudes des délinquants avec un désespoir tacitement poignant. Ces derniers étant soumis à un engrenage de rebondissements malencontreux faute de leur absence de discernement et de leur caractère démuni. Jouant en prime avec le contraste granuleux d'une photo saturée (un style visuel hyper photogénique !), Good Time y scande une odyssée cauchemardesque (aux teintes surréalistes et expérimentales) comme on en voit peu dans le cinéma indépendant. Et si j'ignore le contenu de la filmo des frères Safdie, je ne peux ici que m'incliner face au brio de leur mise en scène avisée renouant avec un cinéma documenté (caméra à l'épaule afin d'appuyer l'ultra réalisme des situations parfois/souvent saugrenues), et ce sous couvert du divertissement caustique. Et pourtant, au vu de la simplicité du pitch aux airs de déjà vu, on aurait pu craindre une série B agréablement troussée générant efficacement action frénétique et éclairs de violence sous l'impulsion erratique de losers à la p'tite semaine.


Je m'explique concisément: après leur braquage raté, Connie et son frère handicapé sont rattrapés in extremis par la police. Mais pour autant, Connie parvient à leur échapper avec une aubaine inespérée. Rongé par la culpabilité et pétri d'amour pour son frère, il décide de le faire évader de prison après avoir vainement tenter de payer une caution de 15 000 dollars. C'est le début d'une nuit de cauchemar que Connie et quelques quidams aussi désorientés vont entreprendre avec une rage et une bravoure à perdre haleine. Nanti d'un climat crépusculaire envoûtant au sein d'une cité tentaculaire régie par la police, Good Time improvise une virée cauchemardesque auprès de délinquants précaires où perce un humanisme désenchanté, de par leur condition infortunée d'une démission parentale et  d'une désillusion existentielle. Auscultant chaque pore du visage méconnaissable de Robert Pattinson littéralement habité par son personnage (moralement) fourbu et en mal d'héroïsme, les frères Safdie lui offrent sans doute son rôle le plus proéminent à l'écran. Du moins son plus naturel et authentique de par son charisme sans fard inscrit dans une aigreur perpétuellement poignante ainsi qu'une rage de (sur)vivre écorchée vive. Sans jamais céder aux sirènes du misérabilisme et du pathos, les frères Safdie gagent au contraire sur un humour noir vitriolé sans pour autant oublier le caractère pathétique de cette escapade en roue libre fatalement tragique.


Le "after hours" de la "génération perdue"
Magnifiquement scandé d'un score électro aussi entêtant qu'ensorcelant (à la croisée de Tangerine Dream et de John Carpenter, rien que ça !) et chamarré des prestances criantes de vérités de comédiens alertes, Good Time détonne et impulse avec une originalité, une intelligence, une audace et une maîtrise déconcertantes. Si bien que le spectateur imbibé d'émotions éclectiques ne parvient pas vraiment à saisir ce à quoi il vient d'assister sitôt le générique (si humble et poignant !) écoulé (et ce jusqu'à la dernière seconde de l'écran opaque). Au sein de la lucarne (auteurisante) du cinéma indépendant y émane donc à mon jugement de valeur une oeuvre culte électrisante comme a si bien su le parfaire Martin Scorcese lors de son ascension avec l'aussi improbable et frénétique After Hours

@ Bruno

Récompense: Meilleur compositeur de la compétition officielle pour Oneohtrix Point Never, Cannes Soundtrack 2017.