mercredi 15 mars 2017

CANDYMAN 2

                                                                         Photo empruntée sur Google, appartenant au site alamy.com

"Candyman: Farewell to the Flesh" de Bill Condon. 1995. 1h35. Avec Kelly Rowan, Tony Todd, Veronica Cartwright, Bill Nunn, William O'Leary, Timothy Carhart

Sortie salles France: 9 Août 1995. U.S: 17 Mars 1995

FILMOGRAPHIE: Bill Condon est un réalisateur, scénariste, acteur et producteur américain, né le 22 octobre 1955 à New York, aux États-Unis. 1987 : Sister, Sister. 1995 : Candyman 2. 1998 : Ni dieux ni démons. 2004 : Kinsey. 2005 : Dreamgirls. 2011 : Twilight, Chapitre IV : Révélation - 1re Partie. 2012 : Twilight, Chapitre V : Révélation - 2e Partie. 2013 : Le Cinquième Pouvoir. 2015 : Mr. Holmes. 2017 : La Belle et Bête.


En dépit de quelques meurtres spectaculaires, d'une photo sépia soignée, du jeu sobre de l'héroïne (Kelly Rowan se donne d'honnêtes moyens pour nous convaincre) et d'un final assez réussi quant aux origines du Candyman, Candyman 2 ne parvient pas à envoûter, de par sa réalisation académique et d'une intrigue superflue dénuée d'intensité. Quant à l'icone Tony Todd, il n'est plus que l'ombre de lui même dans ses tentatives infructueuses de provoquer le frisson.

15.03.17. 2èx


de Bernard Rose. 1992. U.S.A. 1h38. Avec Virginia Madsen, Tony Todd, Xander Berkeley, Kasi Lemmons, Vanessa Williams, DeJuan Guy, Barbara Alston, Caesar Brown, Kenneth A. Brown, Michael Culkin.

Sortie salles France: 20 Janvier 1993. U.S: 16 Octobre 1992
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RécompensePrix du Public à Avoriaz en 1993.
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FILMOGRAPHIEBernard Rose est un réalisateur, scénariste, acteur, directeur de la photographie et monteur britannique. Il est né à Londres le 4 août 1960.
1987 Body contact, 1988 Paperhouse, 1990 Chicago Joe and the Showgirl, 1992 Candyman, 1994 Ludwig van B.(Immortal Beloved),1997 Anna Karénine, 2000 Ivans xtc., 2008 The Kreutzer Sonata, 2010 Mr Nice.

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Quatre ans après l'éblouissant Paper House, poème diaphane sur l'enfance galvaudée, Bernard Rose transpose à l'écran l'une des nouvelles de Clive BarkerThe Forbidden tiré du roman Livres de sang. Sous couvert de légendes urbaines et de superstitions alimentées par la peur des déshérités, Candyman aborde le thème de l'exclusion et de la xénophobie à travers le martyr d'un croque mitaine, symbole vindicatif de la communauté noire immolé par la haine raciale. Une étudiante et sa collègue rédigent une thèse sur les légendes urbaines. Elles décident de s'aventurer dans un quartier noir défavorisé de Chicago pour enquêter sur le célèbre mythe de Candyman. Au départ incrédule et athée, Hélène va malgré tout devenir la nouvelle cible du croque mitaine afin de la reconvertir en maîtresse des ténèbres. 
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Avec l'impact d'un scénario astucieux transcendant un conte social d'une épouvantable noirceur, Candyman progresse tranquillement lors de sa première partie avec l'investigation scrupuleuse de deux étudiantes compromises au mythe des légendes urbaines. A première vue, on pourrait croire se retrouver embarquer dans un énième avatar de slasher inspiré des cavalcades insolentes d'un Freddy Krueger préalablement adulé durant les années 80. Pourtant, par le biais de cette première partie suggérant au possible tout effet horrifique, et par la diabolique présence d'un éventuel personnage chimérique, l'oeuvre austère de Bernard Rose distille un suspense anxiogène habilement diffus. Par l'entremise du personnage d'Hélène, étudiante érudite interpellée par les croyances populaires mais dubitative à toute notion de véracité, le réalisateur exploite son incrédulité pour la révéler au rang de nouvelle victime emblématique imposée par son bourreau. Car il s'agit de la vengeance implacable d'un homme de couleur préalablement massacré par une population raciste mais revenu de l'au-delà par le truchement des miroirs dès qu'une personne souhaite invoquer à 5 reprises son patronyme face à la glace. A chaque meurtre perpétré dans les bas-fonds d'un quartier insalubre gangrené par la précarité, Hélène sera malencontreusement la coupable idéale sous l'influence délétère de Candyman. Par ses exactions sanguinaires commises avec une rare sauvagerie, notre spectre revenu des limbes de l'enfer va lui imposer la responsabilité de ses odieux méfaits en lui administrant la preuve tangible de l'arme du crime apposée dans ses mains. Une manière sournoise de la contraindre à reconnaître devant la justice sa culpabilité mais aussi l'acculer à un odieux chantage infantile grâce à l'enlèvement d'un bambin préservé dans une cachette imprenable.
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Cette empathie éprouvée pour la victime blanche issue d'un quartier aisé, ce sentiment d'impuissance de pouvoir clamer son innocence face à sa propre justice, cette désillusion de daigner convaincre l'improbable nous insufflent un sentiment implacablement éprouvant, intense et terrifiant. Doté d'une maîtrise technique imperturbable pour exacerber un sentiment d'angoisse tangible face aux apparitions ou exactions sanguinaires du CandymanBernard Rose dilue un malaise persistant qui ne va pas lâcher d'une seconde le spectateur ébranlé par l'invalidité d'une héroïne vouée à la damnation. L'environnement inquiétant de ces décors d'HLM saturés de graffitis criards et l'incroyable score cérémonial de Philip Glass vont également amplifier ce climat morose et cafardeux. Quand à l'apparence béante du spectre revanchard affublé d'un manteau de velours noir et armé d'un crochet amovible à la place de la main droite, il nous glace instinctivement d'effroi comme le laisse sous-entendre l'écho de sa voix gutturale ! Spoil ! Enfin, l'épilogue sardonique se réapproprie malicieusement d'une nouvelle légende urbaine à travers l'emblème féministe d'une femme blanche sacrifiée pour la cause d'une ségrégation raciale. Fin du Spoil.


Brillamment interprété par la candide Virginia Madsen, poignante de sensibilité et de désillusion se disputant la vedette avec un Toni Todd effrayant de présence mortifère, Candyman s'achemine au chef-d'oeuvre du fantastique à résonance sociale. Un conte moral particulièrement cruel dans sa peinture sans concession imputée à la haine raciale et à l'exclusion si bien que l'atmosphère urbaine suffocante nous hante dans sa détresse humaine. A redécouvrir d'urgence !

Bruno Dussart06.03.12. 

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