lundi 13 mars 2017

LE RETOUR DE L'ABOMINABLE DR PHIBES.

                                                                                  Photo empruntée sur Google, appartenant au site vostfr.club

"Dr. Phibes Rises Again" de Robert Fuest. 1972. Angleterre/U.S.A. 1h40. Avec Vincent Price, Robert Quarry, Peter Jeffrey, Fiona Lewis, Hugh Griffith, John Cater.

Sortie salles France: 29 Mai 1974. U.S: Juillet 1972.

FILMOGRAPHIE: Robert Fuest est un réalisateur et scénariste anglais, né le 30 Septembre 1927 à Londres, décédé le 21 Mars 2012.
1967: Just like a Woman. 1970: And soon the Darkness. 1970: Les Hauts de Hurlevent. 1971: L'Abominable Dr Phibes. 1972: Le Retour du Dr Phibes. 1973: Les Décimales du Futur. 1975: La Pluie du Diable. 1977: Three Dangerous Ladies. 1980: Revenge of the Stepford Wives (télé-film). 1981: The Big Stuffed Dog (télé-film). 1982: Aphrodite.


Si la bonne idée d'avoir délocalisé l'action en plein désert d'Egypte laissait augurer un film d'aventures horrifiques autrement dépaysant et rocambolesque, le Retour de l'abominable Dr Phibes a bien du mal à captiver dans ses enjeux de rivalité à bout de souffle. Faute à une intrigue particulièrement fade et dénuée de surprises peinant à insuffler une vigueur dramatique autour de l'affrontement de Phibes (toujours délibéré à sauver sa dulcinée en parcourant cette fois le fleuve de la vie), et Biederbeck, archéologue également passionné par la vie éternelle depuis l'acquisition d'un parchemin. Si Vincent Price reprend son rôle avec une autorité un peu plus cabotine, les rôles secondaires non dénués de charisme ne parviennent pas à nous séduire dans leur fonction héroïque (le duo de policiers s'efforçant d'ironiser sur les meurtres en pagaille) ou indocile (Biederbeck s'avère finalement impersonnel dans sa posture de "méchant" mégalo). Même si cette séquelle inutile se suit sans véritable ennui, on ne peut s'empêcher de regretter son absence d'originalité, de folie, d'exubérance et de vigueur qui faisait tout le sel de son modèle, et ce en dépit de l'aspect festif de quelques meurtres machiavéliques parfois raffinés dans l'invention macabre (la scène des scorpions sort inévitablement du lot par sa cruauté tolérée). Dommage d'avoir loupé le coche donc car on aurait tant espérer savourer une suite beaucoup plus attractive et bonnard, surtout venant de la part de Robert Fuest, créateur de son proverbial modèle !

Bruno Dussart.
13/03/17.
3èx

                                                                              Photo empruntée sur Google, appartenant à aaronpolson.net

de Robert Fuest. 1971. Angleterre/U.S.A. 1h34. Avec Vincent Price, Joseph Cotten, Hugh Griffith, Terry Thomas, Virginia North, Peter Jeffrey, Derek Godfrey, Norman Jones, John Cater, Aubrey Woods, John Laurie.

Sortie salles U.S: 18 Mai 1971

FILMOGRAPHIERobert Fuest est un réalisateur et scénariste anglais, né le 30 Septembre 1927 à Londres, décédé le 21 Mars 2012.
1967: Just like a Woman. 1970: And soon the Darkness. 1970: Les Hauts de Hurlevent. 1971: L'Abominable Dr Phibes. 1972: Le Retour du Dr Phibes. 1973: Les Décimales du Futur. 1975: La Pluie du Diable. 1977: Three Dangerous Ladies. 1980: Revenge of the Stepford Wives (télé-film). 1981: The Big Stuffed Dog (télé-film). 1982: Aphrodite.


Un docteur met au point une diabolique vengeance pour punir les responsables de la mort de sa femme. Selon les 10 plaies d'Egypte inspirées de la Bible, il perpétue ces horribles crimes pour rejoindre au bout de sa devise les ténèbres avec sa dulcinée. La police impuissante compte les victimes tout en étant déconcertée par l'ingéniosité des meurtres. Classique british des seventies mondialement célébré, l'Abominable Dr Phibes est un jubilatoire jeu de massacre inspiré des écrits religieux de la bible. Les deux points les plus probants de cette oeuvre atypique émanent de l'interprétation mutique de l'extraordinaire Vincent Price et d'une narration sardonique remarquablement charpentée. De l'ingéniosité des crimes concrétisés avec cynisme par un docteur élégiaque, cette farce macabre oscille judicieusement l'horreur railleuse à la romance. En effet, fou d'amour et de haine d'avoir perdu sa femme sur la table d'opération, le Dr Phibes, ancienne vedette de music-hall, manigance une vengeance inédite auprès de huit chirurgiens en s'inspirant des châtiments des plaies d'Egypte. Avec la beauté baroque de décors excentriques inspirés du music-hall des années 30, le Dr Phibes a érigé un véritable temple en sa demeure classieuse parmi la présence d'une assistante gracile et d'automates musiciens. Mélomane en diable, il compose avec son orgue un cérémonial funèbre pour rappeler aux ténèbres son amour immodéré pour sa chère défunte brutalement disparue par la cause d'éminents chirurgiens. Ce décalage audacieux de romantisme éperdue et d'horreur vindicative inscrite dans la dérision instaure la force et le pouvoir de séduction de l'Abominable Dr Phibes.


Dans le rôle du savant fou, Vincent Price livre l'une de ses performances les plus caustiques dans ces manigances morbides d'une inventivité incongrue. Les victimes prises au dépourvu s'avérant sacrifiées de manière sadique avec la complicité fluctuante d'insectes (sauterelles, abeilles) ou mammifères (chauve-souris, rats). Alors que d'autres fois, le Dr Phibes leur administre lui même des sévices tous aussi insidieux comme le fait de vider de son sang une victime rendue anémique par transfusion sanguine, piéger la tête d'un homme avec un masque de grenouille ou encore en congeler un autre dans son véhicule avec de la grêle réfrigérée à - 50 degrés ! A cause d'un accident de voiture l'ayant défiguré et mutique, toutes les émotions qu'il véhicule passe donc par son expression faciale. Une physionomie noyée d'amertume romanesque et de revanche imparable. Sa tenue vestimentaire extravagante faisant office d'icône fantomatique renvoie également aux classiques vétustes de personnages en déraison bafoués par leur destin infortuné (l'Homme au masque de cire, le fantôme de l'opéra).


Quant au point d'orgue crucial, il préfigure avec 40 ans d'avance la saga Saw dans son machiavélisme morbide anthologique ! Spoil ! Pour cause, un médecin est soumis à une opération d'urgence pour sauver son fils parce qu'une clef y aura été transplantée à l'intérieur de son estomac, juste à côté du coeur. Cette pièce métallique se révèle la seule délivrance pour la victime anesthésiée de lui permettre de se libérer de ses câbles par l'entremise du chirurgien. Pendant qu'un compte à rebours de six minutes défile, de l'acide sulfurique circule dans des cylindres de verres du haut du plafond. Par un système mécanique retors, le liquide se déplacera lentement en direction du faciès du rejeton calé sur la table d'opération ! Suspense acerbe et sadisme risible garantis ! Fin du spoil.


Formidablement corrosif par son humour noir british, précurseur du Tortur'porn, l'Abominable Dr Phibes s'édifie en chef-d'oeuvre immuable si bien qu'il reste aussi frais et vigoureux qu'à l'époque de sa sortie. Magnifiquement interprété par un Vincent Price aussi patibulaire qu'aigri dans sa romance déchue et efficacement structuré autour d'une narration débridée, ce canular funeste rehausse sa fascination auprès de la fulgurance d'un esthétisme baroque plutôt distingué. 

Bruno Dussart
17.05.12. 5èx

RécompensePrix du Meilleur Acteur pour Vincent Price au festival du film de Catalogne en 1971.

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire