jeudi 2 mars 2017

LES BETES FEROCES ATTAQUENT

                                                                       Photo empruntée sur Google, appartenant au site fan-de-cinema.com

"Wild Beasts - Belve feroci" de Franco Prosperi. 1984. Italie. 1h32. Avec Lorraine De Selle, John Aldrich, Ugo Bologna, Louisa Lloyd, John Stacy, Enzo Pezzu, Monica Nickel.

Sortie salles France: 30 Octobre 1985

FILMOGRAPHIE: Franco E. Prosperi est un réalisateur, scénariste et producteur italien né en 1928 à Rome. 1955: I viaggi meravigliosi (doc). 1958: I santuari della natura (doc). 1962: Mondo cane (doc). 1963: La femme dans le monde (titre belge). 1963: Mondo cane 2 (doc). 1966: Adieu Afrique. 1971: Les négriers. 1975: Mondo candido. Savana violenta (doc). 1984: Les bêtes féroces attaquent.


Reconnu par le diptyque Mondo Cane, shockumentaire préfigurant la saga fallacieuse Face à la mort, Death Scènes et consorts, Franco E. Prosperi réalise pour le dernier projet de sa carrière une série B horrifique au tournage sans doute houleux si je me réfère à la véracité des animaux (parfois maltraités ou carrément sacrifiés, un parti-pris impardonnable mais j'y reviendrai plus loin !) employés durant la majorité du tournage. Sous les effets d'une drogue déversée dans l'eau d'un zoo, les animaux enragés s'échappent de leur cage pour importuner les citadins de la ville. Un vétérinaire et son adjoint vont tenter de les neutraliser puis de secourir les victimes. A partir d'une idée saugrenue déjà exploitée dans le sympathique Day of Animals (1977), Franco E. Prosperi en extrait un film d'exploitation aussi malsain que nauséeux si bien que ce dernier n'hésite pas à infliger quelques sévices à certains mammifères purement et simplement molestés face caméra (le chat martyrisé par une flopée de rats alors que plus tard quelques rongeurs seront brûlés vifs; vache, cheval et cochon sévèrement agressés par des félins au sein du cadre exigu de leur étable). Autant dire que ces séquences abjectes introduites en intermittence du récit provoquent gêne et malaise au point de délaisser l'aventure cauchemardesque que Prosperi tente (souvent) maladroitement de maîtriser !


Dénué de tout suspense, faute d'une intrigue aseptique incapable d'insuffler une quelconque vigueur lors des situations d'affolement et d'extrême urgence, et de densité psychologique quant à la fonction superflue des protagonistes inexpressifs, les Bêtes féroces attaquent compte donc sur la surenchère gore des exactions animalières d'une texture souvent craspec comme seuls les italiens ont le secret. Tourné entièrement de nuit au sein d'une bourgade urbaine étrangement déserte, le film bénéficie néanmoins de séquences audacieuses plutôt impressionnantes et inopinément crédibles si j'ose dire. A l'instar du jeune couple agressé par des rats dans l'habitacle de leur voiture (ma séquence préférée instaurée en 1ère partie !), d'une automobiliste coursée par un guépard en plein centre urbain (une poursuite surréaliste débridée car émaillée de cascades automobiles et au montage assez avisé) et enfin d'une employée de garde d'enfants prise à parti avec l'hostilité de l'un d'eux. Cette ultime séquence inquiétante parvient d'ailleurs à cultiver un climat d'angoisse assez perméable et d'autant plus couillu lorsqu'un bambin plantera sa victime d'un violent coup de poignard (séquence filmée en slow motion afin d'amplifier le malaise de l'acte aussi déviant). Pour le reste, et même si l'étonnante figuration constituée de véritables lions, tigres, guépard, ours blanc et éléphants impressionnent souvent par leur présence tantôt menaçante, tantôt furibarde, Les Bêtes féroces attaquent peinent à captiver sous la fonction d'une intrigue inerte ne progressant jamais. Et ce malgré la diversité des décors urbains que Prosperi exploite sans habileté (l'attaque du tigre dans le métro puis celle de l'ours dans le gymnase ne provoquent pas l'effroi escompté) pour tenter d'apporter un nouveau souffle horrifique à ses situations insolites.


Une curiosité malsaine donc (au sens péjoratif) à découvrir d'un oeil aussi distrait que dérangé.

Bruno Matéï

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire