samedi 17 mars 2018

GHOSTLAND. Grand prix / Prix du public / Prix du jury Syfy, Gérardmer 2018.

                                                Photo empruntée sur Google, appartenant au site Allocine.fr

de Pascal Laugier. 2018. France/Canada. 1h29. Avec Crystal Reed, Emilia Jones, Anastasia Phillips, Taylor Hickson, Mylène Farmer, Adam Hurtig.

Sortie salles France: 14 Mars 2018 (Int - 16 ans)

FILMOGRAPHIE: Pascal Laugier est un réalisateur Français né le 16 Octobre 1971.
Courts-Métrages: 1993: Tête de Citrouille. 2001: 4è sous-sol. Longs-métrages: 2004: Saint Ange. 2008: Martyrs. 2012: The Secret. 2017: Ghostland.


"Et plus le corps est entravé, plus l’esprit est libre" MF
Fourbu, assommé, bouleversé tandis que l'obscurité de la salle laisse place à la lumière pour nous rappeler à l'ordre de notre (morne) quotidienneté. Spectateurs éclectiques (ados / adultes) et moi même sommes sortis de la projo à l'instar de zombies mutiques et bourrus ! Faute d'avoir perçu le cri du coeur d'un réalisateur engagé à honorer le genre autant qu'à déclarer sa flamme à la fragilité de l'innocence du point de vue féministe à nouveau molesté tous azimuts, pour ne pas dire martyrisée par un Mal (ici) psychotique ! Métaphore sur la cruauté d'un monde sans pitié (comme l'exprime si bien Mylène à sa fille dans un rôle maternel équivoque plutôt convaincant à défaut d'être renversant !), Ghostland singe le conte de fée avec un réalisme contemporain pour mettre en appui une réflexion existentielle sur le mal-être adolescent, la jalousie, la quête identitaire, la peur de l'engagement, et donc de grandir. Notamment à travers le courage de vaincre ses démons, de surpasser nos frayeurs les plus préjudiciables afin d'accéder à une forme nouvelle de confiance en soi, de maturité. Et ce au détriment de se complaire dans le rêve, refuge mélancolique de nos souvenirs d'enfance pour fuir les adultes autant que nos responsabilités. D'une splendeur gothique axée sur l'onirisme macabre où le moindre détail domestique nous fascine autant qu'il assigne au malaise (imaginez un croisement vitriolé de Dolls, Massacre à la tronçonneuse et La Maison des 1000 morts), Ghostland est une invitation à la farce macabre, à la terreur escarpée et étouffante sous l'impulsion d'une bande-son stridente aussi percutante que celle d'Evil-Dead de Raimi.


"Souffrir pour accéder au bonheur"
Nanti d'un scénario à couper au couteau, de par ses thèmes susnommés et d'une construction narrative difficilement prévisible (le pitch adopte un revirement fortuit au bout d'une demi-heure de manière terriblement poignante !), Pascal Laugier s'amuse avec les codes (et faux semblants), les détournent (le 1er quart d'heure inverse efficacement les rôles victime/bourreau lors de règlements de compte cacophoniques), les malaxent et les retournent comme une crêpe au sein d'une pochette surprise "hurlante". Pour cela, fort d'un montage dynamique roublard à mon sens, il manipule nos nerfs avec une intensité dramatique constamment éprouvante de par son enchaînement d'exactions punitives dénuées de raison et d'un réalisme perturbant (larmes et sueurs où s'allient folie et détresse, visages tuméfiés en plan large afin d'accentuer la résultante de la douleur "morale"). Chemin de croix de survie pour Hansel et Cretel subitement projetées dans notre société moderne (où la sauvagerie irréfléchie est reine) pour être constamment mises à l'épreuve afin de tester leur résilience, Ghostland inquiète (surtout auprès de sa première partie misant sur l'expectative autant que l'interrogation), oppresse et fascine à la fois par son esthétisme cauchemardesque semé de monstres et figurines frigides (les poupées de porcelaine dans une posture étrangement guindée). Mais pas que ! Il déstabilise en outre notre sens de l'orientation (la maison de tous les cauchemars s'édifie en dédale vertigineux lorsque l'ouverture d'une porte peut-être l'objet d'une menace incontrôlée) au coeur d'une attraction de folie furieuse parfois bouleversante. Eu égard du parti-pris auteurisant de Laugier à sublimer les portraits névralgiques de deux soeurs aux points de vue contradictoires mais mises à l'épreuve pour s'acheminer vers la solidarité, voir peut-être la délivrance.


La Fureur de (sur)vivre.
Pavé dans la marre pour le genre horrifique trop souvent conformiste, consensuel et donc impersonnel, Ghostland honore autant la série B de samedi soir puissamment erratique et effrénée que le film d'auteur pour scander la noblesse de l'amour et celle de la bravoure à travers une fratrie en voie (désespérée) de communication et de réconciliation, faute d'une épreuve insolente de survie. Pour parachever, gros coup de coeur au jeu si viscéral d'Anastasia Phillips en victime éplorée au confins de la démence, et surtout à la présence aussi fragile que fébrile de Crystal Reed en écrivaine ambitieuse néanmoins ballottée par le doute de l'affirmation et l'appréhension de la célébrité. 

* Bruno

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire