jeudi 19 juillet 2018

TULLY

                                                   Photo empruntée sur Google, appartenant au site Imdb.com

de Jason Reitman. 2018. 1h36. Avec Charlize Theron, Mackenzie Davis, Mark Duplass, Ron Livingston, Emily Haine, Elaine Tan.

Sortie salles France: 27 Juin 2018. U.S: 4 Mai 2018

FILMOGRAPHIE: Jason Reitman est un réalisateur, producteur et scénariste canadien, né le 19 octobre 1977 à Montréal. 2005 : Thank You for Smoking. 2007 : Juno. 2009 : In the Air. 2011 : Young Adult. 2013 : Last Days of Summer. 2014 : Men, Women and Children. 2018 : Tully. 2018 : The Front Runner.


Juno, In the Air, Young adult, Last days of summer... Jason Reitman enchaîne les réussites à un rythme métronomique, ou tout du moins il ne laisse pas indifférent par son habile faculté à nous retransmettre une émotion épurée jamais démonstrative. Si bien qu'avec Tully, j'oserai même prétendre qu'il se transcende à dépeindre sans effet de manche, car de manière résolument prude, le portrait intimiste d'une mère de famille dépassée par son rôle maternel à la suite d'une troisième naissance. Puis un beau jour, et en dépit de sa réticence, elle se décide d'engager une assistante de nuit afin de se libérer de son désagrément, voir notamment de son épuisement physique. C'est alors que la jeune baby-sitter parvient à lui redonner goût à la vie à travers leurs apartés existentiels fondés sur l'avancement de l'âge (et donc le regret du passé libertaire), l'atavisme de la vieillesse, l'appétence sexuelle et la soif de liberté. Dit comme cela, on pourrait songer à une énième comédie bonnard aux thèmes universels tant éculés, notamment auprès de la filmo du réal himself si je me réfère à Young Adult, toujours incarné par Charlize Theron.


Seulement Jason Reitman possède suffisamment de caractère, d'ambition (sa mise en scène est pleine de tact et d'invention, le montage parfois même elliptique, à l'instar de la bande originale de Cindy Lauper qu'écoutent intégralement nos héroïnes en voiture pour y suggérer la durée temporelle de leur trajet) afin d'y imprimer sa personnalité avec une humilité étonnamment poignante (pour ne pas dire franchement bouleversante au final). Si bien que le spectateur se laisse sensiblement happer dans la banalité quotidienne des deux héroïnes avec une trouble acuité. Dans le sens où aux moments intimes les plus fortuits, l'émotion perce lestement à travers l'échange des sobres regards, la douceur des mots, leur flegme complicité, la fantaisie de certains actes (leur virée nocturne en ébriété, le fameux numéro érotique improvisé auprès de son époux) et la contrariété de leurs âmes (principalement cette mélancolie aigre-douce de regretter un passé juvénile). Et ce sans jamais verser dans un patho plombant que le duo Charlize Theron / Mackenzie Davis relève haut la main, entre  tendresse fragile, chaleur humaine et petite rancune. Jason Reitman dirigeant à merveille ses interprètes avec une humilité pleine de retenue, tant auprès des non-dits que des expressions candides des regards complices.


Témoignant bouleversant d'une mère de famille en proie aux affres de la solitude, au doute, à la crainte de ne plus être chéri et à la peur de ne plus séduire, faute d'absence d'attention et de communication (l'époux est docile, timoré, introverti), Tully frappe juste et fort à travers son innocente émotion qu'on ne voit jamais arriver si bien que sa conclusion laconique d'une surprenante pudeur finit par nous ébranler le coeur avec une intensité à corps perdu. Une oeuvre magnifique donc qui laisse des traces dans l'encéphale parce qu'elle s'adresse aussi directement à notre propre psyché à travers l'identité anxiogène de Charlize Theron en remise en question existentielle, familiale et maternelle.

* Gaïus

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