vendredi 30 novembre 2018

Les Voyages de Gulliver

                                              Photo empruntée sur Google, appartenant au site Senscritique.com

"The 3 Worlds of Gulliver" de Jack Sher. 1960. Angleterre/U.S.A. 1h39. Avec Kerwin Mathews, Jo Morrow, June Thorburn, Lee Patterson, Grégoire Aslan, Basil Sydney.

Sortie salles France: ?. U.S: 16 Décembre 1960

FILMOGRAPHIE PARTIELLE: Jack Sher, 16 mars 1913 à Minneapolis - 23 août 1988 à Los Angeles, est un réalisateur, scénariste et producteur américain. Four Girls in Town (1957). Kathy O' (1958). The Wild and the Innocent (1959). Les Voyages de Gulliver (1960). Love in a Goldfish Bowl (1961).


Récit initiatique plein de fantaisie et de magie grâce en priorité au maître des trucages artisanaux, Ray Harryhausen, Les Voyages de Gulliver fleure bon le Fantastique vintage, aussi naïf soit son singulier contexte de survie conçu pour séduire toute la famille. Féerique en diable, cocasse et romantique, les Voyages de Gulliver retrace avec puissance visuelle onirique le parcours conflictuel de ce docteur avide d'ambition dans son désir d'explorer l'Inde afin de parfaire ses travaux médicaux. Or, Gulliver est compromis par un choix cornélien depuis sa relation houleuse avec Elisabeth aussi obtuse que férue d'amour à conquérir son coeur le plus fidèlement. Echoué sur une île après avoir été évincé de son bateau lors d'une tempête nocturne, celui-ci est rapidement kidnappé par des êtres minuscules, les lilliputiens se disputant une guerre clanique pour l'enjeu risible d'un oeuf. Docile, tolérant et doué de raison, Gulliver s'efforce avec philosophie de résoudre leur dissension belliqueuse avant d'à nouveau faire naufrage vers une autre destination, un microcosme de géants aussi vaniteux, ballots et mégalos que leurs homologues de petite taille.


Satire sur l'ignorance, le caprice, l'orgueil et le désir de possession pour y dominer les plus faibles, les Voyages de Gulliver s'avère agréablement conté au fil de péripéties ludiques davantage hostiles et haletantes si bien que Gulliver et Elisabeth devront faire preuve de subterfuges et bravoures pour s'extirper de  situations létales avec comme thématique majeure à déjouer, la superstition du patrimoine médiéval. Baignant dans une photo flamboyante parmi la disparité de décors orientaux, les Voyages de Gulliver constitue un régal formel dans sa capacité de nous évader à travers ces univers à la fois chimériques et métaphoriques parmi d'adroits effets-spéciaux donnant chair à l'infiniment petit et grand. Scindé en 2 parties tenant lieu de reflet de miroir, l'intrigue truffée de péripéties fantaisistes ne cesse d'amuser et dépayser sous l'impulsion d'un casting frétillant s'en donnant à coeur joie dans les railleries, les provocations, l'égoïsme, les sournoiseries et la méchanceté du côté d'ignorants individualistes incapables d'accorder une clémence à une ethnie qu'ils ne peuvent comprendre. Quand bien même le duo prévenant Kerwin Mathews / June Thorburn nous transmet leurs sentiments avec une tendresse indéfectible. Ce qui les convergera à l'issue de leur périple binaire (et grâce à la vigueur de leur amour commun) à rendre compte d'une réflexion sur la dichotomie du bien et du mal dans leur refus de se laisser berner par la haine, la jalousie et la cupidité du pouvoir.


Spectacle flamboyant tous publics aussi insolent qu'enchanteur, les Voyages de Gulliver préserve son pouvoir d'évasion et de fascination en dépit de brèves ellipses narratives que Jack Sher parvient pour autant à pallier à travers des répliques explicatives. Du cinéma Fantastique purement artisanal et délicieusement rétro auprès d'une moisson de trucages bluffants de réalisme poétique. Au demeurant, le spectacle idéal de fêtes de fin d'années !

* Bruno
2èx

jeudi 29 novembre 2018

My girl

                                               Photo empruntée sur Google, appartenant au site thefancarpet.com

de Howard Zieff. 1991. U.S.A. 1h42. Avec Dan Aykroyd, Jamie Lee Curtis, Macaulay Culkin, Anna Chlumsky, Richard Masur, Griffin Dunne.

Sortie salles France: 24 Juin 1992. U.S: 27 Novembre 1991

FILMOGRAPHIE: Howard Zieff est un réalisateur et producteur américain né le 21 octobre 1927 à Chicago et décédé à Los Angeles, le 22 février 2009. 1973 : La Chasse aux dollars. 1975 : Hearts of the West. 1978 : House Calls. 1979 : Tendre combat. 1980 : La Bidasse. 1984 : Faut pas en faire un drame. 1989 : Une journée de fous. 1991: My Girl. 1994: My Girl 2.


«Ô mon beau saule pleureur aux fleurs en cascade. Pourquoi fais-tu couler ces larmes de jade ? Parce qu’un jour il a dû te quitter ? Parce qu’un jour il a dû s’en aller ? À tes branches, il aimait grimper Ton cœur regrette-t-il le bonheur de ces jours aimés ? Tes feuilles toutes inondées de soleil. Riait de ses folies, riait de ses merveilles. Bel arbre triste, cesse de pleurer. Retiens ta peine et sache apaiser ton âme. Tu crois que la vie a abandonné ton bel ami. Mais en toi constamment il renaît»

Vendu comme une comédie familiale niaise avec en tête d'affiche l'illustre Macaulay Culkin révélé un an plus tôt grâce à Maman, j'ai raté l'avion, My Girl est l'antinomie du produit standard dénué de personnalité. Car à travers un sujet aussi grave que délicat (l'affres de la mort du point de vue d'une fillette hypocondriaque), Howard Zieff s'extirpe du tire larme et des convenances grâce à son refus de pathos qu'un tel sujet aurait osé racoler s'il eut été entre les mains d'un cinéaste trivial, et grâce à son vibrant casting plein de panache. Tant auprès des adultes (le couple incandescent Dan Aykroyd / Jamie Lee Curtis se prête au jeu sentimental avec une tendre fraîcheur !) que du couple d'enfants que la jeune Anna Chlumsky impose à son partenaire timoré (Culkin s'efface souvent pour s'exprimer en second plan !) avec une liberté d'expression souvent autoritaire.


Prenant son temps à nous caractériser ses personnages à travers deux liaisons amoureuses (celles des  parents jouant la drague improvisée puis des enfants apprentis singeant ces derniers en second acte); My Girl s'érige en récit initiatique du point de vue candide d'une fillette terrifiée à l'idée de mourir depuis la disparition de sa mère (dès sa naissance) et de la profession morbide de son père toujours en deuil conjugal. Pleine de vie, jalouse, possessive et fureteuse à tenter de comprendre le monde des adultes, Vada va sous notre regard scrupuleux apprendre à vivre et à s'exprimer, ou plutôt se forger progressivement une personnalité plus cérébrale à la suite d'une tragédie accidentelle qui bouleversera à jamais son existence féerique. Truffé de séquences intimistes pleines de charme et de légèreté à travers une banalité quotidienne solaire ou à proximité d'une nature onirique, My Girl touche au coeur avec une poignante sincérité. Tant et si bien que la puissance dramatique de son dernier acte nous arrache les larmes au fil de 2 séquences résolument cruelles pour autant expurgées de dramaturgie outrancière (si on épargne une conclusion un chouilla sucrée vis à vis de la maman en berne). Une situation vite pardonnée eu égard de son monologue final d'une vibrante dignité.


"J'apprends avec la souffrance, j'ai appris à comprendre la mort grâce à la souffrance." 
Attachant mélo plein de charme et d'un humanisme à la fois candide et mature (notamment les leçons d'apprentissage qu'inculquent Harry et Shelly auprès de Vada en guise de rédemption); My Girl fait office de conte existentiel à travers la curiosité de celle-ci en voie de réconciliation avec la plus éprouvante des tragédies: celle d'accepter la perte de l'être cher à un âge inconséquent mais chrysalide. 

Dédicace à Cate mini.

* Bruno

mercredi 28 novembre 2018

Planète Interdite

                                                  Photo empruntée sur Google, appartenant au site Allocine.fr

"Forbidden Planet" de Fred McLeod Wilcox. 1956. U.S.A. 1h38. Avec Walter Pidgeon, Anne Francis, Leslie Nielsen, Warren Stevens, Jack Kelly.

Sortie salles U.S: 15 Mars 1956

FILMOGRAPHIEFred M. Wilcox ou Fred Wilcox est un réalisateur américain, né Fred McLeod Wilcox à Tazewell (Virginie) le 22 Décembre 1907, décédé le 23 Septembre 1964 à Berverly Hills (Californie). 1938: Paradise for Three. 1943: Fidèle Lassie. 1946: Le Courage de Lassie. 1948: Le Maître de Lassie. 1948: Cupidon mène la danse. 1949: Le Jardin Secret. 1952: Shadow in the sky. 1953: L'Auto sanglante. 1954: Tennessee Champ. 1956: Planète Interdite. 1960: I passed for White.


« Quelles que soient les intentions des hommes, il existe toujours en chacun une part d’ombre, un consentement au mal ; sans cesse à débusquer, selon les termes de la psychanalyse qui s’affirme alors, jusque dans l’inconscient de chaque être. »
En reconnaissance sur la planète Altaïr IV, l'équipage d'un astronef tente de secourir les derniers survivants que forment le Dr Morbius et sa fille n'ayant plus donné signe de vie 19 ans plus tôt. En dépit du refus péremptoire de ce dernier les avertissant d'un probable danger, le commandant John J. Adams et ses sbires se posent sur leur planète pour y découvrir une technologie avancée.


Grand classique des Fifties, fer de lance de la science-fiction novatrice célébré par son scope couleur, ses FX révolutionnaires, ses décors baroques (conçus en matte painting en arrière plan) et par la présence iconique de Robby le robot, Planète Interdite marqua aussi bien une génération de spectateurs que de cinéastes, eu égard de son pouvoir de fascination encore aujourd'hui prégnant. Tant et si bien que ce chef-d'oeuvre a beau comptabiliser 62 ans d'âge, on continue de rêvasser auprès de son réalisme kitch sous l'impulsion d'un score dissonant volontairement expérimental. Remarquablement interprété et dialogué avec un traitement fouillé pour chacun des personnages (notamment auprès du profil équivoque de Morbius ou de la fragilité candide de la fille de celui-ci en émoi amoureux), Planète Interdite bénéficie en prime d'un scénario complexe pour autant passionnant afin de mettre en garde la mégalomanie du savant désireux de se substituer à Dieu.


Car sous couvert de réflexion sur la part de Mal cohabitant en chacun de nous, l'intrigue met aussi bien en parallèle les dangers du progrès technologique apte à y transcender les utopies du scientifique le plus cérébral. Au-delà du développement narratif progressivement inquiétant et obscur qu'il faut suivre scrupuleusement, Fred McLeod Wilcox se permet en intermittence de détendre l'atmosphère par le biais de situations cocasses restées dans les mémoires. Tant auprès de Robby le robot (hyper charismatique et si attachant en majordome futuriste), du cuisto guilleret un peu trop porté sur le Whisky que de la fille adulescente du Dr Morbius qu'un lieutenant et un commandant s'opposent gentiment pour un enjeu de drague anthologique. On peut également, et pour parachever, signaler la séquence saillante du monstre invisible se débattant contre les circuits à haute tension à travers une scénographie rutilante. Une confrontation dantesque entre les officiers et le potentiel animal capable de dissoudre ces proies à l'aide de flammes rugissantes. Bref, du cinéma d'anticipation intelligemment ludique, visionnaire et innovant, l'un des plus notoires des années 50.

* Bruno
28.11.18. 3èx
27.02.15. (82 v)

mardi 27 novembre 2018

Calme Blanc

                             Photo empruntée sur Google, appartenant au site soimarriedamoviegeek.podbean.com

"Dead Calm" de Philip Noyce. 1988. 1h36. Avec Nicole Kidman, Sam Neill, Billy Zane, Rod Mullinar, Joshua Tilden.

Sortie salles France: 23 Août 1989. U.S: 7 Avril 1989

FILMOGRAPHIEPhillip Noyce est un réalisateur australien, né le 29 avril 1950 à Griffith (Australie). 1977 : Backroads. 1978 : Newsfront. 1982 : Heatwave. 1987 : Echoes of Paradise. 1989 : Calme blanc. 1989 : Vengeance aveugle. 1992 : Jeux de guerre. 1993 : Sliver. 1994 : Danger immédiat. 1997 : Le Saint. 1999 : Bone Collector. 2002 : Le Chemin de la liberté. 2002 : Un Américain bien tranquille. 2004 : Welcome to São Paulo - segment Marca Zero. 2006 : Au nom de la liberté. 2010 : Salt. 2014 : The Giver.


Réalisateur hollywoodien plutôt habitué aux produits commerciaux mainstream (Jeux de GuerreSliver, Danger Immediat, le Saint, Bone Collector, Salt), Philip Noyce est tout de même parvenu en 1988 à tirer son épingle du jeu avec Calme Blanc. Un thriller maritime impeccablement ficelé au sein du cadre exigu de bâtiments de navigation si bien que le réalisateur parvient très efficacement à mettre en parallèle deux situations de survie à deux endroits opposés. L'un, l'époux, tentant de s'extirper d'un bateau à la dérive progressivement envahi par la montée des eaux; l'autre, l'épouse, tentant de s'extraire des griffes d'un psychopathe depuis l'absence de son mari parti ratisser l'embarcation étrangère. Car au préalable, ayant eu la clémence de porter secours à un naufragé, unique survivant d'une potentielle contamination alimentaire, l'époux profita de l'assoupissement de celui-ci pour explorer les lieux du bateau jonché de cadavres. Franchement passionnant à travers son suspense ciselé aux situations couramment censées (si on fait fi de ses 2 dernières minutes inutilement éculées et racoleuses), Calme Blanc inquiète et palpite à la fois avec une maîtrise assez dense. Notamment eu égard de l'habile variété des lieux restreints que nos survivants désorientés explorent avec autant de désarroi que de bravoure retorse.


Au-delà de son original contexte de survie confiné en plein coeur d'une mer tantôt agitée, Calme Blanc bénéficie en prime d'une atmosphère parfois envoûtante si je me réfère à sa partition musicale assez ombrageuse, pour ne pas dire ténébreuse que compose Graeme Revell avec souci sensitif. Il sera d'ailleurs récompensé 1 an plus tard au Festival de l'Australian Film Institute Awards. Ainsi donc, le spectateur observe ce cauchemar bicéphale avec une appréhension constamment tangible. Principalement du point de vue chétif de l'épouse usant de stratégies communicatives (les appels en morse que son époux lui inculquera furtivement) et défensives (les diverses armes que renferme le bateau) avec une audace crédible (Nicole Kidman monopolisant l'écran dans une douceur fébrile !). Quand bien même l'époux démuni car complètement isolé dans l'habitacle du bateau étranger s'efforce avec pugnacité de trouver une issue de secours afin d'éviter la mort par noyade. Parfaitement structuré donc grâce à son intrigue fertile en rebondissements (on s'amusera d'ailleurs de la complicité malgré lui du chien à un moment propice de l'action) et subterfuges de survie (notamment en se disputant les commandes de la navigation !), Calme Blanc déstabilise d'autant plus qu'il est uniquement incarné par 3 acteurs magnétiques s'extirpant spontanément du stéréotype en dépit de l'épilogue grand-guignolesque susnommé. La juvénile et ténue Nicole Kidman, la force mature de Sam Neill et l'inquiétant Billy Zane se disputant le pouvoir à jeu égal.


Haletant, parfois atmosphérique, délicatement angoissant et d'une tension minutieusement diluée, Calme Blanc explore brillamment le survival horrifique à travers l'élément perturbateur du psychopathe implanté ici dans le cadre feutré d'une mer bipolaire. 

* Bruno
3èx

Récompenses: Meilleure musique, meilleure photographie, meilleur montage et meilleur son (Ben Osmo, Lee Smith et Roger Savage), lors des Australian Film Institute Awards en 1989.
Meilleur montage son pour un film étranger, par la Motion Picture Sound Editors en 1990.

lundi 26 novembre 2018

X Tro. Licorne d'Or, Paris, 1983.

                                                                    Photo empruntée sur Google, appartenant au site esplatter.com

de Harry Bromley Davenport. 1983. Angleterre. 1h27 (Uncut version). Avec Philip Sayer, Bernice Stegers, Maryam d'Abo, Danny Brainin, Simon Nash, Peter Mandell.

Sortie salles France: 18 Juillet 1984. U.S: 7 Janvier 1983

FILMOGRAPHIE: Harry Bromley Davenport est un réalisateur anglais, né le 15 Mars 1950.
1976: Whispers of Fear. 1983: X Tro. 1990: X Tro 2. 1995: X Tro 3. 1996: Life among the Cannibals. 1998: Horton, drôle de sorcier. 1998: Erasable You. 2001: L'Enfant Sauvage.


Ovni atypique dans le paysage de la science-fiction, X Tro marqua toute une génération de cinéphiles lors de sa sortie en salles et en Vhs, mais aussi lors de sa diffusion sur la chaîne cryptée Canal +. C'est d'ailleurs l'un des premiers films d'horreur à avoir été programmé en seconde partie de samedi soir, rendez-vous incontournable pour tous les amateurs de frissons ! Auréolé de la Licorne d'Or au Rex de Paris, X tro n'a pas usurpé sa réputation d'objet culte tant le film (continue d')insuffle(r) un pouvoir de fascination étrangement bicéphale. Dans la mesure où il ne cesse de jongler entre l'horreur malsaine et l'anticipation onirique ! Après avoir été enlevé par des extra-terrestre, un père de famille retrouve son foyer 3 ans plus tard pour découvrir que son épouse le trompe avec un amant. Délibéré à protéger son fils, il lui enseigne d'étranges pouvoirs afin de le préparer à rejoindre sa planète lointaine. Si ce bref résumé peut paraître assez banal et nébuleux, le réalisateur réussit à s'extraire de la convenance avec un sens de l'imagination singulière. Ainsi donc, afin de pouvoir retrouver les siens, le père disparu revient sur terre sous l'apparence (inexpliquée !) d'une créature patibulaire pour ensuite violer une femme afin d'être enfanté et retrouver sa forme humaine initiale !
  

Cette séquence malsaine totalement improbable subjugue le spectateur de par son effet de surprise inapproprié et le côté réaliste d'une situation scabreuse n'épargnant pas les détails morbides (excréments sortis du vagin de la victime et cordon ombilical arraché à pleines dents !). Et ce en dépit d'un montage elliptique afin de palier la minceur du budget (tout du moins pour l'élaboration de ses trucages pour autant soignés). Du jamais vu pour l'époque, et encore aujourd'hui aucun réalisateur n'osa dupliquer pareille idée incongrue ! D'autres moments forts, dérangeants ou insolites, émaillent l'intrigue sans prévenir, à l'instar du fils de Sam doué d'étranges pouvoirs télépathiques au cours duquel ses jouets vont prendre vie pour importuner ses proches. Ce côté surnaturel parfois imbitable (Sam et Tony aspirent par la peau des victimes une sève verdâtre de leur métabolisme, quand bien même une femme est réduite à l'état de cobaye afin de féconder des oeufs d'alien !) est d'autant plus accentué des caractérisations équivoques du père amnésique et de son fils complice. Un individu en phase de mutation dont l'unique aspiration semble daigner procréer une nouvelle race d'E.T avant de prendre la poudre d'escampette avec son fils ! Si la réalisation manque de maîtrise et que la direction d'acteur s'avère plutôt timorée, ses défaillances se prêtent plutôt bien au climat d'inquiétude que le cinéaste entretient à l'aide d'un score au synthé aussi dissonant qu'envoûtant !


Certains extra-terrestre ne sont pas nos amis. 
Hermétique, fascinant, malsainX Tro tire parti de sa modestie budgétaire grâce à son inventivité en roue libre et des maquillages artisanaux soigneusement confectionnés (on reste encore impressionné par la morphologie de la créature et l'esthétisme baroque imparti au cadavre d'Analise !). Son ambiance hybride aussi bien déroutante que captivante demeurant l'atout majeur de ce délire bisseux imprégné de vitriol ! Une perle de déviance en somme auquel il est impossible d'y rester indifférent !

Avertissement ! Le dvd édité par Mad Movies reprend la fin alternative imposée par les producteurs. Une conclusion moins onirique et plus grand-guignol que celle diffusée en salles, en vhs et sur Canal +. Il est donc regrettable de ne pas avoir inséré en guise de bonus sa fin initiale beaucoup plus fantasmagorique, éthérée, diaphane !

Dédicace à Dany Dumont
* Bruno
26.11.18. 6èx
04.02.14 (278 v)


Récompenses: Licorne d'Or au Festival du film fantastique de Paris, en 1983.
Prix des Meilleurs Effets-spéciaux à Porto, 1984.

vendredi 23 novembre 2018

Le Métro de la Mort

                                                  Photo empruntée sur Google, appartenant au site Imdb.com

"Death Line/Raw Meat" de Gary Sherman. 1972. Angleterre. 1h28. Avec Donald Pleasance, David Ladd, Sharon Gurney, Christopher Lee, Norman Rossington, Clive Swift.

Sortie salles France: 13 Août 1986 (int - de 13 ans). U.S: Septembre 1976

FILMOGRAPHIEGary A. Sherman est un réalisateur, scénariste et producteur américain né en 1943 à Chicago dans l'Illinois. 1972: Le Métro de la mort, 1981: Réincarnations, 1982: Descente aux enfers, Mystérious Two (TV film), 1984: The Streets (TV film), 1987: Mort ou Vif, 1988: Poltergeist 3, 1990: Lisa, After the Shock, 1991: Murderous Vision (TV film).
                                 

Premier essai du réalisateur néophyte Gary Sherman avant de s'être révélé 9 ans plus tard avec son chef-d'oeuvre Réincarnations, Le Métro de la Mort demeure une série B plutôt follingue et insolite. De par son contexte improbable auquel des monstres cannibales croupissent sous un métro et sa scénographie malsaine annonçant les futures ambiances poisseuses de Massacre à la Tronçonneuse  et La Colline a des yeux à l'orée des Seventies. Dans le métro londonien, un couple découvre un homme inanimé sur l'escalier d'un quai. Après avoir informé la police, ils se rendent à nouveau sur les lieux et découvrent que le corps a disparu. Ayant appris que cet éventuel notable eut était porté disparu, l'inspecteur Calhoun mène l'enquête. Mais trois nouveaux meurtres viennent ébranler sa perplexité ! Amateurs de bisseries débridées, méfiez vous de l'affiche initiale résolument kitch et outrancière car annonçant un gros délire cartoonesque avec en tête d'affiche ce gourou sectaire entouré de ses disciples ! Dans la mesure où cette étrange curiosité occultée depuis trop d'années (d'ailleurs, il sort en salles tardivement chez nous !) privilégie l'aspect documenté d'une sordide filiation anthropophage. Scénarisé par Sherman himself, Le Métro de la mort renvoie plutôt à la fable caustique à travers son sous-texte socio-politique, à l'instar d'un  Georges A. Romero frondeur, et ce en pointant du doigt l'immoralité d'un entrepreneur exploitant les défavorisés pour ensuite lâchement les abdiquer faute de faillite financière. Spoil ! Pour cause, au 19è siècle, suite à un éboulement, un groupe d'ouvriers resta coincé à l'intérieur d'un souterrain qu'ils venaient de façonner pour l'achèvement d'un métro londonien. Suite à une crise financière, le projet est avorté et ces derniers restèrent cloîtrés dans leur crevasse pour ne jamais en sortir.


L'horreur sociale qui y émane est que ces ouvriers condamnés à l'oubli sont parvenus à survivre en se nourrissant de chair humaine et de rats d'égout. Réduits à l'état primitif et co-existant dans un environnement crasseux envenimé par la peste, nos SDF vont réapprendre à survivre dans leur taudis déshumanisé. Fin du Spoil. Extrêmement consciencieux à radiographier l'existence intime d'un couple de mutants au sein de leur cocon mortifère, Gary Sherman dépeint avec émotion et appréhension le retour à l'instinct de survie de ces monstres apatrides destinés à croupir, tel des pestiférés, sous les égouts de la ville. Le réalisateur s'attachant à décrire avec une discrète humanité le portrait miséreux de ces nouveaux pauvres livrés à l'autarcie, la solitude, l'incommunicabilité, la famine et l'insalubrité. Ainsi donc, il voue une certaine empathie auprès du patriarche éploré après que sa dulcinée engrossée succomba à la maladie. Du côté de l'enquête que mène l'inspecteur  Calhoun, elle s'avère limite semi parodique tant Donald Pleasance se glisse dans le corps d'un jean-foutiste à l'aide de répliques sarcastiques un chouilla déroutantes. A l'instar de son étrange score dissonant plutôt en décalage avec l'horreur scrupuleusement dépeinte en gros plan. Un leader plus préoccupé à préparer son thé anglais ou à s'imbiber d'alcool avec un adjoint plutôt que de résoudre une affaire criminelle irrésolue depuis trop d'années. Ce n'est qu'avec la disparition d'un notable de classe supérieure (alors que le jour de sa disparition ce dernier sollicita une prostituée sur le quai de métro !) que les forces de l'ordre décident accordent enfin un quotient d'intérêt, notamment grâce au couple juvénile en proie à l'incompréhension et la curiosité, et avant que les services secrets ne tentent d'étouffer l'affaire.


Tourné dans des décors naturels afin d'accentuer sa facture réaliste (sur ce point le film est une authentique réussite immersive sous un éclairage sépia !), Le métro de la mort constitue une excellente bobine horrifique grâce à son parti-pris documenté d'y dépeindre un environnement malsain improbable jalonné d'estocades gorasses (les impressionnants macchabées putrescents sont particulièrement olfactifs !). Bien que son rythme un peu languissant pâti d'un manque de surprises, le récit parfois poignant et intense (notamment auprès de sa dernière partie en mode survival) dégage une forte personnalité sous le pivot de sa thématique politique stigmatisant une société condescendante et élitiste. D'autre part, et pour confirmer les intentions sincères de l'ébauche macabre, le Métro de la mort gagna au fil des décennies un statut culte mérité si bien que le cinéaste Christopher Smith lui rendit hommage en 2004 avec l'excellent Creep (autrement terrifiant, plus contemporain et haletant).

* Bruno
23.11.18. 3èx
09.04.11. 182 v

jeudi 22 novembre 2018

Head-on. Ours d'Or, Berlin 2004.

                                         Photo empruntée sur Google, appartenant au site Imdb.com

de Fatih Akın. 2004. Allemagne/Turquie. 2h02. Avec Cem Akin, Meltem Cumbul, Sibel Kekilli, Güven Kirac, Catrin Striebeck, Birol Ünel.

Sortie salles France: 21 Juillet 2004 (Int - 12 ans). Allemagne: 11 Mars 2004.

FILMOGRAPHIE: Fatih Akin est un Allemand réalisateur, scénariste et producteur, né le 25 Août 1973, d'origine turque. 2017: In the Fade. 2016 Goodbye Berlin. 2014/I The Cut. 2009 Soul Kitchen.
 2009 Deutschland 09 - 13 kurze Filme zur Lage der Nation (segment "Der Name Murat Kurnaz").
 2008 New York, I Love You (segment "Fatih Akin"). 2007 De l'autre côté. 2004 Visions of Europe (segment "Die alten bösen Lieder"). 2004 Head-On. 2002 Solino. 2000 Julie en juillet. 1998: L'engrenage.


"Trouver le bonheur, c'est exploser le carcan des cultures et des générations, se fracasser aux libertés artificielles, se perdre dans des bras". Bredele.
Probablement passé inaperçu en France (et sans doute ailleurs) en dépit de ses nombreux prix internationaux, Head-on est ce que l'on prénomme un uppercut émotionnel à travers son histoire d'amour écorchée vive contée ici avec souci d'authenticité au point d'en sortir aussi sonné que désorienté. Car d'une extrême violence dans les rapports passionnels que se dispute le couple destroy (Cahit, alcoolique marginal autodestructeur en perdition morale; Sibel, jeune fille instable et immature avide de liberté faute du conservatisme de sa famille musulmane !) et dans les pugilats lors de soirées d'ébriété où sexe, drogue, alcool coulent sans modération, Head-on nous entraîne de manière sournoise dans une descente aux enfers bicéphale. Dans la mesure où le réalisateur prend d'abord soin de nous attacher au couple turc en ascension amoureuse en décrivant avec souci de vérisme leur glauque quotidien aussi bien sordide que décomplexé. Leur appart insalubre se condensant à une moisson de déchets alimentaires, canettes de bière et mégots humectés disséminés à même le sol que le couple dégénéré assume sans complexe.


Baignant dans une photo hyper naturelle sublimant au passage les contrées turcs (dont celle d'Istanbul en seconde partie), Head-on nous fait suivre le parcours à la fois chaotique et initiatique de ses amants d'infortune hurlant leur douleur et leur désespoir avec une rage humaine bipolaire ! (le récit étant scindée en 2 actes que l'on ne voit pas arriver !). Ainsi donc, à travers ce maelstrom d'imagerie très agressive, tantôt cocasse, tantôt dramatique, et de musicalité rock, orientale, punk opérée dans les pubs et boites de nuit, le spectateur reluque leur déchéance avec une contrariété sensiblement malsaine. Pour autant, parmi le regard incandescent de Cahit en voie de mutation morale et l'insouciance de sa dulcinée férie d'expériences interdites, Head-on sublime l'essence de l'amour avec un grand A. Celui incontrôlé que l'on ne voit pas arriver si bien que de nouveaux sentiments rédempteurs sont amenés à nous transformer ad vitam, et ce de manière à reconsidérer notre destinée autrefois galvaudée. Or, ici la tournure des évènements erratiques finit incidemment par se solder par une tragédie, ce qui convergera à sa seconde partie beaucoup grave, cruelle, désespérée, voir même insoutenable (pour les plus sensibles d'entre nous) que le spectateur subira avec une désillusion névralgique incontrôlée. Les rôles dérangés s'inversant promptement au fil d'un nouveau cheminement existentiel autrement rigoureux que chacun apprivoisera ensuite indépendamment dans la quiétude et la sérénité, faute d'une culpabilité commune rongée de remord, faute de remise en question et de quête de rédemption.


Bouleversant mélo punk destroy d'une crudité épineuse au point d'y laisser de graves séquelles cérébrales lors de sa dernière partie escarpée, Head-on transfigure le sentiment amoureux parmi l'étude comportementale d'un couple pulsatile divisé entre une culture intégriste et l'émancipation irrépressible de dévorer la vie en s'autorisant tous les excès possibles. Au-delà de sa structure narrative atypique jouant avec machiavélisme avec notre émotivité ramifiée, le couple Birol Ünel  (sosie de Jean-Louis Aubert en plus charnu) / Sibel Kekilli (Game of Thrones et quelques pornos) immortalise l'écran de leur empreinte subversive avec une déchirante vérité humaine. 

Pour public averti 
* Bruno

Un grand merci à Cine-Bis-Art !

Récompenses:
Prix ​​du film bavarois 1998, Meilleur nouveau réalisateur
2004 Ours d'or au Festival du film de Berlin
Prix du cinéma européen 2004 , Meilleur film, Prix du public
Prix Golden Orange du Festival de film Orange 2007 à Antalya 2007 , Meilleur réalisateur
Prix du film bavarois 2007 , meilleur réalisateur
Prix ​​LUX 2007 du cinéma européen décerné par le Parlement européen
Festival de Cannes 2007 , Meilleur scénario
Ordre du mérite de la République fédérale d'Allemagne 2010 (Verdienstorden der Bundesrepublik Deutschland) pour sa contribution à la description des problèmes des germano-turcs.
Golden Globe Award 2018 , meilleur film en langue étrangère

mercredi 21 novembre 2018

Point Break : Extrême limite

                                                    Photo empruntée sur Google, appartenant au site Imdb.com

"Point Break" de Kathryn Bigelow. 1991. U.S.A. 2h02. Avec Patrick Swayze, Keanu Reeves, Gary Busey, Lori Petty, John C. McGinley, James LeGros.

Sortie salles France: 28 Août 1991. U.S: 12 Juillet 1991.

FILMOGRAPHIE: Kathryn Bigelow est une réalisatrice et scénariste américaine, née le 27 Novembre 1951 à San Carlos, Californie (Etats-Unis). 1982: The Loveless (co-réalisé avec Monty Montgomery). 1987: Aux Frontières de l'Aube. 1990: Blue Steel. 1991: Point Break. 1995: Strange Days. 2000: Le Poids de l'eau. 2002: K19. 2009: Démineurs. 2012: Zero Dark Thirty. 2017: Detroit.


Succès commercial international (dont 1 351 132 entrées rien qu'en France), Point Break n'a point usurpé sa réputation de film culte auprès des fans tant Kathryn Bigelow est parvenue à communier film sportif et action policière avec une efficacité en roue libre. Car si l'intrigue s'avère simpliste (un jeune agent du FBI infiltre une communauté de surfeurs afin de démasquer une bande de braqueurs émérites), la cinéaste parvient habilement à la structurer à travers un contexte original d'épreuves sportives à couper le souffle. Tant auprès des vagues déferlantes que nos surfeurs chevauchent sur leur planche avec stoïcité que de leurs sauts en parachute d'un réalisme résolument vertigineux. Le spectateur ayant la trouble impression de s'immerger parmi eux, sous les vagues ou dans le ciel, avec une sensation d'ivresse exaltante ! On retrouvera d'ailleurs en intermittence une autre forme d'épanouissement délicieusement envoûtant à travers les rapports sentimentaux de Johnny (Keannu Reeves) et Tyler (Lory Petty, pétillante et ténue avec une douceur de miel !) sous l'impulsion du score fragile de Mark Isham (que l'on préserve longtemps en mémoire). Des moments intimistes pleins de pudeur et de tendresse d'une intensité capiteuse à nous rendre amoureux !


Autant avouer que comme la soulignait la tagline de l'époque, Point Break c'est du 100% adrénaline sans équivoque possible ! Si bien qu'au-delà de ses séquences sportives au souffle épique, Point Break regorge en prime de scènes d'action percutantes de par sa violence assez escarpée et le brio du montage que Kathryn Bigelow gère à la perfection, et ce sans jamais se laisser guider par une esbroufe racoleuse. Chaque scène d'action s'exprimant à travers les stratégies illégales des braqueurs autant motivés par leur soif d'émancipation que de leur goût immodéré pour l'ivresse des sensations fortes. On peut d'ailleurs évoquer à titre d'anthologie la poursuite à pied que Johnny perdurera afin de rattraper un braqueur en pénétrant communément par effraction dans de nombreux foyers domestiques. Une longue endurance subjective filmée caméra à l'épaule avec un art consommé du réalisme immersif ! Mais si Point Break s'avère aussi grisant, fun et jouissif, il le doit autant à son casting spontané flirtant avec une éthique spirituelle à travers leur addiction pour les sensations les plus couillues. La confrontation attachante mais équivoque que se partagent Keanu Reeves (même si un poil trop lisse dans son rôle juvénile) et Patrick Swayze s'avérant toujours plus intense au fil de leur trahison amicale engendrant en second acte une inimitié héroïque. Enfin, à travers les rapports si solidaires de Johnny et de l'agent Angelo Pappas, on peut également prôner la présence charismatique de Gary Busey en faire-valoir bonnard d'une touchante loyauté envers sa jeune recrue. 


Lyrique, envoûtant, romantique, violent, homérique sans que jamais l'action ne s'essouffle en cheminement de filature, Point Break est parvenu à renouveler le cinéma d'action avec une originalité assez burnée. Tant et si bien que chez un vulgaire tâcheron le ridicule aurait été de rigueur. Et donc, plus inspirée que jamais, Kathryn Bigelow est parvenue à imprimer de son empreinte musclée l'un des meilleurs actionner des années 90. 

* Bruno
3èx

mardi 20 novembre 2018

Dr Cyclops

                                     Photo empruntée sur Google, appartenant au site jamesreasoner.blogspot.com

"Doctor Cyclops" de Ernest B. Schoedsack. 1940. U.S.A. 1h15. Avec Albert Dekker, Thomas Coley, Janice Logan, Charles Halton, Victor Kilian.

Sortie salles France: 1er Mai 1953. U.S: 10 Avril 1940

FILMOGRAPHIE: Ernest Beaumont Schoedsack est un réalisateur, directeur de photo, producteur, monteur, acteur et scénariste américain, né le 8 Juin 1893 à Council Bluffs (Iowa), décédé le 23 Décembre 1979 dans le Comté de Los Angeles. 1925: Grass: a nation's battle for life.1927: Chang. 1929: Les 4 plumes blanches. 1931: Rango. 1932: Les Chasses du comte Zaroff. 1933: King Kong. 1933: The Monkey's Paw. 1933: Blind Adventure. 1933: Le Fils de Kong. 1934: Long Lost Father. 1935: Les Derniers jours de Pompéï. 1937: Trouble in Morocco. 1937: Outlaws of the Orient. 1940: Dr Cyclop. 1949: Monsieur Joe. 1952: The is Cinerama.


Célébré par le duo gagnant Les Chasses du comte Zaroff / King-KongErnest B. Schoedsack n'a pas encore fini de nous émerveiller et de nous cauchemarder avec Dr Cyclops réalisé en 1940. Exceptionnellement tourné en technicolor dans les décors limités d'une jungle, et ce parmi la minorité d'une poignée d'acteurs, Dr Cyclop tire-parti de son charme fantaisiste grâce à ces formidables trucages élaborés avec autant de soin que d'inventivité (même si dans la plupart des cas on y décupla la taille des décors naturels afin de rapetisser les interprètes !). Car à travers le thème de la miniaturisation (que Jack Arnold transcendera 17 ans plus tard avec l'inégalé l'Homme qui rétrécit),  Ernest B. Schoedsack s'efforce de rendre palpitante une simple histoire de rapt d'une originalité couillue. Si bien que l'intrigue débridée ne sombre jamais dans le ridicule, notamment grâce à la cohésion héroïque des sujets rétrécis résolument immergés dans leur condition d'exclusion !


Ainsi donc, après avoir été recruté par le biologiste Thorkel afin de parfaire ses obscurs travaux; des scientifiques se retrouvent rétrécis par sa machine révolutionnaire fonctionnant au radium. Embrigadés de prime abord dans sa cabane, ils parviennent ensuite à s'échapper à travers la jungle peuplée d'animaux hostiles. Survival ludique mené tambour battant de par son enchaînement de stratégies défensives et offensives que 5 rescapés entament afin d'échapper au savant fou, aux animaux domestiques (chien et chat) et sauvages, Dr Cyclops parvient à nous évader auprès de son univers chimérique grâce au réalisme des FX (aussi simples soient-t'ils à 2/3 exceptions !). D'une poésie féerique, parfois gentiment cocasse de par la décontraction de certains sujets; et contrairement inquiétant, voir même cruel si je me réfère au jeu patibulaire de l'acteur Albert Dekker se prêtant avec perversité au désir d'asservissement avec ses gros verres de lunettes, Dr Cyclops exploite astucieusement ses séquences d'action lancées dans de multiples directions. Tant auprès d'un foyer domestique que de sa végétation sauvage, réceptacles de tous les dangers pour nos preux héros traqués tous azimuts par beaucoup plus imposants qu'eux.


Pur divertissement de samedi soir ayant festoyé autour des cinémas de quartier si bien qu'Eddy Mitchell lui rendit à son tour hommage à travers son émission la Dernière Séance (diffusé le 1er Avril 93 en 2è partie de soirée juste après Luke la main froide), Dr Cyclops milite pour le rêve avec autant de modestie et d'innocence que de sincérité. Dans la mesure où acteurs expansifs et effets-spéciaux artisanaux se télescopent à l'action disproportionnée parmi l'efficacité du récit alerte. Une série B bonnard donc puisant son charme rétro à travers son époque vintage ! 

* Bruno
3èx

lundi 19 novembre 2018

Dogman. Prix d'interprétation masculine, Marcello Fonte, Cannes 2018.

                                                   Photo empruntée sur Google, appartenant au site Imdb.com

de Matteo Garrone. 2018. Italie. 1h43. Avec Marcello Fonte, Edoardo Pesce, Alida Baldari Calabria, Nunzia Schiano, Adamo Dionisi.

Sortie salles France: 11 Juillet 2018 (Int - 12 ans). Italie: 17 Mai 2018 

FILMOGRAPHIE: Matteo Garrone est un réalisateur italien né le 15 octobre 1968 à Rome. 1997: Terra di mezzo. 1998: Ospiti. 2000: Estate romana. 2002: L'Étrange monsieur Peppino. 2004: Primo amore. 2008: Gomorra. 2012: Reality. 2015: Tale of Tales.


Un drame social inoubliable.
Inspiré d'une sordide histoire vraie, Dogman décrit le parcours solitaire de Marcello, toiletteur pour chien quotidiennement discrédité et molesté par un de ces anciens amis récemment sorti de prison. Ce dernier, mastard, semant la terreur dans le quartier, notamment faute de ses crises de manque avec la cocaïne. Dans un concours de circonstances malchanceuses et de manière involontaire, Marcello va sombrer dans une dangereuse vendetta. Magnifique portrait d'un quidam taiseux, introverti et timoré que l'acteur Marcello Fonte retransmet avec une vérité humaine bouleversante (le réalisateur parvenant à saisir le silence de ces pensée à travers la neutralité du regard), Dogman relate avec un âpre réalisme sa descente aux enfers tristement amère. L'intérêt du récit imprévisible résidant dans les contrariétés morales de ce commerçant inculte incapable de s'affirmer, de se défendre avec le monde extérieur mais pour autant en requête d'amitié, voire même d'une main secourable.


Qui plus est, et faute également de sa corpulence malingre; si Marcello est toutefois considéré comme un toiletteur serviable et sans histoire, il reste aux yeux des autres terriblement influençable et beaucoup trop naïf pour tenter de se rebeller contre les voix les plus répréhensibles. Son camarade  Simoncino étant un minable consommateur de coke dénué de loyauté et de reconnaissance envers lui, il profitera donc de sa gentillesse pour l'exploiter dans les combines les plus tordues. Dénué de personnalité mais d'une loyauté indéfectible en ce qui concerne l'amitié, Marcello tentera malgré tout dans une forme de désespoir suicidaire de prendre sa revanche sur la société avec une maladresse terriblement préjudiciable. Car davantage réduit à la solitude, à l'humiliation, à la culpabilité et à l'injustice, Marcello tentera vainement de se tailler une nouvelle carrure plus inflexible et autonome en dépit de ses rapports intenses auprès de sa fille et de sa tendresse pour les chiens.


Profil d'un loser en perdition
Magnifique portrait d'un paumé déchu aux yeux de l'entourage local issu d'un quartier pauvre, Dogman s'avère d'une intensité dramatique rigoureuse de par sa tendresse immodérée que Matteo Garrone porte pour son personnage infortuné plongé dans l'impuissance morale. Transcendé par la performance (corporelle et cérébrale !) de Marcello Fonte (prix d'interprétation à Cannes), celui-ci soulève l'intrigue du poids de ses frêles épaules avec une puissance d'expression dépouillée, si bien que l'on ne sort pas indemne de son destin cruellement galvaudé. Du grand cinéma italien qu'imprime de sa personnalité auteurisante Matteo Garrone (Gomorra).

* Bruno

Festival de Cannes 2018 : Prix d'interprétation masculine pour Marcello Fonte.
Rubans d'argent 2018 : meilleur film, meilleur réalisateur et meilleur acteur.

vendredi 16 novembre 2018

Fog. Prix de la Critique, Avoriaz 1980.

                                                   Photo empruntée sur Google, appartenant au site telerama.fr

"The Fog" de John Carpenter. 1980. 1h29. Avec Adrienne Barbeau, Jamie Lee Curtis, Janet Leigh, John Houseman, Tom Atkins, James Canning, Charles Cyphers, Nancy Kyes, Ty Mitchell, Hal Holbrook, John F. Goff.

Sortie salles France: 19 Mars 1980. U.S: 8 Février 1980

FILMOGRAPHIEJohn Howard Carpenter est un réalisateur, acteur, scénariste, monteur, compositeur et producteur de film américain né le 16 janvier 1948 à Carthage (État de New York, États-Unis). 1974 : Dark Star 1976 : Assaut 1978 : Halloween, la nuit des masques 1980 : Fog 1981 : New York 1997 1982 :The Thing 1983 : Christine 1984 : Starman 1986 : Les Aventures de Jack Burton dans les griffes du Mandarin 1987 : Prince des ténèbres 1988 : Invasion Los Angeles 1992 : Les Aventures d'un homme invisible, 1995 : L'Antre de la folie 1995 : Le Village des damnés 1996 : Los Angeles 2013 1998 : Vampires 2001 : Ghosts of Mars 2010 : The Ward

                                       

"Tout ce que nous voyons ou croyons voir n'est-il qu'un rêve dans un rêve ?"
Edgar Allan Poe

Hormis son Prix de la critique à Avoriaz en 1980 et un succès commercial (dont 947 944 entrées rien qu'en France), Fog reçu un accueil timoré du côté de la critique. D'autre part, insatisfait du premier montage, Carpenter remania 1/3 du film (ajout puis suppression de scènes) tout en modifiant la bande sonore ainsi que sa partition musicale. Antonio Bay, petite ville côtière de Californie du Nord. Une légende prédit que des fantômes tapis dans l'ombre d'un brouillard ressurgissent des flots pour assassiner six citadins et tenter de récupérer leur cargaison. Pour cause, le village fut construit grâce à l'or pillé par le prêtre Malone et ses cinq complices lorsque Blake et son équipage daignaient trouver refuge sur la rive. Attiré par la lumière d'un feu de camp, le navire s'écrasa sur un rocher et coula avec l'équipage. Cent ans plus tard, les victimes de ce traquenard sont décidées à se venger. Une gérante de radio postée à l'intérieur de son phare tente d'avertir la population qu'un étrange brouillard semble semer terreur et mort.
.

A l'instar de son envoûtant préambule auquel un marin sclérosé assis autour d'un feu de camp narre auprès d'une assemblée de gamins une sombre histoire de spectres vengeurs, Fog rend ses lettres de noblesse aux mythes et légendes afin de renouer avec l'ambiance séculaire des Ghost stories d'antan. Oeuvre considérée comme mineure chez la filmo de Carpenter, d'autant plus sujette à de multiples modifications techniques et narratives en cours de montage, Fog demeure pourtant une illustration flamboyante de ce que la série B modeste peut surpasser en terme d'atmosphère ouatée, latente et crépusculaire. Tant et si bien que le spectateur s'y évade facilement pour se fondre avec délectation au coeur de l"imagerie fantastique" ! Et donc, à l'aide d'un simple argument aussi original que fascinant bâti sur le conte horrifique (avec en arrière plan une métaphore sur la fourberie du colonialisme - créer une société en éliminant les plus faibles par le sang -), John Carpenter nous livre un modèle de mise en scène de par l'utilisation judicieuse du phénomène (sur)naturel du brouillard ! Avec une belle efficacité, tant dans la gestion de l'angoisse et du suspense que du climat de mystère tantôt oppressant, tantôt anxiogène, ces spectres vengeurs (bon dieu leur look mortifère nous hypnotise le regard à chacune de leurs apparitions résolument photogéniques !) se fondent à travers le décor côtier du village d'Antonio Bay de manière littéralement alchimique. De par la maîtrise du cadre et de l'espace, et la manière irréelle dont le brouillard s'accapare de l'environnement quotidien pour emprisonner ses proies, Fog  nous suggère un cauchemar capiteux.


Ainsi donc, il fallait oser assigner le rôle majeur à cette nappe diffuse y éclipsant à l'intérieur des morts-vivants afin de mieux véhiculer une menace anxiogène en proie au surnaturel le plus opaque. De par son aura indicible, cet élément naturel avili par une vengeance morbide nous ensorcelle avec un réalisme diaphane. Si bien que la manière habile dont Carpenter exploite l'apparence sépulcrale des spectres est souvent suggérée par des silhouettes noires tapies dans l'ombre, et ce avant d'ébranler brutalement la victime à l'aide d'une serpe ou d'un crochet rubigineux. Et pour revenir à son intrigue minimaliste mais pour autant efficace, elle dépend de plusieurs destins, parmi lesquels deux couples de survivants prochainement contraints à se réunir dans la chapelle d'un prêtre grâce à la sollicitation d'une émettrice de radio bientôt en instance de survie ! Et pour intensifier la situation alarmiste, le rejeton de cette dernière réfugié dans la demeure d'une septuagénaire aura fort affaire avec une expérience épeurante depuis que Blake et ses complices le désigneront comme potentielle nouvelle cible. Emaillé de séquences horrifiques habilement suggérées parmi l'entité du brouillard éthéré,  Fog oscille angoisse, (douce) terreur et effet de surprise auprès des attaques cinglantes de nos lépreux putréfiés. A l'aide d'un accord musical à la fois entêtant et envoûtant confectionné par le maître himself, Fog diffuse enfin un rythme haletant pour culminer vers le huis-clos restreint d'une église véreuse. Et pour renchérir le sentiment de danger létal, Carpenter y inclus en parallèle une seconde séquence de siège lorsque l'animatrice radio poursuivie par les revenants est contrainte de se blottir sur le toit de son phare !


Derrière la brume... l'horreur !
D'une beauté surnaturelle affinée que Carpenter transfigure grâce à son amour immodéré du Fantastique, et parfaitement convaincant auprès du charisme d'attachants seconds couteaux familiers du genre (Hal HolbrrokJamie Lee CurtisJanet Leigh,Tom Atkins et surtout Adrienne Barbeau dans le rôle le plus substantiel), Fog constitue une série B d'angoisse formellement envoûtante et singulière. Si bien que son concept horrifique audacieux (qui aurait pu sombrer dans la gaudriole Z chez un tâcheron) laisse plutôt libre court à l'imagination du spectateur (exit donc toute trace de gore !) enivré par un conte moderne inspiré de ses ancêtres écrivains (Edgar Poe en ligne de mire). 

* Bruno
16.11.18. 6èx
15.06.12. (96 v)

jeudi 15 novembre 2018

Mission Impossible : Fallout

                                         Photo empruntée sur Google, appartenant au site Imdb.com

de Christopher McQuarrie. 2018. U.S.A. 2h28. Avec Tom Cruise, Henry Cavill, Ving Rhames, Simon Pegg, Rebecca Ferguson, Sean Harris, Michelle Monaghan, Angela Bassett.

Sortie salles France: 1er Août 2018. U.S: 27 Juillet 2018

FILMOGRAPHIE: Christopher McQuarrie est un réalisateur et scénariste américain, né en 1968 à Princeton, New Jersey. 2000: Way of the Gun. 2012: Jack Reacher. 2015: Mission Impossible: Rogue Nation. 2018: Mission Impossible: Fallout.


Monstrueux, apocalyptique, galvanisant, tétanisant, vertigineux, à couper le souffle ! Mes éloges subjectives ont beau paraître outrancière, Mission Impossible : Fallout m'a cloué au fauteuil 2h20 durant (en épargnant les 8 mns de générique de fin), à l'instar du tout aussi révolutionnaire Mad-Max Fury Road ! Car oui, Mission Impossible : Fallout dépasse tous ses opus antécédents pour carrément réinventer l'actionner bourrin (comme je déteste cette locution tant ici l'action déployée dépend intelligemment d'une narration retorse !) par le biais de morceaux de bravoure jamais vus au préalable ! Quand bien même la 1ère heure nous mettait déjà KO par sa frénésie formelle (épaulé du montage ultra dynamique), l'heure vingt suivante nous hypnotise les sens avant de nous combler auprès d'un point d'orgue de 45 minutes instaurées au creux de montagnes enneigées ! Notamment en alternant à deux endroits distinctes deux actions discontinues que le spectateur déboussolé savoure avec une appréhension aussi oppressante ! Et donc même si nous avons affaire à un pur divertissement en roue libre, l'invraisemblance des scènes d'action a beau paraître outrée, on y croit sans sourciller, on s'accroche à son fauteuil en renouant avec un sourire de gosse, notamment en se laissant séduire par l'implication spontanée des personnages stoïques bravant le danger avec un dynamisme si communicatif (Tom Cruise crevant une fois de plus l'écran en héros strié à la force d'expression).


Christopher McQuarrie ayant en prime l'astuce d'y injecter une bonne rasade d'humour à travers leurs répliques décomplexées. Une manière fantaisiste de détendre l'atmosphère débridée et ainsi rappeler que nous sommes au cinéma, alors que le spectateur s'implique comme jamais dans la tourmente d'une folle course contre la mort à grande échelle (l'enjeu humain de la démographie de l'Inde, du Pakistan et de la Chine). Modèle de mise en scène (de par sa fluidité, l'exigence maniaque du travail technique) et d'ultra efficacité sous la mainmise d'un Christopher McQuarrie furieusement animé d'ambition démesurée (alors qu'il était déjà signataire du précédent volet), Mission Impossible : Fallout tire parti de son attrait ultra jouissif grâce à une intrigue à suspense à la fois tendue et infiniment haletante. En gros, il s'agit pour l'équipe d'Ethan Hunt de récupérer en un temps furtif 3 bombes de plutonium en échange de livrer un ancien terroriste (celui entrevu dans le précédent opus) auprès de la "veuve". Truffé de rebondissements, péripéties de survie, revirements et faux semblants à travers une poignée d'acolytes, de maîtres chanteurs, d'espions et de dissidents, Mission Impossible... cumule à rythme métronome des bastonnades martiales (celle dans les WC est mémorablement chorégraphiée !) et courses-poursuites ahurissantes de réalisme (tant en moto, qu'en voiture, en fourgon, en hélico ou en parachute). Quand bien même nos personnages héroïques (jamais superficiels !) font preuve de sentiments à travers leur humanisme solidaire, notamment sous l'impulsion nostalgique de l'ex femme d'Ethan Hunt permettant à l'intrigue annexe de nous scander une superbe histoire d'amour pleine de pudeur et de dignité. Bref, rien ici n'est laissé au hasard pour caresser dans le bon sens le grand public en faisant fi d'esbroufe ou d'effets de manche disgracieux trop coutumiers du genre bêtement bourrin.


D'une intensité émotionnelle exponentielle, Mission Impossible : Fallout relève la difficile gageure de réanimer la fibre du vrai cinéma d'action sous sa forme la plus authentique et intègre comme le furent plus tôt Rambo, Mad-Max 2, Piège de Cristal, True Lies, A toute Epreuve, Une journée en Enfer ou encore Speed. Généreux en diable et follement vrillé au fil d'une action substantielle jamais rébarbative, Mission Impossible... renoue avec la chimère du Cinéma. Celle du gout du rêve, de l'évasion et de l'adrénaline appuyé d'un brio technique aussi millimétré qu'infaillible. Et c'est franchement à couper le souffle ! 

* Bruno  

Box Office France: 3 010 246 entrées

mercredi 14 novembre 2018

Natty Gann. Prix du Meilleur espoir féminin pour Meredith Salenger, Young Artist Award.

                                                      Photo empruntée sur Google, appartenant au site Imdb.com

"The Journey of Natty Gann" de Jeremy Kagan. 1985. U.S.A. 1h42. Avec Meredith Salenger, John Cusack, Ray Wise, Lainie Kazan, Scatman Crothers, Verna Bloom, Barry Miller.

Sortie salles France: 5 Février 1986. U.S: 27 Septembre 1985

FILMOGRAPHIEJeremy Kagan est un réalisateur américain né le 14 décembre 1945. 1972 : Columbo - Le grain de sable (TV). 1974 : Unwed Father (TV). 1974 : Judge Dee and the Monastery Murders (TV). 1975 : Katherine (TV). 1977 : Scott Joplin. 1977 : Héros. 1978 : La Grande Triche. 1981 : L'Élu. 1983 : L'Arnaque 2. 1985 : Natty Gann. 1986 : Seule contre la drogue (Courage) (TV). 1987 : Conspiracy: The Trial of the Chicago 8 (TV). 1989 : Big Man on Campus. 1990 : Descending Angel (TV). 1991 : Par l'épée. 1994 : Roswell, le mystère (TV). 1997 : Color of Justice (TV). 1997 : Cœur à louer (TV). 2001 : La Ballade de Lucy Whipple (TV).2002 : Bobbie's Girl (TV). 2004 : Crown Heights (TV). 2007 : Golda's Balcony.


Une production Disney écolo et sociétale sous sa période la plus déférente.
Produit par Disney au milieu des années 80, Natty Gan est un récit d'aventures à la fois exaltant et haletant, l'épopée humaine d'une ado débrouillarde en initiation de survie, faute d'un contexte de crise sociale des années 30. Parce que son père dû précipitamment l'abandonner pour décrocher un emploi à 3000 kms de leur bercail, Natty s'enfuit du foyer d'une mégère surveillante afin de tenter de le retrouver. Constamment ballottée d'un train de marchandise à un autre, ses pérégrinations l'amènent à fréquenter des citadins intolérants et tantôt avenants, une police et une milice drastiques ainsi que de jeunes marginaux aussi désoeuvrés qu'elle. Quand bien même durant son itinéraire forestier elle se lie d'amitié avec un loup entraîné aux combats de chiens. Hymne à la nature et à l'amour du loup livré comme l'héroïne à la solitude, à l'autonomie et à l'exil, Natty Gann fait naître une sincère émotion au fil de leur parcours d'endurance semée de rencontres hostiles mais aussi amiteuses. Sans céder aux sirènes de la mièvrerie (suffit de prendre comme exemple les rapports timidement sentimentaux de Natty avec l'itinérant Harry et de s'émouvoir sans fard Spoil ! de leurs adieux sur le quai fin du Spoil), Jeremy Kagan  s'extirpe honorablement du produit imberbe de par son intégrité à illustrer une solide histoire d'amour et d'amitié nullement racoleuse. Celle envers la nature (véritable bouffée d'air frais), envers la faune et envers l'homme le plus loyal.


Tant auprès du loup protecteur humanisé par sa maîtresse, de l'étranger Harry en quête d'un toit, que du père, leader syndical rongé par le remord, le désagrément et l'affres de l'incertitude depuis la disparition inexpliquée de sa fille. Emaillé de péripéties, bévues, accalmies et rebondissements parfois étonnamment spectaculaires (le saut à haut risque pour accéder à un des wagons, l'emploi vertigineux du père de Natty enrôlé bûcheron dans des chantiers forestiers), Natty Gan fait vibrer la corde sensible sans se complaire dans le pathos ou une facilité lacrymale. Et lorsque les larmes tombent lors d'un final binaire à la fois émouvant et rédempteur, on reste accroché à la dignité, notamment grâce à la prestance dépouillée des comédiens. Particulièrement Meredith Salenger étonnamment simple, fraîche et naturelle en héroïne en herbe animée par l'espoir et sa tendresse pour son père. Magnifiquement photographié dans des paysages naturels édéniques alors que sa fidèle reconstitution historique nous remémore un dramatique épisode de crise sociale, Natty Gann se permet avec un réalisme parfois douloureux de rendre hommage à ces chômeurs démunis d'autant plus chassés de leur foyer sous une dictature bien-pensante (notamment auprès d'une milice sans vergogne).


Beau, simple et vibrant d'humanité à travers un périple bucolique flirtant avec le conte (prod Disney oblige sous sa période la plus révérencieuse !), Natty Gann se décline comme un superbe récit initiatique. Une leçon de tolérance tant auprès du domptage de l'animal sauvage que du prolétaire exploité comme du bétail lors d'un contexte historique de "grande dépression".  

* Bruno
2èx