vendredi 28 décembre 2018

Lectures Diaboliques. Grand Prix, Avoriaz 90.

                          Photo empruntée sur Google, appartenant au site backtothemovieposters.blogspot.com

"I, Madman" de Tibor Takacs. 1989. U.S.A. 1h29. Avec Jenny Wright, Clayton Rohner, Randall William Cook, Stephanie Hodge, Michelle Jordan, Vance Valencia, Mary Baldwin.

Sortie salles France: 16 Mai 1990. U.S: 13 Octobre 1989

FILMOGRAPHIE SELECTIVETibor Takacs est un réalisateur hongrois né le 11 Septembre 1954 à Budapest (Hongrie). 1978: Metal Messiah. 1982: 984: Prisoners of the Future (télé-film). 1987: The Gate. 1989: Lectures Diaboliques. 1992: The Gate 2. 1996: Sabotage. 1997: Sanctuary. 2001: La Fille du Père-Noel (télé-film). 2003: Rats. 2007: Ice Spiders (télé-film). 2007: Mega Snake (télé-film). 2010: Tempête de météorites (télé-film). 2013: Spiders 3D.


Révélé par The Gate, sympathique série B regorgeant d'effets spéciaux aussi adroits qu'inventifs, Tibor Takacs revient deux ans plus tard avec un métrage un peu plus ambitieux: Lectures Diaboliques. Un psycho-killer gothique tirant parti de son originalité de par son contexte fascinant auquel un monstre iconique parvient à s'extraire d'un roman afin d'harceler sa lectrice au sein de sa réalité quotidienne. Influencé par le Fantôme de l'Opéra et ces classiques des années 50 parmi lesquels l'Homme au Masque de Cire ou encore les versions disparates de Jack l'EventreurTibor Takacs aborde la thématique de l'amour fou par le truchement d'un psychopathe aussi laid qu'esseulé, mais délibéré à conquérir sa muse en se greffant un nouveau visage. Par conséquent, après s'être charcuté divers bribes de sa propre physionomie, il perpétue une série de meurtres sur des innocents afin de se remodeler un faciès plus convenable. Auréolé du Grand Prix à Avoriaz, Lectures Diaboliques ne méritait pas une telle gratification, faute de son manque d'épaisseur psychologique et de la modestie de sa réalisation un peu maladroite bien que formellement soignée de par son décorum rétro (une vaste bibliothèque, un appartement douillet, des corridors ténébreux, un brouillard typiquement anglo-saxon, un pont fluvial). Par ailleurs, on reste également captivé par les interventions fortuites du monstre vitriolé assez charismatique. A l'aide d'un propos aussi original que captivant illustrant la dérive parano d'une lectrice masochiste tributaire de frissons à travers les écrits horrifiques d'un roman de gare, Tibor Tackacks s'efforce sobrement de divertir avec une affection pour le genre, aussi mineure soit sa série B relativement efficace.


Tant auprès de la persuasion de l'héroïne en phase progressive d'auto-suggestion, à moins qu'il ne s'agisse de l'alchimie surnaturelle d'un roman plus vrai que nature (ceci n'est pas une fiction avertit la préface !) invoquant un vibrant hommage aux monstres mélancoliques qui pullulaient aussi auprès des cinémas de quartier séculaires. Car si l'intrigue ne réserve finalement peu de surprises, le charme innocent de Jenny Wright (inoubliable interprète du splendide Near Dark !) dans une posture d'inquiétude assez perméable, l'atmosphère d'angoisse parfois envoûtante (ses décors domestiques que l'on croirait issus d'un film des années 50), sa partition tantôt classique clairement influencée par Bernard Herrmans (du point de vue d'un voisin mélomane adepte du clavier) et enfin l'interrogation instaurée auprès de l'identité de l'écrivain maintiennent l'attention jusqu'au final à la fois spectaculaire et débridé (apparition d'une créature décharnée joliment réalisée en stop motion). Ainsi, ses thématiques opposant paranoïa, obsession, rage d'aimer et d'être aimer, ainsi que le pouvoir de l'imaginaire nous convergent vers un troublant cauchemar à la frontière du rêve et de la réalité. D'autre part, à travers la personnalité schizo de l'auteur du roman en requête de reconnaissance (et donc d'amour), Tibor Takacks reprend le profil du Fantôme de l'Opéra pour rendre hommage à la solitude de ces monstres éplorés incapables de s'y faire chérir. Pour autant, cette pléthore d'idées intéressantes s'avèrent timidement exploitées si bien qu'elles ne font qu'effleurer l'intrigue, notamment faute d'absence d'intensité des personnages s'opposant entre incompréhension, peur et perplexité, puis dépit, folie et désespoir du point de vue du monstre psychotique.


Quoiqu'il en soit, et donc en dépit de son évidente maladresse, Lectures diabolique demeure suffisamment ludique, charmant, fou et parfois même inquiétant pour préserver l'attention, notamment grâce à son attachante naïveté découlant d'une facture rétro assez stylisée. 

* Bruno
28.12.18. 4èx 
13.02.15. (62 v)

RécompenseGrand Prix au Festival du Film Fantastique d'Avoriaz, 1990.

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire