mardi 30 avril 2019

Retour vers l'Enfer

                                     Photo empruntée sur Google, appartenant au site Senscritique.com

"Uncommon Valor" de Ted Kotchef. 1983. U.S.A. 1h45. Avec Gene Hackman, Robert Stack, Fred Ward, Reb Brown, Randall "Tex" Cobb, Patrick Swayze, Harold Sylvester.

Sortie salles France: 18 Avril 1984 (Int - 13 ans)

FILMOGRAPHIE: Ted Kotcheff est un réalisateur, producteur, acteur et scénariste canadien d'origine bulgare, né le 7 avril 1931 à Toronto (Canada). 1974: l'Apprentissage de Duddy Kravitz, 1978: La Grande Cuisine, 1982: Rambo, 1983: Retour vers l'Enfer, 1988: Scoop, 1989: Winter People, Week-end at Bernie's, 1992: Folks !


Si on est en droit de préférer les sagas Rambo et Portés Disparus, Retour vers l'Enfer est toutefois suffisamment efficace, nerveux et bien troussé pour contenter l'amateur d'action belliqueuse initié un an au préalable avec le phénomène Rambo. Pour autant, dommage que le pitch archi prévisible se soumet aux conventions (d'ailleurs George Pan Cosmatos et Joseph Zito exploiteront deux ans plus tard le même schéma avec Rambo 2 et Portés Disparus) car dénué de gravité à travers sa faible tension dramatique (oubliez l'affiche fallacieuse !), Retour vers l'enfer ne passionne guère sous l'impulsion héroïque de cette mission commando d'autant plus caricaturale. Ainsi, lors de sa première mise en bouche fondée sur l'entrainement militaire, son aspect troupier engendré par la posture décomplexée de nos touristes mastards prêtent à sourire à travers leurs exubérances en roue libre. Outre ses sympathiques têtes d'affiche (Robert Stack, Fred Ward, Reb Brown, Randall "Tex" Cobb et Patrick Swayze sont totalement impliqués dans leur jeu spartiate), on est surpris de retrouver en leader de peloton le monstre sacré Gene Hackman sobrement convaincant en colonel en berne délibéré à retrouver son fils prisonnier des Vietcongs. Bonnard, dépaysant (les paysages grandioses sont magnifiquement cadrés en plan large) et parfois épique, Retour vers l'Enfer demeure donc un agréable divertissement d'exploitation aussitôt oublié, surtout si on se remémore le chef-d'oeuvre imputrescible Rambo signé du même auteur.


*Bruno
2èx

lundi 29 avril 2019

Dolores Claiborne

                                                 Photo empruntée sur Google, appartenant au site Imdb.com

de Taylor Hackford. 1995. U.S.A. 2h12. Avec Kathy Bates, Jennifer Jason Leigh, Judy Parfitt, Christopher Plummer, David Strathairn, Eric Bogosian.

Sortie salles France: 11 Octobre 1995. U.S: 24 Mars 1995

FILMOGRAPHIETaylor Hackford est un réalisateur et producteur américain né le 31 décembre 1944. Il est marié à l'actrice Helen Mirren. 1980 : Le Temps du rock'n'roll. 1983 : Officier et gentleman. 1984 : Contre toute attente. 1986 : Soleil de nuit. 1988 : Hail! Hail! Rock 'n' Roll (documentaire musical). 1988 : Everybody's All-American. 1993 : Les Princes de la ville. 1995 : Dolores Claiborne. 1998 : L'Associé du diable. 2001 : L'Échange. 2005 : Ray. 2010 : Love Ranch. 2013 : Parker. 2016 : The Comedian.


Drame psychologique transplanté dans le cadre du thriller à suspense d'après un célèbre roman de Stephen King, Dolores Claiborne est une adaptation très réussie de Taylor Hackford sous l'impulsion magnétique du duo Kathy Bates / Jennifer Jason Leigh. Celles-ci soulevant du poids de leurs épaules l'intrigue substantielle avec une intensité dramatique tantôt poignante, tantôt bouleversante. Le Pitch: à la suite de la mort de la richissime Vera Donovan, son intendante Dolores Claiborne est suspectée d'avoir provoqué sa mort en la poussant dans les escaliers. De retour dans sa région d'enfance, sa fille aujourd'hui journaliste tente de renouer les liens avec elle depuis l'autre mort accidentelle de son père auquel Dolores fut finalement déculpabilisée. Mais n'ayant jamais cru à une thèse accidentelle, le détective John Mackey compte bien aujourd'hui prendre sa revanche pour enfin mettre sous les verrous Dolores Claiborne.


De par l'ossature de son récit en suspens alternant efficacement présent et flash-back afin de lever le voile sur l'ambiguïté identitaire de Dolorès, tout en y radiographiant à jeu égal le profil torturé de sa fille sujette à la dépression, Dolores Claiborne captive sans fard jusqu'au dénouement crépusculaire faisant intervenir lors d'une aura onirique le croissant d'une éclipse. Magnifiquement incarné par Kathy Bates en femme caractérielle partagée entre sa force tranquille et sa rage interne d'avoir autrefois subi les maltraitances de son époux alcoolique, quand bien même Jennifer Jason Leigh lui partage la vedette parmi l'intensité d'une discrétion fragile eut égard de son obscur passé entretenu avec celui-ci, Dolores Claiborne donne lieu à un très attachant numéro d'acteurs dénué d'effets de manche. Car si l'intrigue s'avère à mi-parcours assez prévisible, son intensité psychologique perpétuelle et le brio à laquelle Taylor Hackford tisse son latent suspense autour de ses personnages proscrits donne lieu à une passionnante affaire familiale. Entre violentes réparties, crises de larmes, rancoeur, non-dit et aigreur mélancolique. La force narrative découlant des thèmes de l'injustice, du faux semblant, de la maltraitance, de la perversité et du traumatisme que mère et fille vont tenter de dénouer avec une contradiction bipolaire. Ces dernières ayant un sentiment commun de solitude épaulée du poids de la rancoeur et de la culpabilité à travers leur faille de communication amorcée depuis la tragédie familiale.


Remarquablement mené au travers de son suspense ciselé que Kathy Bates et Jennifer Jason Leigh mènent spontanément dans une puissance d'expression frondeuse, Dolorès Claiborne traite de la mort, de la résilience et de l'amour maternel avec une vigueur dramatique particulièrement sensible. Car c'est ici en  renouant avec les démons d'un passé éhonté que la famille en berne pourrait s'octroyer la rédemption en dépit d'un acte criminel condamnable par la juridiction. 

*Bruno
2èx

Récompense: Prix de la meilleure actrice dans un second rôle pour Ellen Muth au Festival international du film de Tokyo 1995.

vendredi 26 avril 2019

Manon des Sources. César meilleure actrice de second rôle - Emmanuelle Béart

                                     Photo empruntée sur Google, appartenant au site chacuncherchesonfilm.fr

de Claude Berri. 1986. France/Italie/Suisse. 1h54. Avec Yves Montand, Daniel Auteuil, Emmanuelle Béart, Hippolyte Girardot, Élisabeth Depardieu, Margarita Lozano, Yvonne Gamy, Ticky Holgado.

Sortie salles France: 19 Novembre 1986

FILMOGRAPHIE: Claude Langmann, dit Claude Berri, est un réalisateur, scénariste, producteur et acteur français, né le 1er juillet 1934, décédé le 12 janvier 2009. 1964: Les Baisers (segment « Baiser de 16 ans »). La Chance et l'amour (segment « La Chance du guerrier »). 1966: Le Vieil homme et l'enfant. 1968 Mazel Tov ou le Mariage. 1969: Le Pistonné . 1970: Le Cinéma de papa. 1972: Sex-shop. 1975: Le Mâle du siècle. 1976: La Première fois. 1977: Un moment d'égarement. 1980: Je vous aime. 1981: Le Maître d'école. 1983: Tchao Pantin. 1986: Jean de Florette. Manon des sources. 1990: Uranus. 1993: Germinal. 1996: Lucie Aubrac. 1999: La débandade. 2001: Une femme de ménage. 2004: L'Un reste, l'autre part. 2006: Ensemble, c'est tout. 2009: Trésor.


Sorti 3 mois après sa première partie, Manon des Sources rameute à nouveau le public en masse si bien qu'il se hisse 2è au box-Office, juste derrière Jean de Florette avec 6 645 596 entrées. Pour rappel, le 1er opus rassembla 7 224 195 entrées. Réunissant les nouvelles têtes d'affiche Hippolyte Girardot (excellent de sobriété et de sagesse en prétendant philanthrope), Ticky Holgado et surtout  l'indomptable Emmanuelle Béart en Némésis sauvageonne, Manon des Sources délivre ici tout son potentiel dramatique à travers une motivation punitive que Manon complote secrètement avec rigoureuse amertume. Car timorée, fuyante, introvertie et taciturne depuis son inconsolable traumatisme d'avoir perdu son père pour un vulgaire enjeu cupide, celle-ci distille une bouleversante émotion fortuite à travers sa névralgie morale cédant parfois à de foudroyantes crises de larme, entre dépit et rancoeur de l'injustice. La puissance de l'intrigue finement charpentée résidant notamment dans la caractérisation d'autres personnages en proie (depuis toujours) à la lâcheté du mutisme mais aujourd'hui délibérés à s'y confesser sous l'influence d'un incident sanitaire majeur et de Manon bientôt sujette à extérioriser toute la vérité. De son côté, frappé d'un coup de foudre pour cette dernière plutôt farouche à son égard, Ugolin lui conjure de la rendre heureuse de par ses sentiments passionnels et ses richesses matérielles.


Daniel Auteuil s'avérant ici autrement plus expressif à travers ses ardents désirs d'amour, de sexualité et de délivrance. Quand bien même le Papet observe la posture folingue d'Ugolin avec une méfiante perplexité. Sans se complaire dans le jeu de la séduction pour y tisser une toile autour d'Ugolin, Manon fricote un stratagème autrement réfléchi en y punissant par l'occasion tous les habitants de sa région. Au-delà du latent suspense imposé à sa cruelle vengeance, l'intrigue finira par atteindre des sommets d'acuité émotionnelle lors de sa seconde partie résolument renversante. Tant et si bien que Claude Berry totalement maître de sa mise en scène posée nous transcende une succession de règlements de comptes verbaux et rebondissements capiteux sous le pivot d'une filiation maudite. Les revirements dramatiques à répétition s'enchaînant de manière fluide car soumis au fil narratif d'une surprenante subtilité. Le fameux point d'orgue révélateur intervenant lors de l'aparté entre le Papet et une vieille amie aveugle, morceau d'anthologie d'une cruauté émotionnelle à son apogée. Ou comment se prendre de véritable empathie auprès du vrai responsable de cette tragédie filiale frappé soudainement d'une confidence improbable au point d'y louer sa culpabilité.


Grand moment de cinéma frappé d'une vigueur dramatique en crescendo, Manon des Sources clôt magistralement le diptyque de Pagnol à travers la densité d'un récit reptilien où chaque personnage évoluera en fonction d'une commune prise de conscience morale afin de restituer la dignité de Manon et des siens. Chef-d'oeuvre d'élégies morales aux âmes tourmentées, Manon des Sources atteint enfin des sommets d'acuité sous l'impulsion magnétique d'Yves Montand bouleversant d'accablement à travers la tare de sa culpabilité où seul Dieu pourrait l'absoudre de ses odieux pêchers. Inoubliable par sa beauté funèbre affligée. 

*Bruno2èx

Récompenses: César de la meilleure actrice dans un second rôle - Emmanuelle Béart
César du meilleur acteur - Daniel Auteuil

jeudi 25 avril 2019

Jean de Florette. César du Meilleur Acteur: Daniel Auteuil.

                                                 Photo empruntée sur Google, appartenant au site amazon.fr

de Claude Berri. 1986. France/Suisse/Italie/Autriche. 2h01. Avec Yves Montand, Gérard Depardieu, Daniel Auteuil, Elisabeth Depardieu, Margarita Lozano, Ernestine Mazurowna, Armand Meffre.

Sortie salles France: 27 Août 1986

FILMOGRAPHIE: Claude Langmann, dit Claude Berri, est un réalisateur, scénariste, producteur et acteur français, né le 1er juillet 1934, décédé le 12 janvier 2009. 1964: Les Baisers (segment « Baiser de 16 ans »). La Chance et l'amour (segment « La Chance du guerrier »). 1966: Le Vieil homme et l'enfant. 1968 Mazel Tov ou le Mariage. 1969: Le Pistonné . 1970: Le Cinéma de papa. 1972: Sex-shop. 1975: Le Mâle du siècle. 1976: La Première fois. 1977: Un moment d'égarement. 1980: Je vous aime. 1981: Le Maître d'école. 1983: Tchao Pantin. 1986: Jean de Florette. Manon des sources. 1990: Uranus. 1993: Germinal. 1996: Lucie Aubrac. 1999: La débandade. 2001: Une femme de ménage. 2004: L'Un reste, l'autre part. 2006: Ensemble, c'est tout. 2009: Trésor.


Succès triomphal lors de sa sortie en 1986 si bien qu'il se classe n°1 au box-Office avec 7 224 195 entrées, Jean de Florette est la réunion de talents hors-pair. Tant auprès de son auteur Claude Berri  (Le Vieil Homme et l'Enfant, Tchao Pantin, Germinal) que du trio Montand / Depardieu / Auteuil  (récompensé d'un César pour son interprétation précisément chafouine). Tiré d'un célèbre roman de Marcel Pagnol publié en 1963 après avoir été porté à l'écran une première fois par ce dernier en 1952, Jean de Florette est un hymne à l'horticulture et à la nature provinciale que Claude Berri s'applique à mettre en image avec une tendre motivation. Car formellement flamboyant auprès de sa nature solaire d'un or incandescent et narrativement dense à travers l'épreuve de force du métayer Jean de Florette s'évertuant, parmi l'appui de son épouse et de sa fille, à labourer ses champs et élever ses lapins en guise de prospérité, son dessein lui fait confronter deux paysans aussi machiavéliques qu'insidieux, Ugolin influencé par son oncle Le Papet.


Ces derniers avides de cupidité tentant de s'approprier ses terres avec une amabilité obséquieuse. Yves Montand en maître influent, et Daniel Auteuil en complice couard, se partageant la vedette avec une avarice finement détestable. Affublé d'une bosse dorsale, Gérard Depardieu se taille la carrure de Jean de Florette avec une détermination physique et morale forçant le respect. Car aussi retors qu'intelligent dans sa démarche horticultrice, celui-ci prolifère les ingénieux stratagèmes afin de nourrir sa famille en dépit des caprices d'une nature erratique et de sa futile naïveté à se laisser berner par l'amitié perfide du conseiller Ugolin. On peut également saluer la modeste expression fragile d'Elisabeth Depardieu en épouse affectueuse discrète et combattante, ainsi que la présence naturelle de la petite Ernestine Mazurowna d'une sobre justesse à observer dans le mutisme les agissements fétides de ses deux voisins sans vergogne (à l'instar du préambule meurtrier sans équivoque que le Papet intentera sous un coup de colère).


Drame familial davantage intense et rigoureux à travers le douloureux portrait d'un ambitieux paysan amoureux de ses terres et résolument délibéré à soulever des montagnes en dépit de ses mauvaises influences, Jean de Florette scande l'amour de la nature à travers une intrigue pernicieuse esquissant deux profils mesquins d'une rapacité jamais démonstrative. D'où l'intelligence et la dextérité de Claude Berri à consolider ce tragique enjeu d'avidité au gré d'une intensité dramatique jamais programmée. En attendant d'y découvrir impatiemment la vengeance de Manon des Sources  lors du second volet, Jean de Florette fait désormais office de grand classique du cinéma français d'une poignante sincérité. 

*Bruno
2èx

Récompenses: 1986 : Prix de l'Académie nationale du cinéma pour Claude Berri
1987 : César du meilleur acteur pour Daniel Auteuil pour Jean de Florette et Manon des sources
1988 : British Academy of Film and Television Arts (BAFTA) :
Meilleur Film
Meilleur acteur dans un second rôle pour Daniel Auteuil
Meilleur scénario adapté pour Claude Berri et Gérard Brach
1988 : Prix du London Film Critics Circle du Meilleur film étranger (en)

mercredi 24 avril 2019

Une Affaire de Famille. Palme d'Or / César Meilleur Film Etranger.

                                               Photo empruntée sur Google, appartenant au site Allocine.fr

de Hirokazu Kore-eda. 2018. Japon. 2h01. Avec Lily Franky, Sakura Andō, Mayu Matsuoka, Kirin Kiki, Kairi Jyo, Miyu Sasaki.

Sortie salles France: 12 décembre 2018. Japon: 8 Juin 2018

FILMOGRAPHIEHirokazu Kore-eda est un réalisateur japonais né le 6 Juin 1962 à Tokyo. 1995 : Maborosi. 1998 : After Life. 2001 : Distance. 2004 : Nobody Knows. 2006 : Hana. 2008 : Still Walking. 2009 : Air Doll. 2011 : I Wish, nos vœux secrets. 2013 : Tel père, tel fils. 2015 : Notre petite sœur. 2016 : Après la tempête. 2017 : The Third Murder. 2018 : Une affaire de famille. 2019 : La Vérité.


"La solitude et le sentiment de n'être pas désiré sont les plus grandes pauvretés."
Drame familial d'une intensité dramatique que nous ne voyons jamais arriver, Une affaire de Famille n'a point dérobé sa Palme d'Or ni son César du Meilleur Film Etranger de par le brio épuré de Hirokazu Kore-eda portant à l'écran un douloureux récit familial avec une pudeur bouleversante. Car décrivant la quotidienneté peu recommandable d'une famille reconstituée éduquant leurs enfants dans une éthique marginale (chaparder dans les magasins), Une Affaire de Famille s'avère d'une fatale cruauté eu égard de sa tournure dramatique dénuée d'espoir. Et si le récit met du temps à se mettre en place au premier abord pour y planter son décor domestique, et que le spectateur s'adapte lentement aux us et coutumes de ses personnages incultes, c'est pour mieux nous ébranler lors de son revirement narratif (2 incidents fortuits où tout basculera !) davantage attachant car d'un humanisme écorché vif si je puis me permettre. La grande force du film découlant notamment de la dextérité du metteur en scène à radiographier la moralité de chaque personnage, entre sentiments sournois et pudeur romantique. Notamment auprès de la nouvelle recrue qu'ils s'efforcent de tendrement protéger depuis sa condition molestée.


Ainsi, cette famille de fortune tente donc de s'unifier et de se construire malgré tout, humainement parlant, par des moyens miséreux, et par le truchement d'un code de conduite illégal. Car cohabitant dans la précarité en dépit d'emplois prolétaires que 3 membres d'entre eux tentent de perdurer, ils sont pour autant contraints de gruger et d'inculquer à leurs enfants cette action préjudiciable. Vibrant hommage à la fraternité d'une famille infortunée victime de leur inconséquence, témoignage poignant sur la vieillesse et au temps qui passe à moindre échelle, Une Affaire de Famille  insuffle une bouleversante réflexion sur le sens de l'amour parental du point de vue de cette unité victime de démission, de mensonge, de chômage et de maltraitance si on évoque le cas de la dernière adoptive, Yuri. Car chargés de secrets qu'ils peinent à avouer à leurs rejetons (entre cupidité et profit), les parents seront confrontés à leur propre vérité pour se remettre ainsi en question en tentant en désespoir de cause de se racheter une conduite parentale autrement intègre. Ainsi, c'est donc au fil de leur quotidienneté commune semée de bévues, au fil de leur ascension familiale (quantitative) que ces derniers parviennent néanmoins à y cultiver des valeurs de tendresse, de partage et d'amour dans une autonomie sournoise difficilement concevable.


Une oeuvre magnifique donc pleine de délicatesse (notamment dans la fragilité des échanges de regard, dans les silences entre les mots et les remords à moitié pardonnés) et de dureté eut égard des conséquences dramatiques de cette famille en berne tentant d'y (ré)concilier amour et tendresse. Un cri d'alarme, un déchirant désespoir humaniste que le réalisateur met en exergue parmi l'acuité de la suggestion à travers ses postures faussement sereines. Le dernier plan évocateur, aphone, s'avérant par ailleurs sans équivoque à travers l'amertume d'une innocence sacrifiée. 

*Bruno

Récompenses: Festival de Cannes 2018 : Palme d'or
Festival international du film d'Antalya 2018 : Meilleur réalisateur7
César 2019 : César du meilleur film étranger

Box-Office France : 728 905 entrées

mardi 23 avril 2019

Le Narcisse Noir

                                                 Photo empruntée sur Google, appartenant au site Allocine.fr

"Black Narcissus" de Michael Powell et Emeric Pressburger. 1947. Angleterre. 1h40. Avec Deborah Kerr, David Farrar, Kathleen Byron, Jean Simmons, Sabu, Judith Furse, Flora Robson.

Sortie salles France: 20 Juillet 1949. Angleterre: 24 Avril 1947

FILMOGRAPHIE: Michael Powell est un réalisateur britannique, né le 30 septembre 1905 à Bekesbourne, décédé le 19 Février 1990 à Avening, Gloucestershire. 1937: A l'angle du monde. 1939: L'Espion noir. 1939: Le Lion a des ailes. 1940: Le Voleur de Bagdad. 1940: Espionne à bord. 1941: 49è parallèle. 1942: Un de nos avions n'est pas rentré. 1943: The Volunteer. 1943: Colonel Blimp. 1944: A Canterbury Tale. 1945: Je sais où je vais. 1946: Une Question de vie ou de mort. 1947: Le Narcisse Noir. 1948: Les Chaussons Rouges. 1948: The Small Back Room. 1950: La Renarde. 1950: The Elusive Pimpernel. 1951: Les Contes d'Hoffman. 1955: Oh! Rosalinda ! 1956: La Bataille du Rio de la Plata. 1956: Intelligence Service. 1959: Lune de Miel. 1960: Le Voyeur. 1961: The Queen's Guards. 1964: Le Château de Barbe-Bleue. 1966: They're a Weird Mob. 1969: Age of Consent.


"Nul ne pèche par un acte qu'il ne peut éviter." 
Réputé pour sa beauté plastique exceptionnelle alors qu'il fut réalisé en 1947; Le Narcisse Noir est un objet filmique difficilement apprivoisable au 1er regard. Car de mon point de vue strictement subjectif et l'ayant découvert sur le tard, il s'agit d'une oeuvre insaisissable de par la subtilité de son atmosphère éthérée tantôt vénéneuse, tantôt envoûtée, et d'un cheminement narratif à la fois imprévisible, sporadique, tentaculaire. Le pitch: une poignée de soeurs anglicanes sont recrutées par un général indien à diriger un couvent, un dispensaire et une école dans son palais situé à hauteur d'une falaise hymalayenne. Peu à peu, et depuis la présence de Mr Dean et d'un jeune général, Soeur Rose et Soeur Clotilde sont troublées par ses autorités masculines. Entièrement voué à la psychologie névrosée de ses nonnes dépaysées par un panorama disproportionné, Le Narcisse Noir traite du refoulement sexuel avec une trouble ambiguïté.


Tant auprès de l'inimitié de Soeur Rose et de Clothilde hantées par le désir sexuel, que du personnage frigide de Mr Dean difficilement domptable à travers son machisme rigide (le final s'avérant d'autant plus cruel faute de son empathie éprouvée pour l'une d'elles). Emaillé de séquences baroques à la limite du surréalisme (notamment auprès du regard littéralement ensorcelant de soeur Rose gagnée par la folie punitive), Le Narcisse Noir jongle avec le drame psychologique parmi la trouble intensité du non-dit et des regards tacites. Sa beauté flamboyante omniprésente renforçant le caractère hermétique de ces pertes identitaires en proie à l'émancipation que Rose et Clothilde se contredisent parmi la complexité du passé secret. Sans anticiper l'action sobrement mise en place sous l'impulsion d'un environnement naturel à la lisière de la féerie, Michael Powell et Emeric Pressburger parviennent donc à fasciner à travers les thèmes universels de l'amour et de la sexualité que des nonnes s'interdisent en lieu et place de foi religieuse. Ainsi, en traitant de l'inégalité des sexes, Le Narcisse Noir oppose le pouvoir hermétique de son immense cadre naturel (symbole de liberté absolue) avec l'autorité des hommes en quête de discipline, de rédemption (l'alcoolisme de Mr Dean), d'appui féminin et d'éventuelle liaison amoureuse.


Une réflexion sur la morale chrétienne et la complexité des rapports contradictoires entre les 2 sexes. 
Difficile d'accès au premier abord selon mon propre jugement de valeur, Le Narcisse Noir me parait riche d'intensité et de beauté diaphane à travers ses caractérisations cérébrales compromises par le refoulement, la névrose, le désir et la discipline chrétienne. Un objet inclassable en somme aussi bien candide que sulfureux à revoir plusieurs fois pour en saisir toute son essence capiteuse. Car étrange, déroutant, ineffable et subtilement oppressant, il laisse en mémoire de saisissantes images baroques à travers les thèmes de la jalousie, de la pulsion sensuelle et de la folie amoureuse que l'obscurantisme finit par engendrer chez les êtres les plus précaires.  

*Bruno

Récompenses: Oscars 1948
Oscar de la meilleure photographie pour Jack Cardiff
Oscar de la meilleure direction artistique pour Alfred Junge
Golden Globes 1948
Golden Globe de la meilleure photographie pour Jack Cardiff

lundi 22 avril 2019

L'Armoire Volante

                                         Photo empruntée sur Google, appartenant au site Imdb.com

de Carlo Rim. 1948. 1h30. Avec Fernandel, Berthe Bovy, Pauline Carton, Germaine Kerjean, Marcel Pérès, Louis Florencie, Henry Charrett, Gaston Modot, Annette Poivre, Antonin Berval.

Sortie salles France: 23 Octobre 1948

FILMOGRAPHIECarlo Rim (Jean Marius Richard) est un romancier, essayiste, scénariste, réalisateur et dessinateur de presse français, né à Nîmes le 19 décembre 1902, mort le 3 décembre 1989 à Marseille. 1948 : L'Armoire volante. 1951 : La Maison Bonnadieu. 1952 : Les Sept Péchés capitaux, pour le sketch : La gourmandise. 1953 : Virgile. 1954 : Escalier de service. 1956 : Les Truands. 1957 : Ce joli monde. 1959 : Le Petit Prof. 1963 : Treize contes de Maupassant (série TV). 1965 : Don Quichotte (feuilleton TV). 1976: Le Sanglier de Cassis.


Peu diffusé à la TV, l'Armoire Volante est une formidable comédie d'humour noir fondée sur un scénario charpenté fertile en quiproquos que Fernandel enchaîne avec une appréhension en crescendo. Et pour cause, sa tante Léa vient de décéder sur la route d'un périple en compagnie de deux de ses déménageurs. Paniqués, ils décident de la planquer dans son armoire en avertissant le neveu Alfred. Or, durant une pause, le camion est dérobé par des voleurs. Délibéré à retrouver le corps de sa tante; Alfred usera de moult stratagèmes afin de retrouver l'armoire. Dosant habilement rebondissements à répétition et idées retorses, l'Armoire Volante est une succulente comédie macabre n'ayant rien perdu de sa fraîcheur de par son concept improbable jouant avec les codes d'une chasse au trésor si j'ose dire.


Fernandel se démenant comme un demeuré à retrouver cette fameuse armoire (vendue à prix d'or lors d'un moment clef d'une vente aux enchères !) en dépit de la perplexité de son entourage aussi dubitatif que craintif pour sa pathologie mental. Sans outrance, et à contre emploi de son jeu extravagant dans l'Auberge Rouge, Fernandel insuffle un jeu subtil à travers ses sentiments d'appréhension, de paranoïa, de désarroi et de tendresse pour sa tante que l'armoire lui engendre cruellement. Car cumulant la déveine sous l'impulsion d'une intrigue débridée ne cessant de le ballotter tous azimuts, celui-ci s'improvise investigateur de dernier ressort avec une force de caractère subitement chétive. La police étant notamment avertie de la disparition du corps... Ainsi donc, sans faire preuve d'essoufflement,  l'Armoire Volante perdure sa mécanique à suspense grâce à l'imagination en roue libre de son concept (gentiment) sardonique, pour autant non dénuée de tendresse lors de sa conclusion salvatrice (en suspens !) que nombre de scénaristes reprendront par la suite quelque soit le genre abordé.


Une perle de comédie noire savamment troussée.

*Bruno

vendredi 19 avril 2019

L'Auberge Rouge

                                                   Photo empruntée sur Google, appartenant au site Imdb.com

de Claude Autant Lara. 1951. France. 1h45. Avec Fernandel, Françoise Rosay, Julien Carette, Marie-Claire Olivia, Jacques Charon, Nane Germon.

Sortie salles France: 19 Octobre 1951

FILMOGRAPHIE: Claude Autant-Lara, ou Claude Autant, est un réalisateur français, né le 5 août 1901 à Luzarches et mort le 5 février 2000 à Antibes. 1931 : Buster se marie. 1931 : Le Plombier amoureux. 1932 : L'Athlète incomplet. 1933 : Ciboulette. 1937 : L'Affaire du courrier de Lyon (coréal). 1938 : Le Ruisseau (coréal). 1939 : Fric-Frac (coréal). 1940 : The Mysterious Mr Davis. 1941 : Le Mariage de Chiffon. 1942 : Lettres d'amour. 1943 : Douce. 1946 : Sylvie et le Fantôme. 1947 : Le Diable au corps. 1949 : Occupe-toi d'Amélie. 1951 : L'Auberge rouge. 1952 : Les 7 péchés capitaux. 1953 : Le Bon Dieu sans confession. 1954 : Le Blé en herbe. 1954 : Le Rouge et le Noir. 1955 : Marguerite de la nuit. 1956 : La Traversée de Paris. 1958 : Le Joueur. 1958 : En cas de malheur. 1959 : La Jument verte. 1960 : Les Régates de San Francisco. 1960 : Le Bois des amants. 1961 : Tu ne tueras point. 1961 : Le Comte de Monte-Cristo. 1961 : Vive Henri IV, vive l'amour. 1963 : Le Meurtrier. 1963 : Le Magot de Josefa. 1965 : Humour noir. 1965 : Journal d'une femme en blanc. 1966 : Nouveau journal d'une femme en blanc. 1967 : Le Plus Vieux Métier du monde. 1968 : Le Franciscain de Bourges. 1969 : Les Patates. 1973 : Lucien Leuwen (Serie TV). 1977 : Gloria.


Grand classique d'après-guerre réalisé par le proverbial Claude Autant Lara (La Traversée de Paris, Le Comte de Monte-Cristo, la Jument Verte, les 7 pêchers capitaux, le Rouge et le Noir),  L'auberge Rouge s'inspire d'un fait divers morbide survenu en Ardèche entre 1805 et 1830. Un couple d'aubergistes accompagné d'un complice auraient dépouillé et tué plus de 50 clients sur une période de 23 ans. Ils finissent par être guillotinés le 2 Octobre 1833 sur le lieu même de leurs antécédentes exactions. Ainsi, sous la houlette de Claude Autant-Lara, ce dernier décide d'en tirer une comédie macabre avec en tête d'affiche le notoire Fernandel plus guilleret que jamais dans celui d'un moine ballotté tous azimuts entre aubergistes sanguinaires et clients avinés. Étonnamment cocasse, délirant, folingue, voir même surréaliste (si bien que la romance improbable entre la jeune complice meurtrière et un novice chrétien s'avère aussi ironiquement attachante qu'immorale), l'Auberge Rouge se décline en irrésistible farce sardonique en dépit d'une 1ère partie un brin laborieuse selon mon jugement de valeur.


La complicité euphorique des comédiens s'en donnant à coeur joie dans les exclamations jouasses (notamment auprès d'une scène hystérisante à déjouer le moine d'y quitter l'auberge !), l'extravagance de Fernandel (à travers ses mimiques pleutres) cumulant stratagèmes de survie (l'hallucinante séquence du mariage parmi le témoignage de convives en léthargie) et quiproquos impayables d'une folle originalité nous donnant le tournis au sein d'une photo monochrome immaculée. A l'instar de ces magnifiques décors enneigés particulièrement envoûtants, quand bien même les 3/4 quarts des autres décors (internes et externes auprès des plans serrés) ont entièrement été tournés en studio. Bref, sa scénographie hivernale dépaysante s'avère bluffante de réalisme onirique ! Et donc à la revoyure, c'est à dire plus 68 ans après sa sortie, l'Auberge Rouge dégage une atmosphère débridée à la fois burnée et atypique de par son enchaînements de situations cintrées (pour ne pas dire cartoonesques !) auquel un moine épeuré de finir en rôtisserie s'efforcera de secourir une poignées de voyageurs n'ayant rien saisi de l'extrême situation d'urgence. C'est donc une comédie survoltée que nous fricote Claude-Autant Lara avec un goût prononcé pour la dérision macabre corsée (son incroyable épilogue mortifère !) que Fernandel monopolise avec une (irrésistible) appréhension en roue libre. Entre sournoiserie de désespoir et vaillance de dernier ressort !


Un grand classique populaire d'une fraîcheur cocasse abrasive à faire pâlir de jalousie la dernière comédie mainstream surfant la majeure partie sur leurs acquis cupides. 

*Bruno

jeudi 18 avril 2019

Rémi sans famille

                                             Photo empruntée sur Google, appartenant au site Imdb.com

de Antoine Blossier. 2018. France. 1h48. Avec Maleaume Paquin, Jacques Perrin, Daniel Auteuil, Virginie Ledoyen, Jonathan Zaccaï, Ludivine Sagnier, Albane Masson, Nicholas Rowe.

Sortie salles France: 12 Décembre 2018

FILMOGRAPHIE: Antoine Blossier est un réalisateur français. 2011 : La Traque. 2014 : À toute épreuve. 2018 : Rémi sans famille.


Nouvelle adaptation du roman français d'Hector Malot écrit en 1878, Rémi sans Famille parvient à réanimer la flamme du conte familial à travers ce formidable récit d'apprentissage, de constance et de résilience du point de vue d'un orphelin éduqué par l'inoubliable saltimbanque Vitalis. D'une fulgurance formelle enchanteresse à travers une splendide photo tantôt solaire, tantôt réfrigérante, Rémi sans famille est un régal pour les yeux et le coeur, aussi cruel soit son cheminement de survie que Rémi, Vitalis, joli coeur et Capi arpentent avec un courage teinté de désespoir. Et donc, cette nouvelle adaptation classieuse a beau surfer sur les bons sentiments avec un air de déjà vu (surtout auprès de ceux ayant été traumatisés par l'anime des années 80), le miracle opère dans son florilège de vicissitudes soigneusement contées et illustrées avec parfois un sens féerique digne des meilleures prods US (score solennelle à l'appui proche de l'ambiance d'Edward aux mains d'argent).


De par la sobre expression des acteurs (Daniel Auteuil et Jacques Perrin sont irréprochables dans leur humble paternité teintée de fragilité, quand bien même Maleaume Paquin distille une assez convaincante empathie dans la peau de Rémi) et le talent avisé du cinéaste Antoine Blossier soignant le cadre durant chaque séquence, Rémi sans Famille oscille charme et émotions en militant pour la protection de l'enfance, et, à moindre échelle, pour la cause animale. Notamment pour le traitement infligé auprès d'une vache lors du 1er acte ainsi que les rapports affectueux que Rémi entretient avec le singe Joli Coeur et le chien Capi). Ainsi, c'est surtout à travers l'attachant personnage de Vitalis que l'émotion fait naître ses instants les plus justes et bouleversants lorsque celui-ci se résigne à sacrifier sa propre vie afin de prémunir le destin si précaire de Rémi (il ne connait pas ses parents depuis sa naissance alors que sa famille d'accueil fut contrainte de démissionner faute de l'autorité d'un père sournois). Délibéré à retrouver sa vraie famille durant un périple ardu que Vitalis ne cessera d'aiguiller avec un sens des valeurs impartis à la pédagogie, Rémi franchira nombre d'épreuves morales et physiques afin de regagner sa dignité et ainsi asseoir sa réputation de chanteur prodige.


Si cette adaptation française n'arrive jamais à la cheville de l'inoxydable anime japonais des années 80, le sobre talent des interprètes (même si certains seconds-rôles peuvent prêter à la caricature) et le brio du réalisateur parviennent à réactualiser ce récit universel avec une émotion souvent payante. Tant et si bien qu'il s'avère difficile de retenir ses larmes auprès de ses instants les plus cruels pour autant illustrés avec une certaine retenue afin de ne pas trop effleurer le pathos. Un formidable mélo donc que petits et grands (enfants) ne manqueront pas de s'étreindre auprès de son message salutaire militant pour les valeurs familiales (parmi les notions de courage, de culture et d'amour) sous le pivot de la protection d'une enfance maltraitée.     

 *Bruno

Box Office France: 857 515 entrées

mercredi 17 avril 2019

Les Patates

                                                  Photo empruntée sur Google, appartenant au site Imdb.com

de Claude Autant-Lara. 1969. France. 1h40. Avec Pierre Perret, Henri Virlogeux, Bérangère Dautun, Pascale Roberts, Odette Duc, Jacques Balutin, Rufus, Bernard Lajarrige.

Sortie salles France: 21 Novembre 1969

FILMOGRAPHIE: Claude Autant-Lara, ou Claude Autant, est un réalisateur français, né le 5 août 1901 à Luzarches et mort le 5 février 2000 à Antibes. 1931 : Buster se marie. 1931 : Le Plombier amoureux. 1932 : L'Athlète incomplet. 1933 : Ciboulette. 1937 : L'Affaire du courrier de Lyon (coréal). 1938 : Le Ruisseau (coréal). 1939 : Fric-Frac (coréal). 1940 : The Mysterious Mr Davis. 1941 : Le Mariage de Chiffon. 1942 : Lettres d'amour. 1943 : Douce. 1946 : Sylvie et le Fantôme. 1947 : Le Diable au corps. 1949 : Occupe-toi d'Amélie. 1951 : L'Auberge rouge. 1952 : Les 7 péchés capitaux. 1953 : Le Bon Dieu sans confession. 1954 : Le Blé en herbe. 1954 : Le Rouge et le Noir. 1955 : Marguerite de la nuit. 1956 : La Traversée de Paris. 1958 : Le Joueur. 1958 : En cas de malheur. 1959 : La Jument verte. 1960 : Les Régates de San Francisco. 1960 : Le Bois des amants. 1961 : Tu ne tueras point. 1961 : Le Comte de Monte-Cristo. 1961 : Vive Henri IV, vive l'amour. 1963 : Le Meurtrier. 1963 : Le Magot de Josefa. 1965 : Humour noir. 1965 : Journal d'une femme en blanc. 1966 : Nouveau journal d'une femme en blanc. 1967 : Le Plus Vieux Métier du monde. 1968 : Le Franciscain de Bourges. 1969 : Les Patates. 1973 : Lucien Leuwen (Serie TV). 1977 : Gloria.


Curieux film que les Patates réalisé par Claude Autant-Lara, auteur reconnu de la Traversée de Paris, le Diable au corps, les 7 pêchers capitaux, Sylvie et le Fantôme, la Jument Verte et l'Auberge Rouge pour en citer les plus illustres. Car dominé par l'interprétation enjouée de Pierre Perret (dont il s'agit de sa 3è apparition à l'écran), les Patates est une comédie pittoresque flirtant avec le drame lors de son épilogue inopinément tragique. Un parti-pris plutôt couillu afin de mettre en exergue avec dérision (il s'agit d'un accident macabre) les conséquences de l'occupation allemande en perte d'autorité depuis l'affaiblissement d'Hitler. On est d'abord frappé du profil parfois antipathique de Clovis Parizel qu'endosse spontanément Pierre Perret (même s'il roule souvent un peu trop des yeux écarquillés en point d'exclamation) dans celui d'un ouvrier de fonderie criant famine durant la seconde guerre. Car résidant dans la zone interdite des Ardennes, celui-ci tente de faire passer par voie de chemin de fer des patates grâce à l'éventuelle générosité d'un couple d'agriculteurs résidant dans la zone non occupée. Après plusieurs sueurs froides avec la filature des allemands, il parvient à ramener les patates chez lui pour les replanter et ainsi opérer des provisions fautes des restrictions alimentaires imposées par l'ennemi.


Or, il attise peu à peu la curiosité du voisinage puis celle des allemands dans sa détermination à protéger son jardin florissant. ! Pour en revenir au portrait imparti à Clovis Parizel, j'ai été assez frappé par son machisme primaire, son infidélité conjugale (aussi concise soit-elle) et son irrévérence auprès de sa femme résolument soumise. Et ce sans qu'il n'éprouve une once de regret durant son cheminement d'horticulteur avisé en proie à une paranoïa bipolaire. J'ignore si Claude Autant Lara souhaitait y dénoncer une certaine forme de patriarcat durant la seconde guerre mondiale, mais à mon humble avis, le portrait qu'il en tire s'avère à mon sens sans équivoque (notamment auprès de certains seconds-rôles aussi félons). Tant et si bien que Pierre Perret s'avère souvent excessivement autoritaire pour imposer ses idées à sa femme impuissante d'oser s'y rebeller (notamment auprès de la crise de nerfs que celui-ci amorcera en fracturant le mobilier !). Pour autant, de par son réalisme historique et  son climat de légèreté amical engendrant une poignée de situations doucement cocasses, les Patates s'avère souvent attachant à travers l'épreuve de force de ce métayer s'efforçant de préserver son potager avec l'appui de son noble père (qu'endosse avec un naturel d'aplomb l'affable Henri Virlogeux). 


Comédie douce-amère constamment attachante en dépit d'une première partie un brin laborieuse, les Patates parvient à séduire et à nous faire sourire grâce à la familiarité de ces paysans précaires tentant de survivre contre la famine face à la hiérarchie des nazis. Un joli film non exempt de tendresse (la complicité de Clovis auprès de son père et ses rapports intimes avec son épouse, aussi machiste et capricieux soit-il !) à revoir avec un pincement au coeur lors de son épilogue poignant où français et allemands semblent mutuellement consternés de la résultante de leur crise sociale. 

*Bruno 

Avant-propos du film:
Pendant la guerre 39/45, l'occupant avait coupé la France en 3:
1 - La Zone Occupée
2 - La Zone Non-Occupée
3 - La Zone Interdite (Ardennes)
Dans cette Zone Interdite, la courageuse population Ardennaise fut, plus que tout autre, soumise à un régime de restrictions, proche de la famine.
Si nous avons choisi cette histoire, véridique, c'est pour que les générations qui n'ont pas connu ces cruelles épreuves fassent leur possible pour qu'elles ne reviennent pas.

mardi 16 avril 2019

Macadam cowboy. Oscar du Meilleur Film, 1970.

                                                     Photo empruntée sur Google, appartenant au site Imdb.com

"Midnight Cowboy" de John Chlesinger. 1969. U.S.A. 1h53. Avec Jon Voight, Dustin Hoffman, Sylvia Miles, John McGiver, Brenda Vaccaro, Jennifer Salt.

Sortie salles France: 15 Octobre 1969. U.S: 25 Mai 1969 (classé X, puis interdit aux - de 17 ans en 1971)

FILMOGRAPHIE: John Chlesinger est un réalisateur, acteur, scénariste et producteur anglais, né le 16 Février 1926 à Palm Springs, décédé le 25 Juillet 2003. 1962: Un Amour pas comme les autres. 1963: Billy le menteur. 1965: Darling. 1967: Loin de la foule déchaînée. 1969: Macadam Cowboy. 1971: Un Dimanche comme les autres. 1975: Le Jour du Fléau. 1976: Marathon Man. 1979: Yanks. 1981: Honky Tonk Freeway. 1984: Le Jeu du Faucon. 1987: Les Envoûtés. 1988: Madame Sousatzka. 1990: Fenêtre sur Pacifique. 1993: L'Innocent. 1995: Au-delà des lois. 2000: Un Couple presque parfait.


Film mythique s'il en est, récompensé entre autre de l'Oscar du Meilleur Film en 1970, Macadam Cowboy est la réunion au sommet du duo Voight / Hoffman littéralement habité par leur rôle d'exclus de la société. Tourné en 1969 et classé X dès sa sortie Outre Atlantique, Macadam Cowboy marque au fer rouge les esprits de par son réalisme cru baignant dans le glauque et le sordide à travers le cheminement miséreux de deux laissés-pour-compte se liant communément d'amitié en lieu et place de survie mais pour autant à deux doigts de sombrer dans la criminalité. Le pitch: plein d'optimisme dans sa quête du rêve américain, Joe Buck quitte sur un coup de tête son poste de plongeur de snack pour devenir Gigolo à New-York. Pétri d'ambition et sûr de lui, il compte faire fortune en accostant des bourgeoises friquées au hasard d'une rue. Mais la réalité est tout autre lorsqu'il s'aperçoit naïvement que sa clientèle s'y fait rare de par son manque de maturité, de professionnalisme et de lucidité. C'est alors qu'un soir il aborde dans un bar un Sdf boiteux auquel il finit par se lier d'amitié, et ce en cohabitant dans un taudis. Décrivant un New-York hybride où s'entrecroisent sur les mêmes avenues riches et pauvres alors que ces derniers sont livrés au pessimisme d'une misère sociale parfois aliénante, Macadam Cowboy laisse en état de choc moral du point de vue du gigolo fantasque en proie à une inopinée désillusion.


Quand bien même son compagnon de fortune, escroc à la p'tite semaine, se meurt à petit feu au fil d'une quotidienneté journalière ternie par le spleen de la malnutrition et de la malpropreté. De par son climat anxiogène à la fois étouffant et davantage dépressif d'où aucune lueur d'espoir s'y profile (chacun d'eux se mesurant au fil du rasoir existentiel), Macadam cowboy est un objet de souffre d'une âpre dureté. Tant il s'avère à la fois insolent, caustique, (très) brutal, provocateur, voir parfois même expérimental (la soirée psychédélique et ses réminiscences familiales ou sentimentales que Joe se remémore lors de ses rêves dérangés). Et donc à travers les stratagèmes pécuniaires de celui-ci s'efforçant de s'y cacheter une réputation auprès d'une clientèle autant masculine que féminine, c'est une peinture pathétique de la solitude, de la détresse et de l'individualisme que nous dévoile ostensiblement John Chlesinger. Tant et si bien que ses chalands de tous horizons y consomment également le sexe, l'amitié ou l'amour (éphémère) avec ce même sentiment de mal-être, d'égoïsme sournois et d'orgueil sans pudeur. Ainsi donc, sous couvert du thème sulfureux de la prostitution masculine (ici peu lucrative) s'y dévoile en parallèle une poignante histoire d'amitié que John Voight et Dustin Hoffman immortalisent dans leur puissance d'expression souvent démunie et faussement optimiste.


Dépourvu de racolage et de complaisance à travers sa sinistrose sociétale sous l'impulsion contradictoire de l'envoûtante élégie de John Barry (dans toutes les mémoires !), Macadam cowboy  se décline en éprouvante descente aux enfers du point de vue de ces acolytes livrés à leur médiocrité du sens moral et à leur incapacité de réflexion, faute d'appui familial et de cupidité utopique. Quand bien même John Chlesinger ne manque pas de caricaturer lors de brèves accalmies acerbes les diffusions d'émissions TV abrutissantes que la populace se sustente machinalement. Il n'en demeure pas moins que leur vibrante amitié (à forte intensité dramatique) nous laisse en travers de la gorge un sentiment aigre de souffre de par la tournure de son impitoyable pessimisme existentiel. 

*Bruno
3èx

Récompenses: Oscar du meilleur film
Oscar du meilleur réalisateur
Oscar du meilleur scénario adapté (Waldo Salt)
BAFTAs 1970 : meilleur film

lundi 15 avril 2019

Je suis timide mais je me soigne

                                            Photo empruntée sur Google, appartenant au site Imdb.com

de Pierre Richard. 1978. France. 1h28. Avec Avec Pierre Richard, Aldo Maccione, Jacques François, Mimi Coutelier, Catherine Lachens, Robert Dalban, Jean-Claude Massoulier, Jacques Fabbri, Robert Castel, Raoul Delfosse.

Sortie salles France: 23 Août 1978

FILMOGRAPHIE: Pierre-Richard Defays, dit Pierre Richard, est un acteur, réalisateur, scénariste et producteur français, né le 16 août 1934 à Valenciennes. 1970 : Le Distrait.1972 : Les Malheurs d'Alfred. 1973 : Je sais rien, mais je dirai tout. 1978 : Je suis timide mais je me soigne. 1979 : C'est pas moi, c'est lui. 1991 : On peut toujours rêver. 1997 : Droit dans le mur.


Réalisé par Pierre Richard, Je suis timide mais je me soigne fait parti de ces comédies bonnards tirant parti de son charme grâce à la sincère tendresse du cinéaste / acteur toujours aussi inspiré pour mettre en pratique son talent de bateleur empoté à travers le thème de la timidité. Le pitch: plongeur dans un restaurant, Pierre tombe raide amoureux d'une jeune inconnue ayant emporté un concours dans un supermarché. Mais faute de sa timidité maladive il enchaîne les bourdes sans parvenir à l'approcher. C'est alors qu'il fait la rencontre d'un démarcheur, un spécialiste de la drague, Aldo. Ensemble, ils comptent bien conquérir la ravissante inconnue en faisant preuve de stratagèmes aussi improbables qu'ubuesque. Bien évidemment, et comme l'avaient déjà soulignés ces oeuvres antécédentes, tout n'est pas du meilleur goût dans cette petite comédie plutôt brouillonne.


Les gags cocasses (mention spéciale au concours hilarant de pétanque) se chevauchant à rythme métronomique avec d'autres gags assez lourdingues, alors que certains d'entre eux s'avèrent gratuits pour s'écarter complètement du sujet (la scène de la brasserie lorsque Pierre et Aldo reproduisent la même gestuelle qu'un client pour s'y divertir). Pour autant, la complémentarité du duo pétulant Pierre Richard / Aldo Macione fait des étincelles, si bien qu'à la suite de leur succès commercial ils renoueront à nouveau ensemble 1 an plus tard dans C'est pas moi c'est lui (avec un peu moins de talent si j'ose dire). Outre le tandem payant très à l'aise dans leurs pitreries comiques (jouer les faux riches afin d'y conquérir une fausse bourgeoise), on peut également compter sur le charme électrisant de la très sexy Mimi Coutelier se prêtant au jeu lascif avec un orgueil faussement condescendant. Et donc à travers ces cascades de gags que Pierre et Aldo enchaînent avec une bonne humeur expansive, le cinéaste livre en sous-texte une gentille romance que le final confirmera avec tendre émotion.


Bref, Je suis timide mais je me soigne transpire l'innocence, la sincérité, la chaleur humaine, la cocasserie et même la tendresse avec autant de bonheur que de maladresses néanmoins vite pardonnables. En tout état de cause, on passe un rafraîchissant moment de détente en gardant en mémoire ce cinéma populaire loyal aujourd'hui révolu. 

*Bruno
4èx

vendredi 12 avril 2019

Shining (version longue : 2h24)

                                                     Photo empruntée sur Google, appartenant au site Allocine.fr

de Stanley Kubrick. 1980. U.S.A/Angleterre. 2h00/2h24 (version longue). Avec Jack Nicholson, Shelley Duval, Danny Lloyd, Scatman Crothers, Barry Nelson, Philip Stone, Joe Turkel, Anne Jackson, Tony Burton, Lia Beldam, Billie Gibson.

Sortie salles France: 16 Octobre 1980. U.S: 23 Mai 1980

FILMOGRAPHIEStanley Kubrick est un réalisateur américain, né le 26 Juillet 1928 à New-York, décédé le 7 Mars 1999 à Londres. 1953: Fear and Desire. 1955: Le Baiser du Tueur. 1956: l'Ultime Razzia. 1957: Les Sentiers de la Gloire. 1960: Spartacus. 1962: Lolita. 1964: Dr Folamour. 1968: 2001, l'Odyssée de l'Espace. 1971: Orange Mécanique. 1975: Barry Lindon. 1980: Shining. 1987: Full Metal Jacket. 1999: Eyes Wide Shut.


La vague de terreur qui balaya l'Amérique est là !
En 1980, Stanley Kubrick entend donner sa définition de l'horreur avec Shining d'après le célèbre roman de Stephen King. Bien qu'infidèle au matériau d'origine, cet opéra vertigineux est entré au panthéon des oeuvres emblématiques de l'horreur contemporaine. Le pitch: Durant une saison hivernale, un écrivain séjourne en tant que gardien dans un hôtel parmi son épouse et son fils. Rapidement, son état mental semble perturbé par l'atmosphère diabolique émanant des couloirs de l'hôtel. Son fils, Danny, possédant le don du "Shining", est par ailleurs en proie à d'horrible visions lui présageant un horrible drame... Stanley Kubrick Stephen King Jack Nicholson ! Trois égéries du 7è art délibérés à formater un concerto de l'horreur dans l'antre d'un fastueux hôtel habité par le Mal. Car en affiliant la hantise, le surnaturel, la divination et le psycho-killer en vogue (nous sommes en 1980 !), le réalisateur réactualise un scénario tortueux illustrant la lente déliquescence d'un écrivain dans la démence. Si bien que tout est ici mis en oeuvre pour nous transfigurer un pur trip horrifique naviguant entre terreur flamboyante et malaise anxiogène sous l'emprise maladive de Jack Nicholson littéralement habité par sa force d'expression erratique. Ainsi, on reste ébahi par le brio de Stanley Kubrick exploitant en plan large les diverses chambres et corridors du luxueux hôtel habité par des spectres indiens (métaphore sur le génocide indien lorsque l'on apprend dès le prologue que la demeure fut construite sur un ancien cimetière indien). Et ce afin de nous embrigader comme les protagonistes dans un dédale de peur contrôlé par Jack Torrance en proie à une démence davantage addictive. De par sa maîtrise technique décuplant d'amples mouvements de caméra à la steadycam ou au travelling latéral afin de mieux nous imprégner de l'atmosphère ombrageuse des salles de l'hôtel, Stanley Kubrick instille de prime abord une peur diffuse avant les furieuses explosions de violence.


De manière assidue et posée, une inquiétude trouble et dérangée émane de l'esprit équivoque du père contrarié. Alors que son jeune fils, Danny, en prise avec ces visions télépathiques macabres (deux filles jumelles retrouvées ensanglantées dans un couloir ou encore un ascenseur déversant des flots de sang), commence à suspecter l'état pathologique de celui-ci. Dans une chronologie irréversible, la plongée dans la folie de Jack Torrance nous sera ouvertement dévoilée auprès du témoignage si démuni de son épouse (qu'endosse intensément Shelley Duval à travers son regard hagard au cime de la dépression !) ayant découvert sur le tard ses divagations manuscrites ("trop de travail et pas de plaisir font de Jack un triste sire", traduit dans la VF par : "Un tiens vaut mieux que deux tu l'auras"). Ainsi donc, l'humeur irascible de Jack ira crescendo au fil d'une montée des marches entreprise à reculons par Wendy nantie d'une batte afin de se protéger contre lui ! Quand bien même à l'extérieur, un cuisinier possédant également le don de "shining" partira en direction des routes enneigées afin de tenter de déjouer le carnage auguré. Dans le rôle de l'écrivain poussé à la folie psychotique, Jack Nicholson laisse libre court à une extravagance davantage sardonique (certaines séquences provoquant d'ailleurs une certaine hilarité ou un rire nerveux). Un monomane alcoolo malmené par les forces du Mal au point de l'influencer à y commettre le pire. Son regard gouailleur renforcé d'un rictus diablotin dégageant une posture iconique à inscrire dans les annales du plus fascinant tueur à la hache ! Sa course intrépide afin d'appréhender son épouse empotée et son fils retors nous valant des confrontations rageuses inscrites dans l'affres de la déraison. Autant dire que les séquences anthologiques se comptent par dizaine, notamment grâce à une direction d'acteurs hors-pair que Stanley Kubrick amorce à la perfection. Et rien que pour ces jeux d'acteurs, Shining demeure résolument incontournable !


L'Oeil du Labyrinthe 
Jalonné de séquences grandioses restées dans toutes les mémoires (l'ascenseur évacuant un océan de sang, l'étreinte avec la femme nue subitement putréfiée, la poursuite nocturne dans le jardin, la fameuse montée des marches, l'attaque à la hache dans la salle de bain), Shining se décline en symphonie de la clameur sous l'impulsion d'une partition classique de Berlioz accompagnée d'un concerto de cordes et percussions. Habité par la présence gouailleuse d'un Jack Nicholson plus fringant que jamais (en mode dégénéré), Shining s'instaure en opéra de peur autour d'une crise conjugale en proie au surnaturel le plus couard. Un ballet funèbre, trouble, malsain et dérangé, concocté parmi l'alchimie formelle de sons et lumières afin d'y brimer le spectateur sous l'impulsion décadente de spectres farceurs.


Note sur la version longue de 2h24:. Elle d'avère à mon sens plus étoffée, détaillée et crédible au niveau de la présentation des lieux et surtout de la caractérisation des personnages. Tant auprès du passé alcoolique de Jack et de ses mauvais traitements autrefois infligés sur son fils, de la profondeur de jeu de son épouse plus névralgique (si bien qu'elle même est à 2 doigts de chavirer dans la démence après avoir été témoin de la folie progressive de Jack) que de la pathologie du petit Dany interrogée par une thérapeute et psychologiquement plus fragile à travers son témoignage démuni à tenter d'avertir sa mère. Enfin, on s'attarde également un peu plus sur l'inquiétude et les démarches téléphoniques du cuisinier afro à tenter d'y rejoindre l'hôtel pour secourir ses occupants.

*Bruno
Dédicace à Ludovic Hilde
12.04.19. 10èx
17.05.12. 205 v

"Shining est un film optimiste. C'est une histoire de fantômes. Tout ce qu'il dit c'est qu'il y a une vie après la mort, c'est optimiste". Stanley Kubrick.
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La photo finale (source wikipedia)
La photo qui termine le film est semblable à la fin quelque peu mystérieuse et ambiguë de 2001. Elle a engendré plusieurs interprétations: la première serait que Jack Torrance, absorbé par l'hôtel, y deviendra un revenant de plus; le seconde serait que Jack a fréquenté l'hôtel hanté par les fantômes dans une vie antérieure, en 1921. Kubrick lui même n'a jamais donné une réponse définitive, préférant laisser les spectateurs décider d'eux mêmes.

Certaines personnes pourront penser que ce dernier plan est signe qu'en réalité, à la scène de la 1ère apparition du barman, nous avons quitté le réel et les hallucinations pour rentrer dans le vrai monde fantastique et surnaturel. L'image du film après analyse et avoir vu le dernier plan, change complètement, et on voit un Jack qui fait un pacte avec le diable dans le but d'avoir de l'alcool pour toujours. Il va devoir tuer son fils en particulier, qui dérange le délire de Jack, ou le monde du diable. Finalement, après avoir échoué, Jack se retrouve mort, mais le dernier plan sur la photo témoigne qu'il a réussi à rentrer dans la "soirée", dans ce monde; on notera son visage heureux. Stanley Kubrick quant à sa vision du film nous donne un indice: "Shining est un film optimiste. C'est une histoire de fantômes. Tout ce qu'il dit c'est qu'il y a une vie après la mort, c'est optimiste". Voilà qui veut tout dire.