jeudi 21 juillet 2011

Red Hill


de Patrick Hughes. 2010. Australie. 1h33. Avec Ryan Kwanten, Tommy Lewis, Claire Van Der Boom, Kevin Harrington, Steve Bisley.

FILMOGRAPHIE: Patrick Hughes est un réalisateur australien. 2000: The Director (court-métrage). 2001: The Lighter (court-métrage). 2008: Signs (court-métrage). 2010: Red Hill.

                               

Produit par le réalisateur de Wolf Creek et Solitaire (Greg McLean), ce premier long-métrage de Patrick Hughes tente d'affilier le western ancré dans notre époque contemporaine avec le thriller tendance horrifique parmi la présence d'un tueur méthodique et spectral.

Synopsis: Shane Cooper est un jeune flic débarqué dans une petite contrée de l'Australie, Red Hill, parmi la compagnie de sa femme enceinte. Après avoir rencontré le shérif local, quinquagénaire robuste en lisse électorale, Shane apprend par un adjoint la fuite d'un dangereux détenu, Jimmy Conway, coupable de l'assassinat de sa femme. Une traque sauvage est alors engagée par les forces de l'ordre épaulées de quelques citadins justiciers.

                               

Tourné en à peine un mois de manière indépendante, Red Hill est une série B peu ordinaire dans son alliage des genres western + thriller. Car en dépit d'un scénario classiquement structuré et facilement prévisible, cette histoire de vengeance réussit malgré tout à surprendre dans sa manière d'y façonner son récit pour rendre hommage au western classique situé dans notre époque contemporaine. Avec en prime cette ambition insolite d'y inclure un personnage iconique interlope, véritable exterminateur inflexible. D'ailleurs, sa première apparition à l'écran se révèle l'une des scènes les plus impressionnantes du film tant sa posture buriné d'aborigène patibulaire au visage à demi brûlé renvoie à l'icône horrifique tout droit sorti d'un slasher autoritaire ! De prime abord, ce tueur glacial semble s'être échappé uniquement pour décimer tous les flics de la région si bien qu'il laissera la vie sauve à un couple de retraité en préambule de ces actes criminels. Shane, jeune flic novice, courageux et déterminé, est sur le point de l'appréhender mais son rival impassible réussit à l'intimider d'un simple regard létal.

                               

Le scénario convenu est donc loin d'être le pari gagnant d'une histoire éculée traitée à foison dans les classiques du genre. Mais pour une première réalisation, Patrick Hughes réussit honorablement à apporter suffisamment de densité pour le profil de notre preux héros tributaire de ces supérieurs véreux en y calibrant adroitement des scènes d'action violentes et spectaculaires. Quand bien même l'esthétisme crépusculaire des images poétiques d'une beauté opaque sensuelle participe beaucoup au climat insolite, clairsemé qui en découle. De surcroît, la photographie désaturée  amplifie ce sentiment fantasmagorique auquel même à deux reprises une panthère noire s'aventurera auprès de nos antagonistes. Comme si ce félin hostile eut prophétisé la revanche d'un fantôme meurtri par la haine de la violence et de la xénophobie.

                              

Nanti d'une mise en scène plutôt soignée (même si perfectible) et de dialogues assez balisés, Red Hill est une étonnante découverte parvenant dans sa forme à offrir un western classique dans un moule inhabituel de mystère sous-jacent et d'insolite palpable. La prestance frugale d'honnêtes comédiens et surtout la caractérisation funèbre du personnage patibulaire féru de vengeance privilégient une dimension horrifique prégnante au sein de ce western moderne à la personnalité propre. En prime, son final révélateur, escompté mais cependant audacieux, se révèle intense et poignant en réussissant à provoquer une émotion empathique sans l'ombre du pathos. Un ultime acte décisif mis en suspension avant que la véritable victime est à deux doigts de plonger dans les ténèbres. 

*Bruno
21.07.11

mercredi 20 juillet 2011

LIMITLESS


de Neil Burger. 2011. U.S.A. 1h45. Avec Abbie Cornish, Andrew Howard, Anna Friel, Bradley Cooper, Johnny Whitworth, Robert De Niro, Robert John Burke, Tomas Arana.

Sortie en salles US: 18 Mars 2011, France: 8 Juin 2011.

FILMOGRAPHIE: Neil Burger est un réalisateur et scénariste, né en 1964 dans le Connecticut.
2002: Interview with the Assassin
2006: L'Illusionniste
2008: The Lucky Ones
2011: Limitless

                              

Hommage subjectif d'un puriste amateur (high-tech).
Trois ans après le méconnu The Lucky Ones, sympathique road movie émouvant et attachant, Neil Burger s'inspire d'un roman d'Alan Glynn, The Dark Fields, publié en 2001, pour façonner son nouveau long-métrage traitant de la réussite professionnelle par l'entremise d'une drogue synthétique atypique.

Eddie Mora est un jeune écrivain sur le déclin, faute d'une ambition desservie par son caractère ombrageux et d'une idylle fuyante. Après la rencontre fortuite avec son ex beau-frère, celui-ci lui offre gracieusement un comprimé, le NZT, une drogue surpuissante capable de décupler de 20% de l'utilisation de notre cerveau à 100 % pour combler nos facultés intellectuelles.
Rapidement, Eddie devient omniscient, loquace, érudit, apprend à une vitesse furtive et accède enfin à la notoriété en exerçant diverses stratégies spéculatives afin de devenir un leader sur le marché de la finance à Wall Street. Son rival, Carl Van Loon, un puissant homme d'affaire inflexible reste fasciné par l'intelligence hors normes du jeune écrivain. Mais une bande de tueurs attirés pas les effets prodigieux du NZT reste à ses trousses alors que des effets secondaires ne vont pas tarder à se manifester pour le sujet devenu fatalement addict.

                           

D'une idée de départ passionnante et savoureusement utopique, Limitless mise plus sur la forme d'un  thriller high-tech aux effets techniques clinquants et imaginatifs plutôt que le fond dénué d'ambition conceptuelle. Comme ce plan séquence virtuose entièrement tourné en CGI en guise de générique introductif. Une maîtrise bluffante que Neil Burger va régulièrement exploiter à bon (voir mauvais !) escient pour enjôler et accentuer les effets visuels fantasmatiques de la drogue décuplant notre intelligence à sa quintessence.
La première partie du film nous illustrant l'ascension d'un nouveau prodige de la finance, via l'entremise d'une drogue dépendante, amuse et fascine le spectateur, s'imaginant lui même dans cette situation héroïque où tout serait alors envisageable et imaginable afin d'exaucer ses ambitions personnelles pour devenir nanti. La thématique de l'accoutumance à la drogue illusoire peut-être facilement comparée à un produit illicite substantiel et notoire, la cocaïne. Une drogue chic et bon genre que le milieu indocile de la bourgeoisie et du showbizz connaissent bien pour mieux chiader leur potentiel artistique au détriment de la peur et la timidité. Mais à quel prix ?
Après que notre héros ait pris conscience du danger létal du NZT par ses crises de dépendances, son entourage tributaire de ses dons intellectuels va rapidement le rappeler à la raison pour lui permettre de continuer sur sa lancée révolutionnaire et ainsi façonner leur ambitieux projet.
Alors qu'un puissant homme d'affaire va progressivement s'affilier avec Eddie, des tueurs sont déterminés à le faire chanter pour s'accaparer et produire ce nouveau remède miracle en quantité illimitée. Contraint de ne pouvoirs endiguer sa prise quotidienne de NZT beaucoup trop fructueuse pour son quotient intellectuel, sa nouvelle devise sera d'affronter et combattre ses criminels tout en essayant de devancer son supérieur, le puissant Carl Van Loon. Voilà pour le scénario classiquement convenu juste avant un point d'orgue déroutant (équivoque ?) assez audacieux.

                            

La nouvelle star montante Bradley Cooper doit énormément au caractère sympathique et ludique du film qui en découle. Sa prestance spontanée, son regard bleu scintillant d'esprit lucide et sa personnalité incisive pleine d'aplomb renforcent largement le côté attachant et haletant de ses exactions professionnelles insensées. Notre monstre sacré Robert De Niro apporte pour sa part une discrète et sobre contribution dans celui du magnat fortuné difficilement domptable dans les négociations financières. Modeste et mesuré, l'acteur notable ne fait que transparaître un personnage fascinant et téméraire.

                         

Hormis un scénario mal exploité qui ne fait que survoler une idée astucieuse, Limitless est un bon divertissement agréablement mené, même si la seconde partie révèle bien peu de surprises avant son épilogue cynique inopinément amoral. La présence magnétique de l'excellent Bradley Cooper, le score musical en connivence avec l'ambiance high-tech hallucinogène et la forme esthétique exploitée de façon inventive permettent d'apprécier un spectacle ludique gentiment naïf.

Dédicace à Caroline Masson.
21.07.11.
Bruno Matéï.
                         

mercredi 13 juillet 2011

De sang froid (The Boys Next Door)

                                          

de Peneloppe Spheeris. 1984. U.S.A. 1h30. Avec Maxwell Caulfield, Charlie Sheen, Patti d'Arbanville, Hank Garrett, C Dancer Paul, Richard Pachorek, Lesa Lee, Kenneth Cortland.

Sortie en France le 27 Mai 1987 avec mention: Interdit au moins de 18 ans.

FILMOGRAPHIE: Penelope Spheeris est une réalisatrice, scénariste, actrice, productrice, directrice de la photographie et monteuse américaine née le 2 Décembre 1945 à La Nuovelle-Orléans, Louisiane (U.S.A). Penelope Spheeris est la cousine du réalisateur gréco-français Costa-Gavras. 1968: Uncle Tom's Fairy Tales, 1972: I don't know, 1981: The Decline of western civilization, 1984: Suburbia, 1985: De Sang Froid, 1986: Hollywood Vice Squad, 1987: Dudes, 1988: The Decline of western civilization 2, 1990: Thunder and Mud, 1991: UFO Abductions (TV), Prison Stories: women on the inside (TV), 1992: Wayne's World, 1993: Danger Theatre, 1993: Les Allumés de Beverly Hills, 1994: Les Chenapans, 1996: Black Sheep, 1998: The Decline of western civilization 3, The Thing in Bob's Garage, Applewood 911 (TV), Supersens, 1999: Hollywierd, 2000: Dear Doughboy (TV), 2001: Posers, We Sold our souls for Rock'n roll, 2003: The Crooked E: The Unshredded Truth About Enron (TV), 2005: The Kid and I.

                                      

Réalisatrice prolifique de télé-films bon marché et de comédies bonnard (Wayne's World), Penelope Spherris fut signataire en 84 d'une série B glauque et subversive illustrant le portrait sordide de deux jeunes marginaux en chute libre dans leur cheminement meurtrier dénué de mobile. Le pitchRoy et Bo sont deux jeunes adolescents oisifs et paumés, en quête de liberté et d'évasion. Un jour, ils décident de quitter leur contrée pour passer un week-end à Los Angeles. Sous l'influence de Roy, ils se laissent embarquer dans une série de crimes licencieux.

                                     

Dès le générique liminaire inscrit sur fond noir, des portraits d'archive monochrome se succèdent afin d'authentifier le profil iconique d'illustres serial-killers. Sa bande-son musicale bourdonnante instaurant un sentiment anxiogène face aux crimes énoncés par deux voix-off ombrageuses. L'intrigue se focalise ensuite sur deux jeunes marginaux batifolant à dessiner l'empreinte d'un cadavre sur le sol d'une cour de lycée. Après les cours scolaires routiniers, une soirée festive est organisée par des étudiants quand bien même nos deux acolytes s'ennuient ferme et décident de plier bagage pour Los Angeles afin d'escompter une virée festive. Après une violente rixe avec un pompiste tabassé à mort, l'esprit dérangé de Roy va rapidement s'envenimer dans son désir indocile de passer à l'acte criminel. Tandis que Bo semble éprouver un plaisir surestimé à se croire supérieur devant l'autorité belliqueuse de son camarade. Durant leur séjour nocturne, une nouvelle bagarre impromptue est sur le point d'aboutir dans un bar gay. C'est après cet incident mineur que Roy va enfin pouvoir laisser libre cours à ses pulsions morbides pour envisager d'assassiner un homosexuel qui les aura naïvement entraîné dans son appartement. Du côté des forces de l'ordre, l'enquête policière piétine mais parvient néanmoins à rassembler quelques indices fiables, faute des maladresses laissées sur les lieux du crimes par les adolescents.

                                      

A travers une sombre atmosphère davantage horrifique et oppressante, Peneloppe Spheeris dépeint le portrait pathétique et terrifiant de deux délinquants juvéniles, évoluant dans une cité urbaine où la violence quotidienne demeure monnaie courante. Si la narration efficacement conduite n'évoque aucune surprise (en dehors du final cathartique), la manière crue dont la réalisatrice dépeint les exactions de nos criminels renvoie facilement aux ambiances malsaines et poisseuses des plus grands films notoires traitant du même thème. Les scènes chocs percutantes, particulièrement brutales s'avèrent d'autant plus dérangeantes qu'elles mettent en appui l'état d'esprit décervelé de nos protagonistes fascinés par la violence gratuite. Une manière putassière et immorale d'extérioriser leur haine et leur infériorité intellectuelle. Niveau cast, Maxwell Caulfield se révèle plutôt inquiétant et sournoisement cynique sous l'impulsion d'un regard sadique lattent, puis monolithique lorsqu'il se livre à ses penchants meurtriers d'une violence incontrôlée. En jeune ado inculte et infantile (sa fascination puérile face à la diffusion TV d'un manga animé préfigure l'esprit niais d'un enfant de 5 ans), Charlie Sheen livre une sobre prestance pour caractériser un gamin inconséquent finalement dépassé par les évènements morbides que son camarade perfide influence.

                                          

D'un magnétisme perturbant auprès de son atmosphère délétère dénuée de complexe, De Sang Froid créait malaise et fascination pour ce portrait réaliste d'une jeunesse désoeuvrée, métaphore d'une société urbaine désaxée où homophobie et racisme restent ancrés dans cette génération rebelle. La qualité de l'interprétation, sa violence radicale et la solide conduite du récit nous entraînant (de force) dans une spirale criminelle dénuée de mobile. D'où l'intensité de son malaise davantage prégnant au fil d'un récit immoral dépeint sans complaisance ni effet de manche. 

13.07.11.      3.
* Bruno

mardi 5 juillet 2011

FASTER


de George Tillman Jr. 2010. U.S.A. 1h38. Avec Dwayne Johnson, Billy Bob Thornton, Carla Gugino, Maggie Grace, Moon Bloodgood et Oliver Jackson-Cohen.

Sortie en salles en France le 2 mars 2011.

FILMOGRAPHIEGeorge Tillman est un réalisateur, producteur et scénariste né le 26 Janvier 1969 à Milwaukee, Wisconsin, U.S.A.
1994: Scenes for the soul, 1997: Soul Food, 2000: les Chemins de la dignité, 2009: Notorious B.I.G.

                           

Hommage subjectif d'un puriste amateur.
Le réalisateur modeste George Tillman Jr s'engage ici dans la voie du revenge movie pour illustrer une surprenante série B hargneuse à la violence sanguine, beaucoup moins superficielle et négligeable que la plupart des produits formatés pour ados turbulents. Alors que sa thématique sur la vengeance prêche intelligemment pour une repentance christianiste.

Après avoir purgé une peine de 10 ans d'emprisonnement pour une implication dans un braquage à main armé, James Cullen, dit le Driver, est fermement décidé à venger les responsables de la mort de son frère, sauvagement égorgé. Mais un inspecteur de police junkie sur le déclin et un tueur à gage méthodique sont lancés à sa trousse pour tenter de l'endiguer.

                         

A l'instar des films d'action des années 80 filmés sans prétention avec un sens de l'efficacité roublard dédié au spectaculaire pétaradant, Faster fait sacrément plaisir à voir dans le tableau orthodoxe des produits mercantiles. Il réussit sans peine à se démarquer de ses futiles concurrents facilement reconnaissables dans une abrutissante mise en forme arbitraire dénuée de fond.
Et en terme d'efficacité, Faster ne pouvait pas proposer autre chose de plus jouissif et enthousiasmant.
Si le scénario est indubitablement construit sur un canevas archi convenu, sa structure mise en place avec dextérité, l'émotion inopinée qu'il véhicule par le biais de personnages déshumanisés en quête d'exutoire et l'action incessante qui en découle nous permettent de savourer un revenge movie brutal jamais niais ou lénifiant.
Le réalisateur n'épargne toutefois pas quelques tics clippesques et artifices redondants comme certains effets de ralenti trop présents dans son premier acte. Quelques clichés sont également coutumiers au genre prescrit (le préambule dans la prison, la blonde éprise de passion amoureuse pour son tueur bellâtre, obtus d'accomplir un dernier contrat, le flic drogué voulant se racheter une conduite) mais la succession de péripéties habilement emballées réussissent sans difficulté à transcender son caractère au préalable académique.
C'est notamment la densité d'une galerie de personnages rebelles et marginaux évoluant dans une prise de conscience octroyée à la repentance qui séduit le public. Alors que l'antagoniste caractérisé par le tueur à gage arriviste semble être finalement le plus à plaindre dans son état d'esprit véreux par la quête autonome d'une victoire orgueilleuse.
La vengeance sauvage de Driver est implacable, sans concession et refus de compromis. Mais sa besogne d'exterminer implacablement chaque responsable de la mort de son frère va intelligemment le mener vers une voie cathartique par l'entremise d'une éthique religieuse.
On sera d'autant plus surpris par son final totalement impondérable culminant son point d'orgue dans un coup de théâtre délétère que personne n'aura vu arriver !

                         

Habitué aux rôles conventionnels de dur à cuire traditionnellement inexpressif,  Dwayne Johnson (The Rock) réussit enfin à se détacher des conformités pour livrer une poignante composition dans son personnage marginalisé d'anti-héros militant pour la cause de son frère. Inflexible, impassible et austère dans son impressionnante carrure de baroudeur athlétique, il s'impose frugalement à apporter une vraie dimension humaine dans sa quête de vengeance expéditive laissant augurer dans son cheminement sinistré une potentielle rédemption.

Passé inaperçu et peu valorisé par son titre sommaire lors de sa sortie, Faster est une excellente surprise vouée à distraire son spectateur dans une sincérité inespérée, car renvoyant à certains classiques (ou plaisirs coupables) des années 80 bien connus des amateurs virils (cobra, commando, Double Détente, Le Contrat, Tango et Cash, Punisher et même Terminator). Ultra violent, spectaculaire, parfois tendu et rondement mené sur une BO pop-rock endiablée, ce B movie rend honneur au genre bourrin privilégié par la caractérisation de ses personnages d'une certaine épaisseur psychologique. Tandis que sa réflexion sur la revendication vindicative allouée à une morale repentie délivre favorablement un message pacifiste inscrit sur la tolérance.

                         


05.07.11
Bruno Matéï.

dimanche 3 juillet 2011

NEVER LET ME GO

   

de Mark Romanek. 2010. Angleterre/U.S.A. 1h43. Avec Keira Knightley, Carey Mulligan, Andrew Garfield, Charlotte Rampling, Nathalie Richard, Sally Hawkins, Andrea Riseborough, Charlie Rowe, Ella Purnell.

Sortie en salles en France le 2 Mars 2011.

FILMOGRAPHIE: Mark Romanek est un réalisateur américain principalement connu pour ses clips vidéos. Il a travaillé avec : Red Hot Chili Peppers, Nine Inch Nails, Linkin Park, Michael Jackson, Janet Jackson, No Doubt, Beck, Johnny Cash, Jay-Z, Madonna, R.E.M, Lenny Kravitz.  
1985: Static,
2002: Photo Obsession,
2010: Never let me go,
2011: Locke and Key (télé-film).

Après Photo Obsession, un drame psychologique diaphane sur l'indifférence déguisé en thriller angoissant et dominé par la sobre interprétation de Robin Williams, Mark Romanek adapte avec Never let me go un roman de Kazuo Ishiguro, scénarisé par Alex Garland (28 jours plus tard).
Depuis l’enfance, Kathy, Ruth et Tommy sont les pensionnaires d’une école en apparence idyllique, une institution coupée du monde où seuls comptent leur éducation et leur bien-être. Devenus jeunes adultes, leur vie bascule : ils découvrent un inquiétant secret qui va bouleverser jusqu’à leurs amours, leur amitié, leur perception de tout ce qu’ils ont vécu jusqu’à présent.Adapté d'un roman de Kazuo Ishiguro.









Kathy, Tommy et Ruth ont passé leur enfance à Hailsham, une école anglaise idyllique tenue à l'écart du monde. Alors qu'ils découvrent qu'ils ne sont que des clones dont l'unique existence est basée sur le don d'organes, ils vont être confrontés à l'amour, la jalousie et la trahison...




Adapté d'un roman de Kazuo Ishiguro, scénarisé par Alex Garland (28 jours plus tard) et transcendé par la somptueuse photo de Adam Kimmel

vendredi 1 juillet 2011

J'AURAI TA PEAU (I, the Jury)

                   

de Richard T. Heffron. 1982. U.S.A. 1h55. Avec Geoffrey Lewis, Armand Assante, Barbara Carrera, Laurene Landon, Alan King, Paul Sorvino, Judson Earney Scott, Barry Snider, Julia Barr, Jessica James.
                                                            
Sortie salle en France le 4 mai 1983. Sortie US: le 9 Octobre 1982.

FILMOGRAPHIE: Richard T. Heffron est un réalisateur, scénariste, acteur et producteur américain né le 6 Octobre 1930 à Chicago, décédé le 27 août 2007 à Seattle.
1971: Prenez mon nom, ma femme, mon héritage (TV), 1972: Fillmore, Banacek (série TV), 1973: Toma (TV), Outrage (TV), 1974: The Morning After (TV), The Rockford Files (TV), Newman's Law, The California Kid (TV), Locusts (TV), 1975: The Honorable Sam Houston (TV), I will Fight no more Forever (TV), Death Scream (TV), 1976: Trackdown, Les Rescapés du Futur, 1977: Young Joe, the Forgotten Kennedy (TV), 1978: See How She Runs (TV), 1978: True Grit (TV), 1980: Rumeurs de Guerre (TV), Foolin' Around, 1981: A Whale for the Killing (TV), 1982: J'aurai ta peau, 1983: Le Crime dans le sang (TV), 1984: V, la bataille finale (série TV), Anatomy of an Illness (TV), The Mystic Warrior (TV), 1985: Nord et Sud (Série TV), 1986: Samaritain: The Mitch Snyder Story (TV), 1987: Reconnue coupable (TV), Coupable d'Innocence (TV), Napoléon and Joséphine: A love story (série TV), 1988: Broken Angel (TV), Pancho Barnes (TV), 1989: La Révolution Française (seconde partie: Les Années Terribles), 1991: Target (TV), 1995: Une petite ville bien tranquille (TV), 1996: Daniel Steel: un si grand amour (TV), Le Baron série TV).

                           

Hommage subjectif d'un puriste amateur.
Réalisateur prolifique de télé-films et séries TV lucratives, Richard T. Heffron est appelé à adapter en 1982 un célèbre roman de Michael Spillane (I'am the Jury publié en 1947), largement réactualisé sous la plume du grand Larry Cohen. C'est d'ailleurs le notoire créateur des Envahisseurs qui devait à l'origine réaliser ce projet inspiré d'un James Bond pour adultes. Viré après une semaine de tournage par les producteurs, le modeste Richard T. Heffron est alors enrôlé pour mettre en scène l'intégralité de ce polar contemporain, J'aurai ta peau.
Pour les nostalgiques de l'époque, le film fut particulièrement encensé par la célèbre revue Starfix, créé par Christophe Gans et fut notamment estampillé comme le "Choc du mois" lors de sa sortie officielle en salles françaises !

Mike Hammer apprend la mort de son meilleur ami, ancien vétéran du Vietnam retrouvé mystérieusement assassiné dans sa demeure. Épaulé par sa fidèle secrétaire blonde et pulpeuse, son enquête va le mener auprès d'un établissement thérapeutique aux méthodes très particulières, érigé par une charmante directrice, Charlotte Bennett, mais tributaire des agissements sans vergogne de la C.I.A.

                            

Avec J'aurai ta peau, on peut dire que le personnage du célèbre détective privé incarné par Mike Hammer est sacrément dépoussiéré en 1982 sous la houlette d'un réalisateur sans génie particulier.
Pourtant, ce polar parfois brutal conjuguant habilement le sexe et la violence avec une évidente efficacité s'en tire honorablement tant son récit orthodoxe peu innovant mais agréablement mené nous tient en haleine jusqu'au générique de fin.
Ce qui séduit de prime abord dans cette version adulte d'une enquête adulée d'un détective vétuste, c'est cette ambiance sulfureuse qui en émane. Dans un concentré d'érotisme charnel plutôt couillu et d'une certaine violence explicite parfois spectaculaire, J'aurai ta peau réussit sans peine à séduire et captiver son public embarqué dans un univers mafieux impliquant un drôle d'établissement médical aux méthodes thérapeutiques particulièrement lubriques. D'ailleurs, durant certaines scènes polissonnes illustrant avec sensualité le déroulement de la psychothérapie, le film joue harmonieusement avec ce climat sexuel effronté affichant une galerie de donzelles affriolantes s'exhibant langoureusement dans l'atmosphère fiévreuse de décors flamboyants. A ce titre, il y a une superbe séquence érotique révélant intégralement l'anatomie corporelle de la plantureuse comédienne Barbara Carrerra batifolant avec notre héros conquis, réunis communément dans une chambre à coucher incandescente.
A d'autres moments d'une tonalité âpre plus tendue, le polar sulfureux vire carrément au thriller horrifique dans le profil psychotique établi envers un tueur de jeunes femmes aguicheuses. Un psychopathe obsédé par une gente spécifique puisque ses victimes sont acculées de s'accoutrer d'une perruque de couleur rousse à apposer sur la tête, obligées de conjurer verbalement qu'elles idolâtrent leur tortionnaire par les mots laconiques: "je t'aime", juste avant de trépasser sauvagement poignardée !

                          

Armand Assante (frère de Sylvester Stallone) se tire honorablement d'un rôle aussi factuel, célébré en 1958 par l'acteur Darren McGavin pour la première série TV portant le fameux homonyme du détective privé, ou encore dans celle des années 80, idolâtrée par l'illustre Stacy Keach. Facilement à l'aise et charismatique dans sa posture expéditive ou son influence sensiblement lubrique allouée à la luxure pour la gente féminine, il sait utiliser avec vigueur indocile et esprit finaud ses atouts pour appréhender ses rivaux délétères et affabulateurs. La très attrayante Laurene Landon (Maniac Cop) endosse avec une aimable conviction le rôle d'une secrétaire libertaire instinctivement sexy et attendrie pour son amant alors que la sublime Barbara Carrera envoûte et diabolise imparablement l'écran de ses talents perfides d'odieuse conspiratrice.

Rythmé, sexy, violent et nerveux, ce polar hot agréablement mené réussit haut la main à dévergonder une icône du petit écran rendue un peu trop docile dans son conformisme engagé. Et cela même si certains clichés pesants et un final extravagant dans ses péripéties débridées bondissantes sont à deux doigts de sombrer dans le ridicule.
Scandé par une partition musicale adéquate de Bill Conti, J'aurai ta peau saura largement séduire tous les amoureux de polars brut qui n'ont pas froid aux yeux, d'autant plus que l'inventivité des dialogues abondent en dérision sarcastique. 

                         

Note: Pour l'anecdote subsidiaire, c'est Clint Eastwood qui devait à l'origine endosser le rôle de Mike Hammer !

01.07.11
Bruno Matéï.

                                          

mercredi 29 juin 2011

C'est ma vie aprèstout / Whose Life Is It Anyway ?


de John Badham. 1981. U.S.A. 1h55. Avec Richard Dreyfuss, John Cassaveres, Christine Lahti, Bob Balaban, Kenneth Mc Millan, Kaki Hunter, Thomas Carter, Alba Oms, Janet Eilbert, Kathryn Grody. 

Sortie US le 2 Décembre 1981.

FILMOGRAPHIEJohn Badham est un réalisateur et producteur britannique, né le 25 Aout 1939 à Luton en Angleterre. 1976: Bingo, 1977: La Fièvre du Samedi soir, 1979: Dracula, 1981: C'est ma vie après tout, 1983: Tonnerre de feu, Wargames, 1985: Le Prix de l'exploit, 1986: Short Circuit, 1987: Etroite Surveillance, 1990: Comme un oiseau sur la branche. 1991: La Manière Forte. 1992: Nom de code: Nina. 1993: Indiscrétion Assurée. 1994: Drop Zone. 1995: Meurtre en suspens. 1997: Incognito. 1998: Road Movie.

                                   

Réalisateur éclectique notoire, John Badham livre en 1983 son oeuvre la plus bouleversante auprès du thème délicat de l'euthanasie alors que de nos jours il est hélas injustement oublié des cinéphiles aguerris. Or, sous l'impulsion d'un acteur aussi notable que Richard Dreyfuss ne s'apitoyant nullement sur son sort infortuné, C'est ma vie après tout éprouve le spectateur pour suivre le cheminement désespéré d'un patient paraplégique décidé à rompre définitivement avec la solitude de sa condition infirme. Et ce sans émotion programmée afin de nous prendre vulgairement en otage auprès de son thème aussi facilement tire-larme que des cinéastes sans crupules ont trop souvent tendance à cultiver.  Le PitchKen Harrison est un quadra épris de passion pour son métier de sculpteur, farouchement amoureux de son épouse. Un matin, en empruntant la route, il percute incidemment de plein fouet un poids lourd engagé sur la droite d'un carrefour. Transporté d'urgence à l'hôpital, John se retrouve paralysé de tous ses membres, à l'exception de l'usage de sa tête et de ses facultés cognitives.

                                       

Œuvre magistrale d'une fragilité humaine emplie d'humilité, C'est ma vie après tout nous conte avec une acuité implacable le destin galvaudé de ce sculpteur condamné à la paralysie. Si bien qu'après avoir sombré 30 jours dans le coma, Ken prend conscience que sa vie autrefois fougueuse et épanouie est aujourd'hui rompue à jamais. En l'occurrence, après avoir avoué à sa partenaire son désir de rompre leur union maritale, Ken se résigne à mourir de son plein gré. Epaulé du personnel médical, chacun d'eux tentera éperdument de le convaincre à renoncer à l'euthanasie. Ainsi, en conjuguant (intense) émotion, tendresse, humour et intelligence John Badham évoque  les thèmes de l'euthanasie et de la dépression par le biais de cet infirme saint d'esprit toutefois résolu à s'y sacrifier. Mais est-il néanmoins moralement apte à envisager de mourir afin de dissoudre sa souffrance morale ? Le cinéaste dénonçant également l'attitude du corps médical lorsque ces derniers tentent d'apaiser la souffrance morale du malade par le biais de drogues de substitution, quand bien même le système consulaire devra juger s'il faut autoriser ou non la volonté personnelle du malade voué à en finir. Sans l'ombre du pathos donc, en privilégiant une verve exubérante, Richard Dreyfus insuffle une dimension humaine extravertie dans celui du paraplégique obtus féru de blagues salaces auprès du corps infirmier à son chevet. Son parcours du combattant à daigner mourir plutôt que de renouer avec la vie bouleverse durement le spectateur témoin malgré lui de sa désillusion existentielle alors que l'on espère (par voie de rédemption) un chouilla d'espoir pour sa destinée sinistrosée.

                                        

Sublimé de la prestance à la fois fragile et spontanée de Richard Dreyfuss vibrant d'expressivité angoissée et désespérée dans une posture lunaire sciemment antinomique et d'une poignée de seconds rôles très attachants dans leur posture empathique jamais outrée (John Cassavetes, Christine Lahti, Bob Balaban, Kenneth Mc Millan, Kaki Hunter ), C'est ma vie après tout constitue un témoignage bouleversant sur le respect du patient d'accepter son choix personnel de poursuivre ou pas sa condition estropiée. Il y émane un grand moment de cinéma aussi tendre, fringant et douloureux que profondément pessimiste de par la rigueur de son élégie teintée de désillusion. 

Dédicace à Luke Mars.
29 Juin 2011. 3

lundi 27 juin 2011

TRUE GRIT


de Joel et Ethan Cohen. 2010. U.S.A. 1h50. Avec Jeff Bridges, Matt Damon, Josh Brolin, Barry Pepper, Hailee Steinfeld.

Sortie en salles en France le 23 Février 2011.

FILMOGRAPHIE: Joel Coen (né le 29 novembre 1954) et Ethan Coen (né le 21 Septembre 1957) sont deux frères réalisateurs, scénaristes, monteurs, acteurs et producteurs américains.
1984: Sang pour Sang, 1987: Arizona Junior, 1990: Miller's Crossing, 1991: Barton Fink, 1994: Le Grand Saut, 1996: Fargo, 1998: The Big Lebowski, 2000: O'Brother, 2001: The Barber, 2003: Intolérable Cruauté, 2004: Ladykillers, 2006: Paris, je t'aime (tuileries), 2007: No country for old men, Chacun son cinéma (sktech: world cinema), 2008: Burn After Reading, 2009: A Serious Man, 2010: True Grit.

                          

Hommage subjectif d'un puriste amateur.
Réalisateurs prolifiques de génie, un nouveau film concocté par les frères Cohen est toujours un évènement en soi et True Grit ne faillit pas à la règle ! Cette fois-ci, nos inséparables compères touchent-à-tout entreprennent la voie des grands espaces et des cow-boys téméraires légendaires pour imager un authentique western à l'ancienne, exalté et passionné !

En 1870, dans l'Ouest américain, une jeune fille de 14 ans est déterminée à venger la mort de son père, lâchement abattu par un malfrat du nom de Tom Chaney. Elle décide d'engager un ancien marshall, Rooster Gogburn, pour retrouver l'assassin en fuite dans l'état indien. Mais durant leur voyage, un ranger, LaBoeuf, est également de la partie pour retrouver Chaney en guise d'une forte récompense. A eux trois, ils vont entamer un voyage semé d'embûches dans les plaines adjacentes et au détour d'un canyon.

                        

Le plaisir immédiat que l'on éprouve à la vue du nouveau métrage des Cohen vient de sa nature formelle à retranscrire l'authenticité d'un far-west criant de vérité ! Avec la beauté plastique d'une photographie épurée sublimant la plénitude de paysages champêtres et de trognes de cow-boys incroyablement charismatiques, True Grit nous renvoie à une époque sauvage où la justice individuelle était encore tolérée malgré l'évolution du système judiciaire mis en place. En prenant comme personnage principal une jeune fille de 14 ans affiliée à un marshall bedonnant et alcoolique avait de quoi rebuter s'il avait été réalisé par un vulgaire tâcheron. Mais cette aventure trépidante continuellement imprévisible et éludée de grandiloquence réinvente le western dans toute sa splendeur visuelle, son lyrisme exalté et son sens épique allié à la fougue et d'ardeur brutale.
Truffé de répliques cuisantes pleines d'humour et de dérision, ce voyage inopiné entrepris par un trio atypique nous fait partager leurs chevauchées intimes entre prises de risques virulentes et traquenards préjudiciables.
De manière totalement aléatoire, l'épilogue que nous dévoile cette longue épopée pleine de vigueur nous déchire les larmes par un acte héroïque humble et salvateur. ATTENTION SPOILER !!! C'est finalement l'incroyable destin esseulé d'une femme sauvée d'une mort certaine par un héros archaïque que True Grit nous dépeint avec une émotion proprement bouleversée. FIN DU SPOILER. Avec comme conclusion ironiquement spéculative que l'acte vindicatif aura une répercussion acerbe sur celle par qui la mort aura été perpétrée et que le temps irrémédiable nous file injustement entre les doigts.

                         

L'immense Jeff Bridges réalise une fois de plus une performance naturelle criante de vérité dans sa posture robuste d'un marshal vieillissant et alcoolo quelque peu bourru. Mais un briscard chevronné toujours apte à cibler sa proie avec une précision incisive dans ces armes à feu déployées. Matt Damon réussit à faire oublier l'acteur bellâtre auquel il est habituellement coutumier pour nous imposer un personnage conquérant au préalable obtus et inflexible mais finalement humble et loyal pour la reconnaissance qu'il éprouve auprès d'une adolescente motivée par le courage d'une quête de vengeance. C'est l'étonnante révélation du film, Hailee Steinfeld, qui s'attelle à endosser le rôle majeur d'une fillette audacieuse débordante de volonté et d'hardiesse dans son état d'esprit finaud et érudit. Mais les conséquences d'une vengeance tant escomptée, perpétrée de façon expéditive va à jamais changer sa destinée d'adolescente coupable d'un crime équitable du haut de ses 14 ans. Barry Pepper (3 enterrement, la 25è heure, la ligne verte) dans un court rôle presque méconnaissable est sidérant de prestance véreuse dans son physique disgracieux et volerait presque la vedette à l'étonnant Josh Brolin dans celui du gangster immoral prêt à exécuter de sang froid une gamine téméraire mais innocente.

                          

Mis en scène avec maîtrise et magnifiquement interprété par des comédiens à la trogne burinée , True Grit réinvente les codes du western classique avec un ton réaliste et une ambition respectueuse du genre dépoussiéré. Son histoire de prime abord conventionnelle réussit habilement à en détourner les conventions dans une succession d'évènements imprévisibles et d'une poignée de héros attrayants. Et cela avant que le final bouleversant nous dévoile sa véritable nature dans l'étrange destinée d'une femme d'exception, fustigée par l'acte de vengeance et liée à jamais par la gratitude d'une ancienne légende de l'histoire de l'ouest.

27.06.11
Bruno Matéï.

dimanche 26 juin 2011

IL ETAIT UNE FOIS DANS L'OUEST (Once Upon a Time in the West / C'era una volta il West)

                                                                         Photo empruntée sur Google, appartenant au site myscreens.fr

de Sergio Leone. 1968. Italie/U.S.A. 2H43. Avec Charles Bronson, Henry Fonda, Claudia Cardniale, Jason Robards, Gabriele Ferzetti, Frank Wolff, Lionel Stander, Keenan Wynn, Paolo Stoppa, Jack Elam, Woody Stroode.

Sortie Salles Italie: 21 Décembre 1968. France: 27 Aout 1969.

FILMOGRAPHIE: Sergio Leone est un réalisateur, scénariste et producteur italien, né le 3 Janvier 1929 à Rome, décédé le 30 Avril 1989.
1959: Les Derniers Jours de Pompéi, 1960: Sodome et Gomorrhe, 1961: Le Colosse de Rhodes, 1964: Pour une poignée de Dollars, 1965: Et pour quelques Dollars de plus, 1966: Le Bon, la Brute et le Truand, 1968: Il Etait une fois dans l'Ouest, 1971: Il était une fois la Révolution, 1973: Mon Nom est Personne (co-réalisé avec Tonino Valerii), 1975: Un Génie, deux Associés, une Cloche (co-réalisé avec Damiano Damiani), 1984: Il Etait une fois en Amérique, 1989: Les 900 jours de Leningrad (inachevé).

                                     

Pionnier du western spaghetti, Sergio Leone réalise en 1968, juste après l'achèvement de sa trilogie du dollar, la quintessence finale du genre, Il Etait une fois dans l'Ouest. Une clef de voûte emphatique portée par la partition lancinante d'Ennio Morricone ancrée autant dans la légende. Paradoxalement, à l'époque de sa sortie US, il essuya un échec commercial et critique alors que quelques scènes furent censurées ! (22 minutes afin d'alléger sa durée inhabituelle !). Certaines sources affirment également que le rôle qu'endosse l'éminent Henry Fonda dans celui du tueur d'enfant était débouté par le public américain, faute de sa prestation à contre-emploi. Quatre scénaristes ont aussi été crédités pour la réalisation du projet dont le célèbre réalisateur Bernardo Bertolucci. Mais c'est au débutant Dario Argento à qui l'on doit de sa funeste signature la fameuse anthologie illustrant, non sans sadisme, une exaction machiavélique de victime par pendaison ! Dans l'Ouest des États-Unis, près de Flagstone, la conception d'une ligne de chemin de fer est en projet. Attendu par un trio de tueurs déterminés, un inconnu accoutré d'un harmonica descend d'un train et les abat méthodiquement. Dans cette contrée en pleine mutation pour l'infrastructure urbaine, l'homme sans nom est à la recherche de Frank, un tueur à gages responsable de la mort de son frère, aujourd'hui associé avec le directeur cupide de la construction du chemin de fer.

                                     

Dès le préambule aphone, Il Etait une fois dans l'Ouest nous illustre une séquence semi-parodique lorsqu'un trio d'individus suspicieux attend patiemment l'arrivée d'un train pour exécuter l'homme qui en descendra. Dans un quasi mutisme elliptique, les dix premières minutes rivalisent d'inventivité et de maîtrise dans la gestion du plan large/serré et des cadrages alambiqués pour ausculter les regards sournois des bandits aux trognes patibulaires. Un air d'harmonica s'y fait soudainement écho derrière le train alors qu'un individu mystérieux dévoile sa silhouette pour les défier. Cet air musical concis et métronomique distille une ambiance vénéneuse afin d'annoncer leur trépas. Le ton lyrique est donné ! Ce western crépusculaire sera opératique, nonchalant, élégiaque et flamboyant à travers son florilège d'émotions scandées d'une musique tantôt inquiétante tantôt romanesque. Sergio Leone, ne souhaitant pas de prime abord réentreprendre un nouveau western (il songeait plutôt à concrétiser l'univers du gangstérisme des années 20 avec Il Etait une fois en Amérique) en réalise ici le point d'orgue funèbre afin d'annoncer la fin du genre au sein de l'Ouest sauvage. Il nous transcende donc une ultime fois la destinée désespérément esseulée de cow-boys marginaux en déclin avant qu'une nouvelle  civilisation n'éclose avec le projet capitaliste d'une construction ferroviaire. A travers les thèmes de la vengeance, de la lâcheté du crime et du deuil insurmontable qui s'ensuit, nos personnages au caractère distinct vont se croiser, se fréquenter et côtoyer le mal afin de sauver leur peau, entamer leur devise et oublier leur morne existence. Durant ce long cheminement entrepris dans la rancoeur et l'auto-justice, la mort semble planer sur leurs épaules condamnées à survivre dans la solitude à l'aube d'un Ouest en mutation.

                                         

Spoiler !!! Autour d'un florilège de séquences mémorables à l'intensité dramatique, la vengeance latente qui en était le moteur essentiel dévoile ses motivations lors d'un flash-back traumatisant de perversité. Ce épicentre émotionnel éprouvant révélera enfin au spectateur la réminiscence d'une mise à mort machiavélique perpétrée sous un soleil écrasant. Un acte d'une cruauté acérée incriminant contre son gré un frère contraint de supporter du poids de ses épaules son aîné suspendu d'une corde au cou au sommet d'une arche. Pour amplifier l'état de marasme administré aux deux frères, l'instrument musical d'un harmonica sera infligé dans la bouche du cadet afin de l'humilier et accélérer l'agonie fatale de la victime. On comprend dès lors que cet instrument monocorde perçu durant tout le film n'était qu'une mélodie funéraire afin de suggérer un souffle d'agonie, quand bien même au moment propice de la dite vengeance, l'harmonica sera cette fois-ci ironiquement administré dans la bouche du bourreau ! Après le duel légendaire perpétré par nos deux ennemis jurés, la romance escomptée entre la veuve Jill McBain et l'homme sans nom s'avère destituée de rédemption amoureuse si bien que chacun repartira indépendamment avec sa solitude et ses souvenirs avant que la mort ne rattrape une ultime fois un troisième témoin reconverti. Fin du Spoiler. Au niveau du casting, l'inoubliable Charles Bronson n'eut jamais été aussi magnétique que dans ce personnage de vengeur taciturne nanti d'un regard buriné inflexible. Un homme apatride condamné à mûrir un châtiment implacable pour le compte d'un tueur sournois et pervers. Sa posture de cow-boy flegmatique accoutré d'un d'harmonica distille une aura hermétique à chacune de ses apparitions. Radieuse et sensuelle, Claudia Cardinale endosse avec fragilité une prostituée au grand coeur ayant décidé de rompre avec son passé racoleur pour l'amour de son nanti époux. Hormis le massacre perpétré envers sa famille, son destin l'amènera pour autant à relever la tête avec dignité et bravoure afin de fonder un nouvel avenir optimiste. En tueur d'enfant sans vergogne, Henry Fonda déconcerte au plus haut point pour ceux qui s'attendaient à ce que l'acteur bellâtre compose un rôle autrement humble. Enraciné dans la lâcheté, l'immoralité, le mépris et la violence, il fascine par sa snobe élégance, à l'image de son regard azur faussement rassurant. En bandit vieillissant, Jason Robards apporte une touche d'empathie de par son soutien loyal pour l'homme à l'harmonica et la veuve auquel il semble timidement amoureux.

                                      

Il était une fois l'ouest nouveau, ou le chant du cygne au western spaghetti. 
Mis en scène avec la virtuosité du maestro du western transalpin, Il Etait une fois dans l'Ouest constitue une danse baroque avec la mort, un opéra lyrique inscrit dans l'emphase, à l'instar de son élégie musicale rythmant le destin de personnages désabusés, marginaux passéistes marqués par l'injustice et le poids de la vieillesse. Avec la densité d'un scénario charpenté, ce western mélancolique dépeint en outre le bouleversant témoignage d'une veuve motivée à regagner son honneur, sa dignité et son autonomie, unique personnage capable d'évoluer au sein de sa nouvelle civilisation. Pour parachever, la vengeance obsédante de l'homme sans nom qui hante tout le récit illustre aussi en parallèle l'achèvement de ce nomade incapable de s'insérer dans la nouvelle société, car préférant s'éloigner du progrès pour s'éclipser vers une horizon indéterminée.

Note: Rattaché au lyrisme du film, la traduction littérale du titre italien, C'era une volta il West est Il était une fois l'ouest.

27.06.11
Bruno Matéï.

ANECDOTES.
Le générique du début d'Il Etait une fois dans l'Ouest est le plus long de l'histoire du cinéma.
Sergio Leone, qui avait essayé d'engager Charles Bronson dans les films Pour une Poignée de Dollars et Le Bon, la Brute et le Truand, obtint enfin son accord pour interpréter Harmonica.
Pour le rôle de Frank, Leone tenait absolument à Henry Fonda, en contre-emploi des rôles de braves types honnêtes, nobles et positifs qui firent sa renommée : il joue ici un tueur ignoble n'hésitant pas à massacrer des innocents et des enfants et crachant à tout bout de champ. Eli Wallach, qui interprétait Tuco dans Le Bon, la Brute et le Truand, a persuadé Fonda d'accepter le rôle. Au tout début du tournage, Leone, voyant Fonda avec des lentilles de couleur marron et une moustache, voulut immédiatement le remplacer. Mais après avoir été maquillé et habillé, celui-ci convainquit le réalisateur sans avoir dit un seul mot. Sa performance est remarquable, car né en 1905, il avait 63 ans lors du tournage du film, dans lequel il semble beaucoup plus jeune, surtout dans le flash-back final qui révèle le motif de la vengeance d'Harmonica.

  

vendredi 24 juin 2011

REPRESAILLES (The New Kids)


de Sean S. Cunnigham. 1985. U.S.A. 1h28. Avec Shannon Presby, Lori Loughlin, James Spader, John Filbin, David H. MacDonald, Vince Grant, Theron Montgomery, Eddie Jones.
FILMOGRAPHIE: Sean Sexton Cunningham est un réalisateur, producteur et scénariste américain né en 1941 à New-York.
1970: Art Of Marriage, 1971: l'amour à deux, 1973: Case of the Full Moon Murders, 1978: Manny's Orphans, Here Come the Tigers, 1980: Vendredi 13, 1982: A stranger is Watching, 1983: Spring Break, 1985: Représailles, 1989: M.A.L, 2001: XCU: Extrême Close Up, 2002: Invasion finale (télé-film), 2006: Trapped Ashes.

                                  

Modeste faiseur de séries B sans prétention et illustre créateur en 1980 du célèbre Vendredi 13Sean S. Cunningham réalise 5 ans après son slasher surestimé un teen movie d'exploitation, violent et brutal, sans doute influencé par l'hallucinant Class 84, sorti 3 ans au préalable. Un frère et une soeur se retrouvent orphelins à la suite du brusque décès de leurs parents dans un accident de voiture. Ils sont aimablement hébergés par leur oncle, propriétaire d'un parc d'attraction de fête foraine dans la région de Glenby. Débarqués dans un nouveau lycée, Abby et Loren vont furtivement devoir faire face à une bande de délinquants cyniques et provocateurs. Mais le frère téméraire et inflexible a fermement décidé de leur tenir tête. Une lutte incessante s'engage alors entre les deux camps rivaux jusqu'à ce que la situation s'envenime et dégénère. Correctement emballé et efficacement troussé, Représailles est un pur ersatz d'exploitation lorgnant du côté du teen movie orthodoxe oscillant avec le film de vengeance arrogant légèrement putassier. Avec la banalité inepte d'un scénario ultra linéaire (un chassé croisé incessant entre les bons et les méchants est octroyé jusqu'à ce que mort s'ensuive), cette série B sans prétention joue la carte du divertissement futile en toute simplicité. Mais Sean S. Cunnigham possède suffisamment de métier et un sens du rythme probant pour rendre agréable un spectacle de samedi soir efficacement mené et jamais ennuyeux.

                                    

De prime abord, la trame superficielle nous invite sobrement à faire connaissance avec Abby et Loren, un frère et une soeur malencontreusement éprouvés par la mort de leurs parents. C'est dans une nouvelle contrée d'apparence calme et sereine qu'ils décident d'emménager auprès de la propriété ludique d'un oncle compatissant et protecteur, régisseur d'un parc d'attraction. Par petites touches successives, nos héros familiers vont être pris à parti dans leur enceinte de lycée avec une bande d'énergumènes dominés par un leader frustré de ne pouvoir devenir le petit ami de la charmante Loren. Les provocations cyniques et affrontements physiques soumis contre nos deux protagonistes vont devenir plus insolents, violents et davantage menaçants. La petite touche d'originalité contournant agréablement un cliché inhérent dans la caractérisation du personnage central viendra du fait que le frère de Loren se révèle particulièrement belliqueux quand celle-ci est violemment prise à parti par nos merdeux revanchards. Pire, après que sa voiture rouge flambant neuf aura été griffée par ses oppresseurs, Abby aura l'audace d'entrer par effraction dans la chambre du leader pour sévèrement menacer de l'égorger à l'aide d'un couteau et l'humilier en lui soutirant de l'argent.
Dans ces incessantes provocations opposées entre les victimes et les oppresseurs, la tension va tranquillement monter d'un cran quand les lascards vont envisager de violer et tuer la frangine kidnappée dans l'enceinte du parc d'attraction. Avec un goût prononcé pour la violence démonstrative, ce point d'orgue haletant et sauvage peut certainement évoquer la brutalité débridée du final orgasmique de Class 84 de Mark Lester. Ici, même combat pour la survie et goût de la complaisance abrupte dans l'inventivité des meurtres perpétrés ! Visage brûlé vif en gros plan, tête écrasée par un manège (en hors champ), abdomen ensanglanté troué à coup de chevrotine, pitbull dressé à tuer se jetant sur l'un de nos protagonistes et rival projeté du vide d'un manège détraqué.
A la manière expéditive du professeur de musique Andrew Norris dans Class 84, le frère vindicatif, habité par la haine meurtrière fera tout en son pouvoir pour sauver la vie de sa soeurette afin de la retrouver saine et sauve à l'intérieur d'un vaste lieu clos rempli d'attractions sous tension.
Dans ce final explosif, action trépidante et violence âpre se succèdent communément avec un certain bonheur pour l'enthousiasme des fans avides de plaisir coupable.

                                           

Dénué d'aucune originalité, Représailles ne restera pas dans les annales, faute d'un scénario prévisible et d'une réalisation peu ambitieuse. Mais ce succédané d'exploitation possède suffisamment de charme, d'efficacité (modérée) et d'aura transgressive dans sa violence déployée pour rendre la copie bonnard. En prime, l'honorable interprétation réussit sans peine à convaincre aimablement (James Spader en blondinet arrogant est un cabotineur détestable et nos deux héros complices Shannon Presby, Lori Loughlin sont plutôt attachants), tandis que la musique de Lalo Schifrin (Class 84, l'Inspecteur Harry, Amityville 1 et 2) réussit frugalement à exacerber un certain punch dans le déroulement des péripéties exposées. Enfin, pour l'anecdote subsidiaire, on notera que le titre français est mieux approprié que son homologue ricain (tandis que l'une des affiches US semble évoquer un "Explorers" pernicieux !).

24.06.11