vendredi 22 mars 2013

Epouvante sur New-York /Q: The Winged Serpent

                                   Photo empruntée sur Google, appartenant au site fan-de-cinema.com

de Larry Cohen. 1982. U.S.A. 1h33. Avec Michael Moriarty, Candy Clark, David Carradine, Richard Roundtree, James Dixon.

Sortie salles France: 8 Septembre 1982. U.S: 8 Octobre 1982

FILMOGRAPHIE: Larry Cohen est un réalisateur, producteur et scénariste américain né le 15 Juillet 1941. Il est le créateur de la célèbre série TV, Les Envahisseurs. 1972: Bone, 1973: Black Caesar, Hell Up in Harlem, 1974: Le Monstre est vivant, 1976: Meurtres sous contrôle, 1979: Les Monstres sont toujours vivants, 1982: Epouvante sur New-York, 1985: The Stuff, 1987: La Vengeance des Monstres, Les Enfants de Salem, 1990: l'Ambulance. - Comme Producteur: Maniac Cop 1/2/3. - Comme Scénariste: Cellular, Phone Game, 3 épisodes de Columbo.


Jamais avare d'idées singulières effleurant parfois le ridicule sans jamais y sombrer (souvenez vous du bébé monstre ou de l'extra-terrestre hermaphrodite dans deux de ses pièces maîtresses !), Larry Cohen réalise en 1982 une modeste série B au concept saugrenu. Un gigantesque serpent ailé sème la terreur sous les toits de New-York. Au même moment, des sacrifices humains sont perpétrés par un dangereux psychopathe. Avec l'aide d'un loser affligeant de médiocrité, l'inspecteur Shepard tentera de mettre un terme à cette vague de meurtres. Petite précision en ce qui concerne la caractérisation de notre créature, et afin de mettre en exergue l'imagination débordante de Larry Cohen, le monstre en question se prénomme Quetzalcoatl (serpent à plume). Une divinité pan-mésoaméricaine (d'Amérique précolombienne) apparue à partir du 10è siècle au Mexique central. Et si Epouvante sur New-York pâtit d'une mise en scène un peu anarchique dans son montage maladroit, l'originalité de son scénario, aussi futile soit-il, les séquences chocs quotidiennes est surtout la caractérisation impartie au personnage principal, anti-héros dénué de valeurs humaines, rendent l'aventure tout à fait attractive. Ainsi, en rendant hommage à King-kong et aux créatures mythologiques du maître du stop-motion, Ray HarryhausenLarry Cohen emploie ici la même méthode archaïque afin de parfaire son monstre ailé se déplaçant au dessus des toits.


Et on peut dire que ces apparitions dantesques fascinent autant qu'elles amusent par cette poésie naïve qui y émane. En prime, le film regorge de quelques séquences gores réussies (le dépeçage au couteau d'un visage humain révélé à deux reprises, l'apparition d'un cadavre putréfié ou les plans explicites accordés aux diverses décapitations). Sans se prendre au sérieux, le réalisateur injecte lors de certains dialogues (plutôt superficiels) un humour sarcastique pour les réparties échangées entre les flics et notre protagoniste risible. Enfin, pour rajouter un peu de dynamisme épique au récit, la confrontation finale localisée sur le toit d'un building entre le service d'ordre et le monstre ne manque pas de vigueur auprès des échanges de tirs et les attaques sanglantes qui s'ensuivent. Mais ce qui surprend surtout dans cette plaisante série B, c'est l'audace d'avoir attribué le rôle principal à cet antagoniste marginal complètement oisif, couard, égoïste, machiste, ingrat, abusif, et j'en passe. A cet effet, Larry Cohen a su faire preuve de bon sens pour porter son choix sur Michael Moriarty. Si bien que cet acteur de seconde zone endosse son rôle pathétique avec une aisance assez irrésistible lorsqu'il décide d'extorquer la police en jouant la star médiatique. En effet, sachant qu'il est le seul a connaître la véritable planque du monstre, notre malfaiteur en profite pour rameuter les médias et soutirer 1 million de dollars au commissaire de la ville. Cette astuce scénaristique permet au métrage de rehausser son efficacité avec dérision pour l'étude de caractère imparti à ce loser décomplexé pitoyable d'exubérance vaniteuse.

Modeste série B du samedi soir à savourer entre amis, Epouvante sur new-York n'a rien perdu de son charme (aujourd'hui rétro) et de sa loufoquerie d'avoir su nous élaborer sans prétention une petite bisserie insolite parmi l'aimable participation de David Carradine en flic déterminé.

*Bruno
02.08.23. 5èx
22.03.13.

jeudi 21 mars 2013

La Chasse / Jagten / The Hunter

                                     Photo empruntée sur Google, appartenant au site filmofilia.com

de Thomas Vinterberg. 2012. Danemark. 1h55. Avec Mads Mikkelsen, Thomas Bo Larsen, Annika Wedderkopp, Lasse Fogelstrom, Susse Wold, Anne Louise Hassing.

Sortie salles France: 14 Novembre 2012

FILMOGRAPHIE: Thomas Vinterberg est un réalisateur, scénariste et producteur danois, né le 19 Mai 1969 à Copenhague. 1996: Les Héros. 1998: Festen. 2000: The Third Lie. 2003: It's All About love. 2005: Dear Wendy. 2007: Un Homme rentre chez lui. 2010: Submarino. 2012: La Chasse.


14 ans après le foudroyant Festen, couronné du Prix du Jury à CannesThomas Vinterberg aborde à nouveau le thème de la pédophilie dans La Chasse, un drame psychologique d'une puissance dramatique difficilement gérable. Dans une école maternelle, l'éducateur Lucas est suspecté de pédophilie après les aveux équivoques d'une fillette avec qui il entretenait une complicité amicale. Rapidement, la rumeur se répand auprès des familles et l'homme va devoir faire face à un lynchage collectif. Avec la présence exceptionnelle de Mads Mikkelsen (la révélation de la trilogie Pusher), récompensé à juste titre du Prix d'interprétation à Cannes, La Chasse nous retrace le désarroi d'un père  injustement accusé de pédophilie. Littéralement transi d'affliction, partagé entre la honte, le désespoir et la dignité de braver l'injustice, l'acteur nous livre une performance viscérale à coeur ouvert !


Avec un réalisme glaçant incessamment dérangeant, nous suivons dans une chronologie détaillée son interminable calvaire à devoir accepter les multiples accusations puis survivre sous l'accablement de l'injustice. Réflexion sur le poids de l'affabulation, la persécution et la culpabilité, ainsi que l'esprit de persuasion impartie à la fragilité de l'enfant, Thomas Vinterberg dénonce ici l'intolérance d'une province réactionnaire persuadée de détenir la vérité par le témoignage infantile. La suspicion des habitants rendus paranoïaques cède vite à l'accusation quand la parole d'un bambin n'est jamais remise en cause. L'inconscient collectif, l'autosuggestion et la terreur épidermique de gamberger un abus sexuel chez son enfant vont être les catalyseurs d'une chasse où la haine et la violence vont s'extérioriser chez chaque citadin. L'extrême empathie éprouvée pour ce père divorcé ayant comme seul soutien la conviction de son fils nous laisse en état de collapse par leur densité psychologique allouée et cette confiance mutuelle qu'ils unifient.


Effroyable descente aux enfers d'une intensité dramatique d'exception, La Chasse est un électro-choc émotionnel à la puissance psychologique proche du marasme. L'extrême rigueur d'une mise en  scène circonspecte réfutant le pathos et l'interprétation sensitive de Mads Mikkelsen convergent à un moment de cinéma inoubliable où le pardon reste encore une valeur noble.  

21.03.13
Bruno 

Récompenses: Festival de Cannes 2012: Prix d'interprétation masculine pour Mads Mikkelsen, Prix du Jury oecuménique.
Prix du cinéma européen 2012: Scénariste européen de l'année pour Thomas Vinterberg et Tobias Lindholm.
British Independent Film Awards 2012: Meilleur Film indépendant international.
Prix Vulcain de l'artiste technicien 2012: Charlotte Bruus Christensen, directrice de la photographie.
Festival international du film de Vancouver 2012: Rogers People's Choice Award

mercredi 20 mars 2013

Rush

                                    Photo empruntée sur Google, appartenant au site notrecinema.com

de Lili Fini Zanuck. 1991. U.S.A. 2h00. Avec Jason Patric, Jennifer Jason Leigh, Sam Elliott, Max Perlich, Gregg Allman, Tony Frank, William Sadler.

Sortie salles France: 29 Avril 1992. U.S: 22 Décembre 1991

FILMOGRAPHIE: Lili Fini Zanuck est une productrice et réalisatrice américaine, née le 2 Avril 1957 à Leominster dans le Massachusetts. Il s'agit de l'épouse du producteur Richard D. Zanuck. 1991: Rush
1998: From the earth to the moon (Télé-film). 2005: Revelations (Télé-film). 


Polar dramatique rugueux illustrant sans fioriture la descente aux enfers de deux agents des stupéfiants infiltrés dans le milieu de la drogue, Rush relate leur parcours chaotique avec un réalisme implacable. Reposant sur les épaules du duo de choc Jason Patric et Jennifer Jason Leigh, le film met en exergue les ravages de la drogue quand un couple d'agents est contraint de se faire passer pour des junkies afin de faire tomber un gros bonnet. Or, pour paraître convaincants, Jim et Kristen doivent consommer diverses drogues dures face à la présence des dealers afin d'éviter toute suspicion policière. La force houleuse de la narration résidant dans cette épreuve de force qu'endurent ces infiltrés puisque rapidement tributaires du produit toxique. Ainsi, en évitant le piège de la complaisance, Rush dénonce avec tact et sans moralisme les effets cyniques de la drogue lorsque l'usager intoxiqué ne peut plus faire marche arrière. Par ailleurs, la réalisatrice en profite notamment pour aborder la corruption policière chez certains dirigeants peu scrupuleux. Avec une belle intensité dramatique, les interprètes Jason Patric et Jennifer Jason Leigh s'avèrent particulièrement poignants dans leur rôle versatile compromis à une déchéance aussi bien morale que physique. C'est par leur complicité amoureuse, leur soutien mutuel que le couple puisera la force morale de pouvoir se désintoxiquer. En prime, le final bouleversant surprend pas son nihilisme perfide afin d'enfoncer le clou dans cette déroute policière où personne n'en sortira victorieux.


Rythmé par la guitare acoustique d'Eric Clapton, Rush est un polar âpre d'un humanisme aigri, réquisitoire cruel sur le fléau universel de la drogue. Un film fort et poignant dans son ambivalence psychologique impartie aux protagonistes désespérés. Un couple en perdition engagé dans une lutte sans victoire où les notions de bien et de mal y sont galvaudées puisque contraints de braver l'autorité afin de subvenir à la victoire.  

30.03.13. 3èx
Bruno

mardi 19 mars 2013

LA FERME DE LA TERREUR (Deadly Blessing)

                           Photo empruntée sur Google, appartenant au site manisthewarmestplacetohide.com

de Wes Craven. 1981. U.S.A. 1h40. Avec Maren Jensen, Sharon Stone, Susan Buckner, Jeff East, Colleen Riley, Douglas Barr, Lisa Hartman, Lois Nettleton, Ernest Borgnine, Michael Berryman.

Sortie salles France: 14 Avril 1982. U.S: 14 Août 1981

FILMOGRAPHIE: Wesley Earl "Wes" Craven est un réalisateur, scénariste, producteur, acteur et monteur né le 2 Aout 1939 à Cleveland dans l'Ohio.
1972: La Dernière maison sur la gauche, 1977: La Colline a des yeux, 1978: The Evolution of Snuff (documentaire), 1978: l'Eté de la peur. 1981: La Ferme de la Terreur, 1982: La Créature du marais, 1984: Les Griffes de la nuit, 1985: La Colline a des yeux 2, 1986: l'Amie mortelle, 1988: l'Emprise des Ténèbres, 1989: Schocker, 1991: Le Sous-sol de la peur, 1994: Freddy sort de la nuit, 1995: Un Vampire à brooklyn, 1996: Scream, 1997: Scream 2, 1999: la Musique de mon coeur, 2000: Scream 3, 2005: Cursed, 2005: Red eye, 2006: Paris, je t'aime (segment), 2010: My soul to take, 2011: Scream 4.


Sorti 4 ans après l'Eté de la peur, la Ferme de la terreur renoue avec la série B horrifique matinée de sorcellerie. L'action du film prend pour cadre une campagne clairsemée auquel une communauté intégriste de Hittites se partagent les terrains avec deux familles issues de la société moderne. Alors qu'un meurtre vient d'être commis, la veuve Martha Schmidt est témoin d'étranges évènements inexpliqués. Deux proches amies viennent la rejoindre afin de la soutenir.


Production modeste au casting féminin particulièrement séduisant, la Ferme de la Terreur empreinte le schéma du slasher au sein d'une bourgade champêtre d'où plane l'ombre de l'incube. Si le film réserve peu de surprises narratives en dehors de son point d'orgue révélateur, il gagne en efficacité par son habileté à insuffler une angoisse diffuse. De manière intense, Wes Craven nous concocte des petits moments de frissons parfois percutants (le serpent venu s'introduire entre les jambes de Martha durant son bain, l'araignée précipitée dans la bouche de Lana pendant un cauchemar onirique, le meurtre cinglant du couple en étreinte à l'intérieur de leur véhicule) en misant d'abord sur une notion de suspense savamment distillée. Son climat ombrageux rehaussé de choeurs d'outre-tombe instaure une inévitable inquiétude alors qu'un rituel de meurtres est perpétré auprès des campagnards. Mais qui peut bien commettre ces crimes gratuits dénués de mobile ?
Par ailleurs, le réalisateur insiste à dépeindre les activités archaïques des Hittites gouvernés par un leader fanatique. Une communauté sectaire comparable aux Amish présents en Amérique du Nord, vivant exclusivement en autarcie pour leur éthique catholique. Sous couvert d'incidents morbides où plane l'influence de Satan, Wes Craven dénonce le totalitarisme de cette confrérie obsédée par la superstition du Mal. Si les hommes dociles s'avèrent sexuellement refoulés, faute de leur dictature imposée, nos héroïnes issues du monde moderne s'émancipent dans une liberté sexuelle assumée. On appréciera également le portrait asséné à ces femmes autonomes beaucoup moins potiches que dans les produits standardisés, car ici pourvues de caractère et de bravoure, surtout quand il s'agit d'affronter le danger (mention spéciale aux harmonieuses Susan Buckner et surtout Maren Jensen).


En dépit d'un épilogue peu crédible faisant intervenir inutilement les forces surnaturelles, La Ferme de la terreur est un excellent slasher à l'ambiance bucolique assez insolite dans son aura de mysticisme frelaté. Le caractère attachant des personnages, le charme lascif de nos héroïnes et l'angoisse distillée avec efficacité confinant au petit classique du genre. 

19.03.13. 4èx
Bruno Matéï

lundi 18 mars 2013

Rollerball

                            Photo empruntée sur Google appartenant au site certifiedoriginals.blogspot.com

de Norman Jewison. 1975. U.S.A. 2h05. Avec James Caan, John Houseman, Maud Adams, John Beck, Moses Gunn, Pamela Hensley, Barbara Trentham, Ralph Richardson.

Sortie salles France: 12 Novembre 1975. U.S: 25 Juin 1975

FILMOGRAPHIE: Norman Jewison est un réalisateur, acteur, producteur et scénariste canadien, né le 21 Juillet 1926 à Toronto (Canada). 1962: Des ennuis à la pelle. 1963: Le Piment de la vie. 1964: Ne m'envoyez pas de fleurs. 1965: The Art of love. 1965: Le Kid de Cincinnati. 1966: Les Russes Arrivent. 1967: Dans la chaleur de la nuit. 1968: l'Affaire Thomas Crown. 1969: Gaily, gaily. 1971: Un violon sur le toit. 1973: Jésus Christ superstar. 1975: Rollerball. 1978: F.I.S.T. 1979: Justice pour tous. 1982: Best Friends. 1984: A Soldier Story. 1985: Agnès de Dieu. 1987: Eclair de lune. 1989: Un Héros comme tant d'autres. 1991: Larry le liquidateur. 1994: Only you. 1996: Bogus. 1999: Hurricane Carter. 2003: Crime contre l'humanité.


"La brutalité est en chaque être humain. Plus un sport est violent, plus il paraît attirant. Notre histoire suit simplement la logique de cette tendance. Plus les gens sont à l'aise, plus leur besoin de violence augmente. D'ici la fin de ce siècle, la société aura donné aux gens le plus de confort possible, mais elle leur aura également ôté toute liberté personnelle. A l'instar de Rome, lorsqu'elle était au sommet de sa gloire tant au niveau politique, économique qu'artistique. C'était à cette période que, dans l'arène, le samedi après-midi, la violence éclatait."
Norman Jewison

Film culte générationnel, chef-d'oeuvre d'anticipation dystopique, Rollerball traite de notre rapport émotif face à la violence dans le milieu du spectacle. En l'occurrence, il s'agit d'un jeu sportif le "Rollerball". Sorte de football américain combiné au hockey où chaque adversaire doit récupérer une boule d'acier projetée à vive allure pour la déposer dans un panier aimanté. Chaussés de patins à roulette et affublés de casques et gants cloutés, les joueurs circulent à pied ou en moto autour d'une piste afin de marquer le plus de points. Dans une société corporatiste sans guerre ni pauvreté, un jeu est créé afin de satisfaire les instincts pervers de sa population. Faute de son immense popularité, Jonathan, champion américain du Rollerball, est subitement contraint de démissionner sous les conseils du dirigeant Bartholomew. Déjà contrarié par la séparation orchestrée de sa femme, le joueur décide de braver les règles pour comprendre la raison de son expulsion et imposer sa dignité humaine. 


Film d'action illustrant sans concession des matchs sportifs ultra violents sous couvert de réflexion alarmiste stigmatisant la société spectacle, Rollerball fascine autant qu'il inquiète sur ces dérives primitives. Car comparable aux jeux cruels du cirque romain, Norman Jewison conçoit ce jeu futuriste afin de mettre en exergue notre rapport voyeuriste face à la violence et notre goût addictif pour le risque du danger. Ainsi, à travers ce loisir dont les normes y sont sans cesse remaniées afin de dissuader le joueur d'accéder au rang de héros, le spectateur moderne y éprouve son intérêt après avoir été comblé dans le confort matériel grâce à une corporation impérialiste. Dans une ambiance austère rythmée d'une mélodie classique élégiaque, le réalisateur met en lumière les effets pervers de cette multinationale déshumanisant ses honnêtes citoyens par le divertissement trivial. Avec ces séquences d'action d'une intensité rigoureuse, Rollerball oppose de furieuses rixes sanglantes et explosives que se disputent chaque membre de l'équipe au sein des matchs internationaux. Les combats échevelés s'avérant davantage homériques au fil d'un enjeu où les règles deviennent plus intolérantes afin d'acheminer ces gladiateurs au sacrifice. De par son habileté à façonner un spectacle bougrement excitant, Norman J. Warren souhaite donc nous interpeller sur notre rapport intrinsèque au loisir épique et le pouvoir de fascination qu'il exerce sur notre inconscient. La force du film résidant aussi dans cette ambivalence que nous entretenons face à l'imagerie violente d'un spectacle stimulant mais oh combien cynique, vulgaire, complaisant, gratuit


Bloodsport: tous les coups sont permis
Toujours aussi actuel et donc prophétique, Rollerball n'a rien perdu de sa fulgurance visuelle et de son impact psychologique pour dénoncer l'avilissement de l'être humain conditionnée par la suprématie des médias. Au-delà de sa mise en scène sagace transcendant des combats anthologiques dans toutes les mémoires, il faut louer la prestance de James Caan dégageant une belle densité cérébrale à travers sa réminiscence existentielle sur la notion d'amour et de regain humanitaire. Indétrônable. 

*Bruno
18.03.13. 3èx

jeudi 14 mars 2013

FRANKENSTEIN JUNIOR (Young Frankenstein)

                                     Photo empruntée sur Google, appartenant au site cine-sanctuary.com

de Mel Brooks. 1974. U.S.A. 1h46. Avec Gene Wilder, Marty Feldman, Peter Boyle, Madeline Kahn, Cloris Leachman, Teri Garr, Kenneth Mars, Gene Hackman, Richard Haydn.

Sortie salles U.S: 15 Décembre 1974

FILMOGRAPHIE: Mel Brooks (Melvin Kaminsky) est réalisateur, acteur, scénariste, compositeur et producteur américain, né le 28 Juin 1926 à New-York. 1968: Les Producteurs. 1970: Le Mystère des 12 Chaises. 1974: Frankenstein Junior. 1974: Le Shérif est en prison. 1976: La Dernière folie de Mel Brooks. 1977: Le Grand Frisson. 1981: La Folle Histoire du monde. 1987: La Folle Histoire de l'Espace. 1991: Chienne de vie. 1993: Sacré Robin des Bois. 1995: Dracula, mort et heureux de l'être.


Classique de la parodie réalisé par un spécialiste en la matière, Frankenstein Junior reste l'éternel chef-d'oeuvre de Mel Brooks d'avoir su combiner humour débridée et tendresse élégiaque pour son hommage sincère emprunté au roman de Shelley. D'une drôlerie extravagante irrésistible, l'académisme de l'oeuvre, admirablement photographiée en noir et blanc, est notamment une réussite esthétique prégnante. Car terriblement consciencieux, Mel Brooks a véritablement effectué un travail d'orfèvre pour restituer à merveille l'ambiance chère de la Universal héritée de la trilogie gothique des Frankenstein. D'ailleurs, dans son souci perfectionniste, il réutilisa le même château et laboratoire qui servirent préalablement de décors aux classiques précités. Si en l'occurrence Frankenstein Junior n'a rien perdu de son pouvoir attractif à travers sa succession de sketchs parodiques, il le doit autant à ces protagonistes excentriques jamais irrévérencieux pour tourner en dérision les vicissitudes du monstre bourru.


Tant auprès du Dr Frankenstein (prononcez Frankensteen !) et de sa créature pourvue d'un cerveau "anormal", de sa fiancée prude Elisabeth, de l'assistant Igor à la bosse amovible, de la servante Frau Blücher (dont les chevaux hennissent à la moindre exclamation de son patronyme !) que de Inga, l'assistante docile secrètement amoureuse du docteur. Oserai-je oublier l'intervention de l'inspecteur Han Wilhelm Friederich Kem affublé d'un bras mécanique et s'exclamant avec un accent autrichien quasi inaudible ! Pour incarner ses rôles délurés, Gene Wilder, Peter Boyle, Marty Feldman, Madeline Kahn, Cloris Leachman, Teri Garr et Kenneth Mars débordent de fougue et de bonhomie pour nous communiquer leurs pitreries impayables. Sans oublier la présence inopinée de Gene Hackman en aveugle empoté lors d'une confrontation anthologique avec la créature ! Si Frankenstein Junior regorge d'inventivité pour provoquer l'hilarité, Mel Brooks n'oublie pas pour autant d'insuffler une véritable tendresse afin de rendre hommage au monstre de son enfance. La séquence du music-hall au sein de l'auditoire (clin d'oeil évident à King-Kong pour l'exploitation de la créature) en est un exemple révélateur. Le Docteur et son modèle infantile swinguant avec éloquence un concours de claquettes devant un public médusé ! Il y a notamment cette manière doucereuse (au son des cordes d'un violoncelle) dont Frankenstein s'applique afin de refréner la colère du monstre.


Chef-d'oeuvre parodique (parmi ses acolytes Le Bal des Vampires et Dr Jerry et Mr Love) et hommage poétique à une trilogie légendaire, Frankenstein Junior allie avec juste équilibre fantaisie et tendresse parmi la complicité de comédiens expansifs. Si bien qu'en réalisateur tatillon épris de nostalgie, Mel Brooks n'aura jamais fait preuve d'autant d'influence et d'inspiration pour déclarer sa flamme à la créature candide de la Universal. 

14.03.14. 4èx
Bruno Matéï


mercredi 13 mars 2013

RUNAWAY TRAIN (A bout de course)

                                Photo empruntée sur Google, appartenant au site journalcinephilelyon.com

d'Andrei Konchalovsky. 1985. U.S.A. 1h51. Avec Jon Voight, Eric Roberts, Rebecca De Mornay, John P. Ryan, Kyle T. Heffner, T.K. Carter, Kenneth McMillian.

Sortie salles France: 21 Mai 1986. U.S: 6 Décembre 1985

FILMOGRAPHIE: Andreï Sergueievitch Mikhalkov-Kontchalovski (en russe : Андрей Сергеевич Михалков-Кончаловский), est un réalisateur, scénariste, producteur, acteur et compositeur russe, né le 20 août 1937 à Moscou. 1965: Le Premier Maître. 1966: Le Bonheur d'Assia. 1969: Le Nid de Gentilshommes. 1970: Oncle Vania. 1974: Romans o vlioublionnykh. 1979: Sibériade. 1984: Maria's Lovers. 1982: Split Cherry Tree. 1985: Runaway Train. 1986: Duo pour un soliste. 1987: Le Bayou. 1989: Voyageurs sans permis. 1989: Tango et Cash. 1991: Le Cercle des intimes. 1994: Riaba ma poule. 2002: La Maison de fous. 2007: Gloss. 2010: The Nutcracker in 3D.


"La bête la plus féroce connait la pitié". "Mais je ne la connais point, et ne suis donc pas une bête". Richard III - William Shakespeare. 

En 1985 déboule un film d'action réfrigérant élaboré par un réalisateur russe, d'après un scénario du grand Akira Kurosawa ! En têtes d'affiche, le vétéran John Voight se partage la vedette avec Eric Roberts ainsi que la jeune débutante Rebecca De Mornay. A l'arrivée, ce film d'aventures tourné dans les contrées neigeuses de l'Alaska emprunte le schéma du genre catastrophe pour nous confiner vers un (inépuisable) survival auquel trois individus vont finir par se confronter en interne ferroviaire. Manny et Buck sont deux évadés de prison ayant réussi à embarquer à bord d'un train. Le hic, c'est que l'engin se retrouve sans conducteur depuis que ce dernier succomba à une crise cardiaque. Avec l'entremise d'une employée, les deux hommes vont tenter par tous les moyens de stopper le train lancé à vive allure vers une destination inconnue. La réussite majeure de ce métrage aussi homérique qu'éprouvant réside dans l'intelligence de son scénario réfutant à tous prix l'esbroufe gratuite en se focalisant sur l'étude caractérielle de ses personnages. Mené sur un rythme effréné et pourvu d'un souffle épique vertigineux, Andrei Konchalovsky nous illustre une confrontation au sommet entre un taulard opiniâtre, véritable légende marginale, et son directeur de prison drastique.


Parmi le réalisme d'une succession de péripéties impromptues, Runaway Train demeure une course contre la mort culminant la destination des prisonniers vers un ultime baroud d'honneur. Le combat pour la survie de deux évadés burnés mais au caractère distinct, embarqués malgré eux à bord d'un monstre d'acier ! L'un est un jeune loup fort en gueule, l'autre un baroudeur inflexible à la bravoure surhumaine ! Au centre de leur dissension fondée sur l'esprit de dignité et le courage de vaincre la peur, la présence inopinée d'une jeune employée va tenter d'apaiser leur rancoeur. Dans le rôle du taulard forcené, Jon Voight livre une performance inoubliable dans sa verdeur viscérale. L'acteur déployant une énergie proprement primitive afin de justifier ses excès de haine parfois erratiques et son sens noble du sacrifice. Dans celui du jeune rebelle obtus et empoté, Eric Roberts insuffle une franche spontanéité à imposer ses choix contradictoires contre l'autorité de son associé. La néophyte Rebecca De Morney endosse une femme loyale à la spontanéité humaniste afin d'assagir l'animosité de ces deux rivaux. Enfin, John P. Ryan excelle dans celui du gardien-chef présomptueux incapable d'accepter une quelconque défaite et donc délibéré à neutraliser son pire ennemi. Si l'humanisme désespéré des personnages véhicule une forte intensité, le réalisateur exacerbe leurs enjeux en exploitant à merveille le cadre de son environnement naturel. Nos héros se démenant sans cesse à combattre le blizzard auquel la vitesse effrénée du convoi va décupler sa basse température (- 35 à - 50 degrés !). On sent que les conditions de tournage devaient être particulièrement houleuses par ce climat hivernal atypique, sachant notamment qu'un pilote d'hélicoptère aura tragiquement expiré durant un repérage en amont d'un glacier.


Film d'action catastrophiste tourné au sein d'une nature sauvage indomptable, Runaway Train décoiffe en diable pour mettre les nerfs à rude épreuve avant de nous achever lors d'un baroud d'honneur inconsolable. Un des plus grands films d'action des années 80 illustrant avec intelligence une parabole humaniste sur le sens de la bravoure et du sacrifice. 

13.03.13. 4èx
Bruno Matéï