lundi 30 avril 2012

MALVEILLANCE (Mientras duermes, Sleep Tight)

                                                                         Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Cinemovies.fr

de Jaume Balaguero. 2011. Espagne. 1h42. Avec Luis Tosar, Marta Etura, Alberto San Juan, Iris Almeida, Petra Martinez, Carlos Lasarte, Pep Tosar, Margarita Roset, Oriol Genis, Amparo Fernandez.

Sortie salles France: 28 Décembre 2011. U.S: 23 Septembre 2011. Espagne: 14 Octobre 2011

FILMOGRAPHIE: Jaume Balaguero est un réalisateur et scénariste espagnol d'origine catalane, né le 2 Novembre 1968 à Lérida.
1999: La Secte sans Nom. 2002: Darkness. 2005: Fragile. 2006: A Louer (moyen métrage). 2007: REC (co-réalisé avec Paco Plaza). 2009: REC 2 (co-réalisé avec Paco Plaza). 2011: Malveillance.

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Après sa quadrilogie Rec, Jaume Balaguero revient en solo pour nous convier Ă  un suspense hitchcockien dans la tradition respectueuse du genre. Ambiance angoissante sous-jacente, gestion minutieuse d'un suspense implacable, densitĂ© narrative et portrait incisif d'un tueur abordable sont agencĂ©s pour nous engendrer un thriller studieux. Un gardien d'immeuble dĂ©pitĂ© d'une existence morne comble son ennui en molestant ses locataires par rancoeur vindicative. Secrètement Ă©pris d'affection pour la jeune Clara, CĂ©sar dĂ©cide de planifier une combine machiavĂ©lique pour parfaire son dĂ©sir.  
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Dans le huis-clos d'un immeuble serein, Malveillance nous illustre la solitude d'un gardien aigri incapable d'accĂ©der au bonheur, faute de l'intransigeance d'une sociĂ©tĂ© dĂ©loyale. Pour apporter un sens Ă  la misĂ©ricorde de son destin, il occupe son temps Ă  perpĂ©trer des actes frauduleux envers les citadins prospères qu'il cĂ´toie aimablement. Et cela en dĂ©pit de l'arrogance d'une gamine effrontĂ©e, opĂ©rant sur lui le chantage d'une extorsion d'argent sous la menace de rĂ©vĂ©ler au grand jour des infos compromettantes. Mais depuis quelques jours, CĂ©sar se focalise sur l'une de ses folichonnes locataires pour l'asservir durant ses nuits de sommeil. En effet, chaque soir, il s'insinue sous le lit de sa victime, attendant avec un flegme impassible qu'elle puisse s'endormir pour la droguer contre son grĂ© grâce Ă  une drogue anesthĂ©siante. CĂ©sar semble donc dĂ©libĂ©rĂ© Ă  daigner dĂ©truire la vie de cette sĂ©duisante cĂ©libataire. Mais l'arrogance d'une fillette un peu trop curieuse et la nouvelle idylle de Clara entamĂ©e avec un amant circonspect vont compromettre ses ambitions.
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Dans une ambiance lourde et subtilement inquiétante, Jaume Balaguero nous concocte un oppressant suspense autour d'un personnage austère bâti sur son caractère particulièrement insidieux. L'habileté du scénario remarquablement élaboré émane de cette attitude couarde d'un tueur infortuné perpétrant des exactions délétères afin de se justifier un but existentiel. Un script efficient puisant sa force par cette confrontation inhabituelle entre la victime, persécutée dans son sommeil par un tortionnaire combinard. C'est ce sentiment d'impuissance pour le spectateur d'assister au calvaire récursif d'une victime immolée contre son gré qui exacerbe un suspense haletant en constante ascension. En prime, le réalisateur nous dépeint le portrait subversif d'un tueur contestataire. Un gardien d'immeuble dépressif mais lucide d'un monde terni par l'égocentrisme, l'affabulation et la cupidité. Pour interpréter ce personnage psychologiquement renfrogné, Luis Tosar se révèle parfait de fourberie mesquine dans la peau d'un tueur impassible. Il faut le voir se recueillir dans une chambre d'hôpital auprès de sa mère mourante pour lui débiter sans faillir ses confessions intimes liées à une rancoeur misogyne. Spoiler ! Profondément dépité d'une civilisation irréductible, sa déroute le mènera par ailleurs jusqu'au suicide rédempteur, avant de pouvoir se raviser in extremis grâce au retour précipité de Clara Fin du Spoiler. La force du personnage découle donc de ses états d'âme lamentés et de son affliction à ne pouvoir s'accepter soi même. On se surprend alors à éprouver une certaine compassion pour sa solitude meurtrie, cette défaite intrinsèque à n'avoir pu s'insérer dans une société égotiste..

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Son bonheur, c'est votre malheur
Mis en scène sans esbroufe car privilĂ©giant un climat ombrageux dans la conduite narrative d'un script machiavĂ©lique, Malveillance est un thriller Ă  suspense beaucoup plus finaud qu'il n'y parait. Pour s'en convaincre, il faudra attendre l'immoralitĂ© d'un Ă©pilogue audacieux pour comprendre les tenants et aboutissants d'un tueur misĂ©ricordieux acheminĂ© vers une quĂŞte salvatrice du bonheur. La sobriĂ©tĂ© des comĂ©diens, renforcĂ©e par le portrait cynique du criminel et les multiples rebondissements qui Ă©maillent l'intrigue sont autant d'atouts solides pour tenir en haleine l'amateur de suspense cĂ©rĂ©bral. 

30.04.12
Bruno Matéï

vendredi 27 avril 2012

Chronicle

                                                     Photo empruntĂ©e Ă  Google, appartenant au site Allocine.fr

de Josh Trank. 2012. U.S.A. 1h29 (version longue). Avec Dane DeHaan, Alex Russell, Michael B. Jordan, Michael Kelly, Ashley Hinshaw, Anna Wood, Rudi Malcolm, Luke Tyler, Armand Aucamp.

Sortie salles France: 22 février 2012. U.S: 3 Février 2012

FILMOGRAPHIE: Josh Trank est un réalisateur, scénariste, monteur, acteur, producteur américain, né le 19 Février 1985 à Los Angeles, Californie. 2012: Chronicle
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           Avertissement ! Il est prĂ©fĂ©rable de visionner le film avant de lire ce qui va suivre.

Empruntant le concept en vogue du Found footage avec une efficacitĂ© perpĂ©tuelle, Josh Trank, cinĂ©aste novice puisqu'il s'agit de son 1er long, exploite avec autant d'intelligence que d'originalitĂ© la thĂ©matique du super-hĂ©ros afin de nous alerter sur le malaise existentiel d'une jeunesse pro real TV avide de reconnaissance populaire. Le PitchTrois lycĂ©ens se dĂ©couvrent des super-pouvoirs après avoir Ă©tĂ© en contact avec une matière insolite confinĂ©e dans une grotte. Si au dĂ©part leur don surhumain est un jeu de distraction pour Ă©pater ou brimer leurs camarades, l'un des trois acolytes se laisse peu Ă  peu influencer par une folie autodestructrice.  


Chronicle prend pour thème ludique le mythe du super-hĂ©ros Ă  travers la quotidiennetĂ© d'adolescents en quĂŞte identitaire. Cela dĂ©bute par des blagues de potaches, tel le fait de retrousser Ă  distance les jupes des filles, faire flotter dans les airs un ours en peluche ou encore dĂ©placer la voiture d'un parking Ă  un autre emplacement. C'est ensuite qu'intervient le premier incident commis par Andrew, le plus fragile du trio, faute d'un père alcoolique abusif. Sur une aire d'autoroute, après avoir Ă©tĂ© contrariĂ© par un conducteur empressĂ©, Andrew lui causera volontairement un accident en le faisant dĂ©vier de sa trajectoire. C'est Ă  cet instant prĂ©cis que le trio prend soudainement conscience du danger lĂ©tal que peut causer leur pouvoir potentiellement destructeur. Ce qui n'empĂŞchera pas Steve de rĂ©ussir quelques instants plus tard l'exploit de se maintenir dans les airs jusqu'Ă  entreprendre de voler, tel Superman, en amont des nuages. Nos comparses stimulĂ©s par le rĂŞve et l'Ă©vasion Ă©laboreront ensuite quelques numĂ©ros prodiges lors d'un spectacle de magie afin d'Ă©pater et gagner la popularitĂ© du public. Quand bien mĂŞme Andrew escompte enfin son premier rapport sexuel avec une jeune courtisane lors d'une rave party, et ce avant de se heurter Ă  l'abus d'alcool.


C'est donc du cĂ´tĂ© du profil complexĂ© d'Andrew que la narration amorce une tournure beaucoup plus radicale et alarmiste. Faute d'une relation parentale tempĂ©tueuse, d'une mère mourante et surtout d'un père condescendant, le rejeton profitera de ses facultĂ©s tĂ©lĂ©kinĂ©siques pour extĂ©rioriser sa haine punitive en provoquant des actes violents de vandalisme puis blesser son entourage. De son mal-ĂŞtre existentiel et nĂ©vrosĂ© en quĂŞte de reconnaissance affective, le rĂ©alisateur y extrait une rĂ©flexion sur l'avilissement du pouvoir le plus souverain. De par son sentiment mĂ©galo de se prĂ©tendre indestructible, son aptitude Ă  pouvoir contrĂ´ler et rĂ©gir son entourage par sa volontĂ© cĂ©rĂ©brale Ă©mane sa suprĂ©matie d'annihiler la terre ! Ainsi, Ă  travers une violence visuelle ultra homĂ©rique, la colère prĂ©alablement introvertie d'Andrew  explose littĂ©ralement lors d'un fracas de destruction urbaine massive ! Et niveau pyrotechnie, les sĂ©quences apocalyptiques de dĂ©vastation mĂ©tropolitaine sont transfigurĂ©es d'FX inventifs soumis Ă  la psychologie torturĂ©e de l'anti-hĂ©ros, alors que les fans du genre se remĂ©moreront facilement le manga culte Akira de Katsuhiro ĹŚtomo.


L'Enfant Cauchemar
Original et fun par son traitement ultra rĂ©aliste, puis davantage inquiĂ©tant et anxiogène au fil d'un rĂ©cit Ă  la progression dramatique implacable oscillant malaise et terreur, Chronicle dĂ©tonne par son vĂ©risme documentĂ© d'une intensitĂ© borderline (de par ses sentiments dichotomiques de rĂ©jouissance et d'apprĂ©hension que le spectateur ressent face Ă  un pouvoir aussi absolu). La prestance spontanĂ©e des comĂ©diens d'autant plus inconnus et la mise en scène ambitieuse dĂ©ployant des sĂ©quences hallucinĂ©es de destruction massive nous acheminant Ă  la cacophonie la plus cauchemardesque. Enfin, sa rĂ©flexion sur la solitude d'une jeunesse virtuelle ("j'ai dĂ©cidĂ© de tout filmer", dixit le hĂ©ros en prĂ©ambule !) obnubilĂ© par le pouvoir de l'image et la cĂ©lĂ©britĂ© nous laisse un goĂ»t aigre dans la bouche. 

* Bruno
27.04.12
11.09.23


mercredi 25 avril 2012

DETACHMENT

                                                                       Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site atthecinema.net

de Tony Kaye. 2011. U.S.A. 1h37. Avec Adrian Brody, Sam Gayle, Bryan Cranston, Lucy Liu, James Caan, Blythe Danner, Renée Felice Smith, Marcia Gay Harden, William Petersen, Tim Blake Nelson.

Sortie salles France: 01 FĂ©vrier 2012

FILMOGRAPHIE: Tony Kayle est un réalisateur, directeur de photo et producteur anglais, né en 1952. 1998: American History X
2011: Detachment
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"Jamais je ne me suis senti si profondément en un seul et même moment aussi... détaché de moi-même et tellement présent au monde" Albert Camus

Depuis 1998, nous Ă©tions restĂ©s sans nouvelle de Tony Kayle, rĂ©alisateur du percutant American History X. Une oeuvre choc d'une grande puissance dramatique sondant les rouages du parti de l'extrĂŞme droite Ă  travers l'engagement d'un jeune militant (magistralement interprĂ©tĂ© par Edward Norton). En l'occurrence, le rĂ©alisateur sort de son mutisme pour nous assĂ©ner un nouvel uppercut. Une production indĂ©pendante sortie dans l'indiffĂ©rence (en dĂ©pit de ses rĂ©compenses Ă  Deauville et Valenciennes) dĂ©montrant avec une noirceur implacable l'impuissance du milieu scolaire Ă  endoctriner une jeunesse caractĂ©rielle au bord de la faillite. Henry Barthes est un professeur remplaçant. Il est assignĂ© pendant 3 semaines dans un lycĂ©e difficile de la banlieue new-yorkaise. Lui qui s'efforce de toujours prendre ses distances va voir sa vie bouleversĂ©e par son passage dans cet Ă©tablissement.


Une société confinée dans le dénigrement peut-elle avancer ?
13 ans après American History XTony Kayle nous retrace avec Detachment le cheminement dĂ©sabusĂ© d'un professeur de lycĂ©e prĂŞchant les valeurs d'humanisme dans la spĂ©culation. Mis en scène avec un âpre rĂ©alisme proche du documentaire, ce constat impitoyable de l'Ă©chec scolaire nous Ă©prouve durement de son climat blafard hautement dĂ©pressif. Un prof remplaçant parvient Ă  prodiguer une certaine discipline Ă  ces Ă©lèves chahuteurs d'un lycĂ©e difficile. Mais son passĂ© galvaudĂ©, entachĂ© par le suicide de sa mère, l'Ă©tat pathologique de son grand-père sur le dĂ©clin, puis la rencontre impromptue d'une jeune prostituĂ©e, vont peu Ă  peu l'Ă©prouver lors de sa remise en question existentielle. Avec une sensibilitĂ© Ă©corchĂ©e et un humanisme empli de dĂ©sespoir, Tony Kayle nous livre ici un tableau Ă©lĂ©giaque d'une jeunesse discrĂ©ditĂ©e de tous repères. Par la faute d'une dĂ©mission parentale Ă©gocentrique rejetant leur responsabilitĂ© sur des professeurs tout aussi perdus et dĂ©semparĂ©s, la jeunesse new-yorkaise se morfond dans une dĂ©chĂ©ance en roue libre. Bien que ce professeur altruiste finisse par gagner la confiance de ses Ă©lèves perfectibles par la tolĂ©rance et l'Ă©rudition, le climat social en dĂ©gĂ©nĂ©rescence d'une sociĂ©tĂ© individualiste et l'inconfiance d'une population dĂ©sengagĂ©e finiront par ternir les aspirations personnelles. MĂŞme si au bout du chemin, la rĂ©demption d'une prostituĂ©e semble ĂŞtre la consolation d'un homme nĂ©vrosĂ© confrontĂ© Ă  la cĂ©citĂ© d'une sociĂ©tĂ© au bord du marasme. Dans un rĂ´le chĂ©tif empli d'humanitĂ© affaissĂ©e, Adrian Brody se dĂ©livre corps et âme ! Il livre avec pudeur une essentielle conviction spirituelle dans sa quĂŞte d'inculquer Ă  ses Ă©lèves l'importance d'ĂŞtre guidĂ©. Le soutien d'un Ă©ducateur aidant Ă  comprendre la complexitĂ© du monde dans lequel nous vivons. Notre nĂ©cessitĂ© de nous dĂ©fendre et nous battre contre la lassitude dans un processus de rĂ©flexion. Apprendre Ă  lire, Ă  stimuler notre imagination, Ă  cultiver notre propre conscience, notre propre système de croyances. Le besoin inhĂ©rent de ces compĂ©tences pour prĂ©server nos esprits.


"C'était une glace au coeur". "Un naufrage". "Un malaise du coeur".
SurchargĂ© en Ă©motion par un pessimisme foudroyant de nihilisme, Detachment ne pourra faire l'unanimitĂ© dans sa dĂ©tresse inconsolable fustigeant le genre humain. Pourtant, il s'agit d'un drame Ă©loquent qui interpelle et prend aux tripes dans son cri d'alarme assĂ©nĂ© au malaise de la nouvelle gĂ©nĂ©ration mais aussi aux adultes dĂ©valuĂ©s. Avec la prestance dĂ©pouillĂ©e de protagonistes Ă  la fragilitĂ© humaine flĂ©chissante, Tony Kaye nous illustre dans leur vĂ©ritĂ© humaine la lutte intrinsèque que chaque individu doit combattre pour Ă©clipser sa colère, ses injustices et renouer avec notre raison d'ĂŞtre. Detachment est alors une rĂ©flexion sur la foi, une quĂŞte identitaire (la plupart des gens jouent le rĂ´le de ce qu'ils croient ĂŞtre) sur ce que nous sommes capables d'extĂ©rioriser quand une personne lambda vous a acquise sa confiance, notamment l'importance que vous pouvez administrer aux yeux des autres. Ames sensibles et dĂ©pressifs, je vous prie nĂ©anmoins de vous abstenir car il est impossible de sortir indemne d'un tel fardeau discriminatoire pour Ă©noncer l'avilissement civil. Un tourbillon d'Ă©motions aussi ardues nous acheminant inĂ©vitablement au malaise ontologique !


Note: Hormis une critique globale relativement dubitative, Detachment a rĂ©coltĂ© quatre prix !
Prix de la rĂ©vĂ©lation Cartier et Prix de la critique Internationale au Festival de Deauville 2011, ainsi que le Grand Prix et le Prix du Public au Festival de Valenciennes 2011.

Un grand merci Ă  atthecinema.net
25.04.12
Bruno Matéï


lundi 23 avril 2012

Frayeurs / La Paura / Paura nella cittĂ  dei morti viventi / City of the Living-Dead

                                          Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site paperblog.fr

de Lucio Fulci. 1980. Italie. 1h32. Christopher George, Catriona MacColl, Carlo De Mejo, Antonella Interlenghi, Giovanni Lombardo Radice, Daniela Doria, Fabrizio Jovine, Luca Venantini.

Sortie salles France: 10 Décembre 1980. U.S: Mai 1983

FILMOGRAPHIE SELECTIVE: Lucio Fulci est un réalisateur, scénariste et acteur italien, né le 17 juin 1927 à Rome où il est mort le 13 mars 1996. 1966: Le Temps du Massacre, 1969 : Liens d'amour et de sang , 1971 : Carole, 1971: Le Venin de la peur,1972 : La Longue Nuit de l'exorcisme, 1974 : Le Retour de Croc Blanc, 1975: 4 de l'Apocalypse, 1976: Croc Blanc, 1977 :L'Emmurée vivante, 1979: l'Enfer des Zombies, 1980 : la Guerre des Gangs, 1980 : Frayeurs, 1981 : Le Chat noir, 1981 : L'Au-delà, 1981 : La Maison près du cimetière , 1982 : L'Éventreur de New York , 1984 : 2072, les mercenaires du futur, Murder Rock, 1986 : Le Miel du diable , 1987 : Aenigma, 1988 : Quando Alice ruppe lo specchio,1988 : les Fantomes de Sodome, 1990 : Un chat dans le cerveau, 1990 : Demonia, 1991 : Voix Profondes, 1991 : la Porte du Silence.

 
"Morts en Veille : L’Horloge Funèbre de Dunwich".
Un an après L'Enfer des Zombies, Lucio Fulci poursuit sa quĂŞte de l’horreur organique avec Frayeurs, deuxième volet d’une quadrilogie Ă©rigĂ©e sur le mythe du zombie latin. Poème putride oĂą les morts tourmentent les vivants par l’entremise de la peur, cette clef de voĂ»te du cinĂ©ma transalpin insuffle une angoisse sourde, rampante, jusqu’Ă  obsĂ©der le spectateur dans les recoins de son inconscient.
Le public du festival du Rex ne s’y est d’ailleurs pas trompĂ©, lui attribuant son Grand Prix Ă  Paris.

Le pitch :
Ă€ Dunwich, le père Thomas se pend dans un cimetière. Depuis ce suicide aux relents de blasphème, une chape de peur s’abat sur les habitants, convaincus que les morts vont se relever pour les persĂ©cuter. Une mĂ©dium, un journaliste, un psychiatre et l'une de ses patientes se lancent dans une course contre la montre pour retrouver sa tombe avant la veillĂ©e de la Toussaint, et refermer les portes de l’enfer.

 
En 1979, L’Enfer des Zombies conquit les spectateurs du monde entier par sa fusion d’horreur exotique et de gore subversif, irriguĂ©e de scènes de terreur inoubliables. Un an plus tard, Fulci transcende l’Ă©pouvante avec Frayeurs, souvent associĂ© Ă  L’Au-delĂ , autre chef-d’Ĺ“uvre maudit. Le rĂ©cit, toujours aussi minimaliste, sert surtout de prĂ©texte Ă  une enfilade de visions cauchemardesques. Quatre personnages unis par l’urgence affrontent la menace rampante de morts-vivants libĂ©rĂ©s par le suicide d’un prĂŞtre renĂ©gat.
Le script linĂ©aire s’efface derrière une succession d’Ă©vĂ©nements sanglants, taillĂ©s pour coller le spectateur Ă  son siège.
Toute son efficience repose sur le talent instinctif de Fulci à ériger une atmosphère vénéneuse, un climat de trouille irréel mais pénétrant.
Ă€ la manière d’un rĂŞve fiĂ©vreux, chaque sĂ©quence semble flotter entre deux mondes : celui des vivants et celui des morts.
Sous l’Ă©gide d’un prĂŞtre apostat, ces charognes fantomatiques reviennent hanter la terre, se jouant de leur immatĂ©rialitĂ© pour surgir sans prĂ©venir, comme des ombres qui n’obĂ©iraient plus Ă  aucune loi.


L’atmosphère mortifère, suintant Ă  travers chaque plan, nous enferme dans une Ă©trangetĂ© permanente.
Le poète du macabre nous offre un cortège d’images saisissantes, ancrĂ©es dans un onirisme pestilentiel : les apparitions glacĂ©es d’Émilie, du prĂŞtre, de la vieille femme ; la pluie d’asticots s’abattant sur les hĂ©ros ; ou encore ce point d’orgue lyrique enfoui dans les souterrains d’un caveau bleutĂ©.
Les effets gores, signĂ©s Gianetto De Rossi, frappent par leur impact viscĂ©ral — la femme aux larmes de sang vomissant ses entrailles, l’illettrĂ© trĂ©panĂ© Ă  la perceuse — autant de visions d’horreur brute, frontale, aussi cruelles qu’inventives.
Impossible aussi d’ignorer la partition funèbre de Fabio Frizzi : une mĂ©lodie percutante, parfois quasi chorĂ©graphique, qui Ă©lève certaines sĂ©quences au rang de ballets macabres. Et cette bande-son sourde, oĂą les râles d’agonie des morts contaminent le silence, se glissent derrière le grincement des portes, l’Ă©cho des placards poussiĂ©reux…


"Frayeurs — La Danse des Ă‚mes Revenantes".
Par sa virtuositĂ© technique, son audace formelle, et cette peur sourde qu’il distille jusqu’Ă  l’Ă©touffement (ce moment de claustration dans un cercueil en est l’exemple parfait), Frayeurs nous cueille au plexus pour ne plus nous lâcher.
Ă€ la manière d’un ballet spectral, les fantĂ´mes troubles de Fulci envahissent notre monde, contaminent les vivants, les entraĂ®nent dans leur chute sans retour.
Et pour mieux goĂ»ter Ă  cette effusion de terreur latine, un dernier conseil s’impose : (re)voir Frayeurs seul, la nuit, ampli poussĂ© Ă  fond.
Et laisser les morts vous parler.


*Bruno 
DĂ©dicace Ă  Mr Fabio Frizzi et Masonna Maruosa Matsumoto

23.04.12.

RĂ©compense: Grand Prix du Public au festival du film fantastique du Rex Ă  Paris, 1980.

A lire Ă©galement, l'excellente critique chroniquĂ©e par Leatherfacehttp://deadstillalive.canalblog.com/archives/2011/09/25/22136386.html



vendredi 20 avril 2012

THE WIZARD OF GORE

                                                 
                                                           Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site cinedb.avcesar.com

d'Herschell Gordon Lewis. 1970. U.S.A. 1h35. Avec Ray Sager, Judy Cler, Wayne Ratay, Phil Laurenson, Jim Rau.

FILMOGRAPHIE: Herschell Gordon Lewis est un réalisateur, scénariste, producteur, directeur de photographie, acteur et compositeur américain, né le 15 Juin 1926 à Pittsburgh, Pennsylvanie (Etats-Unis).
1963: Blood Feast. 1964: 2000 Maniacs. 1965: Monster a go-go. 1965: Color me blood red. 1967: A taste of blood. 1970: The Wizard of Gore. 1972: The gore gore girls. 2002: Blood Feast 2.

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En 1970, le pape du gore nous concocte un Ă©nième film gore dĂ©gueulbif, juste après quelques illustres friandises restĂ©es dans les annales du genre (Blood Feast et surtout 2000 Maniacs, son dĂ©lire sudiste le plus drĂ´le et original). The Wizard of gore ne dĂ©roge pas Ă  la règle ! C'est amateuriste, grand-guignolesque, dĂ©bridĂ© et fatalement redondant ! Pour les amateurs de tripaille faisandĂ©e, cette curiositĂ© vintage ne manque pas de charme dans son florilège de provocations incongrues. Montag, un magicien venu de nulle part rĂ©alise devant un public mĂ©dusĂ© des tours de prestige particulièrement sanglants. Il dĂ©montre tout son talent artistique Ă  torturer en direct un spectateur dĂ©signĂ© après l'avoir hypnotisĂ©. Quelques instants après chaque reprĂ©sentation, les jeunes femmes prĂ©alablement sĂ©lectionnĂ©es sont retrouvĂ©es assassinĂ©es dans les mĂŞmes circonstances. Une journaliste et son amant vont tenter de percer le mystère de ce prestidigitateur. 


Décors minimalistes, acteurs dérisoires, photo ocre délavée, scénario grotesque et surtout gore festif autopsié en gros plan ! Nous sommes bien en présence d'une pellicule obsolète mise en scène par notre ancêtre du gore, toujours plus motivé à nous balancer à la face nombre de scènes-chocs ultra sanglantes. Enucléation d'un oeil, corps coupé à la tronçonneuse ou écrasé par une presse, estomac éviscéré, empalement d'épée au fond de la gorge, tête tranchée à la guillotine, pieu enfoncé dans la tempe ! Des FX cheaps filmés en plan zoom, à grands renfort d'organes démembrés, comme tout bon film de cannibales ou zèderies ritales estampillés d'Amato Ketchup ! Le scénario improbable mais farfelu est un prétexte à aligner de façon récurrente nombre de mises à mort perpétrées par un mage souhaitant altérer réalité et fiction dans des tours de passe-passe singuliers. Paradoxalement, sitôt le numéro de torture exécuté, les personnes préalablement mutilées mais bel et bien vivantes sont retrouvées assassinées sous le même mode opératoire. Une journaliste et son compagnon dubitatif vont tenter de lever le voile sur le mystère de cette vague de crime et convier ce magicien orgueilleux dans une émission de télé ! Et on peut dire que l'épilogue halluciné vaut son pesant de délire métaphysique sur notre perception de la réalité et le sens illusoire de la fiction ! A croire que Lewis et toute son équipe ont du abuser de substance psychotrope pour rallonger un final décousu totalement irraisonné !


The Wizard of gore est donc un petit classique du gore risible, assez ludique et croquignolet pour tout amateur de curiositĂ© datĂ©e. Le caractère clairsemĂ© du script saugrenu, l'aimable sympathie des protagonistes incultes et surtout la galerie insolente des scènes chocs vomitives concourent Ă  Ă©gayer cette plaisanterie au mauvais goĂ»t assumĂ©. En prime, le cabotinage disproportionnĂ© de notre meurtrier azimutĂ©, affublĂ© d'un costume noir d'aristocrate valorise un charme dĂ©suet dans ses ambitions autocrates.

Un grand merci Ă  cinedb.avcesar.com
20.04.12
Bruno Matéï

jeudi 19 avril 2012

L'Ordre et la Morale

Photo empruntée sur Google, appartenant au site Cinemovies.fr

de Mathieu Kassovitz. 2011. France. 2h16. Avec Mathieu Kassovitz, Iabe Lapakas, Malik Zidi, Alexandre Steiger, Sylvie Testud, Philippe Torreton, Daniel Martin.

Sortie salles France: 16 Novembre 2011

FILMOGRAPHIE: Mathieu Kassovitz est un acteur, scĂ©nariste, rĂ©alisateur et producteur français, nĂ© le 3 AoĂ»t 1967 Ă  Paris. 1993: MĂ©tisse. 1995: La Haine. 1997: Assassins. 2000: Les Rivières Pourpres. 2003: Gothika. 2008: Babylon A.D. 2011: L'Ordre et la Morale. 

Photo empruntée sur Google, appartenant au site Cinemovies.fr

D'après le livre de Philippe LegorjusLa Morale et l'Action, Mathieu Kassovitz mis plus de 10 ans Ă  Ă©chafauder son scĂ©nario remaniĂ© en 25 versions. Alors que le tournage fut prĂ©vu sur les lieux mĂŞmes de la prise d'otage d'OuvĂ©a, le rĂ©alisateur dĂ» se rĂ©soudre Ă  s'orienter vers la PolynĂ©sie française puisqu'une partie de la population calĂ©donienne s'opposa Ă  sa prĂ©sence. D'autres controverses ont Ă©galement Ă©tĂ© rapportĂ©es si bien que l'armĂ©e française remis en cause la version historique des faits jugĂ©s trop militants.

Synopsis: Avril 1988, en Nouvelle-CalĂ©donie. des indĂ©pendantistes assassinent quatre gendarmes et en kidnappent 30 autres pour les emprisonner dans une grotte insulaire. Alors que l'Ă©tat français dĂ©ploie 300 militaires pour intimider ces preneurs d'otage, le capitaine Philippe Legorjus va tenter de nĂ©gocier avec les rebelles Kanaks. Des rivaux beaucoup moins dĂ©lĂ©tères et sanguinaires que les mĂ©dias ont pu le faire croire. 

Photo empruntée sur Google, appartenant au site Cinemovies.fr

En frondeur intègre, Mathieu Kassovitz nous retrace le conflit politique de la Nouvelle-CalĂ©donie survenue en 1988 avec un groupuscule d'indĂ©pendantistes opposĂ©s Ă  l'armĂ©e française dĂ©ployĂ©e au chiffre de 300. Au moment des Ă©lections du second tour, un nĂ©gociateur du GIGN tente d'apaiser la situation chez ces insurgĂ©s pour Ă©viter un assaut meurtrier dĂ©crĂ©tĂ© par le gouvernement.
Ainsi, à l'aide d'une structure narrative particulièrement limpide, l'Ordre et la Morale est un drame politique captivant soulignant l'hypocrisie de certains dirigeants. Là où leur notion d'éthique y est bannie au profit d'une présidence adepte du favoritisme.
Avec souci de vĂ©ritĂ© documentĂ©e, Mathieu Kassovitz dĂ©nonce les calomnies de l'armĂ©e française, de certains politiciens et de la gendarmerie privilĂ©giant une guerre sanglante pour favoriser le parti d'une victoire prĂ©sidentielle. Alors que le capitaine Philippe Legorjus tente de gagner la confiance du chef des insurgĂ©s auprès d'un compromis pacifiste, ce nĂ©gociateur compatissant se retrouve contraint de le trahir par la cause de sa dĂ©ontologie professionnelle. La confrontation humaine de deux rivaux finalement opposĂ©s au subterfuge de la trahison nous est donc illustrĂ©e dans une morale indigne, faute de l'opportunisme de nos pouvoirs politiques.
Enfin, on peut d'autre part relever le souci de réalisme cinglant imparti au point d'orgue lors de l'assaut meurtrier perpétré par l'armée française. Sans esbroufe, filmés caméra à l'épaule, les combats en interne de belligérants aussi pugnaces qu'apeurés nous sont caractérisés de manière âpre et abrupte, jusqu'au bain de sang promu.

Photo empruntée sur Google, appartenant au site Cinemovies.fr

Réflexions sur le sens de nos responsabilités et sur la moralité de nos engagements, l'Ordre et la Morale est un brûlot politique qui ose pointer du doigt la corruption exercée par certains leaders gouvernementaux, adeptes de l'extrême droite. Hormis le jeu théâtral des comédiens (en dehors de l'assurance appliquée de l'acteur Mathieu Kassovitz), ce dérisoire jeu de pouvoir démontre ici notre incapacité à gérer un conflit terroriste lorsque le mensonge y engendre l'assassinat. Car, à l'image assumée de notre négociateur: "si la vérité blesse, le mensonge tue !"

*Bruno
19.04.12.

Récompense: Grand Prix du Festival du film de Sarlat, 2011


mercredi 18 avril 2012

HUGO CABRET (Hugo)

Photo empruntĂ©e sur Goggle, appartenant au site lyricis.fr   
de Martin Scorsese. 2011. U.S.A. 2h06. Avec Asa Butterfield, Chloe Moretz, Jude Law, Michael Pitt, Christopher Lee, Emily Mortimer, Sacha Baron Cohen, Ben Kingsley, Ray Winstone, Helen McCrory.

Sortie salles France: 14 Décembre 2011. U.S: 23 Novembre 2011
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Récompenses: Oscar 2012: Meilleur Photographie, Meilleure Direction Artistique, Meilleurs Effets Visuels, Meilleur Montage Sonore, Meilleur Mixage Son.
Golden Globes 2012: Meilleur réalisateur pour Martin Scorsese
National Board of Review Awards 2011: Meilleur Film, Meilleur Réalisateur
Critics Choice Awards 2012: Meilleure Direction Artistique
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FILMOGRAPHIE: Martin Scorsese est un rĂ©alisateur amĂ©ricain nĂ© le 17 Novembre 1942 Ă  Flushing (New-york).
1969: Who's That Knocking at my Door, 1970: Woodstock (assistant rĂ©alisateur), 1972: Bertha Boxcar, 1973: Mean Streets, 1974: Alice n'est plus ici, 1976: Taxi Driver, 1977: New-York, New-York, 1978: La Dernière Valse, 1980: Raging Bull, 1983: La Valse des Pantins, 1985: After Hours, 1986: La Couleur de l'Argent, 1988: La Dernière Tentation du Christ, 1990: Les Affranchis, 1991: Les Nerfs Ă  vif, 1993: Le Temps de l'innocence, 1995: Un voyage avec Martin Scorsese Ă  travers le cinĂ©ma amĂ©ricain, 1995: Casino, 1997: Kundun, 1999: Il Dolce cinema -prima partie, A Tombeau Ouvert, 2002: Gangs of New-York, 2003: Mon voyage en Italie (documentaire), 2004: Aviator, 2005: No Direction Home: Bob Dylan, 2006: Les InfiltrĂ©s,  2008: Shine a Light (documentaire), 2010: Shutter Island. 2011: Hugo Cabret.
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Avertissement ! Cet hommage concerne l'avis subjectif d'un puriste amateur, amoureux de cinéma de genre, en toute indépendance. Il ne s'agit pas d'un plagiat. Toute analogie avec une critique d'un site spécifique ne serait que pure coïncidence.
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En 2011, Martin Scorsese entrepose Ă  l'Ă©cran le roman de Brian Selznick, l'Invention de Hugo Cabret, pour nous confectionner son hommage au 7è art et au cinĂ©aste français Georges MĂ©liès. Des prĂ©mices du cinĂ©ma muet Ă  l'invention du genre fantastique innovĂ© par un crĂ©ateur de gĂ©nie, Hugo Cabret est un voyage au centre de l'illusion, oĂą des artistes vigoureux rĂ©parent les machines pour cristalliser leur destin.

Dans une gare parisienne des annĂ©es 30, Hugo se retrouve seul après avoir perdu son père dans un incendie. Sous la garde d'un oncle alcoolique, il est contraint d'activer le cadran d'une  immense horloge en guise de travaux forcĂ©s. Pendant son temps libre, il est surtout entĂŞtĂ© Ă  rĂ©parer un automate au mĂ©canisme complexe et retrouver une mystĂ©rieuse clef en forme de coeur. 
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Conte enchanteur au pouvoir de féerie insatiable, le nouveau film de Martin Scorsese est un somptueux ballet d'illusion et d'émotion sous l'effigie parisienne d'une station de métro des années 30. Dans la reconstitution antique d'une gare française remplie de citadins fluctuants, Hugo Cabret est l'histoire flamboyante de deux destins agencés pour la consécration.
Hugo, jeune orphelin de douze ans, dĂ©cide d'achever la confection d'un vieil automate prĂ©alablement dĂ©busquĂ© par son père dans le grenier d'un musĂ©e. Après la mort accidentelle de celui-ci, l'enfant est obsĂ©dĂ© Ă  l'idĂ©e de rĂ©tablir sur pièce ce pantin rubigineux aux Ă©lĂ©ments partiels. Pour cela, il est contraint de voler des outils et pièces mĂ©caniques chez un marchand de jouet acariâtre. HantĂ© par la mort inĂ©quitable de son paternel, il souhaite retrouver la clef qui pourrait lui permettre de ressusciter son automate de plomb. Alors qu'au fil de son cheminement, il va Ă©galement dĂ©couvrir son incroyable destinĂ©e affiliĂ©e Ă  l'un des plus grands gĂ©nies du 7è art !
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En sorcier utopiste dĂ©libĂ©rĂ© Ă  renouer avec les Ă©motions sĂ©culaires du cinĂ©ma muet, Martin Scorcese 
nous retransmet avec fougue et virtuositĂ© les prĂ©mices du 7 art, sous l'Ă©tendard d'un maĂ®tre de l'illusion. DĂ©claration d'amour Ă  l'imaginaire et Ă  la crĂ©ativitĂ©, au pouvoir Ă©vasif de la fiction par le procĂ©dĂ© novateur du cinĂ©matographe, Hugo Cabret est un hommage rempli d'Ă©loges Ă  ces crĂ©ateurs illuminĂ©s. En en particulier Ă  Georges Meliès, magicien et cinĂ©aste obstinĂ© Ă  convoiter un public songeur. C'est son parcours qui nous ait retranscrit avec une verve infatigable Ă  travers les yeux candides d'un enfant en quĂŞte identitaire, fascinĂ© par les attractions inĂ©dites plus vraies que nature. Sa rĂ©jouissance, il la retrouve au sein d'un vieux cinĂ©ma ornĂ© d'une toile gĂ©ante et jalonnĂ© de sièges de velours pour accueillir la popularitĂ© curieuse d'un public novice. Le spectacle singulier est confinĂ© dans cette vaste salle de théâtre tapie dans l'obscuritĂ© oĂą l'on projette en boucle les premiers essais des Frères Lumières, les dĂ©buts comiques d'Harold Lloyd et de Chaplin et les fĂ©eries enchanteresses du Voyage dans la lune d'un certain MĂ©liès. Mais encore l'avènement du western ou du film catastrophe quand un train de marchandise fonçait droit devant la foule Ă©bahie de spectateurs affolĂ©s ! Un public aussi horrifiĂ© que rieur d'assister Ă  la duperie d'un mĂ©trage conçu pour les impressionner, sans d'autre ambition que de les divertir avec plaisance. Et cela avant que n'intervienne le procĂ©dĂ© moderne du cinĂ©ma parlant avec Don Juan ou le Chanteur de jazz.
Sous contexte historique, Martin Scorcese aborde Ă©galement le prĂ©judice de la guerre quand Georges MĂ©lies fut contraint d'abdiquer Ă  son mĂ©tier de cinĂ©aste par la cause d'un conflit militaire Ă  Ă©chelle mondiale. Sous cet aspect politique, il montre Ă  quel point l'homme dĂ©pitĂ© peut renoncer Ă  ses dĂ©sirs, ses ambitions inhĂ©rentes quand la violence et la mort ont annihilĂ© toute notion d'optimisme. Mais Hugo Cabret est autant un conte merveilleux transcendant l'incroyable destinĂ©e d'un orphelin tourmentĂ© par la mort d'un père chĂ©rissant. Sa quĂŞte initiative va lui permettre de retrouver la foi par l'entremise d'un pantin prodigieux compromis Ă  la rencontre insensĂ©e d'un personnage de lĂ©gende !
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Cinéma Paradiso
Magnifiquement interprĂ©tĂ© et mis en scène avec une virtuositĂ© Ă©bouriffante, Hugo Cabret est un chef-d'oeuvre de fantaisie oĂą l'Ă©motion gracile nous ranime la flamme des premiers Ă©mois du cinĂ©matographe. LĂ  oĂą nos doyens spectateurs s'extasiaient devant des trĂ©sors d'ingĂ©niositĂ© conçus par des travailleurs manuels amoureux de leur firme artisanale. Une oeuvre candide au parfum rĂ©tro dĂ©lectable, une Ă©loge au cinĂ©ma originel et surtout au rĂŞve qui en dĂ©coule par l'imaginaire prolifique de magiciens nobles. 
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Un grand merci Ă  Lyricis.fr
Dédicace à Isabelle Rocton
18.04.12
Bruno Matéï


mardi 17 avril 2012

Eva

Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site be.com   

de Kike Maillo. Espagne. 2011. 1h34. Avec Daniel BrĂĽhl, Marta Etura, Alberto Ammann, Claudia, Vega, Lluis Homar, Anne Canovas, Sara Rosa Losilla, Jordi Diaz.

Sortie salles France: 21 Mars 2012

FILMOGRAPHIE: Kike Maillo est un rĂ©alisateur, scĂ©nariste, acteur, compositeur espagnol, nĂ© le 3 Juin 1975 Ă  Barcelone. 2011: Eva. 

Un joli film, Ă©trange et touchant 
A découvrir...

Bruno 
17.04.12





lundi 16 avril 2012

SHAME (honte)

Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site culturopoing.com   
de Steve Mc Queen. 2011. Angleterre/Australie. 1h39. Avec Carey Mulligan, Michael Fassbender, James Badge Dale, Hannah Ware, Amy Hargreaves, Nicole Beharie, Elizabeth Masucci, Lucy Walters, Briana Marin.

Sortie salles France: 7 Décembre 2011. U.S: 2 Décembre 2011
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FILMOGRAPHIE: Steve Rodney McQueen est un artiste et réalisateur anglais, né en 1969 à Londres.
2008: Hunger
2011: Shame

Récompense: Coupe Volpi pour la meilleure interprétation masculine de Michael Fassbender
Prix d'interprétation à Venise pour Michael Fassbender
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Trois ans après l'Ă©prouvant Hunger, drame politique qui retraçait la grève de la faim entamĂ©e par un illustre sĂ©paratiste de l'IRA, l'artiste peintre Steve Mc Queen rappelle son acteur majeur Michael Fassbender pour nous livrer avec Shame le portrait intime d'un pervers victime de pathologie sexuelle.
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Un homme d'affaires est incapable d'entamer une relation stable avec une femme, faute de son accoutumance pour le sexe lubrique. PartagĂ© entre le dĂ©sespoir et l'impuissance de ne pouvoir refrĂ©ner ses pulsions, sa soeur tente malgrĂ© tout de lui offrir son affection en dĂ©barquant Ă  l'improviste dans son appartement pour s'y installer. 
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De manière dĂ©pouillĂ©e et introspective, le rĂ©alisateur Steve Mc Queen se penche sur une maladie rarement traitĂ©e au cinĂ©ma, l'addiction sexuelle. Sans fioritures ni complaisance, cette chronique dĂ©senchantĂ©e d'un trentenaire nĂ©vrosĂ© nous illustre sa dĂ©rive quotidienne Ă©maillĂ©e de rencontres impromptues dans un new-york crĂ©pusculaire. En dehors de ses virĂ©es urbaines, il trouve Ă©galement son rĂ©confort sur un Ă©cran d'ordinateur portable auprès de sites web Ă  caractère pornographique puis se masturbe machinalement dans les toilettes du bureau. Avec l'arrivĂ©e fortuite de sa soeur versatile et immature, Brandon se sent Ă©piĂ© et Ă©touffĂ© par sa prĂ©sence envahissante. Un jour, alors qu'une collègue de travail lui fait gentiment la cour, il tente d'entamer une vraie relation basĂ©e sur les sentiments. Et cela, en dĂ©pit de son Ă©thique de ne pouvoir tolĂ©rer une relation conjugale inscrite dans la longĂ©vitĂ© de la fidĂ©litĂ©. Au moment propice de l'Ă©treinte sexuelle, il se rend compte qu'il est incapable de faire l'amour Ă  une femme motivĂ©e par le dĂ©sir de la tendresse. Davantage plongĂ© dans la honte, le dĂ©sarroi et la culpabilitĂ© de ne pouvoir transcender sa frĂ©nĂ©sie sexuelle, Brandon erre dans les quartiers propices Ă  frĂ©quenter des marginales adeptes de luxure ou des homosexuels livrĂ©s Ă  l'Ă©changisme.
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Mis en scène avec souci de vĂ©ritĂ© humaine en interne d'une ambiance feutrĂ©e au climat cafardeux, Shame est un drame psychologique plongĂ© dans le regard austère de son protagoniste, tributaire d'une dĂ©viance sexuelle intarissable. ProfondĂ©ment esseulĂ© malgrĂ© l'omniprĂ©sence de sa soeur dĂ©soeuvrĂ©e, Brandon se raccroche in extremis Ă  l'amour de cette dernière pour peut-ĂŞtre retrouver un regain d'affection au monde qui le dĂ©suni. Toute l'intrigue du film est focalisĂ© sur le psychĂ© sĂ©vèrement brimĂ© de ce trentenaire d'apparence docile, prisonnier car esclave de sa sexualitĂ© putassière. C'est tout le poids du dĂ©shonneur et du scrupule qui lui est allouĂ© Ă  travers son parcours rĂ©cursif ne laissant entrevoir aucune lueur d'espoir. ATTENTION SPOILER !!! Et cela, mĂŞme après l'acte suicidaire intentĂ© par sa jeune soeur dĂ©moralisĂ©e par leur discorde FIN DU SPOILER.

Michael Fassbinder se délivre corps et âme à endosser le rôle fébrile d'un pervers gangrené par sa morale car compromise à la luxure la plus débauchée. Une prestation souvent poignante, voire bouleversante dans ses rapports conflictuels engagés avec une soeur toute aussi démotivée par la catharsis d'une relation conjugale équitable. C'est cette chétive relation familiale terriblement contraignante pour le malade incriminé, car incapable de pouvoir avouer sa déchéance sexuelle, qui donne lieu à des séquences dramatiques d'une grave acuité émotionnelle.
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L'Amour violé
RĂ©flexion sur la torpeur de l'addiction et notre rapport Ă©quivoque Ă  l'emprise du sexe, Shame est un bouleversant tĂ©moignage sur la dĂ©chĂ©ance d'un solitaire sĂ©questrĂ© dans son univers aseptisĂ©. 
AccentuĂ© par la partition Ă©lĂ©giaque de Harry Escott (aux lourds accents de Hans Zimmer !) et sublimĂ© par l'interprĂ©tation de Michael Fassbender, ce drame blafard nous place rĂ©gulièrement sur un sentiment amer de nonchalance. D'autant plus que son Ă©pilogue concis nous quitte brutalement face Ă  l'Ă©ventuelle repentance du toxicomane dĂ©shumanisĂ©. 

Un grand merci Ă  Culturopoing.com
16.04.12
Bruno Matéï

vendredi 13 avril 2012

Creep


de Christopher Smith. 2004. Angleterre/Allemagne. 1h25. Avec Franka Potente, Vas Blackwood, Ken Campbell, Jeremy Sheffield, Paul Rattray, Kelly Scott, Sean Harris, Kathryn Gilfeather, Joe Anderson, Sean De Vrind.

Sortie salles France: 4 Mai 2005

FILMOGRAPHIE: Christopher Smith est un rĂ©alisateur et scĂ©nariste britannique, nĂ© le 16 AoĂ»t 1970 Ă  Bristol. 2004: Creep. 2006: Severance. 2009: Triangle. 2010: Black Death
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Pour le premier film d'un rĂ©alisateur anglais aujourd'hui reconnu, Creep possĂ©dait dĂ©jĂ  suffisamment d'atouts pour convaincre l'amateur d'horreur avec ce survival cradingue illustrant les exactions d'un monstre rĂ©duit Ă  l'Ă©tat primitif. Dans la mĂŞme veine que le MĂ©tro de la Mort de Gary Sherman, Creep reflète en outre une rĂ©sonance sociale pour la caricature caustique d'une sociĂ©tĂ© individualiste dĂ©prĂ©ciant les laissĂ©s pour compte. Le PitchDans les sous-sols d'un mĂ©tro de Londres, une jeune femme assoupie se retrouve seule après la fermeture des guichets. Alors qu'un train en circulation s'arrĂŞte sur une voie adjacente, l'un de ses collègues de travail y descend et tente de la violer. Mais une prĂ©sence hostile tapie dans l'ombre s'en prend sauvagement Ă  lui.
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SĂ©rie B d'exploitation rĂ©alisĂ©e sans prĂ©tention avec un sens habile de l'angoisse diffuse, Creep tire sa force de par la verdeur d'une ambiance malsaine contrastant avec une photo criarde et le profil psychologique du tueur crapuleux, monstre de foire dĂ©shumanisĂ©. D'un script Ă©culĂ© jalonnĂ© de situations rebattues, prĂ©texte Ă  scènes chocs cinglantes et suspense lattent, ce survival sardonique (le violeur dĂ©butant son acte sexuel alors que le tueur l'enverra ad patres sans restriction !) exploite pour autant Ă  bon escient l'intĂ©rieur claustrophobique de ses dĂ©cors opaques. VĂ©ritable dĂ©dale de vastes couloirs interminables, de bouches d'Ă©gout et conduits d'aĂ©ration, le mĂ©tro londonien s'avère ici un vĂ©ritable piège Ă  claustration pour nos survivants contraints de se planquer dans les endroits les plus Ă©troits ou insalubres. 
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EmaillĂ© de sĂ©quences terrifiantes (la 1ère apparition du tueur est un authentique moment d'effroi fortuit !) et agrĂ©mentĂ© de sĂ©quences gores aussi acĂ©rĂ©es qu'explicites (le meurtre hors champ de la sdf se rĂ©vèle pourtant insupportable auprès de sa cruditĂ© viscĂ©rale !), Creep transcende son scĂ©nario orthodoxe par sa manière habile Ă  captiver le spectateur lors d'une mise en scène vigoureuse. EmbrigadĂ©s dans les rĂ©seaux d'Ă©gout ou expĂ©rimentĂ©s sur le lit d'un labo mĂ©dical rempli d'outils rubigineux, nos protagonistes sont contraints d'endurer une nuit d'effroi sous la tyrannie d'un tueur adepte de la torture sans anesthĂ©sie ! Si ce jeu du chat et de la souris se rĂ©vèle haletant et davantage intense, c'est dans sa facultĂ© Ă  retranscrire un univers sordide rĂ©gi par un tueur prĂ©alablement asservi d'un paternel sans vergogne, adepte de l'expĂ©rimentation chirurgicale. Un monstre impassible au regard stĂ©rile, contraint de se nourrir de chair humaine pour subvenir Ă  ses besoins nutritifs. Ainsi, en jouant la carte du rĂ©alisme craspec, Christopher Smith s'efforce Ă  nous authentifier cet ĂŞtre dĂ©shumanisĂ©, truffĂ© de tics convulsifs, couinant un cri laconique pour imposer sa hiĂ©rarchie autonome, dĂ©ambulant d'une dĂ©marche dĂ©gingandĂ©e vers ses victimes dĂ©boussolĂ©es. Son corps meurtri lardĂ© de contusions et cicatrices ainsi que son regard aigri dissimulant toutefois une forme de mĂ©lancolie Ă©voquant donc le sentiment que ce monstre humiliĂ© et maltraitĂ© fut autrefois esclave d'un savant fou.
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RĂ©alisĂ© avec savoir-faire, parfois vĂ©ritablement terrifiant et impressionnant de par ses effets-chocs rĂ©vulsifs, Creep s'extrait du lot traditionnel du genre sous l'impulsion de son ambiance licencieuse et l'exploitation judicieuse de son dĂ©cor ferroviaire. C'est Ă©galement dans la caractĂ©risation du tueur Ă©quivoque sans doute martyrisĂ© par un passĂ© tendancieux que Creep culmine son pouvoir morbide par le biais d'une misère humaine. Sans conteste, un des meilleurs films d'horreur des annĂ©es 2000.

*Eric Binford
Un grand merci Ă  dl4all.com
22.11.21. 
13.04.12
06.10.24. 4èx


jeudi 12 avril 2012

Alien, le 8è passager

                                                  Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site zoom-cinema.fr

de Ridley Scott. 1979. U.S.A/Angleterre. 1h56. Avec Sigourney Weaver, Tom Skerritt, Veronica Cartwright, Harry Dean Stanton, John Hurt, Ian Holm, Yaphet Kotto, Bolaji Badejo, Helen Horton.

Sortie salles France: 12 Septembre 1979. U.S: 31 Octobre 2003

FILMOGRAPHIE (Info Wikipedia)Ridley Scott est un rĂ©alisateur et producteur britannique nĂ© le 30 Novembre 1937 Ă  South Shields. 1977: Duellistes. 1979: Alien. 1982: Blade Runner. 1985: Legend. 1987: TraquĂ©e. 1989: Black Rain. 1991: Thelma et Louise. 1992: 1492: Christophe Colomb. 1995: Lame de fond. 1997: A Armes Egales. 2000: Gladiator. 2001: Hannibal. 2002: La Chute du faucon noir. 2003: Les AssociĂ©s. 2005: Kingdom of heaven. 2006: Une Grande AnnĂ©e. 2007: American Gangster. 2008: Mensonges d'Etat. 2010: Robin des Bois. 2012: Prometheus.

 
"Dans l’ombre du Nostromo : Le Chant du Dragon BiomĂ©canique".
1979 marque une annĂ©e charnière dans le paysage de la science-fiction, quand un rĂ©alisateur novateur et avisĂ© relève la gageure de rĂ©interprĂ©ter l’icĂ´ne du monstre mythologique. InfluencĂ© par La Planète des Vampires de Bava, Dark Star de Carpenter, et inspirĂ© par le Ixtl — la crĂ©ature du roman La Faune de l’espace d’A.E. Van Vogt Alien devient l’Ă©tendard d’un film d’anticipation Ă  l’Ă©pouvante organique. Succès critique et public Ă  sa sortie, ce chef-d’Ĺ“uvre, au sens noble, fonde une saga illustre oĂą ambitions formelles, techniques et narratives s’entrelacent au diapason.

Le pitch : Ă  bord du Nostromo, une Ă©quipe de sept astronautes s’apprĂŞte Ă  regagner la Terre. Mais leur ordinateur capte un signal inquiĂ©tant, les contraignant Ă  se poser sur une planète hostile. Sur place, l’un d’eux est agressĂ© par une forme organique inconnue. Cette crĂ©ature, bâillonnĂ©e sur le visage de l’officier Kane, est ramenĂ©e Ă  bord sous l’autoritĂ© d’Ash et contre l’avis du lieutenant Ellen L. Ripley. L’Ă©trange parasite se libère, s’occulte dans les couloirs du Nostromo. Commence alors une traque implacable, sanglante, oĂą les passagers se retrouvent persĂ©cutĂ©s par cette menace reproductive.


Dans l’espace, personne ne vous entend crier — tagline devenue culte — Ridley Scott s’engage dans la voie rare de l’anticipation horrifique, façonnant une crĂ©ature atypique, gravĂ©e d’une pierre blanche. Avec un budget de 11 millions de dollars, il orchestre une armada de dĂ©cors baroques sous la houlette de Michael Seymour. Souci du dĂ©tail ornemental, effet documentaire : maĂ®tre-mots d’un metteur en scène dĂ©terminĂ© Ă  traduire avec force et vĂ©ritĂ© un univers ombrageux sous l’architecture mĂ©tallique d’une planète crĂ©pusculaire. Le pouvoir de fascination morose se concentre sur cet environnement anxiogène et l’aspect hybride du mĂ©tamorphe reproductif — un monstre mesquin, pernicieux, traquant un Ă  un les membres d’un Ă©quipage Ă  bout de souffle, fuyant sous les conduits du vaisseau. Ainsi, angoisse palpable et sentiment d’impuissance se dĂ©ploient dans le dĂ©sarroi des protagonistes, dĂ©motivĂ©s par la facilitĂ© virulente de cette menace invisible. La mise en scène, tout entière au service de la suggestion, dĂ©cuple le malaise dans les vastes recoins d’un dĂ©dale oppressant, labyrinthe de toutes les peurs.


Contrairement aux Ă©pisodes suivants, Alien se rĂ©vèle un modèle d’intelligence dans son art du non-dit. Moins la crĂ©ature est montrĂ©e, plus la menace grandit, palpable, latente. Les effets spĂ©ciaux et le design biomĂ©canique de la crĂ©ature, imaginĂ©s par H.R. Giger, forgent le caractère fascinant et singulier de cette Ĺ“uvre. L’originalitĂ© rĂ©side dans la physionomie hĂ©tĂ©roclite du mutant — pourtant peu prĂ©sent Ă  l’Ă©cran — et le dĂ©cor sporadique d’une galaxie lointaine. Outre la partition Ă©vocatrice de Jerry Goldsmith, un bourdonnement rĂ©cursif et un battement de cĹ“ur rythment Ă  merveille l’apprĂ©hension feutrĂ©e au cĹ“ur du vaisseau, dominĂ© par un dragon protĂ©iforme.


"Le Passager de l’Angoisse : Naissance d’une IcĂ´ne".
JalonnĂ© de sĂ©quences anthologiques — l’humanoĂŻde dĂ©chu de ses fonctions mĂ©caniques, les mises Ă  mort d’un vĂ©risme cruel, l’alien jaillissant de l’estomac de John Hurt, traumatisme renforcĂ© en 4K — Alien envoĂ»te sans fioritures ni esbroufe. Sa rigueur formelle dessine un univers crĂ©dible, portĂ© par des interprĂ©tations Ă  la fois humaines et matures, tandis que Sigourney Weaver incarne l’hĂ©roĂŻne en devenir, survivante pugnace, devenue icĂ´ne.

*Bruno
19.08.24. Vostfr. 4k
12.04.12.