mercredi 30 septembre 2020

And now the screaming starts !

                                                     Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

de Roy Ward Barker. 1973. Angleterre. 1h31. Avec Peter Cushing, Herbert Lom, Patrick Magee, Stephanie Beacham, Ian Ogilvy. 

Sortie salles France: ?. Angleterre: 27 Avril 1973

FILMOGRAPHIE PARTIELLE: Roy Ward Baker est un réalisateur, producteur, scénariste anglais, né le 19 Décembre 1916 à Londres (Royaume-Uni), décédé le 5 Octobre 2010. 1947: L'Homme d'Octobre. 1952: Troublez moi ce soir. 1967: Les Monstres de l'Espace. 1968: Les Champions. 1969: Mon ami le fantôme. 1970: The Vampire Lovers. 1970: Les Cicatrices de Dracula. 1971: Dr Jekyll et Sr Hyde. 1972: Asylum. 1973: Le Caveau de la Terreur. 1973: And now the Screamin starts.

Produit pas la Amicus, concurrente anglaise de la Hammer Films, And now the screaming starts ! empreinte la voie de l'Ă©pouvante gothique Ă  l'orĂ©e des annĂ©es 70. DĂ©cors naturels et domestiques de toute beautĂ© quant Ă  sa forme aussi gracieuse qu'Ă©trange (notamment auprès de cette fameuse petite nĂ©cropole clĂ´turĂ©e d'un enclos). Et s'il n'arrive jamais Ă  la cheville des plus beaux spĂ©cimens de l'Ă©curie Hammer,  faute d'une première partie au suspense timorĂ© de par l'attrait routinier des dĂ©ambulations de l'hĂ©roĂŻne partagĂ©e entre hallucinations, cauchemars nocturnes et Ă©vènements bien rĂ©els, sa seconde moitiĂ© dĂ©colle enfin pour ne plus lâcher l'attention du spectateur. Et ce depuis la rĂ©vĂ©lation d'un rebondissement d'une belle intensitĂ© dramatique eu Ă©gard du sort Spoil ! d'un couple de mĂ©tayers pris Ă  parti avec l'impĂ©riositĂ© du Lord Henry Fengriffen des dĂ©cennies plus tĂ´t fin du Spoil. Ainsi, en abordant les thèmes de la machination surnaturelle tributaire de vendetta, And now the screaming starts ! s'extirpe du divertissement lambda, notamment auprès du jeu dĂ©pouillĂ© des comĂ©diens physiquement distinguĂ©s. Stephanie Beacham portant le rĂ©cit Ă  bout de bras Ă  travers sa fragilitĂ© toujours plus dĂ©munie d'y ĂŞtre une victime toute dĂ©signĂ©e. 

Son dĂ©sarroi progressif insufflant une dramaturgie factuelle quant Ă  la cruautĂ© de son dĂ©nouement escarpĂ©. Ainsi, c'est Ă  partir de l'intervention de Peter Cushing en psychiatre renommĂ© (tĂ©moin oculaire de la dĂ©chĂ©ance morale du couple) que l'intrigue lève enfin le voile sur sa fameuse Ă©nigme de revenant manchot tout en dĂ©veloppant les postures interlopes ou chĂ©tives des personnages sĂ©vèrement malmenĂ©s par une main baladeuse. C'est d'ailleurs le reproche que l'on pourrait opĂ©rer lors de sa première partie lorsque cette dernière ne cesse d'y harceler la jeune Catherine parmi le tĂ©moignage d'un bĂ»cheron patibulaire (affublĂ© d'une tache de vin sur le visage). Le spectateur perplexe se questionnant frĂ©quemment sur l'intĂ©rĂŞt majeur de cette fumeuse histoire de main coupĂ©e s'en prenant au jeune couple Fengriffen. Mais comme prĂ©cisĂ© plus haut, tout rentrera dans l'ordre de manière rĂ©solument explicative quant aux motivations de la main baladeuse moins dĂ©lĂ©tère (si j'ose dire) qu'elle n'y parait. Le rĂ©cit accordant finalement pas mal d'intĂ©rĂŞt aux tenants et aboutissants d'une victime prĂ©caire au destin galvaudĂ© (le flash-back insidieux s'avĂ©rant le moment le plus dur et oppressant du film sous l'impulsion d'un Herbert Lom horripilant). 

Perfectible assurĂ©ment de par l'agencement de son intrigue rĂ©pĂ©titive lors du 1er acte, And now the screaming starts ! ne dĂ©ploie que l'Ă©tendue de son modeste talent lors de sa deuxième moitiĂ© beaucoup plus captivante et haletante quant Ă  l'oppression dramatique de ses funestes projets. Efficace, un chouilla angoissant (quelques visions d'effroi) et beaucoup plus magnĂ©tique au fil d'un rythme autrement intrĂ©pide, le divertissement gothique parvient donc in extremis Ă  se racheter une conduite lors de sa vendetta d'outre-tombe ouvertement dĂ©taillĂ©e. A dĂ©couvrir (mĂŞme si on a connu Roy Ward Barker plus inspirĂ©). 

*Bruno
2èx

mardi 29 septembre 2020

Flic ou Zombie

                                              Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site cinememorial.com

"Dead Heat" de Mark Goldblatt. 1988. U.S.A. 1h25. Avec Treat Williams, Joe Piscopo, Lindsay Frost, Darren McGavin, Vincent Price. 

Sortie salles France: 29 Juin 1988

FILMOGRAPHIEMark Goldblatt est un monteur et rĂ©alisateur amĂ©ricain. 1988 : Flic ou Zombie. 1989 : Punisher. 1992 : Marshall et Simon (serie TV). 


Ils n'ont que 12 heures pour remplir leur mission morbide ! 
Planquez vos miches, ça va grave flinguer dans les quartiers de viande ! 

Aussi modeste soit ce pur divertissement du Samedi soir; Flic ou Zombie fait probablement parti des meilleures sĂ©ries B horrifiques des annĂ©es 80 de par l'habiletĂ© de Mark Goldblatt Ă  Ă©luder Ă  tous prix le ridicule Ă  travers son thème casse-gueule. Car traiter du mythe du zombie sous le mode de la comĂ©die Ă  la fois cocasse et sardonique est une gageure que peu de cinĂ©astes sont parvenus Ă  relever (RĂ©-animator, Le Retour des Morts-Vivants, Brain Dead, Bad Taste pour citer les plus notoires). Le pitch nous illustrant l'investigation d'un duo de flics aux mĂ©thodes musclĂ©es depuis une sĂ©rie de hold-up perpĂ©trĂ©s par des malfrats increvables. Ainsi, au fil de leur enquĂŞte, ils dĂ©couvrent qu'une machine inventĂ©e par un milliardaire parvient Ă  rĂ©animer les morts 12 heures durant. Qui plus est, pour Ă©picer l'intrigue d'une certaine tension dramatique, le duo zombifiĂ© n'a que 12 heures pour retrouver le ou les responsables de cette diabolique invention. L'un d'eux s'allouant d'ailleurs d'une putrĂ©faction physique dĂ©gĂ©nĂ©rative du fait de son sacrifice instaurĂ© lors de la 1ère partie Ă  l'aide de maquillages artisanaux plutĂ´t rĂ©ussis. 

C'est Ă©galement un des points positifs de Flic ou Zombie que de nous esbaudir face au rĂ©alisme de ses FX Ă  l'ancienne (Ă  1 ou 2 plans foirĂ©s près). Par consĂ©quent, Ă  la revoyure quelque dĂ©cennies plus tard, on est aussi surpris de constater l'incroyable Ă©nergie que dĂ©gage son action pĂ©taradante sous l'impulsion de gun-fight en roue libre ! Les impacts de balle produisant sur les chairs dĂ©chiquetĂ©es de gĂ©nĂ©reuses  Ă©claboussures de sang ! Et Ă  ce niveau de jubilation Mark Goldblatt s'en donne Ă  coeur joie d'y Ă©mailler son fulgurant rĂ©cit de sĂ©quences d'action terriblement nerveuses si bien que le complexe en est toujours banni. Ajouter Ă  cette aventure folingue modestement simpliste mais toujours efficace la complĂ©mentaritĂ© enjouĂ©e (pour ne pas dire la "cool attitude") de Treat Williams / Joe Piscopo endossant avec ferveur et charisme (naturellement) sĂ©ducteur un duo de flics teigneux dans leur condition putrescente. Sans compter la prĂ©sence iconique de Monsieur Vincent Price en personne dans celui du milliardaire cupide dĂ©nuĂ© de vergogne ! Un peu dommageable toutefois que l'acteur sclĂ©rosĂ© par son âge avancĂ© soit aussi apathique Ă  travers son jeu condescendant.  

Totalement dĂ©nuĂ© de prĂ©tention et nerveusement emballĂ© (on reste scotchĂ© et fascinĂ© par ses scènes d'action ultra violentes, Ă  l'instar du carnage liminaire !), Flic ou Zombie demeure un divertissement bonnard qui donne la pĂŞche et le sourire 1h20 durant ! 

*Bruno
2èx

lundi 28 septembre 2020

La Loi de la Haine

                                              Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Senscritique.com 

"The Last Hard Men" de Andrew V. McLaglen. 1976. U.S.A. 1h33. Avec Charlton Heston, James Coburn, Barbara Hershey, Jorge Rivero, Christopher Mitchum, Michael Parks, Larry Wilcox.

Sortie salles France: 14 Juillet 1976

FILMOGRAPHIEAndrew V. McLaglen est un rĂ©alisateur anglo-amĂ©ricain nĂ© Ă  Londres le 28 juillet 1920, dĂ©cĂ©dĂ© le 30 aoĂ»t 2014. 1956 : LĂ©gitime DĂ©fense.1956 : Man in the Vault.1957 : The Abductors.1960 : Les Pillards de la forĂŞt.1963 : Le Grand McLintock. 1965 : Les Prairies de l'honneur. 1966 : Rancho Bravo. 1967 : Rentrez chez vous, les singes ! 1967 : La Route de l'Ouest. 1967 : Le Ranch de l'injustice. 1968 : La Brigade du diable. 1968 : Les Feux de l'enfer. 1968 : Bandolero ! 1969 : Les GĂ©ants de l'Ouest. 1970 : Chisum. 1971 : Le Dernier Train pour Frisco. 1971 : Fools' Parade. 1971 : Rio Verde. 1973 : Les Cordes de la potence. 1975 : Liquidez l'inspecteur Mitchell. 1976 : La Loi de la haine. 1978 : Les Oies sauvages. 1979 : La PercĂ©e d'Avranches. 1980 : Les Loups de haute mer. 1980 : Le Commando de Sa MajestĂ©. 1983 : Sahara. 1989 : Retour de la rivière KwaĂŻ. 1991 : SAS : L'Ĺ’il de la veuve. 

En dĂ©pit d'un schĂ©ma narratif Ă©culĂ© dĂ©nuĂ© de surprises, La Loi de la Haine est suffisamment bien menĂ© et interprĂ©tĂ© pour ne jamais cĂ©der Ă  l'ennui. Les monstres sacrĂ©s Charlton Heston (le shĂ©rif) et James Coburn (le salopard) s'affrontant de manière belliqueuse si bien que la grande violence de leurs actions illĂ©gales (la loi du talion) rappelle le cinĂ©ma de Peckinpah (ralentis Ă  l'appui). On reste d'ailleurs interloquĂ© par le sadisme de son final oppressant quant aux sorts indĂ©cis de nos 2 rivaux toujours aussi accablĂ©s de haine et de rancoeur. Et puis quel charisme striĂ© que ces acteurs d'antan jouant les cowboys avec une soif de colère acharnĂ©e ! Le pitch nous relatant la traque infernale du capitaine Sam Burgade contre Zach Provo après que celui-ci se soit Ă©chappĂ© de sa geĂ´le. Pour Ă©picer l'intrigue et renforcer un enjeu humain, la fille du capitaine vient d'ĂŞtre kidnappĂ©e par Provo en guise d'appât. S'ensuit dès lors un jeu de cache cache entre eux Ă  travers l'Ă©laboration de pièges de fortune dissĂ©minĂ©s dans leur pĂ©rimètre champĂŞtre. Outre l'efficacitĂ© de son action sanglante Ă©tonnamment rĂ©aliste (les giclĂ©es de sang sont concises mais probantes), on reconnait le savoir-faire de l'habile artisan Andrew V. MacLaglen ayant dĂ©jĂ  largement fait ses preuves dans le registre du western (ou encore du film de guerre). Et si La Loi de la Haine demeure tout Ă  fait dispensable puisqu'il n'invente rien en dĂ©pit de sa forme triviale, les afficionados du genre passeront un bon moment devant ce divertissement rugueux osant exploiter une violence graphique depuis l'influence de Peckinpah.  

*Bruno

vendredi 25 septembre 2020

Le Diable, tout le temps

                                                   Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

"The Devil All The Time" de Antonio Campos. 2020. U.S.A. 2h19. Avec Tom Holland, Eliza Scanlen, Mia Wasikowska, Robert Pattinson, Sebastian Stan.

DiffusĂ© sur Netflix le 16 Septembre 2020

FILMOGRAPHIEAntonio Campos est un producteur, scĂ©nariste et rĂ©alisateur amĂ©ricain d'origine brĂ©silienne nĂ© en 1983 Ă  New-York. 2002 : I Pandora (court). 2005 : Buy It Now (court). 2007 : The Last 15 (court). 2008 : Afterschool. 2012 : Simon Killer. 2016 : Christine. 2020 : Le Diable, tout le temps. 

           "Que l'on s'efforce d'ĂŞtre pleinement humain et il n'y aura plus de place pour le mal."

Film choc s'il en est, de par sa (grande) violence erratique et son climat malsain permĂ©able oĂą plane la prĂ©sence du diable au coeur d'une bourgade champĂŞtre faussement tranquille, le Diable, tout le temps ne nous laisse pas indemne Ă  travers sa descente aux enfers ramifiĂ©e, dĂ©nuĂ©e de rĂ©demption. Quasi irracontable, le rĂ©cit ultra noir s'articule autour des agissements sans vergogne d'une poignĂ©e d'antagonistes habitĂ©s par le vice lors d'un incessant chassĂ©-croisĂ©, et ce avant leur rencontre alĂ©atoire. Le tout dĂ©peint Ă  travers divers Ă©poques, notamment afin de scruter l'Ă©volution des personnages, en particulier le jeune Arvin Ă©duquĂ© par un père rigoriste psycho-rigide, catalyseur du destin galvaudĂ© de son chĂ©rubin. Arvin demeurant le personnage le plus anti-manichĂ©en dans sa position binaire de victime / coupable (et vice-versa). Ainsi donc, Ă  travers les thèmes du faux-semblant, du traumatisme (celui de la de la guerre ou d'une enfance martyr), du fanatisme religieux (notamment auprès de l'intervention d'un prĂŞcheur en second acte), de l'auto-justice (une purification par le sang) et de la dĂ©chĂ©ance morale de par ces exactions crapuleuses dĂ©nuĂ©es de raison et de pitiĂ©, Le Diable, tout le temps insuffle un climat mĂ©phitique aussi irrespirable que reptilien eu Ă©gard de son rĂ©alisme Ă  biaiser la rĂ©alitĂ© des faits lors d'un concours de circonstances infortunĂ©es. 

Car derrière le vernis de la banalitĂ© se tapi parfois la plus effroyable des rĂ©vĂ©lations. Les victimes, fragiles et dĂ©munies, sombrant dans le piège d'un jeu de dupe et de manipulation face Ă  l'imposture du Mal le plus fourbe. Des personnages obsĂ©dĂ©s par l'idĂ©e de la mort, du sacrifice et de la rĂ©surrection au nom d'une cause divine ou personnelle (le couple de serial-killers perpĂ©tue la mort pour se croire libre et ainsi vaincre leur peur du trĂ©pas). Or, Ă  travers cette sĂ©rie d'homicides inĂ©quitables Ă©talĂ©s sur des dĂ©cennies, Arvin aura dĂ©cidĂ© en dernier ressort d'y perpĂ©trer sa vengeance personnelle, faute de l'Ă©ducation catholique d'un père obscurantiste lui ayant inculquĂ© dès son jeune âge la loi du talion de la manière la plus agressive, vicieuse et retorse. Ces personnages communĂ©ment vĂ©reux ayant comme point commun de se connaĂ®tre, de s'aborder ou de s'entrevoir grâce Ă  l'influence du Mal qu'ils cultivent en eux-mĂŞmes depuis leur enfance. Et ce derrière la rĂ©flexion d'une cause ou d'une dĂ©mission parentale Ă©manant d'une idĂ©ologie dĂ©miurge au sein d'une AmĂ©rique profonde ultra pratiquante (ils ne vivent que par Dieu pour la plupart d'entre eux). 


Messe Noire. 
De par son climat austère dĂ©nuĂ© de tendresse et de quiĂ©tude, Le diable, tout le temps pèse lourd sur notre moral pour tenter "d'affectionner" un rĂ©cit aussi morbide dĂ©nuĂ© d'espoir. Tant et si bien que son final en suspens inopinĂ©ment poignant laisse en mĂ©moire le destin interrogateur d'un ange exterminateur potentiellement acquittĂ© par une cause divine ou (inversement) châtiĂ© selon la position  (spirituelle ou athĂ©e) du spectateur. En tout Ă©tat de cause, le Diable, tout le temps est Ă  rĂ©server Ă  un public prĂ©parĂ©, tant et si bien qu'il demeure dĂ©licat d'estimer un requiem aussi nihiliste sur la dĂ©chĂ©ance humaine depuis leur perte d'innocence. 

*Bruno

mercredi 23 septembre 2020

Les Lèvres Rouges / "Daughters of Darkness"

                                            Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

de Harry KĂĽmel. 1971. France/Belgique/Allemagne. 1h40. Avec John Karlen, Delphine Seyrig, Danielle Ouimet, Andrea Rau, Paul Esser, Georges Jamin.

Sortie salles France: 25 Novembre 1971

FILMOGRAPHIEHarry KĂĽmel est un rĂ©alisateur belge, nĂ© le 27 Janvier 1940 Ă  Anvers. 1963: Hendrik Conscience. 1965: De Grafbewaker. 1969: Monsieur Hawarden. 1971: Les Lèvres Rouges. 1972: Malpertuis. 1978: Het verloren paradijs. 1985: The Secrets of Love. 1986: SĂ©rie Rose. 1991: Eline Vere. 


"Plus vite. Le jour arrive. Il faut le prendre de vitesse. AccĂ©lère. Ne laisse pas la lumière nous surprendre, mon amour. Plus vite, mon amour, mon amie. Il y a tant de nuits Ă  aimer. Tant de nuits - de nuits au creux de mes mains - dont jamais nous ne verrons la fin. Plus vite. Vers l’Ă©ternitĂ©."

Produit entre la France, la Belgique et l’Allemagne, Les Lèvres rouges est une Ĺ“uvre atypique du mythe vampirique, dans laquelle le rĂ©alisateur belge Harry KĂĽmel imprime sa touche personnelle, nourrie d’un goĂ»t prononcĂ© pour l’esthĂ©tisme charnel. Le soin apportĂ© Ă  son imagerie lascive, Ă  ses teintes bleutĂ©es d’une nature crĂ©pusculaire, laisse en mĂ©moire un recueil de plages fantasmagoriques Ă  damner un saint. De lĂ  Ă  parler d’Ĺ“uvre culte imprĂ©gnĂ©e d’un onirisme gracile, il n’y a qu’un pas. Pourtant, l’expĂ©rience s’avère bien plus substantielle, dĂ©sarçonnante, indicible au possible, sitĂ´t le gĂ©nĂ©rique clos.

Le pitch : un couple de jeunes mariĂ©s loue une chambre d’hĂ´tes pour son voyage de noces. Dans cet hĂ´tel dĂ©sert, ils font la connaissance d’un Ă©trange couple de femmes et ne tardent pas Ă  se laisser sĂ©duire.


Si cette Ĺ“uvre indĂ©pendante, hĂ©las peu connue du public, demeure une variation inusitĂ©e du thème vampirique, elle est avant tout transcendĂ©e par l’audace d’une mise en scène expĂ©rimentale et par le talent de son casting - notamment sa sublime actrice principale, surgie d’un rĂŞve irrĂ©el : Delphine Seyrig. Sa prĂ©sence, Ă  la fois Ă©purĂ©e, charnelle et vaporeuse, participe pleinement Ă  l’Ă©laboration d’un climat envoĂ»tant, toujours plus pĂ©nĂ©trant, sans mĂŞme que le spectateur ne perçoive l’emprise progressive de ce pouvoir d’attraction chimĂ©rique qu’Harry KĂĽmel orchestre avec un brio d’alchimiste (doux euphĂ©misme).

L’irremplaçable Delphine Seyrig ensorcelle par l’aura orale de sa voix lĂ©gèrement Ă©raillĂ©e et par un regard pĂ©nĂ©trant, d’une noirceur rĂ©solument classieuse. Tout est affaire de discrĂ©tion, de sagesse et de tranquillitĂ©. Son esprit mesquin, librement inspirĂ© de la comtesse sanglante Élisabeth Bathory, souligne un caractère laconique, obsĂ©quieux, dĂ©sinvolte, portĂ© par un amour immodĂ©rĂ© pour les jeunes filles prudes. Ă€ partir d’un argument volontairement simpliste - l’emprise de la sĂ©duction et le dĂ©sir de combler une solitude abyssale - Les Lèvres rouges rĂ©invente le mythe vampirique dans une Ă©trangetĂ© indĂ©chiffrable, au point que l’on ignore toujours la direction que sa structure narrative s’apprĂŞte Ă  emprunter. Entre Ă©rotisme explicite ou sous-jacent et Ă©clats de violence stylisĂ©e parfois sanglants (l’imagerie baroque de Dario Argento n’est jamais loin), Harry KĂĽmel nous entraĂ®ne dans un songe fantasmatique oĂą amour et mort se conjuguent lors d’une Ă©prouvante scène de mĂ©nage Ă  trois, ponctuĂ©e de deux situations-chocs d’une brutalitĂ© inopinĂ©e. L’attitude indolente et dĂ©sincarnĂ©e des protagonistes, transis d’Ă©moi, renforce cette atmosphère indicible et met en exergue le pouvoir inĂ©luctable de cette comtesse, vampirisant ses proies avec un art consommĂ© de la provocation morale.


"Les lèvres de l'éternité."
Terriblement poĂ©tique, charnel, sensuel, envoĂ»tant, capiteux - parfois mĂŞme dĂ©routant et effrayant dans ses accès de violence fortuite - Les Lèvres rouges demeure une rĂ©ussite formelle et Ă©thĂ©rĂ©e, un conte diaphane oĂą le saphisme vampirique (quelle soif d’amour irrĂ©pressible !) domine les figures masculines dans un parti pris perfide, assumĂ©. Par la gĂ©omĂ©trie de sa mise en scène auteurisante et le talent de ses interprètes - notamment la blonde quĂ©bĂ©coise Danielle Ouimet au visage anguleux et Ă  la longue chevelure d’or - le film explose les codes du genre sous l’impulsion d’un onirisme crĂ©pusculaire, toujours imprĂ©visible. Culte et intemporel, il semble impossible de s’extraire d’une telle poĂ©sie effĂ©minĂ©e Ă  l’issue d’un gĂ©nĂ©rique Ă  la dramaturgie persistante, sensuelle, obsĂ©dante, tendre et cruelle.

— le cinĂ©phile du cĹ“ur noir đź–¤

21.12.25. Vost
23.09.20.
23.09.13. (87 v)

mardi 22 septembre 2020

Flic ou Voyou. Prix Golden Screen (Allemagne) en 1980.

Photo empruntée sur Google, appartenant au site Imdb.com

de Geroges Lautner. 1979. France. 1h47. Avec Jean Paul Belmondo, Georges Géret, Marie Laforêt, Jean-François Balmer, Claude Brosset, Julie Jézéquel, Michel Beaune.

Sortie salles France: 28 Mars 1979

FILMOGRAPHIE SELECTIVE: Georges Lautner est un réalisateur et scénariste français, né le 24 Janvier 1926 à Nice, décédé le 22 Novembre 2013 à Paris. 1958: la Môme aux boutons. 1959: Marche ou crève. 1962: L'Oeil du monocle. 1963: Les Tontons flingueurs. 1963: Des Pissenlits par la racine. 1964: Le Monocle rit jaune. 1964: Les Barbouzes. 1966: Ne nous fâchons pas. 1967: Le Grande sauterelle. 1968: Le Pacha. 1969: Sur la route de Salina. 1970: Laisse aller, c'est une valse. 1971: Il était une fois un flic. 1972: Quelques messieurs trop tranquilles. 1973: La Valise. 1974: Les Seins de glace. 1975: Pas ce problème ! 1976: On aura tout vu. 1977: Mort d'un pourri. 1978: Ils sont fous ces sorciers. 1979: Flic ou voyou. 1980: Le Guignolo. 1981: Est-ce bien raisonnable ? 1981: Le Professionnel. 1984: Joyeuse Pâques. 1984: Le Cowboy. 1985: La cage aux folles 3. 1986: La vie dissolue de Gérard Floque. 1988: La Maison Assassinée. 1989: Présumé dangereux. 1991: Triplex. 1991: Room service. 1992: l'Inconnu dans la maison.

                                               

3è au box-Office en 1979 avec 3 950 691 entrĂ©es, Flic ou Voyou est le premier succès commercial du tandem Lautner / BĂ©bel si bien qu'il renoueront ensemble Ă  4 autres reprises avec Le Guignolo, le Professionnel, Joyeuses Pâques et l'Inconnu dans la maison. Sans faire parti de leurs plus grandes rĂ©ussites, Flic ou Voyou demeure un divertissement bougrement attachant sous l'impulsion de BĂ©bel explosant l'Ă©cran Ă  chacune de ses intrĂ©pides apparitions. C'est dire si sa prĂ©sence Ă  la fois frĂ©tillante et bondissante insuffle un irrĂ©sistible charme Ă  l'ensemble de par sa conjugaison d'humour, d'action et de tendresse que Lautner met en image avec modeste efficacitĂ©. L'intrigue mettant en appui les agissements fallacieux du commissaire Borowitz se fondant dans le corps du malfrat Antonio Cerutti pour mieux apprĂ©hender 2 truands notoires responsables de la mort d'un flic ripoux et d'une prostituĂ©e confinĂ©s dans un hĂ´tel. Or, l'enquĂŞte s'avère d'autant plus houleuse quant Ă  la complicitĂ© vĂ©reuse de certains membres du corps policier. DĂ©nuĂ© de complexe et dĂ©terminĂ© Ă  aller jusqu'au bout de ces principes, Borowitz usera de son statut marginal en y appliquant une justice expĂ©ditive. 

Si l'intrigue s'avère Ă  mon sens un brin confuse, ou tout du moins dĂ©structurĂ©e, l'Ă©nergie qu'insuffle les comĂ©diens aimablement impliquĂ©s dans leur fonction ludique de "gendarme et du voleur" pallie ses carences Ă  travers un alliage retors d'humour, de poursuites et de bastonnades. Notamment auprès de l'Ă©nergie de ses rĂ©pliques incisives d'après l'irremplaçable dialoguiste Michel Audiard. Et Ă  ce niveau nous sommes constamment sĂ©duits par tant de calembours que les acteurs emploient avec une verve Ă  la fois gouailleuse et provocatrice. Quant aux instants de douce tendresse qui irriguent la narration, on peut sans difficultĂ© compter sur la beautĂ© vĂ©nĂ©neuse de la douce Marie LaforĂŞt en maĂ®tresse assez prĂ©venante et vaporeuse, et sur l'insolence de la jeune Julie JĂ©zĂ©quel incarnant la fille de Borowitz avec un naturel pĂ©tulant. Tout cela Ă©tant imprimĂ© dans une ambiance de lĂ©gèretĂ© expansive Ă  travers sa nostalgique Ă©poque d'un cinĂ©ma rĂ©volu. Celui du divertissement Ă  la fois gĂ©nĂ©reux, simple, intègre et sans prĂ©tention, tant et si bien que les acteurs y communiquent leur fougue avec une mutuelle complicitĂ©. On revoit donc aujourd'hui Flic ou Voyou d'un oeil aussi fringant qu'attendrissant, notamment en Ă©tant constamment charmĂ© par les numĂ©ros d'acteur de BĂ©bel jouant le drille rĂ©actionnaire avec une pĂŞche galvanisante. 

*Bruno

lundi 21 septembre 2020

Cannonball

                                                     Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

de Paul Bartel. 1976. U.S.A. 1h33. Avec David Carradine, Sylvester Stallone, Bill McKinney, Veronica Hamel, Gerrit Graham, Robert Carradine, Belinda Balaski. 

Sortie salles France: 15 Juin 1977. U.S: 6 Juillet 1976

FILMOGRAPHIE: Paul Bartel est un acteur, producteur, réalisateur et scénariste américain né le 6 août 1938 à Brooklyn, New York, et décédé le 13 mai 2000 à New York (États-Unis). 1968: The Secret Cinema. 1969: Naughty Nurse. 1972: Private Parts. 1975: La Course à la mort de l'an 2000. 1976: Cannonball ! 1982 : Eating Raoul. 1984: Not for Publication. 1985: Lust in the Dust. 1986 : Les Bons tuyaux. 1989 : Scenes from the Class Struggle in Beverly Hills. 1993: Shelf Life.

                 Du cinĂ©ma d'exploitation fort sympathique de par sa modeste simplicitĂ© ludique. 

SpĂ©cialiste des courses-poursuites sur bitume Ă  grande Ă©chelle si bien que Paul Bartel nous eut dĂ©jĂ  rĂ©galĂ© avec le cintrĂ© les Seigneurs de la Route, Cannonball rĂ© exploite le road movie homĂ©rique avec une efficacitĂ© constante, aussi modeste soit-elle. Car sous couvert d'un pitch Ă©tique dĂ©nuĂ© de surprises (il est d'ailleurs priĂ© de laisser son cerveau au vestiaire avant d'appuyer sur lecture), Cannonball retrace la course illĂ©gale de pilotes de voiture acharnĂ©s Ă  emporter la mise quelque soit les moyens encourus. Politiquement incorrect donc, notamment parmi l'audace de stratagèmes carrĂ©ment criminels, ces derniers rivalisent d'astuces et de subterfuges pour faire Ă©chouer leurs adversaires rivĂ©s dans l'habitacle de leur bolide avec une mine aussi dĂ©contractĂ©e que dĂ©terminĂ©e. 

Truffé de seconds-couteaux issus du ciné bis que les amateurs auront plaisir à retrouver à renfort de dérision, alors que l'on peut même entrevoir Stallone et les réalisateurs Joe Dante et Martin Scorcese lors de courtes apparitions, Cannonball fleure bon le divertissement bonnard de par son rythme nerveux oscillant action, cascades et humour potache. Paul Bartel se focalisant sur les divers itinéraires des meilleurs compétiteurs, avec en tête de liste Coy 'Cannonball' Buckman (David Carradine toujours aussi aimablement charismatique de par sa cool attitude et son regard félin) se disputant la course contre Cade Redman. Ce dernier rivalisant de stratégies offensives terriblement agressives et couardes afin de rester en tête de course. Jamais ennuyeux car franchement plaisant à travers son esprit bon enfant (mal élevé), c'est donc un divertissement agréablement troussé que nous façonne Paul Bartel avec, en guise de cerise sur la gâteau, un final explosif émaillé de cascades en chaîne. Peut-être pas aussi festif et drôle que l'Equipée du Cannonball réalisé 5 ans plus tard mais néanmoins chaudement recommandé auprès de la génération 80 ayant été bercé par sa diffusion sur Canal +

*Bruno. 2èx

Ci-joint les chroniques de ses homologues: 
EquipĂ©e du Cannonball (l'): http://brunomatei.blogspot.fr/…/09/lequipee-du-cannonball.h…

Cannonball 2: http://brunomatei.blogspot.fr/2017/09/cannonball-2.html

jeudi 17 septembre 2020

La Fièvre du Samedi Soir

                                     Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site impawards.com

"Saturday Night Fever" de John Badham. 1977. U.S.A. 1h59. Avec John Travolta, Karen Lynn Gorney, Barry Miller, Joseph Cali, Paul Pape, Donna Pescow, Bruce Ornstein, Val Bisoglio.

Sortie salles France: 5 avril 1978 (Int - 18 ans). U.S: 16 DĂ©cembre 1977

FILMOGRAPHIEJohn Badham est un rĂ©alisateur et producteur britannique, nĂ© le 25 AoĂ»t 1939 Ă  Luton. 1976: Bingo. 1977: La Fièvre du samedi soir. 1979: Dracula. 1981: C'est ma vie après tout. 1983: Tonnerre de feu. 1983: Wargames. 1985: Le Prix de l'exploit. 1986: Short Circuit. 1987: Etroite Surveillance. 1990: Comme un oiseau sur la branche. 1991: La Manière Forte. 1992: Nom de code: Nina. 1993: IndiscrĂ©tion AssurĂ©e. 1994: Drop Zone. 1995: Meurtre en suspens. 1997: Incognito. 1998: Road Movie.


Le saviez-vous ? 40 Millions d'exemplaires de la bande originale du film ont Ă©tĂ© vendus Ă  travers le monde.

PhĂ©nomène planĂ©taire au terme des annĂ©es 70 ayant rĂ©vĂ©lĂ© l'acteur John Travolta dans son rĂ´le de jeune danseur animĂ© par la fougue du Disco, La Fièvre du Samedi soir marqua toute une gĂ©nĂ©ration de spectateurs sous l'impulsion musicale des Bee Gees. Relatant sans prĂ©tention l'initiation Ă  la Danse et Ă  la maturitĂ© du point de vue d'un jeune play-boy issue d'une famille prolĂ©taire italo-amĂ©ricaine, La Fièvre du Samedi soir alterne chorĂ©graphies de danse sous les nĂ©ons de boites de nuit et virĂ©es noctambules d'une bande de jeunes paumĂ©s alors que notre roi du disco tente de courtiser une danseuse d'un niveau social autrement Ă©rudit. Cette intrigue futile n'Ă©pargnant quelques longueurs et maladresses (principalement le dĂ©veloppement perfectible de certains personnages) dĂ©peint avec un certain rĂ©alisme le portrait d'une gĂ©nĂ©ration au mal-ĂŞtre existentiel sous l'autoritĂ© dĂ©sabusĂ©e de Tony Manero. Un jeune ouvrier n'accordant toute son Ă©nergie qu'Ă  sa passion du Disco sous l'enchaĂ®nement des pas et des mouvements du corps parmi l'appui d'une orgueilleuse difficilement apprivoisable. Cumulant les bĂ©vues pour ses dragues vulgairement improvisĂ©es et les virĂ©es marginales parmi ses comparses peu recommandables, Tony Manero finit par se lasser de son quotidien primaire parmi le tĂ©moignage lucide de sa partenaire. 


Si les ressorts psychologiques du duo d'amants pâti d'un manque d'intensitĂ© et d'une certaine ambiguĂŻtĂ© Ă  travers leur relation amoureuse houleuse (Karen Lynn Gorney s'avĂ©rant un peu trop versatile d'après ses Ă©motions), le charme finit par opĂ©rer grâce Ă  la spontanĂ©itĂ© de John Travolta plutĂ´t Ă  l'aise dans son rĂ´le de dragueur et de danseur intarissables. Qui plus est, en tĂ©moignant avec Ă©motion de l'ascension musicale du Disco Ă  l'entrĂ©e des boites de nuit des Seventies, John Badham met en exergue des numĂ©ros de danse vertigineux que la musique inoxydable des Bee Gees ainsi que l'aplomb physique de Travolta transcendent avec une acuitĂ© irrĂ©sistible. Sur ce point, la première demi-heure s'avère le pilier Ă©motionnel d'un spectacle musical haut en couleur, vĂ©ritable immersion sensitive dans l'univers fĂ©brile des boites pailletĂ©es auquel Travolta impose son Ă©nergie de chorĂ©graphe avec une sagacitĂ© ensorcelante ! Si les autres sĂ©quences musicales qui interfèrent l'intrigue ne retrouvent pas cette mĂŞme frĂ©nĂ©sie Ă©motionnelle, La Fièvre du samedi soir rĂ©ussit tout de mĂŞme Ă  diluer charme et empathie (nostalgique !) pour la remise en question de notre play-boy en quĂŞte sentimentale et professionnelle. Quand bien mĂŞme l'Ă©pilogue nous provoque une Ă©motion poignante quant Ă  l'ultime compromis amical des amants, notamment par le biais de ce plan Ă©vocateur sur ces deux mains enlacĂ©es.


Peut-ĂŞtre un chouilla moins percutant qu'Ă  l'Ă©poque de sa sortie mais indĂ©niablement charmant et attachant, notamment pour le portrait fragile imparti Ă  une jeunesse avide de reconnaissance et de tendresse (deux seconds-rĂ´les y attribuent aussi dans leur fonction dĂ©soeuvrĂ©e), La Fièvre du samedi soir prĂ©serve son magnĂ©tisme charnel. Tant auprès de la prĂ©sence iconique d'un John Travolta en pleine consĂ©cration que de la fulgurance musicale des Bee Gees absolument indĂ©modable ! Un tĂ©moignage Ă©motif d'une Ă©poque rĂ©volue, Ă  revoir avec le pincement au coeur pour les nostalgiques du Disco.

*Bruno (3èx). 69 v
DĂ©dicace Ă  Pascale Pallante

mardi 15 septembre 2020

Le Fanfaron

                                                     Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Senscritique.com

"Il sorpasso" (Le dépassement) de Dino Risi. 1962. Italie. 1h45. Avec Vittorio Gassman, Jean-Louis Trintignant, Catherine Spaak, Claudio Gora, Luciana Angiolillo, Linda Sini.

Sortie salles France: 27 Juin 1963. Italie: 5 Décembre 1962

FILMOGRAPHIE PARTIELLE: Dino Risi (Milan, 23 décembre 1916 - Rome, 7 juin 20081) est un réalisateur et scénariste italien.1952 : Vacanze col gangster. 1953 : Le Chemin de l'espérance. 1953 : Le Signe de Vénus. 1953 : L'Amour à la ville. 1955 : Pain, amour, ainsi soit-il. 1959 : L'Homme aux cent visages. 1959 : Le Veuf. 1960 : L'Inassouvie. 1961 : Une vie difficile. 1961 : A porte chiuse. 1962 : La Marche sur Rome. 1962 : Le Fanfaron. 1963 : Il successo de Mauro Morassi. 1963 : Il giovedì. 1963 : Les Monstres. 1967 : L'Homme à la Ferrari. 1968 : Le prophète. 1970 : La Femme du prêtre. 1971 : Au nom du peuple italien. 1971 : Moi, la femme. 1973 : Rapt à l'italienne. 1973 : Sexe fou. 1975 : Parfum de femme. 1976 : La Chambre de l'évêque. 1977 : Âmes perdues. 1977 : Dernier Amour. 1978 : Les Nouveaux Monstres. 1980 : Je suis photogénique. 1980 : Les Séducteurs. 1981 : Fantôme d'amour. 1982 : Les Derniers Monstres. 1984 : Le Bon Roi Dagobert. 1985 : Le Fou de guerre. 1986 : Il commissario Lo Gatto. 1987 : Teresa. 1996 : Giovani e belli. 1996 : Esercizi di stile, segment Myriam. 2002 : Le ragazze di Miss Italia (TV).


"Tout bonheur est un chef-d'oeuvre : la moindre erreur le fausse, la moindre hésitation l'altère, la moindre lourdeur le dépare, la moindre sottise l'abêtit."

Chef-d'oeuvre de son auteur et du cinéma Italien en prime d'être devenu un film culte grâce à son bouche à oreille lors de sa timide sortie commerciale, Le Fanfaron est une expérience humaine comme on en voit peu dans le paysage sociétal. Car à travers le road trip de Bruno, pèlerin incontinent dénué de complexe, et Roberto, célibataire timoré et introverti trop influençable pour refuser les avances de Bruno, Dino Risi nous fait partager leurs vicissitudes à l'aide d'un humour vitriolé à couper au rasoir. Notamment si je me réfère à la tournure dramatique des effronteries de Bruno en proie à une rage de vivre incontrôlée. Quand bien même Roberto, impressionné par son bagout et son culot jamais à court de carburant, observe son nouvel ami avec une réflexion à la fois lucide et déceptive (dans le sens "trompeur"). Ainsi, en brossant (avec un second degré fallacieux) le portrait d'un fringant fanfaron aussi instable qu'irresponsable, Dino Risi nous laisse un goût acre dans la bouche au fil de l'évolution morale de celui-ci en proie à une émancipation irraisonnée. Et ce quitte à entraîner son entourage vers de fatales désillusions, voir également vers une destination sans retour. Réflexion factuelle sur les mauvaises rencontres et fréquentations du point de vue d'un introverti esseulé incapable de s'affirmer, Le Fanfaron oscille bonne humeur, tendresse tacite, rire grinçant et gravité au fil de mésaventures explosives. Tant et si bien que Bruno semble n'avoir aucune limite pour assouvir son insatiabilité vitale quitte à s'y brûler les ailes.


Et il a beau communiquer sympathie et joie de vivre de façon discontinue, celui-ci demeure derrière son enveloppe de trublion farceur un ratĂ© incapable de s'insĂ©rer dans la sociĂ©tĂ© (il en est d'ailleurs bien conscient malgrĂ© ses apparences dĂ©sinhibĂ©es). Au-delĂ  de son climat estival baignant dans une joie de vivre expansive (nous sommes Ă  l'orĂ©e des annĂ©es 60 dans une Italie champĂŞtre et cĂ´tière), on reste Ă©bahi par les performances plus vraies que natures des 2 acteurs se familiarisant en direct face Ă©cran avec une vĂ©ritĂ© humaine infiniment attachante. Vittorio Gassman explosant l'Ă©cran dans sa vaste carrure de profiteur invĂ©tĂ©rĂ© ! Un aimable bon vivant aussi capable d'embobiner les plus rĂ©fractaires que de s'attirer les ennuis de par ses frasques marginales semĂ©es d'Ă©carts de conduite. Transi d'expansivitĂ© dans sa posture naturellement dĂ©contractĂ©e, l'acteur insuffle une Ă©nergie Ă  corps perdu au rythme de ses exubĂ©rances en roue libre; si bien qu'il s'attire rĂ©gulièrement une compagnie amicale Ă  la fois huppĂ©e et avenante. Autrement placide, constamment dans la rĂ©serve mais davantage curieux d'un comportement aussi favorablement insolent, Jean-Louis Trintignant insuffle une pudeur fragile expressive au fil de son initiation Ă  l'Ă©mancipation. Spoil ! Tant et si bien que l'on reste scotchĂ© par la tournure de son tragique destin que l'on anticipe inĂ©vitablement lors d'une course-poursuite erratique. Fin du Spoil. On reste d'ailleurs estomaquĂ©, le souffle coupĂ©, par le rĂ©alisme dĂ©coiffant de cette poursuite sur bitume frĂ©quemment jalonnĂ©e de virages escarpĂ©s. Bref, ces 2 acteurs pĂ©tris de sentiments contradictoires dans leur caractère distinct restent dans nos mĂ©moires de cinĂ©phile Ă©mĂ©rite sous l'impulsion d'une intensitĂ© dramatique finalement Ă©prouvante.


Regorgeant de joie et de bonne humeur Ă  travers cette fureur de vivre impubère (nos 2 lurons restent de grands enfants pour le meilleur et pour le pire !), le Fanfaron se dĂ©cline en grand moment de cinĂ©ma aussi populaire qu'auteurisant pour un road trip vertigineux Ă  l'acuitĂ© Ă©motionnelle jamais programmĂ©e. Du cinĂ©ma de vibration Ă  l'Ă©tat brut, oecumĂ©nique. 

*Bruno
 3èx

Récompenses:
1963 : prix du meilleur réalisateur au Festival international du film de Mar del Plata.
1963 : Ruban d'argent du meilleur acteur principal pour Vittorio Gassman.

 « Chaque film a une formule chimique qui lui est propre. Le Fanfaron jaillit d'un excellent alambic, oĂą tous les Ă©lĂ©ments s'Ă©taient facilement fondus. L'amalgame de mon personnage (un jeune type agressif et peu scrupuleux) avec la mĂ©lancolie et la rĂ©serve de Jean-Louis Trintignant fit merveille ; le symbole de la vrombissante voiture de sport qui lançait notre tandem sur les routes d'une Italie au comble du miracle Ă©conomique, de la folie immobilière et des chansons, du boom et de la vulgaritĂ©, fut Ă©galement efficace. ». Vittorio Gassman.

lundi 14 septembre 2020

Circulez y'a rien Ă  voir

                                            Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site unifrance.org

de Patrice Lecomte. 1983. France. 1h24. Avec Michel Blanc, Jane Birkin, Jacques Villeret, Michel Robbe, Gaëlle Legrand, Martin Lamotte, Dominique Faysse, Luis Rego.

Sortie salles France: 20 Avril 1983

FILMOGRAPHIE: Patrice Leconte est un réalisateur, scénariste et metteur en scène français né le 12 novembre 1947 à Paris. 1971 : Blanche de Walerian Borowczyk (assistant réalisateur). 1976 : Les Vécés étaient fermés de l'intérieur. 1978 : Les Bronzés. 1979 : Les bronzés font du ski. 1981 : Viens chez moi, j'habite chez une copine. 1982 : Ma femme s'appelle reviens. 1983 : Circulez y a rien à voir. 1985 : Les Spécialistes. 1987 : Tandem. 1989 : Monsieur Hire. 1990 : Le Mari de la coiffeuse. 1991 : Contre l'oubli. 1993 : Tango. 1994 : Le Parfum d'Yvonne. 1995 : Lumière et Compagnie. 1996 : Ridicule. 1996 : Les Grands Ducs. 1998 : Une chance sur deux. 1999 : La Fille sur le pont. 2000 : La Veuve de Saint-Pierre. 2001 : Félix et Lola. 2002 : Rue des plaisirs. 2002 : L'Homme du train. 2004 : Confidences trop intimes. 2004 : Dogora : Ouvrons les yeux. 2006 : Les Bronzés 3. 2006 : Mon meilleur ami. 2008 : La Guerre des miss. 2011 : Voir la mer. 2012 : Le Magasin des suicides. 2014 : Une promesse. 2014 : Une heure de tranquillité.


Divertissement mineur au sein de la carrière de Patrice Leconte, Circulez y'a rien Ă  voir d'en demeure pas moins une charmante comĂ©die policière sous l'impulsion d'un trio de comĂ©diens fringants. (Et ce en dĂ©pit des critiques timorĂ©es que j'ai pu survolĂ© sur le net en guise de curiositĂ©). Principalement le duo Michel Blanc / Jane Birkin opĂ©rant le jeu du chat et de la souris Ă  travers une stratĂ©gie sentimentale de longue haleine. L'inspecteur Leroux Ă©tant pris d'affection pour la ravissante HĂ©lène Duvernet Ă  la suite d'une histoire de chèque volĂ© dont elle ignore la cause. Si le cheminement narratif demeure futile, Patrice Leconte parvient Ă  le rendre efficace de par la confrontation houleuse entre Jane Birkin (en bourgeoise distinguĂ©e) et Michel Blanc (en mode bourru et irascible) s'en donnant Ă  coeur joie dans les crĂŞpages de chignon bonnards. Jamais drĂ´le mais souvent cocasse, on sourie donc de leurs quiproquos et stratagèmes de filature que Patrice Leconte illustre sans prĂ©tention avec une pointe d'argument criminel. On regrette toutefois que l'excellent Jacques Villeret soit si peu prĂ©sent Ă  l'Ă©cran en faire-valoir davantage suspicieux du comportement lunatique de son partenaire. Une sympathique romcom donc menĂ©e tambour battant si bien que l'on ne voit pas le temps passĂ©, et ce mĂŞme s'il est Ă  privilĂ©gier auprès de la gĂ©nĂ©ration 80.


*Bruno

mercredi 9 septembre 2020

Invasion vient de Mars (l')

                                                    Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

"Invaders from Mars" de Tobe Hooper. 1986. U.S.A. 1h40. Avec Hunter Carson, Karen Black, Laraine Newman, Timothy Bottoms, James Karen, Louise Fletcher.

Sortie salles France: 3 Septembre 1986

FILMOGRAPHIE: Tobe Hooper est un réalisateur américain né le 25 Janvier 1943 à Austin (Texas)
1969: Eggshells, 1974: Massacre à la Tronçonneuse, 1977: Le Crocodile de la Mort, 1979: The Dark (non crédité), 1981: Massacre dans le Train Fantome, 1982: Poltergeist, 1985: Lifeforce, 1986: l'Invasion vient de Mars, Massacre à la Tronçonneuse 2, 1990: Spontaneous Combustion, 1993: Night Terrors, 1995: The Manglers, 2000: Crocodile, 2004: Toolbox Murders, 2005: Mortuary, 2011: Roadmaster.


Nanar pur jus produit par la Canon et rĂ©alisĂ© par le papa de Massacre Ă  la Tronçonneuse, l'Invasion vient de mars est une aberration filmique faisant office de pĂ©tard mouillĂ©, notamment si on le compare  au classique initial de William Cameron Menzies. La faute incombant principalement Ă  l'ultra cabotinage des comĂ©diens s'auto-parodiant malgrĂ© eux et Ă  une trajectoire narrative improbable de par son absence patent de rĂ©alisme. Tant et si bien que le spectacle du samedi soir est Ă  rĂ©server Ă  un public ado renforcĂ© d'un aspect cartoonesque en diable. Regorgeant de scènes involontairement hilarantes avec ces acteurs grimaçants et gesticulants Ă  tout va, l'Invasion vient de Mars culmine son potentiel comique lors de ses 40 ultimes minutes avec l'entrĂ©e en matière des militaires venus foutre le zouc au repère des crĂ©atures gloutonnes. Ainsi, dans un dĂ©luge de couleurs criardes et d'effets-spĂ©ciaux explosifs, le règlement de compte vire Ă  une sorte de fĂŞte foraine de tous les diables (l'action se dĂ©roule dans un tunnel) lorsque les militaires; mâchoires serrĂ©es et regard acĂ©rĂ©, tirent tous azimuts sur les crĂ©atures caoutchouteuses sous l'impulsion d'un score orchestral aux accents spielbergien. Au-delĂ  de ses constantes maladresses omniprĂ©sentes Ă  l'Ă©cran (tant et si bien que l'on ne croit jamais Ă  ce qui s'y dĂ©roule sous nos yeux !), l'Invasion vient de Mars demeure Ă©tonnamment soignĂ©e sur la forme (photo saturĂ©e, dĂ©cors naturels chargĂ©s d'onirisme, effets-spĂ©ciaux assez convaincants). En tout Ă©tat de cause, cet Ă©chec commercial est Ă  rĂ©server Ă  un public Ă  la fois averti et nostalgique de l'Ă©poque rĂ©volue des annĂ©es 80.


*Bruno
3èx

mardi 8 septembre 2020

Crazy for you

                                   Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Notrecinema.com

"Vision Quest" de Harold Becker. 1985. U.S.A. 1h47. Avec Matthew Modine, Linda Fiorentino, Michael Schoeffling, Ronny Cox, Harold Sylvester, Charles Hallahan.

Sortie salles U.S: 15 Février 1985. Inédit en salles en France.

FILMOGRAPHIE: Harold Becker est un réalisateur et producteur américain né le 25 septembre 1928 à New York, dans l'État de New York (États-Unis). 1972 : The Ragman's Daughter. 1979 : Tueurs de flics. 1980 : The Black Marble. 1981 : Taps. 1985 : Vision Quest. 1987 : La Gagne. 1988 : État de choc. 1989 : Mélodie pour un meurtre. 1993 : Malice. 1996 : City Hall. 1998 : Code Mercury. 2001 : L'Intrus.


"Je pense souvent Ă  ces 6 minutes passĂ©es avec Shute et aux moments passĂ©s avec Carla. Kutch avait raison, c'Ă©tait bien une quĂŞte initiatique. J'ai compris que nous naissons pour vivre puis pour mourir. Et qu'il faut faire ça tout seul, chacun Ă  sa manière. Et aimer les gens qui le mĂ©ritent comme si demain n'existait pas. Parce que si on y rĂ©flĂ©chit bien c'est vrai, demain n'existe pas." 

InĂ©dit en salles dans nos contrĂ©es mais Ă©ditĂ© en Vhs chez Warner Home Video si bien qu'il remporte un succès d'estime auprès des vidĂ©ophiles et mĂŞme auprès de certains magazines de l'Ă©poque (Video 7 Ă  titre de mĂ©moire), Crazy for You est une formidable Succes Story surfant inĂ©vitablement sur le filon payant Rocky. Car en abordant de manière singulière la compĂ©tition de lutte, Harold Becker (Tueurs de Flics, MĂ©lodie pour un Meurtres, City Hall) empreinte efficacement la dĂ©marche de la sĂ©rie B de samedi soir pour conquĂ©rir nos coeurs. Et ce sans une once de ridicule pour le parti-pris plutĂ´t couillu du domaine sportif prudemment illustrĂ© Ă  travers ces entraĂ®nements et combats de championnat sobrement dĂ©taillĂ©s. Ainsi, aussi improbable que cela puisse paraĂ®tre, Crazy for You parvient Ă  passionner, ou tout du moins Ă  nous charmer sans faillir 1h47 durant, de par le savoir-faire du cinĂ©aste conjuguant romance, tendresse, action et (beaucoup d') amitiĂ© avec une efficacitĂ© on ne peut mieux huilĂ©e. L'intrigue reprenant Ă  peu de choses près les codes et quelques clichĂ©s de la saga Rocky avec une sincĂ©ritĂ© indĂ©fectible eu Ă©gard de l'attention apportĂ©e Ă  l'humanisme candide de ses personnages cĂ´toyant un (Ă©ventuel) champion en quĂŞte initiatique. Tant auprès du taulier du restaurant pour qui il exerce, de son entraĂ®neur de lutte, d'un ami rival, de son prof de philo, de son père et de son grand-père, et enfin de sa nouvelle petite amie, Louden Swain va pouvoir s'affranchir de ses carcans moraux grâce Ă  cette galerie de personnages pĂ©tris de nobles valeurs.


Car impliquĂ© dans un choix cornĂ©lien d'ultime ressort, celui-ci devra mĂ©diter une dernière fois sur ses raisons personnelles qui l'eurent poussĂ© Ă  daigner accĂ©der au trĂ´ne de la gagne. SaturĂ© par instants de la tendre mĂ©lodie de Madonna (avec 2 apparitions d'elle en concert), Crazy for you attache donc autant de crĂ©dit Ă  la culture sportive qu'Ă  l'Ă©veil amoureux lorsque Louden tombe sous le charme de l'Ă©trangère Carla (elle aussi très ambitieuse dans ses projets d'artiste). Alors que l'on aurait pu craindre une romance guimauve comme il en pullule dans ce genre de sĂ©rie B, Crazy for You se dĂ©gage des couacs sirupeux de par l'intelligence cĂ©rĂ©brale accordĂ©e au couple car apprenant Ă  se connaĂ®tre avec autant de vigilance que d'attention humaine. Notamment en se rĂ©fĂ©rant au caractère bien trempĂ© de Carla que Linda Fiorentino campe avec une force de caractère limite "garçon manquĂ©". Pour autant terriblement sexy du haut de ses 21 ans, elle dĂ©gage un charme concupiscent parmi la prĂ©sence timorĂ©e de Louden Ă©garĂ© dans un vertige des sens. Matthew Modine endossant avec une candeur somme toute tranquille un lutteur ambitieux dans sa dĂ©termination du surpassement de soi. L'acteur jamais vaniteux insufflant Ă  travers ses projets personnels des Ă©motions naturelles Ă  la fois fĂ©briles, amiteuses et tourmentĂ©es de par l'intrusion impromptue de cette fille que tout son lycĂ©e souhaiterait s'approprier en guise de prĂ©tendant. Tout cela Ă©tant traitĂ© modestement sans effets de manche si bien que l'on s'attache beaucoup aux personnages (majeurs et secondaires) avec une sympathie communicative. Quand bien mĂŞme son final si escomptĂ© parvient Ă  dĂ©gager une rĂ©elle vigueur oppressante, aussi furtif soit illustrĂ© le match de lutte qu'arpente Louden (la mâchoire serrĂ©e !) contre son pire antagoniste.


Une succes story avec un coeur et du discernement.
Petit film maudit occulté de tous, Crazy for You demeure pourtant un formidable moment d'émotions fructueuses à travers ses thèmes de l'amour, de la résilience, du temps présent et de sa prise de conscience existentielle lors d'un voyage initiatique dénué de pathos. Tant et si bien que les fans de romance à l'eau de rose risquent de faire grise mine lors de sa conclusion mature honnêtement crédible et réaliste. A ne pas manquer !

*Bruno
2èx

lundi 7 septembre 2020

Le Viager

                                                 Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

de Pierre Tchernia. 1972. France. 1h42. Avec Michel Seerault, Michel Galabru, Odette Laure, Jean-Pierre Darras, Rosy Varte, Noël Roquevert, Madeleine Clervanne, Claude Brasseur.

Sortie salles France: 2 Février 1972

FILMOGRAPHIEPierre Tchernia, né Pierre Tcherniakowsky1, est un réalisateur, concepteur et animateur d'émissions de télévision français, né le 29 janvier 1928 à Paris et mort le 8 octobre 2016 dans la même ville. 1971 : Le Viager. 1974 : Les Gaspards. 1979 : La Gueule de l'autre. 1988: Bonjour l'angoisse.


Excellente comĂ©die populaire rĂ©alisĂ©e par monsieur CinĂ©ma Pierre Tchernia, Le Viager rameuta 2 191 183 spectateurs dans nos salles. C'est dire si la première rĂ©alisation de celui-ci s'avère bougrement efficace de par son concept narratif jouissif lorsque la famille Galipeau, en concertation pour l'enjeu d'un viager, tentera par tous les moyens d'acquĂ©rir la villa TropĂ©zienne d'un sexagĂ©naire Ă  la forme olympique. Si tous les comĂ©diens sont Ă  la fĂŞte dans ce fort plaisant jeu de massacre pour rire, on retiendra surtout les prĂ©sences impayables de Michel Galabru en mĂ©decin gĂ©nĂ©raliste gĂ©nialement vĂ©nal et obsĂ©quieux, et de Michel Serrault absolument jubilatoire en vieillard avenant incapable de discerner les intentions criminelles des Galipeau. Celui-ci portant le film sur ses Ă©paules avec un naturel si innĂ© qu'il en devient hilarant de par son charisme sclĂ©rosĂ© davantage appuyĂ©. Ainsi, totalement investi dans sa posture de vieillard anti-sĂ©nile, l'acteur Ă©prouve un plaisir non dissimulĂ© Ă  se fondre dans ce corps malingre, entre force tranquille et vitalitĂ© sobrement fringante. Toutes les situations les plus loufoques Ă©manant de sa flegme gentillesse et de son tempĂ©rament bonnard sans s'occuper des insidieux stratagèmes de ces partenaires sombrant dans une irascibilitĂ© progressive. DĂ©nuĂ© de temps mort auprès d'un cadre provincial estival, le Viager parvient donc admirablement Ă  dĂ©fier l'usure du temps Ă  travers un parti-pris (modestement) loufoque dĂ©nuĂ© d'irrĂ©vĂ©rence et de vulgaritĂ© .


*Bruno
3èx

samedi 5 septembre 2020

Police

                                      Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site lecinedeneil.over-blog.com

de Maurice Pialat. 1985. France. 1h54. Avec GĂ©rard Depardieu, Sophie Marceau, Richard Anconina,  Pascale Rocard, Sandrine Bonnaire.

Sortie salles Franec: 4 Septembre 1985

FILMOGRAPHIEMaurice Pialat, né le 31 août 1925 à Cunlhat (Puy-de-Dôme) et mort le 11 janvier 2003 à Paris, est un réalisateur de cinéma et peintre français. 1968 : L'Enfance nue. 1970 : La Maison des bois (Feuilleton TV de sept épisodes). 1972 : Nous ne vieillirons pas ensemble. 1974 : La Gueule ouverte. 1978 : Passe ton bac d'abord. 1980 : Loulou. 1983 : À nos amours. 1985 : Police. 1987 : Sous le soleil de Satan. 1991 : Van Gogh. 1995 : Le Garçu.


Un fascinant jeu de dupe, de pouvoir et d'intimidation entre flics et voyous, chacun se renvoyant la balle avec une arrogance persifleuse. 
Joli succès commercial Ă  sa sortie avec 1 830 970 entrĂ©es; Police fut l'un des polars les plus marquants des annĂ©es 80 mĂŞme si les critiques furent assez partagĂ©es si je ne m'abuse. A la revoyure, quelques dĂ©cennies plus tard, il est Ă©tonnant de constater Ă  quel point le film perdure son intensitĂ© de par son saisissant rĂ©alisme issu d'un cinĂ©ma vĂ©ritĂ© hĂ©ritĂ© de Cassavetes pour l'auteur qui me vient promptement Ă  l'esprit. Mais pas que, car au-delĂ  de ces impressionnantes scènes d'interrogatoires aux mĂ©thodes parfois musclĂ©es (on y dĂ©nonce donc en filigrane les brutalitĂ©s policières auprès de leurs prĂ©sumĂ©s coupables), Police est littĂ©ralement sublimĂ© (je pèse mes mots !) par son cast aux p'tits oignons issu de la gĂ©nĂ©ration 80. Parmi lesquels le monstre sacrĂ© GĂ©rard Depardieu en flic  outrecuidant et primesautier, Sophie Marceau (sans conteste un de ces rĂ´les les plus authentiques) en maĂ®tresse vĂ©nale compromise Ă  un gros trafic de drogue, Richard Anconina en avocat sur la corde raide (pas assez reconnu auprès des critiques), Sandrine Bonnaire en jeune catin d'un saisissant naturel (jusqu'Ă  son plus simple appareil) ainsi qu'une multitude de seconds-rĂ´les basanĂ©s au charisme patibulaire infaillible.


Bref, on reste frĂ©quemment captivĂ© par les nombreux affrontements psychologiques plus vrais que nature que se disputent flics et malfrats lors d'un jeu de duperie assez commun. Et si durant la première heure on ne saisit pas bien oĂą souhaite nous embarquer Maurice Pialat Ă  travers une rĂ©alisation documentĂ©e, sa trajectoire narrative adopte une dramaturgie beaucoup plus limpide, tendue et anxiogène lorsque l'inspecteur Mangin (Depardieu) tombe subitement amoureux de Noria (Marceau). Ce qui nous vaut d'ailleurs au passage une sĂ©quence d'attouchement sexuel dans une voiture que les fĂ©ministes d'aujourd'hui ne manqueraient pas de vilipender dans leur dĂ©marche extrĂ©miste. Noria Ă©tant dĂ©peinte comme une gamine de 19 ans perfide et paumĂ©e auquel Mangin ne parvient pas Ă  se dĂ©tacher quitte Ă  y braver sa dĂ©ontologie policière. Ainsi, on reste Ă  la fois interloquĂ© et amusĂ© qu'un tel reprĂ©sentant de l'ordre sombre aussi naĂŻvement dans les bras d'une potiche aguicheuse. Et ce mĂŞme si cette dernière d'un flegme rassurant parvient toutefois Ă  masquer sa vĂ©ritable personnalitĂ©. Tant et si bien qu'Ă  travers sa rĂ©flexion sur le faux semblant on prĂ©sume que personne n'est Ă  l'abri d'une mauvaise rencontre amoureuse (surtout auprès d'une beautĂ© - juvĂ©nile - fatale) lorsque l'on se laisse voguer/aveugler par nos propres sentiments intuitifs.


La frontière fébrile entre flics et voyous.
Polar impeccablement maĂ®trisĂ© Ă  travers sa direction d'acteur hors-pair et sa rĂ©alisation clinique au grĂ© d'une intensitĂ© dramatique impromptue, Police conjugue divertissement et film d'auteur avec une efficacitĂ© toujours plus persuasive. Tant et si bien que la jeune rĂ©alisatrice MaĂŻwenn s'en est probablement inspirĂ©e pour parfaire l'Ă©vènementiel Polisse de par son rĂ©alisme communĂ©ment tranchĂ© et incisif. Car on retrouve en effet dans ces 2 oeuvres documentĂ©es une similaire intensitĂ© Ă©motionnelle pour les scènes d'interrogatoires aussi brutales que rigoureuses. A revoir fissa dans la mesure oĂą Police n'a pas pris une ride dans sa facture de cinĂ©ma vĂ©ritĂ© rĂ©solument immersif. 

*Bruno
3èx

Les conditions de tournage houleuses entre Pialat et ses acteurs (source Wikipedia):
MalgrĂ© des moyens importants dont Pialat n'est pas coutumier, le tournage de Police fut pour le moins mouvementĂ© : disputes entre Pialat et Anconina, relation tendue aussi avec Sophie Marceau car le rĂ©alisateur veut la surprendre et la dĂ©stabiliser (elle refusera d'ailleurs d'assurer la promotion du film et se plaindra que Depardieu lui ait assenĂ© de vraies claques…) pour obtenir un jeu diffĂ©rent d'elle, jusqu'Ă  Sandrine Bonnaire Ă  qui Pialat, irritĂ© par son manque de disponibilitĂ© lors du tournage, dĂ©cide d'accorder seulement un tout petit rĂ´le. Le film rencontra pourtant un vrai succès populaire.
Lors du premier interrogatoire de Noria par Mangin, ce dernier est à la fois brutal et moqueur ce qui provoque les pleurs de Noria. Pourtant lors du tournage de la scène, Pialat a tellement mis la pression sur Sophie Marceau qu'elle pleurait réellement. L'effet est néanmoins réussi car dans la séquence l'actrice est bouleversante d'intensité1. À propos de son actrice principale, Pialat a déclaré à l'occasion de la sortie du film dans l'émission "Le cinéma des cinéastes" que Sophie Marceau était la personne la plus détestable qu'il lui ait été donné de fréquenter dans le milieu du cinéma.