lundi 30 octobre 2023

Sound of Freedom

                                                              Photo empruntĂ©e sur google, appartenant au site

de Alejandro GĂłmez Monteverde. 2023. U.S.A. 2h11. Avec Jim Caviezel, Mira Sorvino, Bill Camp, Eduardo Verástegui, Javier Godino, JosĂ© Zúñiga, Kurt Fuller.

Sortie salles France: 15 Novembre 2023. U.S: 4 Juillet 2023

FILMOGRAPHIEAlejandro Monteverde est né le 13 juillet 1977 au Mexique. Il est réalisateur et scénariste. Sound of Freedom (2023), Little Boy (2015) et Bella (2006). Il est marié avec Ali Landry Monteverde depuis le 8 avril 2006. Lui et Ali Landry Monteverde ont trois enfants.

"Le tĂ©moignage de Tim sur l'opĂ©ration colombienne a conduit le congrès des Etats-Unis a adopter une lĂ©gislation renforçant la coopĂ©ration internationale dans les affaires de trafic d'enfants. La traite des  ĂŞtres humains est une activitĂ© qui rapporte 150 milliards de dollars par an. Les Etats-Unis figurent parmi les principales destinations pour la traite des ĂŞtres humains et son aussi parmi les plus gros consommateurs de relation sexuelles avec des enfants. Il y a plus d'ĂŞtres humains pris au piège de l'esclavage aujourd'hui qu'Ă  n'importe quel autre moment de l'histoire, y compris lorsque l'esclavage Ă©tait lĂ©gal. Des millions de ces esclaves sont des enfants." 

TirĂ© d'une histoire vraie pour relater la traite d'enfants rĂ©duits Ă  l'esclavage sexuel en Colombie, Sound of Freedom est un uppercut Ă©motionnel comme on pouvait s'y en douter avec un sujet aussi grave que sulfureux. Car taillĂ© comme un thriller Ă  suspense dans le cadre du drame psychologique que l'on observe avec une attention infiniment impliquĂ©e lorsqu'il s'agit de tenter de sauver la vie de nombreux enfants que Tim Ballard tente d'extraire de leurs bourreaux avec l'appui d'un ancien membre du Cartel, Sound of Freedom est d'autant plus grave, mĂ©ritant, passionnant qu'il est contĂ© sans complaisance aucune dans son refus de voyeurisme ou de violence graphique. Pour autant, et c'est bien lĂ  oĂą l'oeuvre salutaire a tout mon respect afin d'Ă©lever la thĂ©matique avec dignitĂ© et intelligence, son intensitĂ© dramatique en intermittence Ă©prouvante nous bouleverse aux larmes par le reflet psychologique de ses enfants Ă  la fois malmenĂ©s et torturĂ©s par des pervers pĂ©dophiles scrupuleusement organisĂ©s. Outre la dextĂ©ritĂ© de sa rĂ©alisation tĂ©nue portant un regard studieux sur ses personnages redresseurs de tort s'efforçant de soulever des montagnes lorsqu'il s'agit de se confronter aux rĂ©seaux pĂ©dophiles, sa distribution dĂ©nuĂ©e de fard rend d'autant plus crĂ©dible la dangerositĂ© de son climat d'insĂ©curitĂ© malsaine Ă  la lueur d'espoir indĂ©cise. 

A l'instar de son final pĂ©rilleux, mission de dernier ressort de tous les dangers afin de retrouver en vie la petite Rocio pour l'extraire de sa geĂ´le. On peut donc oh combien saluer la prĂ©sence humaine de Jim Caviezel en ancien agent du gouvernement insufflant une mine Ă  la fois grave, souvent impassible, dĂ©sabusĂ©e presque, et contractĂ©e dans son ambition personnelle Ă  perpĂ©trer un nouveau coup d'Ă©clat pour l'enjeu d'une innocence infantile d'autant plus difficile Ă  localiser. Dommage que cet acteur se fasse si rare au cinĂ©ma tant il dĂ©gage Ă  mon sens un charisme authentique (aujourd'hui striĂ©) n'appartenant qu'Ă  lui dans sa sobre posture d'investigateur hĂ©roĂŻque Ă  la fois placide, discret, dans la rĂ©serve, pour parvenir Ă  ses fins et faire tomber ces bourreaux paraphiles. DĂ©finitivement un grand comĂ©dien. Les autres seconds-rĂ´les ne sont pas en reste pour l'appuyer dans ses actions couillues, Ă  l'instar de Bill Camp fort en caractère dans le corps d'un ancien criminel motivĂ© de rĂ©demption eu Ă©gard de sa nouvelle mission personnelle de se consacrer uniquement au sort des enfants esclaves. Enfin, dommage que la douceur de miel Mira Sorvino ne soit pas plus prĂ©sente Ă  l'Ă©cran tant elle se fait si rare en Ă©pouse aimante respectueuse, confiante envers les motivations morales de son Ă©poux rĂ©solument investi dans sa fonction professionnelle davantage autonome. Quant aux enfants sentencieux communĂ©ment Ă©patants de vĂ©ritĂ© dĂ©munie, fragile auprès de leur perte de repères, s'ils bouleversent bien entendu aux larmes par leur expressivitĂ© timorĂ©e, apeurĂ©e, Ă©garĂ©e, ils sont admirablement dirigĂ©s pour s'extraire d'une Ă©motion programmĂ©e ou encore d'un patho dĂ©placĂ©. 

Soutenu d'une superbe partition chorale faisant Ă©cho Ă  la nature prĂ©cieuse car si innocente de ses enfants brutalement arrachĂ©s Ă  leurs parents, Sound of Freedom ne peut laisser personne indiffĂ©rent dans sa dĂ©marche intègre de dĂ©noncer le flĂ©au de la pĂ©dophilie davantage croissant, plus encore que le trafic d'armes ou de cocaĂŻne. Indubitablement Ă©prouvant car dur et cruel de tĂ©moigner de notre impuissance face Ă  la condition intolĂ©rable de ses enfants rĂ©duits Ă  la consommation sexuelle, Sound of Freedom frappe au coeur de plein fouet par la pudeur de son Ă©motion contenue laissant parfois libre court aux larmes de la dĂ©livrance. Un grand film d'utilitĂ© publique tout aussi effrayant que bouleversant qui laisse des sĂ©quelles dans l'encĂ©phale de par la noblesse de cette entreprise cinĂ©matographique vouĂ©e corps et âmes Ă  la cause infantile. 

*Bruno

Timothy « Tim » Ballard est le fondateur et PDG de Operation Underground Railroad (OUR), PDG de The Nazarene Fund et auteur de plusieurs livres. Il organise des activitĂ©s au niveau national et international pour mettre fin au trafic d'enfants

Ci-joint la critique de Jean-Marc Micciche;
Séance découverte avec le magnifique et poignant polar Sound Of Freedom. Marqué par des polémiques à coté de la plaque surtout au vu du résultat final, Sound of freedom est un chemin de croix d'un policier qui n'hésite pas de partir en croisade pour sauver des enfants du trafic d'esclavage et de la pédophilie... Dés la scène d'ouverture, on saisit pour la justesse de l'approche du film surtout au vu de la nature du sujet. Pas de sensationnalisme dans la démarche, juste une volonté à travers un pur récit de polar, à incarner une réalité sordide que le recit et la mise en scène arrive merveilleusement à suggérer. Dès lors le spectateur épouse la cause de son héros (superbe Jim Caviziel), dans sa volonté de sauver son âme de la noirceur des ténèbres et la noirceur humaine. Tout le suspense et la dramaturgie du récit et des personnages est au service d'un objectif (sauver la fille) et améne le spectateur à espérer une délivrance. L'émotion et l'empathie est là, partout dans le film et à l'heure où la grande majorité des films sont incapables d'impliquer les spectateurs dans l'émotion pure sans cynisme, Sound of Freedom est précieux. Quant à la polémique autour du film, c'est au final insignifiant au vu du résultat de ce film indépendant venant de nulle part...9/10

samedi 28 octobre 2023

Panic Room

                                              Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

de David Fincher. 2002. U.S.A. 1h52. Avec Jodie Foster, Kristin Stewart, Forest Whitaker, Jared Leto, Dwight Yoakam.

Sortie salles France: 24 Avril 2002. U.S: 29 Mars 2002

FILMOGRAPHIE: David Fincher est un réalisateur et producteur américain, né le 28 Août 1962 à Denver (Colorado). 1992: Alien 3. 1995: Seven. 1997: The Game. 1999: Fight Club. 2002: Panic Room. 2007: Zodiac. 2008: L'Etrange histoire de Benjamin Button. 2010: The Social Network. 2011: Millénium. 2014: Gone Girl. 2020 : Mank. 2023 : The Killer

MĂ©sĂ©stimĂ© par la critique française de l'Ă©poque car après quelques recherches sur le net je fus agrĂ©ablement surpris de constater les opinions contrairement favorables Outre-Atlantique, Panic Room est sans mauvais jeu de mot une rĂ©fĂ©rence du suspense Hitchcockien. Tant et si bien qu'Ă  la revoyure je l'ai trouvĂ© beaucoup plus stimulant, affolant, vertigineux de par l'incroyable maĂ®trise (technique / narrative) de Fincher Ă  nous confectionner de façon stylisĂ©e (la camĂ©ra mobile se faufile dans n'importe quel recoin du refuge domestique) un suspense estomaquant eu Ă©gard de l'hyper efficacitĂ© de son concept imparti aux huis-clos claustro. Et ce sans compter sur l'aspect fascinatoire de l'immense appartement filmĂ© sous tous les angles (j'insiste) comme si nous y Ă©tions. Effet immersif assurĂ© donc, notamment auprès de ses divers Ă©tages que les protagonistes arpentent de façon Ă  la fois tendue, dĂ©terminĂ©e, angoissĂ©e, pour ne pas dire Ă  cran au fil d'un cheminement sur la corde raide. Meg Altman et sa fille Sarah Ă©tant contrainte de s'emprisonner dans leur chambre de survie ultra high-tech pour se protĂ©ger de 3 cambrioleurs ayant investi les lieux de leur nouvel appartement huppĂ©. LivrĂ©es Ă  elles-mĂŞmes elles devont donc user de bravoure, beaucoup d'audaces et subterfuges pour dĂ©jouer les cambrioleurs de parvenir Ă  leur fin. A savoir empĂ´cher le magot de millions de dollars planquĂ©s malencontreusement dans la chambre de survie. VoilĂ  pour le pitch simpliste narrĂ© avec une attention toute particulière lorsqu'il s'agit d'un maĂ®tre en la matière, Mr David Fincher. Car vĂ©ritablement inspirĂ© par ce qu'il filme (on ne compte plus les plans sĂ©quences en 3D, l'attention accordĂ©e Ă  la luminositĂ©, le soin de la photo sĂ©pia) et amoureux de son actrice Jodie Foster, explosant l'Ă©cran Ă  chaque cadre (lĂ  aussi ce fut une totale redĂ©couverte pour sa force d'expression au diapason), celui-ci parvient Ă  faire naitre angoisse, suspense et action sous l'impulsion d'un rythme alerte dĂ©nuĂ© de temps mort (ephĂ©misme). 

Autant dire que nous restions collĂ© Ă  notre siège car scrupuleusement attentif aux faits et gestes des cambrioleurs et surtout de Meg et Sarah s'Ă©vertuant Ă  narguer leurs adversaires avec une intelligence finaude jubilatoire de par l'inversion des rĂ´les impartis. Jodie Foster, infiniment habitĂ©e par son rĂ´le de femme forte, dĂ©gageant un charisme forcenĂ© en hĂ©roĂŻne burnĂ©e provocant les stratagèmes de dĂ©fense avec un art consommĂ© de la motivation cĂ©rĂ©brale. Et sur ce point, si les situations pourraient peut-ĂŞtre parfois paraĂ®tre un brin improbables, l'actrice dĂ©gage une telle Ă©nergie physique et viscĂ©rale, une telle persuasion limite primale qu'elle y transcende l'impossible de par sa foi inĂ©branlable. Non, franchement elle reste très impressionnante, Ă  se demander mĂŞme s'il ne s'agit pas lĂ  d'un de ses meilleurs rĂ´les. Quant Ă  Kristen Stewart, elle aussi surprend du haut de ses 12 ans grâce Ă  sa sobriĂ©tĂ© Ă©purĂ©e de participer au cauchemar domestique avec une expressivitĂ© toujours impliquĂ©e en dĂ©pit de sa prĂ©sence secondaire toutefois indispensable au cours de l'action anxiogène. NĂ©anmoins, dans son dĂ©sir de trop plaire ou d'en faire trop, David Fincher s'embarasse Ă  mon goĂ»t d'un clichĂ© Ă©culĂ© (Sarah est diabĂ©tique insulino-dĂ©pendante) pour renouveller l'action et la tension aux moments les plus prĂ©caires quant Ă  leur enjeu de survie plus horrifiant. Pour autant, on marche toutefois Ă  plein tube lors de ces revirements angoissants, notamment auprès de rebondissements plutĂ´t retors car assez surprenants, pour ne pas dire paniquant (notamment cet incroyable intervention de 2 policiers face Ă  une Jodie Foster bicĂ©phale d'un flegme gĂ©nialement Ă©quivoque). Enfin, outre les prĂ©sences très convaincantes de Jared Leto en cambrioleur zĂ©lĂ© trop sur de lui et Dwight Yoakam en psychopathe placide Ă  la gachette facile, Forest Whitaker vole la vedette Ă  ses compagnons de par son humanisme torturĂ© afin de ne pas cĂ©der Ă  la violence d'autrui. Ce qui nous vaudra par ailleurs quelques surprises quant Ă  son Ă©volution morale tant en perdition qu'en requĂŞte de rĂ©demption pour tenir lieu de dĂ©sespoir de cause. 


Le Piège.
SĂ©rieusement, foncez revoir Panic Room, modèle de suspense Hitchcockien qui vous plaquera au siège de part en part au sein d'une souricière de tous les dangers. Car dĂ©licieusement tendu et angoissant, fascinant et jubilatoire, cet insidieux jeu du chat et de la souris se permet en outre de valoriser la cause fĂ©ministe Ă  travers le superbe profil d'une femme indĂ©pendante dĂ©libĂ©rĂ©e Ă  provoquer le trio machiste avec une capacitĂ© de rĂ©flexion gĂ©nialement profitable. A rĂ©habiliter d'urgence donc, tout du moins dans l'hexagone. 

*Bruno
2èx

Box Office France; 1 324 402 entrées

mercredi 25 octobre 2023

Mort d'un Pourri

                                                         Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

de George Lagutner. 1977. France. 2h04. Avec Alain Delon, Ornella Muti, Stéphane Audran, Mireille Darc, Maurice Ronet, Michel Aumont, Jean Bouise, Daniel Ceccaldi, Julien Guiomar, Klaus Kinski, François Chaumette, Xavier Depraz.

Sortie salles France: 7 Décembre 1977

FILMOGRAPHIE SELECTIVE: Georges Lautner est un réalisateur et scénariste français, né le 24 Janvier 1926 à Nice, décédé le 22 Novembre 2013 à Paris. 1958: la Môme aux boutons. 1959: Marche ou crève. 1962: L'Oeil du monocle. 1963: Les Tontons flingueurs. 1963: Des Pissenlits par la racine. 1964: Le Monocle rit jaune. 1964: Les Barbouzes. 1966: Ne nous fâchons pas. 1967: Le Grande sauterelle. 1968: Le Pacha. 1969: Sur la route de Salina. 1970: Laisse aller, c'est une valse. 1971: Il était une fois un flic. 1972: Quelques messieurs trop tranquilles. 1973: La Valise. 1974: Les Seins de glace. 1975: Pas ce problème ! 1976: On aura tout vu. 1977: Mort d'un pourri. 1978: Ils sont fous ces sorciers. 1979: Flic ou voyou. 1980: Le Guignolo. 1981: Est-ce bien raisonnable ? 1981: Le Professionnel. 1984: Joyeuse Pâques. 1984: Le Cowboy. 1985: La cage aux folles 3. 1986: La vie dissolue de Gérard Floque. 1988: La Maison Assassinée. 1989: Présumé dangereux. 1991: Triplex. 1991: Room service. 1992: l'Inconnu dans la maison.

Excellent polar solidement rĂ©alisĂ© par le spĂ©cialiste du genre Georges Lautner et produit par Alain Delon Ă  une pĂ©riode moins glorieuse oĂą il tentait de rĂ©cupĂ©rer sa popularitĂ©, Mort d'un pourri dĂ©nonce une corruption politique de grande ampleur eu Ă©gard des rebondissements dissĂ©minĂ©s au compte-goutte et de sa morale pessimiste qu'Alain Delon en personne Ă©nonce avec une amertume dĂ©sabusĂ©e lors de l'Ă©pilogue. Celui-ci endossant le personnage hĂ©tĂ©rodoxe du complice meurtrier afin d'y protĂ©ger un dĂ©putĂ© vĂ©reux, ami de longue date, en guise de fidĂ©litĂ© et de loyautĂ©. Avec son casting florissant (outre StĂ©phane Audran, Mireille Darc, Maurice Ronet, Michel Aumont, Jean Bouise, Daniel Ceccaldi, on y croise mĂŞme l'imperturbable Klaus Kinski et la troublante Ornella Muti) et sa rĂ©alisation studieuse prenant son temps Ă  charpenter son rĂ©cit davantage captivant (notamment au niveau des 45 dernières minutes plus tendues et nerveuses quant au sort indĂ©cis de MarĂ©chal - Delon - dĂ©libĂ©rĂ© Ă  connaĂ®tre l'identitĂ© de l'assassin au moment oĂą celui-ci essuie de sĂ©vères règlements de compte), Mort d'un Pourri fleure bon le cinĂ©ma des Seventies sous l'impulsion d'une atmosphère urbaine Ă  la fois Ă©lĂ©giaque,  blafarde, anti solaire donc. 

On peut d'ailleurs largement prĂ´ner la superbe partition jazzy de Philippe Sarde accompagnant l'ambiance Ă  la fois inquiĂ©tante, dĂ©lĂ©tère, sinistrosĂ©e avec une Ă©motion fragile presque dĂ©pressive. Tout cela Ă©tant menĂ© sans fioriture afin d'y favoriser son rĂ©alisme urbain rĂ©solument expressif, Ă  l'instar de plages d'intimitĂ© nocturnes ou de quelques sĂ©quences de poursuites automobiles supervisĂ©es par le spĂ©cialiste RĂ©my Julienne. Du vrai cinĂ©ma Ă  l'ancienne donc comme on n'ose plus en faire de nos jours (notamment de par son rythme languissant nullement ennuyeux) menĂ© par un Alain Delon Ă©tonnamment placide, calculateur, circonspect afin de mieux duper et provoquer ses adversaires constamment lancĂ©s Ă  ses trousses. Une force tranquille et de suretĂ© en somme parfois contrebalancĂ©e d'une expressivitĂ© narquoise sobrement nuancĂ©e. 

P.S: la qualitĂ© HD restaurĂ©e est resplendissante. 


*Bruno

mardi 24 octobre 2023

Saw X / Décadence X

                                               Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

de Kevin Greutert. 2023. U.S.A. 1h58. Avec Tobin Bell, Shawnee Smith, Synnøve Macody Lund, Steven Brand, Renata Vaca, Joshua Okamoto.

Sortie salles France: 25 Octobre 2023 (Int - 16 ans). U.S: 29 Septembre 2023 (Int - 17 ans).

FILMOGRAPHIE: Kevin Greutert, nĂ© le 31 mars 1965 Ă  Pasadena en Californie aux États-Unis, est un rĂ©alisateur et monteur amĂ©ricain. 2009 : Saw VI. 2010 : Saw VII. 2014 : Jessabelle. 2015 : Visions. 2017 : Jackals. 2023 : Saw X. 


Relancer la fameuse saga estampillĂ©e "Tortur'porn" après 7 opus tous plus inutiles les uns les autres (en aditionnant Spirale : L'HĂ©ritage de Saw) relevait d'une gageure impossible. Et pourtant Kevin Greutert (Ă  qui l'on doit pourtant Saw 6 et 7) parvient sans mal Ă  rĂ©activer la machine hardcore avec ce 10è opus autrement retors, prenant, affolant, efficace, Ă©videmment sardonique, voir mĂŞme surprenant eu Ă©gard de l'ingĂ©niositĂ© des tortures toutes plus machiavĂ©liques les unes que les autres servi d'un scĂ©nario Ă  twist (!) privilĂ©giant la caractĂ©risation humaine d'un des plus cĂ©lèbres criminels de l'histoire de l'horreur qui tâche: Jigsaw John Kramer. Et si l'intrigue pourrait paraĂ®tre chez une frange du public tirĂ©e par les cheveux (Ă  l'instar des actions invraisemblables des victimes pour se dĂ©faire de leur piège transcendĂ©es d'une intensitĂ© putride Ă  la limite du soutenable), elle demeure pour autant Ă  mon sens assez solide pour relancer les exactions putassières et assez intelligente pour y dĂ©noncer en filigrane le charlatanisme de la chirurgie auprès de margoulins sans scrupule, sans compter le cynisme des labos pharmaceutiques en Ă©troite complicitĂ©. 


Mais outre l'aspect Ă  la fois jouissif et malaisant des châtiments corporels hyper gores et rĂ©alistes (je crois qu'on avait pas vu aussi Ă©mĂ©tique depuis l'opus 3 interdit aux - de 18 ans) que l'on nous sert sans anesthĂ©sie, Saw X est notamment enrichi d'un cast spĂ©cialement convaincant, expressif, caractĂ©riel (jusqu'aux seconds-rĂ´les les moins Ă©loquents, Ă  l'instar du gamin mexicain) sous l'impulsion de Tobin Bell se fondant une ultime fois dans le corps dĂ©cati du tueur moribond avec un flegme ici un peu plus indulgent comme le souligne sa compassion pour certains personnages. On apprĂ©cie Ă©galement de retrouver l'invitĂ©e surprise Shawnee Smith (de retour après le second opus) en faire-valoir criminel au physique aujourd'hui autrement plus inquiĂ©tant passĂ©es quelques annĂ©es de rides. Bref, les personnages existent par eux-mĂŞmes sans dĂ©border pour notre plaisir de spectateur attentif Ă  leurs faits et gestes pour s'extirper de la mort. NĂ©anmoins, pour apprĂ©cier le (nouveau) spectacle barbare d'une Ă©tonnante efficacitĂ© (qui plus est Ă©paulĂ© d'une certaine maĂ®trise dans la rĂ©alisation et d'une photo Ă©purĂ©e), il vaudrait peut-ĂŞtre mieux aborder le divertissement au second degrĂ© tant l'ironie mordante fait des Ă©tincelles en dĂ©pit de l'hyper rĂ©alisme de l'horreur extrĂŞme que l'on redoute autant que l'on escompte dans notre fort intĂ©rieur de pervers refoulĂ© (ah ah !).   


D'une durĂ©e d'1h58 dĂ©fiant notre notion temporelle, Saw X est une heureuse surprise inespĂ©rĂ©e après tant d'âneries mercantiles purement opportunistes passĂ©e la trilogie modestement rĂ©ussie. MĂ©chamment dĂ©lirant, extrĂŞme, captivant, constamment tendu, jamais ridicule et assez dĂ©gueulasse auprès de ces anthologies incroyablement inventives, cet ultime chapitre faisant honorablement suite au 1er opus parvient Ă  rĂ©animer la saga parmi le savoir-faire d'un scĂ©nario subterfuge dĂ©nonçant une fois de plus l'attrait Ă  la fois pusillanime, Ă©gotiste, vĂ©nal de l'homme prĂŞt Ă  phagocyter son prochain (tant pour sa survie que pour son propre intĂ©rĂŞt). C'Ă©tait sans compter sur John Kramer, redresseur (amoral ?) de tort un peu plus humaniste qu'autrefois. 

Ordre de préférence de la saga: 1 - 3 - 10 - 2.

*Bruno

jeudi 19 octobre 2023

La Nuit de la Comète / Night of the comet

                                                         Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

de  Thom Eberhardt.1984. U.S.A. 1h35. Avec Catherine Mary Stewart, Kelli Maroney, Robert Beltran, Mary Woronov, Geoffrey Lewis, Peter Fox.

Sortie salles France: ?. U.S: 16 Novembre 1984

FILMOGRAPHIEThom Eberhardt est un rĂ©alisateur et scĂ©nariste amĂ©ricain nĂ© le 7 mars 1947 Ă  Los Angeles, Californie (États-Unis). 1983 : Sole Survivor. 1984 : La Nuit de la comète. 1988 : The Night Before. 1988 : ÉlĂ©mentaire, mon cher... Lock Holmes. 1989 : Cours d'anatomie. 1992 : Captain Ron. 1993 : Space Rangers (sĂ©rie tĂ©lĂ©visĂ©e). 1997 : Face Down (TV). 1998 : Il Ă©tait deux foiS (TV). 2000 : Ratz (TV). 2002 : I Was a Teenage Faust (TV). 

Je tiens d'abord Ă  remercier ma projo dĂ©ceptive du Toubib de Pierre Granier-Deferre sans qui je n'aurai pu oser enchainer dans improvisation l'excellente surprise que reprĂ©sente pour moi La Nuit de la Comète. Une perle des annĂ©es 80 pas assez reconnue selon mon jugement de valeur (d'ailleurs beaucoup plus positif qu'au 1er visionnage) tant ce p'tit mĂ©trage gĂ©nialement dĂ©nuĂ© de prĂ©tention eut pu me faire rĂŞver avec une simplicitĂ© somme toute dĂ©complexĂ©e. Et c'est justement ce qui fait le charme et le piquant de cette prod digne d'Amblin si j'ose dire, toutes proportions gardĂ©es, dans la mesure oĂą le cinĂ©aste Thom Eberhardt (inconnu pour moi) s'y entend pour nous immerger dans son univers post-apo avec une sincĂ©ritĂ©, une formalitĂ© (combien de rutilants panoramiques urbains m'ont totalement envoĂ»tĂ©s, tel un rĂŞve de gosse Ă©merveillĂ© !) et surtout une candeur forçant le respect. Notamment eu Ă©gard de la bonhomie du casting amiteux, prioritairement les actrices Catherine Mary StewartKelli Maroney  jouant les soeurettes rivales avec tant d'implication auprès de leur charme innocent symptomatique des prods des annĂ©es 80. 

                                      

Le climat de lĂ©geretĂ© qui environne tout le rĂ©cit, conjuguĂ© Ă  certains moments de flippe (les 3 premières apparitions des zombies m'ont rĂ©ellement foutu les jetons Ă  ma stupeur !) et de moments pittoresques confinant cette sĂ©rie B au divertissement atypique dans sa globalitĂ©. Qui plus est, et afin probablement de parfaire son mĂ©trage et de le clarifier (narrativement parlant) dans une plus-value de gĂ©nĂ©rositĂ©, l'ultime demi-heure se permet d'enchainer les rebondissements, actions, quiproquos puis bouquet de tendresse imbibĂ©e de dĂ©rision (le final saugrenu est juste magnifique de poĂ©sie auprès de cette cohĂ©sion complice, aussi simpliste soit cette conclusion sciemment ubuesque) avec une spontanĂ©itĂ© sĂ©millante. On quitte donc l'aventure post-apo parmi nos sentiments fougueux de tendresse, bonheur, sourire de s'ĂŞtre autant familiarisĂ© auprès de ces survivants juvĂ©niles rarement angoissĂ©s/apeurĂ©s par leur condition de dĂ©reliction pour au contraire affronter l'avenir avec une insouciance ultra jouissive. Et c'est justement ce qui rend si fun, ludique, exaltante cette Nuit de la Comète que de compter sur le sarcasme et les bons sentiments badins pour emporter l'adhĂ©sion avec une facultĂ© immersive proche de la fĂ©erie finalement. 


Teenage Mutant Horror Comet Zombies
Et donc pour conclure aussi simplement que cette satire dystopique: "C'Ă©tait quand mĂŞme quelque chose les annĂ©es 80 ❤"

*Bruno
2èx

mercredi 18 octobre 2023

Le Toubib

                                                        Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

de Pierre Granier-Deferre. 1979. France/Allemagne de l'Ouest. 1h36. Avec Alain Delon, Véronique Jeannot, Bernard Giraudeau, Francine Bergé, Michel Auclair, Catherine Lachens, Bernard Le Coq, Henri Attal, Jean-Pierre Bacri.

Sortie salles France: 27 Octobre 1979

FILMOGRAPHIEPierre Granier-Deferre, nĂ© le 22 juillet 1927 dans le 9e arrondissement de Paris et mort le 16 novembre 2007 dans le 16e arrondissement de Paris, est un rĂ©alisateur français.1961 : Le Petit Garçon de l'ascenseur.1962 : Les Aventures de Salavin. 1965 : La MĂ©tamorphose des cloportes. 1965 : Paris au mois d'aoĂ»t. 1967 : Le Grand Dadais. 1970 : La Horse. 1971 : Le Chat. 1971 : La Veuve Couderc. 1973 : Le Fils. 1973 : Le Train. 1974 : La Race des seigneurs. 1975 : La Cage. 1975 : Adieu poulet. 1976 : Une femme Ă  sa fenĂŞtre. 1979 : Le Toubib. 1981 : Une Ă©trange affaire. 1982 : L'Étoile du Nord. 1983 : L'Ami de Vincent. 1985 : L'Homme aux yeux d'argent. 1986 : Cours privĂ©. 1987 : Noyade interdite. 1988 : La Couleur du vent. 1990 : L'Autrichienne. 1992 : La Voix. 1993 : Archipel. 1995 : Le Petit Garçon. 


Comme l'une des règles d'or sur Strange Vomit Dolls est plutôt d'éviter de discréditer un film que l'on a pas aimé, je laisse libre arbitre au spectateur de juger par lui même.


*Bruno

mardi 17 octobre 2023

Le Pianiste / The Pianist. Palme d'Or, Cannes 2002.

                                                Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Allocine.fr

de Roman Polanski. 2002. France/Royaume-Uni/Pologne/Allemagne. 2h29. Avec Adrien Brody, Thomas Kretschmann, Frank Finlay, Maureen Lipman, Emilia Fox, Ed Stoppard, Ronan Vibert, Michał Żebrowski.

Sortie salles France: 26 Septembre 2002

FILMOGRAPHIE: Roman Polanski (nĂ© le 18 aoĂ»t 1933 Ă  Paris) est un comĂ©dien, metteur en scène de théâtre et d'opĂ©ra puis un producteur, scĂ©nariste et rĂ©alisateur de cinĂ©ma franco-polonais. 1962 : Le Couteau dans l'eau , 1965 : RĂ©pulsion, 1966 : Cul-de-sac, 1967 : Le Bal des vampires, 1968 : Rosemary’s baby, 1971 : Macbeth, 1972 : Quoi ?, 1974 : Chinatown, 1976 : Le Locataire ,1979 : Tess, 1986 : Pirates, 1988 : Frantic, 1992 : Lunes de fiel ,1994 : La Jeune Fille et la Mort , 1999 : La Neuvième Porte ,2002 : Le Pianiste,2005 : Oliver Twist, 2010 : The Ghost Writer. 2011 : Carnage. 2013 : La VĂ©nus Ă  la fourrure. 2017 : D'après une histoire vraie. 2019 : J'accuse. 2023 : The Palace. 

Retraçant le destin hors du commun du pianiste WĹ‚adysĹ‚aw Szpilman, survivant polonais du ghetto de Varsovie perpĂ©trĂ© par l'Allemagne nazie durant la seconde guerre, Le Pianiste est une Ă©preuve de force aussi Ă©prouvante qu'insupportable de par l'acuitĂ© de son intensitĂ© dramatique dĂ©nuĂ©e de concession. Roman Polanski, rĂ©solument impliquĂ© par son histoire vraie Ă  la reconstitution infaillible, optant pour un vĂ©risme documentĂ© parfois Ă  la limite du supportable (principalement la 1ère heure) pour retranscrire l'horreur nazie exterminant sans vergogne la communautĂ© juive avec une haine inqualifiable. 


Outre la descente aux enfers en porte-Ă -faux impartie au personnage du pianiste en proie Ă  la famine, la solitude et la maladie (la jaunisse), Adrian Brody endosse probablement l'un des plus beaux rĂ´les de sa carrière en survivant de dernier ressort aussi empotĂ© (il cumule certaines bourdes Ă©pineuses) que chanceux durant sa quĂŞte dĂ©sespĂ©rĂ©e d'Ă©chapper aux nazies en se confinant dans les endroits les plus dĂ©charnĂ©s, insalubres, exigus (avec au terme de son cheminement de saisissantes images post-apos). Ce personnage Ă  la fois hĂ©roĂŻque et bienfaiteur demeurant d'une rigueur Ă©motionnelle ardue auprès de son destin maudit gagnĂ© par son dĂ©sir de vie, aussi fluet soit son espoir; notamment en la prĂ©sence fortuite d'un (Ă©trange) ange gardien nazi sans doute influencĂ© par la rĂ©demption. Grand moment de cinĂ©ma aussi puissant et expressif que La Liste de Schindler, Requiem pour un Massacre, le Vieux Fusil ou encore l'inoubliable sĂ©rie Holocauste, Le Pianiste ne nous laisse nullement indemne en dĂ©pit de son final libĂ©rateur d'une poĂ©sie fragile aussi amère qu'Ă©motive. Sans omettre la beautĂ© inquiĂ©tante de sa photographie blafarde extrĂŞmement soignĂ©e par ses nuances de ton grisonnantes et quelque peu sĂ©pias.  

P.S: Restauration 4K de qualité optimale (message d'info en sus avant le générique).

*Bruno
2èx

Récompenses

Palme d'or au Festival de Cannes 2002

Prix Jacques-Prévert du scénario 2002, catégorie meilleur scénario adapté pour Ronald Harwood

Césars 2003

César du meilleur film : Roman Polanski et ses producteurs Robert Benmussa et Alain Sarde

César du meilleur réalisateur : Roman Polanski

César du meilleur acteur : Adrien Brody

César de la meilleure musique écrite pour un film : Wojciech Kil. ar

César du meilleur décor : Allan Starski

César de la meilleure photographie : Paweł Edelman

César du meilleur son : Jean-Marie Blondel, Gérard Hardy et Dean Humphreys

Goyas 2003 : meilleur film européen

Oscars 2003

Oscar du meilleur réalisateur : Roman Polanski

Oscar du meilleur acteur : Adrien Brody

Oscar du meilleur scénario adapté : Ronald Harwood

BAFTA Awards 2003

BAFTA du meilleur film

BAFTA du meilleur réalisateur : Roman Polanski



jeudi 12 octobre 2023

Le Train des Epouvantes / Dr. Terror's House of Horrors

                                              
                                                   Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

de Freddie Francis. 1965. Angleterre. 1h38. Avec Christopher Lee, Max Adrian, Ann Bell, Michael Gough, Ursula Howells, Isla Blair, Jennifer Jayne, Neil McCallum, Bernard Lee, Roy Castle, Peter Cushing.

Sortie salles France: 14 avril 1971. Angleterre: 23 FĂ©vrier 1965

FILMOGRAPHIE SELECTIVEFreddie Francis est un rĂ©alisateur, directeur de photographie et scĂ©nariste britannique, nĂ© le 22 DĂ©cembre 1917 Ă  Londres, dĂ©cĂ©dĂ© le 17 Mars 2007 Ă  Isleworth (Royaume-Uni). 1962: La RĂ©volte des triffides. 1963: Paranoiac. 1964: Meurtre par procuration. 1964: l'Empreinte de Frankenstein. 1965: Le Train des Epouvantes. 1965: Hysteria. 1965: The Skull. 1966: The Deadly Bees. 1966: PoupĂ©es de cendre. 1967: Le Jardin des Tortures. 1968: Dracula et les Femmes. 1970: Trog. 1972: Histoires d'Outre-Tombe. 1973: La Chair du Diable. 1973: Les Contes aux limites de la folie. 1974: Son of Dracula. 1975: La LĂ©gende du Loup-Garou. 1975: The Ghoul. 1985: Le Docteur et les Assassins. 1987: Dark Tower.


On pensera ce qu'on voudra de ce 1er essai chez la firme Amicus au sein du film omnibus, le Train des Epouvantes demeure aussi charmant que sympatoche en dĂ©pit de l'inĂ©galitĂ© des sketchs. En particulier les 2 premiers selon mon jugement de valeur bien que le 1er rĂ©cit ne manque ni d'attention ni de sĂ©duction auprès du thème classique du loup-garou, avec une chute assez Ă©tonnante par sa dĂ©rision sardonique. Et donc en dĂ©pit de la simplicitĂ© du script, Freddie Francis soigne la mise en forme gothique dans un esthĂ©tisme assez envoĂ»tant afin de croire Ă  son rĂ©cit de vengeance lycanthrope. Quant au second sketch exploitant une plante mutante avec originalitĂ©, son intĂ©rĂŞt demeure finalement limitĂ© faute de son rĂ©cit beaucoup trop court et expĂ©diĂ©, Ă  l'instar de sa conclusion quelque peu bâclĂ©e. Dommage car l'aspect formel de cette plante meurtrière ne manquait pas d'un certain charisme en dĂ©pit de ses FX cheap. Mais c'est Ă  partir du 3è rĂ©cit que le Train des Epouvantes amorce son envol pour nous relater (plus) attentivement une histoire de vendetta vaudou formellement splendide, narrativement cocasse et intelligemment suggĂ©rĂ©e lorsqu'un musicien de Jazz est en proie aux forces diaboliques. 


D'autre part les fans de Jazz seront probablement aux anges lors d'une reprĂ©sentation musicale formidablement stimulante au sein d'un chaleureux cabaret bondĂ© d'une aimable clientèle. Quant au 4è rĂ©cit, il empreinte la voie de la "main baladeuse" avec autant d'efficacitĂ© que d'humour noir insolent lorsqu'un critique d'art est harcelĂ© par une main vengeresse. Avec une interprĂ©tation gĂ©nialement snobe de Christopher Lee en gouailleur altier se disputant l'autoritĂ© parmi l'illustre Michael Gough en peintre renommĂ©. Enfin, le dernier segment, sans doute le meilleur, s'intĂ©resse Ă  la thĂ©matique du vampirisme au sein de l'Ă©poque contemporaine des Sixties. Baignant dans un esthĂ©tisme onirique Ă  nouveau fulgurant, La Vampire demeure une savoureuse romance macabre plutĂ´t cruelle quant Ă  l'Ă©volution de cette relation galvaudĂ©e par 2 praticiens acolytes. LĂ  encore, on apprĂ©cie la justesse de l'interprĂ©tation aussi saillante en la prĂ©sence rĂ©servĂ©e de Donald Sutherland accompagnĂ© de la très belle Jennifer Jayne par son magnĂ©tisme sensuel discrètement nuancĂ©, qui plus est rehaussĂ© de son regard noisette sensiblement attendrie. Enfin, Max Adrian ne manque pas non plus de charisme distinguĂ© auprès de sa force tranquille et de suretĂ© en mĂ©decin mĂ©diateur tentant de rĂ©soudre l'improbable. 


Finalement plein de charme, d'humour noir et de frissons parfois tendus (principalement auprès de La Main Baladeuse); Le Train des Epouvantes inaugure le film Ă  tiroirs avec assez d'efficacitĂ© et de fulgurance saturĂ©e au sein d'un scope de toute beautĂ©. A l'instar de son cast aux p'tits oignons issue de l'ancienne Ă©cole de l'horreur british artisanale. 

Ordre de préférence: 5 - 4 - 3 - 1 - 2

* Bruno 
02.04.18 / 12.10.23. 3èx

mercredi 11 octobre 2023

Les Pires. Grand prix Un certain regard, Cannes 2022

                                              Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

de Lise Akoka et Romane Guéret. 2022. France. 1h40. Avec Mallory Wanecque, Timéo Mahaut, Johan Heldenbergh, Esther Archambault, Loïc Pech.

Sortie salles France: 7 Décembre 2022

FILMOGRAPHIELise Akoka est une rĂ©alisatrice et scĂ©nariste française. 2022: Les Pires. 
Romane Guéret est une réalisatrice et scénariste française. 2022: Les Pires.

Un choc frontal. Un traumatisme intime. « ÉcorchĂ©e vive : chronique d’une Lily perdue »
Quelque chose de profondĂ©ment personnel a surgi, rĂ©veillĂ© par cette hĂ©roĂŻne aux allures de miroir brisĂ©. Pendant 1h35, elle m’a remuĂ© les tripes — moralement, viscĂ©ralement — par l’intensitĂ© de son regard, expressif jusqu’Ă  l’incandescence, par cette fragilitĂ© vive, Ă©corchĂ©e, hyperactive, colĂ©rique, tendre, solaire.
Mallory Wanecque crève littĂ©ralement l’Ă©cran pour son tout premier rĂ´le. On songe, toutes proportions gardĂ©es, aux fulgurances de BĂ©atrice Dalle ou Vanessa Paradis Ă  l’orĂ©e de leur carrière.
Elle dĂ©sarme, dĂ©sarme tout, par son franc-parler ravageur, son malaise existentiel, sa posture dĂ©complexĂ©e de lolita aux yeux d’azur que l’on juge, que l’on Ă©pingle, que l’on isole — sans compassion, sans Ă©coute — depuis la perte de son petit frère, emportĂ© par le cancer.

Il m’a fallu pourtant une bonne demi-heure pour entrer dans ce monde, pour m’acclimater Ă  ces jeunes aux langages crus, aux gestes brusques, aux rĂ©flexes agressifs. Des adolescents cabossĂ©s, incultes peut-ĂŞtre, mais surtout abandonnĂ©s : par les parents, par l’Ă©cole, par le monde adulte tout entier.

Des mĂ´mes de quartier dĂ©favorisĂ© que l’on suit sans voyeurisme, sur le tournage d’un film que s’efforce de tenir un rĂ©alisateur flamand, malgrĂ© leurs Ă©lans, malgrĂ© leur feu.

La mise en abyme, ici, devient vertige.
Les Pires brouille volontairement les lignes, entre documentaire et fiction, entre regard et intrusion, entre intimitĂ© et mise en scène. Ces sĂ©quences d’amour filmĂ©es sans fard, ces scènes crues Ă  la frontière du malaise — notamment l’ambiguĂŻtĂ© d’une relation entre Lily et un technicien de 32 ans — laissent un goĂ»t Ă©trange, peut-ĂŞtre seulement sur moi. Mais elles disent quelque chose. De leur dĂ©sarroi, de leur corps en Ă©veil, de leur soif d’ĂŞtre regardĂ©s autrement.

Et puis soudain, au-delà de ce climat trouble, le cœur bat fort.
Les Pires touche juste dans l’Ă©volution de ces jeunes paumĂ©s, aux mots simples, mais ivres d’amour Ă  donner, d’espoir Ă  saisir, de rĂŞves Ă  bâtir. Lily, bouleversante, veut percer dans le cinĂ©ma. Elle veut fuir sa cage. Elle veut exister.


« Les Pires, ou l’Ă©blouissement d’un cĹ“ur fendu »
La dernière image m’a broyĂ© le cĹ“ur. Cette Ă©treinte, cette rĂ©conciliation entre un frère et une sĹ“ur, cette fulgurance d’Ă©motion nue.
Les Pires ne laisse pas indemne. Film âpre, d’accès parfois difficile, mais bouleversant.
Et mon expĂ©rience, au-delĂ  du film, s’est liĂ©e Ă  Lily malgrĂ© moi. Car je l’ai reconnue. Sous ses traits, j’ai revu AurĂ©lie. Une autre, quelques annĂ©es plus tĂ´t.
À elle, je dédie cette chronique.

A Aurélie qui a changé ma vie...

*Bruno

Récompenses

Festival de Cannes 2022 : Grand prix Un certain regard

Festival du film francophone d'AngoulĂŞme 2022 : Valois de diamant

Festival Fifigrot de Toulouse 2022 : prix du public et prix des étudiants

Festival international du film de Rome 2022 : Alice nella cita, prix d'interprétation féminine pour Mallory Wanecque

Festival de Saint-Paul-Trois-Châteaux 2022 : Grand prix

American French Film Festival, Los Angeles, 2022 : prix du meilleur premier film

Rencontres du cinéma de Villefranche 2022 : prix des lycéens

Festival du film de Sarlat 2022 : prix du jury « Jeune », prix d'interprĂ©tation fĂ©minine pour Mallory Wanecque

Festival de Cosne-sur-Loire 2022 : prix du meilleur film, prix d'interprétation féminine pour Mallory Wanecque, prix d'interprétation masculine pour Johan Heldenbergh

Festival du grain à démoudre de Gonfreville-l'Orcher 2022 : prix du Grand Jury pour le meilleur long métrage, prix du Jury des Lycéens pour le meilleur long métrage

mardi 10 octobre 2023

Mission : Impossible - Dead Reckoning, partie 1

                                               Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

de Christopher McQuarrie. 2023. U.S.A. 2h43. Avec Tom Cruise, Hayley Atwell, Simon Pegg, Rebecca Ferguson, Ving Rhames

Sortie salles France: 12 Juillet 2023

FILMOGRAPHIEChristopher McQuarrie est un scĂ©nariste et rĂ©alisateur amĂ©ricain nĂ© le 31 mai 1968 Ă  West Windsor Township près de Princeton dans le New Jersey. 2000 : Way of the Gun (The Way of the Gun). 2012 : Jack Reacher. 2015 : Mission impossible : Rogue Nation (Mission: Impossible – Rogue Nation). 2018 : Mission impossible : Fallout (Mission: Impossible - Fallout). 2023 : Mission impossible : Dead Reckoning, partie 1 (Mission: Impossible – Dead Reckoning Part One). 2024 : Mission impossible : Dead Reckoning, partie 2. 

                                    Une (nouvelle) rĂ©fĂ©rence du cinĂ©ma d'action au sens Ă©purĂ©.

Le PitchEthan Hunt et son Ă©quipe de l’IMF se lancent dans leur mission la plus pĂ©rilleuse Ă  ce jour : traquer une effroyable nouvelle arme avant que celle-ci ne tombe entre de mauvaises mains et ne menace l’humanitĂ© entière. Le contrĂ´le du futur et le destin du monde sont en jeu. Alors que les forces obscures de son passĂ© ressurgissent, Ethan s’engage dans une course mortelle autour du globe. ConfrontĂ© Ă  un puissant et Ă©nigmatique ennemi, Ethan rĂ©alise que rien ne peut se placer au-dessus de sa mission, pas mĂŞme la vie de ceux qu’il aime.

Les superlatifs me manquent, allons donc droit au but, Mission Impossible - Dead Reckoning, partie 1 est un chef-d'oeuvre du cinĂ©ma d'action que j'ose dĂ©clarer sans ambages. Aucun autre film d'action ne lui arrive Ă  la cheville cette annĂ©e (ne me parlez pas de John Wick 4 ou d'Equalizer 3), voir mĂŞme depuis l'exceptionnelle Mission Impossible Fallout alors qu'il ne s'agit ici que de la 1ère partie en guise de parti-pris aussi singulier que couillu. D'autre part, n'ayez crainte de sa durĂ©e substantielle si bien que les 2h43 (2h35 en Ă©pargnant le gĂ©nĂ©rique) dĂ©filent comme une lettre Ă  la poste (ou plutĂ´t Ă  la vitesse d'un train effrĂ©nĂ©, toutes proportions gardĂ©es !) tant la mise en scène hyper maĂ®trisĂ©e, la beautĂ© sauvage de ces montagnes autrichiennes, l'hyper dynamisme du montage et sa camĂ©ra hyper mobile (filmant parfois sous tous les angles les plus tarabiscotĂ©s l'action improbable !), le jeu adroit des acteurs infiniment impliquĂ©s dans l'action et son intrigue retorse dĂ©bordante de rebondissements nous plaquent au siège sans nous laisser le temps de reprendre son souffle. Non, un peu plus sĂ©rieusement, et pour ĂŞtre autrement objectif, Mission Impossible - Dead Reckoning, partie 1 s'Ă©difie en cinĂ©ma artisanal Ă  l'ancienne au sein d'une thĂ©matique tristement actuelle: l'IA et ses dĂ©rives technologiques potentiellement terrifiantes entre les mains de celle-ci douĂ©e de rĂ©flexion et d'autant affublĂ©e d'un ennemi mĂ©galo dĂ©libĂ©rĂ© Ă  dominer le monde. 

Un tant soit peu on se croirait dans un nouvel opus de James Bond sauf qu'il s'agit bien d'une mission impossible magnifiquement agencĂ©e par des artistes (Ă  nouveau !) au sommet de leur art. En tĂŞte de peloton Tom Cruise, nouveau monstre sacrĂ© du cinĂ©ma d'action de ces dernières annĂ©es Ă©paulĂ© de ses sbires hĂ©roĂŻques et de son crĂ©ateur perfectionniste (euphĂ©misme): Mr Christopher McQuarrie dĂ©jĂ  responsable des Mission impossible : Rogue Nation et Mission impossible : Fallout. Ainsi, en conjuguant dans une parfaite synergie (notamment stylisĂ©e) suspense, action, humour, espionnage, aventures, pointe de romance et revirement dramatique, cette 1ère partie magnĂ©tise l'esprit autant pour la soliditĂ© de son intrigue multipliant les chassĂ©s croisĂ©s pour l'enjeu d'une clef (avec moult personnages dĂ©coiffants se disputant l'autoritĂ©) et son action survitaminĂ©e faisant Ă  nouveau office d'anthologies par sa lisibilitĂ© irrĂ©prochable dĂ©gageant un souffle Ă©minemment Ă©pique. Une action d'autant plus hyper efficace car au service narratif en se permettant notamment des touches d'humour (Ă  l'instar de son clin d'oeil ironique Ă  l'attouchement sexuel) non nĂ©gligeable afin de mieux faire passer la pilule de l'outrance que l'on accepte ici sans once de rĂ©serve. Bref, après son modèle du genre Fallout on a Ă  nouveau ici affaire Ă  un gĂ©nĂ©reux spectacle de haute voltige Ă  la fois sincère, noble, rĂ©vĂ©rencieux, ultra jouissif, Ă©motionnel, sans jamais se laisser distraire par l'ombre d'une facilitĂ© triviale. Du VRAI cinĂ©ma donc faisant office de sacerdoce, du grand spectacle comme on n'ose plus en faire de nos jours, en attendant sans crainte possible sa prometteuse seconde partie risquant Ă  nouveau de repousser les limites d'une action mĂ©canique terriblement expressive, tangible, capiteuse, pulsatile. 

*Bruno

lundi 9 octobre 2023

Le Miroir de la Sorcière / El espejo de la bruja

                                        Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

de Chano Urueta. 1962. Mexique. 1h16. Avec Isabela Corona, Armando Calvo, Dina de Marco, Rosita Arenas, Carlos Nieto. 

Sortie salles Mexique: 12 Juillet 1962

FILMOGRAPHIE PARTIELLEChano Urueta (nĂ© le 24 fĂ©vrier 1904 Ă  Cusihuaráchi - mort le 23 mars 1979 Ă  Mexico) est un acteur, rĂ©alisateur, scĂ©nariste, et producteur de cinĂ©ma mexicain. 1939 : La noche de los mayas. 1942 : Le Comte de Monte-Cristo. 1944 : Le Corsaire noir. 1945 : La Route de Sacramento. 1955 : La Rivale. 1962 : Le Baron de la terreur. 1962 : Le Miroir de la sorcière. 1966 : Blue Demon contre le pouvoir satanique. 

A condition de l'aborder au second degrĂ© en prenant notamment compte qu'il s'agit d'un hommage plutĂ´t que d'un produit d'exploitation opportuniste, Le Miroir de la Sorcière est une sympathique curiositĂ© horrifique remakant les Yeux sans Visage dans un superbe noir et blanc gothique. Et si les acteurs sont souvent en surjeu et que l'intrigue prĂ©mâchĂ©e, semĂ©e d'ellipses, ne s'embarrasse ni de subtilitĂ© ni de cohĂ©rence, on reste charmĂ© par cette production mexicaine dĂ©nuĂ©e de temps morts tant les rebondissements s'y cumulent d'un oeil aussi fureteur qu'amusĂ©. Evidemment dispensable mais assez agrĂ©able Ă  suivre, voir parfois mĂŞme envoĂ»tant Ă  travers ses quelques dĂ©cors domestiques d'un gothisme sĂ©pulcral. 


*Bruno
2èx

vendredi 6 octobre 2023

Terreur sur la Ville / The Town That Dreaded Sundown

                                              Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

de Charles B. Pierce. 1976. U.S.A. 1h30. Avec Ben Johnson, Andrew Prine, Dawn Wells, Bud Davis, Mike Hackworth, Christine Ellsworth 

Sortie salles France: ?. U.S: 24 Décembre 1976

FILMOGRAPHIE: Charles B. Pierce est nĂ© le 16 juin 1938 dans l'Indiana, États-Unis. Il Ă©tait rĂ©alisateur et scĂ©nariste. Chasing the Wind (1998). Renfroe's Christmas (1997). Hawken's Breed (1988). Boggy Creek II: And the Legend Continues (1983). Sacred Ground (1983). The Evictors (1979). Thorvald le Viking (1978). Duel Ă  cheyenne pass (1977). Terreur sur la ville (1976). The Winds of Autumn (1976). Le faucon blanc (1975). Bootleggers (1974). The Legend of Boggy Creek (1972). 

On ne peut qu’ĂŞtre stupĂ©fait lorsqu’on redĂ©couvre aujourd’hui cette pĂ©pite oubliĂ©e des seventies, retraçant avec un vĂ©risme presque documentaire – symptomatique de l’Ă©poque oĂą elle fut conçue – le parcours meurtrier du « Phantom Killer », tueur fantomatique ayant terrorisĂ© une petite bourgade du Texas dans les annĂ©es 40. Il sĂ©vissait la nuit (superbes Ă©clairages, parfois oniriques, magnifiĂ©s d'une photo scope lourdement saturĂ©e) auprès de couples dĂ©sarmĂ©s, surpris dans leur voiture ou traquĂ©s jusque dans leur propre domicile.

InspirĂ© d’une histoire vraie, comme le rappelle la voix du narrateur tout au long d’une intrigue Ă©rigĂ©e en enquĂŞte policière, Terreur sur la ville dĂ©tonne par sa froideur malsaine et ses sĂ©quences chocs, toutes terrifiantes Ă  leur manière. On pourrait mĂŞme dire que l’horreur s’y installe crescendo, au fil d’une tension de plus en plus insoutenable, le tueur imposant une force tranquille, une assurance glaciale nĂ©e de son impunitĂ© totale.

La douleur des victimes - impuissantes, mutuellement Ă  l’agonie - se fait sentir dans chaque plan. On partage leur dĂ©sarroi moral, leur suffocation, comme dans l’inoubliable sĂ©quence du trombone. Quant au « Phantom » lui-mĂŞme, affublĂ© d’un sac Ă  patates pour masquer son identitĂ©, il hante l’Ă©cran d’une prĂ©sence animale : Bud Davis, acteur mĂ©connu, incarne avec naturel ce regard vide, injectĂ© de vice, de dĂ©raison, de pur sadisme.

Au-delĂ  de son ancrage historique fidèlement retranscrit, le film sĂ©duit par la sobriĂ©tĂ© d’un casting solide, soutenu par une partition classique dont la tonalitĂ© rĂ©tro installe un climat d’inquiĂ©tude sourde, presque spectrale, au cĹ“ur d’une AmĂ©rique champĂŞtre. Ce psycho-killer mĂ©thodique, rigoureusement narrĂ© et structurĂ©, prĂ©figure dĂ©jĂ  les exploits de Michael Myers dans Halloween et de Jason Voorhees dans Vendredi 13 (Steve Miner s’en inspira d’ailleurs pour le costume de son tueur). Le film instaure un sentiment d’insĂ©curitĂ© croissant, nourri par un suspense sans concession, jusqu’Ă  une conclusion terriblement pessimiste : le Phantom Killer ne fut jamais apprĂ©hendĂ©.

Les policiers de Texarkana poursuivirent en vain leurs recherches jusqu’Ă  la fin de leur vie, tandis que les survivants, eux, ne se remirent jamais du traumatisme.

Ă€ dĂ©couvrir avec intĂ©rĂŞt, de prĂ©fĂ©rence dans sa version originale, dont le rĂ©alisme âpre - pour l’Ă©poque - confère Ă  ce cauchemar texan de 1946 la texture singulière d’un reportage hantĂ©.

— le cinĂ©phile du cĹ“ur noir

Ci-joint la chronique de sa sĂ©quelle: STRANGE VOMIT DOLLS: THE TOWN THAT DREADED SUNDOWN (brunomatei.blogspot.com)

mardi 3 octobre 2023

Les Anges Sauvages / The Wild Angels

                                          Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

de Roger Corman. 1966. U.S.A. 1h27. Avec Peter Fonda, Nancy Sinatra, Bruce Dern, Diane Ladd, Buck Taylor, Norman Alden. 

Sortie salles France: 1er Février 1967. U.S: 20 Juillet 1966

FILMOGRAPHIE: Roger Corman est un cinéaste américain, né le 5 avril 1926 à Détroit, Michigan. 1955: Day the World Ended. 1956: It's Conquered the World. 1957: Rock all Night. 1957: l'Attaque des Crabes Géants. 1957: Not of this Earth. 1957: Vicking Women. 1957: The Undead. 1958: War of the Satellites. 1958: She-Gods of Shark Reef. 1958: Swamp Women. 1958: Teenage Caveman. 1958: Mitraillette Kelly. 1959: Un Baquet de Sang. 1960: La Petite Boutique des Horreurs. 1960: La Chute de la Maison Usher. 1961: Ski Troop Attack. 1961: La Chambre des Tortures. 1961: Atlas. 1962: The Intruder. 1962: l'Enterré Vivant. 1962: l'Empire de la Terreur. 1962: La Tour de Londres. 1963: Le Corbeau. 1963: La Malédiction d'Arkham. 1963: l'Horrible cas du Dr X. 1963: l'Halluciné. 1964: Le Masque de la Mort Rouge. 1964: l'Invasion Secrète. 1965: Le Tombe de Ligeia. 1965: Not of this Earth. 1966: Les Anges Sauvages. 1967: l'Affaire Al Capone. 1967: The Trip. 1970: Bloody Mama. 1971: Gas-s-s-s. 1971: Le Baron Rouge. 1990: La Résurrection de Frankenstein.

"Nous voulons ĂŞtre libres ! Nous voulons ĂŞtre libres de faire ce que nous voulons faire ! Nous voulons ĂŞtre libres de rouler ! Et nous voulons ĂŞtre libres de rouler sur nos bĂ©canes sans ĂŞtre harcelĂ©s par les flics. Et nous voulons ĂŞtre dĂ©foncĂ©s. Et nous voulons passer du bon temps ! Et c'est ce que nous allons faire. Nous allons passer du bon temps. Nous allons faire la fĂŞte ! »

Près de 60 ans après sa sortie, ce prĂ©curseur d'Easy Rider et de Mad-Max reste d'une incroyable audace provocatrice en s'immergeant 1h30 durant sur les exactions irresponsables de Wild Angels dĂ©libĂ©rĂ©s Ă  vivre libre quelque soit les consĂ©quences encourues Ă  la suite du dĂ©cès d'un des leurs lors d'une poursuite avec la police. Et mĂŞme si on a vu pire depuis au sein du film de Bikers, sa violence triviale Ă  la fois grotesque, dĂ©bridĂ©e, immorale et dramatique continue encore aujourd'hui de choquer Ă  travers la perte de valeurs essentielles au bon fonctionnement d'une sociĂ©tĂ©, aussi intolĂ©rante, cupide et raciste peut-elle ĂŞtre. Ainsi, en recrutant de vĂ©ritables Hells Angels Ă  l'Ă©cran, Roger Corman n'y va pas avec le dos de la cuillère pour retranscrire avec un rĂ©alisme plutĂ´t documentĂ© leurs us et coutumes dĂ©nuĂ©s de dĂ©ontologie. Tant auprès de leur indiffĂ©rence pour la populace locale, pour la police, pour le clergĂ© et le respect des dĂ©funts (incroyable sĂ©quence nĂ©crophile si j'ose dire lors d'une beuverie catholique !!!) que pour leur propre camp au point de se trahir entre eux pour des mobiles vaniteux, gratuits, Ă©gotistes, machistes surtout. 

D'ailleurs, lors de sa sortie commerciale Ă  la fois houleuse et notoire, les vĂ©ritables Hells Angels ont daignĂ© intenter un procès Ă  Corman (en menaçant notamment de l'occire !) tant celui-ci les reprĂ©senta Ă  l'Ă©cran sans fard ni indulgence dans leur anti-manichĂ©isme Ă  cumuler les vilĂ©nies en roue libre (viols, apologie du fascisme Ă  travers leur insigne SS, beuveries sexuelles, drogue et alcool sans modĂ©ration, passages Ă  tabac d'une infirmière et d'un curĂ©, etc...). Ainsi donc, Les Anges Sauvage reste un tĂ©moignage historique d'une audace insensĂ©e eu Ă©gard de son impact visuel aussi dĂ©lirant que pathĂ©tique. Si bien que s'il sortait de nos jours il s'attirerait sans conteste les ligues fĂ©ministes, fondamentalistes, policières et consorts tant cette sĂ©rie B au cachet vintage ose l'inqualifiable sans vergogne (ou alors si peu si je fais rĂ©fĂ©rence au protagoniste "Blues"). Or on ne s'Ă©tonnera guère qu'il fut interdit Ă  l'Ă©poque aux moins de 18 ans en France et Outre-Atlantique. Quand bien mĂŞme les acteurs pros (la rĂ©vĂ©lation Peter Fonda en prĂ©sident dĂ©pitĂ© en voie de remise en question, le personnage le moins dĂ©cervelĂ© avec sa compagne Monkey endossĂ©e par Nancy Sinatra, fille "timorĂ©e" de Frank Sinatra), amateurs et figurants se disputent la vedette avec assez de conviction pour croire en cette Ă©poque rĂ©volue de la contre-culture retranscrite ici d'après des "faits divers" que Corman nous relate sans filtre. 


No Futur.
Une oeuvre scabreuse surprenante donc n'ayant rien perdu de son aura putassière d'autant plus assumĂ©e, qui plus est sans lueur d'espoir pour le destin de ces loubards d'avant-garde, si bien que seul compte pour eux le temps prĂ©sent en se brĂ»lant les ailes. 

*Bruno
2èx