mercredi 31 mai 2017

A la recherche du plaisir / "Alla ricerca del piacere" / "Amuck"

                                                         Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site imdb.com

de Silvio Amadio. 1972. Italie. 1h40. Avec Barbara Bouchet, Farley Granger, Rosalba Neri, Petar Martinovitch, Umberto Raho, Patrizia Viotti.

Inédit en salles en France. Italie: 21 Mars 1972

FILMOGRAPHIE: Silvio Amadio est un rĂ©alisateur et producteur italien nĂ© le 8 AoĂ»t 1926 Ă  Frascati, Lazio, Italie, dĂ©cĂ©dĂ© en 1995. 1981: Un flingue pour un flic. 1980 Il medium. 1976 Il medico... la studentessa.  1975 La lycĂ©enne a grandi. 1975 Si douce, si perverse. 1974 Les polissonnes excitĂ©es. 1974 Catene. 1973 Li chiamavano i tre moschettieri... invece erano quattro. 1972 Comment faire cocu les maris jaloux. 1972 Il sorriso della iena. 1972 A la recherche du plaisir. 1972 ...E si salvò solo l'aretino Pietro con una mano avanti e l'altra dietro. 1970 Disperatamente l'estate scorsa. 1969 Les biches suĂ©doises. 1966 Pour mille dollars par jour. 1965 Il segreto del vestito rosso. 1964 Filles et garçons. 1964 Desideri d'estate. 1962 Foudres sur Babylone. 1961 Les revoltĂ©es de l'Albatros. 1960 Tu che ne dici? 1960 ThĂ©sĂ©e et le minotaure. 1959 Les loups dans l'abĂ®me. 1957 L'ultima violenza (co-director). 


InĂ©dit en salles chez nous, Ă€ la recherche du plaisir est un thriller transalpin fichtrement honorable que l’Ă©diteur Le Chat qui fume a eu l’excellente idĂ©e de rĂ©vĂ©ler dans une copie Blu-ray immaculĂ©e. 
 
Rappel du pitch: FraĂ®chement dĂ©barquĂ©e Ă  Venise, Greta prend ses fonctions de secrĂ©taire chez l’Ă©diteur Richard Stuart. IntriguĂ©e par la relation sulfureuse qu’il entretient avec son Ă©pouse Eleonora, elle tente parallèlement d’Ă©lucider le mystère entourant la disparition de son amie Sally. 
 
DĂ©pourvu de tension frontale et presque totalement exempt de sĂ©quences-chocs spectaculaires - si l’on excepte un point d’orgue criminel d’une violence parfois rude -, Ă€ la recherche du plaisir mise avant tout sur un suspense latent et un Ă©rotisme joueur pour soutenir une intrigue linĂ©aire, mais habilement racontĂ©e. 

Les Ă©treintes et exhibitions sexuelles n’y cèdent jamais Ă  une complaisance putassière - nous sommes ici aux antipodes de Nue pour l’Assassin - mĂŞme si le comportement lubrique du couple Ă©changiste peut flirter avec une forme de dĂ©viance SM, notamment Ă  la lumière de la tournure des Ă©vĂ©nements dramatiques. BĂ©nĂ©ficiant d’une photographie rutilante et de dĂ©cors somptueux, tant domestiques que naturels, Silvio Amadio sublime la forme par une mise en scène attentive oĂą aucun dĂ©tail architectural n’est laissĂ© au hasard. Ă€ ce titre, Ă€ la recherche du plaisir s’impose comme un vĂ©ritable festin visuel, magnifiĂ© par la prĂ©sence fantasmatique de Barbara Bouchet, resplendissante, le regard azur chargĂ© de promesses et de menaces. Elle est divine, hypnotique, belle Ă  en crever. 

Si le cheminement narratif, sans rĂ©elle surprise, aurait gagnĂ© Ă  se montrer plus retors et plus Ă©toffĂ© dans l’investigation d’une hĂ©roĂŻne pourtant audacieuse, la rigueur de la mise en scène parvient nĂ©anmoins Ă  maintenir l’attention. Notamment Ă  travers l’Ă©tude de personnages viciĂ©s, troubles et chafouins, portĂ©s par des seconds rĂ´les charismatiques Ă©voluant dans une ambiguĂŻtĂ© savamment dosĂ©e, jusqu’Ă  la chute des masques lors d’un dĂ©nouement aussi haletant que violemment expĂ©ditif. En note subsidiaire, on goĂ»tera Ă©galement la touche d’ironie distillĂ©e dans la dernière sĂ©quence, venant interroger la vaine dĂ©chĂ©ance criminelle du - ou des - coupable(s).

Jeu pervers de sĂ©duction et de manipulation portĂ© par la mĂ©lodie sensuelle de Teo Usuelli, Ă€ la recherche du plaisir s’impose comme un superbe thriller raffinĂ©, capable d’envoĂ»ter par la prĂ©sence magnĂ©tique de son actrice fĂ©tiche, dĂ©ambulant dans une scĂ©nographie Ă  la fois onirique, troublante et concupiscente.

le cinéphile du cœur noir 🖤

Un grand merci Ă  Philippe Blanc pour son aimable influence. 
08.02.26. Vost

lundi 29 mai 2017

Poor Pretty Eddie

                                                                      Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

de Richard Robinson. 1975. U.S.A. 1h32. Avec Leslie Uggams, Shelley Winters, Michael Christian, Slim Pickens, Dub Taylor, Ted Cassidy.

Sortie salles U.S: Juin 1975

FILMOGRAPHIE: Richard Robinson est un rĂ©alisateur, producteur, acteur amĂ©ricain. 1974: La grande partouze (as Rick Jr.). 1973 Fantaisies sexuelles d'un couple libre. 1972 Bloody Trail. 1972 To Hell You Preach. 1971 Adultery for Fun & Profit. David Worth est un rĂ©alisateur et producteur amĂ©ricain. 1994: Chain of Command. 1993 Lady Dragon 2. 1992 Lady Dragon. 1989 Kickboxer. 1986 Soldier's Revenge. 1983 Frat House. 1983 Doing It! 1983 Le chevalier du monde perdu. 1982 Body Magic. 1979 Hard Knocks. 1979 Pink Champagne. 1978 How Sweet It Is! 1975 Poor Pretty Eddie. 1998: I Might Even Love You.  1997 True Vengeance (Video). 1996 American Tigers 2014: Hazard Jack. 2014 House at the End of the Drive. 2006 Honor. 2004 Air Strike (Video). 2002 Shark Attack III (Video). 2001 Time Lapse (Video). 2000 Shark Attack 2 (Video). 2000 The Prophet's Game.


Etrange curiosité que ce Poor Pretty Eddie restée inédite en salles dans nos contrées. A mi-chemin entre The last house on Dead and street (pour le grain de pellicule rubigineux, le charisme patibulaire de quelques comédiens méconnus et pour son ambiance expérimentale malsaine) et Week-end sauvage (notamment cette relation ambiguë entre le violeur et sa victime), l'intrigue relate la séquestration d'une chanteuse afro-américaine chez les rednecks d'un pub reculé. Attiré par sa jeune beauté, Eddie Collins ne tarde pas à la violer sauvagement avant de tomber amoureux. C'est le début d'un long cauchemar qu'Elizabeth va traverser entre humiliations raciales et sévices sexuels, quand bien même la tenancière Bertha s'opposera à leur liaison, faute de sa jalousie sentimentale.


Echec commercial Ă  sa discrète sortie aux States, Poor Pretty Eddie fait office de pĂ©pite atypique sous couvert de cinĂ©ma d'exploitation estampillĂ© "seventie". De par son ambiance baroque multipliant les sĂ©quences-chocs en "slow motion" afin de dĂ©cupler le caractère brutal de sa violence et son parti-pris expĂ©rimental de nous dĂ©sarçonner avec d'autres moments dĂ©rangeants (tel le parallèle Ă©tabli entre une scène de viol et un coĂŻt canin) sur un air de Country. 
On est Ă©galement sĂ©duit de la complĂ©mentaritĂ© de trognes familières de seconde zone (Leslie Uggams, Shelley Winters) se prĂŞtant au jeu de l'exubĂ©rance parmi des tĂŞtes inconnues pleines de volontĂ© (Michael Christian en avatar risible d'Elvis fait parfois illusion). Car en dĂ©pit d'une direction d'acteurs amateuriste (principalement l'hĂ©roĂŻne un peu trop rigide en victime soumise) et d'un cheminement narratif routinier, Poor Pretty Eddie surprend agrĂ©ablement pour son portrait imputĂ© Ă  une AmĂ©rique profonde se rongeant les ongles par ennui d'une quotidiennetĂ© triviale. Les dĂ©cors sĂ©pias du pub poussiĂ©reux garni d'animaux empaillĂ©s et l'atmosphère envoĂ»tante d'un bois tĂ©nĂ©breux situĂ© Ă  proximitĂ© rappelant notamment les effluves putrides du fameux Massacre Ă  la Tronçonneuse.


Franchement étrange, interlope et glauque au sein d'une scénographie domestique abritant des ploucs gouailleurs, Poor Pretty Eddie demeure une agréable curiosité si bien qu'il parvient sensiblement à nous immerger dans un bad trip sous le pilier du rape and revenge culminant au carnage anthologique ! Une conclusion illustrée en "slow motion" afin d'immortaliser la décadence criminelle !

Eric Binford.

jeudi 25 mai 2017

WILLARD

                                                                   Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant tvclassik.com

de Glen Morgan. 2001. U.S.A. 1h40. Avec Crispin Glover, Laura Harring, Jackie Burroughs, R. Lee Ermey, William S. Taylor, Kim McKamy.

Sortie salles France: 17 Septembre 2003. U.S: 15 Mars 2003

FILMOGRAPHIE: Glen Morgan est un scénariste, producteur et réalisateur américain né à Syracuse (New York) en 1962. 2003 : Willard. 2006 : Black Christmas. 2016 : X-Files (saison 10 épisode 4).


Remake d'une sympathique mais obsolète sĂ©rie B rĂ©alisĂ©e en 1971 par Daniel Mann, Willard demeure une fructueuse dĂ©clinaison sous la houlette de Glen Morgan. Si bien que ce dernier parfaitement inspirĂ© par le roman de Stephane Gilbert (Ratman's Notebooks) transcende de loin son modèle grâce Ă  la maĂ®trise de sa rĂ©alisation aussi bien inventive que stylisĂ©e (photo sĂ©pia Ă  l'appui afin renforcer la scĂ©nographie gothique de la demeure vĂ©tuste), Ă  l'efficacitĂ© des sĂ©quences-chocs d'une intensitĂ© dramatique (Ă  l'instar de cette sĂ©quence anthologique d'une cruautĂ© mĂ©lancolique quant au guet-apens meurtrier improvisĂ© auprès d'un chat dĂ©sorientĂ© !) et au jeu hallucinĂ© de Crispin Glover en employĂ© nĂ©vrosĂ© d'une haine refoulĂ©e. Les petits yeux Ă©raillĂ©s dans son costard de croque-mort, ce dernier insuffle une prĂ©sence iconique dans sa posture sĂ©pulcrale oĂą se contredisent les sentiments d'impuissance, de dĂ©sarroi et de rĂ©bellion en ascension. En patron vĂ©reux dĂ©nuĂ© d'une once de charitĂ©, R. Lee Ermey lui partage la vedette avec l'aplomb qu'on lui connait dans une exĂ©crable posture d'orgueil mĂ©prisant.


En dĂ©pit de la sympathique assistance de Laura Harring en secrĂ©taire prĂ©venante, je prĂ©fère vanter la silhouette aussi bien longiligne que nĂ©crosĂ©e de Jackie Burroughs (inoubliable mĂ©gère dans Simetière !) endossant la maman possessive de Willard avec un charisme famĂ©lique proprement terrifiant. Outre l'attrait ludique d'un schĂ©ma narratif semblable Ă  son modèle (Ă  peu de choses près), Willard s'avère autrement plus convaincant lorsque le rĂ©alisateur s'efforce sans peine Ă  nous faire croire au domptage amical de l'anti-hĂ©ros avec sa meute de rats. DĂ©cuplĂ©s en masse, ces derniers s'avĂ©rant franchement impressionnants lorsqu'ils accourent dans une hiĂ©rarchie militaire pour dĂ©chiqueter portes, fenĂŞtres et pneus de voiture avant de passer Ă  l'acte criminel sous l'allĂ©geance de leur mentor. Autour de la relation amiteuse entamĂ©e entre Willard et son chouchou, Socrate, le redoutable Ben tente de lui voler sa place avec une jalousie pernicieuse. Glen Morgan recourant notamment Ă  des sĂ©quences haletantes beaucoup plus spectaculaires et horrifiques que son modèle (ce qui lui manquait cruellement !), et ce sans cĂ©der Ă  une quelconque gratuitĂ©. Les sĂ©quences horrifiques s'enchaĂ®nant au rythme de la progression criminelle de Willard et avant que les rats ne lui tiennent tĂŞte sous l'impĂ©riositĂ© de Ben.


Sardonique et cruel (son Ă©pilogue rĂ©fĂ©rentiel Ă  Psycho, les châtiments invoquĂ©s au chat, Ă  Socrate et Ă  l'entrepreneur !) et surtout plus crĂ©dible, horrifique et intense que son modèle, Willard constitue l'idĂ©al prototype du remake salutaire. 

Eric Binford
3èx
                                                     Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site todoelterrordelmundo.blogspot.com

de Daniel Mann. 1971. U.S.A. 1H35. Avec Bruce Davison, Elsa Lanchester, Ernest Borgnine, Sondra Locke, Michael Dante

Date de sortie : 18 juin 1971

FILMOGRAPHIEDaniel Mann est un rĂ©alisateur amĂ©ricain nĂ© le 8 aoĂ»t 1912 Ă  Brooklyn, New York (États-Unis) et dĂ©cĂ©dĂ© le 21 novembre 1991 Ă  Los Angeles des suites d'une insuffisance cardiaque. 1952 : Reviens petite Sheba , 1954 : About Mrs. Leslie, 1955 : La Rose tatouĂ©e, 1955 : Une femme en enfer, 1956 : La Petite maison de thĂ©, 1958 : Vague de chaleur, 1959 : The Last Angry Man, 1960 : The Mountain Road, 1960 : La VĂ©nus au vison, 1961 : Le troisième homme Ă©tait une femme, 1962 : Five Finger Exercise, 1962 : L'Inconnu du gang des jeux, 1963 : Who's Been Sleeping in My Bed?, 1966 : Our Man Flint, 1966 : Judith, 1968 : For Love of Ivy, 1969 : A Dream of Kings, 1971 : Willard, 1972 : La Poursuite sauvage, 1973 : Interval, 1973 : Maurie, 1974 : Lost in the Stars, 1975 : Le Voyage de la peur, 1978 : Matilda


A l'origine du projet, il y a un roman, Ratman's Notebooks de Stephen Gilbert, paru en 1968 aux Etats Unis. Trois ans plus tard, le rĂ©alisateur Daniel Mann le transpose Ă  l'Ă©cran en prenant pour vedette le dĂ©butant Bruce Davison (une sobre prestation perfectible mais nĂ©anmoins convaincante !) ainsi que d'Ă©minents seconds-rĂ´les parmi lesquels Elsa Lanchester (La FiancĂ©e de Frankenstein), Sondra Locke et Ernest Borgnine. A sa sortie en salles, le film rĂ©colte un joli succès si bien qu'une suite beaucoup moins sombre (car plus familiale) intitulĂ©e Ben sera rapidement mise en chantier sous la houlette du cinĂ©aste Phil KarlsonTimorĂ© et introverti, Willard est un jeune employĂ© d'une entreprise ayant des rapports houleux avec son patron tyrannique. Après le travail, il s'isole en compagnie de sa mère alitĂ©e dans leur grande bâtisse gothique quand bien mĂŞme quelques acolytes de celle-ci viennent parfois leur rendre visite. Un jour, Willard se distrait de l'intrusion d'un rongeur dans son jardin. Le dĂ©but d'une Ă©trange et tragique histoire d'amitiĂ© va se nouer entre eux. Pour ceux ayant vĂ©cu leur adolescence Ă  l'Ă©poque charnière des annĂ©es 80 n'ont jamais pu oublier sa première diffusion TV du lundi soir dans le cadre de l'Ă©mission l'Avenir du futur. Alors que le lendemain, durant la cour de rĂ©crĂ©, on s'empressait de relater avec fascination passionnelle le fameux film d'Ă©pouvante diffusĂ© Ă  une heure de grande Ă©coute !


46 ans plus tard, que reste-t'il de ce petit classique des annĂ©es 70 après qu'un excellent remake fut mis en chantier en 2003 par Glenn Morgan ? On ne peut pas dire que la rĂ©alisation acadĂ©mique et le montage elliptique soient au beau fixe, et ce mĂŞme si un charme dĂ©suet s'y fait ressentir Ă  travers cette attachante histoire d'amitiĂ© entre un homme et deux rats que Daniel Mann nous content avec une sensible attention. En prime, sa partition musicale archaĂŻque, en quasi dĂ©calage avec l'Ă©poque dans lequel il fut conçu prĂŞterait mĂŞme Ă  confusion si bien qu'on croirait que le film pourrait dater des annĂ©es 50 ! Outre ses couacs et son aspect vĂ©tuste Ă©manant d'une rĂ©alisation beaucoup trop canonique, Willard parvient encore Ă  nous sĂ©duire et nous toucher grâce Ă  son rĂ©cit Ă  la fois dĂ©bridĂ© et dramatique Ă©voquant les rapports troubles entre Willard et son escorte de rats. Quand bien mĂŞme Daniel Mann fustige au passage l'exploitation ouvrière auprès de la dictature d'un patron vĂ©nal (formidable Ernest Borgnine dans ses outrances gouailleuses !), ce dernier Ă©tant prioritairement responsable de la dĂ©liquescence morale de son employĂ© prochainement vouĂ© Ă  une rancoeur vindicative. Willard s'impose alors en conte horrifique Ă  travers ce portrait fragile d'un cĂ©libataire endurci constamment raillĂ© et discrĂ©ditĂ© par son entourage amical (si on excepte sa vaine liaison avec une secrĂ©taire), professionnel, voir mĂŞme familial (sa mère possessive le considère comme un ratĂ© en dehors de son bon caractère), si bien que sa nouvelle relation entamĂ©e avec les rats va enfin lui permettre de se forger une autoritĂ© et s'affirmer auprès des autres lors d'un règlement de compte meurtrier. Un acte de rancoeur finalement aussi couard qu'ingrat, tant auprès de la victime assassinĂ©e que des rongeurs exploitĂ©s Ă  des fins criminelles puis finalement sacrifiĂ©s au profit de la nouvelle indĂ©pendance de leur mentor.


La nuit du Rat
En dĂ©pit de ces scories susmentionnĂ©s, Willard reste un divertissement aussi bien attachant que bonnard dans son lot de sĂ©quences intimistes et incidents progressivement horrifiques, certes dĂ©suets, mais nĂ©anmoins crĂ©dibles quant aux rapports de domination/soumission (et vice versa) imputĂ©s entre Willard et Ben. RĂ©flexion sur leurs rapports de force oĂą possessivitĂ©, jalousie et dĂ©sir de surpasser son alliĂ© empruntent le cheminement de la sĂ©dition, Willard ne manque pas de provoquer l'empathie Ă  travers le portrait sensible d'un marginal livrĂ© au dĂ©sespoir de la solitude.   

Note: Il s'agit d'un des premiers rĂ´les de Bruce Davison au cinĂ©ma. Dans le remake, il incarne le père de Willard.

Eric Binford16.05.17
27.01.11. 92

mardi 23 mai 2017

Grave. Grand Prix, Gerardmer 2017

                                                               Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Allocine.fr

"Raw" de Julia Ducournau. 2016. France. 1h38. Avec Garance Marillier, Ella Rumpf, Rabah NaĂŻt Oufella, Joana Preiss, Laurent Lucas, Marion Vernoux

Sortie salles France: 15 Mars 2017 (Interdit aux - de 16 ans). U.S: 10 Mars 2017 (Int - de 17 ans).

FILMOGRAPHIE: Julia Ducournau est une réalisatrice et scénariste française née le 18 novembre 1983 à Paris. 2011 : Mange (téléfilm co-réalisé avec Virgile Bramly). 2016 : Grave


Nouvel Ă©lectro-choc Ă  la rĂ©putation sulfureuse (Ă©vanouissements de spectateurs Ă  Toronto et Ă  Los Angeles, distribution de sacs Ă  vomi dans certaines salles, interdiction aux - de 18 ans en Irlande, en Norvège et en Grande-Bretagne), Grave est un objet de scandale que notre pays hexagonal s'est une fois de plus imposer dans un parti-pris gore. PartagĂ© entre une rĂ©pulsion viscĂ©rale me provoquant Ă  moult reprises une nausĂ©e (sous-jacente) et une irrĂ©sistible fascination pour les portraits morbides impartis aux deux adolescentes, Grave aborde les thèmes du bizutage, de l'Ă©veil sexuel, du vĂ©gĂ©tarisme et du cannibalisme avec une originalitĂ© incongrue. EsthĂ©tiquement soignĂ© et stylisĂ© et nanti d'une ambiance malsaine Ă  l'acuitĂ© envoĂ»tante, l'intrigue suit le parcours de Justine au sein d'une Ă©cole vĂ©tĂ©rinaire de Belgique. Issue d'une famille vĂ©gĂ©tarienne, elle est contrainte lors d'un bizutage d'avaler un morceau de viande. De prime abord rĂ©vulsĂ©e par son exploit et Ă©prise de nausĂ©e, elle finit pour autant par prendre goĂ»t Ă  la chair au point d'en devenir addict comme tout bon consommateur carnĂ©. 


Descente aux enfers vertigineuse de deux adolescentes en proie Ă  des pulsions cannibales incontrĂ´lĂ©es, Grave s'avère diablement inventif et viscĂ©ralement Ă©motif quant Ă  son cheminement narratif truffĂ© de revirements fortuits. Si bien qu'Ă©tonnement et stupeur se jumellent rĂ©gulièrement afin de provoquer nos sentiments les plus vulnĂ©rables, la rĂ©alisatrice attisant autant notre curiositĂ© que notre perplexitĂ© avec une diabolique alchimie. Outre la subtile pudeur qu'elle emploie pour brosser le portrait singulier d'une jeune ado chrysalide, car partagĂ©e entre l'Ă©veil sexuel, le besoin de s'affirmer et le goĂ»t pour la chair, Grave aborde l'insatiabilitĂ© de ces sentiments matures sans jamais se complaire dans une complaisance putassière. Une gageure quand on se remĂ©more son florilège de sĂ©quences extrĂŞmes toutes plus provocantes les unes que les autres mais pour autant palliĂ©es d'une poĂ©sie macabre teintĂ©e de sensualitĂ©. De par sa mise en scène auteurisante et expĂ©rimentale abordant en filigrane la dictature du bizutage, Julia Ducournau y transfigure une satire sur le vĂ©gĂ©tarisme sous l'impulsion du plaisir corporel. Celui du goĂ»t immodĂ©rĂ© pour le sexe et la viande si bien que le corps virginal en mutation atteint ici des sommets d'orgasme lors de ses pulsions les plus outrancières. La sexualitĂ© (hĂ©tĂ©ro ou homo) et le cannibalisme ne cessant de tĂ©lescoper afin de provoquer notamment chez le spectateur une confusion des sens gustatifs et olfactifs, jusqu'au malaise viscĂ©ral.


Parents
Beau, Ă©tonnamment Ă©purĂ© et parfois touchant, gore et sarcastique sous le pilier d'une narration iconoclaste habilement rĂ©inventĂ©e, Grave constitue une brillante rĂ©ussite d'horreur Ă  la française d'autant plus immersive et ensorcelante sous l'impulsion de jeunes comĂ©diennes Ă©patantes de spontanĂ©itĂ© dans leur posture marginale. La rĂ©alisatrice rivalisant sans cesse d'audaces visuelles et d'inventivitĂ© afin de porter en dĂ©rision notre instinct primitif et carnivore, et ce jusqu'Ă  sa toute dernière image glaçante d'ironie mordante. 
Pour public averti avec avertissement du "haut le coeur" !

Eric Binford

Récompenses: Festival de Cannes 2016 : Prix Fipresci de la critique internationale pour les sections parallèles, après sa présentation en compétition à la 55e Semaine de la Critique
Festival européen du film fantastique de Strasbourg 2016 :
Octopus d’or du meilleur long-mĂ©trage fantastique international
Prix du public du meilleur film fantastique international
Festival du film de Londres 2016 : Sutherland Trophy du meilleur premier film
Festival international du film de Flandre-Gand 2016 : Explore Award
Paris International Fantastic Film Festival#2016 2016 :
Œil d'or du meilleur film de la compétition internationale
Prix Ciné+ Frisson du meilleur film
Festival international du film fantastique de Gérardmer 2017 :
Grand prix du jury
Prix de la critique

lundi 22 mai 2017

DREAM DEMON

                                                                 Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site blumhouse.com

de Harley Cokeliss. 1988. Angleterre. 1h28. Avec Jemma Redgrave, Kathleen Wilhoite, Timothy Spall, Jimmy Nail, Mark Greenstreet, Susan Fleetwood, Annabelle Lanyon

Sortie salles Angleterre: Août 88

FILMOGRAPHIE: Harley Cokeliss est un réalisateur, producteur, scénariste et acteur anglais né en 1945 à San Diego. Paris Connections (2010). An Angel for May (2002) : director (TV). Pilgrim (2000). The Ruby Ring (1997). Dream Demon (1988). Malone (1987). Black Moon Rising (1986).
Warlords of the 21st Century (1982). That Summer! (1979). The Glitterball (1977). The Battle of Billy's Pond (1976). Crash! (1971)


Surfant sur le succès des Griffes de la nuit, Dream Demon est une petite production anglaise exploitant le thème du rêve avec une certaine originalité. L'héroïne fraîchement débarquée dans son nouvel appartement étant en l'occurrence persécutée par de récurrents cauchemars au point de ne plus distinguer la réalité et d'entraîner dans ses délires sa nouvelle amie (l'ancienne propriétaire de l'immeuble occultant un sombre passé) ainsi que deux journalistes. Quand bien même ses propres rêves parviennent notamment à s'extirper de son psyché pour venir s'insérer dans sa réalité quotidienne et intenter à la survie de son entourage. Sur le point de se marier, elle tente d'excuser son sommeil perturbé par la peur de s'engager. Si la redondance des scènes de cauchemars aurait gagnée à être un peu moins appuyée, Harley Cokeliss parvient néanmoins à distiller l'inquiétude par le biais de situations tantôt grotesques, tantôt incongrues que nos héroïnes ne cessent mutuellement de déjouer. Le film se résumant à une longue course-poursuite chimérique au sein d'un huis-clos domestique de tous les dangers. A travers ses séquences horrifiques parfois débridées (les deux journalistes faisant office d'olibrius multiplie les provocations impudentes), on peut aussi vanter la qualité de ses effets gores sardoniques plutôt impressionnants et le jeu attachant des comédiennes s'épaulant mutuellement afin de démystifier une sombre intrigue de drame familial. L'héroïne servant finalement de vecteur cathartique pour elle même (son avenir potentiellement conjugal) et pour son amie amnésique depuis une enfance martyr !


En dĂ©pit de son cheminement narratif sans surprises et du manque de cohĂ©rence des situations surnaturelles (Ă  force de confondre cauchemar et rĂ©alitĂ© on s'y perd largement !), Dream Demons demeure une sympathique sĂ©rie B au climat d'inquiĂ©tude assez permĂ©able, Ă  l'instar de l'esthĂ©tisme crĂ©pusculaire de sa photo azur instaurant un onirisme cauchemardesque. 

Bruno Matéï
2èx

vendredi 19 mai 2017

Surveillance

                                                   Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

de Jennifer Lynch. 2008. U.S.A. 1h38. Avec Julia Ormond, Bill Pullman, Pell James, Ryan Simpkins,
French Stewart.

Sortie salles France: 30 Juillet 2008

FILMOGRAPHIE: Jennifer Chambers Lynch est une réalisatrice et scénariste américaine, née le 7 avril 1968 à Philadelphie en Pennsylvanie aux États-Unis. 1993 : Boxing Helena (également scénariste). 2008 : Surveillance (également coscénariste). 2010 : Hisss (également scénariste). 2012 : Chained (également coscénariste). 2014 : A Fall From Grace. 2014 : XX.


Seconde rĂ©alisation de Jennifer Lynch (fille du cĂ©lèbre David Lynch) après avoir dĂ©sertĂ©e les Ă©crans durant plus de 15 ans, Surveillance est un ovni incongru dĂ©licieusement sournois par son intrigue sinueuse conjuguant habilement road movie et huis-closCette dernière alternant judicieusement Ă©vènements du prĂ©sent et flashbacks explicatifs afin de nous Ă©clairer sur le cheminement sordide d'une succession de dĂ©convenues grotesques. Dans un commissariat reculĂ©, 2 agents du FBI interrogent quelques tĂ©moins ayant plausiblement un rapport Ă©troit avec divers assassinats potentiellement perpĂ©trĂ©s par un ou des serial-killers. Au fil de leurs interrogatoires, chacun d'eux feint la vĂ©ritĂ©, de par leur responsabilitĂ© et complicitĂ© vĂ©reuse, quand bien mĂŞme les agents tentent de dĂ©mĂŞler le vrai du faux.  


Jeu de massacre en roue libre auquel deux flics ripoux, un couple junkie et une famille sans histoire vont malencontreusement se croiser lors d'une prise d'otages de fortune, Surveillance déstructure les codes du thriller sous le pilier d'une intrigue reptilienne résolument poisseuse. Sans dévoiler ses tenants et aboutissants, la brillante réussite de Surveillance émane de son ossature narrative constamment imprévisible si bien que l'on se surprend des moult épisodes dramatiques enfantés par un concours de circonstances aléatoires. Alors qu'autour de ses personnages sévèrement mis à mal avec l'infortune, une fillette témoin de ses actes immoraux s'avéra plus apte et lucide à démasquer le ou les éventuels coupables. Jennifer Lynch prenant notamment malin plaisir à avilir l'innocence sous ce témoignage infantile taiseux et d'inverser les rôles pour mieux nous piéger (et déranger) quant à sa résolution criminelle faisant office de cadeau empoisonné. D'une intensité de prime abord sous-jacente tout en distillant scrupuleusement un climat malsain aussi bien étouffant que méphitique, Surveillance nous confine au cauchemar escarpé au sein d'une réalité quotidienne bafouée par une romance viciée.


Danse avec le diable.
Empruntant un humour noir aussi bien vitriolĂ© que dĂ©calĂ© pour imposer sa personnalitĂ© et s'extirper des conventions du thriller, Jennifer Lynch s'improvise en alchimiste licencieuse afin de mettre en exergue une descente aux enfers horrifique au travers d'odieux portraits livrĂ©s Ă  leurs bas instincts. DĂ©jantĂ©, malsain et d'une violence crue parfois insupportable (notamment lors du final en apothĂ©ose oĂą le morbide se dispute au fantasme lubrique), Surveillance demeure un objet de fascination diaboliquement immoral. Du grand art subversif si bien que je parachève pour notamment cĂ©lĂ©brer sa brillante distribution (et ce jusqu'aux moindres seconds-rĂ´les!), les comĂ©diens fĂŞlĂ©s de tics nĂ©vrosĂ©s s'en donnant Ă  coeur joie dans la dĂ©pravation et la soumission. 
Pour Public averti.

Bruno Dussart
2èx

mercredi 17 mai 2017

BEN

                                                                                  Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

de Phil Karlson. 1972. U.S.A. 1h34. Avec Lee Montgomery, Joseph Campanella, Arthur O'Connell,
Rosemary Murphy.

Sortie salles France: 4 Octobre 1972

FILMOGRAPHIE SELECTIVE: Phil Karlson est un réalisateur, scénariste et producteur américain né le 2 juillet 1908 à Chicago, Illinois (États-Unis), et mort le 12 décembre 1985 à Los Angeles (Californie). 1944 : A Wave, a WAC and a Marine. 1945 : There Goes Kelly. 1945 : G.I. Honeymoon. 1948 : Les Reines du music-hall. 1949 : Le Chat sauvage. 1949 : Down Memory Lane. 1950 : The Iroquois Trail. 1951 : Les Maudits du château-fort. 1952 : Le Quatrième homme. 1953 : L'Affaire de la 99ème rue. 1954 : They Rode West. 1955 : Coincée. 1955 : Les Îles de l'enfer. 1955 : On ne joue pas avec le crime. 1955 : The Phenix City Story. 1957 : Les Frères Rico. 1958 : Le Salaire de la violence. 1959 : Les Incorruptibles défient Al Capone (Téléfilm). 1960 : Saipan. 1960 : Key Witness. 1961 : Le Dernier passage. 1961 : Les Blouses blanches. 1962 : Un direct au cœur. 1963 : Massacre pour un fauve. 1966 : Matt Helm, agent très spécial. 1967 : La Poursuite des tuniques bleues. 1968 : Alexander the Great (TV). 1968 : Matt Helm règle son comte. 1970 : L'Assaut des jeunes loups. 1972 : Ben. 1973 : Justice sauvage. 1975 : La Trahison se paie cash.


Profitant du filon commercial de Willard rĂ©alisĂ© un an au prĂ©alable, Ben est une sĂ©quelle aussi vaine que poussive. Faute d'une mise en scène acadĂ©mique, d'un jeu d'acteurs transparents et d'une intrigue stĂ©rile oscillant maladroitement relation amiteuse entre un bambin et son rat domestique et attaques animales racoleuses si bien qu'elle sombrent parfois/souvent dans le ridicule (le prologue dans la cave Ă©vacuĂ© de toute tension dans sa tentative de susciter le frisson, l'invasion dans le gymnase digne d'une prod Z et le final vainement homĂ©rique sous les Ă©gouts). On se console timidement auprès de son gĂ©nĂ©rique final lorsque Michael Jackson prĂŞte sa voix de chanteur Ă  travers la superbe mĂ©lodie Ben (prĂ©sente dans son second album) et l'on se remĂ©more avec nostalgie sa fantasmatique jaquette Ă©ditĂ©e chez Proserpine durant la sacro-sainte Ă©poque Vhs. DĂ©nuĂ© de moindre Ă©motion et de tension dramatique dans son intrigue de pacotille et l'entreprise de techniciens peu motivĂ©s, Ben demeure un divertissement beaucoup trop naĂŻf et obsolète (que j'aurai pour autant aimer dĂ©fendre dans mon souvenir d'enfance Ă©mue !), Ă  rĂ©server aux mĂ´mes entre 11 et 13 ans.


Bruno Matéï
2èx

                                                     Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site todoelterrordelmundo.blogspot.com

de Daniel Mann. 1971. U.S.A. 1H35. Avec Bruce Davison, Elsa Lanchester, Ernest Borgnine, Sondra Locke, Michael Dante

Date de sortie : 18 juin 1971

FILMOGRAPHIEDaniel Mann est un rĂ©alisateur amĂ©ricain nĂ© le 8 aoĂ»t 1912 Ă  Brooklyn, New York (États-Unis) et dĂ©cĂ©dĂ© le 21 novembre 1991 Ă  Los Angeles des suites d'une insuffisance cardiaque. 1952 : Reviens petite Sheba , 1954 : About Mrs. Leslie, 1955 : La Rose tatouĂ©e, 1955 : Une femme en enfer, 1956 : La Petite maison de thĂ©, 1958 : Vague de chaleur, 1959 : The Last Angry Man, 1960 : The Mountain Road, 1960 : La VĂ©nus au vison, 1961 : Le troisième homme Ă©tait une femme, 1962 : Five Finger Exercise, 1962 : L'Inconnu du gang des jeux, 1963 : Who's Been Sleeping in My Bed?, 1966 : Our Man Flint, 1966 : Judith, 1968 : For Love of Ivy, 1969 : A Dream of Kings, 1971 : Willard, 1972 : La Poursuite sauvage, 1973 : Interval, 1973 : Maurie, 1974 : Lost in the Stars, 1975 : Le Voyage de la peur, 1978 : Matilda


A l'origine du projet, il y a un roman, Ratman's Notebooks de Stephen Gilbert, paru en 1968 aux Etats Unis. Trois ans plus tard, le rĂ©alisateur Daniel Mann le transpose Ă  l'Ă©cran en prenant pour vedette le dĂ©butant Bruce Davison (une sobre prestation perfectible mais nĂ©anmoins convaincante !) ainsi que d'Ă©minents seconds-rĂ´les parmi lesquels Elsa Lanchester (La FiancĂ©e de Frankenstein), Sondra Locke et Ernest Borgnine. A sa sortie en salles, le film rĂ©colte un joli succès si bien qu'une suite beaucoup moins sombre (car plus familiale) intitulĂ©e Ben sera rapidement mise en chantier sous la houlette du cinĂ©aste Phil KarlsonTimorĂ© et introverti, Willard est un jeune employĂ© d'une entreprise ayant des rapports houleux avec son patron tyrannique. Après le travail, il s'isole en compagnie de sa mère alitĂ©e dans leur grande bâtisse gothique quand bien mĂŞme quelques acolytes de celle-ci viennent parfois leur rendre visite. Un jour, Willard se distrait de l'intrusion d'un rongeur dans son jardin. Le dĂ©but d'une Ă©trange et tragique histoire d'amitiĂ© va se nouer entre eux. Pour ceux ayant vĂ©cu leur adolescence Ă  l'Ă©poque charnière des annĂ©es 80 n'ont jamais pu oublier sa première diffusion TV du lundi soir dans le cadre de l'Ă©mission l'Avenir du futur. Alors que le lendemain, durant la cour de rĂ©crĂ©, on s'empressait de relater avec fascination passionnelle le fameux film d'Ă©pouvante diffusĂ© Ă  une heure de grande Ă©coute !


46 ans plus tard, que reste-t'il de ce petit classique des annĂ©es 70 après qu'un excellent remake fut mis en chantier en 2003 par Glenn Morgan ? On ne peut pas dire que la rĂ©alisation acadĂ©mique et le montage elliptique soient au beau fixe, et ce mĂŞme si un charme dĂ©suet s'y fait ressentir Ă  travers cette attachante histoire d'amitiĂ© entre un homme et deux rats que Daniel Mann nous content avec une sensible attention. En prime, sa partition musicale archaĂŻque, en quasi dĂ©calage avec l'Ă©poque dans lequel il fut conçu prĂŞterait mĂŞme Ă  confusion si bien qu'on croirait que le film pourrait dater des annĂ©es 50 ! Outre ses couacs et son aspect vĂ©tuste Ă©manant d'une rĂ©alisation beaucoup trop canonique, Willard parvient encore Ă  nous sĂ©duire et nous toucher grâce Ă  son rĂ©cit Ă  la fois dĂ©bridĂ© et dramatique Ă©voquant les rapports troubles entre Willard et son escorte de rats. Quand bien mĂŞme Daniel Mann fustige au passage l'exploitation ouvrière auprès de la dictature d'un patron vĂ©nal (formidable Ernest Borgnine dans ses outrances gouailleuses !), ce dernier Ă©tant prioritairement responsable de la dĂ©liquescence morale de son employĂ© prochainement vouĂ© Ă  une rancoeur vindicative. Willard s'impose alors en conte horrifique Ă  travers ce portrait fragile d'un cĂ©libataire endurci constamment raillĂ© et discrĂ©ditĂ© par son entourage amical (si on excepte sa vaine liaison avec une secrĂ©taire), professionnel, voir mĂŞme familial (sa mère possessive le considère comme un ratĂ© en dehors de son bon caractère), si bien que sa nouvelle relation entamĂ©e avec les rats va enfin lui permettre de se forger une autoritĂ© et s'affirmer auprès des autres lors d'un règlement de compte meurtrier. Un acte de rancoeur finalement aussi couard qu'ingrat, tant auprès de la victime assassinĂ©e que des rongeurs exploitĂ©s Ă  des fins criminelles puis finalement sacrifiĂ©s au profit de la nouvelle indĂ©pendance de leur mentor.


La nuit du Rat
En dĂ©pit de ces scories susmentionnĂ©s, Willard reste un divertissement aussi bien attachant que bonnard dans son lot de sĂ©quences intimistes et incidents progressivement horrifiques, certes dĂ©suets, mais nĂ©anmoins crĂ©dibles quant aux rapports de domination/soumission (et vice versa) imputĂ©s entre Willard et Ben. RĂ©flexion sur leurs rapports de force oĂą possessivitĂ©, jalousie et dĂ©sir de surpasser son alliĂ© empruntent le cheminement de la sĂ©dition, Willard ne manque pas de provoquer l'empathie Ă  travers le portrait sensible d'un marginal livrĂ© au dĂ©sespoir de la solitude.   

Note: Il s'agit d'un des premiers rĂ´les de Bruce Davison au cinĂ©ma. Dans le remake, il incarne le père de Willard.

Eric Binford
16.05.17
27.01.11. 92

mardi 16 mai 2017

Willard

                                                     Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site todoelterrordelmundo.blogspot.com

de Daniel Mann. 1971. U.S.A. 1H35. Avec Bruce Davison, Elsa Lanchester, Ernest Borgnine, Sondra Locke, Michael Dante

Date de sortie : 18 juin 1971

FILMOGRAPHIEDaniel Mann est un rĂ©alisateur amĂ©ricain nĂ© le 8 aoĂ»t 1912 Ă  Brooklyn, New York (États-Unis) et dĂ©cĂ©dĂ© le 21 novembre 1991 Ă  Los Angeles des suites d'une insuffisance cardiaque. 1952 : Reviens petite Sheba , 1954 : About Mrs. Leslie, 1955 : La Rose tatouĂ©e, 1955 : Une femme en enfer, 1956 : La Petite maison de thĂ©, 1958 : Vague de chaleur, 1959 : The Last Angry Man, 1960 : The Mountain Road, 1960 : La VĂ©nus au vison, 1961 : Le troisième homme Ă©tait une femme, 1962 : Five Finger Exercise, 1962 : L'Inconnu du gang des jeux, 1963 : Who's Been Sleeping in My Bed?, 1966 : Our Man Flint, 1966 : Judith, 1968 : For Love of Ivy, 1969 : A Dream of Kings, 1971 : Willard, 1972 : La Poursuite sauvage, 1973 : Interval, 1973 : Maurie, 1974 : Lost in the Stars, 1975 : Le Voyage de la peur, 1978 : Matilda


A l'origine du projet, il y a un roman, Ratman's Notebooks de Stephen Gilbert, paru en 1968 aux Etats Unis. Trois ans plus tard, le rĂ©alisateur Daniel Mann le transpose Ă  l'Ă©cran en prenant pour vedette le dĂ©butant Bruce Davison tout en sobriĂ©tĂ© ainsi que d'Ă©minents seconds-rĂ´les parmi lesquels Elsa Lanchester (La FiancĂ©e de Frankenstein), Sondra Locke et Ernest Borgnine. A sa sortie en salles, le film rĂ©colte un joli succès si bien qu'une suite beaucoup moins sombre (car plus familiale) intitulĂ©e Ben est rapidement mise en chantier sous la houlette du cinĂ©aste Phil Karlson

Le Pitch: TimorĂ© et introverti, Willard est un jeune employĂ© d'une entreprise ayant des rapports houleux avec son patron tyrannique. Après le travail, il s'isole en compagnie de sa mère alitĂ©e dans leur grande bâtisse gothique quand bien mĂŞme quelques acolytes de celle-ci viennent parfois leur rendre visite. Un jour, Willard se distrait de l'intrusion d'un rongeur dans son jardin. Le dĂ©but d'une Ă©trange et tragique histoire d'amitiĂ© va se nouer entre eux. 

Pour ceux ayant vĂ©cu leur adolescence Ă  l'Ă©poque charnière des annĂ©es 80 n'ont jamais pu oublier sa première diffusion TV du lundi soir dans le cadre de l'Ă©mission l'Avenir du futur. Alors que le lendemain, durant la cour de rĂ©crĂ©, on s'empressait de relater avec fascination oh combien passionnelle le fameux film d'Ă©pouvante diffusĂ© Ă  une heure de grande Ă©coute !


Quelques dĂ©cennies plus tard, que reste-t'il de ce petit classique des annĂ©es 70 après qu'un excellent remake fut mis en chantier en 2003 par Glenn Morgan ? Willard parvient encore Ă  nous sĂ©duire et nous toucher grâce Ă  la sobre efficacitĂ© du rĂ©cit Ă  la fois fascinant, dĂ©bridĂ©, oppressant puis dramatique Ă©voquant les rapports troubles entre Willard et son escorte de rats. Quand bien mĂŞme Daniel Mann  fustige au passage l'exploitation ouvrière auprès de la dictature d'un patron vĂ©nal (formidable Ernest Borgnine dans ses outrances gouailleuses). Ce dernier Ă©tant prioritairement responsable de la dĂ©liquescence morale de son employĂ© prochainement vouĂ© Ă  une rancoeur vindicative. 
Willard s'impose alors en conte horrifique Ă  travers ce portrait fragile d'un cĂ©libataire endurci constamment raillĂ© et discrĂ©ditĂ© par son entourage amical (si on excepte sa vaine liaison avec une secrĂ©taire), professionnel, voir mĂŞme familial (sa mère possessive le considère comme un ratĂ© en dehors de son bon caractère). Si bien que sa nouvelle relation amorcĂ©e avec les rats va enfin lui permettre de se forger une autoritĂ© et s'affirmer auprès des autres lors d'un règlement de compte meurtrier. Un acte de rancoeur finalement aussi couard qu'ingrat, tant auprès de la victime assassinĂ©e que des rongeurs exploitĂ©s Ă  des fins criminelles puis finalement sacrifiĂ©s au profit de la nouvelle indĂ©pendance de leur mentor.


La nuit du Rat
Attachant, fort et impeccablement construit dans sa construction d'un suspense latent au service d'un profil psychologique sombrant dans la psychopathie, Willard reste un excellent divertissement adulte Ă  travers son lot de sĂ©quences intimistes et incidents progressivement horrifiques plutĂ´t crĂ©dibles quant aux rapports de domination/soumission (et vice versa) imputĂ©s entre Willard et Ben. RĂ©flexion sur leurs rapports de force oĂą possessivitĂ©, jalousie et dĂ©sir de surpasser son alliĂ© empruntent le cheminement sĂ©ditieux, Willard ne manque pas de provoquer l'empathie Ă  travers le portrait sensible de ce marginal livrĂ© au dĂ©sespoir de sa solitude.   

Note: Il s'agit d'un des premiers rĂ´les de Bruce Davison au cinĂ©ma. Dans le remake, il incarne le père de Willard.

Eric Binford
16.05.17
27.01.11. 92
01.05.25. 4èx

lundi 15 mai 2017

LOGAN

                                                              Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site lestoilesheroiques.fr

de James Mangold. 2017. U.S.A. 2h17. Avec Hugh Jackman, Patrick Stewart, Dafne Keen, Boyd Holbrook, Stephen Merchant, Elizabeth Rodriguez, Richard E. Grant.

Sortie salles France: 1er mars 2017. U.S: 3 Mars 2017

FILMOGRAPHIE: James Mangold, de son vrai nom James Allen Mangold, est un réalisateur, scénariste, producteur et acteur américain né le 16 décembre 1963 à New York, dans l'État de New York, aux (États-Unis). 1995: Heavy. 1997: Cop Land. 1999: Une vie volée. 2001: Kate et Léopold. 2003: Identity. 2005: Walk the Line. 2007: 3 h 10 pour Yuma. 2010: Night and Day. 2013: Wolverine: Le Combat de l'immortel. 2017: Logan.


"On se met hors de la vie quand on a tuĂ©... Il n'y a pas de retour possible... LĂ©gitime ou non, un meurtre vous marque." 
Troisième volet imputé au personnage de Wolverine d'après Marvel Comics, Logan ressuscite le film de super-héros (en berne depuis une dizaine d'années si on excepte un ou deux sursauts) avec une grâce à la fois mélancolique et vertigineuse. Bouleversant drame familial si j'ose dire autour d'un survival mené avec une maîtrise sans fard, Logan constitue un concentré d'actions et d'émotions pures comme rarement le genre ait pu nous en offrir. Car à partir d'une intrigue linéaire relatant l'escapade d'un quatuor de super-héros contre l'armée, James Mangold en extrait un monstrueux divertissement inopinément sombre et sauvage. Sans concession, la vélocité des rixes entre bons et méchants s'avérant d'une barbarie viscérale lors des coups de griffes violemment assénés contre l'ennemi, quand bien même on se surprend de l'acuité dramatique des moments les plus cruels comme le soulignera une circonstance faussement rassurante. Sans céder à l'outrance ou le racolage comme il en pullulent chez les films de supers-héros mainstream, Logan demeure le p'tit canard subversif si bien que les séquences d'action chorégraphiées s'enchaînent (à en avoir parfois le tournis !) et se renouvellent au profit d'un récit substantiel faisant honneur à ses personnages tourmentés.


Modèle d'efficacitĂ© par sa structure soigneusement charpentĂ©e alternant bravoures homĂ©riques et Ă©motion intimiste en la prĂ©sence de Logan et de sa fille mais aussi de seconds-rĂ´les malmenĂ©s (Xavier et Caliban), Logan distille un climat Ă©lĂ©giaque (score au clavecin Ă  l'appui !) au sein d'une campagne solaire contrastant avec la dĂ©sillusion d'un Logan Ă  bout de souffle dans sa retraite anticipĂ©e (il est proche du suicide). A travers ses dures expressions oĂą se disputent l'irascibilitĂ© alcoolique, le dĂ©sespoir latent mais aussi la rage de vaincre lors de furieux accès de rĂ©volte, Hugh Jackman nous dĂ©livre sans doute son plus grand rĂ´le dans ce personnage sclĂ©rosĂ© volontiers individualiste au point de dĂ©laisser le sort de sa partenaire incessamment traquĂ©e par des soldats sans vergogne. On peut d'ailleurs souligner le parti-pris rĂ©aliste du rĂ©alisateur Ă  nous illustrer lors d'un bref passage explicatif la condition esclave de ces enfants martyrs souvent sacrifiĂ©s sous l'autel d'une hiĂ©rarchie militaire mĂ©galo. Souvent mutique mais d'un charisme plutĂ´t mature par son regard aussi bien revĂŞche que torve, la petite Dafne Keen partage la vedette de son ascendant avec aplomb, soupçons d'arrogance et une Ă©motion toujours plus fragilisĂ©e au fil de sa relation tendue avec son père. A eux deux, ils forment un duo improbable d'une belle dimension humaniste dans leur initiation fraternelle et familiale si bien que le rĂ©alisateur en extirpe au final un dĂ©chirant requiem avant de nous conclure une leçon de sagesse et de tolĂ©rance contre le venin de la haine meurtrière.


TranscendĂ© par la densitĂ© humaniste de ces personnages en proie au doute, Ă  la crainte de la vieillesse mais aussi Ă  l'espoir de refonder un semblant de famille, Logan frappe en plein coeur dans son maelstrom d'Ă©motions Ă  la fois brutes et Ă©thĂ©rĂ©es, notamment lorsque son sujet cible l'exploitation des enfants pour une cause belliciste. Au coeur des affrontements barbares Ă©mane une oeuvre initiatique Ă©purĂ©e, pleine de bruit, de fureur et d'Ă©lĂ©gie, oĂą perce une Ă©motion lyrique. Un divertissement adulte avec une âme et un coeur, tel est l'emblème des grands classiques. 

Bruno Matéï

samedi 13 mai 2017

Alien Covenant

                                                                Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site fr.pinterest.com

de Ridley Scott. 2017. U.S.A/Angleterre. 2h02. Avec Michael Fassbender, Katherine Waterston, Billy Crudup, Danny McBride, Demián Bichir, Carmen Ejogo, Jussie Smollett, Amy Seimetz, Callie Hernandez.

Sortie salles France: 10 Mai 2017. U.S: 19 Mai 2017

FILMOGRAPHIE: Ridley Scott est un rĂ©alisateur et producteur britannique nĂ© le 30 Novembre 1937 Ă  South Shields. 1977: Duellistes. 1979: Alien. 1982: Blade Runner. 1985: Legend. 1987: TraquĂ©e. 1989: Black Rain. 1991: Thelma et Louise. 1992: 1492: Christophe Colomb. 1995: Lame de fond. 1997: A Armes Egales. 2000: Gladiator. 2001: Hannibal. 2002: La Chute du faucon noir. 2003: Les AssociĂ©s. 2005: Kingdom of heaven. 2006: Une Grande AnnĂ©e. 2007: American Gangster. 2008: Mensonges d'Etat. 2010: Robin des Bois. 2012: Prometheus.


"Il se prend pour Dieu mais Dieu a horreur de la concurrence"
FraĂ®chement sorti de la salle obscure, le flegme apaisĂ© (malgrĂ© le bashing de masse sur Facebook !) et le sourire d’ado docile (repus de mes Ă©motions fortes), je m’empresse de livrer Ă  chaud mes impressions — et, par la mĂŞme occasion, de dĂ©clarer ma flamme au père fondateur de la franchise, Monsieur Ridley Scott, trop souvent discrĂ©ditĂ© ces dernières annĂ©es. Après avoir rĂ©volutionnĂ© le space opera avec son Ĺ“uvre sĂ©minale Alien, le voilĂ  de retour avec une prĂ©quelle situĂ©e dix ans après les Ă©vĂ©nements de Prometheus. Sans dĂ©voiler les arcanes d’une intrigue brassant peur de l’inconnu, danger lĂ©tal et crĂ©ation, Scott signe, avec Alien: Covenant, un spectacle flamboyant renouant avec l’essence du cinĂ©ma d’horreur : cristalliser, avec intĂ©gritĂ© et brio technique, tension, angoisse, mystère et terreur dans un univers stellaire et terrestre, sombre et envoĂ»tant, habitĂ© par une crĂ©ature toujours aussi furieusement expressive.


Ce goĂ»t du sentiment d’insĂ©curitĂ©, Scott le ressuscite dès la première partie, terriblement affolante : l’inoculation de micro-organismes qu’involontairement deux membres de l’Ă©quipage vont enfanter dĂ©clenche des sĂ©quences chocs d’une violence inouĂŻe, soufflant une terreur viscĂ©rale sous l’impulsion d’un montage frĂ©nĂ©tique, oĂą chaque Ă©clat visuel avive l’intensitĂ© dramatique. En dĂ©pit d’un canevas narratif de prime abord Ă©culĂ© (quinze passagers dĂ©tournent leur route vers une planète hostile pour s’y faire massacrer un Ă  un, tandis qu’un androĂŻde aux intentions troubles les retient dans son antre), Alien: Covenant nous entraĂ®ne vers un voyage au bout des tĂ©nèbres, imprĂ©gnĂ© d’une « Ă©pouvante licencieuse » que n’auraient pas reniĂ©e les artisans du cinĂ© bis. Scott ose une violence crue, exposant des trognes mĂ©connues dignes de Mutants ou InseminoĂŻd - mais ici, le jeu sobre et l’empathie pour ces visages Ă©garĂ©s font toute la diffĂ©rence. Loin de la chair Ă  canon transparente d’un Vendredi 13, leurs morts nous touchent.

SemĂ© de clins d’Ĺ“il au premier Alien (costumes « classiques » de nos hĂ©ros futuristes, huis clos final dans le vaisseau) et de trouvailles macabres (l’extraction de l’alien chez deux victimes, la singularitĂ© de leur contamination), Alien: Covenant sĂ©duit habilement une nouvelle gĂ©nĂ©ration tout en alternant morceaux de bravoure spectaculaires et surgissements de terreur haletante sous l’effigie de xĂ©nomorphes toujours aussi rageurs et perfides. On salue, Ă  ce titre, l’audace de son Ă©pilogue nihiliste.


Dans l'espace, personne ne vous entend hurler ! 
Spectaculaire, grandiose et Ă©pique sans cĂ©der Ă  l’esbroufe, angoissant et parfois terrifiant, plongĂ© dans un univers crĂ©pusculaire aussi suffocant qu’immersif, Alien: Covenant rĂ©invente le divertissement horrifique Ă  travers des codes connus mais savamment revitalisĂ©s, baignant dans une facture bis dĂ©licieusement assumĂ©e - les moyens pharaoniques en prime. S’ajoute Ă  cela l’attachante caractĂ©risation de personnages Ă  la fois fragiles et combatifs, fuyant l’hostilitĂ© de crĂ©atures exterminatrices. Il en rĂ©sulte un spectacle hybride de samedi soir, oĂą « jouissance », « Ă©motion » et « poĂ©sie » dictent la cadence - et oĂą la magnifique scène d’apprivoisement d’un alien par son maĂ®tre irradie une intensitĂ© mĂ©lancolique.

-- Bruno  

La critique de Mathieu le Berre: http://retro-hd.com/critiques/cinema/1774-alien-covenant.html

La critique de Gilles Rolland: http://www.onrembobine.fr/critiques/critique-alien-covenant/

La critique du Point: http://www.lepoint.fr/pop-culture/cinema/alien-covenant-quand-ridley-scott-se-prend-pour-dieu-09-05-2017-2125903_2923.php

Le point de vue antinomique de Jean Marc Micciche:
Bon la question qui fâche...oui Alien covenant....J'ai du mal à comprendre l'indulgence qu'il y a autour du film...Et malgré mes réticences de bases très marqués, j'avais envie d'y croire, en Scott, dans sa mythologie....bref j'étais partie pour voir du Alien, pas un Vendredi de l'espace, parce que je suis désolé, c'est juste çà (malheureusement), une boucherie froide, sans aucune (pour la majorité) une once de mise en place de suspense. La première heure fait encore illusion, car moi en tant que fan de sf pur, je suis content de voir un vaisseau dans l'espace, et si le film se résume à une version clean du premier Alien, au moins la chose titille encore ma vibre alien...La scène d'ouverture fait un lien poussif sur la création (sic) mais bon c'est jolie et bien cadré, bien joué...la scène de l'incident spatial est une bonne entrée matière...puis le signal, plus l'arrivée sur la planète mystérieuse, etc...bon même si visuellement ça a de la gueule et la direction artistique est soigné, on reste loin quand de l'étrangeté, du suspense, de l'exploration de la planète...bref du sous alien, mais ça reste dans les clichés du genre, ça me gêne pas...et puis du coup le film s'accélère avec pour ma part les deux meilleures scènes du film, toute la scène d'horreur dans la navette ou Scott se lâche dans un jeu de course poursuite en montage parallèle vraiment grisant suivie dans la scène 'raptor' dans les hautes herbes...certes les perso agissent comme des teubés mais il y a une vrai tension..bref une bonne demi heure avant l'arrivée de David et de tout le tra lala sur la création....et là mon cerveau décroche littéralement....le film devient d'une lourdeur pachydermique, bavard, surlignant tout dix fois histoire de bien souligner le message.. et c'est là que le film vire clairement aux slaher à deux balles. Scott déteste ses personnages et pour un jeu de massacre triste pas si loin de série z genre Inseminoid ou Créatures...les bisseux trouveront sans doute leurs comptes dans ce wft, les autres pleureront....au passage, on apprend le sort des ingénieurs (renversant), on découvre l'origine de l'alien et de l'oeuf (misère)...les perso, tous plus con les uns que les autres font n'importe quoi et on les emploi à les faire tuer comme des merdes (qu'on est loin des perso secondaires des trois premiers alien)....je passe sur les invraisemblances, les ellipses pourries, car on a droit à deux scènes qui vaut leurs pesant de cacahouètes (le sauvetage et le scène dans le vaisseau). Il est temps que le film se termine....voilà la création de l'alien est douloureuse que celle de dark wador. Si vous aimez les slasher couillon, ça peut le faire.....

                                                                Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site critique-film.fr   

de Ridley Scott. 2011. U.S.A. 2h02. Avec Noomi Rapace, Michael Fassbender, Charlize Theron, Idris Elba, Guy Pearce, Logan Marshall-Green, Sean Harris, Rafe Spall, Emun Elliott, Benedict Wong.

Sortie salles France: 30 Mai 2012. U.S: 8 Juin 2012

FILMOGRAPHIE (Info Wikipedia)Ridley Scott est un rĂ©alisateur et producteur britannique nĂ© le 30 Novembre 1937 Ă  South Shields.
1977: Duellistes. 1979: Alien. 1982: Blade Runner. 1985: Legend. 1987: TraquĂ©e. 1989: Black Rain. 1991: Thelma et Louise. 1992: 1492: Christophe Colomb. 1995: Lame de fond. 1997: A Armes Egales. 2000: Gladiator. 2001: Hannibal. 2002: La Chute du faucon noir. 2003: Les AssociĂ©s. 2005: Kingdom of heaven. 2006: Une Grande AnnĂ©e. 2007: American Gangster. 2008: Mensonges d'Etat. 2010: Robin des Bois. 2012: Prometheus


Une Ă©quipe de scientifiques se dirigent vers une planète hostile après avoir explorĂ© une grotte illustrant une carte sur l'origine de la vie. A bord de cette expĂ©dition, Elizabeth et son ami Charlie sont persuadĂ©s de rencontrer nos crĂ©ateurs de l'humanitĂ© sur la planète LV-223. 33 ans après AlienRidley Scott ainsi que ses scĂ©naristes Damon Lindelof et John Spaihts ont enfin entrepris de concrĂ©tiser le rĂŞve de millions de fans. Concevoir une prĂ©quelle Ă  son modèle et donc relancer la franchise pour exploiter d'autres horizons spĂ©culatives et rameuter une nouvelle gĂ©nĂ©ration. Spectacle de science-fiction d'une sobriĂ©tĂ© intègre, Prometheus est avant tout une rĂ©ussite esthĂ©tique dans sa photogĂ©nie rugueuse d'un univers hostile, un règne interlope imprĂ©gnĂ© de mystère avant l'affront d'un cataclysme terrien. A la manière de son aĂ®nĂ© Alien, le rĂ©alisateur nous refait le coup de l'excursion ombrageuse auprès d'une nouvelle compagnie d'explorateurs envisageant de dĂ©mystifier l'origine de la vie par le biais d'une carte symbolique. Sur place, en visitant les lieux d'une cavitĂ© rocheuse Ă  l'atmosphère irrespirable, ils vont se confronter Ă  une multitude d'Ă©nigmes, telles ces apparitions furtives d'humanoĂŻdes virtuels ou encore le corps momifiĂ© d'un extra-terrestre. Tandis qu'au fil de leur archĂ©ologie, des sculptures et monuments historiques inscrites sur les remparts d'un sous-sol prĂ©sagent une technologie avancĂ©e.
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Avec une ambition formelle, Ridley Scott se rĂ©approprie des codes de la mythologie dans une sorte de mise en abyme pour rĂ©interprĂ©ter un univers opaque irrĂ©sistiblement inquiĂ©tant. Dans Prometheus, l'immersion de son milieu inhospitalier est totalement fluide ! En artiste virtuose aux idĂ©es technologiques innovantes, renouant avec de vastes dĂ©cors organiques d'une planète caverneuse, Scott s'impose une fois de plus en crĂ©ateur d'images. Cette persuasion de nous entraĂ®ner en interne d'une galaxie jalonnĂ©e d'Ă©lĂ©ments troubles ou nĂ©buleux, en connivence avec l'origine de la vie. Avec une science du suspense sous-jacent, Prometheus insuffle une atmosphère singulière d'abandon et d'isolement auprès d'une Ă©quipe de chercheurs incapables de supplanter l'antagoniste. Les enjeux humains impartis aux personnages, leur choix conflictuel de survie pour sauvegarder la terre et leur foi spirituelle vont ĂŞtre mis Ă  lourde Ă©preuve pour tenter de se devancer. Pour rationaliser leurs vicissitudes, la dimension humaine de nos protagonistes est allouĂ©e Ă  une poignĂ©e de comĂ©diens dĂ©pouillĂ©s car Ă©ludĂ©s d'une Ă©ventuelle bravoure guerrière (mention spĂ©ciale Ă  Naomi Rapace en hĂ©roĂŻne opiniâtre de sa conviction mystique et Ă  Michael Fassbinder, androĂŻde Ă©trangement Ă©quivoque, sournois et affable). Des scientifiques au caractère bien distinct, chargĂ©s de crainte, de doutes et d'espoir mais piĂ©gĂ©s par une Ă©volution dĂ©lĂ©tère auprès d'un individu perfide. Quand bien mĂŞme au fil de leur cheminement en dĂ©clin, leur quĂŞte initiatique est allouĂ©e d'une thĂ©orie mĂ©taphysique sur la notion de Bien et de Mal (un Dieu crĂ©ateur souhaiterait-il invoquer notre perte ?). Notamment sur le fondement de notre foi Ă  la spiritualitĂ© pour nous convaincre d'exister et Ă©voluer.


Je ne sais rien mais c'est ce que je choisi de croire
Si nombre de questions restent en suspens (pour quelle motivation les ingĂ©nieurs souhaitent Ă©radiquer la Terre et quel est le rĂ´le vĂ©ritable des armes biologiques ?), Prometheus est suffisamment dense, tangible, convaincant, parfois mĂŞme terrifiant pour relancer une nouvelle franchise prometteuse. Spectaculaire, esthĂ©tiquement fascinant et impressionnant (l'avortement fait figure de nouvelle anthologie horrifique alors que la cruautĂ© de certaines mises Ă  mort renforcent son aspect cauchemardesque), Prometheus dĂ©ploie en outre un nouvel antagoniste Ă©sotĂ©rique. Un humanoĂŻde finalement accouplĂ© avec une forme organique bien connue des amateurs et donc en l'occurrence dĂ©voilĂ©e sous son incubation originelle ! S'il n'est pas le chef-d'oeuvre annoncĂ©, la nouvelle dĂ©mesure de Ridley Scott est un grand film d'anticipation sur l'horreur d'une menace inconnue, l'infini inaccessible et notre soif d'en dĂ©chiffrer le sens.
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