jeudi 30 juin 2016

Ginger Snaps. Prix Spécial du Jury, Toronto 2000.

                                                Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site senscritique.com

de John Fawcett. 2000. U.S.A. 1h48. Avec Emily Perkins, Katharine Isabelle, Kris Lemche, Mimi Rogers, Jesse Moss, Danielle Hampton

Sortie salles Canada: 11 Mai 2001. Inédit en salles en France.

FILMOGRAPHIE: John Fawcett est un réalisateur américain, né le 5 Mars 1968 à Edmonton, Alberta, Canada. 1997: The Boys Club. 2000: Ginger Snaps. 2001: Lucky Girl (télé-film). 2005: The Dark. 2008: The quality of life. 2006: Issue Fatale.

"La lune des filles perdues." 

InĂ©dit en salles en France et sorti discrètement en DVD, Ginger Snaps aborde la lycanthropie avec une rare intelligence dans le traitement de ses personnages : deux sĹ“urs insĂ©parables, fascinĂ©es par le morbide (elles se mettent en scène dans diverses tentatives de suicide Ă  travers leur camĂ©ra) et tiraillĂ©es entre le goĂ»t de la mort et les premiers dĂ©sirs de sĂ©duction qui accompagnent leur pubertĂ©, malgrĂ© la prĂ©sence d’ados machistes et libidineux.

Synopsis : sauvagement agressĂ©e une nuit par un loup-garou dans un parc, Ginger change peu Ă  peu de comportement, tandis que sa sĹ“ur cadette, Brigitte, impuissante, tente de comprendre. Unies par un lien fusionnel, elles vont lutter ensemble contre le mal qui dĂ©vore Ginger de l’intĂ©rieur.

Sur le papier, le scĂ©nario pouvait laisser craindre une banale resucĂ©e du film de loup-garou. Mais John Fawcett en dĂ©cortique une mĂ©taphore vibrante : celle de la crise adolescente et du passage Ă  l’âge adulte, vus d’un point de vue fĂ©minin. Un angle rare dans la mythologie lycanthrope, qui renouvelle les clichĂ©s tout en convoquant Carrie de De Palma (notamment lors de la première menstruation post-transformation de Ginger) ou encore le si mĂ©sestimĂ© Jennifer’s Body, qu’il serait urgent de rĂ©habiliter.

Avec tact, rĂ©alisme tranchĂ© (notamment pour les sauvages scènes d'agression vĂ©ritablement terrifiantes, mĂŞme si suggĂ©rĂ©es par le montage ultra dynamique) et une tendresse sobre, Fawcett dresse le portrait fragile de deux adolescentes rebelles. Ginger Snaps adopte une approche quasi documentaire pour transformer sa tragĂ©die horrifique en Ă©tude de caractère. En scrutant le malaise adolescent et la peur de la mort Ă  travers deux sĹ“urs marginales, le film, sous ses dehors de sĂ©rie B au formalisme Ă©tonnamment glauque, dĂ©ploie une surprenante vigueur psychologique dans sa chronique d’une descente aux enfers identitaire. Autant du cĂ´tĂ© de la victime, rongĂ©e par des pulsions sexuelles et sanguinaires incontrĂ´lĂ©es, que de celui de la sĹ“ur tĂ©moin, bouleversĂ©e par la lente mĂ©tamorphose et dĂ©terminĂ©e Ă  trouver un remède.

Impeccablement portĂ©es par deux actrices juvĂ©niles - Emily Perkins et Katharine Isabelle - d’une spontanĂ©itĂ© troublante, les hĂ©roĂŻnes irradient une complicitĂ© affectĂ©e, presque vĂ©nĂ©neuse, qui confine au vertige. On jurerait qu’elles sont sĹ“urs dans la vie tant la fusion paraĂ®t si authentique.

Le rĂ©alisme du contexte horrifique, aussi improbable que dĂ©rangeant, surprend par la brutalitĂ© crĂ©dible des crimes commis par cette crĂ©ature indomptable. Les effets spĂ©ciaux mĂ©caniques, solides et organiques, donnent corps au monstre sans excès de complaisance, tandis que les scènes gores s’attardent juste assez sur les chairs dĂ©chirĂ©es et le sang coagulĂ© pour nourrir le malaise. Ce climat insalubre, presque clinique, glace d’autant plus qu’il documente la bestialitĂ© avec une prĂ©cision morbide et dĂ©senchantĂ©e.

John Fawcett transcende ainsi la sĂ©rie B pour en extraire une Ă©tude de caractère d’une intensitĂ© dramatique inattendue. Ginger Snaps devient un documentaire brut sur l’Ă©moi pubère, sublimĂ© par deux comĂ©diennes transies de vĂ©ritĂ© fraternelle. En injectant un vĂ©ritable drame humain dans la chair du film de monstre, le rĂ©alisateur signe, sans conteste, l’un des plus beaux films de loup-garou jamais tournĂ©s -digne de La Nuit du Loup-Garou, Hurlements ou Le Loup-Garou de Londres.
Quant Ă  sa suite, tout aussi impactante, autrement plus funeste et Ă©touffante, on y reviendra plus tard…

— le cinĂ©phile du cĹ“ur noir

4èx. Vostf

Récompenses: Prix spécial du jury, lors du Festival international du film de Toronto en 2000.
Prix du meilleur film, meilleure actrice pour Emily Perkins et meilleurs effets spéciaux, lors de la Semaine du cinéma fantastique de Málaga en 2001.
Prix du meilleur film sorti en DVD, par l'Académie des films de science-fiction, fantastique et horreur en 2002.
Prix du meilleur film, lors des International Horror Guild Awards en 2002.



mardi 28 juin 2016

Salut l'ami, adieu le trésor / Chi trova un amico, trova un tesoro

                                                 Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site senscritique.com
 
de Sergio Corbucci. 1981. Italie. 1h44. Avec Bud Spencer, Terence Hill, Sal Borgese, John Fujoka, Luise Bennett, Terry Moni Papuana.

Sortie salles France: 16 Décembre 1981. Italie: Décembre 1981

FILMOGRAPHIE SELECTIVE: Sergio Corbucci est un réalisateur et scénariste italien, né le 6 Décembre 1927 à Rome, décédé le 1er Décembre 1990. 1962: Romulus et Remus. 1963: Danse Macabre (co-réalisé avec Antonio Margheriti). 1966: L'Homme qui rit. 1966: Django. 1966: Ringo au pistolet d'or. 1966: Navaja Joe. 1968: Le Grand Silence. 1969: Le Spécialiste. 1970: Companeros. 1972: Mais qu'est ce que je viens foutre au milieu de cette révolution ? 1978: Pair et Impair. 1980: Un Drôle de flic. 1981: Salut l'ami, adieu le trésor. 1989: Night Club.


Gros succès en salles Ă  sa sortie, Salut l’ami, adieu le trĂ©sor est aujourd’hui l’occasion pour moi de rendre hommage Ă  Bud Spencer, avec un brin de nostalgie, depuis que j’ai eu la chance de le dĂ©couvrir en salle. AccompagnĂ© de mon père, un samedi après-midi Ă  l’Apollo Lens, c’est un souvenir d’ado inoubliable que je garde prĂ©cieusement en mĂ©moire. Aujourd’hui, je le redĂ©couvre pour la troisième fois, avec un enthousiasme teintĂ© d’Ă©motion. Autant pour la perte de cet acteur de seconde zone, aussi modeste qu’introverti, que pour celle d’un genre de comĂ©die Ă©pique dont les Italiens s’Ă©taient faits les maĂ®tres. Car il faut l’avouer : les films du duo Bud Spencer / Terence Hill ne brillaient pas par leur subtilitĂ©, mais par leur simplicitĂ© narrative et surtout par la bonhomie de nos « gros durs » - une tendresse sincère qu’on ne retrouve plus, ou si rarement, dans le cinĂ©ma d’aujourd’hui.

                                       

Ă€ la recherche d’un trĂ©sor dans une Ă®le du Pacifique, Alan (Terence Hill) embarque clandestinement sur le bateau de Charlie O’Brien (Bud Spencer). Après leurs querelles incessantes, qui les mènent Ă  l’abandon du navire, les deux compères rejoignent Ă  la nage une Ă®le autrefois occupĂ©e par l’armĂ©e japonaise d’après-guerre. Ă€ peine la chasse au trĂ©sor entamĂ©e, ils sont accueillis par les indigènes, avant que pirates et gangsters ne s’en mĂŞlent pour s’approprier le magot. 

Entre quiproquos insolents, gags improbables et rebondissements farfelus, Salut l’ami, adieu le trĂ©sor s’appuie autant sur l’extravagance des seconds rĂ´les que sur l’inimitiĂ© complice du duo pour dĂ©clencher la jubilation. Terence Hill campe un espiègle chafouin, toujours prĂŞt Ă  titiller les nerfs de son partenaire taciturne ! PortĂ©e par un rythme nerveux, jamais ennuyeux, l’intrigue multiplie les rivalitĂ©s contre des antagonistes hauts en couleur, permettant Ă  nos hĂ©ros de distribuer mandales et baffes tonitruantes avec une inventivitĂ© insatiable. DĂ©paysant par son climat tropical Ă©clatant et entĂŞtant grâce Ă  sa partition antillaise dĂ©licieusement datĂ©e, Salut l’ami, adieu le trĂ©sor conserve un charme aussi folingue que surrĂ©aliste, orchestrĂ© par l’autoritĂ© intègre de Sergio Corbucci, cinĂ©aste notoire dĂ©jĂ  signataire de Django et du Grand Silence (excusez du peu).

Spectacle familial dĂ©bordant de fantaisie et nourri d’une naĂŻvetĂ© bon enfant, Salut l’ami, adieu le trĂ©sor reste une perle bis de la comĂ©die italienne, immortalisĂ©e par le duo lĂ©gendaire Bud Spencer / Terence Hill et leur concours de baffes dĂ©coiffantes.

A Bud Spencer (31.10.29 / 27.06.16)

— le cinĂ©phile du cĹ“ur noir

lundi 27 juin 2016

Frogs

  
                                                      Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

de George Mc Cowan. 1972. U.S.A. 1h32. Avec Ray Milland, Sam Elliott, Joan Van Ark, Adam Roarke, Judy Pace, Lynn Borden, Mar Mercer, David Gilliam.

Sortie salles France: 2 Octobre 1974. U.S: 10 Mars 1972

FILMOGRAPHIE PARTIELLE: George Mc Cowan est un réalisateur canadien né le 27 Juin 1927, décédé le 1er Novembre 1995. 1971: Face-Off. 1972: Frogs. 1972: La Chevauchée des 7 mercenaires. 1974: The Inbreaker. 1974: To kill the King. 1976: Shadow of the Hawk. 1979: Alerte dans le cosmos. 1990: Sanity clause (télé-film).


SĂ©rie B horrifique rĂ©alisĂ©e par un artisan de sĂ©ries TV (l'Ă®le Fantastique, DrĂ´le de dames, Shannon, l'Homme Ă  l'orchidĂ©e, Starsky et Hutch, Cannon, les Envahisseurs, etc...), Frogs emprunte la thĂ©matique des animaux meurtriers sous couvert de manifeste anti-pollution (les pesticides employĂ©es ici Ă  outrance par un propriĂ©taire cossu). D'une simplicitĂ© narrative, de riches rĂ©sidents d'une bâtisse insulaire se voient agressĂ©s par des animaux Ă  proximitĂ© de leurs Ă©tangs et de la forĂŞt. Quand bien mĂŞme un journaliste Ă©colo tente de leur prĂŞter main forte malgrĂ© l'intransigeance du patriarche Ă  ne pas cĂ©der Ă  l'affolement. Avec son affiche cartoonesque aussi grotesque que pittoresque, Frogs cultive l'esprit Bis d'un nanar ricain assez fallacieux. Dans la mesure oĂą malgrĂ© leur omniprĂ©sence Ă  l'Ă©cran (croassement rĂ©barbatif Ă  l'appui !), ni grenouilles ni crapauds Ă©prouvent une pulsion meurtrière si on excepte l'ultime sĂ©quence lorsqu'ils se rĂ©unissent en masse pour provoquer une attaque cardiaque chez le propriĂ©taire. Outre cet Ă©cart de conduite, nos batraciens occupent leur temps Ă  observer inlassablement les exactions meurtrières de leurs congĂ©nères. 


A savoir, serpents, lĂ©zards, crocodiles et volatiles communĂ©ment complices pour se venger de la morale irrĂ©vĂ©rencieuse de l'homme. Si l'intrigue sans surprises tourne Ă  vide et que la direction d'acteurs est inĂ©gale de par l'aspect attachant des personnages parfois crĂ©tins dans leur maigre effort Ă  repousser la menace, les sĂ©quences chocs qui empiètent le rĂ©cit font preuve d'une certaine vigueur dans leur mise Ă  mort Ă  la fois viscĂ©rale et malsaine. Non pas que le cinĂ©aste ne cède aux effusions de sang mais qu'il insiste Ă  dĂ©crire de manière documentĂ©e l'agonie cruelle des victimes lorsqu'elles sont sauvagement prises Ă  parti avec les reptiles. Et Ă  ce niveau on ressent bien la patine  insalubre d'une oeuvre plutĂ´t rĂ©aliste (tous les animaux, omniprĂ©sents et repoussants, sont authentiques !) symptomatique de l'Ă©poque des Seventies. En prime, le cadre insĂ©cure de l'environnement naturel dans lequel Ă©voluent les animaux insuffle un climat hostile assez envoĂ»tant (bruitages dissonants Ă  l'appui fonctionnant Ă  merveille). Si 1 ou 2 attaques chocs sombrent un peu dans le ridicule, faute du comportement incohĂ©rent ou ridicule des protagonistes (une des victimes s'efforçant maladroitement de se dĂ©fendre contre un alligator au sein d'un Ă©tang, une autre se vautrant bĂŞtement dans une fumĂ©e toxique au lieu de s'en Ă©carter !), les animaux charismatiques, car bien communĂ©ment rĂ©els, provoquent terreur et rĂ©pulsion viscĂ©rale prĂ©gnantes !


Day of the Animals
SĂ©rie B mineure Ă  la rĂ©alisation stĂ©rile et Ă  la distribution timorĂ©e bien qu'attachante (Ray Milland  cabotine aimablement dans sa prestance patriarcale) mais nĂ©anmoins rehaussĂ©e d'un climat anxiogène constamment inquiĂ©tant, Frogs constitue un fort sympathique divertissement pour les amateurs de relique bisseuse Ă  l'aura gĂ©nialement licencieuse (marque de fabrique des Seventies pour le genre).  

*Bruno
24.01.23. 5èx
27.06.16
10.03.10

vendredi 24 juin 2016

Severance

                                                        Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site aureliehuet.com 

de Christopher Smith. 2006. Angleterre. 1h30. Avec Danny Dyer, Laura Harris, Tim McInnerny, Toby Stephens, Claudie Blakley, Andy Nyman.

Sortie salles France: 18 Octobre 2006. Angleterre: 25 Août 2006

FILMOGRAPHIE: Christopher Smith est un rĂ©alisateur et scĂ©nariste britannique, nĂ© le 16 AoĂ»t 1970 Ă  Bristol. 2004: Creep. 2006: Severance. 2009: Triangle. 2010: Black Death. 2011: Paris I'll Kill You. 2014: Get Santa.


Empruntant le schĂ©ma du survival dans la tradition du genre (chasse Ă  l'homme en milieu forestier), le rĂ©alisateur british Christopher Smith (rĂ©vĂ©lĂ© par l'excellent Creep !) parvient Ă  contourner les clichĂ©s par le biais d'un humour sardonique particulièrement fĂ©roce. Car outre les situations aussi extravagantes qu'inventives et les comportements dĂ©calĂ©s des personnages, Severance se laisse Ă©galement influencĂ© par le Tortur'Porn (en vogue) avec un rĂ©alisme viscĂ©ral. 

Synopsis: Sept managers partent en week-end pour une partie de Pain-ball en pleine forĂŞt hongroise. EpiĂ©s par une prĂ©sence invisible et sĂ©vèrement mis Ă  mal par moult pièges implantĂ©s dans les sentiers, ils deviennent la cible d'un groupuscule terroriste dĂ©libĂ©rĂ© Ă  les pourchasser jusqu'Ă  ce que mort s'ensuive. 

Satire du milieu de l'entreprise auquel 7 employĂ©s n'auront de cesse de tester leur performance morale et physique avec un esprit d'Ă©quipe anarchique, Severance amorce la descente aux enfers d'un jeu de massacre oĂą les coups les plus couards y seront permis. En comptant notamment sur la spontanĂ©itĂ© attachante des personnages (notamment la romance improvisĂ©e entre le duo hĂ©roĂŻque), Christopher Smith divertit gĂ©nĂ©reusement avec l'habiletĂ© d'un script dĂ©tonnant embrayant avec la montĂ©e en puissance d'un rythme homĂ©rique. Ce dernier exploitant Ă©galement habilement les lieux-clos et son espace naturel pour les allĂ©s et venus de nos touristes s'efforçant de contourner la mort Ă  travers  chausse-trapes et courses-poursuites en roue libre. 


De par la modestie du rĂ©alisateur Ă  façonner un pur divertissement de sĂ©rie B, Severance constitue un spectacle retors constamment plaisant et haletant dans son lot de gags sardoniques et d'ultra-violence vitriolĂ©e. Une farce macabre redoutablement efficace au demeurant, pied de nez Ă  la course Ă  l'armement portĂ© avec une dĂ©rision cinglante. 

*Bruno
10.11.24. 3èx. VF

jeudi 23 juin 2016

INCASSABLE

                                                          Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site fmaker.unblog.fr

"Unbreakable" de Night M. Shyamalan. 2000. U.S.A. 1h47. Avec Bruce Willis, Samuel L. Jackson, Robin Wright Penn, Spencer Treat Clark, Charlayne Woodard, Eamonn Walker, Leslie Stefanson

Sortie salles France: 27 Décembre 2000. U.S: 22 Novembre 2000

FILMOGRAPHIE: M. Night Shyamalan est un réalisateur, scénariste, producteur et acteur américain, d'origine indienne, né le 6 Août 1970 à Pondichéry.
1992: Praying with Angers. 1998: Eveil à la vie. 1999: Sixième Sens. 2000: Incassable. 2002: Signs. 2004: Le Village. 2006: La Jeune fille de l'eau. 2008: Phenomènes. 2010: Le Dernier maître de l'air. 2013: After Earth. 2015: The Visit.


Un an après le succès notoire du 6è SensM. Night Shyamalan recrute Ă  nouveau Bruce Willis pour le glisser dans la peau d'un super-hĂ©ros hĂ©tĂ©rodoxe. Car Ă  travers ce thème mythologique, l'intrigue audacieuse fait fi de surenchère homĂ©rique afin de privilĂ©gier la dimension torturĂ©e de deux personnages en discorde morale. David Dunn poursuivant durant son cheminement existentiel une quĂŞte identitaire sous l'influence d'un fĂ©ru de bande dessinĂ©e. Miraculeusement indemne après un tragique accident ferroviaire, il rencontre Elijah Price, artiste peintre de BD atteint d'une maladie rare, l'ostĂ©ogenèse (grande fragilitĂ© des os dĂ» Ă  une anomalie congĂ©nitale). Ce dernier tente de convaincre David, agent de sĂ©curitĂ© dans un stade de foot, qu'il est affublĂ© de pouvoirs surhumains Ă  l'instar d'un super-hĂ©ros. RĂ©futant cette thĂ©orie improbable mais hantĂ© par son don pour la survie, David ne cesse de se remettre en question parmi le tĂ©moignage de son fils toujours plus intriguĂ© par sa santĂ© prospère. Mais comme tous les personnages super-hĂ©roĂŻques, ce dernier pâti d'un point faible qu'Elijah va tenter d'Ă©lucider.


RĂ©cit d'anticipation Ă©maillĂ© de rebondissements (l'Ă©volution morale de David et Elijah donne lieu Ă  une complicitĂ© ambivalente !) et de plages d'intimitĂ© d'une pudeur fragile (la complicitĂ© autant amicale que paternelle de David avec son fils, ses rapports conjugaux en quĂŞte de rĂ©conciliation), Incassable prend le contre-pied du divertissement lambda pour transcender le mythe du super-hĂ©ros avec sobriĂ©tĂ© imperturbable. DĂ©nuĂ© d'aucune prĂ©tention, M. Night Shyamalan exploite tous les codes du genre avec une rare subtilitĂ© (la prise de conscience surhumaine de David avec la sĂ©ance des haltères) tout en offrant au passage une dĂ©claration d'amour Ă  la bande dessinĂ©e (le gĂ©nĂ©rique introductif, l'analyse d'un dessin pictural !). A l'aide d'une rĂ©alisation alambiquĂ©e, le cinĂ©aste prend son temps pour peaufiner un rĂ©cit diaphane Ă  travers les profils contrariĂ©s de personnages en proie Ă  la dĂ©livrance. RĂ©flexion sur l'identitĂ©, la rĂ©demption, le but de notre destinĂ©e mais aussi celui du sacrifice (sur ce dernier terme, le point de vue est Ă©tabli par le "mĂ©chant"), Incassable oppose les sentiments contradictoires de vengeance et de justice avec singularitĂ©. Shyamalan multipliant les rivalitĂ©s psychologiques avec un humanisme fragile plutĂ´t que la tradition des confrontations musclĂ©es (un seul pugilat est Ă  relever !). Tant pour la remise en question de David hantĂ© par sa condition surhumaine (une tare l'empĂŞchant de façonner sa vie de famille), la posture admirative du fils puis sa crise morale Ă  vouloir dĂ©masquer l'identitĂ© de son père, que de la condition versatile d'Elijah depuis son handicap congĂ©nital.


Avec le parti-pris de dĂ©concerter le grand public, M. Night Shyamalan a pris d'Ă©normes risques Ă  traiter sobrement de l'univers des super-hĂ©ros et de la bande dessinĂ©e en misant essentiellement sur la dimension humaine de personnages partagĂ©s entre rĂ©volte et reconnaissance ou quĂŞte de rĂ©demption et quiĂ©tude existentielle. Outre le brio technique du cinĂ©aste conteur, on peut Ă©galement prĂ´ner le jeu flegme des comĂ©diens communĂ©ment impliquĂ©s dans la vigueur Ă©motionnelle. DĂ©routant mais passionnant sous le pilier de ses thèmes universels.  

2èx

mercredi 22 juin 2016

LA SECTE SANS NOM. Prix du jury, prix de la critique, prix du jury jeune et Prix de la découverte, Gerardmer 2000.

                                                                      Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site papystreaming.com

"Los sin nombre" de Jaume BalaguerĂł. 1999. Espagne. 1h39. Avec Emma Vilarasau, Karra Elejalde, Tristán Ulloa, Toni Sevilla, Brendan Price, Jordi Dauder

Sortie salles France: 23 Août 2000. Espagne: 19 Novembre 1999

FILMOGRAPHIE: Jaume Balaguero est un réalisateur et scénariste espagnol d'origine catalane, né le 2 Novembre 1968 à Lérida.
1999: La Secte sans Nom. 2002: Darkness. 2005: Fragile. 2006: A Louer (moyen métrage). 2007: REC (co-réalisé avec Paco Plaza). 2009: REC 2 (co-réalisé avec Paco Plaza). 2011: Malveillance. 2014: REC Apocalypse.


Premier long-métrage oh combien éprouvant du prodige Jaume Balaguero, la Secte sans nom fut salué à travers le monde par de multiples récompenses. En témoigne son accueil reçu en France lorsqu'il s'est vu attribué le Prix du jury, le Prix de la Critique, le Prix du Jury Jeune et le Prix de la Découverte Ciné-Live au Festival de Gérardmer. Thriller horrifique sans doute influencé par Rosemary's Baby, Seven et le Silence des Agneaux, la Secte sans nom fait parti de ses rares métrages où l'atmosphère putride et la terreur cérébrale nous saisissent à la gorge sans jamais lâcher prise ! A l'instar de son prélude auquel une fillette tuméfiée est retrouvée vitriolée après avoir été plongée dans un bain d'acide ! Une séquence morbide d'un réalisme halluciné d'autant plus dérangeante que le symbole candide est immolé au nom d'une confrérie néo-nazie.


Cinq ans après ce tragique évènement, Claudia reçoit un appel de sa défunte fille lui suppliant de partir à sa recherche. Oh départ dubitative mais gagnée par la curiosité et une soif de vérité, elle se lance à sa recherche avec l'aide d'un ex policier. Au même moment, un journaliste enquête en parallèle pour tenter de lever le voile sur ces sinistres disparitions d'enfants auquel Santini et un médecin nazi en seraient les principaux commanditaires. Prenant pour thème le satanisme (même si le mot n'est jamais ou si peu prononcé me semble t'il !), la pédophilie et le snuff movie, La Secte sans nom baigne dans un climat malsain difficilement respirable. Epaulé d'une photo désaturée et de décors désaffectés où plane une ombre hostile, l'ambiance poisseuse que Jaume Balaguero façonne scrupuleusement nous magnétise l'esprit sans complaisance. En dépit d'une intrigue complexe conçue comme un puzzle à devinettes, le cinéaste sème doute, trouble et confusion pour mieux nous plonger dans le désarroi sous l'impulsion délétère d'un ésotérisme parareligieux en concertation avec le nazisme. Cette secte ayant pour mission de synthétiser la pureté du mal autour des personnages martyrs d'Angela et de sa mère. Remarquablement interprété, les comédiens s'investissent dans leur rôle avec une mine aussi contrariée que sentencieuse. Les protagonistes avides de vérité s'efforçant de résoudre l'énigme avec une foi mêlée d'appréhension et de désespoir.


Une pellicule impure habitĂ©e par le Mal. 
ProfondĂ©ment malsain, trouble, dĂ©rangeant et rĂ©ellement terrifiant lors de moments d'intimitĂ© chargĂ©s d'ambiguĂŻtĂ© (l'apartĂ© avec Santini, la posture gouailleuse et viciĂ©e du gourou), La Secte sans nom laisse des sĂ©quelles psychologiques sitĂ´t le gĂ©nĂ©rique Ă©coulĂ©. De par son effrayante conclusion bâtie sur le nihilisme et son rĂ©alisme cru confĂ©rĂ© aux faits de sociĂ©tĂ© tels que les enlèvements d'enfants et le satanisme. EpaulĂ© d'une bande-son stridente, il en Ă©mane un chef-d'oeuvre du genre d'une angoisse dĂ©pressive dans sa manière capiteuse de susciter l'Ă©moi au coeur d'un surnaturel laissĂ© en suspens. 

3èx

Récompenses: Meilleure actrice pour Emma Vilarasau, meilleure photo pour Xavi Giménez au Festival international du film de Catalogne de Sitges. Prix du meilleur film international au festival FanTasia de Montréal.
Prix du jury, prix de la critique, prix du jury jeune et Prix de la découverte Ciné-Live au festival de Fantastic'Arts 2000 de Gérardmer.
Corbeau d'or au Festival international du film fantastique de Bruxelles.
Prix de la critique et prix du meilleur réalisateur du meilleur film international fantastique au Fantasporto à Porto.

mardi 21 juin 2016

SSSSnake

                                                      Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

"Sssssss" de Bernard L. Kowalski. 1973. U.S.A. 1h39. Avec Strother Martin, Dirk Benedict, Heather Menzies-Urich, Richard B. Shull, Tim O'connor.

Sortie salles France: 8 Mai 1974

FILMOGRAPHIE: Bernard L. Kowalski est un réalisateur et producteur américain, né le 2 Août 1929 à Brownsville, Texas, décédé le 26 Octobre 2007 à Los Angeles, Californie. 1958: Hot car girl. 1958: Night of the Blood Beast. 1959: Attack of the Giant Leeches. 1959: Blood and Steel. 1961: Las Vegas Beat. 1968: Krakatoa à l'est de Java. 1969: Stiletto. 1970: Macho Callahan. 1971: Panique en plein ciel (télé-film). 1971: Black Noon (télé-film). 1972: Women in chains (télé-film). 1972: Two for the Money (télé-film). 1972: The New Healers (télé-film). 1972: The Woman Hunter (télé-film). 1973: SSSnake. 1975: The Supercops (télé-film). 1976: Risko. 1977: Flight to holocaust (télé-film). 1978: The Nativity (télé-film). 1979: Marciano (télé-film). 1980: Nick and the Dobermans (télé-film). 1980: Turnover Smith (télé-film). 1980: Patrouille de nuit à Los-Angeles (télé-film). 1983: Johnny Blue (télé-film). 1988: Miracle at Beekman's Place (télé-film). 1989: Nashville Beat (télé-film).

                                            

Autrefois inédit en Vhs et mais diffusé à l'époque sur la chaîne TV6 au coeur des années 80, SSSSnake marqua une génération de téléspectateurs pour ceux ayant eu l'opportunité de le découvrir un dimanche soir. Réalisateur prolifique ayant aussi bien oeuvré au cinéma qu'à la TV (on lui doit des épisodes de Magnum, K2000, Supercopter, Tonnerre de Feu, Mike Hammer, Simon et Simon, les Petits génies, Chips, Barreta, etc...), Bernard L. Kowalski réalise en 1973 une série B horrifique plutôt efficace par son rythme soutenu largement rehaussé du réalisme documenté imparti aux reptiles. Car comme le souligne son avertissement liminaire, tous les serpents sont bel et bien d'authentiques spécimens ramenés de Bangkok (les Cobras royaux) et de Singapour (le Python) et non de vulgaires effets spéciaux façonnés à base de prothèses et latex. 155 étaient d'ailleurs présents sur le tournage dont la moitié venimeux ! Quant à la métamorphose de David en reptile humain, si les effets cheap peuvent timidement prêter à sourire, le réalisme imparti à sa souffrance physique (râles d'agonie à l'appui !) finit rapidement par provoquer l'effroi avec une empathie teintée de désespoir. Certaines séquences fortement dérangeantes insufflant d'ailleurs un climat résolument malsain, tant pour la déchéance humaine des sujets (le héros en mutabilité puis celui exposé dans un cirque !) que du combat réalisé sans trucage entre une mangouste et un cobra royal ! Ainsi, en fustigeant la moralité du cinéaste, on peut donc se scandaliser de cette éventuelle maltraitance animale !

                                         

Prenant pour thème le savant fou dĂ©libĂ©rĂ© ici Ă  expĂ©rimenter du venin reptilien sur un cobaye humain au profit de notre survie (c'est Ă  dire s'immuniser contre la pollution, les flĂ©aux, la famine et l'holocaust), SSSnake emprunte le schĂ©ma classique d'une sĂ©rie B horrifique Ă  l'aura de souffre permĂ©able. De par ces quelques situations et clichĂ©s Ă©culĂ©es (le rival aux gros bras molestant la tranquillitĂ© du couple avant une riposte punitive) et ses sĂ©quences chocs censĂ©es provoquer l'effroi (l'agression sous la douche puis celle dans la cave), SSSnake ne peut laisser indiffĂ©rent l'amateur de dĂ©viance horrifique. Et en dĂ©pit de son cheminement inĂ©vitablement prĂ©visible entrecoupĂ© d'une situation sentimentale censĂ©e dramatiser la romance (la fille du docteur ne doit pas avoir de rapport sexuel avec David au risque d'ĂŞtre contaminĂ©e !), SSSSnake insuffle un suspense anxiogène quand au sort de ses amants (sobrement incarnĂ©s par Dirk Benedict et Heather Menzies-Urich) soumis Ă  l'influence paternelle de Stoner. Ce dernier rivalisant de cynisme et sournoiserie Ă  parfaire ses expĂ©rimentations inhumaines après avoir osĂ© improviser une vendetta meurtrière. Tout un programme expĂ©ditif donc dĂ©nuĂ© de moralitĂ©. Strother Martin endossant avec charisme l'archĂ©type du savant faussement affable habitĂ© d'un dessein littĂ©ralement exubĂ©rant pour notre grand bonheur de rĂ©cit vrillĂ©. Si la première partie n'apporte pas grand chose Ă  l'Ă©volution du rĂ©cit (en dĂ©pit des enjeux humains pour l'idylle du couple), les personnages s'avèrent suffisamment attachants et la mise en scène assez adroite, notamment lorsqu'elle s'efforce de crĂ©dibiliser numĂ©ros d'exhibition et expĂ©rimentations avec les reptiles. Mais c'est lors de son second acte que SSSSnake renchĂ©rit dans l'effroi viscĂ©ral avec la condition torturĂ©e de David rĂ©duit Ă  l'Ă©tat de Cobra royal ! La encore, les effets spĂ©ciaux artisanaux parviennent sobrement Ă  transcender l'improbable en insistant sur la dimension humaine de la crĂ©ature soumise. Le final franchement malsain et audacieux s'avĂ©rant par ailleurs d'une grande cruautĂ© dans son refus de compromis, sachant que l'image se fige sur un hurlement insoutenable.

                                           

En dĂ©pit de son aspect tĂ©lĂ©visuel (non dĂ©nuĂ© de charme) et du manque d'ambition d'un concept aussi saugrenu que dĂ©bridĂ© (Bernard L. Kowalski survole Ă  mon sens le potentiel de son intrigue), SSSSnake parvient sans peine Ă  fasciner, terrifier, rĂ©vulser et impressionner par son climat malsain oĂą (l'omniprĂ©sence) de rĂ©els reptiles se prĂŞtent Ă  la complicitĂ© des comĂ©diens avec troublante hostilitĂ© ! A l'instar du combat final imparti entre le savant et le cobra domestique. Une authentique perle culte donc rehaussĂ©e d'une aura de soufre toujours plus tangible (la dernière demi-heure est immanquable) si bien qu'il m'a aujourd'hui beaucoup plus impressionnĂ© que lors de sa diffusion TV dans les annĂ©es 80. 

*Bruno
02.11.22
21.06.16

"Tous les reptiles montrés dans ce film sont réels. Les cobras royaux ont été importé de Bangkok, le python de Singapour. Nous souhaitons remercier l'équipe et les acteurs pour leur courage... car ils ont été exposés à des conditions très dangereuses."

jeudi 16 juin 2016

EMPRISE. Prix du Meilleur Film, Horror Guild Awards, 2003

                                                                           Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site impawards.com

"Frailty" de Bill Paxton. 2002. U.S.A. 1h39. Avec Bill Paxton, Matthew McConaughey, Levi Kreis, Powers Boothe, Matt O'Leary, Jeremy Sumpter

Sortie salles France: 15 Mai 2012. U.S: 12 Avril 2002

FILMOGRAPHIE: Bill Paxton est un acteur et réalisateur américain, né le 17 mai 1955 à Fort Worth (Texas). 1982: Fish Heads (court métrage). 2002: Emprise. 2005: Un parcours de légende.


Premier et avant-dernier métrage de l'acteur Bill Paxton, Emprise aborde les thématiques de la superstition et du fanatisme religieux avec une ambiguïté dérangeante. Spoil ! A l'instar de son final révélateur à contre emploi de tout ce que le réalisateur semblait nous dénoncer ! Par ce revirement inopiné, le film adopte dès lors une tournure beaucoup plus effrayante pour mettre en exergue une réflexion sur l'existence du Mal et la foi catholique depuis une injonction divine. Fin du Spoil ! Profondément malsain par son climat étouffant souvent régi en vase clos, par son idéologie religieuse rappelant un célèbre précepte de la bible (la tâche d'Abraham et son fils) et la barbarie qui émane des sacrifices humains (même si le hors-champs est louablement prescrit !), Emprise nous immerge dans la mission divine d'un père persuadé de sacrifier des quidams depuis une vision angélique. Selon une liste ciblée de personnes, il est contraint de les assassiner à la hache depuis que les démons les habitent. Dans son délire mystique, il s'efforce d'endoctriner ses deux fils vers l'initiation criminelle afin de contenter la parole de Dieu.


Remarquablement interprĂ©tĂ©, tant par la prestance parano de Bill Paxton en paternel castrateur, le  flegme rassurant de Matthew McConaughey en narrateur que par le duo infantile que forment spontanĂ©ment Jeremy Sumpter et (surtout) Matt O'Leary, Emprise honore le genre horrifique sous le pilier du drame psychologique. D'une intensitĂ© cruelle, l'intrigue ne cesse de nous dĂ©stabiliser lorsque ces enfants candides tĂ©moignent impuissants Ă  la gratuitĂ© d'une sĂ©rie de crimes sauvages. Ce sentiment anxiogène de fragilitĂ© et de perplexitĂ© qu'ils nous insufflent se traduit surtout en la prĂ©sence de Fenton persuadĂ© que son père n'est qu'un charlatan depuis ses exactions barbares. Multipliant vainement les tentatives d'Ă©vasion et de rĂ©volte alors que son frère cadet se conforte Ă  l'emprise du père, Fenton provoque une digne empathie quant Ă  sa pugnacitĂ© et son courage juvĂ©niles (notamment son Ă©preuve de force endurĂ©e dans le cachot). Outre ses moments horrifiques oĂą le suspense ne cesse de rebondir quant aux tentatives dĂ©sespĂ©rĂ©es de Fenton Ă  s'extraire de la folie homicide (notamment lorsque son père lui ordonne de tuer un otage), Emprise se permet en prime de parachever cette sordide affaire familiale par le biais d'un thriller perfide quant aux tenants et aboutissants des personnages. Sa conclusion dĂ©lĂ©tère s'avĂ©rant aussi salvatrice que perturbante !


La Nuit du Chasseur
Onirique (les allers-retours dans le jardin des roses, la reconversion de Fenton au travers de plans chimĂ©riques), dĂ©rangeant et machiavĂ©lique pour son final retors oĂą Bien et Mal se contredisent, et d'une densitĂ© psychologique Ă©prouvante quant Ă  la condition soumise d'enfants innocents, Emprise transcende l'horreur rĂ©aliste en oscillant les composantes du drame, du fantastique et du thriller. Fort d'un scĂ©nario solide bâti sur le sens du sacrifice et la fraternitĂ© familiale, il en Ă©mane un manifeste (Ă©quivoque) sur la foi religieuse et notre conviction morale Ă  tolĂ©rer l'obĂ©dience divine. 

Récompenses: Prix du meilleur film, lors des International Horror Guild Awards en 2003.
Prix Bram Stoker du meilleur scénario en 2003.

mercredi 15 juin 2016

LES ARDENNES

                                                          Photo empruntĂ©e sur Imdb.com, appartenant au site Google

de Robin Pront. 2015. Belgique/Hollande. 1h32. Avec Jeroen Perceval, Kevin Janssens, Veerle Baetens, Jan Bijvoet, Sam Louwyck, Viviane De Muynck

Sortie salles France: 13 Avril 2016. Belgique: 14 Octobre 2015.

FILMOGRAPHIE: Robin Pront est un réalisateur et scénariste belge. 2015: Les Ardennes.


Drame psychologique sur fond de film noir, Les Ardennes relate la relation conflictuelle d'un trio d'amants maudits. Alors que Dave vient d'échapper à une peine de prison pour braquage, son frère Kenny écope de 7 ans de réclusion après avoir été alpagué. Quatre ans plus tard, il retrouve sa liberté mais sa fiancée Sylvie a décidé de rompre leur relation depuis qu'elle entretient une liaison avec Dave. Sévèrement contrarié, Kenny accumule les sautes d'humeur au moment même où le couple s'efforce de lui avouer la vérité.


Une trame convenue que Robin Pront parvient à transcender avec intensité psychologique pour les rapports insidieux du trio d'amants, quand bien même à mi-parcours le réalisateur relance l'intrigue par le biais d'un revirement inopiné. Si la première partie préfigure donc un drame de la jalousie, le second acte adopte une tournure beaucoup plus sordide quant aux règlements de compte en roue libre où les coups les plus couards y seront tolérés. Brossant avec réalisme et sans romantisme le tableau dérisoire de deux marginaux en quête impossible de rédemption, Robin Pront y dénonce l'influence du frère aîné ayant perpétuellement entraîné sa compagne et son frère vers la grande délinquance. Les Ardennes dressant sans concession les conséquences dramatiques de ce personnage aussi influent que perfide si bien que le frère cadet s'efforce désespérément de s'extirper de son emprise. Outre le soin de la mise en scène que le novice Robin Pront maîtrise avec brio, le jeu naturel des comédiens (trognes burinées en sus !) et la justesse des dialogues parviennent à nous familiariser à travers un jeu de massacre où la rigueur dramatique ira crescendo. Ce dernier multipliant rebondissements et situations insolites (seconds rôles excentriques à l'appui !) avec une inventivité insolente.


Prenant pour cadre la Belgique profonde avant de nous confiner dans la moiteur crĂ©pusculaire des vallĂ©es ardennaises, les Ardennes juxtapose film noir (on peut aussi songer Ă  l'univers sardonique des frères Cohen !) et drame social pour mettre en exergue la dĂ©liquescence morale de deux frères incapables de s'extirper de leur mĂ©diocritĂ©. Baroque, glauque et poignant, les Ardennes nous laisse dans une impression amère de dĂ©chĂ©ance criminelle depuis la dĂ©route d'une rĂ©insertion sociale.  

Dédicace à Mylène Lam

mardi 14 juin 2016

Saturn 3

                                               Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site saturn3makingof.com

de Stanley Donen. 1980. Angleterre. 1h28. Avec Farrah Fawcett, Kirk Douglas, Harvey Keitel, Ed Bishop, Roy Dotrice.

Sortie salles France: 28 Mai 1980. U.S: 15 Février 1980.

FILMOGRAPHIE: Stanley Donen est un réalisateur américain, né le 13 avril 1924 à Columbia (Caroline du Sud).1949 : Un jour à New York (On the Town). 1951 : Mariage royal. 1952 : Love Is Better Than Ever. 1952 : Chantons sous la pluie . 1952 : L'Intrépide. 1954 : Donnez-lui une chance. 1954 : Les Sept Femmes de Barbe-Rousse. 1954 : Au fond de mon cœur. 1955 : Beau fixe sur New York. 1955 : Kismet (non-credité au générique). 1957 : Drôle de frimousse. 1957 : Pique-nique en pyjama. 1957 : Embrasse-la pour moi. 1958 : Indiscret. 1958 : Cette satanée Lola. 1960 : Chérie recommençons. 1960 : Un cadeau pour le patron. 1960 : Ailleurs l'herbe est plus verte. 1963 : Charade. 1966 : Arabesque. 1967 : Voyage à deux. 1967 : Fantasmes. 1969 : L'Escalier. 1974 : Le Petit Prince. 1975 : Les Aventuriers du Lucky Lady. 1978 : Folie Folie. 1980 : Saturn 3. 1984 : La Faute à Rio.


Quand on pense que derrière Saturn 3 se planque le rĂ©alisateur de Chantons sous la Pluie, on peine Ă  le croire tant le spectacle kitchissime s'Ă©rige en sĂ©rie B du Samedi soir. De par son intrigue aussi futile que niaise, du jeu cabotin d'acteurs notoires mais attachants et de dĂ©cors high-tech Ă©tonnamment soignĂ©es pour l'Ă©poque (merci John Barry, dĂ©corateur de la Guerre des Etoiles et de Superman alors qu'il quitta ici prĂ©cipitamment les commandes de la rĂ©alisation après seulement 1 semaine de tournage !), Saturn 3 fait office d'ovni saugrenu. A mi-chemin entre l'Ă©pigone trivial d'Alien et du prĂ©curseur "docile" de Terminator. Visez un peu le pitch d'après un concept de John Barry himself ! Un capitaine sans vergogne s'est invitĂ© dans la station de recherche Ă©colo d'Adam et Axelle afin de tester la technologie d'un androĂŻde tĂ©lĂ©guidĂ© par transmission de pensĂ©e. Bien Ă©videmment, le robot finit par Ă©chapper Ă  son contrĂ´le et sème le zouc auprès du duo agronome. DiffusĂ© un lundi soir dans le cadre de l'Ă©mission culte l'Avenir du FuturSaturn 3 fit son p'tit effet ludique lors de sa diffusion au dĂ©but des annĂ©es 80. 


Aujourd'hui encore, et malgrĂ© son caractère naĂŻf et obsolète, le film parvient Ă  divertir aimablement d'après son lot de courses poursuites censĂ©es susciter l'angoisse depuis que nos deux survivants tentent de contredire l'arrogance d'Hector le robot. MalgrĂ© l'aspect redondant de sa narration faiblarde en soubresauts, Saturn 3 nous tient en Ă©veil sous l'impulsion complice (et Ă©galement improbable !) de Kirk Douglas et Farrah Fawcet. Un couple en Ă©treinte amoureuse que le capitaine James s'efforce de nuire en guise de jalousie et d'Ă©rotomanie. Harvey Keitel incarnant Ă  merveille ce rĂ´le antipathique Ă  l'aide d'une gouaille dĂ©testable. D'autre part, grâce Ă  l'aspect immersif du dĂ©corum futuriste faisant office de cocon domestique et grâce Ă  la posture quelque peu fascinante d'Hector lĂ  aussi convaincant de par son anatomie humanoĂŻde truffĂ©e de dĂ©tails techniques, Saturn 3 amuse gentiment avec une fantaisie parfois dĂ©bridĂ©e. Les dĂ©placements atones de celui-ci cultivant un certain charisme hostile Ă  daigner nuire Ă  autrui sous la mainmise de son crĂ©ateur dĂ©nuĂ© de vergogne. Le score aux accents horrifiques d'Elmer Bernstein renforçant notamment l'aspect menaçant de la crĂ©ature de mĂ©tal lors de ces affrontements bellicistes. On apprĂ©cie enfin en guise de cerise sur le gâteau l'intrusion (toutefois) concise d'effets gores assez rĂ©ussis (le cadavre dĂ©chiquetĂ© par les câbles lors du prologue, une main sectionnĂ©e ainsi que la tĂŞte humaine implantĂ©e sur la tĂŞte d'Hector !).


Dans l'espace, Hector joue au phallocrate !
SĂ©rie B relativement plaisante, un tantinet sexy (les tenues frivoles de Farraw, le cul nu de Douglas !) et atmosphĂ©rique, Saturn 3 compte sur l'autoritĂ© altruiste du vĂ©tĂ©ran Kirk Douglas, le sex-appeal de Farraw Fawcett et le charisme hiĂ©ratique d'Hector pour nous divertir sans prĂ©tention. Quelque peu loufoque mais aussi fascinant grâce Ă  son esthĂ©tisme formel immersif, Saturn 3 saura encore contenter les amateurs de plaisir innocent en prime d'y distraire les passĂ©istes de l'Avenir du Futur marquĂ©s Ă  jamais par cette prod hybride, aussi mineur soit son contenu prĂ©visible (Ă  l'instar de son final pas aussi spectaculaire que prĂ©vu mais nĂ©anmoins avenant). 

*Eric Binford.
14.06.16
07.10.21

lundi 13 juin 2016

THE QUIET

                                                                              Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Allocine.fr

de Jamie Babbit. 2005. U.S.A. 1h34. Avec Elisha Cuthbert, Camilla Belle, Edie Falco, Martin Donovan, Shawn Ashmore, Katy Mixon :

Sortie salles: 1er Septembre 2006

FILMOGRAPHIEJamie Babbit, nĂ©e le 16 novembre 1970 Ă  Shaker Heights dans l'Ohio, est une rĂ©alisatrice amĂ©ricaine. 1999 : But I'm a Cheerleader. 2005 : The Quiet. 2007 : Itty Bitty Titty Committee. 2013 : Breaking the Girls. 2014 : Untitled Riddle/Salahuddin Project (tĂ©lĂ©film)
2015 : Addicted to Fresno.


Inédit en salles en France, The Quiet emprunte la thématique de la famille dysfonctionnelle par le biais de l'inceste. Depuis la récente mort de son père, Dot part se réfugier chez son oncle en se faisant passer pour une sourde et muette. Nina, jeune adolescente au physique de poupon est victime d'abus sexuels par ce dernier alors que sa mère dépressive préfère l'ignorer. Si au départ Dot devient le souffre douleur de Nina lors d'incessantes brimades scolaires, une amitié commence à s'instaurer entre elles au fil de confidences tenues secrètes.


Drame psychologique Ă  l'ambiance aussi trouble que vĂ©nĂ©neuse, The Quiet a de quoi surprendre sous son aspect ludique de thriller (faussement) commercial. La rĂ©alisatrice parvenant Ă  structurer une intensitĂ© dramatique au fil d'un cheminement criminel oĂą le suspense latent se tĂ©lescope avec les apartĂ©s des deux ados perturbĂ©es. Sans cĂ©der Ă  la facilitĂ© d'une mĂ©canique Ă  suspense Ă©culĂ©e (l'expectative du meurtre), Jamie Babbit prĂ©fère souligner les rapports ambigus impartis aux deux ados en quĂŞte d'exutoire. Dot endossant depuis la mort de ses parents le rĂ´le d'une sourde/muette afin de se faire oublier alors que Nina tente de tolĂ©rer ses pulsions d'amour/rĂ©pulsion avec son père en humiliant cette dernière. Abordant la sexualitĂ© adolescente (tant du point de vue de Dot et de Nina que celui introverti de Connor), The Quiet dĂ©range par son atmosphère malsaine oĂą la dĂ©viance morale d'un père va finalement permettre de consolider une Ă©trange histoire d'amitiĂ©. Dot et Nina se rapprochant toujours un peu plus au fil de confidences oĂą la haine ose prĂ©mĂ©diter une stratĂ©gie criminelle. Cette ambiance trouble de malaise existentiel, de perversitĂ© sexuelle et de dĂ©sir morbide est renforcĂ© du jeu sobre des comĂ©diennes insufflant de la spontanĂ©itĂ© dans leur fonction torturĂ©e.


Captivant et dĂ©rangeant au fil d'une intrigue criminelle censĂ©e provoquer la rĂ©demption, The Quiet surprend par son parti-pris de souligner les rapports fragiles de deux ados perturbĂ©es par leur Ă©veil sexuel plutĂ´t que d'afficher un thriller convenu. Une Ă©tonnante dĂ©couverte donc dont l'ambiance hermĂ©tique et parfois envoĂ»tante nous laisse un goĂ»t amer dans la bouche. 

vendredi 10 juin 2016

SHOTGUN STORIES

                                                                     Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site ecranlarge.com  

de Jeff Nichols. 2007. U.S.A. 1h31. Michael Shannon, Douglas Ligon, Barlow Jacobs, Natalie Canerday, Glenda Pannel, Lynnsee Provense, Michael Abbott Jr.

Sortie salles France: 2 Janvier 2008

FILMOGRAPHIE: Jeff Nichols est un réalisateur et scénariste américain né le 7 Décembre 1978 à Little Rock, Arkansas (Etats-Unis).
2007: Shotgun Stories. 2011: Take Shelter. 2012: Mud. 2016: Midnight Special. 2016: Loving.


ConsidĂ©rĂ© aujourd'hui comme un nouveau maĂ®tre du cinĂ©ma amĂ©ricain, Jeff Nichols avait dĂ©jĂ   amorcĂ© son talent personnel Ă  travers Shotgun Stories rĂ©alisĂ© en 2007. A mi-chemin entre le cinĂ©ma de James Foley (pour les thèmes et le lyrisme hĂ©ritĂ©s de Comme un chien enragĂ©) et celui de Terence Mallick pour sa manière sensitive de filmer une nature sereine, Shotgun Stories empreinte le schĂ©ma du film de vengeance avec une rare intelligence. De par son parti-pris Ă  rĂ©futer une violence dĂ©monstrative au profit de l'identitĂ© psychologique d'une famille dĂ©soeuvrĂ©e au sein d'une AmĂ©rique profonde. 


AbandonnĂ©s par leur père dès leur plus jeune âge et dĂ©laissĂ©s par la mère, trois frères tentent de survivre en s'Ă©paulant mutuellement. A la suite du dĂ©cès du patriarche, une rivalitĂ© entre eux et les demi-frères Ă©clate lors des funĂ©railles. CommunĂ©ment trop fiers de cĂ©der aux intimidations, leur discorde morale va entraĂ®ner un règlement de compte meurtrier. Drame psychologique d'une intensitĂ© dramatique inscrite dans la pudeur et le non-dit, Shotgun Stories aborde l'exclusion d'une dĂ©linquance juvĂ©nile depuis l'abandon parental. RĂ©flexion sur l'engrenage de la violence sous la bannière d'une rancune intraitable, cette dĂ©rive criminelle dresse le constat social d'une jeunesse laissĂ©e pour compte oĂą le chĂ´mage, l'incommunicabilitĂ© et l'absence d'amour vont extĂ©rioriser chez eux un sentiment de rĂ©volte destructrice. Fort d'une distribution criante de vĂ©ritĂ© humaine, les trois acteurs composant la fratrie portent le film sur leurs Ă©paules avec une humilitĂ© poignante. Leur prĂ©sence naturelle Ă©tant renforcĂ©e par un jeu de regards oscillant l'amertume et la tendresse timorĂ©e. En frère aĂ®nĂ© hantĂ© par la colère et l'injustice, Michael Shannon (Bug, Take Shalter, Midnight Special) livre Ă  nouveau une prestance compacte pour se glisser dans la peau d'un leader protecteur avec un charisme placide. Au sein d'une nature paisible auquel ils Ă©voluent depuis leur enfance, Jeff Nichols met en contraste leur solitude existentielle avec un onirisme nonchalant (mĂ©lodie Ă©lĂ©giaque en sus durant tout leur cheminement !). 


"Le chemin qui mène à la sagesse est long, tortueux et semé d'obstacles".
Affichant un climat rĂ©aliste de poĂ©sie existentielle sous l'impulsion d'acteurs en posture sentencieuse , Shotgun Stories renouvelle le drame familial avec pudeur et sobriĂ©tĂ© afin de scruter les âmes torturĂ©es d'une fratrie noyĂ©e de solitude et de mal-ĂŞtre depuis l'abandon parental. 

jeudi 9 juin 2016

EVENT HORIZON: LE VAISSEAU DE L'AU-DELA. Prix du public, Bruxelles 98.

                                                                                 Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site impawards.com

de Paul W. S. Anderson. 1997. 1h36. Avec Laurence Fishburne, Sam Neill, Kathleen Quinlan, Joely Richardson, Richard T. Jones, Jack Noseworthy, Jason Isaacs.

Sortie salles France: 6 Mai 1998. U.S: 15 Août 1997

FILMOGRAPHIE: Paul William Scott Anderson, né le 4 mars 1965 à Newcastle upon Tyne est un producteur, réalisateur et scénariste britannique. 1994 : Shopping. 1995 : Mortal Kombat. 1997 : Event Horizon, le vaisseau de l'au-delà. 1998 : Soldier. 2000 : The Sight. 2002 : Resident Evil. 2004 : Alien vs Predator. 2008: Death Race. 2010 : Resident Evil: Afterlife. 2011 : Les Trois Mousquetaires 3D. 2012 : Resident Evil : Retribution 3D. 2014 : Pompéi. 2016 : Resident Evil : Chapitre final.


Echec public et critique lors de sa discrète sortie en salles, Event Horizon constitue une oeuvre maudite si on se réfère à l'indiscutable savoir-faire de Paul Anderson particulièrement impliqué à façonner un grand huit cauchemardesque. Tant par l'efficacité de sa mise en scène cultivant une angoisse en apesanteur que de son esthétisme léché sublimant l'architecture baroque des corridors du vaisseau. A mi chemin entre Hellraiser pour la représentation d'un Enfer SM et la Maison du Diable pour son aura diabolique sous-jacente, Event Horizon parvient à nous captiver dans son enchaînement de situations hostiles où la mort insidieuse ne laissera aucun répit aux victimes.


Durant 1h30, une poignée d'astronautes va tenter de percer le mystère de l'Event Horizon depuis que les passagers de l'ancienne expédition n'avaient plus donné signe de vie. Au fil de leur découverte macabre, une présence diabolique plane sur leurs épaules si bien que un à un, ils vont sombrer dans une paranoïa collective depuis leurs hallucinations plus vraies que nature. Ce sentiment d'insécurité permanent et cette manière vénéneuse de provoquer nos protagonistes en faisant appel aux réminiscences familiales, Paul Anderson le met en exergue parmi le pouvoir de suggestion. La présence invisible mais palpable redoublant de cynisme à bizuter ces derniers avant de posséder leurs âmes. Qui plus est, en jouant sur la dimension parallèle du trou noir, une vision de l'enfer nous est suggérée sous l'impulsion d'une machine rotative et d'hallucinations hystériques de victimes écorchées vives ! Au-delà du réalisme formel imparti à sa scénographie spatiale et de son climat anxiogène, Event Horizon tire parti d'une distribution solide pour renforcer la crédibilité des enjeux humains. Particulièrement Laurence Fishburne et Sam Neill se disputant l'autorité avec sang froid et une pugnacité en chute libre. Et si sa dernière partie homérique cède un peu à la facilité de l'esbroufe (FX renversants à l'appui à base d'explosions dantesques et d'atrocités corporelles !), Paul Anderson nous avive encore l'attention par le principe d'un survival aussi nerveux qu'escarpé.


Pur divertissement de sĂ©rie B classieuse comme le caractĂ©rise l'excentricitĂ© des dĂ©cors futuristes, Event Horizon nous propose un spectacle de haute tenue dans son format de science-fiction horrifique ne lĂ©sinant pas sur un gore viciĂ©. A redĂ©couvrir avec un vif intĂ©rĂŞt si bien qu'il s'agit (de loin) du meilleur film du très inĂ©gal Paul Anderson

Récompense: Prix du Public au Festival du Film Fantastique de Bruxelles, 1998