de John Fawcett. 2000. U.S.A. 1h48. Avec Emily Perkins, Katharine Isabelle, Kris Lemche, Mimi Rogers, Jesse Moss, Danielle Hampton
Sortie salles Canada: 11 Mai 2001. Inédit en salles en France.
FILMOGRAPHIE: John Fawcett est un réalisateur américain, né le 5 Mars 1968 à Edmonton, Alberta, Canada. 1997: The Boys Club. 2000: Ginger Snaps. 2001: Lucky Girl (télé-film). 2005: The Dark. 2008: The quality of life. 2006: Issue Fatale.
"La lune des filles perdues."
InĂ©dit en salles en France et sorti discrètement en DVD, Ginger Snaps aborde la lycanthropie avec une rare intelligence dans le traitement de ses personnages : deux sĹ“urs insĂ©parables, fascinĂ©es par le morbide (elles se mettent en scène dans diverses tentatives de suicide Ă travers leur camĂ©ra) et tiraillĂ©es entre le goĂ»t de la mort et les premiers dĂ©sirs de sĂ©duction qui accompagnent leur pubertĂ©, malgrĂ© la prĂ©sence d’ados machistes et libidineux.
Synopsis : sauvagement agressĂ©e une nuit par un loup-garou dans un parc, Ginger change peu Ă peu de comportement, tandis que sa sĹ“ur cadette, Brigitte, impuissante, tente de comprendre. Unies par un lien fusionnel, elles vont lutter ensemble contre le mal qui dĂ©vore Ginger de l’intĂ©rieur.
Sur le papier, le scĂ©nario pouvait laisser craindre une banale resucĂ©e du film de loup-garou. Mais John Fawcett en dĂ©cortique une mĂ©taphore vibrante : celle de la crise adolescente et du passage Ă l’âge adulte, vus d’un point de vue fĂ©minin. Un angle rare dans la mythologie lycanthrope, qui renouvelle les clichĂ©s tout en convoquant Carrie de De Palma (notamment lors de la première menstruation post-transformation de Ginger) ou encore le si mĂ©sestimĂ© Jennifer’s Body, qu’il serait urgent de rĂ©habiliter.
Avec tact, rĂ©alisme tranchĂ© (notamment pour les sauvages scènes d'agression vĂ©ritablement terrifiantes, mĂŞme si suggĂ©rĂ©es par le montage ultra dynamique) et une tendresse sobre, Fawcett dresse le portrait fragile de deux adolescentes rebelles. Ginger Snaps adopte une approche quasi documentaire pour transformer sa tragĂ©die horrifique en Ă©tude de caractère. En scrutant le malaise adolescent et la peur de la mort Ă travers deux sĹ“urs marginales, le film, sous ses dehors de sĂ©rie B au formalisme Ă©tonnamment glauque, dĂ©ploie une surprenante vigueur psychologique dans sa chronique d’une descente aux enfers identitaire. Autant du cĂ´tĂ© de la victime, rongĂ©e par des pulsions sexuelles et sanguinaires incontrĂ´lĂ©es, que de celui de la sĹ“ur tĂ©moin, bouleversĂ©e par la lente mĂ©tamorphose et dĂ©terminĂ©e Ă trouver un remède.
Impeccablement portĂ©es par deux actrices juvĂ©niles - Emily Perkins et Katharine Isabelle - d’une spontanĂ©itĂ© troublante, les hĂ©roĂŻnes irradient une complicitĂ© affectĂ©e, presque vĂ©nĂ©neuse, qui confine au vertige. On jurerait qu’elles sont sĹ“urs dans la vie tant la fusion paraĂ®t si authentique.
Le rĂ©alisme du contexte horrifique, aussi improbable que dĂ©rangeant, surprend par la brutalitĂ© crĂ©dible des crimes commis par cette crĂ©ature indomptable. Les effets spĂ©ciaux mĂ©caniques, solides et organiques, donnent corps au monstre sans excès de complaisance, tandis que les scènes gores s’attardent juste assez sur les chairs dĂ©chirĂ©es et le sang coagulĂ© pour nourrir le malaise. Ce climat insalubre, presque clinique, glace d’autant plus qu’il documente la bestialitĂ© avec une prĂ©cision morbide et dĂ©senchantĂ©e.
John Fawcett transcende ainsi la sĂ©rie B pour en extraire une Ă©tude de caractère d’une intensitĂ© dramatique inattendue. Ginger Snaps devient un documentaire brut sur l’Ă©moi pubère, sublimĂ© par deux comĂ©diennes transies de vĂ©ritĂ© fraternelle. En injectant un vĂ©ritable drame humain dans la chair du film de monstre, le rĂ©alisateur signe, sans conteste, l’un des plus beaux films de loup-garou jamais tournĂ©s -digne de La Nuit du Loup-Garou, Hurlements ou Le Loup-Garou de Londres.
Quant Ă sa suite, tout aussi impactante, autrement plus funeste et Ă©touffante, on y reviendra plus tard…
— le cinĂ©phile du cĹ“ur noir
4èx. Vostf
Récompenses: Prix spécial du jury, lors du Festival international du film de Toronto en 2000.
Prix du meilleur film, meilleure actrice pour Emily Perkins et meilleurs effets spéciaux, lors de la Semaine du cinéma fantastique de Málaga en 2001.
Prix du meilleur film sorti en DVD, par l'Académie des films de science-fiction, fantastique et horreur en 2002.
Prix du meilleur film, lors des International Horror Guild Awards en 2002.


















































