mercredi 27 avril 2011

Talk Radio


de Oliver Stone. 1988. U.S.A. 1h50. Avec Eric Bogosian, Ellen Greene, Leslie Hope, C. Mac Ginley, Alec Baldwin, John Pankow, Michael Wincott

Sortie en salles en France le 12 Avril 1989, U.S.A: 21 DĂ©cembre 1988.

FILMOGRAPHIE: Oliver Stone (William Oliver Stone) est un rĂ©alisateur, scĂ©nariste et producteur amĂ©ricain nĂ© le 15 Septembre 1946 Ă  New-york. 1974: La Reine du mal (Seizure), 1981: La Main du Cauchemar, 1986: Salvador, Platoon, 1987: Wall Street, 1988: Talk Radio, 1989: NĂ© un 4 juillet, 1991: The Doors, J.F.K, 1993: Entre ciel et terre, 1994: Tueurs nĂ©s, 1995: Nixon, 1997: U turn, 1999: l'Enfer du dimanche, 2003: Commandante (documentaire sur Fidel Castro), Persona non grata (documentaire sur l'Israel et la Palestine), 2004: Looking for fidel (tĂ©lĂ©-film), 2004: Alexandre, 2006: World Trade Center, 2008: W: l'improbable prĂ©sident, 2009: South of the border (documentaire sur Hugo Chavez), 2010: Wall Street: l'argent ne dort jamais.

                                  
 
"Talk Radio : l’AmĂ©rique Ă  vif".
Après Salvador, Platoon et Wall Street, le pourfendeur Oliver Stone signe avec Talk Radio un pamphlet virulent sur une AmĂ©rique mise Ă  nu, acide, rongĂ©e par ses nĂ©vroses et en pleine dĂ©gĂ©nĂ©rescence. Une jungle urbaine schizophrène, oĂą des anonymes abandonnĂ©s Ă  leurs tourments errent sans repère, en quĂŞte d’une reconnaissance existentielle par le biais d’une station de radio libertaire.

Ă€ Dallas, un animateur radio, Barry Champlain, anime une Ă©mission libre Ă  succès oĂą chacun peut s’exprimer Ă  sa guise. Provocateur cynique, psychologue sans vergogne, il n’hĂ©site pas Ă  agresser verbalement ses auditeurs, les plaquant face Ă  eux-mĂŞmes dans une forme brutale de prise de conscience. Mais en cette nuit particulière, la parole dĂ©chaĂ®nĂ©e de ses interlocuteurs va fissurer ses certitudes : Barry vacille, Ă©cĹ“urĂ© par la violence aveugle, la haine insensĂ©e, et l’intolĂ©rance dĂ©complexĂ©e qu’il entend Ă  travers les ondes.                 

Attention, film choc cinglant. Oliver Stone n’y va pas de main morte avec ce brĂ»lot contestataire d’une violence inouĂŻe, dans sa manière rigide de dĂ©peindre la faune aliĂ©nĂ©e d’une sociĂ©tĂ© malade. Ă€ travers cette Ă©mission oĂą la parole circule librement sans filtre ni censure, le cinĂ©aste anticonformiste nous entraĂ®ne dans une descente aux enfers insidieuse, dĂ©rangeante, presque nausĂ©euse — dont il est difficile de sortir indemne. Chaque nuit, Barry affronte une galerie d’âmes dĂ©rangĂ©es, pathĂ©tiques, qu’il tente de heurter de plein fouet pour briser leur dĂ©lire, les rĂ©ancrer Ă  une vĂ©ritĂ© Ă©corchĂ©e, dĂ©lavĂ©e par la banalitĂ© du quotidien.

Homophobes, xĂ©nophobes, antisĂ©mites, violeurs, camĂ©s, psychopathes, refoulĂ©s pervers… tous dĂ©filent pour se laisser provoquer et insulter par ce misanthrope lucide, ce chirurgien verbal de l’hypocrisie humaine, des simulacres sociaux et de l’injustice de classe, mère des pires rebuts de l’espèce.

Dans un monde tendancieux, asservi par le profit, le voyeurisme et la mort-spectacle, Talk Radio stigmatise ce que l’AmĂ©rique peut engendrer de plus sordide lorsque l’individu, esseulĂ©, dĂ©racinĂ©, se retrouve broyĂ© par l’absurditĂ© contemporaine. Des âmes incapables d’affronter l’existence, perverties par le mensonge, l’avilissement, le pouvoir des nantis. Ă€ travers l’esprit en fusion de Barry, fustigeant chaque auditeur masochiste, c’est tout un portrait de la dĂ©chĂ©ance que Stone nous assène — une galerie de figures licencieuses, se nourrissant de la douleur des autres pour combler l’absence d’un bonheur perdu, Ă©vaporĂ© dans l’acide.

On reconnaĂ®t dans un second rĂ´le un Alec Baldwin dĂ©butant, patron scrupuleux rappelant Ă  l’ordre chaque dĂ©bordement d’un Barry dĂ©sormais promis Ă  une diffusion nationale. Mais c’est Eric Bogosian qui crève l’Ă©cran : radiophoniste contestataire, il ausculte le vrai visage de chaque voix osant l’affronter, rĂ©vĂ©lant fascisme larvĂ©, fantasmes pervers, dĂ©tresse suicidaire ou idĂ©ologie nazie dĂ©guisĂ©e en appel Ă  l’aide.

Injustement mĂ©connu, volontairement occultĂ© pour son radicalisme social et son idĂ©ologie expĂ©ditive, Talk Radio reste un tĂ©moignage-choc d’une AmĂ©rique Ă  l’agonie. Une sociĂ©tĂ© conservatrice, aveugle Ă  l’Ă©galitĂ©, anesthĂ©siĂ©e pour mieux asservir.
Par cette libertĂ© de parole donnĂ©e aux monstres ordinaires, Oliver Stone signe l’un de ses cris les plus fĂ©roces : une dĂ©nonciation brutale du conditionnement, de l’Ă©goĂŻsme, de l’addiction Ă  la haine, de la nĂ©vrose collective. Il en rĂ©sulte une Ĺ“uvre sulfureuse, implacable, terrifiante - une plongĂ©e dans les tĂ©nèbres de l’âme amĂ©ricaine, dont le final glaçant nous laisse dans une amertume plus toxique encore, gangrenĂ©e par une intolĂ©rance abrutissante.                                   
 
*Bruno
27.04.11.  3.

lundi 25 avril 2011

Campus / Dangerously clos


        

de Albert Pyun. 1986. U.S.A. 1h35. Avec John Stockwell, J. Eddie Peck, Carey Lowell, Don Michael Paul, Thom Matthews.

FILMOGRAPHIE: Albert Pyun est un rĂ©alisateur, scĂ©nariste et producteur amĂ©ricain nĂ© en 1954 Ă  Hawaii. Il fut dans un premier temps assistant du rĂ©alisateur Akira Kurosawa avant de se consacrer personnellement Ă  la mise en scène. 1982: L'EpĂ©e Sauvage, 1985: le Dernier missile, 1986: Campus, 1987: Pleasure Planet, le TrĂ©sor de San Lucas, 1988: Alien from L.A., 1989: Voyage au centre de la terre, Cyborg, 1991: Captain America, Kickboxer 2, Dollman, 1993: Nemesis, Knights, 1994: Kickboxer 4, 1995: Nemesis 2, 1996: Nemesis 3, Omega doom, Adrenaline, Nemesis 4, 1997: Prise d'otages Ă  Atlanta, 1997: Mean Guns, 1998: Crazy Six, 1998: Postmortem, 1999: Urban menace, Corrupt, 2001: Explosion imminente, 2005: Infection, 2007: Bulletface, Left for dead.

                                    

Du rĂ©alisateur du sympatoche l'EpĂ©e Sauvage (dĂ©marquage bien bis de Conan le Barbare sorti la mĂŞme annĂ©e) et de Cyborg (western spaghetti post nuke), Campus est une sĂ©rie B oubliĂ©e des annĂ©es 80, un thriller efficace illustrant les exactions militantes d'une milice juvĂ©nile endoctrinĂ©e par un briscard totalitaire.

Le Pitch: Un étudiant est retrouvé assassiné près de sa fac où il enseignait.
Danny, jeune universitaire, se lie d'amitié avec un groupe d'élèves surnommé Les Sentinelles. Bientôt, il comprend que ce groupe extrémiste particulièrement violent est à l'origine du meurtre, quand bien même un autre élève disparait mystérieusement de la circulation.

                                    

Bien ancrĂ© dans son Ă©poque eightie pour le look et la dĂ©froque des protagonistes, sa mise en scène inspirĂ©e du vidĂ©o-clip et une bande musicale omniprĂ©sente alternant parfois le rock industriel Ă  la new-wave, Campus impressionne de prime abord dans sa texture visuelle particulièrement soignĂ©e et stylisĂ©e.
Le prologue est Ă  lui seul une rĂ©ussite esthĂ©tique hĂ©ritĂ©e des ambiances envoutĂ©es telles que Nomads, la Chasse du Comte Zaroff ou Razorback, sorti deux ans plus tĂ´t. 
Dans la nuit tĂ©nĂ©breuse d'une forĂŞt nappĂ©e de brume, un jeune garçon fuit Ă  travers bois une bande d'individus cagoulĂ©s, munis d'arbalète, poignard et flingue ainsi qu'une camĂ©ra pour filmer leurs exploits primitifs. Après un jeu perfide de lutte pour la survie et d'un simulacre meurtrier, l'organisation laisse la vie sauve au quidam dĂ©sorientĂ©. Mais chut, n'en disons pas plus...

                                  

La suite nous prĂ©sente nos diffĂ©rents protagonistes oĂą hĂ©ros, victimes et oppresseurs s'entrecroisent pour nous embarquer dans une intrigue haletante Ă©tablie sous la forme du thriller.
Sachant qu'Ă  la fin, un ultime rebondissement fortuit permettra de rĂ©interprĂ©ter le fond du film dans son discours social stigmatisant un groupuscule extrĂ©miste endoctrinĂ© par un mentor manipulateur.
Albert Puyn dĂ©montre alors l'influence que peut exercer un activiste chevronnĂ© sur la jeunesse issue ici d'un milieu favorisĂ©. C'est la montĂ©e du fascisme qui est illustrĂ© de façon insolite au sein d'un survival game auquel de jeunes universitaires opportunistes s'amusent Ă  Ă©laborer une doctrine fustigeant les individus marginaux ou dĂ©nuĂ©s d'ambition singulière. Le spectre du nazisme voile donc Ă  peine le bout de son nez dans l'unitĂ© d'une puissance Ă©rudite et drastique, assujetti Ă  dĂ©prĂ©cier les plus faibles citoyens teintĂ©s d'extravagance ! (la mode punk Ă©tait alors en effervescence lors des annĂ©es 80).


Superbement photographiĂ© dans une nuance bleutĂ©e contrastant avec les teintes en clair obscur et plutĂ´t bien interprĂ©tĂ© par de jeunes comĂ©diens ayant percĂ© ensuite dans le milieu, comme John Stockwell 
(Christine) ou Thom Matthews (le Retour des Morts-vivants), Campus est un thriller efficace menĂ© sans temps morts d'autant plus agrĂ©able Ă  suivre qu'il est dotĂ© d'une bande son endiablĂ©e symptomatique des Eighties. 

*Bruno
25.04.11.

vendredi 22 avril 2011

Scream 4

                        
de Wes Craven. 2011. U.S.A. 1h50. Avec Neve Campbell, David Arquette, Courteney Cox, Emma Roberts, Hayden Panettiere, Anthony Anderson, Alison Brie, Adam Brody, Rory Culkin, Marielle Jaffe.

Sortie salles France: 13 Avril 2011

FILMOGRAPHIE: Wesley Earl "Wes" Craven est un rĂ©alisateur, scĂ©nariste, producteur, acteur et monteur nĂ© le 2 Aout 1939 Ă  Cleveland dans l'Ohio. 1972: La Dernière maison sur la gauche, 1977: La Colline a des yeux, 1978: The Evolution of Snuff (documentaire), 1981: La Ferme de la Terreur, 1982: La CrĂ©ature du marais, 1984: Les Griffes de la nuit, 1985: La Colline a des yeux 2, 1986: l'Amie mortelle, 1988: l'Emprise des TĂ©nèbres, 1989: Schocker, 1991: Le Sous-sol de la peur, 1994: Freddy sort de la nuit, 1995: Un Vampire Ă  brooklyn, 1996: Scream, 1997: Scream 2, 1999: la Musique de mon coeur, 2000: Scream 3, 2005: Cursed, 2005: Red eye, 2006: Paris, je t'aime (segment), 2010: My soul to take, 2011: Scream 4.

                                     

Après s'ĂŞtre jurĂ© de ne plus rempiler pour un 4è volet, il eut fallu attendre 10 ans pour que Wes Craven rĂ©ponde prĂ©sent avec son compère Kevin Williamson afin de façonner une nouvelle suite Ă  sa fameuse trilogie, Scream

Synopsis: Dix ans après les terribles Ă©vènements du tueur masquĂ© qui auront coĂ»tĂ© la vie Ă  plusieurs adolescents, Sydney Prescott revient dans sa contrĂ©e natale, Woodsboro, pour l'inauguration de son livre autobiographique dans une bibliothèque sous les feux de projecteur. Soudain, la police dĂ©crĂ©tĂ©e par son ami Dewey fait irruption devant l'assemblĂ©e pour leur annoncer que Ghostface a encore frappĂ© chez deux adolescentes retrouvĂ©es sauvagement assassinĂ©es. Le cauchemar ancestral de Sydney refait soudainement surface car la terreur est revenue Ă  Woodsboro ! 

                                 

A l'instar des prĂ©cĂ©dents volets, Scream 4 entre de plein pied dans le vif du sujet et nous assène un prĂ©ambule en trois actes savoureusement sardoniques, ludiques, rĂ©fĂ©rentiels dans son malicieux dosage des genres et de la devise du "ouh, fais moi peur encore une dernière fois". Alors que deux bimbos juvĂ©niles contemplent Stab 6 Ă  la maison devant leur TV, celles-ci s'amusent Ă  ironiser sur la fameuse loi des sĂ©ries Ă  succès. Elles terminent par Ă©tablir un parallèle avec la saga mercantile des Saw auquel les personnages rĂ©duits Ă  chair Ă  pâtĂ© sont Ă  leur goĂ»t peu dĂ©veloppĂ©s, ridicules et inconsistants en faveur de la crĂ©ativitĂ© singulière des tortures infligĂ©es. C'est au fameux moment crucial du (ou des) meurtre(s) perpĂ©trĂ©(s) que Wes Craven nous dĂ©voile la supercherie pour nous refaire le coup du "film dans le film".

                                   

Or, après les dĂ©clarations sulfureuses des mĂ©dias avides des nouvelles exactions sanguinolentes de Ghostface et des retrouvailles chaleureuses entre Sydney, sa cousine Jill, l'ancienne journaliste Gale, et Dewey, le flic pittoresque, le tueur continue sur sa lancĂ©e pour accomplir deux nouveaux meurtres. Furtivement, il va avertir entre temps notre hĂ©roĂŻne aujourd'hui trentenaire et mature mais esseulĂ©e et craintive que la nouvelle sĂ©rie ne fait que dĂ©buter et qu'il souhaite simplement dupliquer la mode actuelle. C'est Ă  dire remaker le modèle d'un film original ! En l'occurrence, Scream ! L'idĂ©e astucieuse de nos acolytes Wes Craven et des scĂ©naristes Kevin Williamson et Ehren Kruger est donc de disserter cette fois-ci sur la loi des remakes inutiles et cette mode contemporaine auquel Hollywood ne jure que par elle pour relancer la franchise du cinĂ©ma d'horreur. Une tache lucrative afin de rĂ©unir son nouveau public avide de sensations fortes et tenter vaguement de surpasser les originaux. Scream 4 se fond alors en un remake dĂ©guisĂ© (voir mĂŞme en parodie) du premier Scream, avec deci delĂ  quelques surprises alĂ©atoires, des revirements soudains pour pimenter un scĂ©nario habituellement riche en clins d'oeil et auto-dĂ©rision. PlutĂ´t bien menĂ©e, la narration va prendre une ampleur plus Ă©toffĂ©e avec une dernière demi heure haletante et vertigineuse Ă©tablissant un portrait amer sur la gĂ©nĂ©ration actuelle obnubilĂ©e par la cĂ©lĂ©britĂ©, via l'entremise d'internet avec You tube et Facebook. Des adolescents toujours aussi fascinĂ©s par le pouvoir de l'image, davantage fĂ©rus de popularitĂ©. Des jeunes utopistes sous influence du star system se prenant pour des cinĂ©astes amateurs afin de filmer de façon autonome leurs sĂ©quences cruciales pour concurrencer la quĂŞte du sensationnalisme et du voyeurisme issus de la TV RĂ©alitĂ©. Quand Ă  la rĂ©vĂ©lation finale du ou des meurtriers, elle est presque aussi pertinente que le premier film avant l'Ă©pilogue trivial aux facilitĂ©s requises mais justifiable de par la cause de la hiĂ©rarchie des copies conformistes incapables de surpasser leurs prĂ©curseurs.

                                     

Voulez-vous ĂŞtre une star ?
Alors que personne ne misait un centime sur ce nouvel opus, Scream 4 rĂ©ussit Ă  nouveau Ă  surprendre dans son alliage d'humour mesquin, de violence toujours aussi percutante (filmĂ©e comme un film d'action) et de gore plus explicite (Saw et consorts sont passĂ©s par lĂ ). Sans Ă©videmment Ă©galer son film fondateur, Scream 4 demeure un excellent psycho-killer plus finaud que les remakes redondants en prouvant par la mĂŞme occasion que la copie ne peut valoir l'original (Ă  une ou deux exceptions près)

*Bruno

Dédicace à Gérald Shub-Niggurath, Damval Dulac.

Les Chroniques de Screamhttp://brunomatei.blogspot.com/2011/04/scream.html
                               Scream 2http://brunomatei.blogspot.fr/2015/08/scream-2.html

16.03.25. 5èx. Vostf
23.04.11

Chasse Sanglante / Hunter's Blood


de Robert C. Hughes. 1986. U.S.A. 1h41. Avec Sam Bottoms, Clu Gulager, Mayf Nutter, Joey Travolta, Ken Swofford.

FILMOGRAPHIE: Robert C. Hughes est un réalisateur, scénariste, producteur et compositeur de musique américain. 1986: Chasse Sanglante. 1988: Memorial Valley Massacre. 1989: Zadar ! Cow from hell. 1990: Down the Drain.

                                   

Dans la mouvance de DĂ©livrance, Sans retour, Survivance, Trapped ou du mĂ©connu mais oh combien formidable Rituals, Chasse Sanglante (Ă  ne pas confondre avec le classique de Peter Collinson) est un pur film d'exploitation sorti un peu Ă  la traine en rapport aux films susnommĂ©s. Ce qui justement l'empĂŞchera d'empreinter une certaine notoriĂ©tĂ© alors que ce petit B movie s'avère sympathique Ă  travers un vrai sens du rythme dans sa partie revenge. 

Synopsis: Une bande de potes profitent de leur week-end pour partir Ă  la chasse dans une contrĂ©e bucolique. Après s'ĂŞtre arrĂŞtĂ© dans un bar miteux, ils ont une altercation avec quelques citadins avinĂ©s. Sans se laisser influencer, l'un de nos touristes riposte dans une bagarre improvisĂ©e. Après cette violente rixe, ils poursuivent leur route en partant se rĂ©fugier en pleine forĂŞt pour camper loin de l'urbanisation. C'est alors qu'un groupe de rednecks, des braconniers sans scrupule, ont dĂ©cidĂ© eux aussi de les provoquer de façon beaucoup plus pernicieuse. Dès lors, une lutte meurtrière incessante pour la survie s'engage entre les deux camps. 

Pour ceux qui s'attendent Ă  un long mĂ©trage original et crĂ©atif peuvent passer leur chemin, ce succĂ©danĂ© dĂ©nuĂ© de prĂ©tention Ă©tant une simple sĂ©rie B efficacement troussĂ©e avec son lot de clichĂ©s Ă©culĂ©s compromis au thème de la survivance.

                                     

LĂ  ou de prime abord Chasse Sanglante attise l'attention c'est dans la sĂ©lection de comĂ©diens de seconde zone bien connus des amateurs, Ă  l'instar du frère cadet de l'acteur Timothy BottomsSam Bottoms (Josey Wales hors la loi, Apocalypse Now, Bronco Billy, Jardins de pierre), dĂ©cĂ©dĂ© le 16 DĂ©cembre 2008, Clu Gulager (l'inoubliable interprète du Retour des morts-vivants), Ken Swofford (Annie, Thelma et Louise, le Mystère Andromède) ou encore Billy Drago (le perfide salopard des Incorruptibles, Pale Rider, Invasion U.S.A, Vamp, Freeway). La narration acadĂ©mique est donc sommairement planifiĂ©e avec une sobre première partie nous amenant Ă  prendre connaissance avec nos touristes entre deux Ă©chauffourĂ©es contre des machistes arriĂ©rĂ©s ! Paradoxalement, notre Ă©quipĂ©e de chasseurs n'est pas du genre Ă  se laisser marcher sur les pieds au point de se rebiffer contre ces autochtones primaires. Une idĂ©e plutĂ´t contraire au traditionnel hĂ©ros apeurĂ©, inlassablement traquĂ© par l'ennemi pour se laisser attendrir par la mort en guise d'Ă©puisement. Mais c'est dans la seconde partie que Chasse Sanglante parvient Ă  nous divertir et se prĂ©senter comme un survival efficacement menĂ© de par ses pĂ©ripĂ©ties nerveuses. De surcroĂ®t, quelques effets gores percutants, tels ces impacts de balles explosant dans les chairs, sont mis en valeur par des FX plutĂ´t rĂ©ussis. Il y a d'ailleurs une sĂ©quence bluffante qui retient particulièrement l'attention lorsqu'un gars se fait littĂ©ralement aplatir la tronche par une balle de chevrotine tirĂ©e Ă  bout portant ! La sĂ©quence extrĂŞme est toutefois Ă©ludĂ©e du hors champs mais sa rĂ©sultante sanglante est rĂ©ellement impressionnante de rĂ©alisme morbide. Un plan concis qui voit la victime inanimĂ©e sur le sol se mettre Ă  convulser lors de ses dernières secondes de vie. Le cĂ´tĂ© dĂ©bridĂ© qui fait Ă©galement le petit plus de cet aimable survival Ă©mane du groupe de tueurs rĂ©gi par une famille inculte, attardĂ©s rejetons de l'AmĂ©rique rurale !


Hormis son scĂ©nario archi rebattu, ses facilitĂ©s (le train de marchandise arrivant comme un cheveu dans la soupe) et grosses ficelles inhĂ©rentes au genre (ctels ces deux hĂ©ros se dĂ©liant facilement les main), Chasse Sanglante est une bonne surprise pour l'amateur de bisserie. De surcroĂ®t, l'utilisation habile de ses scènes d'action est adroitement exploitĂ©e au sein de son environnement forestier et parvient Ă  nous y impliquer avec une certaine Ă©motion.

22.04.11.
B-D
                                 

jeudi 21 avril 2011

ESSENTIAL KILLING. Prix du jury Ă  la Mostra de Venise 2010.

  

de Jerzy Skolimowski. 2010. Pologne, Norvège, Irlande, Hongrie.1H25. Avec Vincent Gallo, Emmanuelle Seigner, Nicolai Cleve Broch, Stig Frode Henriksen, David L. Price, Zach Cohen, Iftach Ophir, Tracy Spencer Shipp, Klaudia Kaca

PRIX DU JURY et PRIX D'INTERPRETATION Ă  la MOSTRA de VENISE 2010.

Sortie en salles en France le 06 Avril 2011.

FILMOGRAPHIE SELECTIVE: Jerzy Skolimowski est un cinéaste polonais né le 5 mai 1938 à Lodz en Pologne.
1971: Deep end, 1972: Roi, dame, valet, 1978: Le Cri du sorcier, 1981: Haut les mains, 1982: Travail au noir, 1984: Succès à tout prix, 1986: le Bateau phare, 1989: Les Eaux printanières, 1991: Ferdydurke, 2008: 4 nuits avec Anna, 2010: Essential Killing.

                           

Par le rĂ©alisateur du Cri du sorcier, Travail au noir et de l'incroyable Deep end, le rĂ©alisateur polonais Jerzy Skolimowski s'essaie au genre du survival politisĂ© en prenant le contre-pied des codes orthodoxes ciblant le rĂ©cit d'aventures haletant, traditionnellement emballĂ© dans une texture brutale pleine de vigueur.

En Afghanistan, un taliban est poursuivi par les forces amĂ©ricaines après avoir tuĂ© trois de leurs soldats. Rapidement interpellĂ© et en attendant son prochain jugement, l'homme se retrouve dans un centre de dĂ©tention pour ĂŞtre sĂ©vèrement torturĂ©. Pendant son transfert, un camion qui le transportait va faire une embardĂ©e alĂ©atoire pour se retrouver dans un fossĂ© après avoir manquĂ© de percuter un sanglier. Le prisonnier ligotĂ© profite alors de cet accident meurtrier pour s'Ă©vader dans les entrailles d'une forĂŞt.

                           

Dans le genre survival tempĂ©rĂ© en pleine nature sauvage qui voit un fugitif affolĂ© tenter de s'enfuir indĂ©finiment Ă  travers les forĂŞts contre une armĂ©e de soldats inflexibles pour l'apprĂ©hender, Essential Killing prend son rĂ©cit Ă  hauteur d'homme, sans esbroufe ni fioriture. Il narre de prime abord une aventure humaine prĂ©gnante et dĂ©sespĂ©rĂ©e ne prenant jamais parti pour un anti-hĂ©ros effrayĂ© Ă  l'idĂ©e de mourir et se laisser kidnapper par ses oppresseurs.
Dans une nature enneigĂ©e Ă  l'atmosphère hivernale tangible, Mohamed est un tueur impitoyable perdu au beau milieu de ce vaste environnement hostile. C'est sa quĂŞte de survie qui va nous ĂŞtre contĂ© dans une rĂ©alisation quasi expĂ©rimentale, prenant soin de faire Ă©voluer son personnage dans cette contrĂ©e Ă©cologique avec un saisissant rĂ©alisme d'acuitĂ©.
AffamĂ©, assoiffĂ© et Ă©puisĂ© par les heures interminables de marche dans un froid aride, le taliban traquĂ© par un cortège d'ennemis chevronnĂ©s accompagnĂ©s de leurs chiens loups va devoir retrouver un instinct primitif pour pouvoir subvenir Ă  sa longĂ©vitĂ©. De façon clairsemĂ©, le peu de nourriture qu'il trouvera Ă  sa disposition se trouvera dans les Ă©corces d'arbres, un nid de fourmis ou un arbuste de fruits empoisonnĂ©s. A moins d'envisager aux abords d'une route l'agression physique d'une femme bedonnante accompagnĂ©e de son bĂ©bĂ© sur les bras, venant de trĂ©bucher maladroitement de sa bicyclette.
Dans ses exactions pernicieuses tolĂ©rĂ©es par l'acte meurtrier vilipendant des innocents, le spectateur rebutĂ© ne sait jamais s'il doit Ă©prouver une quelconque sympathie ou une empathie envers un personnage aussi dangereux. D'oĂą ce refus coutumier des conventions balisĂ©es affichant un hĂ©ros intrĂ©pide sans reproche.
C'est ce qui fait la force singulière de la trame mais aussi sa faiblesse pour le spectateur peu habituĂ© Ă  suivre l'aventure d'un anti-hĂ©ros pernicieux sans pitiĂ© auquel il est difficile de s'identifier ! Et cela mĂŞme si l'homme reste malgrĂ© tout profondĂ©ment humain dans ses affections terrifiĂ©es par l'emprise de la solitude, la crainte ultime de la mort mais aussi la foi en son dieu, Allah (d'oĂą ses cauchemars refoulĂ©s qui interviennent de façon rĂ©currente).

                          

Jerzy Skolimowski pose donc matière Ă  rĂ©flexion dans ce portrait peu glorieux d'un homme obligĂ© de commettre le pire (le crime) pour assurer le prolongement de son existence. Cette introspection sur l'instinct de survie tend Ă  nous poser la question existentielle sur l'acceptation de s'octroyer au Mal afin de sauvegarder notre prĂ©sence sur terre. Il tend Ă  interpeller avec cette question essentielle: serions nous, nous aussi, capable de commettre de telles fraudes crapuleuses pour notre amour propre et ainsi sauver de manière Ă©gocentrique notre prĂ©cieuse existence ?
                        
Dans le rĂ´le de Mohamed, le prodigieux Vincent Gallo n'a pas volĂ© son prix d'interprĂ©tation Ă  Venise tant sa prestance innĂ©e d'ennemi redoutĂ© nous impressionne dans sa vĂ©racitĂ© Ă  dĂ©montrer de manière corporelle son calvaire pour tenter de survivre dans un environnement naturel polaire.
Tour à tour apeuré, effrayé, anxieux, halluciné, voir incommodé de gêne et de honte quand il se voit accueilli par une femme sourde et muette, l'acteur laisse transparaître ce florilège d'émotions frêles avec une aura viscérale particulièrement palpable.

                           

ClĂ´turant de façon cruelle son Ă©pilogue de manière brute et inopinĂ©e, Essential Killing est un survival insolite d'une belle rigueur, soigneusement mis en scène dans une structure niant le caractère spectaculaire ou l'action traditionnellement trĂ©pidante. 
L'interprĂ©tation habitĂ©e de Vincent Gallo et sa rĂ©flexion sur la moralitĂ© de la survie culminent Ă  un rĂ©cit dramatique inhabituel et anticonformiste.

21.04.11
Bruno Matéï.

mercredi 20 avril 2011

LA JEUNESSE DU MASSACRE (I ragazzi del massacro)


de Fernado Di Leo. 1969. Italie. 1H36. Avec Pier Paolo Capponi, Marzio Margine, Renato Lupi, Enzo Liberti, Michel Bardinet, Danika La Loggia.

FILMOGRAPHIE: Fernando Di Leo est un réalisateur, scénariste et acteur Italien né le 11 Janvier 1932 à San Ferdinando Di Puglia en Italie, mort le 1er Décembre 2003.
1964: Gli Eroi di ieri, oggi, domani, 1968: Rose rosse per il fuehrer, 1969: la Jeunesse du massacre, Pourquoi pas avec toi, Amarsi male, 1971: la clinique sanglante, 1972: Milan calibre 9, 1972: l'Empire du crime, 1973: le Boss, La Seduzione, 1974: salut les pourris, Sesso in testa, 1975: Ursula l'anti-gang, La citta sconvolta: caccia spietata ai rapitori, 1976: Gli Amici di Nick Hezard, 1976: I padroni della città, 1977: Diamanti sporchi di sangue, 1977: les insatisfaites poupées érotiques du docteur Hitchcock, 1978: Avere vent'anni, 1980: Vacanze per un massacro, 1981: l'Assassino ha le ore contate (tv), 1982: Pover'ammore, 1984: Razza violenta, 1985: Killer Contro Killers.

                          

Avant une multitude de polars italiens bien connus des amateurs, le dĂ©butant Fernando Di Leo rĂ©alise en 1969 un drame Ă  suspense assez inopinĂ© pour le genre stigmatisant une sociĂ©tĂ© tendancieuse auquel Ă©volue une bande de gamins responsables du meurtre crapuleux de leur professeur de cours. 

Durant un cours de classe, une jeune professeur de collège se fait sauvagement agressĂ©e pour ĂŞtre ensuite violĂ©e et assassinĂ©e par une bande d'Ă©lèves alcoolisĂ©s issus de milieux dĂ©favorisĂ©s. Le commissaire Duca Lamberti est persuadĂ© qu'un odieux commanditaire serait le vrai responsable de ce massacre organisĂ©. Reste Ă  savoir qui est le fameux coupable prĂ©sumĂ© !

                           

Ce film restĂ© inĂ©dit en salles en France possède une aura particulière (Ă  l'image de son prĂ©lude introductif particulièrement glauque et dĂ©rangeant, bien que suggĂ©rĂ©) dans son enquĂŞte criminelle confrontĂ©e Ă  une bande de gamins dĂ©linquants qui, après s'ĂŞtre enivrĂ©s, ont dĂ©cidĂ© de violer et tuer une jeune femme en toute gratuitĂ©. Du moins en apparence, car l'investigation de notre inspecteur de police finira par le mener vers une intrigue perfide auquel le vĂ©ritable coupable possède un vrai mobile qui l'aura poussĂ© Ă  commanditer et perpĂ©trer un tel crime sauvage.
Un Ă  un, les jeunes mineurs vont ĂŞtre inlassablement interrogĂ©s par le commissaire Lamberti avide de justice Ă©quitable mais expĂ©ditive sans Ă©luder de mĂ©thodes quelques peu immorales dans les humiliations verbales et implicites subies contre les jeunes accusĂ©s. Malencontreusement, aucun des garnements ne dĂ©cide de divulguer quoi que ce soit au leader hiĂ©rarchique, en dehors d'un Ă©lève Ă  l'homosexualitĂ© douteuse, terrifiĂ© Ă  l'idĂ©e de moucharder ses camarades pour se retrouver ensuite mystĂ©rieusement assassinĂ© !
Lamberti dĂ©cide alors l'opĂ©ration de la dernière chance. C'est Ă  dire s'attribuer d'un des accusĂ©s en question pour l'emmĂ©nager sous sa responsabilitĂ© le temps de quelques jours afin de le sociabiliser. Une manière finaude de le rĂ©insĂ©rer dans la sociĂ©tĂ© en lui faisant mener une vie plus aisĂ©e, commode et dĂ©nuĂ©e de contraintes. Un subterfuge Ă  ce que l'adolescent mis en confiance et rĂ©confortĂ© par ces nouveaux biens matĂ©riels puisse finalement avouer le vĂ©ritable coupable incriminĂ©.

                         

Fernando Di Leo ne manque pas d'illustrer le caractère prĂ©caire d'adolescents milanais provocateurs et insouciants, livrĂ©s Ă  eux mĂŞmes auquel les parents au chĂ´mage s'enlisent lamentablement dans la dĂ©pendance de l'alcool et la dĂ©chĂ©ance qui s'ensuit. C'est une sociĂ©tĂ© aussi laxiste qu'hypocrite qui est ciblĂ©e dans son attitude sournoise Ă  vouloir boucler au plus vite une affaire embarrassante impliquant des adolescents paumĂ©s et rĂ©voltĂ©s. Le chĂ´mage, la drogue, l'alcoolisme, la dĂ©mission parentale sont pointĂ©s du doigt afin de responsabiliser notre aristocratie engendrant ces criminels rĂ©gulièrement issus d'un milieu dĂ©savantagĂ©.

Dans le rĂ´le du commissaire drastique, Pier Paolo Capponi est parfait de charisme viril dans la peau d'un homme de loi assidu et dĂ©terminĂ© Ă  vouloir incriminer le haut responsable de ce massacre gratuit. Consciencieux et plutĂ´t malicieux dans sa quĂŞte de dĂ©couvrir l'horrible vĂ©ritĂ© par l'entremise d'un adolescent conditionnĂ©, son enquĂŞte le mènera vers une rĂ©solution fortuit pathĂ©tique dans son mobile prĂ©sumĂ©.

                         

Bien interprĂ©tĂ©, rĂ©alisĂ© avec dextĂ©ritĂ© et adroitement menĂ© avec un sens du suspense impeccablement structurĂ©, La Jeunesse du massacre est un excellent drame opaque Ă  l'ambiance insolite sous-jacente inhabituelle.
Son final est d'autant plus dĂ©rangeant dans la rĂ©vĂ©lation du meurtrier qu'il fait appel Ă  une rĂ©miniscence dĂ©voilant les vĂ©ritables circonstances du fameux viol rendu explicite. Une scène difficilement oubliable dans la maestria de sa mise en scène impliquant une multitude de cadrages tarabiscotĂ©s et soutenus par une bande son criarde irritante. La constance de bruitages confinĂ©s aux tambourins et autres instruments stridents mais surtout le son assourdissant Ă©voquant une clef Ă©raflant continuellement la carrosserie rouillĂ©e d'une voiture. A dĂ©couvrir !

NOTE: Egalement connu sous les titres "Naked Violence", "L'Exécution", "La Fiancée de la Mort".

20.04.11.
Bruno Matéï.

LA NUIT DES ALLIGATORS (The Penthouse)


de Peter Collinson. 1967. Grande Bretagne. 1h36. Avec Suzy Kendall, Terence Morgan, Tony Beckley, Norman Rodway.

FILMOGRAPHIE: Peter Collinson est un rĂ©alisateur anglais nĂ© le 1 Avril 1936 et dĂ©cĂ©dĂ© le 16 Decembre 1980.
1967: The Penthouse, 1968: Up the Junction, The long day's Dying, 1969: The Italian Job, 1970: You can't win'em all, 1971: Fright, 1972: Straight on till Morning, Innocent Bystanders, 1973: The man Called Noon,
1974: La Chasse sanglante, And then ther were none, 1975: The Spiral staircase, 1976: Target of an assassin, The sell-out, 1978: Tomorrow never comes, 1979: The House on Garibaldi street, 1980: The Earthling.








Dans un studio luxueux, Bruce et sa maîtresse Barbara abritent leurs amours clandestines. Surviennent deux faux employés du gaz, Tom et Dick. Bruce est ligoté, Barbara enivrée. La peur s'installe...

mardi 19 avril 2011

LES CHEMINS DE LA LIBERTE (The Way Back)


de Peter Weir. 2010. U.S.A. 2H15. Avec Jim Sturgess, Ed Harris, Saoirse Ronan, Colin Farell, Mark Strong, Gustaf Skarsgard, Alexandru Potocean, Sebastian Urzendowsky.

Sortie en salles en France le 26 Janvier 2011.

FILMOGRAPHIE: Peter Weir est un réalisateur australier né à Sydney en Autralie le 21 Aout 1944.
1974: Les Voitures qui ont mangĂ© Paris. 1975: Pique-nique Ă  Hanging Rock, 1977: La Dernière Vague, 1981: Gallipoli, 1982: l'AnnĂ©e de tous les dangers, 1985: Witness, 1986: Mosquito Coast, 1989: Le Cercle des poètes disparus, 1990: Green Card, 1993: Etat Second, 1998: The Truman Show, 2003: Master and commander, 2011: Les Chemins de la LibertĂ©.

                          

Sept ans après Master and commander, grand spectacle maritime qui dĂ©crivait le combat acharnĂ©, en 1805, d'un navire de la Royale Navy contre l'Acheron, frĂ©gate de corsaires français subordonnĂ©s Ă  l'armĂ©e napolĂ©onienne, Peter Weir nous retrace avec les Chemins de la libertĂ© l'odyssĂ©e vĂ©ridique d'une poignĂ©e de prisonniers Ă©chappĂ©s d'un goulag en SibĂ©rie.
Le film est tirĂ© du roman de Slavomir Rawicz, "The Long Walk : The True Story of a Trek to Freedom"

En 1940, un groupe de prisonniers de guerre dĂ©cide de s'Ă©chapper d'un camp de travail en SibĂ©rie. Dans des conditions prĂ©caires Ă©pouvantables et une fatigue constante confinant Ă  l'Ă©puisement mortel, ils vont devoir marcher pendant plus de 6500 kms Ă  travers l'URSS, la Mongolie, le Tibet et l'Inde occupĂ©e par les anglais. Seuls, trois prisonniers auront la chance d'accĂ©der Ă  destination.

                          

Avec un souci de rĂ©alisme brut et rugueux et l'intensitĂ© d'un sens Ă©pique rappelant les grandes Ă©popĂ©es lyriques du cinĂ©ma vintage, Peter Weir s'accapare d'un rĂ©cit vĂ©ridique implacable ayant eu lieu durant la seconde guerre mondiale. Il dĂ©peint avec la fĂ©brilitĂ© d'une Ă©motion bouleversante l'impensable pĂ©riple d'un groupe de prisonniers de nationalitĂ©s diverses dĂ©libĂ©rĂ©s Ă  retrouver leur libertĂ© en fuyant le rĂ©gime stalinien.
Pour cela, ils devront traverser quatre pays occupĂ©s par un communisme totalitaire et affronter dans une forme physique davantage amoindrie le froid glacial de SibĂ©rie, la chaleur suffocante du dĂ©sert de Mongolie, reconquĂ©rir les neiges du Tibet pour enfin trouver refuge et sĂ©rĂ©nitĂ© dans le pays de l'Inde tolĂ©rĂ© par les anglais.

De prime abord, le rĂ©alisateur nous oppose dans sa première partie Ă  l'impitoyable condition de vie inhumaine des prisonniers polonais et d'autres horizons. Travaux forcĂ©s en extĂ©rieur, en plein froid glacial sous les tempĂŞtes de neige rigoureuses ou dans le refuge caverneux des souterrains d'une mine irrespirable. Alors que leur règle d'hygiène dĂ©plorables entraĂ®nant les maladies infectieuses, les rations alimentaires rĂ©duites au strict minimum et les règlements de compte entre travailleurs famĂ©liques vont amoindrir chaque jour leur frĂŞle chance de survie.
Ce prĂ©ambule impressionnant de vĂ©ritĂ© sordide dans une mise en scène entièrement allouĂ©e Ă  l'humanitĂ© dĂ©sespĂ©rĂ©e de ces personnages nous entraĂ®ne dĂ©jĂ  dans la moiteur d'un enfer glauque oĂą l'on perçoit de manière viscĂ©rale l'odeur de la dĂ©chĂ©ance putride et leur douleur morale fustigĂ©e.

                          

La suite nous embarque dans une escapade inlassable auquel un groupe d'hommes audacieux ont dĂ©cidĂ© de s'Ă©chapper de leur bagne pour retrouver la libertĂ©. Ils vont devoir communĂ©ment s'aventurer Ă  travers l'immensitĂ© des forĂŞts sauvages dĂ©ployant des collines Ă  perte de vue, les dĂ©serts arides et dessĂ©chĂ©s, inertes de prĂ©sence humaine, et les rangĂ©es de montagnes Ă©levĂ©es Ă  une altitude dantesque.
Durant leur cheminement ardent, ils vont rencontrer la seule jeune femme polonaise Ă©chappĂ©e d'un camp adverse pour finalement accepter sa venue alĂ©atoire et parcourir des milliers de kilomètres de marche Ă  pied.
Avec une rare puissance dramatique, cette seconde partie introspective, saisissante d'authenticitĂ© dans l'illustration dĂ©charnĂ©e de la condition physique et morale de nos protagonistes, le rĂ©alisateur nous retransmet avec force et rĂ©alisme abrupt une leçon de survie qui dĂ©passe l'entendement ! Durant la majoritĂ© de leur trajet mortifère, nous sommes tĂ©moins Ă  contempler la terrible quĂŞte d'emprise de libertĂ© d'hommes affamĂ©s, assoiffĂ©s, Ă©puisĂ©s par le froid, la faim, la maladie, la sĂ©cheresse et une fatigue davantage Ă©reintante. Peter Weir apporte un soin sensitif Ă  ausculter cette lente agonie humaine dĂ©sespĂ©rĂ©ment esseulĂ©e face Ă  l'hostilitĂ© de la nature environnante, affrontant les pires situations extrĂŞmes avec un courage surhumain suspectant un suicide collectif.

Il faut respectueusement saluer la prestance des comĂ©diens chevronnĂ©s, littĂ©ralement habitĂ©s par leur rĂ´le !Que ce soit Collin Farel dans un second rĂ´le putassier de salaud pernicieux, Ed Harris en sexagĂ©naire mature ne se fiant qu'Ă  sa rudesse d'esprit et Jim Sturgess en leader impromptu, loyal et valeureux, dĂ©terminĂ© Ă  retrouver sa femme pour lui pardonner une ignoble trahison.
Enfin, je ne manquerai pas d'Ă©voquer la bouleversante interprĂ©tation de Saoirse Ronan (The Lovely Bone) dans celle d'une jeune polonaise aussi inflexible que fragile Ă  vouloir se mesurer contre ses coĂ©quipiers. Sa nĂ©cessitĂ© inhĂ©rente Ă  prouver Ă  la gente masculine son courage improbable de dĂ©passer ses capacitĂ©s physiques et psychologiques jusqu'Ă  un inĂ©quitable point de non retour.

                        

TournĂ©s dans les magnifiques rĂ©gions de Bulgarie, d'Inde, du Maroc et de l'Australie dĂ©ployant leur trĂ©sor de magnificence naturelle pour leurs paysages solennels, Les Chemins de la libertĂ© est un humble tĂ©moignage de ce que l'ĂŞtre humain est capable de surpasser pour tenter de retrouver sa dignitĂ© et sa libertĂ© immolĂ©e. VĂ©ritable hymne au dĂ©passement de soi, hommage Ă  la solidaritĂ© de l'amitiĂ© et Ă  ceux qui auront survĂ©cu, cette histoire vraie terriblement cruelle est une expĂ©rience humaine viscĂ©rale, un rĂ©cit initiatique bouleversant sublimant l'instinct de courage au grĂ© de l'autonomie. Inoubliable, Ă  l'image prĂ©gnante de ces retrouvailles inespĂ©rĂ©es pour un final exutoire dont on ne sortira pas indemne.

19.04.11
Bruno Matéï.

dimanche 17 avril 2011

Le Secret de Terabithia / Bridge to Terabithia

                                                 

de Gabor Csupo. 2007. U.S.A. 1h35. Avec Josh Hutcherson, AnnaSophia Robb, Zooey Deschanel, Robert Patrick, Bailee Madison, Katrina Cerio, Devon Wood, Emma Fenton, Grace Brannigan, Latham Gaines.

Sortie en salles en France le 28 Mars 2007.

FILMOGRAPHIE: Gábor CsupĂł est un producteur, scĂ©nariste et rĂ©alisateur amĂ©ricain nĂ© en 1952 Ă  Budapest (Hongrie). 1980: Dance. 2007: Le Secret de Terabithia. 2008: Le Secret de Moonacre


Vendu comme un sous Narnia, ce second film d'un rĂ©alisateur d'origine hongrois, adaptĂ© d'un roman de Katherine Paterson (auteur de littĂ©rature pour la jeunesse amĂ©ricaine) avait de quoi feindre son public avec son affiche infantile plus proche d'un film d'animation niais rĂ©alisĂ© en image de synthèse que d'un mĂ©trage factuel incarnĂ© par des acteurs de chair et d'os. Or, sous ses aspects ludiques de conte de fĂ©e mâtinĂ© d'aventures fantastiques s'y dĂ©voile un rĂ©cit d'apprentissage plutĂ´t ardu sur la notion de deuil chez l'enfant confrontĂ© Ă  l'iniquitĂ©; mais encore sur les Ă©mois amoureux et cette quĂŞte d'Ă©vasion, exutoire Ă  notre sociĂ©tĂ© d'intolĂ©rance. 

Le PitchUn jeune ado se lie d'amitié avec une camarade, nouvelle élève de son collège. Après les cours, ils se réfugient dans la forêt à proximité de leur foyer pour retrouver un univers qu'ils se sont accordés de fantasmer afin d'échapper à leur quotidien trivial: le monde de Térabithia.

                                      

Avec simplicitĂ© et Ă©motion tempĂ©rĂ©e auprès de deux comĂ©diens juvĂ©niles habilement dirigĂ©s dans leur expression naturelle infaillible, Le secret de Terabithia attise immĂ©diatement sympathie et charme (naĂŻf) dans sa façon d'illustrer le cap de l'enfance impartie Ă  la puretĂ© de l'innocence. Le rĂ©alisateur nous dĂ©peignant sans complaisance aucune le portrait fragile d'un couple d'enfants Ă©pris d'amitiĂ© et d'affection au grĂ© de leurs aventures fantasques. Des instants Ă©panouis d'existence ludique, entre apprentissage scolaire, conflits parentaux et quĂŞte intrinsèque d'un irrĂ©pressible besoin d'Ă©vasion. Ce dĂ©sir moral d'Ă©vacuer la prĂ©mices d'une existence anxiogène constituant un refuge salvateur auprès de leur Ă©quilibre moral. Ainsi, cette ballade romantique entre deux enfants fragiles nous rappelle un peu la tendresse humaine de Stand by me pour le rapport nostalgique confĂ©rĂ© Ă  cette Ă©poque magique et pour la poĂ©sie enchanteresse d'une Histoire sans fin lors cette fĂ©erie utopiste jamais surchargĂ©e d'FX ostentatoires. La bonne idĂ©e du rĂ©alisateur est Ă©galement de nous dĂ©voiler dès le dĂ©part que tout ce que nous voyons et contemplons n'est que la mĂ©taphore du pouvoir crĂ©atif envers la conscience des enfants, avides d'Ă©motions Ă©chevelĂ©es et de quĂŞte d'imaginaire Ă  travers leurs yeux Ă©blouis par la nature solaire. Pour se faire, ceux-ci vont s'inventer un monde fantasque fondĂ© sur la Fantasy. En cela, c'est l'autosuggestion qui leur permettra de crĂ©er et d'y matĂ©rialiser le monde de Terabithia.

                                        

AVERTISSEMENT ! AVANT DE LIRE CE QUI VA SUIVRE, IL EST PRÉFÉRABLE D'AVOIR VU LE FILM.

Mais cette fantaisie gentiment dĂ©bridĂ©e aurait pu percer sur sa lancĂ©e ludique vĂ©cue avec Ă©motion par nos hĂ©ros insĂ©parables si un Ă©vènement tragique ne les avaient brutalement opprimĂ© ! Ainsi donc, cette dĂ©chirante dernière partie d'une brutalitĂ© inouĂŻe par son cinglabnt effet de surprise va donc rappeler Ă  l'ordre de l'innocence que la rĂ©alitĂ© de notre existence est subordonnĂ©e Ă  l'injustice de la mort auprès d'une destinĂ©e parfois inĂ©quitable. D'apparence ludique, si distrayant et très attachant sous l'impulsion d'enfants aussi imaginatifs que rĂ©flĂ©chis (une fois n'est pas coutume), Gabor Csupo poursuit sa thĂ©matique avec gravitĂ© et rĂ©alisme pour tenter de rĂ©pondre au sens d'une vie sacrifiĂ©e de plein fouet. DotĂ© d'un charisme prĂ©gnant et pĂ©tillante de charme docile, la jeune Anna Sophia Robb insuffle la spontanĂ©itĂ© dans sa stature insouciante d'enfant dĂ©gourdie. Une baroudeuse indĂ©pendante dĂ©ployant une imagination foisonnante pour la verve de ces rĂ©cits enchanteurs Ă©maillĂ©s de personnages excentriques. Son compagnon Josh Hutcherson lui partage la vedette dans un jeu introverti d'enfant timorĂ© dĂ©couvrant pour la première fois l'Ă©moi des sentiments avant de se laisser gagner par le chagrin tragique. FĂ©ru de tendresse pour sa charmante compagne, il Ă©meut puis bouleverse de par sa sincĂ©ritĂ© dĂ©pouillĂ©e (jamais sirupeuse) Ă  finalement cheminer une voie initiatique af'in d'accepter avec courage et humilitĂ© (notamment auprès de ses rapports plus conciliants avec sa soeur cadette) la mort de l'ĂŞtre cher.

                                     

Ferme les yeux et garde ton esprit bien ouvert
Vendu comme un film familial d'aventures fantastiques truffĂ©es de pĂ©ripĂ©ties Ă©piques et endiablĂ©es, Le Secret de Terabithia se dĂ©cline pourtant en douloureuse chronique infantile Ă  travers sa brusque rupture de ton, sa radicalitĂ© si extrĂŞme Ă  confronter l'expĂ©rience brutale du deuil auprès de l'innocence. Le rĂ©alisateur dĂ©clarant sans ambages un hymne Ă  l'amitiĂ© et Ă  l'amour, au pouvoir crĂ©atif de l'imaginaire, Ă  l'initiation des alĂ©as de la vie et enfin Ă  l'acceptation de la perte d'un ĂŞtre cher avec un rĂ©alisme aussi sĂ©duisant que perturbant. DĂ©chirant conte dĂ©diĂ© Ă  la magie de l'enfance, Ă  l'autosuggestion et Ă  la dure fatalitĂ© de la souffrance morale que tout un chacun traverse au cours de l'existence, le Secret de Terabithia vous laissera une marque indĂ©lĂ©bile dans l'encĂ©phale Ă  travers ses deux visages Ă©rudits frappĂ©s par le lyrisme des sentiments.

P.S: Avertissement aux enfants de moins de - de 8/10 ans, certain(e)s pourraient être profondément choqué(e)s et perturbé(e)s par la noirceur (brut de décoffrage) du thème survenant aux 20 ultimes minutes du récit.

Dédicace à Luke Mars, Pascal Clabaut et Sandrine Villemard.

* Bruno
01.01.25. Vost
18.04.11.


                                       

vendredi 15 avril 2011

LE SOUS-SOL DE LA PEUR (The People under the stairs). Prix Spécial du Jury à Avoriaz 1992.


de Wes Craven. 1991. U.S.A. 1h42. Avec Brandon Adams, Everett McGill, Wendy Robie, A.J. Langer, Ving Rhames, Sean Whalen.

Sortie France: 15 Janvier 1992, U.S.A: 01 Novembre 1991.

FILMOGRAPHIE: Wesley Earl "Wes" Craven est un réalisateur, scénariste, producteur, acteur et monteur né le 2 Aout 1939 à Cleveland dans l'Ohio.
1972: La Dernière maison sur la gauche, 1977: La Colline a des yeux, 1978: The Evolution of Snuff (documentaire), 1981: La Ferme de la Terreur, 1982: La Créature du marais, 1984: Les Griffes de la nuit, 1985: La Colline a des yeux 2, 1986: l'Amie mortelle, 1988: l'Emprise des Ténèbres, 1989: Schocker, 1991: Le Sous-sol de la peur, 1994: Freddy sort de la nuit, 1995: Un Vampire à brooklyn, 1996: Scream, 1997: Scream 2, 1999: la Musique de mon coeur, 2000: Scream 3, 2005: Cursed, 2005: Red eye, 2006: Paris, je t'aime (segment), 2010: My soul to take, 2011: Scream 4.

                                      

Deux ans après Schocker (serial-killer aux 3000 volts svp !), Wes Craven repasse derrière la caméra pour livrer l'un de ses films les plus cartoonesques où des enfants molestés se fondent dans la peau de héros. Un conte macabre, cynique et drôlement sardonique dépeignant le vampirisme de la bourgeoisie au profit des exclus de l'immigration. Dans un quartier défavorisé, un couple de psychopathes, kidnappeurs d'enfants, règnent en maître sur la population depuis des décennies en louant des immeubles à prix exorbitant. Deux délinquants à la petite semaine accompagnés d'un enfant, dont la mère atteinte d'une tumeur ne peut plus subvenir à ses besoins, vont tenter de cambrioler la demeure des tortionnaires.

                                       

Féroce satire sociale, le Sous-sol de la peur est une série B d'autant plus déroutante qu'elle est dirigée par deux enfants de moins de 12 ans retenus prisonniers par un couple de tortionnaires aux penchants pédophiles ! La narration diablement troussée empreinte de prime abord la voie du conte de fée, façon Hansel et Cretel remis au goût du jour dans un contexte urbain d'une société raciste. La forêt se substituant en métropole, la chaumière en vaste pavillon rempli de pièges et la sorcière symbolisant la caricature perfide de propriétaires cupides. Un frère et une soeur xénophobes très portés sur le confort et le contrôle sécuritaire se sont ici concertés pour asservir la vie de défavorisés en emprisonnant quelques enfants dans leur cave.

                                         

C'est à la suite d'un cambriolage ayant mal tourné qu'un adolescent va se retrouver embrigadé dans leur demeure. Rapidement, il va établir la rencontre d'un jeune adulte mutique réduit à l'état sauvage, car caché dans les cloisons murales. Mais surtout il va se lier d'amitié avec une fillette embrigadée depuis sa naissance, et donc déconnectée de ses repères. Tandis que dans la cave sont entassés depuis longtemps des quidams dépravés livrés à eux mêmes, contraints de pratiquer l'anthropophagie pour subvenir à leur survie. Durant ce périple de l'enfer impliqué dans un dédale de pièces secrètes, les deux enfants vont tenter de s'échapper par toutes les issues possibles de chaque cloison de la demeure alors que les propriétaires affublés d'un rottweiler vont se lancer à leur trousse pour les appréhender.
Dans le rĂ´le du frère pĂ©dophile adepte de la chasse Ă  l'homme et du SM (panoplie de Batman Ă  l'appui !), Everett McGill s'avère savoureux de maladresse et de cynisme sarcastique. Au physique dĂ©testable de mĂ©gère renfrognĂ©e, Wendy Robie lui partage la vedette avec sadisme de cruautĂ© et d'humiliation pour sa fonction impĂ©rieuse particulièrement imbue.

                                     

MenĂ© Ă  un rythme effrĂ©nĂ© dans son lot de pĂ©ripĂ©ties horrifiques et de situations pittoresques, Le sous-sol de la peur adopte la dĂ©marche d'une satire sociale aussi acide que acerbe par son climat malsain oĂą l'innocence infantile s'avère le pivot hĂ©roĂŻques. Cette farce corrosive s'octroie Ă©galement d'ironiser sur l'instinct pervers d'une bourgeoisie sournoise vautrĂ©e dans la richesse de son confort et des biens matĂ©riels. 

Récompenses: Prix Spécial du Jury à Avoriaz en 1992.
Pegasus Audience Award au festival du film fantastique de Bruxelles en 1992.

15.04.11. 3.
Bruno Matéï.