jeudi 30 avril 2020

Les Goonies

                                                  Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site ekladata.com

"The Goonies" de Richard Donner. 1985. U.S.A. 1h55. Avec Sean Astin, Josh Brolin, Jeff Cohen, Corey Feldman, Kerri Green, Martha Plimpton, Ke Huy Quan, John Matuszak, Robert Davi.

Sortie salles France: 4 Décembre 1985

FILMOGRAPHIE: Richard Donner (Richard Donald Schwartzberg) est un réalisateur et producteur américain, né le 24 Avril 1930 à New-York. 1961: X-15. 1968: Sel, poivre et dynamite. 1970: l'Ange et le Démon. 1976: La Malédiction. 1978: Superman. 1980: Superman 2 (non crédité - Richard Lester). 1980: Rendez vous chez Max's. 1982: Le Jouet. 1985: Ladyhawke, la femme de la nuit. 1985: Les Goonies. 1987: l'Arme Fatale. 1988: Fantômes en Fête. 1989: l'Arme Fatale 2. 1991: Radio Flyer. 1992: l'Arme Fatale 3. 1994: Maverick. 1995: Assassins. 1996: Complots. 1998: l'Arme Fatale 4. 2002: Prisonnier du temps. 2006: 16 Blocs. 2006: Superman 2 (dvd / blu-ray). Prochainement: l'Arme Fatale 5.


Faut-il encore prĂ©senter le film culte par excellence de la gĂ©nĂ©ration 80 sous couvert d'une aventure familiale inspirĂ©e du Club des 5 et d'Indiana Jones ! ? Inutile donc d'Ă©piloguer sur ce divertissement taillĂ© sur mesure, mĂŞme si j'avoue que les Goonies ne reprĂ©sente pas pour moi un chef-d'oeuvre du genre. Dans la mesure oĂą je considère beaucoup plus denses, poĂ©tiques et subtiles des oeuvres aussi rĂ©fĂ©rencĂ©es comme Stand by me, Explorers, l'Histoire sans Fin, la trilogie Retour vers le futur ou encore le chef-d'oeuvre ultime E.T de Steven Spielberg. Pour autant, ne boudons pas notre plaisir car les Goonies reste en l'Ă©tat un formidable divertissement de par l'association infaillible Richard Donner / Steven Spielberg imprimant sur pellicule la fringance exubĂ©rante de hĂ©ros en culotte courte d'une cohĂ©sion amicale aussi tendre que cocasse. Tous les acteurs juvĂ©niles s'avĂ©rant irrĂ©prochables de complĂ©mentaritĂ© mĂŞme si certains, particulièrement turbulents, peuvent parfois prĂŞter Ă  un futile agacement Ă  travers leur rĂ©signation (surmenĂ©e) Ă  dĂ©jouer les chausses-trappes qui empiètent leur parcours au confins d'une grotte. 


Quant Ă  son climat pittoresque particulièrement bonnard, on peut en dire autant du point de vue des mĂ©chants "benĂŞts" multipliant les gaffes et les quiproquos au fil d'une chasse aux trĂ©sors qu'ils se compromettent avec nos aventuriers en herbe. LĂ  aussi leur charisme gentiment patibulaire (digne d'un cartoon) sied Ă  merveille pour y dĂ©tendre l'atmosphère, quand bien mĂŞme le dĂ©ficient Sinok se mĂŞle Ă  l'aventure avec une innocence infantile rĂ©solument affable au grĂ© de son initiation hĂ©roĂŻque Ă  prĂ©munir la cause des enfants. Quant aux dĂ©cors entièrement tournĂ©s en studios, en dĂ©pit de l'aspect dĂ©suet de certains Ă©lĂ©ments en carton pâte, on reste contrairement Ă©baubi avec la dĂ©couverte du vaisseau pirate d'une taille disproportionnĂ©e faisant autant rĂ©fĂ©rence au personnage imaginaire Willy le Borgne (super photogĂ©nique en squelette sarcastique !) qu'Ă  l'acteur iconique Errol Flynn auquel le film y fait allusion Ă  plusieurs reprises. Un excellent divertissement donc pour petits et grands qu'Amblin Entertainment est parvenu Ă  immortaliser de son empreinte aussi gĂ©nĂ©reuse qu'intègre, quand bien mĂŞme le score orchestral de Dave Grusin y dynamise le rĂ©cit avec un souffle constamment frĂ©tillant.

*Bruno
3èx


Box Office France: 1 316 861 entrées

Récompenses: Saturn Award 1986 de la meilleure actrice dans un second rôle pour Anne Ramsey
Young Artist Award 1986 de la meilleure performance dans un film par un jeune acteur pour Sean Astin

mercredi 29 avril 2020

Angel 2, la vengeance

                                                   Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

"Avenging Angel" de Robert Vincent O'Neil. 1985. U.S.A. 1h33. Avec Betsy Russell, Rory Calhoun, Susan Tyrrell, Ossie Davis, Robert F. Lyons.

Sortie salles France: ? U.S: 11 Janvier 1985

FILMOGRAPHIE: Robert Vincent O'Neill est un réalisateur, scénariste, producteur et acteur américain. 1969: Like mother like daughter. 1970: The Psycho Lover. 1970: Blood Mania. 1973: Wonder Women. 1976: Paco. 1984: Angel. 1985: Angel 2 (The Avenging angel).


Toujours rĂ©alisĂ© par Robert Vincent O'Neil, Angel 2 exploite Ă  nouveau le filon du film d'auto-dĂ©fense sous le principe du polar urbain Ă  contrario du thriller horrifique de son modèle. Et si l'on retrouve avec plaisir la mĂŞme Ă©quipe de marginaux Ă  la fois amiteux et dĂ©jantĂ©s qui accompagnent Angel lors de son escapade vengeresse, Donna Wilkes a cĂ©dĂ© sa place Ă  Betsy Russell beaucoup moins expressive et impliquĂ©e que son aĂ®nĂ©e (notamment auprès de son regard bigleux faisant parfois tâche). Ainsi, tout ce qui faisait le charme tant innocent de son modèle d'une naĂŻvetĂ© attachante s'Ă©vapore ici faute d'un cheminement narratif poussif oĂą l'on peine Ă  s'impliquer lorsque Angel poursuit ses nouveaux ennemis adeptes du racket immobilier. Pour autant, avec indulgence et un oeil distrait, le spectacle gentiment ludique s'avère parfois attractif lors de sĂ©quences d'action d'une violence assez Ă©pique auprès des Ă©changes de gunfights.


A l'instar de son prologue prometteur dĂ©butant sur les chapeaux de roue sous l'impulsion d'un tube entĂŞtant de Bronski Beat. Mais l'effet de surprise tant vantĂ© Ă  travers son modèle singulier s'Ă©vapore ici rapidement si bien que Robert Vincent O'Neil semble beaucoup moins inspirĂ© Ă  mettre en exergue les bravoures d'Angel et de ses fidèles acolytes arpentant les ruelles new-yorkaises avec une (redondante) expressivitĂ©  beaucoup trop appuyĂ©e et outrancière que son modèle. Et donc le cĂ´tĂ© parfois involontairement hilarant du 1er Angel ne s'avère plus ici payant Ă  travers ses stĂ©rĂ©otypes auto-parodiques tentant d'amuser la galerie avec une timide efficacitĂ©. Parfois agrĂ©able cependant (surtout auprès de sa 1ère partie lorsque Angel renoue avec ses compagnons au moment de pĂ©nĂ©trer illĂ©galement dans l'enceinte d'un centre psychiatrique), cette sĂ©quelle inutile trouvera nĂ©anmoins son public nostalgique des Vigilante Movies (au rabais) ayant bercĂ© leur adolescence lors des annĂ©es 80.

*Bruno
Ci-joint chronique du 1er opus:


de Robert Vincent O'Neill. 1984. U.S.A. 1h34. Avec Donna Wilkes, Cliff Gorman, Susan Tyrrell, Dick Shawnn Rory Calhoun.

FILMOGRAPHIE: Robert Vincent O'Neill est un réalisateur, scénariste, producteur et acteur américain. 1969: Like mother like daughter. 1970: The Psycho Lover. 1970: Blood Mania. 1973: Wonder Women. 1976: Paco. 1984: Angel. 1985: Angel 2 (The Avenging angel).


Gros succès Ă  sa sortie, tant en salles US que chez nous sous support VHS, Angel surfe sur l'exploitation des Vigilante Movies en vogue au dĂ©but des eighties. Par le profil ombrageux du tueur et son ambiance nocturne d'une jungle urbaine hantĂ©e de dĂ©traquĂ©s et excentriques en tous genres, cette sĂ©rie B peut Ă©voquer l'excellent Vice Squad de Sherman ou encore le non moins Ă©patant New-York, 2 heures du matin de Ferrara. D'ailleurs, le film eut une telle renommĂ©e auprès du public que deux autres volets ont Ă©tĂ© mis en chantier en 85 et en 88. Ce dernier opus Ă©tant rĂ©alisĂ© par Tom De Simone, un spĂ©cialiste du WIP Ă  qui l'on doit Les Anges du Mal 2, Quartiers de Femmes, Chained  ou encore Hell Night dans un domaine autrement horrifique. Le pitch se rĂ©sume Ă  la descente aux enfers d'une jeune collĂ©gienne, Angel, 16 ans, contrainte de se prostituer la nuit faute de dĂ©mission parentale. En prime, un dangereux psychopathe commence Ă  sĂ©vir dans le boulevard de Los-Angeles auquel elle pratique ses activitĂ©s puisque l'une de ses amies est retrouvĂ©e sauvagement assassinĂ©e. Alors que la police enquĂŞte afin de le dĂ©masquer, le lieutenant Andrews s'intĂ©resse d'un peu plus près aux activitĂ©s illĂ©gales d'Angel logeant Ă  l'enseigne d'un immeuble miteux et frĂ©quentant des laissĂ©s pour compte.


B movie entièrement bâti sur le concept ludique d'un thriller horrifique mené tambour battant (poursuites et fusillades sanglantes à l'appui !), Angel réussit à susciter l'enthousiasme, notamment grâce à son habile dosage de cocasserie, de tendresse et de dramaturgie. Le récit assez efficace ne cessant de télescoper comportements loufoques de marginaux épris d'amitié pour Angel, tendresse poignante impartie à sa solitude existentielle, compassion d'un flic indulgent, et déambulation nocturne du serial-killer aux pulsions meurtrières erratiques. Si le film fait preuve d'un charme envoûtant dans sa photogénie insécurisante d'un Los Angeles illuminé de néons flashy, il doit également beaucoup de son attrait à la présence extravagante des seconds-rôles (un travelo gaillard, un retraité camouflé en Buffalo Bill, une garçonne braillarde), quand bien même Angel mène la danse avec fragilité et un sang froid toujours plus inflexible. Donna Wilkes se prêtant à merveille dans la peau d'une midinette à couettes bientôt submergée par sa rancoeur expéditive. A ce stade, il faut la voir manier de ses petites mains du gros flingue et courser sur un boulevard bondé de citadins un serial-killer déguisé en hindouiste pour mieux duper la police. Sur ce dernier point, et dans un jeu entièrement mutique, John Diehl compte sur la neutralité de son regard diaphane pour nous retransmettre l'expression dérangée d'un état d'âme sexuellement refoulé.


Thriller horrifique dĂ©complexĂ© par ses moult circonstances pittoresques, sa violence parfois cartoonesque (le carnage dans le commissariat, la poursuite urbaine au final homĂ©rique !) et ces instants de tendresse pour la caractĂ©risation dĂ©munie d'une prostituĂ©e au grand coeur, Angel remplit aisĂ©ment le cahier des charges du produit d'exploitation dans une facture bisseuse irrĂ©sistiblement attractive. A l'instar de son score aux percussions stridentes et des trognes de secondes zone se prĂŞtant au jeu avec une bonhomie communicative. Pour parachever, on ne manquera pas non plus de se rĂ©jouir de la stature pugnace d'une Bronson en jupe courte et de l'esthĂ©tisme rutilant d'un Los-Angeles noctambule livrĂ© aux meurtres et au racolage. 
A découvrir d'urgence pour tous les amoureux de Vigilante Movies, en attendant avec une certaine crainte les opus 2 et 3 !

mardi 28 avril 2020

La Tour du Diable / "Tower of Evil/Beyond the Fog / Horror of snape Island"

Photo empruntée sur Google, appartenant au site Lupanarsvisions

de Jim O'Connolly. 1972. Angleterre. 1h30. Avec Bryant Haliday, Jill Haworth, Mark Edwards, Anna Palk, Derek Fwolds.

Sortie salles le 19 Mai 1972. D'après le roman de George Baxt

FILMOGRAPHIEJim O'Connolly est un rĂ©alisateur, scĂ©nariste et producteur anglais, nĂ© le 26 FĂ©vrier 1926 Ă  Birmingham, dĂ©cĂ©dĂ© en DĂ©cembre 1986 Ă  Hythe dans le Kent. 1963: The Hi-Jackers. 1965: The Little Ones. 1964: Smokescreen. 1967: Le Cercle de Sang. 1967-1969: Le Saint (sĂ©rie TV). 1969: Crooks and Coronets. La VallĂ©e de Gwangi. 1972: La Tour du Diable. 1974: MaĂ®tresse Pamela


"La Tour du Diable : archĂ©ologie d’un cauchemar insulaire".
Durant sa brève carrière, Jim O’Connolly parvint pourtant Ă  marquer les fantasticophiles avec deux Ĺ“uvres hybrides : le rĂ©jouissant La VallĂ©e de Gwangi, et le shock-horror qui nous occupe ici, La Tour du Diable. Sortie en VHS Ă  l’orĂ©e des annĂ©es 80 sous la bannière Ă©toilĂ©e d’Hollywood VidĂ©o, cette bisserie made in Grande-Bretagne fit son petit effet de stupeur auprès des rats de vidĂ©oclub avides de surprises dĂ©viantes ou transgressives. La Tour du Diable conserve aujourd’hui encore son pouvoir de fascination sĂ©pulcrale, Ă  travers une ambiance insulaire glauque et quelques dĂ©rives gores — doublĂ©es d’un Ă©rotisme gentiment folichon.

Le pitch : en Écosse, sur l’Ă®le de Snape Island, une jeune femme est retrouvĂ©e en Ă©tat de dĂ©mence après la dĂ©couverte de trois cadavres gisant dans leur sang. InternĂ©e, la survivante subit des sĂ©ances d’hypnose pour tenter d’extirper la vĂ©ritĂ© enfouie dans les limbes de sa mĂ©moire, dans l’optique d’un procès. En parallèle, une Ă©quipe de scientifiques, intriguĂ©s par la prĂ©sence d’une lance phĂ©nicienne sur les lieux, dĂ©barque sur l’Ă®le, bien dĂ©cidĂ©e Ă  mettre la main sur un fabuleux trĂ©sor sacrĂ© dĂ©diĂ© Ă  une divinitĂ© antique.

Revoir aujourd’hui La Tour du Diable, c’est retrouver le rĂ©confort moite des classiques bisseux de l’adolescence, Ă  l’aube flamboyante de l’ère VHS. Franchement bien menĂ©, propulsĂ© par un casting naturellement attachant, le rĂ©cit ombrageux alterne sĂ©quences choc et cruautĂ© inattendue pour l’Ă©poque. Le rĂ©alisateur n’hĂ©site pas Ă  forcer l’agression visuelle par des zooms fĂ©roces sur les visages pĂ©trifiĂ©s des victimes. Survivante d’un massacre atroce, Penny est contrainte de revivre sous hypnose les Ă©vĂ©nements macabres survenus dans le phare de Snape Island. L’ambiance inquiĂ©tante et la brutalitĂ© sèche des meurtres — aussi brefs soient-ils — nous plongent dans un cauchemar nĂ©buleux, captivant dès ses premières brumes..

Mais c’est avec l’arrivĂ©e des scientifiques, attirĂ©s par le mirage d’un trĂ©sor oubliĂ©, que l’intrigue prend corps, se mue en une redoutable chasse au trĂ©sor hantĂ©e. Une mystĂ©rieuse prĂ©sence les Ă©pie dans l’ombre, les alpaguent un Ă  un. Sifflements dans la nuit, portes qui claquent, gĂ©missements moribonds qui rĂ©sonnent : tout concourt Ă  installer une tension, parfois amplifiĂ©e jusqu’Ă  une angoisse tangible quand les victimes s’enfoncent dans les corridors poisseux, infestĂ©s de bruits suspects. Certaines situations provoquent encore aujourd’hui un malaise viscĂ©ral. CloĂ®trĂ©s dans la tour antique, les invitĂ©s sont les jouets d’Ă©vĂ©nements aussi inquiĂ©tants que pernicieux. L’incendie volontaire de leur bateau ne fait qu’accĂ©lĂ©rer leur plongĂ©e vers la damnation, d’autant qu’une crĂ©ature mi-humaine, mi-monstre, rĂ©duite Ă  l’Ă©tat primitif, rĂ´de dans les tĂ©nèbres, accentuant cette insĂ©curitĂ© funèbre dans une scĂ©nographie crĂ©pusculaire, ceinturĂ©e d’eaux froides.

Cet ĂŞtre mutique serait-il Saul Gurney, le frère dĂ©gĂ©nĂ©rĂ© d’Hamp, venu s’isoler jadis sur l’Ă®le avec sa femme et son enfant, fuyant l’intolĂ©rance ? Ou bien son propre fils, aujourd’hui adulte, hĂ©ritier d’une filiation maudite ?

Captivant Ă  plus d’un titre, notamment grâce Ă  la sobriĂ©tĂ© des comĂ©diens auxquels on s’identifie naturellement, La Tour du Diable s’habille d’une texture Ă©trange, nĂ©e d’une confusion des genres savamment dosĂ©e. En greffant un rĂ©cit d’aventure classique sur les codes d’un film d’Ă©pouvante vintage dynamitĂ© par une imagerie Ă©rotico-sanglante, le film se transforme en psycho-killer atmosphĂ©rique (on pense parfois au très sympathique Humungous, cousin brumeux de cette ambiance insulaire malsaine). Ce pĂ©riple exotique, truffĂ© d’embĂ»ches, pousse chaque protagoniste un peu plus loin dans le dĂ©dale d’une grotte souterraine infestĂ©e de mystères, de râles Ă©touffĂ©s et de cadavres putrĂ©fiĂ©s — imprimĂ©s en gros plan.

Si cette sĂ©rie B typiquement bisseuse s’avère toujours aussi immersive, c’est avant tout grâce Ă  son atmosphère gothico-malsaine, forgĂ©e dans les entrailles de ce phare cĂ´tier, lui-mĂŞme Ă©rigĂ© sous une grotte dĂ©volue Ă  une divinitĂ© faisandĂ©e.


"L’Ă®le aux murmures sanglants".
Avec son ambiance insulaire, nĂ©crosĂ©e par une histoire de filiation cruelle, La Tour du Diable transcende la sĂ©rie B d’Ă©pouvante. Elle impose une audace visuelle presque rĂ©aliste, entre gore insalubre et tension sourde, pour peu que le spectateur accepte de suivre ces âmes perdues, pas Ă  pas. Une perle bis, mortifère, moite et purement atmosphĂ©rique. Ă€ rĂ©habiliter fissa.
 
DĂ©dicace Ă  l'Univers fantastique de la Science-Fiction, Artus Film et la gĂ©nĂ©ration Hollywood VidĂ©o !

— le cinĂ©phile du cĹ“ur noir đź–¤
19.12.25. Vost 
28.04.20
22.03.12. 444 v

lundi 27 avril 2020

Un million d'années avant J.C.

                     Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site chroniqueducinephilestakhanoviste.blogspot.com

"One Million Years B.C." de Don Chaffey. 1966. Angleterre. 1h40. Avec Raquel Welch, John Richardson, Percy Herbert, Robert Brown, Martine Beswick

Sortie salles France: 1er Décembre 1966. U.S: 21 Février 1967

FILMOGRAPHIE: Don Chaffey est un réalisateur britannique, né le 5 août 1917 à Hastings et mort le 13 novembre 1990 à l'Île Kawau (Nouvelle-Zélande).1953 : Skid Kids. 1954 : Time Is My Enemy. 1955 : Dead on Time. 1956 : The Secret Tent. 1957 : The Girl in the Picture. 1957 : Le Trottoir. 1958 : A Question of Adultery. 1958 : The Man Upstairs. 1959 : Le Mouchard. 1960 : Dentist in the Chair. 1960 : Lies My Father Told Me. 1961 : Nearly a Nasty Accident. 1961 : A Matter of Who. 1961 : Bobby des Greyfriars. 1962 : The Webster Boy. 1963 : Jason et les Argonautes. 1964 : A Jolly Bad Fellow. 1964 : Les Trois Vies de Thomasina. 1965 : The Crooked Road. 1966 : Un million d'années avant J.C. 1967 : La Reine des Vikings. 1968 : Du sable et des diamants. 1971 : Clinic Exclusive. 1971 : Creatures the World Forgot. 1973 : Charley le borgne. 1974 : Persecution. 1975 : Mais où est donc passé mon poney ? 1976 : The Fourth Wish. 1977 : Peter et Elliott le dragon. 1978 : La Magie de Lassie. 1979 : C.H.O.M.P.S.


Produit par la Hammer, Un million d'années avant J.C demeure une sympathique curiosité aussi futile et involontairement cocasse soit son contenu improbable (faire co-exister dinosaures et humains à la même époque, il fallait oser !). Le récit retraçant l'initiation du rebelle Tumak après avoir été expulsé de sa tribu et laissé pour mort. Ainsi, durant son périple, il abordera les valeurs de l'amour, de la sagesse, de la clémence et de la solidarité auprès d'une sauvageonne d'une tribu adverse (incarnée par
Raquel Welch dans une posture sexy). Gentiment divertissant, on apprécie durant cette modeste aventure tous les passages épiques en stop motion que Ray Harryhausen met en pratique pour donner chair à son bestiaire préhistorique.

*Bruno

samedi 25 avril 2020

Bad Times

                                              Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Dvdtoile.com

de David Ayer. 2006. U.S.A. 1h56. Avec Christian Bale, Freddy RodrĂ­guez, Eva Longoria, J. K. Simmons, Tammy Trull, Adriana Millan, Terry Crews.

Sortie salles France: 10 Janvier 2007

FILMOGRAPHIEDavid Ayer, né le 18 janvier 1968 à Champaign aux États-Unis, est un réalisateur, scénariste et producteur américain. 2005 : Bad Times. 2008 : Au bout de la nuit. 2012 : End of Watch. 2014 : Sabotage. 2014 : Fury. 2016 : Suicide Squad. 2017 : Bright. 2019 : The Tax Collector. 2020 : Bright 2.


"Pour vivre avec un traumatisme, il faut l'affronter, le verbaliser, l'accepter. Le traumatisme c'est comme une blessure, une blessure à l'âme. Il faut du temps pour consolider la cicatrice."

Polar poisseux, méchant et mal élevé que Christian Bale monopolise avec une force d'expression à la fois suicidaire et psychotique, Bad Times est une descente aux enfers fustigeant en filigrane les conséquences désastreuses des traumatismes de la guerre. Le pitch: ancien militaire ayant servi en Afghanistan, Jim Davis tente de poster sa candidature pour devenir officier de police. En attendant ses résultats, il tue son ennuie avec son meilleur ami Mike, chômeur porto-ricain, lors de virées urbaines dénuées de scrupule. Drame psychologique transplanté dans le cadre du polar noir, Bad Times est une épreuve de force morale, tant pour le spectateur se familiarisant auprès de marginaux infréquentables que pour ces derniers multipliant les risques inconsidérés à travers leur rage de vivre dénuée de responsabilité. David Ayer y dressant sous l'impulsion de dialogues à la fois incisifs et putassiers le portrait de deux paumés occultant leur cocon sentimental afin de fuir leur routine et flâner dans l'alcool et la drogue. La faute incombant surtout à la tête brûlée influente Jim Davis partagé entre son véritable amour pour une jeune mexicaine et son désir de renouer avec ses pulsions meurtrières en acceptant un poste de mercenaire en Colombie.


Une fonction suicidaire donc dans sa fonction de chair Ă  canon que la hiĂ©rarchie policière lui propose in extremis sans aucun Ă©tat d'âme. Ainsi donc, dès les prĂ©mices de leurs virĂ©es urbaines, on se doute bien de l'issue tragique qui se dessine auprès de Jim Davis tant il accumule avec esprit de provocation et d'autoritĂ©, intimidations, fraudes, transactions illĂ©gales et bĂ©vues immodĂ©rĂ©es en compagnie de son acolyte influençable. Tableau tristement dĂ©risoire d'un chĂ´meur en perdition, victime martyrisĂ©e par les horreurs de la guerre au moment mĂŞme de tenter de s'afficher une nouvelle identitĂ© en tant qu'officier de police, Bad Times n'inspire que dĂ©goĂ»t, injustice, dĂ©pravation sur fond d'aigreur sociale. D'une ironie vitriolĂ©e donc, l'intrigue (volontairement redondante dans ses virĂ©es dangereuses) cultive un climat malsain davantage prĂ©dominant au fil du cheminement psychotique de Jim en proie Ă  des accès de violence toujours plus incontrĂ´lĂ©s. En tĂ©moigne l'insupportable confrontation morale entre son amie mexicaine dans l'habitacle de sa voiture. Une sĂ©quence erratique Ă©prouvante d'une intensitĂ© dramatique Ă  la fois poignante et pathĂ©tique eu Ă©gard de la dĂ©liquescence de Jim ne parvenant plus Ă  distinguer la rĂ©alitĂ© de ces hallucinations morbides.


Superbe portrait vitriolĂ© d'un vĂ©tĂ©ran psychotique victime de sa radicalisation criminelle, Bad Times nous laisse un arrière goĂ»t de souffre dans la bouche passĂ© la fatalitĂ© de l'Ă©pilogue tragique. Et en dĂ©pit de quelques longueurs (15/20 minutes Ă  sucrer !) et d'effets de style parfois grossiers (rien de bien grave toutefois tant ils s'avèrent concis), on reste marquĂ© par l'interprĂ©tation cĂ©rĂ©brale de Christian Bale portant le film Ă  bout de bras en compagnie de son comparse Freddy RodrĂ­guez sobrement convaincant en faire-valoir irresponsable rattrapĂ© par un regain de conscience (rĂ©dempteur). PrĂ©parez vous Ă  une gueule de bois au moment du gĂ©nĂ©rique final...

*Bruno
2èx

vendredi 24 avril 2020

Le FantĂ´me de la rue Morgue

                                        Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Senscritique.com

"Phantom of the Rue Morgue" de Roy Del Ruth. 1954. U.S.A. 1h24. Avec Karl Malden, Claude Dauphin, Patricia Medina, Steve Forrest, Allyn Ann McLerie, Anthony Caruso.

Sortie salles France: 8 DĂ©cembre 1954. U.S: 19 Mars 1954

FILMOGRAPHIE PARTIELLERoy Del Ruth est un réalisateur, scénariste et producteur américain né le 18 octobre 1893 dans le Delaware (États-Unis), mort le 27 avril 1961 à Sherman Oaks (Californie). 1920: A Lightweight Lover. 1931: Le Faucon Maltais. 1937 : Le Règne de la joie. 1938 : L'Escale du bonheur. 1938 : Le Mannequin du collège. 1939 : Descente en ville. 1939 : The Star Maker. 1939 : Le Père prodigue. 1940 : Il épouse sa femme. 1941 : Le Retour de Topper. 1941 : The Chocolate Soldier. 1942 : Maisie Gets Her Man. 1942 : Ma femme est un ange. 1942 : Panama Hattie. 1943 : La Du Barry était une dame. 1944 : Broadway Rhythm. 1944 : Barbary Coast Gent. 1946 : Ziegfeld Follies. 1947 : C'est arrivé dans la Cinquième Avenue. 1948 : The Babe Ruth Story. 1949 : Feu rouge. 1949 : Always Leave Them Laughing. 1950 : Les Cadets de West Point. 1951 : Le Bal du printemps. 1951 : Starlift. 1952 : About Face. 1952 : Le Bal des mauvais garçons. 1953 : Three Sailors and a Girl. 1954 : Le Fantôme de la rue Morgue. 1959 : The Alligator People. 1960 : Why Must I Die ?


Seconde adaptation du fameux roman d'Edgar Allan Poe, le FantĂ´me de la rue morgue se pare en l'occurrence du technicolor et de la 3D en vogue pour appâter le chaland friand d'Ă©pouvante policier. Car outre son casting irrĂ©prochable (Karl Malden - aux yeux exorbitĂ©s - , Claude Dauphin, Patricia Medina se disputent brillamment la vedette Ă  travers leurs confrontations contradictoires), cette version classieuse parvient Ă  nouveau Ă  captiver grâce Ă  la soliditĂ© de sa mise en scène et de son originalitĂ© narrative aussi couillue que singulière. Roy Del Ruth parvenant sans outrance Ă  crĂ©dibiliser les exactions meurtrières par le biais d'une violence incisive pour l'Ă©poque. Tant auprès des victimes violemment projetĂ©es contre les murs ou par les fenĂŞtres (j'en ai d'ailleurs Ă©tĂ© stupĂ©fiais !) que de la sauvagerie du tueur invisible se fondant dans le corps Spoil ! d'un gorille aux expressions sobrement rĂ©alistes Fin du Spoil. Et donc, sur ce point majeur, le mĂ©trage ne sombre jamais dans le ridicule mĂŞme si l'alibi de l'hypnose pourrait toutefois prĂŞter Ă  sourire et que la force herculĂ©enne de l'animal s'avère dĂ©libĂ©rĂ©ment assumĂ©e pour provoquer l'effroi.


Truffé de rebondissements et d'interrogations dès la mise en place des meurtres liminaires, tant auprès de sa première partie allouée à l'investigation policière (au sein d'un cadre exigu dénué de raison quant à l'échappée du tueur) que des révélations du second acte dressant un profil psychotique aux motivations misogynes, le Fantôme de la rue Morgue ne cède jamais à l'ennui. Et ce en s'intéressant aux plus près de ces personnages démunis et inhospitaliers compromis dans un contexte criminel où chaque meurtre s'avère justifié pour tenir lieu des mobiles pernicieux du (ou des) coupable(s). Quand bien même la cruauté de son épilogue évoque une certaine empathie auprès d'une victime avilie par une autorité sans vergogne. Formidablement mené sous l'impulsion d'un rythme sans faille, et d'une violence horrifique au parti-pris vériste (pour l'époque), le Fantôme de la rue Morgue demeure même supérieur à sa version monochrome réalisée en 1932 par Robert Florey. Tout du moins nous nous sentions plus impliqués par la psychologie des personnages communément impliqués par la valeur de l'amour; quand bien même la modernité de sa mise en scène plus audacieuse et colorée dégage une ambiance crépusculaire assez magnétique à travers son quartier francilien.

*Bruno
2èx

Récapitulatif des diverses versions ciné:
1932 : Double Assassinat dans la rue Morgue de Robert Florey
1954 : Le FantĂ´me de la rue Morgue de Roy Del Ruth
1971 : Double Assassinat dans la rue Morgue de Gordon Hessler
1986 : Le Tueur de la rue Morgue de Jeannot Szwarc.

jeudi 23 avril 2020

Abattoir 5. Prix du Jury, Cannes 72.

                                                 Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Allocine.fr

"Slaughterhouse Five" de Georges Roy Hill. 1972. U.S.A. 1h43. Avec Michael Sacks, Ron Leibman, Eugene Roche, Sharon Gans, Valérie Perrine, Holly Near, Perry King.

Sortie salles France: 24 Mai 1972

FILMOGRAPHIE: George Roy Hill est un réalisateur, scénariste et producteur américain, né le 20 Décembre 1921, mort le 27 décembre 2002 à New-York. 1962: L'Ecole des jeunes mariés, 1963: Le Tumulte, 1964: 2 copines... Un séducteur, 1966: Hawaii, 1967: Millie, 1969: Butch Cassidy et le Kid, 1972: Abattoir 5, 1973: l'Arnaque, 1974: La Kermesse des Aigles, 1977: La Castagne, 1979: I love you, je t'aime, 1982: Le Monde selon Garp, 1983: La Petite fille au Tambour, 1988: Funny Farm.


"Pour devenir un adulte et apprendre Ă  survivre Ă  l'existence, il faut redevenir un enfant".
C'est grâce Ă  l'immense succès remportĂ© par son western moderne Butch Cassidy et le Kid (1969) que Georges Roy Hill trouve l'argent nĂ©cessaire afin de transposer Ă  l'Ă©cran le cĂ©lèbre roman de Kurt Vonnegit Jr, Abattoir 5 ou la croisade des enfants. Un rĂ©cit Ă©crit de façon insolite mais en grande partie autobiographique puisqu'il illustre l'expĂ©rience Ă©prouvante vĂ©cue par l'Ă©crivain dans l'Allemagne de la seconde guerre mondiale. Ainsi, il fut capturĂ© par les nazis dans les Ardennes pour ĂŞtre recrutĂ© Ă  Dresde et inhumer les cadavres après un bombardement de la ville par les AlliĂ©s en fĂ©vrier 45 (25 000 Ă  40 000 morts auraient Ă©tĂ© pronostiquĂ©s selon diffĂ©rentes Ă©tudes historiennes). Le pitch: Billy Pilgrim est un ancien combattant amĂ©ricain ayant vĂ©cu les horreurs de la guerre en Allemagne. Cet homme timorĂ© et taciturne possède la facultĂ© de voyager dans le temps sans pouvoir contrĂ´ler ses allers retours entre prĂ©sent, passĂ© et futur, et ce sans connaĂ®tre la raison inexpliquĂ©e de son don. RĂ©quisitoire contre l'absurditĂ© de la guerre sous une formalitĂ© baroque de satire caustique et d'anticipation mĂ©taphysique (principalement sa dernière partie en roue libre Ă  travers sa poĂ©sie stellaire), Abattoir 5 est un ofni atypique d'une audace narrative d'après ses genres hybrides. ComĂ©die, drame, guerre, romance, science-fiction se tĂ©lescopant au fil d'un cheminement anarchique que Billy revit Ă  travers ses voyages temporels. Ainsi donc, au grĂ© d'un puzzle narratif que le spectateur reconstitue avec autant de curiositĂ© et d'amusement que de fascination, Abattoir 5 dĂ©gage une dĂ©bordante tendresse auprès de notre hĂ©ros gaffeur.


Souffre douleur d'une intĂ©gritĂ© trop naĂŻve si bien que son entourage impĂ©rieux ne cesse de l'humilier pour des motifs aussi revanchards que dĂ©risoires. Tant dans son passĂ© martyrisĂ© par la perversitĂ© de la guerre que dans le prĂ©sent plus posĂ© et placide en dĂ©pit de l'omniprĂ©sence de son Ă©pouse aussi irritante qu'envahissante. Si bien que seule l'amitiĂ© auprès de son fidèle chien parvient Ă  lui faire omettre sa condition de dĂ©rĂ©liction, quand bien mĂŞme l'avenir parvient davantage Ă  lui aviver un regain de plĂ©nitude et de quiĂ©tude, prĂ©cisĂ©ment sur la planète Trafalmadore. Billy se retrouvant confinĂ© avec son chien en compagnie de son fantasme sexuel, une starlette de cinĂ©ma Ă©rotique qu'il eut l'opportunitĂ© de reluquer dans les drive-in. Emprunt de tendresse pour ce personnage si humble et innocent pĂ©tri d'affection pour son chien, teintĂ© d'Ă©trangetĂ© de par son climat hĂ©tĂ©roclite indicible, cocasse, voir parfois mĂŞme très drĂ´le ou dĂ©lirant (l'hallucinante poursuite automobile que son Ă©pouse ventripotente provoque dans sa posture erratique !), alors que dans la sĂ©quence suivante une probable dramaturgie s'y impose avec une gravitĂ© davantage prĂ©gnante, Abattoir 5 Ă©branle nos habitudes par le biais d'une intensitĂ© empathique. Georges Roy Hill sublimant le profil chĂ©tif de Billy (Michael Sacks crève l'Ă©cran de par son regard de benĂŞt candide !) par le truchement de son ambiguĂŻtĂ© morale, de par ses utopies partagĂ©es entre ses mauvais souvenirs et ses fantasmes excentriques en lieu et place de voyage temporel. Billy ressemblant Ă  s'y m'Ă©prendre Ă  un enfant Ă  la fois apeurĂ© et Ă©garĂ© au sein d'un monde viril avili par la violence, l'autoritĂ© et le pouvoir. Un ĂŞtre trop sensible car beaucoup trop loyal et intègre pour parvenir Ă  s'intĂ©grer dans une sociĂ©tĂ© d'indiffĂ©rence, d'individualisme et d'intolĂ©rance.


"Afin de survivre dans ce monde adulte, oublie tes mauvais souvenirs et préserve les bons"
Oeuvre dĂ©sincarnĂ©e emplie de fragilitĂ©, de mĂ©lancolie mais aussi d'humour (tantĂ´t dĂ©bridĂ©e), Abattoir 5 fait appel Ă  la rĂ©miniscence par le pouvoir de l'Ă©vasion afin de se donner une raison de vivre dans un monde arbitraire aliĂ©nĂ© par le conformisme, la haine et la violence. Un poème absurde et dĂ©senchantĂ© pour autant optimiste et lumineux lorsqu'il traite en filigrane de la renaissance après la mort au grĂ© d'un discours mĂ©taphysique. 

*Bruno
3èx
23.04.20
01.06.11. 372 v

mercredi 22 avril 2020

Le Temple d'Or

                                          Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Senscritique.com

"Firewalker" de Jack Lee Thompson. 1986. U.S.A. 1h40. Avec Chuck Norris, Louis Gossett Jr., Melody Anderson, Will Sampson, Sonny Landham, John Rhys-Davies.

Sortie salles France: 4 FĂ©vrier 1987. U.S.A: 21 Novembre 1986

FILMO SELECTIVE: Jack Lee Thomson, de son vrai nom John Lee Thompson, est un rĂ©alisateur, scĂ©nariste et producteur britannique nĂ© le 1er aoĂ»t 1914 Ă  Bristol (Royaume-Uni), dĂ©cĂ©dĂ© le 30 aoĂ»t 2002 Ă  Sooke (Canada). Avec 47 longs-mĂ©trages, le cinĂ©aste aborda tous les genres avec plus ou moins de bonheur dont certains sont qualifiĂ©s de chefs-d'oeuvre. Pour ses titres les plus notoires, on peut citer Les Canons de Navarone, Les Nerfs Ă  vif, la ConquĂŞte de la planète des singes, la Bataille de la Planète des singes, le Bison Blanc, l'Empire du Grec, Monsieur St-Yves, Passeur d'hommes et Happy Birthday (son unique incursion dans le slasher). Il signera en outre une illustre sĂ©rie de films d'action particulièrement violents, le "vigilante movie" parmi son acteur fĂ©tiche Charles Bronson (Le Justicier de Minuit, l'Enfer de la Violence, la Loi de Murphy, le Justicier braque les dealers, le Messager de la mort et Kinjite, sujets tabous).


Produit par Yolan Globus jamais Ă  court d'idĂ©e pour surfer sur une tendance payante, le Temple d'Or s'inspire donc des Aventuriers de l'arche perdue pour rameuter Ă  nouveau le public. Modestement rĂ©alisĂ© par le vĂ©tĂ©ran Jack Lee Thompson (que l'on ne prĂ©sente plus), le Temple d'Or est sauvĂ© de la routine grâce au trio bonnard Chuck Norris, Louis Gossett Jr., Melody Anderson s'enjaillant comme des gosses en aventuriers en herbe Ă  daigner s'approprier un fabuleux trĂ©sor. Tant et si bien que dans un rĂ´le Ă  contre emploi, Chuck Norris demeure Ă©tonnamment Ă  l'aise Ă  travers ses ressorts comiques plaisamment cocasses Ă  dĂ©faut de nous susciter les Ă©clats de rire (on peut d'ailleurs presque en dire autant de son comparse Louis Gosset Jr. !). Sauf lorsqu'il s'efforce de se fondre dans la peau d'un usurpateur Ă  renfort de rĂ©pliques si triviales qu'elles en deviennent involontairement hilarantes (la sĂ©quence oĂą nos 3 lurons sont dĂ©guisĂ©s en curĂ© Ă  bord d'un train vaut son pesant de cacahuètes !).


Il est d'ailleurs regrettable que Chuck Norris n'ait pas ensuite percé dans le registre comique tant il s'avère ici fringant en héros badin flirtant avec la semi parodie (un peu à la manière du benêt héroïque Jack Burton dans le chef-d'oeuvre de Carpenter). Et si la génération actuelle risque bien de faire grise mine face à son action timorée dénuée d'effets spéciaux et de moyens disproportionnés, celle des années 80 s'en contentera aisément de par la bonne humeur galvanisante que nos héros perdurent à travers leur chasse aux trésors jalonnée de rencontres et rebondissements hostiles. Son rythme nerveux oscillant actions (avec de bonnes bastons martiales convoquées par Chuck !), aventures, ésotérisme et romances à travers leur itinéraire exotique d'un charme agréablement désuet. Jamais ennuyeux donc, Le Temple d'Or se décline en série B chatoyante que l'on peut notamment autant qualifier de nanar jouasse à travers sa pléthore de clichés éculés et du classicisme de sa mise en scène parfois entachée d'un montage maladroit.


En tout Ă©tat de cause, l'aventure low-cost fleurant bon l'amitiĂ©, la rigolade et la tendresse divertit en toute simplicitĂ© sous l'impulsion de trognes des annĂ©es 80 franchement attachants dans leur carrure de baroudeurs Ă  la fois empotĂ©s et dĂ©brouillards. 

*Bruno
3èx

mardi 21 avril 2020

And soon the Darkness

                                                   Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

de Robert Fuest. 1970. Angleterre. 1h35. Avec Pamela Franklin, Michele Dotrice, Sandor Elès, Jean Carmet, Claude Bertrand.

Sortie salles France: ?. Angleterre. 10 Septembre 1970.

FILMOGRAPHIE: Robert Fuest est un réalisateur et scénariste anglais, né le 30 Septembre 1927 à Londres, décédé le 21 Mars 2012. 1967: Just like a Woman. 1970: And soon the Darkness. 1970: Les Hauts de Hurlevent. 1971: L'Abominable Dr Phibes. 1972: Le Retour du Dr Phibes. 1973: Les Décimales du Futur. 1975: La Pluie du Diable. 1977: Three Dangerous Ladies. 1980: Revenge of the Stepford Wives (télé-film). 1981: The Big Stuffed Dog (télé-film). 1982: Aphrodite.


Thriller horrifique exhumĂ© de l'oubli (pour ne pas dire de l'invisibilitĂ©) grâce Ă  Jean Baptiste Thoret dans le cadre de sa collection "Make my day", And soon the darkness surfe sur le mode opĂ©ratoire d'Hitchcock pour insuffler un suspense assez intense au fil d'une progression dramatique en crescendo. Excellente sĂ©rie B donc dont j'ignorai l'existence jusqu'Ă  ce jour, And soon the darkness porte la signature de Robert Fuest, auteur de l'inoubliable l'Abominable Dr Phibes et du non moins bonnard La Pluie du Diable (en terme d'ambiance funèbre prĂ©dominante). Si bien qu'Ă  partir d'une intrigue linĂ©aire bâtie sur la disparition d'une cycliste anglaise en villĂ©giature dans une bourgade rurale, Robert Fuest s'y entend pour susciter une angoisse Ă  la fois lourde, oppressante et inquiĂ©tante (montage chiadĂ© Ă  l'appui). Tant auprès de la solitude de la victime en proie Ă  une apprĂ©hension subtilement expressive lorsqu'elle se rend compte de l'Ă©ventuel danger des alentours boisĂ©s, que de l'amie de cette dernière tentant ensuite de retrouver sa trace en interrogeant les rares habitants de la rĂ©gion. Exploitant efficacement une nature rurale solaire galvaudĂ©e par l'ombre d'un mystĂ©rieux tueur, le rĂ©alisateur nous dresse une sĂ©rie de personnages communĂ©ment interlopes, dans la mesure oĂą chacun d'eux pourrait bien incarner le serial-killer.


Tant et si bien qu'un crime sordide eut Ă©tĂ© prĂ©alablement commis auprès d'une blonde dans cette mĂŞme contrĂ©e reculĂ©e, et ce sans que le coupable y soit dĂ©masquĂ©. Robert Fuest rendant la tâche particulièrement houleuse et tendue auprès de Jane (l'amie de la victime) tentant de communiquer avec des mĂ©tayers français ignorant la langue anglaise. Et pour corser l'affaire, un mystĂ©rieux dĂ©tective ainsi qu'un policier cohabitant avec son père (dĂ©ficient) jouent sĂ©parĂ©ment les investigateurs avec une ambiguĂŻtĂ© dĂ©concertante. Ainsi, en dĂ©pit parfois d'une certaine redondance lors des recherches entreprises pour retrouver la fille disparue (les va-et-vient entre Jane et divers protagonistes ne cessent de s'entrecroiser sur les mĂŞmes lieux du crime), And soon the Darkness captive jusqu'au dĂ©nouement escomptĂ© par le biais de situations de claustration efficacement oppressantes (le camping abandonnĂ© avec ces intĂ©rieurs de caravanes insalubres). Le suspense horrifique parvenant Ă  maintenir sa cadence sous l'impulsion d'un casting convaincant (on reconnaĂ®tra d'ailleurs lors de brèves sĂ©quences Jean Carmet en cafetier vĂ©nal exploitant la misère des victimes !), prioritairement Pamela Franklin en investigatrice de fortune partagĂ©e entre le dĂ©sarroi, l'incomprĂ©hension, l'attente et sa pudeur Ă  rĂ©primer ses Ă©motions anxiogènes face Ă  des Ă©trangers peu hospitaliers.


A dĂ©couvrir pour qui raffole des ambiances ouatĂ©es et mystĂ©rieuses Ă  travers une campagne acrimonieuse faussement sĂ©curisante (qui plus est issue de l'hexagone !).  

*Bruno

lundi 20 avril 2020

La Toubib du Régiment

                                              Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site affiches.ericbad.net

"La dottoressa del distretto militare" de Nando Cicero. 1976. 1h29. Italie. Edwige Fenech, Alfredo Pea, Dante Cona, Alvaro Vitali, Mario Carotenuto, Jimmy il Fenomeno.

Sortie salles France: 9 mars 1977. Italie: 1976

FILMOGRAPHIE: Nando Cicero, aussi appelé Nando, est un réalisateur et acteur italien né le 22 janvier 1931 à Asmara (Afrique orientale italienne), décédé le 30 juillet 1995 à Rome.1965 : Lo scippo. 1967 : Professionnels pour un massacre. 1967 : Les Vautours attaquent. 1968 : Il marchio di Kriminal. 1969 : Deux fois traître. 1970 : Ma chi t'ha dato la patente? 1971 : Armiamoci e partite! 1973 : Ultimo tango a Zagarol. 1973 : Ku Fu? Dalla Sicilia con furore. 1973 : Bella, ricca, lieve difetto fisico cerca anima gemella. 1975 : La prof donne des leçons particulières. 1975 : Il gatto mammone. 1976 : La Toubib du régiment. 1977 : La soldatessa alla visita militare. 1978 : La Toubib aux grandes manœuvres. 1979 : La liceale, il diavolo e l'acquasanta. 1981 : L'assistente sociale tutta pepe e tutta sale. 1982 : W la foca. 1983 : Paulo Roberto Cotechiño centravanti di sfondamento. 1992 : Europa Connection (série TV).


Avec elle, la température monte...
Pour pouvoir apprĂ©cier cette comĂ©die troupière proprement dĂ©bile, il faut ĂŞtre nĂ© dans les annĂ©es 70 ou 80 (pour l'avoir dĂ©couvert en salles ou en location Vhs), admettre que ce genre de divertissement en dessous de la ceinture est aujourd'hui rĂ©volu (d'oĂą son charme dĂ©suet qui en Ă©mane), et ĂŞtre fan indĂ©fectible de la bombe sexuelle Edwige Fenech particulièrement rĂ©putĂ©e pour ses formes plantureuses. Tant et si bien que l'actrice italienne, plus charnelle que jamais, n'hĂ©site pas Ă  dĂ©voiler son corps laiteux dans son plus simple appareil, et ce Ă  moult reprises au fil d'un cheminement narratif d'une rare indigence. Les gags salaces, scatos, triviaux, homophobes et grossophobes s'enchaĂ®nant sans modĂ©ration sous l'impulsion de tĂŞtes d'affiche au charisme ganache (il y a quand mĂŞme dans le lot de sacrĂ©s tĂŞtes d'ahuris, ou d'abrutis c'est selon !). Le pitch Ă©tique relatant les stratĂ©gies du jeune Gianni pour ne pas accomplir son service militaire au moment mĂŞme de tomber amoureux d'ElĂ©na, la nouvelle toubib dont tout le monde parle. Ainsi, il tentera par tous les moyens de l'amadouer puis de lui faire la coure afin d'ĂŞtre rĂ©formĂ©. D'ailleurs, il profitera Ă©galement du mobile de son fils pour se tailler une carrure paternelle indispensable. 
A dĂ©couvrir d'un oeil distrait entre 2/3 gags puĂ©rils d'une telle crĂ©tinerie que l'on finit par en rire ! Bref, le signe du nanar transalpin bonnard Ă  travers sa vulgaritĂ© aussi couillue qu'assumĂ©e. 

*Bruno
2èx

jeudi 16 avril 2020

Play

                                            Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

de Anthony Marciano. 2019. France/Belgique. 1h47. Avec Max Boublil, Alice Isaaz, Malik Zidi, Arthur PĂ©rier, NoĂ©mie Lvovsky, Alain Chabat, Camille Lou.

Sortie salles France: 1er Janvier 2020

FILMOGRAPHIEAnthony Marciano est un réalisateur et scénariste français né le 30 novembre 1979. 2013 : Les Gamins. 2015 : Robin des bois, la véritable histoire. 2019 : Play.


"Les amitiés de l'adolescence, rien ne peut en effacer complètement la trace dans notre coeur. Ce que nous avons de meilleur, nous le devons à la pureté et à la grandeur des sentiments qu'elles nous ont fait éprouver."

Ode Ă  l'adolescence, Ă  l'amour, Ă  la loyautĂ© de la camaraderie, Ă  la pop culture et aux loisirs, en somme Ă  la simplicitĂ© de la vie tout court, Play est une bulle de bonheur ancrĂ©e en chacun de nous. Un feu d'artifice d'expressions humaines plus vraies que nature et sans prises de tĂŞte (ou alors en intermittence) de par le parti-pris d'Anthony Marciona d'exploiter le Found Footage avec un degrĂ© d'authenticitĂ© dĂ©tonnant. A tel point que nous nous demandions s'il ne s'agit pas des mĂŞmes acteurs au fil de leurs divers parcours existentiels, Ă  les voir grandir 1h47 durant, de l'enfance Ă  l'âge adulte ! Franchement bluffant de rĂ©alisme documentĂ© (en mode 4/3 puis 16/9) agrĂ©mentĂ© du souci du dĂ©tail nostalgique ! (objets, ameublements, musiques, posters, victuailles, pubs, films y sont tendrement exposĂ©s en arrière plan afin de leur rendre hommage avec une sobre humilitĂ©). Un parti-pris couillu donc eu Ă©gard du genre dĂ©criĂ© beaucoup moins prĂ©sent sur nos Ă©crans ces derniers temps (ce qui lui valu d'ailleurs un Ă©chec commercial). Car retraçant le parcours personnel du jeune Max de l'âge de 13 Ă  33 ans par le biais de son camescope Vhs, Play demeure l'album souvenirs de la gĂ©nĂ©ration 80 / 90. C'est dire si le spectateur s'identifie comme jamais Ă  travers ces tranches de vie insouciantes, flânant et s'extasiant au sein de soirĂ©es festoyantes oĂą alcool et drogue n'en n'ont que faire de la convenance. Tant auprès du cap illusionnel / fĂ©erique de notre adolescence (fructueusement indĂ©pendante et un brin marginale) qu'Ă  l'âge un peu plus mature de la vie de couple. Tout du moins pour qui est parvenu Ă  prĂ©server son âme d'enfant afin de ne pas cĂ©der au mode de vie renfrognĂ© du citoyen lambda tributaire de son carcan professionnel. C'est en tous cas la raison d'ĂŞtre de Max dĂ©vorant sa quotidiennetĂ© ludique (et ensuite professionnelle) Ă  pleines dents au grand dam de ses dĂ©ceptions sentimentales.


Car outre de nous imprimer avec une Ă©motion Ă  la fois prude, intègre et fulgurante (quelle BO Ă©clectique tantĂ´t lyrique, tantĂ´t Ă©lectrisante !) nos plus beaux souvenirs fraternels, Anthony Marciano relate en filigrane une bouleversante histoire d'amour Ă  travers les thèmes de la timiditĂ©, du refoulement et de l'apprĂ©hension. D'ailleurs, Ă  travers ce pĂ©riple de longue haleine que Max arpente sous l'oeil de sa camĂ©ra subjective, nombre de spectateurs pourraient probablement Ă  terme se remettre en question afin d'oser braver leur complexitĂ© pour dĂ©clarer leur flamme Ă  l'ĂŞtre aimĂ©. D'une fougue et d'une allĂ©gresse expansives au fil de mini clips oscillant les soirĂ©es euphorisantes avec d'autres autrement plus graves (le deuil familial) ou historiques (la coupe du monde 98, le passage Ă  l'an 2000), Play nous concerne tous car il nous replonge dans nos propres souvenirs intimes restĂ©s enfouis dans un coin de l'encĂ©phale. Et ce en interne du plus beau voyage dans le temps ! Si bien que Anthony Marciano ranime l'Ă©tincelle du bonheur Ă  travers la nostalgie du temps passĂ©. Et ce sans se complaire dans l'Ă©motion programmĂ©e du clichĂ© infructueux. Ainsi donc, de contempler au grĂ© de notre nouveau regard (d'ado) ces 4 z'amis opĂ©rer les 400 coups (Ă  l'instar du PĂ©ril Jeune des soixante huitards), nous donne furieusement envie de recontacter nos vieilles connaissances afin de tenter de les remettre sur le chemin de l'insouciance. Car au bout du compte, et sous l'impulsion de son acuitĂ© Ă©motionnelle aussi prude que candide, Play nous prodigue le plaisir de l'instant prĂ©sent après avoir pris conscience (du point de vue moral de Max) que notre vie passe aussi vite qu'un battement de cil.


La Machine a explorer le temps. 
Anti-dĂ©presseur aussi euphorisant que sensiblement mĂ©lancolique, Play est une limpide invitation Ă  la fĂŞte et Ă  la ferveur. Entre chaleur humaine, Ă©clats de rire (j'ai omis de prĂ©ciser que l'on est partagĂ© entre sourire de gosse et fous-rires communicatifs 1h47 durant !) et aspiration sentimentale. A condition de rester positif et de croire en soi Ă  travers nos rencontres impromptues. Et puis ce final exutoire en apesanteur vous dĂ©chirera les larmes de fĂ©licitĂ© sous l'impulsion de 2 tubes anthologiques ! 

*Bruno

mercredi 15 avril 2020

Pas de printemps pour Marnie

                                                Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Allocine.fr

"Marnie" d'Alfred Hitchcock. 1964. Angleterre. 2h10. Avec Tippi Hedren, Sean Connery, Diane Baker, Martin Gabel, Louise Latham.

Sortie salles France: 6 Novembre 1964 (Int - 13 ans).

FILMOGRAPHIE: Alfred Hitchcock est un réalisateur, producteur et scénariste anglo américain, né le 13 Août 1899, décédé le 29 Avril 1980. 1935: Les 39 Marches. 1936: Quatre de l'Espionnage. Agent Secret. 1937: Jeune et Innocent. 1938: Une Femme Disparait. 1939: La Taverne de la Jamaique. 1940: Rebecca. Correspondant 17. 1941: Soupçons. 1942: La 5è Colonne. 1943: l'Ombre d'un Doute. 1944: Lifeboat. 1945: La Maison du Dr Edward. 1946: Les Enchainés. 1947: Le Procès Paradine. 1948: La Corde. 1949: Les Amants du Capricorne. 1950: Le Grand Alibi. 1951: L'Inconnu du Nord-Express. 1953: La Loi du Silence. 1954: Le Crime était presque parfait. Fenêtre sur cour. 1955: La Main au Collet. Mais qui a tué Harry ? 1956: l'Homme qui en savait trop. Le Faux Coupable. 1958: Sueurs Froides. 1959: La Mort aux Trousses. 1960: Psychose. 1963: Les Oiseaux. 1964: Pas de Printemps pour Marnie. 1966: Le Rideau Déchiré. 1969: l'Etau. 1972: Frenzy. 1976: Complot de Famille.


"Toute existence connait son jour de traumatisme primal, qui divise cette vie en un avant et un après et dont le souvenir même furtif suffit à figer dans une terreur irrationnelle, animale et inguérissable."

ConsidĂ©rĂ© Ă  l'Ă©poque comme un film mineur au sein de la carrière d'Hitchcock (si bien qu'Ă  la revoyure on se demande bien pour quels motifs !), Pas de printemps pour Marnie demeure une grande rĂ©ussite du maĂ®tre du suspense de par son talent innĂ© de nous narrer un suspense Ă©moulu au dĂ©nouement aussi bien implacable que bouleversant. Hitchcock se rĂ©servant de nous Ă©prouver lors des 10 ultimes minutes levant enfin le voile sur les nĂ©vroses de son hĂ©roĂŻne frigide inconsciemment habitĂ©e par le traumatisme et le remord Ă  travers le dĂ©sespoir d'une quĂŞte identitaire. D'une grande violence, tant auprès des coups portĂ©s que des rĂ©actions Ă©motives des victimes Ă©plorĂ©es, cet Ă©pilogue parvient Ă  nous Ă©branler psychologiquement parlant, notamment en alternant avec l'instant prĂ©sent des expressivitĂ©s de Marnie, adulte, tentant de se remĂ©morer ses rĂ©miniscences avec l'appui de Mark son Ă©poux et de sa mère mutique. TranscendĂ© des performances de Tippi Hedren (quel regard perçant !) et Sean Connery (quelle virilitĂ© tranquille !) en duo marital impromptu, Pas de printemps pour Marnie tire parti de leur confrontation psychologique au sein d'une psychanalyse de longue haleine que l'Ă©poux tente d'opĂ©rer, entre scrupuleuse patience et vigilance.


Notamment afin de prĂ©server la pathologie cleptomane de celle-ci multirĂ©cidiviste, d'autant plus sujette Ă  la terreur du "rouge". Au-delĂ  de l'intensitĂ© de leur affrontement bâti sur les jeux de dupe, de manipulation, du mensonge et du larcin, on reste Ă©bahi par la prĂ©cision gĂ©omĂ©trique de la mise en scène, notamment auprès d'une direction d'acteur hors-pair. Tant et si bien qu'Hitchcock parvient Ă  capter les expressions de ses personnages, notamment Ă  travers les non-dits entre les mots afin de les irriguer d'ambiguĂŻtĂ© (je songe particulièrement Ă  la posture de la belle soeur de Mark - secrètement amoureuse de lui -  Ă  certains anciens patrons de Marnie victimes de ses maraudes ou encore Ă  Mark nous Ă©veillant un soupçon de viol conjugal). Et ce au grĂ© d'un subtil montage sobrement interposĂ© pour les Ă©changes de regards complices, mĂ©fiants ou menaçants. De cette houleuse confrontation morale affiliĂ©e Ă  une quĂŞte identitaire (limite psychotique) y Ă©manent une fragile histoire d'amour bâtie sur le pardon, la complicitĂ© et la rĂ©demption que Tippi Hedren immortalise de sa fĂ©brilitĂ© lascive.

*Bruno
3èx

Threads

                                     Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site cinebisart.blogspot.com

de Mick Jackson. 1984. Angleterre. 1h57. Avec Karen Meagher, Reece Dinsdale, David Brierly, Rita May.

Diffusion TV Angleterre: 23 Septembre 1984

FILMOGRAPHIEMick Jackson est un réalisateur et producteur britannique né le 4 octobre 1943 à Aveley (Royaume-Uni). 1984: Threads (télé-film). 1989 : Chattahoochee. 1991 : Los Angeles Story. 1992 : Bodyguard. 1994 : Trou de mémoire. 1997 : Volcano. 2002 : The First $20 Million Is Always the Hardest. 2016 : Le Procès du Siècle.


Version hardcore du traumatique Jour d'Après auquel il entretient 3 points communs (mĂŞme conflit politique URSS/USA, mĂŞme schĂ©ma narratif, mĂŞme format tĂ©lĂ©visuel), Threads constitue l'une des Ă©preuves horrifiques les plus Ă©prouvantes vues sur un Ă©cran. Et je pèse mes mots sans lueur d'outrance ! Tant et si bien que ceux qui ont pu le dĂ©couvrir en Vhs, Ă  la TV ou rĂ©cemment en restent Ă  jamais marquĂ©s par son imagerie crapoteuse indĂ©crottable. Car le rĂ©alisateur british Mick Jackson (Bodyguard, Volcano !!! ???) s'y entend pour susciter inconfort, insĂ©curitĂ©, malaise, dĂ©goĂ»t (pour ne pas dire Ă©coeurement) face Ă  ses saisissantes images apo / post-apos qu'il nous martèle lors d'un parti-pris documentĂ©. Et ce au risque parfois de sombrer dans une complaisance (utile) Ă  travers ses zooms grossiers insistant sur les visions morbides les plus irregardables. Ainsi donc, avec Ă©vident souci de vĂ©risme Ă  la fois formel et technique (notamment en nous relatant les Ă©vènements lors d'une chronologie temporelle affichĂ©e sur l'Ă©cran), Mick Jackson nous assène de plein fouet son cri d'alarme contre le spectre du nuclĂ©aire sous l'impulsion d'une intensitĂ© dramatique en dĂ©liquescence morale. Et Ă  ce niveau on reste Ă©bahi par la puissance de ces images de charniers (filmĂ©es sous toutes les coutures) dĂ©filant Ă  un rythme mĂ©tronome. Car dĂ©nuĂ© d'acteur connus et filmĂ© Ă  l'instar d'un reportage baignant dans une lumière dĂ©libĂ©rĂ©ment opaque (d'ailleurs certains arrĂŞts sur images monochromes nous remĂ©morent le gĂ©nocide nazi), Threads nous glace le sang Ă  nous immerger dans son apocalypse nuclĂ©aire rĂ©solument fuligineuse.


Tant au moment de la catastrophe dĂ©peinte dans un Ă©vident Ă©lan de panique erratique que du jour d'après avec les consĂ©quences mortifères de la radioactivitĂ© contaminant tout sur son passage (tant dans l'air que sur terre).  Ainsi, en observant ensuite mĂ©ticuleusement les faits et gestes individualistes des survivants rĂ©duits Ă  l'Ă©tat aussi moribond que primitif; Threads tend Ă  nous affirmer que la vie après l'apocalypse n'aura plus lieu au sein de ce no mans land dĂ©nuĂ© de lumière, d'eau et de nourriture, de chaleur humaine (l'Ă©goĂŻsme restant la valeur sĂ»re pour s'en sortir) et d'espoir futur. Notamment en y dĂ©nonçant les hiĂ©rarchies immorales d'une police et d'une justice de fortune aux actions communĂ©ment expĂ©ditives. D'un pessimisme cafardeux Ă  travers ces tableaux de fantĂ´mes nĂ©crosĂ©s dĂ©ambulant dans des dĂ©serts crĂ©pusculaires, Mick Jackson s'autorise mĂŞme Ă  filmer les situations les plus scabreuses (une femme se met Ă  uriner sur sa robe par peur de la panique, une mère accouche d'un bĂ©bĂ© mort nĂ© ensanglantĂ©, une autre tient dans ses bras son nourrisson calcinĂ©, un sexagĂ©naire vomit face camĂ©ra un liquide) avec un sentiment de dĂ©sespoir infiniment dĂ©pressif. Autant donc avertir les âmes sensibles que Threads vous glacera le sang, vous retournera l'estomac et vous laissera des traces dans l'encĂ©phale comme aucun autre mĂ©trage n'a su y parvenir avec autant de fulgurance putassière.


Cauchemar apocalyptique impur et cradingue parfois trop Ă©prouvant Ă  travers sa pellicule rubigineuse (fallait-il le raccourcir de 20 bonnes minutes tant l'itĂ©ration des images morbides nous force parfois Ă  y dĂ©tourner le regard), Threads constitue l'une des Ă©preuves morales les plus ardues et cruelles vues sur un Ă©cran. Tant et si bien qu'il s'avère Ă  mon sens impossible de l'Ă©muler Ă  travers son aura mĂ©phitique inspirĂ© du reportage le plus couillu et licencieux. En d'autres termes, il s'agit d'un pur film d'horreur le plus rĂ©aliste jamais rĂ©alisĂ©. 

*Bruno

Le film a remporté quatre BAFTA lors de la cérémonie des British Academy Film Awards de 1985