vendredi 30 mars 2012

LES LYONNAIS


d'Olivier Marchal. 2011. France. 1h42. Avec Gérard Lanvin, Tchéky Karyo, Daniel Duval, Dimitri Storoge, Patrick Catalifo, François Levantal, Francis Renaud, Lionnel Astier, Valeria Cavalli.

Sortie salles France: 30 Novembre 2011

FILMOGRAPHIE: Olivier Marchal est un acteur et réalisateur français, né le 14 Novembre 1958 à Talence (Gironde). Il est en outre le créateur des séries télévisées: Flics et Braquo.
2002: Gangsters
2004: Quai des Orfevres
2008: MR 73
2011: Les Lyonnais
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D'après l'oeuvre d'Edmond Vidal, ex membre du gang des lyonnais, Olivier Marchal s'inspire de son illustre autobiographie pour nous livrer avec Les Lyonnais un polar âpre et dĂ©senchantĂ©. Une sombre fresque illustrant le portrait renfrognĂ© de deux gangsters dĂ©chus, rattrapĂ©s par la frĂ©nĂ©sie d'un passĂ© tendancieux. Edmond Vidal, ancien gangster Ă  la retraite va renouer avec son passĂ© galvaudĂ© pour Ă©pauler son meilleur ami, Serge, rĂ©cemment apprĂ©hendĂ© par la police. Après une sanglante Ă©vasion, Edmond va se retrouver mĂŞlĂ© au chantage d'une bande de tueurs inflexibles, dĂ©terminĂ©s Ă  retrouver son acolyte. En mĂŞme temps, la police est plus que jamais circonspecte aux faites et gestes des deux repris de justice bien connus des services durant les annĂ©es 70.
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Mis en scène avec le brio d'une virtuosité technique factuelle, le quatrième long-métrage d'Olivier Marchal est un polar tendu et brutal, noyé dans l'amertume du profil galvaudé de deux gangsters notoires, victimes de leur exactions sanguinaires perpétrées à une époque dissidente.
Durant leur jeunesse, Ă  cause d'un simple vol de cageot de cerise, Edmond et serge vont ĂŞtre amenĂ©s Ă  Ă©coper une peine inĂ©quitable de 6 mois ferme dans un Ă©tablissement pĂ©nitentiaire. Cette sĂ©vère injustice sera le vecteur moteur pour les deux jeunes dĂ©linquants Ă  se laisser apprĂ©hender par le grand banditisme après avoir endiguĂ© leur initiateur dans la rĂ©gion lyonnaise des annĂ©es 70. En l'occurrence, Edmond est un sexagĂ©naire coulant des jours ternes parmi la morositĂ© d'une Ă©pouse distante, communĂ©ment tiraillĂ©s par le remord d'une pĂ©riode rĂ©volue. Quand Ă  Serge, il reste un gangster toujours en activitĂ© car n'ayant jamais abdiquĂ© ses instincts dĂ©lĂ©tères pour dĂ©fier l'antagoniste et l'autoritĂ© rĂ©prĂ©hensible de la justice.


Entre passĂ© et prĂ©sent de flash-backs incessants, Olivier Marchal nous illustre avec lyrisme leur dĂ©rive autonome compromise par l'avilissement du Mal. TraversĂ© d'Ă©clairs de violence d'une verdeur cinglante mais jamais putassière et jalonnĂ© de plages intimistes inscrites dans la fraternitĂ© de l'amitiĂ© et la cohĂ©sion familiale, Les Lyonnais transcende la caractĂ©risation bafouĂ©e de ces deux malfrats contraints de payer un lourd tribut. En parrain acariâtre, GĂ©rard Lanvin assume avec sobriĂ©tĂ© un rĂ´le majeur de gangster rongĂ© par l'aigreur d'un passĂ© vĂ©nal. Mais un homme dĂ©chu profondĂ©ment meurtri par la soudaine rĂ©vĂ©lation d'une intolĂ©rable trahison parce qu'entièrement subordonnĂ© Ă  la loyautĂ© de l'amitiĂ©. Sa posture rigide exacerbĂ©e par un regard austère noyĂ© de rancoeur illumine son cheminement funeste, en attendant l'exutoire potentiel d'une repentance indĂ©cise. Son acolyte de toujours est campĂ© par l'excellent TchĂ©ky Karyo, malfaiteur tout aussi rĂ©putĂ©, flegmatique mais implacable dans ses Ă©lans meurtriers impondĂ©rables. Un complice distant par son esprit taciturne quand il est contraint d'avouer Ă  son comparse pour quelle vĂ©ritable motivation il s'est retrouvĂ© Ă  frĂ©quenter les cellules de prison.


Hormis le caractère prĂ©visible de l'achèvement de nos deux protagonistes, Les Lyonnais est un excellent polar entièrement dĂ©diĂ© au caractère fĂ©brile de mafieux contrariĂ©s par l'intĂ©gritĂ© dĂ©savouĂ©e de l'amitiĂ©. Superbement mis en scène, vigoureux dans sa narration indĂ©cise traversĂ©e  de brusques accès de violence et endossĂ© par une galerie de trognes burinĂ©es plus vraies que nature, l'odyssĂ©e noire de Marchal renoue avec la dĂ©sillusion flamboyante des grandes sagas mafieuses. 

30.03.12
Bruno Matéï

L'avis de mon ami Mathias Chaput

RĂ©alisĂ© avec un grand sens de la rigueur (aussi bien scĂ©naristique que dans la restitution des dĂ©cors ou des costumes), exempt d’anachronisme et violent comme un « film d’hommes », « Les Lyonnais » est un mĂ©trage exemplaire qui tient particulièrement bien la route !
Lanvin est impĂ©rial, il a un rĂ´le taillĂ© pour lui et sa personnalitĂ© de fonceur…
Karyo ne dĂ©roge pas Ă  la règle dans son personnage d’enflure intĂ©grale et mĂŞme si vieillissant il s’en sort avec les honneurs !
La faune de la pègre lyonnaise comporte tous les stĂ©rĂ©otypes surtout vers les annĂ©es 70 (avec les filles soumises Ă  leurs gangsters de maris, les caĂŻds qui n’hĂ©sitent pas Ă  frapper ou Ă  flinguer fort, les casses et « braquo » -braquages- Ă  plĂ©thore, et la police le plus souvent dĂ©passĂ©e –malgrĂ© une « rafle » dans un campement de gitans particulièrement millimĂ©trĂ©e et efficace, et qui entrainera un procès fleuve !)…
Les gangsters ne reculent devant rien pour faire aboutir leurs desseins illĂ©gaux et font preuve d’une imagination hors normes et sans le moindre remords !
S’en prenant Ă  des enfants ou des animaux, essayant par tous les moyens Ă  faire rĂ©gner leur diktat de corruption et de domination, et quiconque se mettra devant leur chemin, se verra froidement abattu !
Certains passages sont extrĂŞmement violents et Marchal prend le parti pris pour une complaisance Ă  minima, malgrĂ© un entĂŞtement sidĂ©rant dans la tension et le stress (notamment lors des fuites de Momon et de sa femme, constamment harcelĂ©s !).

Film d’un grand professionnalisme et aux moyens ultra consĂ©quents, « Les Lyonnais » s’entiche non seulement d’un scĂ©nar bien rĂ´dĂ© mais d’une restitution magistrale d’un domaine assez mĂ©connu et peu exploitĂ© dans le cinĂ©ma hexagonal, pour au final projeter le spectateur sur un pan de la dĂ©linquance qui s’Ă©tale de 1970  Ă  nos jours, le tout avec un talent indĂ©niable !
Du très bon boulot pour un des meilleurs polars de ces dernières annĂ©es, tous genres confondus !
Marchal frappe fort et l’impact de son Ĺ“uvre trouve ici son aboutissement via peut ĂŞtre son chef d’Ĺ“uvre !
A voir absolument pour la qualitĂ© du travail rĂ©alisĂ© et pour son plaisir si on est adepte des polars français, un mĂ©trage qui fera date !

Note : 8.5/10


mercredi 28 mars 2012

U-TURN


d'Oliver Stone. 1997. U.S.A. 2h04. Avec Sean Penn, Nick Nolte, Jennifer Lopez, Powers Boothe, Claire Danes, Joaquim Phoenix, John Voight, Billy Bob Thornton, Abraham Benrubi, Richard Rutowski.

Sortie salles France: 14 Janvier 1998. U.S: 3 Octobre 1997

FILMOGRAPHIE: Oliver Stone (William Oliver Stone) est un réalisateur, scénariste et producteur américain né le 15 septembre 1946 à New-York.
1974: La Reine du Mal, 1981: La Main du Cauchemar, 1986: Salvador, Platoon, 1987: Wall Street, 1988: Talk Radio, 1989: Né un 4 Juillet, 1991: Les Doors, 1991: JFK, 1993: Entre ciel et Terre, 1994: Tueurs Nés, 1995: Nixon, 1997: U-turn, 1999: l'Enfer du Dimanche, 2003: Comandante (Doc), 2003: Persona non grata, 2004: Looking for Fidel (télé-film), 2004: Alexandre, 2006: World Trade Center, 2008: W.: l'Impossible Président, 2009: Soul of the Border, 2010: Wall Street: l'argent ne dort jamais. 2012. Savages.

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Deux ans après dĂ©peint le portrait politique du prĂ©sident Richard Nixon, Oliver Stone emprunte le roman de John Ridley (Stray Dogs) pour nous livrer avec U-Turn un thriller dĂ©calĂ©, caricature acide d'une AmĂ©rique profonde. Un looser solitaire se rĂ©fugie vers la contrĂ©e dĂ©sertique de Superior pour fuir l'hostilitĂ© d'une bande de mafieux Ă  qui il dĂ» une forte somme d'argent. En attendant que sa voiture en panne croupisse chez un garagiste arrogant, il fait la connaissance de la sensuelle Grace, une femme indienne tributaire d'un mari violent et alcoolique. Cumulant la poisse au fil de ses rencontres impromptues et sans le moindre sou, Bobby sera confrontĂ© Ă  un odieux marchĂ© financier lorsque Grace lui proposera de se dĂ©barrasser de son Ă©poux. Thriller aride mis en exergue sous un climat solaire Ă©crasant, U Turn est un jubilatoire jeu de massacre savamment orchestrĂ© par un Oliver Stone plus gouailleur que jamais ! A l'instar d'After Hours de Martin ScorceseU-Turn nous dĂ©crit avec une verve caustique les vicissitudes d'un marginal besogneux confrontĂ© aux citadins les plus excentriques au sein du bled paumĂ© de Superior, non loin de Las Vegas. Après avoir tentĂ© d'Ă©chapper aux menaces d'un leader mafieux et Ă  la suite d'une panne de voiture alĂ©atoire, Bobby se retrouve embrigadĂ© dans une bourgade clairsemĂ©e oĂą la population inculte semble gagner par l'aberration. C'est d'abord son garagiste, arrogant et obtus qui le contraint de s'attarder plusieurs jours dans cette contrĂ©e dĂ©sertique.
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Sur place, il fait ensuite les rencontres fortuites d'un vieil indien logicien atteint de cĂ©citĂ© et d'un jeune couple ahuri dont l'amant irascible s'envenime Ă  dĂ©clencher les rixes pour honorer sa potiche effrontĂ©e. En prime, après avoir cĂ´toyĂ© l'amabilitĂ© du shĂ©rif de la contrĂ©e, Bobby tombe sous le charme de Grace avant de s'apercevoir que la belle est asservie par un mari tyrannique, Jake. SĂ©duit par la beautĂ© sulfureuse de cette jeune indienne, Bobby va rapidement faire face au compromis d'une transaction machiavĂ©lique suggĂ©rĂ©e par les deux amants dĂ©sunis. Avec un scĂ©nario habilement structurĂ© multipliant les rebondissements perfides et les rencontres saugrenues de badauds susceptibles, Oliver Stone rivalise de mesquinerie Ă  nous transfigurer une galerie de personnages tous plus dĂ©sinvoltes et calamiteux les uns des autres. Hommage dĂ©bridĂ© au film noir enduit de vitriol, U-Turn demeure une odyssĂ©e tragico burlesque auprès d'un paumĂ© incapable d'Ă©pingler l'amour, faute de sa dĂ©loyautĂ© individualiste. En Ă©tablissant Ă©galement le portrait Ă©quivoque d'une femme molestĂ©e, avilie par la gente masculine, Oliver Stone nous dĂ©peint sa vengeance mĂ©thodique et hautement sournoise. Sa haine inaltĂ©rable d'avoir Ă©tĂ© livrĂ©e Ă  la dĂ©bauche sexuelle d'un odieux personnage impliquĂ© dans l'inceste, quand bien mĂŞme ces multiples amants nappĂ©s de rancoeur, de jalousie et d'orgueil n'auront de cesse de se combattre afin d'obtenir un gain de cause lucratif.
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Dans la peau d'un looser invĂ©tĂ©rĂ©, Sean Penn doit beaucoup au caractère ludique de cette hystĂ©rie collective de par sa prestance versatile tributaire d'infortune tant il accumule les calamitĂ©s Ă  un rythme frĂ©nĂ©tique. Dans celui du mari licencieux imbibĂ© d'alcool, Nick Nolte impressionne Ă  travers son cynisme d'Ă©poux torturĂ© par ses agissements indĂ©cents. Dans le rĂ´le de l'aguicheuse insidieuse, Jennifer Lopez s'en sort honorablement et rĂ©ussit Ă  s'imposer avec sobriĂ©tĂ© en veuve noire irrĂ©ductible. L'unique victime martyrisĂ©e auquel on finit par Ă©prouver une certaine empathie après avoir dĂ©couvert son sombre passĂ© infantile. Les autres seconds-rĂ´les, quasi mĂ©connaissables dans une posture excentrique (John Voight, Billy Bob Thornton, Claire Dance, Joaquim Phoenix, Powers Boothe), s'en donnent Ă©galement Ă  coeur joie dans la fourberie et l'arrogance pour laisser libre court Ă  des inepties fĂ©briles.
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MĂ©chamment drĂ´le de par son sarcasme rĂ©cursif, violemment cruel et cauchemardesque, U-Turn est un jubilatoire jeu de massacre sur le machisme primaire et les effets pervers du dĂ©pit sentimental. Une farce corrosive dĂ©ployant avec un humour semi parodique l'hypocrisie du rapport amoureux  naviguant entre allĂ©geance et possessivitĂ©. Et Ă  travers ces protagonistes stimulĂ©s par l'instinct du dĂ©sir sexuel de nous livrer des numĂ©ros d'acteurs impayables !

*Bruno28.03.12.

vendredi 23 mars 2012

Les Tueurs fous / Le Sexe de la Violence / Lonely Killers / Quando il pensiero diventa crimine.


de Boris Szulzinger. 1972. France/Belgique. 1h14. Avec Dominique Rollin, Roland Maden, Georges Aminel, Christian Barbier, Patricia Cornelis, Georges Aubert, Marc Audier, Marc De Georgi, Jean Droze, Daniel Dury, Franz Gouvy.

FILMOGRAPHIE: Boris Szulzinger est un réalisateur et producteur belge.
1969: Nathalie après l'amour (pseudo: Michael B. Sanders). 1972: Les tueurs fous. 1975: Tarzoon, la Honte de la jungle (co-réalisé avec Picha). 1980: Mama Dracula

 
"Bruxelles pour cimetière".
Boris Szulzinger serait restĂ© un cinĂ©aste belge mĂ©connu s’il n’avait co-rĂ©alisĂ© le film d’animation Ă©grillard Tarzoon, la Honte de la jungle, d’autant que sa carrière ne compte que quatre longs-mĂ©trages. Ainsi, en 1972, sort dans l’indiffĂ©rence gĂ©nĂ©rale une Ĺ“uvre choc, glaçante de rĂ©alisme, retraçant un fait divers sordide : l’Ă©quipĂ©e meurtrière de deux malfrats dans la grisaille bruxelloise. Les Tueurs Fous, aussi connu sous le titre Le Sexe de la Violence, s’impose comme une petite bande dĂ©viante, mĂ©connue, mais Ă  dĂ©couvrir d’urgence tant elle ausculte la dĂ©rive d’un tandem marginal engluĂ© dans sa mĂ©diocritĂ©.

Le pitch : deux jeunes délinquants prennent les armes et abattent quiconque croise leur route. Dans une quête libertaire amorale, Dominique et Roland fuient leur ennui en commettant leurs sales besognes entre deux rencontres hasardeuses avec des citadins résignés.

Dans la lignĂ©e de portraits abrupts de serial killers tristement notoires, et filmĂ© Ă  la manière d’un reportage sec, Les Tueurs Fous retrace froidement le parcours sanglant de deux marginaux profondĂ©ment esseulĂ©s, incapables d’assumer leur homosexualitĂ©. Le film dĂ©bute sur les chapeaux de roue : meurtre gratuit, rire nerveux, poursuite en mobylette, puis exĂ©cution Ă  la carabine — une scène d’une brutalitĂ© dĂ©sarmante, qui annonce la couleur blafarde de cette errance meurtrière Ă  travers les nuits pluvieuses de Bruxelles.

Sans morale ni remords, ils dĂ©cident soudainement de tuer, au hasard, des anonymes croisĂ©s au dĂ©tour d’un trottoir. Entre deux crimes, ils errent dans des bars gays oĂą dĂ©filent des travestis, rançonnent les honnĂŞtes gens, cherchent le contact d’un soir avec des paumĂ©s, ou tentent d’Ă©veiller une fragile amitiĂ© avec un homosexuel mutique. 

"Deux âmes mortes sous la pluie". 
Ces deux âmes mortes, sans parentĂ© ni attaches, n’ont d’autre lien au monde que leur propre reflet. Leur seul Ă©lan d’empathie ? Un chat infirme, trouvĂ© dans une voiture volĂ©e. Ce petit ĂŞtre fragile, silencieux, devient l’unique tĂ©moin d’une tendresse fugace. Ă€ ce moment-lĂ , face camĂ©ra, leurs visages s’ouvrent — regard d’enfants perdus, dans un monde oĂą l’amour leur a Ă©tĂ© refusĂ©. En fuite, enragĂ©s de solitude, Dominique et Roland exorcisent leur sexualitĂ© refoulĂ©e et leur vide existentiel par le meurtre, faute d’avoir pu grandir sous un toit aimant. 

 
"L’ombre d’un chat infirme".
DĂ©rangeant, malsain, immergĂ© dans l’humiditĂ© grise d’un automne sans fin, renforcĂ© par le jeu brut, presque documentaire, de comĂ©diens Ă  la posture puĂ©rile, Les Tueurs Fous dresse un constat terrifiant sur la marginalitĂ© des laissĂ©s-pour-compte. Sans voyeurisme, sans complaisance, le film tire sa force de son ancrage psychologique, de sa tristesse poisseuse, de cette sidĂ©rante impression que n’importe quel individu rejetĂ© pourrait, un jour, sombrer dans la folie la plus lâche.

Oubliez son homonyme racoleur, Le Sexe de la Violence. Découvrez, sans réserve, cette pépite belge noyée dans la désillusion, qui risque bien de vous hanter longtemps après digestion.

Dédicace à Video Party Massacre
23.03.12
Bruno


lundi 19 mars 2012

Bellflower


de Evan Glodell. 2011. U.S.A. 1h46. Avec Evan Glodell, Jessie Wiseman, Tyler Dawson, Rebekah Brandes, Vincent Gradshaw, Zack Kraus, Keghan Hurst, Alexandra Boylan, Bradshaw Pruitt, Brian Thomas Evans.

Sortie salles France: 21 Mars 2012. U.S: 5 AoĂ»t 2011

FILMOGRAPHIE: Evan Glodell est un réalisateur, acteur, monteur, producteur, directeur de la photographie, scénariste américain. 2005: La Forme à l'amour (Court-métrage. Co-directeur). 2011: Bellflower
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Avec un budget de 17 000 dollars, le nĂ©ophyte Evan Glodell entreprend pour son premier long l'argument autobiographique d'une love story traitĂ©e de manière peu commune dans sa mise en scène hybride afin de mieux bousculer les attentes du spectateur. Le PitchDeux acolytes entreprennent de façonner un lance-flamme et un vĂ©hicule motorisĂ© en guise d'ennui. Mais l'arrivĂ©e alĂ©atoire d'une blonde aguicheuse compromet leurs ambitions pour faire sombrer l'un d'eux dans une dĂ©chĂ©ance suicidaire. Autant avertir de suite les amateurs d'esbroufe avides de pyrotechnie et donc sĂ©duits par son affiche prometteuse, Bellflower constitue l'antinomie du spectacle explosif conçu pour rassasier son public lambda. Si bien que cette production indĂ©pendante rĂ©alisĂ©e avec peu de moyens fait figure d'ovni intimiste dans sa douloureuse introspection d'un quidam noyĂ© d'amertume suite Ă  dĂ©boire amoureux. TraitĂ© de manière insolite auprès d'une rĂ©alisation anti conformiste oscillant les ruptures de ton, et formellement criard (saturation de teintes ocres et jaunes fluos), Evan Glodell nous oriente vers une fragile odyssĂ©e humaine sur fond d'Ă©loignement existentiel. De prime abord, on se croit embarquer dans une comĂ©die tendre et futile avec les flâneries rĂ©currentes de deux amants communĂ©ment Ă©pris d'amour. A l'instar d'un documentaire pris sur le vif, le rĂ©alisateur s'attachant Ă  nous dĂ©crire avec humanitĂ© le destin aigri de ces deux comparses juvĂ©niles en quĂŞte de reconnaissance.


Or, Woodrow et Aiden, chĂ´meurs passionnĂ©s par la saga post-nuke de Mad-Max, en particulier du personnage asocial Humungus, fuient l'ennui de l'existence avec la construction d'un lance-flamme et d'une voiture vrombissante. En soirĂ©e festive, après une rencontre impromptue dans un bar, l'amour frappe Ă  la porte de Woodrow. Depuis, l'homme ne jure que par la probitĂ© de son idylle naissante jusqu'au jour oĂą toutes les meilleures choses ont une fin. Ainsi, durant une majeure partie du rĂ©cit, on se demande alors oĂą le rĂ©alisateur souhaite en venir avec cette idylle romanesque finalement mise en exergue sur le fiasco. Puis, de manière latente et avec l'originalitĂ© d'une mise en scène expĂ©rimentale, c'est le profil dĂ©semparĂ© d'un quidam dĂ©chu trahi par l'adultère qui nous ait illustrĂ© dans une ambiance dĂ©lĂ©tère davantage en chute libre. Et plus la dĂ©chĂ©ance dĂ©shumanisĂ©e de Woodrow se chemine vers la rĂ©gression, plus le film s'aventure vers les sentiers ombrageux d'une errance nocturne vindicative. Il en ressort au final une oeuvre chĂ©tive, le sentiment peu commun d'avoir assister Ă  une tragĂ©die sentimentale profondĂ©ment touchante Ă  travers cette fuite dĂ©sespĂ©rĂ©e. La quĂŞte existentielle de deux camarades fuyant la monotonie de leur rĂ©alitĂ© par l'utopie parce que songeurs d'horizons clairsemĂ©es.

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L'achèvement d'Humungus
A travers cette errance urbaine chancelante, le rĂ©alisateur Evan Glodell se rĂ©approprie des conventions du genre pour transcender la love story Ă©culĂ©e dans une mise en scène hĂ©tĂ©rodoxe. Avec une humanitĂ© vulnĂ©rable, Bellflower traite donc du deuil dĂ©licat, difficilement surmontable d'une rupture amoureuse, mais Ă©galement des valeurs de l'amitiĂ© entre la fraternitĂ© de deux hĂ©ros dĂ©pitĂ©s et de leur quĂŞte autoritaire Ă  retrouver une certaine virilitĂ© (d'oĂą leur affection partagĂ©e avec le personnage redoutĂ© d'Humungus). L'intelligence et l'originalitĂ© de sa structure narrative, la bonhomie naturelle des personnages et l'esprit libertaire qui y Ă©mane en font une oeuvre forte oĂą la rancoeur intrinsèque s'extĂ©riorise finalement parmi l'essence candide d'une rĂ©demption. 

*Bruno
19.03.12

vendredi 16 mars 2012

LE MANNEQUIN DEFIGURE (Crescendo)


                                      

d'Alan Gibson. 1970. Angleterre. 1h30. Avec Stéfanie Powers, James Olson, Margaretta Scott, Jane Lapotaire, Joss Ackland, Kirsten Lindholm.

Sortie en salles le 24 Mars 1971

FILMOGRAPHIE: Alan Gibson est un réalisateur canadien, né le 28 avril 1938 à London, en Ontario (Canada), décédé le 5 juillet 1987 à Londres (Royaume-Uni).
1965: 199 Park Lane (série TV). 1966: A Separate Peace (télé-film). Eh, Joe ? (télé-film). 1968: Journey to Midnight. 1969: The English Boy (télé-film). 1970: Le Mannequin Défiguré. Goodbye Gemini. 1971: The Silver Collection (télé-film). 1972: Dracula 73. 1974: The Playboy of the Western World (télé-film). Dracula vit toujours à Londres. 1976: Dangerous Knowledge (télé-film). 1977: Checkered Flag or Crash. 1979: Churchill and the Generals (télé-film). 1980: The Two Faces of Evil (télé-film). 1982: Une femme nommée Golda (télé-film). 1982: Témoin à charge. 1984: Martin's Day. 1984: Helen Keller: The Miracle Continues (télé-film). 1987: The Charmer (série TV).

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Par celui qui aura tentĂ© de moderniser Ă  deux reprises le mythe du vampire des Carpathes avec deux nanars folichons, Dracula 73 (Christophe Lemaire en reste traumatisĂ© !) et Dracula vit toujours Ă  Londres, Alan Gibson avait prĂ©alablement rĂ©alisĂ© en 1970 le meilleur film de sa carrière avec Le Mannequin DĂ©figurĂ©. Thriller horrifique au suspense Hitchcockien, cette petite sĂ©rie B admirablement orchestrĂ©e est Ă  revoir sans modĂ©ration grâce Ă  la dextĂ©ritĂ© d'un scĂ©nario machiavĂ©lique et Ă  ses personnages interlopes très attachants.
Susan Roberts est une jeune Ă©tudiante prĂ©parant une thèse sur le cĂ©lèbre compositeur Henry Ryman. InvitĂ© chez la veuve du dĂ©funt dans une villa du Sud de la France, elle rencontre son fils paralytique, Georges, et entame une complicitĂ©. Mais l'attitude dĂ©sinvolte d'une bonne Ă  tout faire et d'un inquiĂ©tant geĂ´lier vont contrarier l'invitĂ©e, d'autant plus que la mère semble avoir une emprise d'allĂ©geance sur son fils. 


Film rare totalement sombrĂ© aujourd'hui dans l'oubli, Le Mannequin dĂ©figurĂ© (pour une fois que le titre français transcende son homologue british !) est une vĂ©ritable perle dans son genre horrifique produit par la fameuse firme Hammer Film ! Dans une ambiance ombrageuse palpable et un climat pervers Ă©touffant, ce thriller diabolique doit son salut Ă  une narration impeccablement structurĂ©e, rehaussĂ©e par le talent congru d'interprètes sur mesure. Sur un canevas Hitchcockien en diable, Le Mannequin DĂ©figurĂ© nous invite dans la villa bucolique d'une veuve et de son fils paralytique auquel une Ă©tudiante est invitĂ©e pour y rĂ©diger une thèse sur le cĂ©lèbre compositeur, Henry Ryman. Si parmi les tĂ©moins, la convivialitĂ© d'une ambiance amicale y est perceptible de prime abord, l'attitude insolente et arrogante d'une potiche de service et la prĂ©sence clairsemĂ©e d'un Ă©trange gardien vont rapidement interpeller la quiĂ©tude de Susan. D'autant plus que celle-ci va ĂŞtre confrontĂ©e aux violentes crises de spasmophilie endurĂ©es par Georges. Cet artiste prĂ©alablement promu Ă  une riche carrière de pianiste aura eu la malchance de se retrouver en fauteuil roulant suite Ă  un grave accident. Pour aggraver la fatalitĂ©, sa femme le quitta du jour au lendemain, faute de sa dĂ©ficience physique inaltĂ©rable. Sujet Ă  des cauchemars rĂ©currents auquel il imagine son propre "double" assassiner sa femme, Georges semble assujetti par l'aguicheuse femme de mĂ©nage pour entamer communĂ©ment une Ă©trange relation masochiste. D'autant plus que pour mieux l'asservir Ă  sa guise, Lilliane pratique un chantage allouĂ© Ă  la toxicitĂ© d'un psychotrope. Un soir, un horrible homicide va avoir lieu...


VoilĂ  pour l'intrigue savamment planifiĂ©e avant que les enjeux interlopes prennent une tournure dramatique beaucoup plus dĂ©lĂ©tère, voire schizophrène ! Par un savant dosage de suspense intense parfaitement coordonnĂ©e, scandĂ© par le profil suspicieux de personnages aussi sournois que vĂ©reux, Le Mannequin DĂ©figurĂ© est un jouissif thriller baignant dans un cauchemar diffus et diaphane.
L'architecture gothique de la demeure Ă©rigĂ©e de manière arquĂ©e aux abords d'une piscine familiale agrĂ©mente favorablement son atmosphère insolite particulièrement moite et licencieuse. Comme son titre d'origine l'indique (Crescendo), la gravitĂ© des Ă©vènements va prendre une tournure plus sombre après le fameux meurtre perpĂ©trĂ© par un tueur sans visage. Un piège machiavĂ©lique semble se refermer sur notre Ă©tudiante tributaire des agissements insidieux d'une sombre famille au passĂ© galvaudĂ©. Son point d'orgue rĂ©vĂ©lateur se clĂ´t sur une rĂ©solution inopinĂ©e alors que son rythme davantage haletant se culmine vers une succession de pĂ©ripĂ©ties sardoniques.


Superbement campĂ© par une galerie de comĂ©diens complices s'en donnant Ă  coeur joie dans l'autoritĂ© oppressive et mis en scène avec un savoir faire fripon dans l'intensitĂ© d'un suspense judicieux, Le Mannequin DĂ©figurĂ© est une petite perle du thriller Ă  se procurer d'urgence. RehaussĂ© d'une atmosphère atypique dans le refuge affable d'un huis-clos feutrĂ©, cette production Hammer Film se pare en outre d'une certaine audace dans l'air du temps (les annĂ©es 70) par sa violence âpre (le meurtre dans la piscine est particulièrement rigoureux) et son Ă©rotisme futilement polisson (Jane Lapotaire use et abuse de provocation impudique en gouvernante mesquine).
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Dédicace à Video Party Massacre
16.03.12
Bruno Mattéï. 3è



jeudi 15 mars 2012

Le Territoire des Loups / The Grey



de Joe Carnahan. 2012. U.S.A. 1h57. Avec Liam Neeson, Dallas Roberts, Frank Grillo, Dermot Mulroney, Nonso Anozie, Joe Anderson, Ben Bray, James Badge Dale, Anne Openshaw, Peter Girges.

Sortie salles France: 29 FĂ©vrier 2012. U.S: 11 DĂ©cembre 2011 et 27 Janvier 2012

FILMOGRAPHIE: Joe Carnahan est un rĂ©alisateur, scĂ©nariste, monteur et producteur amĂ©ricain, nĂ© le 9 Mai 1969. 1998: Blood and Bullets. 2002: Narc. 2006: Faceless (tĂ©lĂ©-film). 2007: Mise Ă  prix. 2010: l'Agence tous Risques. 2012: Le Territoire des Loups. 2013-2015 : Blacklist (SĂ©rie TV) (3 Ă©pisodes). 2014 : Stretch. 2014-2015 : State of Affairs (sĂ©rie tĂ©lĂ©visĂ©e) (4 Ă©pisodes, Ă©galement crĂ©ateur). 2021 : Boss Level. 2021 : Copshop. prochainement : Shadow Force. 2024 : Not Without Hope. 2025 : RIP.

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Une fois de plus dans la mêlée. Dans le dernier et plus grand combat de ma vie. Vivre et mourir aujourd'hui. Vivre... et mourir... aujourd'hui.
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Remember, Joe Carnahan nous Ă©pata avec son polar moite Narc. Puis ce fut au tour de l'excellent polar camĂ©lĂ©on Mise Ă  Prix pour ensuite nous dĂ©cevoir (dĂ©solĂ© les fans) avec un blockbuster imberbe, l'Agence tous Risques. En 2012, il nous revient avec un survival aussi acĂ©rĂ© que le tranchant d'une lame, Le Territoire des loups. Et il faut peut-ĂŞtre remonter au mythique DĂ©livrance de John Boorman (oui j'ose la comparaison) pour retrouver une telle intensitĂ©, un tel sentiment insĂ©cure, un souffle si dĂ©sespĂ©rĂ© pour la sombre destinĂ©e d'une poignĂ©e de survivants confrontĂ©s aux monstres tapis dans l'obscuritĂ© au sein des dĂ©cors enneigĂ©es d'une nature hostile. 

Synopsis: Un avion transportant des ouvriers d'une compagnie pĂ©trolière s'Ă©crase dans les montagnes du Grand Nord. Un groupe de survivants devra se soumette Ă  l'autoritĂ© de John Ottway, solitaire nihiliste profondĂ©ment marquĂ© par la mort de sa femme. Rapidement, une horde de loups voraces dĂ©fient les intrus alors que John tentera de sauvegarder son Ă©quipe par sa pratique Ă©mĂ©rite Ă  dĂ©jouer l'instinct du carnassier. 
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Le survival, l'aventure, le suspense, l'action, la catastrophe, l'horreur et surtout la terreur sont habilement agencĂ©s pour nous illustrer sans fioriture aucune une odyssĂ©e humaine dĂ©sabusĂ©e au rĂ©alisme imparable. Car Ă  travers les montagnes rocailleuses, si enneigĂ©es du Grand Nord, Joe Carnahan nous entraĂ®ne au coeur d'un enfer terrestre parmi l'intrusion d'une poignĂ©e de survivants d'un crash aĂ©rien confrontĂ©s Ă  la sauvagerie d'une meute de loups. Le sombre rĂ©cit annonçant la couleur blafarde dès son prĂ©ambule avec la tentative de suicide de notre expert en chasse, un braconnier de loups employĂ© Ă  prĂ©server la vie de foreurs d'une compagnie pĂ©trolière. Car John Ottway est un veuf accablĂ© par le chagrin de son Ă©pouse, toujours plus dĂ©pitĂ© par la nature dĂ©lĂ©tère de l'homme. Il dĂ©cide alors rejoindre sa dĂ©funte Ă  un moment opportun avant de se raviser suite aux hurlements plaintifs d'un loup entendu dans la forĂŞt adjacente. Le lendemain, après avoir embarquĂ© dans l'avion parmi son Ă©quipe pour rejoindre l'Alaska, l'engin s'Ă©crase en pleine nature dĂ©shĂ©ritĂ©e. Le rĂ©alisme de cette catastrophe nous Ă©branle sans prĂ©venir de par sa brutalitĂ© aride sobrement illustrĂ©e. FilmĂ© en interne de l'appareil incontrĂ´lĂ©, la panique gĂ©nĂ©rale allouĂ©e aux voyageurs crispĂ©s sur leur siège nous saisit d'une terreur sourde. Un vacarme d'apocalypse oĂą leurs cris de frayeurs s'entremĂŞlent avec le bruit assourdissant des moteurs en flamme et de taules dĂ©chiquetĂ©es. Dès le prĂ©lude, Joe Carnahan insiste Ă  nous dĂ©crire sa vision hyper rĂ©aliste et dĂ©rangĂ©e de l'agonie humaine lorsque l'un des survivants sĂ©vèrement mutilĂ© sera confrontĂ© Ă  sa pire labeur, sa propre mort en direct face au tĂ©moignage de ses compagnons dĂ©munis. Ce sentiment morbide de la peur de trĂ©passer, cette affres d'y rejoindre un ailleurs anonyme vont planer durant la totalitĂ© du rĂ©cit sur la psychĂ© dĂ©sarmĂ©e de nos rescapĂ©s Ă  bout de souffle. Une poignĂ©e d'hommes Ă  caractère aussi bien distinct que trempĂ©, confrontĂ©s au froid rĂ©frigĂ©rant d'une contrĂ©e Ă  la fois inconnue et sauvage, Ă  la famine et Ă  la fatigue de l'Ă©puisement. Mais surtout des hommes faillibles auprès de leur sentiment d'orgueil, de vanitĂ© ou d'arrogance (l'inattention, l'imprudence, la phobie et leur conflit d'Ă©go les mèneront fatalement au dĂ©clin). Des quidams perplexes de leur destinĂ©e, rapidement accablĂ©s par le dĂ©sespoir car gagnĂ©s par la peur si envahissante de trĂ©passer. Ainsi, durant ce pĂ©riple improvisĂ© oĂą plane incessamment la mort, chaque protagoniste se confrontera Ă  sa propre idĂ©ologie, une remise en question spirituelle sur le sens de leur propre destinĂ©e. De par cette terreur innĂ©e de trĂ©passer dans un avenir proche au milieu d'une Ă©cologie rigoureusement menaçante et par cette crainte primitive d'ĂŞtre violentĂ© par la sauvagerie du loup, nos ultimes rescapĂ©s devront se mesurer Ă  leur courage et bravoure pour tenter de s'extraire d'un calvaire toujours plus sinistrĂ©. Si bien que leurs nerfs autant que les nĂ´tres seront mis Ă  rude Ă©preuve sous l'impulsion d'une intensitĂ© dramatique Ă  la limite du supportable (l'ultime demi-heure est un long moment d'anthologie auprès de nos derniers rescapĂ©s en proie Ă  une Ă©preuve de force toujours plus Ă©reintante). 


Or, cette atmosphère terriblement mortifère est d'autant mieux rendue par l'immensitĂ© de l'environnement naturel, par ces tempĂŞtes de neige fluctuantes au vent ardent fouettant les visages burinĂ©s de nos hĂ©ros davantage extĂ©nuĂ©s. Quand bien mĂŞme dans l'obscuritĂ©, la prĂ©sence nuisible, souvent latente des loups, ne fera qu'accentuer ce sentiment insĂ©cure prĂ©gnant auprès d'eux et surtout leur frayeur sensitive de craindre d'ĂŞtre dĂ©vorĂ©s par les maĂ®tres des lieux. Il faut d'ailleurs insister sur la physionomie de ces fauves enragĂ©s impressionnant de robustesse Ă  travers leur prĂ©sence iconique, particulièrement Ă©peurants lors des attaques sournoises violemment perpĂ©trĂ©es sur les proies humaines. Et personnellement, de mĂ©moire d'amateur Ă©clairĂ©, je n'avais pas ressenti une terreur aussi primale et dĂ©sorientĂ©e face Ă  l'hostilitĂ© animale depuis les lycanthropes du Loup-Garou de Londres (son prĂ©ambule auquel les 2 hĂ©ros sont Ă©garĂ©s dans la campagne nocturne des landes) ou encore Hurlements (l'agression de Terry Fisher dans la cabane). 

Dans un rôle viril de meneur de groupe intarissable, Liam Neeson crève l'écran pour sa stature imposante, son intelligence d'esprit, son sens de camaraderie et surtout sa pugnacité chevronnée à livrer un combat sans merci contre l'ennemi quasi invisible. Mais aussi et surtout sa dimension humaine accablée par la perte d'un être cher qui le hante durant tout le périple. Son éthique également à accepter ou stigmatiser sa foi mystique. L'épilogue littéralement bouleversant car d'autant plus équivoque ne manque pas d'y suggérer un dernier acte de bravoure, un baroud d'honneur pour cet homme livré à sa seule raison, sa foi de croire en lui pour s'extirper de la mort.


Rédemption
Spectaculaire et intense, proprement terrifiant et si dĂ©sespĂ©rĂ©, Le Territoire des Loups est un survival implacable d'une acuitĂ© Ă©motionnelle vulnĂ©rable autant qu'un drame humain d'une densitĂ© bouleversante auprès des remises en question morale initiatiques. Sa mise en scène documentĂ©e transcendant la beautĂ© sauvage de ces montagnes enneigĂ©es, l'interprĂ©tation viscĂ©rale des comĂ©diens, son climat funèbre imparti au sens de la vie nous acheminant au grand moment de cinĂ©ma Ă  travers cette montĂ©e progressive de la tension horrifique oĂą chaque survivant apprĂ©hende autant qu'il amĂ©nage sa future mort. Une rĂ©fĂ©rence dont il est impossible de sortir indemne. 

*Bruno
08.01.25. 2èx. Vost.
14.03.12. 

Le tournage a lieu de janvier à mars 2011. Il se déroule en Colombie-Britannique au Canada, notamment à Vancouver et Smithers. Le tournage a été particulièrement éprouvant pour l'équipe en raisons des températures négatives et du phénomène de blanc dehors.
Liam Neeson raconte : « Pendant les premiers jours, c’Ă©tait tout bonnement physiquement impossible. Il fallait que l’on mĂ©morise nos rĂ©pliques, mais c’Ă©tait comme si nos cerveaux avaient gelĂ©… Nous n’Ă©tions capables de penser qu’Ă  une seule chose : se rĂ©chauffer. »

 

mardi 13 mars 2012

EXTREMEMENT FORT ET INCROYABLEMENT PRES ( Extremely Loud and Incredibly Close)


de Stephen Daldry. 2011. U.S.A. 2h09. Avec Tom Hanks, Thomas Horn, Sandra Bullock, Zoe Caldwell, Dennis Hearn, Paul Klementowicz, Julian Tepper, Caleb Reynolds, John Goodman, Max Von Sydow.

Sortie salles France: 29 Février 2012. U.S: 20 Janvier 2012

FILMOGRAPHIE: Stephen Daldry est un réalisateur et producteur anglais, né le 2 Mai 1961 dans le Dorset.
2000: Billy Elliot
2002: The Hours
2008: The Reader
2011: Extrêmement fort et incroyablement près
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D'après le best-seller de Jonathan Safran Foer, ExtrĂŞmement fort et incroyablement près est un mĂ©lodrame bâti sur le trauma post 11 septembre que toutes les familles endeuillĂ©es ont dĂ» endurer. Le rĂ©alisateur Stephen Daldry s'intĂ©resse ici au cas d'un enfant prĂ©coce de 9 ans, un Ă©lève surdouĂ© incapable d'assumer la mort de son paternel mais qui va apprendre au fil de ses investigations la foi inhĂ©rente de subsister.

Oska est un jeune Ă©lève de 9 ans, studieux et perspicace mais incapable de rĂ©frĂ©ner un florilège de  phobies existentielles dans le monde qui l'entoure. Le jour du 11 septembre 2001, son père meurt sous les dĂ©combres d'une des tours jumelles du World Trade Center. Après l'enterrement, blotti dans une pièce secrète de sa chambre, il se rĂ©fugie longuement Ă  travers ses souvenirs de photos et objets familiers en mĂ©moire de son père.  
Un jour, il renverse incidemment un vase rangĂ© sur l'Ă©tagère d'un sellier. C'est lĂ  qu'il dĂ©couvre une clef Ă  l'intĂ©rieur d'un buvard oĂą est inscrit au verso le mot "Black". Il dĂ©cide de retrouver la fameuse serrure qui pourrait lui saisir la chance d'en savoir plus sur son père. 
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A la manière d'un jeu de piste ludique, ExtrĂŞmement fort et incroyablement près est un rĂ©cit initiatique entrepris par un jeune garçon traumatisĂ© par la disparition brutale de son père. Par le biais d'une commĂ©moration aux victimes du 11 septembre, le rĂ©alisateur nous façonne un drame intime, une introspection dĂ©licate sur la fragilitĂ© de l'enfance et de son refus de se soumettre Ă  l'horrible rĂ©alitĂ© des faits imposĂ©s. RĂ©fugiĂ© dans sa solitude et dĂ©prĂ©ciant sa mère en guise de rancoeur, Oskar souhaite dĂ©couvrir le secret d'une clef qui pourrait lui permettre de renouer une dernière fois avec la mĂ©moire de son père espiègle, prĂ©alablement complices de jeux pĂ©dagogiques en guise d'Ă©ducation spĂ©culative.
Pour retrouver cette fameuse serrure occultĂ©e dans la citĂ© urbaine de New-York, Oskar va devoir rĂ©pertorier tous les patronymes commençant par "Black" et croiser des citadins Ă©clectiques Ă  l'ethnie diffĂ©rente. ATTENTION SPOILER !!! Avec l'aide du nouvel ami de sa grand-mère, un bailleur mutique, l'enfant va peu Ă  peu apprendre Ă  Ă©voluer et rĂ©primer ses peurs par la rĂ©solution d'une Ă©nigme fortuite auquel un tĂ©moin avait endurĂ© une relation conflictuelle avec son gĂ©niteur fraĂ®chement dĂ©cĂ©dĂ©. FIN DU SPOILER
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Réalisé avec tact et une sensibilité fébrile, beaucoup de critiques ont reproché son caractère lacrymal trop prononcé alors que la narration aléatoire et contée sans fioriture provoque une intense émotion dans ces moments les plus impondérables. Privilégié par un quatuor de comédiens tout à fait tempérés dans leurs états d'âme discrédités ou lamentés, le réalisateur réussit à provoquer une violente émotion incontrôlée lors de moments flegmatiques auquel nos personnages se sont réfugiés en guise d'exutoire.
S'il est concevable que son final insiste parfois un peu trop à tirer sur la corde sensible, ce mélodrame inscrit dans l'humilité se révèle à mon sens beaucoup plus sincère et modeste que nombre de productions conventionnelles abusant de pathos pour faire pleurer dans les chaumières.
A travers l'enquête minutieuse élaborée par Oskar, Extrêmement fort... aborde le thème du deuil insurmontable auprès des défunts et surtout de la difficulté de réprimer ses angoisses. Le courage de transcender la peur intrinsèque de la mort pour mieux affronter l'effervescence de notre vie auquel chaque jour peut nous être gratifié à la manière d'un miracle.
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Si Sandra Bullock surprend par sa retenue Ă  endosser avec vulnĂ©rabilitĂ© une femme anĂ©antie par le chagrin et que Max Von Sydow impose une composition sombre et torturĂ©e dans celui du bailleur âgĂ©, c'est le jeune Thomas Horn qui crève ici littĂ©ralement l'Ă©cran ! Il interprète de manière magistrale le rĂ´le hĂ©tĂ©rogène d'un petit gamin aussi adroit et dĂ©brouillard que profondĂ©ment perturbĂ© et tourmentĂ© par la disparition brutale de son gĂ©niteur. La sĂ©quence difficile auquel Oskar se rĂ©sout d'acculer le bailleur Ă  Ă©couter les messages d'adieu inscrits sur rĂ©pondeur tĂ©lĂ©phonique par un père accablĂ©, font parti des moments les plus durs et Ă©prouvants du film. Dans ses rares apparitions, Tom Hanks se rĂ©vèle traditionnellement talentueux dans son jeu dĂ©contractĂ© de paternel plein d'aplomb Ă  daigner Ă©duquer son fils de la manière la plus prospère.
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Superbement interprĂ©tĂ©, mis en scène avec pudeur et tempĂ©rance et Ă©maillĂ© de sĂ©quences aussi poignantes que dĂ©chirantes (la dernière demi-heure vaut son pesant d'Ă©motion cathartique), ExtrĂŞmement fort et incroyablement près est un fragile rĂ©cit initiatique auscultant les nĂ©vroses d'un enfant prodige scindĂ© entre sa soif d'acquĂ©rir les connaissances et la douleur cinglante de la perte de l'ĂŞtre aimĂ©.  En rendant un hommage dĂ©fĂ©rent aux victimes des attentats du 11 septembre, ce mĂ©lodrame bouleversant rĂ©ussit Ă  convaincre et sĂ©duire par son habile narration dĂ©diĂ©e Ă  la culpabilitĂ© de ces protagonistes. Des personnages meurtris ou dĂ©sunis mais confrontĂ©s Ă  leur leçon de vie et de tolĂ©rance. 
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13.03.12
Bruno Matéï

lundi 12 mars 2012

Christine


de John Carpenter. 1983. U.S.A. 1h50. Avec Keith Gordon, John Stockwell, Alexandra Paul, Robert Prosky, Harry Dean Stanton, Christine Belford, Roberts Blossom, William Ostrander, David Spielberg.

Sortie salles France: 25 Janvier 1984. U.S: 9 Décembre 1983

FILMOGRAPHIE: John Howard Carpenter est un réalisateur, acteur, scénariste, monteur, compositeur et producteur de film américain né le 16 janvier 1948 à Carthage (État de New York, États-Unis). 1974 : Dark Star 1976 : Assaut 1978 : Halloween, la nuit des masques 1980 : Fog 1981 : New York 1997 1982 : The Thing 1983 : Christine 1984 : Starman 1986 : Les Aventures de Jack Burton dans les griffes du Mandarin 1987 : Prince des ténèbres 1988 : Invasion Los Angeles 1992 : Les Aventures d'un homme invisible 1995 : L'Antre de la folie 1995 : Le Village des damnés 1996 : Los Angeles 2013 1998 : Vampires 2001 : Ghosts of Mars 2010 : The Ward


"Laisse-moi te dire ce que je pense de l'amour Denis. L'amour Ă  un appĂ©tit vorace. Il te bouffe tout. Les amis, la famille. Tout ce que ça bouffe, ça me sidère. Mais ce que je sais maintenant... C'est que si tu le nourris bien, ça peut devenir une belle chose. Et c'est ce qui nous arrive. Quand tu es sĂ»r que quelqu'un croit en toi, tu peux tout faire. Faire tout ce dont tu as envie. Et si en plus tu crois toi-mĂŞme en l'autre,... mon vieux... Alors attention le monde, personne ne pourra jamais t'arrĂŞter, jamais !". 
 
"Fury amoureuse". 
Un an après l’Ă©chec public et critique de The Thing, John Carpenter adapte un roman de Stephen King : Christine. Une Ĺ“uvre injustement – voire inexplicablement – relĂ©guĂ©e au rang de pièce mineure dès sa sortie. Qu’on se le dise ! C’est pourtant une clef de voĂ»te du fantastique moderne, une variation ensorcelante sur le thème du vampirisme, entre un adolescent introverti et sa Plymouth Fury d’un rouge immaculĂ© : Christine.

Le pitch : Arnie, ado timide et gauche, peine Ă  trouver sa place. Son meilleur ami Dennis tente de l'encourager Ă  sĂ©duire la nouvelle du lycĂ©e, Leigh. Mais un après-midi, alors qu’ils roulent Ă  travers une route bucolique, Arnie tombe sous le charme d’une vieille carcasse rouillĂ©e abandonnĂ©e dans le jardin d’un vieil homme. Il demande Ă  Dennis de s’arrĂŞter sur le bas-cĂ´tĂ©, puis dĂ©cide sur un coup de tĂŞte de l’acheter pour 250 dollars. Une Ă©trange relation amoureuse s’initie alors entre Christine et lui.


"Elle sentait bon la voiture neuve, sĂ»rement la meilleur odeur au monde, Ă  part une chatte peut ĂŞtre" 
Avec un postulat Ă  deux doigts du ridicule, Carpenter rĂ©ussit pourtant l’immense gageure de nous faire croire Ă  l’histoire d’un adolescent vampirisĂ© par une voiture. PortĂ© par un style formel d’une grande Ă©lĂ©gance et par de jeunes interprètes Ă©tonnants de sincĂ©ritĂ©, Christine fascine d’emblĂ©e par son ton rĂ©solument fantasmatique – la voiture Ă©lectrise littĂ©ralement chaque apparition – et son essence tragique : la dĂ©shumanisation d’Arnie. Carpenter signe ici une tragĂ©die funèbre au pouvoir d’envoĂ»tement indĂ©fectible. L’histoire d’un amour fou entre un adolescent et une Plymouth Fury dĂ©labrĂ©e. Sous l’emprise de Christine, Arnie se mĂ©tamorphose : revanchard, orgueilleux, Ă©gocentrique – prĂŞt Ă  dĂ©vorer quiconque se mettrait entre elle et lui. DĂ©sinhibĂ©, il parvient mĂŞme Ă  sĂ©duire la plus belle fille du lycĂ©e. Mais Christine, d’une jalousie maladive, n’entend pas partager.
 

En maĂ®tre-conteur, Carpenter donne chair aux personnages gravitant autour d’Arnie : Leigh, Dennis, les parents dĂ©munis... Tous assistent, impuissants, Ă  la mue malĂ©fique de ce garçon rongĂ© par sa passion mĂ©tallique. Si le rĂ©cit bouleverse, c’est autant par ses accès de violence que par la sobriĂ©tĂ© dĂ©sespĂ©rĂ©e de ceux qui le peuplent. Lorsque Christine, dĂ©sossĂ©e, affronte le regard de son maĂ®tre furibond, quelque chose d’Ă©trangement poignant se joue. Dans cette fusion intime entre un garçon solitaire et sa voiture, on touche Ă  l’obsession pure, Ă  la folie amoureuse. Keith Gordon incarne un Arnie bouleversant de rage contenue, le regard illuminĂ© par une ferveur malsaine.

Avec peu d’effets spĂ©ciaux, Carpenter livre pourtant des sĂ©quences inoubliables : la rĂ©surrection de Christine, reconstituĂ©e pièce par pièce dans l’obscuritĂ© d’un garage dĂ©sert ; les poursuites nocturnes baignĂ©es d’une lumière surnaturelle ; ou cette atmosphère d’outre-monde qui imprègne les rues d’une bourgade amĂ©ricaine trop tranquille. Pour parachever cette ambiance de cauchemar doux, la bande-son composĂ©e avec Alan Howarth injecte une mĂ©lancolie vĂ©nĂ©neuse Ă  chaque plan – un Ă©lectro funèbre qui tourne chez moi en boucle, chaque mois.


"Rouge passion, chrome sanglant".
RacontĂ© avec une simplicitĂ© limpide, Christine n’en demeure pas moins un chef-d’Ĺ“uvre maudit, d’une beautĂ© baroque et d’une intensitĂ© Ă©motionnelle Ă  fleur de mĂ©tal. Ă€ travers les mĂ©tamorphoses de ses personnages, gagnĂ©s par la peur, le dĂ©sarroi ou la cruautĂ© ; Ă  travers cette atmosphère irrĂ©elle, presque indicible ; et surtout Ă  travers sa musique ensorcelante, le film de Carpenter transcende le genre fantastique. Fable sur le fĂ©tichisme, la jalousie, l’amour dĂ©vorant, Christine devient le portrait d’un vampire de tĂ´le, se nourrissant des sentiments d’un adolescent dĂ©sarmĂ©. MagnĂ©tique, venimeuse, rutilante : Christine crève l’Ă©cran – et dans sa dernière course, on en viendrait presque Ă  l’aimer.

* Bruno
12.03.12
02.11.25. 7èx. Vostf. 4K


vendredi 9 mars 2012

ILSA LA LOUVE DES SS (Ilsa, She Wolf of the SS / Le Nazi était là, les Gretchen aussi)


de Don Edmonds. 1974. U.S.A/Allemagne. 1h36. Avec Dyanne Thorne, Gregory Knoph, Tony Mumolo, Maria Marx, Nicolle Riddell, Jo Jo Deville, Sandy Richman, George 'Buck' Flower, Rodina Keeler, Wolfgang Roehm.

Sortie salles U.S: Octobre 1975

FILMOGRAPHIE: Don Edmonds est un réalisateur, acteur, producteur, scénariste et cascadeur américain, né le 1er Septembre 1937 dans le Kansas City, décédé le 30 Mai 2009 en Californie.
1972: Wild Honey. 1973: Tender Loving Care. 1974: Ilsa, la louve des ss. 1976: Southern Double Cross. 1976: Ilsa, Gardienne du Harem. 1977: Bare Knuckles. 1980: Demon Rock. 1991: Tomcats Angels. 1991: Les dessous de Palm Beach (Série TV. Pilot).


Film fondateur du Nazisploitation (si on Ă©carte l'oeuvre abstraite Portier de Nuit, rĂ©alisĂ© la mĂŞme annĂ©e - critique dĂ©taillĂ©e ici -http://brunomatei.blogspot.com/2011/11/portier-de-nuit.html), Ilsa, la Louve des SS fut un tel succès lors de sa sortie en salles en 1975 que deux autres suites furent rapidement mises en chantier. Il faut reconnaĂ®tre l'audace indĂ©cente du cinĂ©aste d'avoir osĂ© exploiter Ă  l'Ă©cran l'holocauste du nazisme de la guerre 39/45 sous la structure d'un pur film d'horreur complaisant et putassier. D'ailleurs, plusieurs cinĂ©astes de tous horizons ne vont pas hĂ©siter Ă  profiter du nouveau filon hĂ©ritĂ© du WIP (Woman In Prison) en façonnant d'autres rejetons tout aussi vulgaires, voirs encore plus incongrus (la Dernière orgie du 3è Reich, Train SpĂ©cial pour Hitler, SS Camp 5, Holocaust Nazi ou encore KZ9 Camp d'Extramination). Deux auteurs frondeurs parviendront nĂ©anmoins Ă  livrer des films artistiquement ambitieux et dialectiques avec justement Portier de Nuit de Liliana Cavani et Salon Kitty de Tinto Brass. Amis du bon goĂ»t, il est maintenant temps pour vous de plier bagage !


A la fin de la seconde guerre mondiale, Ilsa, officier SS lubrique et tortionnaire exploite son nouveau camp de prisonniers dans une contrĂ©e germanique. EpaulĂ© par ses officiers, elle se livre Ă  diverses expĂ©riences mĂ©dicales sur ses patientes molestĂ©es par le supplice de la torture. Mais l'arrivĂ©e d'un groupe de dĂ©tenus mâles va considĂ©rablement changer la donne quand l'un d'eux, Wolf, dĂ©cide d'entraĂ®ner le groupe Ă  l'insurrection. Quand on revoit aujourd'hui Ilsa, la louve des SS, on se rend compte Ă  quel point les annĂ©es 70 furent l'Ă©poque de toutes les transgressions et des dĂ©viances. Dans un alliage de sexe putanesque et de violence crade, ce pur produit d'exploitation proche de la bande dessinĂ©e accorde un intĂ©rĂŞt très limitĂ© dans ses pĂ©ripĂ©ties sordides alignant nombre de scènes de tortures aussi abjectes que vomitives. Sorte de Saw avant gardiste oĂą ici notre tortionnaire utilise sur ces patients des ustensiles rubigineux et nombre d'idĂ©es utopiques afin de leur contracter les maladies les plus contagieuses et lĂ©tales en guise de mĂ©galomanie. Ces pratiques barbares sont Ă©galement vouĂ©es Ă  une ambition toute personnelle car purement sadienne, Ă  savoir quel sujet pourra rĂ©ussir Ă  supporter la plus grande douleur sur un laps de temps indĂ©fini !


Le film mollement rĂ©alisĂ© parvient tout de mĂŞme Ă  prĂ©server un certain intĂ©rĂŞt grâce Ă  cette surenchère sadique d'Ă©taler Ă  intervalle rĂ©gulier (voire, sans discontinuer !) nombre de scènes gores hardcores et orgies sexuelles vouĂ©es Ă  la dĂ©bauche la plus cynique. Mais Ilsa possède Ă©galement un atout de choix en la prĂ©sence iconique de l'inoubliable Dianne Thorne. Une actrice blonde extravertie qui en rajoute des tonnes dans la cabotinerie pour incarner une officière allemande adepte du fĂ©tichisme, n'hĂ©sitant jamais Ă  se dĂ©vĂŞtir pour copuler et ainsi afficher fièrement l'opulence de sa poitrine. Mais une interprète exubĂ©rante, vĂ©ritable garce de l'outrance et de l'outrage immoral, rĂ©ussissant Ă  invoquer auprès du spectateur une fascination/rĂ©pulsion dans ses mĂ©faits licencieux particulièrement insatiables. L'atmosphère malsaine qui Ă©mane des dĂ©cors sĂ©pias d'un camp de prisonniers vĂ©tuste jusqu'aux laboratoires expĂ©rimentaux souillĂ©s par les Ă©claboussures de sang participe Ă©galement Ă  accentuer son climat Ă©touffant, voir parfois dĂ©rangeant. Heureusement, pour mieux faire passer la pilule du mauvais goĂ»t, Ilsa, la Louve... possède une aura typiquement kitch et ringarde parmi le surjeu de ces acteurs, par ses dĂ©cors approximatifs (le camp est en faite la mĂŞme scĂ©nographie prĂ©alablement utilisĂ©e dans la fameuse sĂ©rie TV Papa Schultz !) et par son ton grossier plein d'extravagance.

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Volontairement obscène, cul et hardgore, Ilsa, la Louve des SS est un nanar malotru mais foutraque, insolent et paresseux dans sa trame linĂ©aire dĂ©nuĂ©e d'intĂ©rĂŞt. Par son ambiance aussi malsaine que cartoonesque, ce pur produit Bis estampillĂ© seventie garde intact son impact choquant dans ses tortures les plus dĂ©viantes. Une curiositĂ© insensĂ©e Ă  revoir d'un oeil distrait, d'autant plus que Dianne Thorne mène la sarabande graveleuse avec une spontanĂ©itĂ© assumĂ©e ! A rĂ©server nĂ©anmoins Ă  un public prĂ©parĂ© et Ă  subir au 10è degrĂ© !
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Dédicace à l'Antre du Bis et de l'exploitation
09.03.12
Bruno Matéï