"Il mondo di Yor" d'Anthony M. Dawson. 1983. Italie/France/Turquie. 1h28. Avec Reb Brown, Corinne Cléry, Carole André, Aytekin Akkaya, Luciano Pigozzi
Sortie salles France: 24 Août 1983. Italie: 10 Février 1983
FILMOGRAPHIE: Antonio Margheriti (Anthony M. Dawson) est un réalisateur italien, né le 19 septembre 1930 à Rome, décédé le 4 Novembre 2002 à Monterosi. 1960: Le Vainqueur de l'espace. 1962: Les Derniers jours d'un empire. 1963: La Vierge de Nuremberg. 1964: La Sorcière Sanglante. 1964: Les Géants de Rome. 1964: Danse Macabre. 1968: Avec Django, la mort est là. 1970: Et le vent apporta le Violence. 1971: Les Fantômes de Hurlevent. 1973: Les Diablesses. 1974: La brute, le colt et le karaté. 1975: La Chevauchée terrible. 1976: l'Ombre d'un tueur. 1979: l'Invasion des Piranhas. 1980: Pulsions Cannibales. 1980: Héros d'Apocalypse. 1982: Les Aventuriers du Cobra d'Or. 1983: Yor, le chasseur du futur. 1985: L'Enfer en 4è vitesse.
Aberration filmique symptomatique des productions italiennes plagiant tous azimuts les récents succès américains des années 80 avec un budget low-cost, Yor, le chasseur du futur ose la gageure de marier La Guerre du feu à Star Wars. Réalisée par le vétéran Antonio Margheriti (excusez du peu !), cette série Z compile, à un rythme assez soutenu, actions corporelles (tant auprès de guerriers hostiles que de créatures dantesques) et rebondissements saugrenus, sur la base d'un script abracadabrantesque manifestement écrit par un cerveau infantile. Son inspiration émane d'ailleurs d'une lointaine bande dessinée argentine parue en 1974.
L'action, aussi dépaysante qu'édénique (certains panoramas naturels sont franchement fantasmatiques !), se déroule à l'ère préhistorique — du moins est-ce ce que l'on tente de nous faire croire de prime abord. Yor, preux guerrier réputé pour sa bravoure, vole au secours de tribus dociles incessamment persécutées par des créatures préhistoriques et de méchants Cro-Magnons affublés de dépouilles de vison. À la recherche de ses origines, en compagnie de son vieil ami Pag et de sa maîtresse Ka-Laa, il finit par rencontrer des androïdes du futur venus le kidnapper selon les desseins mégalomaniaques de l'empereur Overlord.
Exubérant, improbable et ridicule sans la moindre once de complexe — d'où son attrait grotesque souvent irrésistible —, Yor, le chasseur du futur nous plonge dans des aventures primitives lorsque son héros multiplie les confrontations musclées avec ses rivaux lors d'une première partie assez redondante mais gentiment ludique.
L'aspect risible des bastons maladroitement exécutées, rehaussées par la mine impayable d'acteurs inexpressifs (mention spéciale au blondinet Reb Brown dans le corps gringalet de Yor !), provoque une cocasserie involontaire dont seuls les Italiens ont le secret. On peut également souligner la niaiserie truculente des romances que se partage notre héros auprès de deux potiches aussi radieuses que rivales.
Mais c'est véritablement lors de sa seconde partie que Yor prend son envol pour nous embarquer dans un space opera de pacotille — le décor se limitant souvent au dédale d'un hangar industriel — à renfort de rayons laser, gadgets électroniques et cascades acrobatiques. Sur ce dernier point, une séquence anthologique digne du cirque Pinder vous provoquera assurément l'hilarité lorsque le vieux Pag décide de porter secours à Yor grâce à une vélocité proprement miraculeuse !
Cabotinant à tout va, nos héros drapés de peaux animales et les méchants figurants accoutrés de combinaisons dignes de Temps X se disputent le pouvoir avec un sérieux inébranlable. Et ce sous l'autorité d'un Dark Vador patibulaire surjouant avec une emphase renfrognée. Au gré de règlements de comptes récréatifs et de rebondissements hallucinés, l'aventure — inopinément futuriste — adopte alors une tournure débridée à la fois folingue et moralisatrice, suggérant que les progrès de la science pourraient bien mener l'humanité à sa perte.
Rivalisant de près avec les meilleures réussites transalpines du genre (2019, après la chute de New York, Atomic Cyborg, Les Rats de Manhattan, Le Gladiateur du futur, Les Nouveaux Barbares ou encore Les Guerriers du Bronx), Yor, le chasseur du futur s'entiche d'un scénario suffisamment couillu et azimuté — pour ne pas dire vrillé ! — ainsi que d'une galerie d'attachants seconds couteaux joviaux pour nous distraire fréquemment grâce à un second degré stimulant.
À redécouvrir avec une pincée de nostalgie, témoignage d'une époque révolue aussi généreuse qu'intègre, quels que soient les moyens précaires qui lui étaient alloués.
— Celui du cœur noir des images 🖤
3èx












































