"Die Schlangengrube und das Pendel" de Harald Reinl. 1967. Allemagne. 1h23. Avec Lex Barker, Karin Dor, Christopher Lee, Carl Lange, Vladimir Medar, Christiane Rücker.
Sortie salles France: 5 Mars 1969. Allemagne: 5 Octobre 1967
Affichant une filmo prolifique de plus de soixante films, l'Autrichien Harald Reinl est surtout connu pour ses adaptations des romans d'Edgar Wallace et de Karl May, dont la célèbre série des Winnetou, ainsi que pour deux métrages illustrant le personnage notoire du docteur Mabuse.
Mais c'est avec Le Vampire et le Sang des Vierges, probablement son œuvre la plus reconnue, que son talent explose, grâce à une liberté de ton à la fois personnelle et saugrenue. À titre d'anecdote tragique, Harald Reinl connut un destin funeste puisqu'il fut assassiné le 9 octobre 1986 à Puerto de la Cruz, en Espagne, par sa seconde épouse, l'actrice tchèque Daniela Maria Delis.
Inspiré notamment de l'univers d'Edgar Allan Poe, Le Vampire et le Sang des Vierges nous narre la terrible vengeance du comte Regula, autrefois écartelé par ses bourreaux pour avoir assassiné douze vierges innocentes trente-cinq ans plus tôt. Ses obscures exactions expérimentales étaient toutefois conçues dans le but d'accéder à l'immortalité. De retour à la vie avec l'aide de son comparse, Regula a ourdi une diabolique machination pour attirer nos héros - un faux prêtre, un avocat, une comtesse et sa dame de compagnie - au cœur d'un dédale semé de dangers. Parmi ses hôtes figurent notamment le fils et la fille des familles responsables de sa mort.
Dans la lignée des grands films gothiques influencés par Roger Corman, Mario Bava ou encore l'illustre firme anglaise Hammer Film, Le Vampire et le Sang des Vierges, production allemande auréolée de la présence du dandy Christopher Lee, est un régal esthétique pour l'amateur d'ambiances gothiques aux p'tits oignons. Un envoûtement permanent, nourri par les fastes décors d'une poésie morbide et les ornements macabres déployés avec une insolence particulièrement excentrique.
Reprenant certains motifs visuels du Masque du Démon de Bava, notamment le supplice du masque hérissé de pointes destiné à s'enfoncer dans le visage de la victime, Le Vampire et le sang des vierges se révèle à la fois atypique, fascinant et irrésistiblement ludique. Une variation germanique à l'identité propre, dépeignant un univers baroque complètement décalé à travers une saturation formelle rarement égalée.
Ainsi donc, bienvenue dans ce corpus d'images gothiques déployant, non sans un raffinement flamboyant, des auberges alsaciennes à l'accueil douillet, des villageoises aux joues rubicondes et à la poitrine opulente, ainsi que des bourreaux trapus aux muscles d'airain, affublés de cagoules noires en bonne et due forme. Parmi les séquences marquantes, on retiendra ce cocher apeuré fuyant la mort à vive allure sur ses chevaux endiablés, au cœur d'une forêt enchantée, sans oublier cette soudaine vision diaphane de pendus suspendus aux branches des arbres, tandis que d'autres victimes nues semblent littéralement ensevelies dans l'écorce. Mais d'autres surprises, encore plus débridées, attendent nos héros au fil de leur périlleuse exploration du château poussiéreux.
On peut ainsi répertorier ce défilé de vierges ensanglantées, affalées sur des instruments de torture ingénieux, ces centaines de crânes humains encastrés dans les murs d'un corridor, ces reptiles rampants, volatiles carnassiers et autres mammifères surgis de nulle part, ces cachots humides et insalubres suintant la mort, ou encore ces pièges machiavéliques dissimulés sous le sol et derrière les murs tapissés d'esquisses picturales.
Un programme rétro singulier, puisant sa force et son charme dans une forme extravagante, soutenue par une inventivité foisonnante et une intrigue ludique truffée de chausse-trappes ! Magnifiquement photographié, le film alterne les teintes polychromes - rouge, jaune, orangé, sans oublier une touche de mauve criard - afin d'exacerber sa frénésie fantasmagorique. Le Vampire et le Sang des Vierges émerveille autant qu'il détonne, porté par une partition folklorique parfois décalée, dont les sonorités modernes contrastent avec les codes habituels de la production gothique.
Sans sombrer dans l'outrance gratuite ni dans le patchwork d'idées grotesques, Le Vampire et le Sang des Vierges se mue miraculeusement en un rêve éveillé, à la croisée du cauchemar et du merveilleux. Au travers d'une scénographie picturale souvent novatrice, voire déjantée et ensorcelante, le franc-tireur Harald Reinl sacralise, avec une générosité et une sincérité sans égales, une quintessence gothique influencée par ses pairs anglais et surtout italiens, tout en affirmant une identité autonome et effrontée qui le démarque finalement du tout-venant. Le tout prend des allures de train fantôme de fête foraine, où l'inventivité visuelle se conjugue à une liberté de ton jubilatoire.
Enfin, cerise sur le gâteau, les personnages, communément attachants, affichent une spontanéité payante grâce à leur complémentarité solidaire et dénuée de prétention. Une galerie humaine non exempte d'un humour bonnard, incarné notamment par le père Fabien, plutôt espiègle et gentiment goguenard.
Anecdote : Harald Reinl fut marié de 1954 à 1968 à l'actrice allemande Karin Dor, notamment connue pour avoir incarné Helga Brandt dans le James Bond On ne vit que deux fois (1967).
— Celui du cœur noir des images 🖤
25.10.26. 3èx. Version allemande stfr
FILMOGRAPHIE: Harald Reinl, né le 8 juillet 1908 à Bad Ischl, Autriche, décédé le 9 octobre 1986 à Puerto de la Cruz (Espagne), était un scénariste et réalisateur allemand.
1937: Wilde Wasser, 1939: Osterkitour in Tirol, 1948: Zehn Jahre spater, 1949: Bergkristall, 1951: Gesetz ohne Gnade, Nacht am Mont-Blanc, 1952: Hinter Klostermauern, 1952: Der Herrgottschnitzer von Ammergau, 1953: Der Klosterjager, 1954: Der Schweigende Engel, Rosen-Resli, 1955: Solange du lebst, 1956: Ein Herz schlagt fur Erika, La Fée du Bodensee, Johannisnacht, 1957: Die Prinzessin von St.Wolfgang, Die Zwillinge vom Zillertal, Almenrausch und Edelweib, 1958: Les Diables verts de Monte Cassino, U47 - Kapitanleutnant Prien, Romarei, das Madchen mit den grunen Augen, 1959: Paradies der Matrosen, La Grenouille attaque Scotland Yard, 1960: Scotland Yard contre le masque, Wir wollen niemals auseinandergehen, 1961: Der Falsher von London, Le Retour du Dr Mabuse, 1962: L'invisible Dr Mabuse, 1962: Der Teppich des Grauens, Le Trésor du Lac d'Argent, 1963: L'Araignée blanche défie Scotland Yard, Le Mystère du chateau de Blackmoor, La Révolte des Indiens Apaches, 1964: Attaque au fourgon postal, Le Trésor des Montagnes Bleues, 1965: Le Dernier des Mohicans, Winnetou - 3. Teil, 1965: Der Unheimliche Monch, 1966: Das Schwert des Nibelungen, Die Nibelungen, Teil 1: Siegfried, 1967: Die Nibelungen, Teil 2: Kriemhilds Rache, Le Vampire et le Sang des Vierges, 1968: Dynamit in gruner Seide, L'Homme à la jaguar rouge, Winnetou und Shatterhand im Tal Der Toten , 1969: Todesschusse am Broadway, Dr Med. Fabian - Lachen ist die beste Medizin, Pepe, der Paukerschreck, 1970: Erinnerungen an die Zukunft, Wir hau'n die pauker in die Pfanne, 1971: Wer zuletzt lacht, lacht am besten, Kommissar X jagt die roten Tiger, Verliebte Ferien in Tirol, 1972: Sie Liebten sich einen Sommer, Der Schrei der schwarzen Wolfe, Grun ist die Heide, 1973: In search of Ancient Astronauts (TV), Die Blutigen Geier von Alaska, Schlob Hubertus, 1974: Ein Toter Taucher nimmt kein Gold, Der Jager von fall, 1976: Botshchaft der Gotter, 1977: ...und die Bibel hat doch recht, 1982: La Jungle en Folie, 1987: Sri Lanka - Leuchtendes Land.































