jeudi 31 octobre 2019

Sherlock Holmes contre Jack l'Eventreur / "A Study in Terror"

                                                      Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site intemporel.com

de James Hill. 1965. Angleterre. 1h35. Avec John Neville, Donald Houston, John Fraser, Anthony Quayle, Adrienne Corri, Frank Finlay, Judi Dench.

Sortie salles France: ? Angleterre: Octobre 1965

FILMOGRAPHIEJames Hill (ou James H. Hill) est un réalisateur, producteur et scénariste anglais, né le 1er août 1919 à Eldwick (Yorkshire de l'Ouest, Angleterre), décédé le 7 octobre 1994 à Londres. 1961 : The Kitchen. 1962 : The Dock Brief. 1964 : The Golden Head. 1965 : Sherlock Holmes contre Jack l'Éventreur. 1966 : Born Free. 1969 : Le Capitaine Nemo et la ville sous-marine. 1970 : The Man from O.R.G.Y. 1971 : Prince noir.


InspirĂ© d’un rĂ©cit d’Adrian Conan Doyle - fils d’Arthur Conan Doyle - intitulĂ© Fog, dont il est Ă©galement coproducteur, Sherlock Holmes contre Jack l'Éventreur s’impose comme l’une des meilleures variations autour du cĂ©lèbre criminel victorien. Eu Ă©gard au soin apportĂ© Ă  la reconstitution, au jeu spontanĂ© des acteurs - le duo John Neville / Donald Houston semblait nĂ© pour Ă©pouser la chair d’investigateurs retors - et Ă  une intrigue dense, passionnante, ponctuĂ©e de meurtres sanglants. TournĂ© en 1965, le film cède parfois, non sans audace, Ă  une violence graphique oĂą les effusions s’Ă©chappent des corps striĂ©s de victimes terrorisĂ©es. James Hill, redoutablement inspirĂ©, soigne le fond comme la forme Ă  travers un rĂ©cit criminel, en bonne et due forme, remarquablement charpentĂ©.


Tant et si bien que l’on s’interroge, avec une dĂ©licieuse perplexitĂ©, sur l’identitĂ© plausible de l’assassin parmi les silhouettes interlopes du Dr Murray, de Lord Carfax, et surtout de Michael et Angela Osborne, compromis par un odieux chantage avec la complicitĂ© du tenancier Max Steiner. Baignant dans l’atmosphère feutrĂ©e des rues brumeuses de Whitechapel, le film demeure un rĂ©gal formel et auditif, portĂ© par les thĂ©ories - pleines d’une dĂ©rision subtile - d’un dĂ©tective confrontĂ© pour la première fois Ă  l’Ă©nigme “Jack l’Éventreur”. Outre l’originalitĂ© du propos, on salue en filigrane une galerie de seconds rĂ´les et de figurants expressifs, marginaux dĂ©complexĂ©s, rustres et provocateurs, quand certaines catins, tĂ©mĂ©raires jusqu’Ă  l’imprudence, se laissent happer par le tueur. Hill esquisse aussi une diatribe politique Ă  travers cette population dĂ©sargentĂ©e, livrĂ©e Ă  l’alcool et Ă  la luxure, faute d’emplois et broyĂ©e par l’inĂ©galitĂ© des classes.


Passionnant par sa vĂ©nĂ©neuse intrigue policière, non dĂ©nuĂ©e d’intensitĂ© dramatique - quant aux tenants et aboutissants de personnages liĂ©s Ă  une romance insoluble - le film conjugue avec prĂ©cision suspense, action et Ă©pouvante sous l’impulsion d’un duo de dĂ©tectives aussi roublards que vaillants. On demeure parfois saisi par leurs bravoures hĂ©roĂŻques, opposant Ă  l’ennemi la canne-Ă©pĂ©e ou les poings, jusqu’Ă  cet impressionnant corps-Ă -corps final, au cĹ“ur d’un brasier domestique d’une puissance rĂ©aliste.


le cinéphile du cœur noir 🖤
5èx. Vostfr

mercredi 30 octobre 2019

Les Bêtes Féroces attaquent / Wild Beasts - Belve feroci

                                                                     Photo empruntĂ©e sur Google.com

de Franco Prosperi. 1984. Italie. 1h32. Avec Lorraine De Selle, John Aldrich, Ugo Bologna, Louisa Lloyd, John Stacy, Enzo Pezzu, Monica Nickel.

Sortie salles France: 30 Octobre 1985

FILMOGRAPHIE: Franco E. Prosperi est un rĂ©alisateur, scĂ©nariste et producteur italien nĂ© en 1928 Ă  Rome. 1955: I viaggi meravigliosi (doc). 1958: I santuari della natura (doc). 1962: Mondo cane (doc). 1963: La femme dans le monde (titre belge). 1963: Mondo cane 2 (doc). 1966: Adieu Afrique. 1971: Les nĂ©griers. 1975: Mondo candido. Savana violenta (doc). 1984: Les bĂŞtes fĂ©roces attaquent.


Reconnu par le diptyque Mondo Cane, shockumentaire prĂ©figurant la saga fallacieuse Face Ă  la mortDeath Scènes et consorts, Franco E. Prosperi rĂ©alise pour le dernier projet de sa carrière une sĂ©rie B horrifique au tournage houleux si je me rĂ©fère Ă  la vĂ©racitĂ© des animaux (parfois maltraitĂ©s ou carrĂ©ment sacrifiĂ©s, parti-pris Ă©videmment impardonnable) employĂ©s durant la majoritĂ© du tournage. 

Le pitchSous les effets d'une drogue dĂ©versĂ©e dans l'eau d'un zoo, les animaux enragĂ©s s'Ă©chappent de leur cage pour importuner les citadins de la ville. Un vĂ©tĂ©rinaire et son adjoint tentent de les neutraliser puis de secourir les victimes. 

A partir d'une idĂ©e saugrenue (pourtant inspirĂ©e d'un fait divers au Congo !) dĂ©jĂ  exploitĂ©e dans le sympathique Day of Animals (1977), Franco E. Prosperi en extrait un film d'exploitation aussi ludique et dĂ©bridĂ© que glauque et malsain si bien que ce dernier n'hĂ©site pas Ă  infliger quelques sĂ©vices Ă  certains mammifères purement et simplement molestĂ©s face camĂ©ra (chat martyrisĂ© par une flopĂ©e de rats alors que plus tard quelques uns d'entre eux seront brĂ»lĂ©s vifs; vache, cheval et cochon sĂ©vèrement agressĂ©s par des fĂ©lins au sein du cadre exigu de leur Ă©table). Autant dire que ces sĂ©quences abjectes introduites en intermittence du rĂ©cit provoquent Ă©videmment gĂŞne et malaise dans leur Ă©vidente volontĂ© de renchĂ©rir le rĂ©alisme des situations catastrophes. Pour autant, et en dĂ©pit d'un attachant cast inexpressif et d'un suspense inexistant, l'intrigue ne s'appuyant que sur les sĂ©quences d'agressions animales Ă  rythme mĂ©tronomique, les BĂŞtes fĂ©roces attaquent compile de folles offensives et poursuites en roue libre Ă  travers un tĂ©nĂ©breux cadre urbain.


Car entièrement tournĂ© de nuit au sein d'une bourgade Ă©trangement dĂ©serte, le film multiplie les sĂ©quences audacieuses aussi impressionnantes qu'inopinĂ©ment crĂ©dibles lorsque les animaux lâchĂ©s dans la nature s'en prennent aux quidams avec une rage incontrĂ´lĂ©e. A l'instar du jeune couple agressĂ© par des rats dans l'habitacle de leur voiture (ma sĂ©quence attitrĂ©e instaurĂ©e en 1ère partie tant elle provoque un vĂ©ritable effroi viscĂ©ral !), d'une femme Ă©crabouillĂ©e par la patte d'un Ă©lĂ©phant, d'une automobiliste coursĂ©e par un guĂ©pard en plein centre urbain (une poursuite surrĂ©aliste Ă©maillĂ©e de cascades automobiles au montage assez efficient), des passagers d'un mĂ©tro agressĂ©s par un tigre ou encore de l'intrusion d'un ours blanc (bizarrement apathique) dans un gymnase. Mais la cerise sur la gâteau Ă©manera de son final d'un rĂ©alisme autrement horrifique Ă  travers sa thĂ©matique de l'enfant diabolique. Cette ultime sĂ©quence dĂ©viante parvient par ailleurs Ă  cultiver un climat d'angoisse Ă  la fois trouble et oppressant lorsque le marmot sardonique (pour lui ça n'est qu'un jeu) plantera sa victime d'un violent coup de poignard. Une sĂ©quence qui plus est filmĂ©e en slow motion afin d'amplifier le malaise de l'acte crapuleux. Ainsi, il faut avouer que l'Ă©tonnante figuration constituĂ©e de vĂ©ritables lions, tigres, guĂ©pard, ours et Ă©lĂ©phants impressionnent sans fard de par leur authentique prĂ©sence tantĂ´t patibulaire, tantĂ´t furibarde. Quand bien mĂŞme, et comme de coutume chez nos artisans bisseux assumant leur complaisance typiquement transalpine, Prosperi abuse de maquillages gores très rĂ©ussis de par leur aspect aussi bien craspec (membres et chairs dĂ©chiquetĂ©es sous les coups de griffes ou de crocs) que putride (l'Ă©tat calcinĂ© de certains cadavres).


Bisserie gore frappadingue irrĂ©alisable de nos jours (notamment faute des innommables snufs animaliers que les italiens osèrent perpĂ©trer sous l'oeil de leur camĂ©ra voyeuriste durant les dĂ©cennies 70 et 80), les BĂŞtes FĂ©roces demeure toutefois un fascinant dĂ©lire improbable Ă  travers sa moisson d'agressions animalières frĂ©quemment percutantes ! Une oeuvre insensĂ©e en somme, Ă  rĂ©server toutefois Ă  un public averti.

Bruno
29.07.24. Version Italienne Stéréo. 4èx
30.10.19. 
02.03.17. 412 

mardi 29 octobre 2019

l'Enterré Vivant / "The Premature Burial"

                                                      Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

de Roger Corman. 1962. U.S.A. 1h21. Avec Ray Milland, Hazel Court, Richard Ney, Heather Angel, Alan Napier, John Dierkes, Dick Miller, Clive Halliday, Brendan Dillon...

Sortie salles France: 2 Octobre 1968. U.S: 7 Mars 1962

FILMOGRAPHIE: Roger Corman est un cinéaste américain, né le 5 avril 1926 à Détroit, Michigan
1955: Day the World Ended. 1956: It's Conquered the World. 1957: Rock all Night. 1957: l'Attaque des Crabes Géants. 1957: Not of this Earth. 1957: Vicking Women. 1957: The Undead. 1958: War of the Satellites. 1958: She-Gods of Shark Reef. 1958: Swamp Women. 1958: Teenage Caveman. 1958: Mitraillette Kelly. 1959: Un Baquet de Sang. 1960: La Petite Boutique des Horreurs. 1960: La Chute de la Maison Usher. 1961: Ski Troop Attack. 1961: La Chambre des Tortures. 1961: Atlas. 1962: The Intruder. 1962: l'Enterré Vivant. 1962: l'Empire de la Terreur. 1962: La Tour de Londres. 1963: Le Corbeau. 1963: La Malédiction d'Arkham. 1963: l'Horrible cas du Dr X. 1963: l'Halluciné. 1964: Le Masque de la Mort Rouge. 1964: l'Invasion Secrète. 1965: Le Tombe de Ligeia. 1965: Not of this Earth. 1966: Les Anges Sauvages. 1967: l'Affaire Al Capone. 1967: The Trip. 1970: Bloody Mama. 1971: Gas-s-s-s. 1971: Le Baron Rouge. 1990: La Résurrection de Frankenstein.


Troisième adaptation du cycle Edgar Allan Poe, L’EnterrĂ© vivant demeure l’unique incursion de Roger Corman sans la silhouette du gentleman Vincent Price. Ray Milland s’y substitue avec une sobriĂ©tĂ© distinguĂ©e, incarnant un mĂ©decin reclus dans la solitude, rongĂ© par la peur d’ĂŞtre enseveli vivant comme le fut son père, victime de catalepsie. Aux cĂ´tĂ©s de la douce Hazel Court, Ă©pouse prĂ©venante, ils forment un duo fragile, uni par un amour tremblant faute de la mĂŞme hantise du trĂ©pas - que Milland porte avec une intensitĂ© contrariĂ©e, nĂ©vrosĂ©e. D’un gothisme raffinĂ©, le film aborde la mort, la douleur suffocante et l’au-delĂ , tout en sondant les vertiges claustrophobes d’un homme prisonnier de ses obsessions morbides, jusqu’Ă  se bâtir une geĂ´le mentale dans son propre huis-clos.

Le climat de claustration s’y dĂ©ploie avec une force expressive, notamment lorsque Guy Carrell s’imagine, panique au ventre, enfermĂ© dans son cercueil et tente d’en briser les parois Ă  la seule vigueur de ses poignets. Corman sature alors l’image de jaunes et de bleus fantomatiques, nous plongeant dans une incertitude fiĂ©vreuse oĂą chaque dĂ©tail dĂ©crĂ©pit renforce l’irrĂ©el. Constamment soutenu par un suspense latent, Ă©trange, tendu, et portĂ© par l’onirisme macabre d’une scĂ©nographie gothique fulgurante - encore plus flamboyante que celle de La Chambre des tortures - L’EnterrĂ© vivant nous entraĂ®ne dans un cauchemar cĂ©rĂ©bral oĂą un homme rĂ©calcitrant glisse peu Ă  peu hors de la raison malgrĂ© les appels de son Ă©pouse. Et lorsque survient le dernier quart d’heure, habile en rebondissements, l’affrontement psychologique qui en Ă©merge s’impose comme une vision d’outre-tombe aux accents d’ironie cruelle.


Suspense gothique rĂ©jouissant, menĂ© avec autoritĂ© par des comĂ©diens d’une Ă©lĂ©gance aristocratique sous l’Ă©gide d’un Corman maĂ®tre absolu de la sĂ©rie B, L’EnterrĂ© vivant me paraĂ®t mĂŞme surpasser La Chambre des tortures - plus raffinĂ© dans sa forme, plus reptilien et captivant dans son rĂ©cit, aussi cruel mais plus subtilement ironique peut-ĂŞtre.

— le cinĂ©phile du cĹ“ur noir đź–¤

10/12/2025. 3èx. Vostf 
29.10.19
23.07.10. 179 v

lundi 28 octobre 2019

Le Grand Frisson

                                               Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Senscritique.com

"High Anxiety" de Mel Brooks. 1977. U.S.A. 1h34. Avec Mel Brooks, Cloris Leachman, Harvey Korman, Madeline Kahn, Ron Carey, Howard Morris, Dick Van Patten.

Sortie salles France: ?. U.S: 25 Décembre 1977

FILMOGRAPHIE: Mel Brooks (Melvin Kaminsky) est réalisateur, acteur, scénariste, compositeur et producteur américain, né le 28 Juin 1926 à New-York. 1968: Les Producteurs. 1970: Le Mystère des 12 Chaises. 1974: Frankenstein Junior. 1974: Le Shérif est en prison. 1976: La Dernière folie de Mel Brooks. 1977: Le Grand Frisson. 1981: La Folle Histoire du monde. 1987: La Folle Histoire de l'Espace. 1991: Chienne de vie. 1993: Sacré Robin des Bois. 1995: Dracula, mort et heureux de l'être.


Parodie des films Ă  suspense d'Alfred Hitchock (que j'ai eu l'opportunitĂ© de dĂ©couvrir une 1ère fois un mĂ©morable mercredi soir sur Canal +), Le Grand Frisson est un rĂ©gal visuel et auditif Ă  travers son avalanche de gags ultra dĂ©complexĂ©s, tant et si bien que Mel Brooks ne s'embarrasse guère de tabous pour provoquer l'hilaritĂ© (la sĂ©ance SM entre la surveillante chef et le Dr Montague, les manies lubriques du mĂ©decin "Ă©pagneul", les calembours durant une confĂ©rence afin de ne pas offusquer 2 fillettes de l'assemblĂ©e, les jouissances orales du tueur pervers lors de ses communications tĂ©lĂ©phoniques). Ainsi, Ă  travers une intrigue simpliste (embauchĂ© dans un centre psychiatrique, un Ă©minent mĂ©decin s'aperçoit que les malades ont un faible taux de guĂ©rison et que leurs dirigeants semblent exploiter leur pathologie), prĂ©texte Ă  plagier les plus grands classiques d'Hitchcock (mais aussi quelques oeuvres d'autres auteurs aussi notoires), Mel Brooks et son casting fĂ©tiche sont Ă  la fĂŞte pour dĂ©cupler des situations ubuesques gĂ©nialement dĂ©jantĂ©es.


De par l'extravagante personnalité d'une galerie de personnage folingues jouant les membres respectables d'un centre psychiatrique avec un sérieux sournois, Le Grand Frisson met autant en exergue le talent de ce casting cartoonesque (Cloris Leachman, Harvey Korman en tête en duo conjugal machiavélique) que de son évolution narrative imprévisible émaillée d'incidents et de morts génialement cocasses (notamment à travers le faux semblant d'un crime perpétré en public). Et donc, en s'autorisant les audaces et les excès auprès de quiproquos et péripéties en roue libre (notamment lorsque la caméra joue soudainement "l'acteur" en interférant dans le champs de l'action !), Mel Brooks compile une moisson de sketchs "hommage" avec une inventivité volubile. L'intrigue se soumettant aux observations du Dr Richard H. Thorndyke témoin d'évènements suspicieux au sein de sa nouvelle clinique dirigée de main de fer par la matrone Diesel. Mais atteint du vertigo depuis son enfance, il devra user de persévérance, de bravoure et d'appui sentimental afin de dépasser son affres du vide mais aussi prouver son innocence.


N'ayant pas pris une ride quelques dĂ©cennies plus tard (42 ans Ă  l'heure d'aujourd'hui), le Grand Frisson fait probablement parti des meilleures comĂ©dies de Mel Brooks sous l'impulsion de son casting fĂ©tiche prenant plaisir Ă  se disputer l'action avec un sĂ©millant sĂ©rieux. A revoir d'urgence pour tous les amateurs de parodies dĂ©bridĂ©es si bien que Mel Brooks a le don de singer une intrigue dramatique pour la dynamiter dans une explosion de fou-rires incontrĂ´lĂ©s ! 

*Bruno
4èx

vendredi 25 octobre 2019

La Malédiction d'Arkham

                                             Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Senscritique.com

"The Haunted Palace" de Roger Corman. 1963. U.S.A. 1h25. Avec Vincent Price, Debra Paget, Frank Maxwell, Lon Chaney Jr., Leo Gordon, Elisha Cook Jr., John Dierkes.

Sortie salles France: 3 Juin 1970. U.S: 28 AoĂ»t 1963.

FILMOGRAPHIE: Roger Corman est un cinéaste américain, né le 5 avril 1926 à Détroit, Michigan
1955: Day the World Ended. 1956: It's Conquered the World. 1957: Rock all Night. 1957: l'Attaque des Crabes Géants. 1957: Not of this Earth. 1957: Vicking Women. 1957: The Undead. 1958: War of the Satellites. 1958: She-Gods of Shark Reef. 1958: Swamp Women. 1958: Teenage Caveman. 1958: Mitraillette Kelly. 1959: Un Baquet de Sang. 1960: La Petite Boutique des Horreurs. 1960: La Chute de la Maison Usher. 1961: Ski Troop Attack. 1961: La Chambre des Tortures. 1961: Atlas. 1962: The Intruder. 1962: l'Enterré Vivant. 1962: l'Empire de la Terreur. 1962: La Tour de Londres. 1963: Le Corbeau. 1963: La Malédiction d'Arkham. 1963: l'Horrible cas du Dr X. 1963: l'Halluciné. 1964: Le Masque de la Mort Rouge. 1964: l'Invasion Secrète. 1965: Le Tombe de Ligeia. 1965: Not of this Earth. 1966: Les Anges Sauvages. 1967: l'Affaire Al Capone. 1967: The Trip. 1970: Bloody Mama. 1971: Gas-s-s-s. 1971: Le Baron Rouge. 1990: La Résurrection de Frankenstein.


6è adaptation (/8) de l'Ă©crivain Edgar Allan Poe bien qu'il faut ici prĂ©ciser que Roger Corman s'inspire plutĂ´t du roman L'Affaire Charles Dexter Ward d'H.P. Lovecraft accouplĂ© au poème Le Palais HantĂ© d'après Poe, La MalĂ©diction d'Arkham demeure un rĂ©gal formel en dĂ©pit d'une intrigue somme toute simpliste assez prĂ©visible. Car si elle est loin d'Ă©galer ses chefs-d'oeuvre flamboyants Le Masque de la mort rouge et la Tombe de Ligeia, la MalĂ©diction d'Arkham s'avère si constamment fascinant et pĂ©nĂ©trant que l'on fait fi de sa modeste ambition Ă  exploiter un schĂ©ma horrifique plutĂ´t Ă©culĂ©. Le maĂ®tre de cĂ©rĂ©monie Vincent Price endossant un double rĂ´le 1h30 durant sous l'impulsion de son regard magnĂ©tique que l'on chĂ©rie tant. A savoir que Charles Dexter Ward accompagnĂ© de son Ă©pouse Ann viennent d'hĂ©riter du château de l'ancĂŞtre Joseph Curwen. Mais rapidement, ce dernier envoĂ»tĂ© par le tableau de Joseph accuse un changement d'humeur et de comportement auprès de son Ă©pouse davantage contrariĂ©e. Mais follement aimante et attentionnĂ©e, elle s'efforce malgrĂ© tout de rester Ă  ses cĂ´tĂ©s en dĂ©pit de ses diverses tentatives de quitter les lieux. Peu Ă  peu possĂ©dĂ© par l'esprit de Joseph parmi la complicitĂ© du gardien Simon et d'un valet, Charles se laisse influencer Ă  ressusciter l'ancienne maĂ®tresse de Joseph avant de rĂ©veiller le dĂ©mon de l'ouvrage, le nĂ©cronomicon, et ainsi pouvoir crĂ©er une nouvelle race d'humains mutants.


Ce joli programme horrifique (Ă  base de bestiaire monstrueux en filigrane) nous relate donc la sinistre vengeance de Joseph brĂ»lĂ© vif par sa population 110 ans plus tĂ´t, et qui profite aujourd'hui de la venue de son descendant Charles Dexter afin de parfaire sa promesse d'y châtier les responsables de sa mort. Sans surprises donc, mais toujours efficace et captivant, la MalĂ©diction d'Arkham transpire l'amour de l'horreur Gothique Ă  l'aide de moyens modestes mais redoutablement payants. Roger Corman sublimant ses dĂ©cors naturels diaphanes et domestiques Ă  travers une atmosphère d'onirisme sĂ©pulcral. Ainsi, sur le plan visuel, le film demeure un ensorcellement de chaque instant, quand bien mĂŞme les comĂ©diens hyper charismatiques (dont l'Ă©minent Lon Chaney Jr en faire-valoir) se fondent dans le corps de leur sinistre personnage avec une distinction gĂ©nialement orgueilleuse. Quant Ă  l'unique prĂ©sence fĂ©minine qui les entourent, la sublime Debra Paget observe leurs mĂ©faits avec une apprĂ©hension toute tĂ©nue tout en s'efforçant d'extirper des griffes du mal son infortunĂ© Ă©poux avec une fragilitĂ© sensiblement lascive. Ce qui m'incite par l'occasion Ă  avouer que cette modeste actrice d'une beautĂ© gracile tĂ©nĂ©breuse s'avère (selon mon jugement de valeur) l'une des plus belles femmes du monde. Tant auprès de son enveloppe filiforme que de la candeur de ses yeux d'amande, nuance azur.


A la fois sensiblement sensuel, ensorcelant et capiteux Ă  travers sa beautĂ© funeste Ă  damner un saint, La MalĂ©diction d'Arkham transcende la sĂ©rie B artisanale parmi l'amour et la passion de son auteur et de ses gentlemens acteurs. Si bien qu'il est Ă  revoir sans se lasser jusqu'Ă  son dernier souffle, comme chaque adaptation de Poe rĂ©actualisĂ©e par le Houdini de l'Ă©pouvante, Roger Corman

*Bruno
3èx

jeudi 24 octobre 2019

Tir Groupé. Prix de la Presse Etrangère.

                                                   Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site ekladata.com

de Jean-Claude Missiaen. 1982. France. 1h28. Avec Gérard Lanvin, Véronique Jannot, Jean-Roger Milo, Roland Blanche, Dominique Pinon, Michel Constantin, Mario David.

Sortie salles France: 22 Septembre 1982 (Int - 13 ans lors de sa sortie puis Int - 16 ans de nos jours selon Wikipedia)

FILMOGRAPHIEJean-Claude Missiaen est un critique de cinéma et réalisateur français né en 1946. 1982 : Tir groupé. 1984 : Ronde de nuit. 1985 : La Baston. 1991 : Les Hordes (mini-série). 1992 : Les Renseignements généraux (TV). 1993 : Une image de trop (TV).


Surfant sur le succès du Justicier dans la ville 2 sorti 6 mois au prĂ©alable, Jean-Claude Missiaen exploite pour sa toute première rĂ©alisation le Vigilante Movie. RĂ©coltant tout de mĂŞme 1 344 411 spectateurs dans l'hexagone, Tir GroupĂ© mĂ©rite son succès commercial en dĂ©pit de sa trame Ă©culĂ©e somme toute simpliste. Pour ce faire, il tire parti de son efficacitĂ© de par son casting aussi charismatique qu'expressif et par sa rĂ©alisation inspirĂ©e que Jean-Claude Missiaen peaufine Ă  travers l'atmosphère urbaine des annĂ©es 80 (mĂŞme si certains clichĂ©s prĂŞtent Ă  sourire). Qui plus est renforcĂ© d'une partition jazzy plutĂ´t idoine, il alterne sans outrance flash-back (au nombre de 3) et prĂ©sent par le biais d'un suspense lattent dĂ©nuĂ© d'action (en dĂ©pit d'un final contrairement explosif et plutĂ´t bien chorĂ©graphiĂ©). Autant donc avertir les amateurs de film d'auto-dĂ©fense en bonne et due forme si bien que l'intĂ©rĂŞt de Tir GroupĂ© rĂ©side prioritairement dans la caractĂ©risation de ses personnages et dans son Ă©motion dramatique sobrement poignante. Amorçant son intrigue avec l'agression ultra violente de (la douce et tendre) Veronique Jeannot piĂ©gĂ©e par 3 loustics au coeur d'un train, on reste encore aujourd'hui estomaquĂ© par son degrĂ© de rĂ©alisme sordide Ă  la limite du supportable.


Tant auprès des hurlements stridents de l'actrice Ă  la posture chĂ©tive que les coups portĂ©s sur son visage ensanglantĂ© avant un coup de poing fatal. D'ailleurs, Ă  travers ce trio de voyous se complaisant dans une violence aussi lâche que gratuite, on reste impressionnĂ© par leur charisme patibulaire que Jean-Roger Milo monopolise auprès de sa figure carrĂ©e Ă  la fois impassible et monolithique. Des sales gueules de loubards que renchĂ©rissent Dominique Pinon en p'tite crapule influençable et l'excellent Roland Blanche en leader gouailleur chargĂ© de grossière Ă©loquence dans un costard endimanchĂ© d'une blancheur fuligineuse. Quant Ă  l'inspecteur notoire chargĂ© de l'houleuse enquĂŞte, Michel Constantin s'y fond sobrement Ă©paulĂ© de sa carrure mastard et de sa voix rocailleuse. Mais au-delĂ  de ce dĂ©filĂ© d'acteurs Ă  la facture burinĂ©e, Tir GroupĂ© gagne en densitĂ© et intensitĂ© dĂ©pouillĂ©e de par le jeu viscĂ©ral de GĂ©rard Lanvin se taillant malgrĂ© lui une carrure de justicier suicidaire avec un naturel en berne. Jean-Claude Missiaen exploitant d'autre part sa force d'expression dĂ©munie Ă  travers des sĂ©quences intimes bâties sur ses sentiments de rĂ©volte et d'injustice, entre une cuisante crise de nerf.


Efficacement menĂ© tout le long d'une intrigue sans surprise pour autant soigneusement contĂ©e, Tir GroupĂ© demeure un excellent polar, parfois Ă©mouvant, dur et violent Ă  travers l'inĂ©vitable rĂ©flexion sur l'auto-justice dĂ©nuĂ©e en l'occurrence de caricature grossièrement fascisante. GĂ©rard Lanvin sombrant fĂ©brilement (voir mĂŞme avec une certaine hĂ©sitation tacite) dans une dĂ©rive criminelle lors de l'ultime Ă©pilogue (inspirĂ© d'un fait-divers si on en juge l'orateur). 

*Bruno
3èx

mercredi 23 octobre 2019

On achève bien les Chevaux

                                                    Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

"They Shoot Horses, Don't They?" de Sydney Pollack. 1969. U.S.A. 1h59. Avec Jane Fonda, Michael Sarrazin, Susannah York, Gig Young, Red Buttons, Bonnie Bedelia, Michael Conrad, Bruce Dern, Al Lewis.

Sortie salles France: 2 Septembre 1970

FILMOGRAPHIE: Sydney Pollack est un rĂ©alisateur, acteur et producteur amĂ©ricain, nĂ© le 1er Juillet 1934 Ă  Lafayette, dans l'Indiana (Etats-Unis), mort d'un cancer Ă  Los Angeles le 26 Mai 2008. 1965: The Slender Thread. 1966: PropriĂ©tĂ© Interdite. 1968: Les Chasseurs de Scalps. 1968: The Swimmer. 1969: Un Château en Enfer. 1969: On Achève bien les chevaux. 1972: Jeremiah Johnson. 1973: Nos plus belles annĂ©es. 1974: Yakuza. 1975: Les 3 Jours du Condor. 1977: Bobby Deerfield. 1979: Le Cavalier Electrique. 1981: Absence de Malice. 1982: Tootsie. 1985: Out of Africa. 1990: Havana. 1993: La Firme. 1995: Sabrina. 1999: l'Ombre d'un Soupçon. 2005: l'Interprète. 2005: Esquisses de Frank Gehry.


Avant-propos:
"La brutalité est en chaque être humain. Plus un sport est violent, plus il paraît attirant. Notre histoire suit simplement la logique de cette tendance. Plus les gens sont à l'aise, plus leur besoin de violence augmente. D'ici la fin de ce siècle, la société aura donné aux gens le plus de confort possible, mais elle leur aura également ôté toute liberté personnelle. A l'instar de Rome, lorsqu'elle était au sommet de sa gloire tant au niveau politique, économique qu'artistique. C'était à cette période que, dans l'arène, le samedi après-midi, la violence éclatait."
Norman Jewison


Uppercut moral dont on ne sort pas indemne, tant et si bien que la dĂ©pression nous gagne au moment du gĂ©nĂ©rique de fin tout en Ă©tant soulagĂ© qu'un tel fardeau y soit enfin clĂ´t, On achève bien les chevaux est le genre de mĂ©trage qu'on ne peut "aimer" avec le coeur et la passion eu Ă©gard de son tableau infiniment cruel sur la condition humaine. Car prenant pour thème la sociĂ©tĂ© du spectacle le plus trivial et indigne Ă  travers un marathon de danse que des participants tentent de parfaire afin de remporter 1500 dollars durant la grande dĂ©pression des annĂ©es 30, On achève bien les Chevaux nous laisse en Ă©tat de choc de par son accumulation de sĂ©quences Ă©prouvantes Ă  perdre haleine. Sydney Pollack nous martyrisant l'ouĂŻe et la vue Ă  nous mettre en exergue durant 2h l'Ă©preuve de force et la rĂ©silience surhumaine de ces danseurs martyrisĂ©s par une fatigue aussi bien morale que corporelle. Si bien que certains d'eux finissent par sombrer dans l'aliĂ©nation, la dĂ©mence ou l'hallucination, alors que d'autres se laisseront chavirer par le trĂ©pas (tant en guise de rĂ©demption ou d'âge avancĂ©). Antipathique, anxiogène, dĂ©rangeant, malsain et surtout extrĂŞmement suffocant Ă  nous confiner dans ce huis-clos insalubre afin d'y reluquer tant les participants que le public voyeuriste fĂ©ru de misère humaine (afin de mieux supporter la leur !), cette aberration filmique s'avère notamment visionnaire quant Ă  l'Ă©mergence de la TV rĂ©alitĂ© créée Ă  l'orĂ©e des annĂ©es 2000 si je me rĂ©fère uniquement au paysage français.


Sydney Pollack dĂ©crivant avec une luciditĂ© impitoyable la cupiditĂ© des danseurs et du prĂ©sentateur sans vergogne infiniment complice Ă  exploiter cette misère humaine, telle du bĂ©tail, afin de contenter une populace fureteuse de grand-guignol. Quant aux interprètes communĂ©ment habitĂ©s par leurs sentiments de dĂ©sespoir, de dĂ©goĂ»t, de pitiĂ© et d'Ă©puisement, ils nous transmettent leur affliction comme si nous Ă©tions Ă  l'intĂ©rieur de leur corps striĂ© au rythme d'une mĂ©lodie ironiquement avenante ou enjĂ´leuse. Fort de son intensitĂ© dramatique davantage en roue libre, ce concours de danse comparable aux jeux du cirque romain s'avère donc un chemin de croix pour ces dĂ©soeuvrĂ©s tentant de survivre de la manière la plus basse et soumise. Tant et si bien que sa conclusion encore plus noire et radicale nous laisse sur le bitume de par son pessimisme irrĂ©vocable intentĂ© Ă  ceux en qui nous Ă©tions les plus proches en dĂ©pit de leur posture individualiste, bourrue et schizo. Outre son casting criant de vĂ©ritĂ© humaine (et de cynisme quant aux inspirateurs de cette immense farce lucrative), on peut surtout saluer le jeu ambivalent de Jane Fonda transie d'acrimonie Ă  travers sa prise de conscience davantage prĂ©judiciable d'avoir osĂ© participer Ă  un spectacle aussi dĂ©cadent qu'humiliant oĂą tout n'est que simulacre.


Baignant dans un insolent climat de dĂ©rĂ©liction Ă  travers une vile Ă©preuve d'endurance lĂ©tale, On achève bien les Chevaux se dĂ©cline en puissant rĂ©quisitoire contre l'aliĂ©nation de l'homme capable de se prostituer pour un enjeu cupide afin de subvenir Ă  sa survie. A dĂ©conseiller toutefois aux âmes sensibles et aux dĂ©pressifs, car la douche glaciale, horrifiante de nihilisme Ă  travers sa dĂ©chĂ©ance cĂ©rĂ©brale et corporelle, n'aura pas fini de vous hanter sitĂ´t le gĂ©nĂ©rique clĂ´t. 

*Bruno

Récompenses:
New York Film Critics Circle Awards 1969 : meilleure actrice pour Jane Fonda
Oscars 1970 : meilleur acteur dans un second rĂ´le pour Gig Young
Golden Globes 1970 : meilleur acteur dans un second rĂ´le pour Gig Young
Kansas City Film Critics Circle Awards 1970 : meilleur acteur dans un second rĂ´le pour Gig Young, meilleure actrice pour Jane Fonda
National Board of Review Awards 1970 : meilleur film, prix Top Ten Films
Festival du film de Taormine 1970 : Charybde d'or pour Sydney Pollack
British Academy Film Awards 1971 : meilleure actrice dans un second rĂ´le pour Susannah York
Grand prix de l'Union de la critique de cinéma 1971

mardi 22 octobre 2019

Piranhas. Prix du Jury, Beaune 2019.

                                                   Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

"La paranza dei bambini" de Claudio Giovannesi. 2019. Italie. 1h51. Avec Francesco Di Napoli, Ar Tem, Alfredo Turitto, Viviana Aprea, Pasquale Marotta.

Sortie salles France: 5 Juin 2019. Italie: 13 FĂ©vrier 2019

FILMOGRAPHIEClaudio Giovannesi, né à Rome le 20 mars 1978, est un réalisateur, scénariste et musicien italien. 2009 : La casa sulle nuvole (it). 2009 : Fratelli d'Italia. 2012 : Ali a les yeux bleus. 2016 : Fiore. 2019 : La paranza dei bambini.


"Un enfant sans innocence est une fleur sans parfum"
Traitant avec souci documentĂ© de la dĂ©linquance juvĂ©nile au sein d'un quartier chaud de Naples, Piranhas demeure une forme d'uppercut moral de par son inĂ©luctable puissance dramatique dĂ©nuĂ©e de fioriture. Car sa conclusion irrĂ©solue Ă  beau nous laisser en suspens, on devine naturellement l'issue tragique de Nicola et de ses acolytes substituĂ©s en justiciers en culotte courte pour des enjeux  d'honneur et de terrain urbain. Remarquablement incarnĂ© par des acteurs non professionnels et souvent filmĂ© camĂ©ra Ă  l'Ă©paule afin de mieux nous immerger dans leur psychĂ© dĂ©cervelĂ©e, Piranhas prend son temps Ă  nous caractĂ©riser cette poignĂ©e d'ados rebelles avides de gloire et de richesse en prenant exemple sur les caĂŻds plus âgĂ©s de leur bourgade. Des mafieux sans vergogne rackettant les commerçants (dont la maman de Nicola) et dealant leur drogue en toute impunitĂ© parmi le tĂ©moignage d'une populace soumise. Tout du moins jusqu'Ă  ce que le jeune Nicola, inspirĂ© par l'illustre passĂ© d'un noble mafieux (qui parvint Ă  diminuer le chĂ´mage de son quartier), dĂ©cide de s'approprier les armes et rameuter son Ă©quipe afin d'intimider ses rivaux pour l'enjeu du pouvoir et de l'autoritĂ©.


Leurs intentions radicales, davantage alertes et délétères, étant traitées du point de vue introspectif de Nicola que Francesco Di Napoli endosse avec une force de regard aussi bien déterminé que candide. Notamment eu égard des sentiments qu'il éprouve pour la jolie Letizia résidant dans le quartier antagoniste, tant et si bien qu'à eux 2 ils forment les nouveaux Romeo et Juliette avec un semblant de désespoir subconscient. Ainsi, de par leurs exactions irréfléchies et leurs fréquentes maladresses à se prétendre plus combatifs que leur rivaux, Piranhas inspire inévitablement de l'empathie pour ces ados criminels férus d'ivresse et de fureur de vivre à travers une prospérité de courte durée. Poignant, dur et davantage émouvant quant à l'amertume de Nicola plongé dans un houleux dilemme, Piranhas nous livre un constat terrifiant d'une délinquance mineure dénuée de réflexion et de remise en question dans leur soif absolue d'une célébrité expéditive. Le réalisateur prenant soin, non sans une certaine forme de poésie mélancolique, à radiographier ses regards d'ados en perte d'innocence plongés dans une chimère terriblement répréhensible.


Génération Perdue
Cri d'alarme contre une adolescence dĂ©soeuvrĂ©e ayant comme seuls repères leurs jeux videos, les fast foods, les selfies, les Ă©crans plats gĂ©ants et les boites de nuit sevrĂ©es par l'alcool et la drogue, Piranhas ne nous laisse pas indemne face Ă  leur appĂ©tence criminelle dĂ©nuĂ©e d'Ă©thique. Car nihiliste, dĂ©senchantĂ© et dĂ©nuĂ© d'espoir, l'ascension de Nicola et de ses comparses nous laisse un goĂ»t âcre dans la bouche en faisant Ă©cho Ă  la banalitĂ© quotidienne de nos quartiers les plus dĂ©favorisĂ©s oĂą seule la loi du plus impĂ©rieux compte afin d'asseoir sa rĂ©putation. Et ce quelque soit l'issue tragique encourue, aussi furtive soit sa destinĂ©e galvaudĂ©e. Car on a beau anticiper le dĂ©clin de ces baby-gangsters, Claudio Giovannesi y imprime honorablement sa personnalitĂ© Ă  travers sa pudeur et sa tendresse pour ces rejetons orphelins, de manière Ă  ne pas sombrer dans une redite racoleuse.

*Bruno

Récompenses: Berlinale 2019: Ours d'argent du meilleur scénario pour Maurizio Braucci, Claudio Giovannesi et Roberto Saviano.
Festival international du film policier de Beaune 2019 : Prix du Jury.

lundi 21 octobre 2019

Frankenstein, la véritable histoire

                                                Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site scifi-movies.com

de Jack Smight. 1973. U.S.A/Angleterre. 3h05. Avec James Mason, Leonard Whiting, David McCallum, Jane Seymour, Nicola Pagett, Michael Sarrazin, Michael Wilding.

Diffusé uniquement à la TV en France sur FR3 en 1976. U.S: 30 Novembre 1973

FILMOGRAPHIEJack Smight est un réalisateur américain, né le 9 mars 1925 à Minneapolis, dans le Minnesota, mort d'un cancer le 1er septembre 2003 à Los Angeles, en Californie (États-Unis). 1959 : Les Dix Commandements (TV). 1960 : Destiny, West! (TV). 1961 : The Enchanted Nutcracker (TV). 1964 : I'd Rather Be Rich. 1965 : Le Témoin du troisième jour. 1966 : Détective privé. 1966 : Kaleidoscope. 1968 : Évasion sur commande. 1968 : No Way to Treat a Lady. 1969 : Strategy of Terror. 1969 : L'Homme tatoué. 1970 : Rabbit, Run. 1970 : Le Bourreau. 1971 : Columbo : Poids mort (série TV). 1972 : L'Enterrée vive (TV). 1972 : Banacek (TV). 1972 : The Longest Night (en) (TV). 1973 : Partners in Crime (TV). 1973 : Double Indemnity (TV). 1973 : Linda (TV). 1973 : Frankenstein: The True Story (TV). 1974 : The Man from Independence. 1974 : 747 en péril. 1976 : La Bataille de Midway. 1977 : Les Survivants de la fin du monde. 1978 : Roll of Thunder, Hear My Cry (TV). 1979 : Fast Break. 1980 : L'Amour à quatre mains. 1982 : Remembrance of Love (TV). 1987 : Number One with a Bullet. 1989 : The Favorite.


Si la gĂ©nĂ©ration 80 s'en remĂ©more avec nostalgie lors de sa diffusion sur FR3 en 1976, Frankenstein la vĂ©ritable histoire traverse bien le temps si bien qu'il s'agit d'une excellente adaptation fleuve du roman de Mary Shelley. Car rĂ©unissant un casting irrĂ©prochable (James Mason en mĂ©decin condescendant, Leonard Whiting, David McCallum, Jane Seymour, Nicola Pagett, Michael Sarrazin et enfin Ralph Richardson dans de courtes apparitions) autour d'une intrigue plus rĂ©aliste que les oeuvres de la Universal et de la Hammer, ce tĂ©lĂ©-film de 3 heures capte l'attention de par les enjeux humains que se disputent les praticiens Ă  la fois orgueilleux, lâches et sans scrupule tentant de donner chair Ă  leurs crĂ©ations. Des cobayes conçus (selon les dires de Victor) pour prodiguer intelligence, altruisme et sagesse quant Ă  l'avenir de notre race qu'incarnent brillamment Michael Sarrazin en noble crĂ©ature davantage esseulĂ©e et Jane Seymour en "fiancĂ©e" Ă©goĂŻste victime de sa fastueuse apparence. Une beautĂ© divine de porcelaine pour autant incarnation de la chipie gouailleuse quant ses rapports conflictuels qu'elle provoque auprès de la fiancĂ©e de Victor. Sombre histoire de vengeance auprès du monstre victime de sa condition estropiĂ©e (son physique se dĂ©gradant au fil des semaines), et lâchement discrĂ©ditĂ© par son crĂ©ateur, Frankenstein, la vĂ©ritable histoire gĂ©nère de la densitĂ© humaine lorsque celui-ci tĂ©moin de sa dĂ©chĂ©ance physique assiste impuissant au pouvoir de fascination que la crĂ©ature fĂ©minine insuffle auprès de son entourage.


RĂ©flexion sur l'apparence donc au grand dam des sentiments, de la dignitĂ© et de l'intellect, Frankenstein, la vĂ©ritable histoire redore sobrement le mythe en optant pour une dĂ©marche personnelle anti codifiĂ©e. Notamment si on y prĂŞte une fameuse analogie Ă  l'homosexualitĂ© du duo Victor / Le Monstre lors de leur relation amicale naissante. Ce que la première partie sous entend avec une juste mesure dans le partage de leurs sentiments fougueux. Plus noir et dramatique lors sa seconde partie, on s'Ă©tonne par ailleurs de la tournure cruelle des Ă©vènements, notamment auprès de son incroyable scène choc Ă©rigĂ©e en plein coeur d'un bal. Une scène de dĂ©capitation rĂ©alisĂ©e hors-champs mais franchement dĂ©rangeante de par son effet (couillu) de surprise et par la posture tranchĂ©e du monstre dĂ©libĂ©rĂ©e Ă  dĂ©truire une vie humaine en guise de vendetta. Et sur ce point, Michael Sarrazin s'en sort avec les honneurs de nous esquisser Ă  l'aide d'une force d'expression affectĂ©e un monstre solitaire anĂ©anti par l'injustice et le refus de l'indulgence dans sa triste condition de prototype dĂ©fectueux. Quant aux nombreux dĂ©cors gothiques ou naturels, ils s'avèrent d'autant plus probants auprès d'une reconstitution Ă©tonnamment soignĂ©e pour un tĂ©lĂ©-film, qui plus est Ă©paulĂ©e de moyens techniques assez consĂ©quents, notamment eu Ă©gard de l'impressionnante tempĂŞte nocturne Ă  bord du bateau ou encore du final rĂ©frigĂ©rant instaurĂ© autour de montagnes glacières.


Une excellente dĂ©clinaison du mythe qui nous reste en mĂ©moire, principalement grâce aux jeux Ă©tonnamment convaincants de Michael Sarrazin et de Jane Seymour en monstres sans fard. 

*Bruno
2èx

vendredi 18 octobre 2019

Contre toute attente

                                                      Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

"Against All Odds" de Taylor Hackford. 1984. U.S.A. 2h02. Avec Jeff Bridges, Rachel Ward, James Woods, Richard Widmark, Saul Rubinek, Alex Karras, Swoosie Kurtz.

Sortie salles France: 30 Mai 1984. U.S: 2 Mars 1984.

FILMOGRAPHIETaylor Hackford est un réalisateur et producteur américain né le 31 décembre 1944. 1980 : Le Temps du rock'n'roll. 1983 : Officier et gentleman. 1984 : Contre toute attente. 1986 : Soleil de nuit. 1988 : Hail! Hail! Rock 'n' Roll (documentaire musical). 1988 : Everybody's All-American. 1993 : Les Princes de la ville. 1995 : Dolores Claiborne. 1998 : L'Associé du diable. 2001 : L'Échange. 2005 : Ray. 2010 : Love Ranch. 2013 : Parker. 2016 : The Comedian.


Polar oubliĂ© des annĂ©es 80 rĂ©alisĂ© par l'habile artisan Taylor Hackford (Officier et Gentleman, Soleil de Nuit, les Princes de la Ville, Dolores Claiborne, l'AssociĂ© du diable), Contre toute Attente ne mĂ©rite pas l'indiffĂ©rence qu'il se rĂ©colte finalement aujourd'hui. Car si je peux Ă©videmment concevoir qu'il n'arrive jamais Ă  la cheville de son illustre modèle la Griffe du PassĂ© de Jacques Tourneur (que je n'ai jamais vu - honte Ă  moi -), Contre toute attente conjugue policier et romance avec une efficacitĂ© en roue libre. De par le savoir-faire de sa mise en scène sublimant en 1ère partie une idylle romantique auprès du duo incandescent Jeff Bridges, Rachel Ward (l'une des plus belles femmes du monde, excusez du peu !) et de sa structure en suspens dĂ©ployant en second acte des rebondissements criminels en pagaille plutĂ´t convaincants si on fait fi d'une confrontation finale un peu trop convenue Ă  travers les règlements de compte entre rivaux vĂ©reux cabotinant sous l'impulsion d'un tempo musical surchargĂ©. Fort d'une vĂ©nĂ©neuse intrigue que se chamaillent les alliĂ©s pour l'enjeu de l'amour, chaque personnages mis en valeur s'avère plus ou moins impliquĂ©s dans des paris truquĂ©s de match de foot sous l'Ă©gide de l'homme d'affaire Ben Caxton (Richard Widmark assez antipathique en septuagĂ©naire vaniteux).


Ainsi, le joueur Terry Brogan (Jeff Bridges) est chargĂ© par son ami Jake (James Wood) de retrouver la trace de Jessie, sa jeune compagne en fuite après lui avoir dĂ©robĂ© 50 000 dollars. Mais c'est au Mexique que Terry parvient Ă  retrouver celle-ci, si bien qu'ensemble ils finissent par tomber amoureux en se prĂ©lassant Ă  proximitĂ© d'une plage paradisiaque (que Taylor Hackford magnifie Ă  travers sa scĂ©nographie touristique du Mexique). Mais leur relation finit par se ternir avec l'arrivĂ©e d'un des acolytes de Jake chargĂ© de ramener Jessie au bercail.
PortĂ© Ă  bout de bras par la force dĂ©terminĂ©e de Jeff Bridges en anti-hĂ©ros au grand coeur impliquĂ© dans une corruption sportive, quand bien mĂŞme Rachel Ward succombe Ă  ses charmes avec une sensualitĂ© charnelle capiteuse, Contre toute attente doit beaucoup Ă  la prestance de son casting aux p'tits oignons, comme le soulignent conjointement James Woods, dĂ©testable d'hypocrisie en maĂ®tre chanteur criminel et Richard Widmark en leader richissime quasi intouchable. Ainsi donc, grâce Ă  leur prĂ©sence charismatique chargĂ©e d'intensitĂ© dans leur inimitiĂ© vĂ©nale, Contre toute attente cultive un rythme toujours soutenu et davantage nerveux, mĂŞme si on lui prĂ©fĂ©rera peut-ĂŞtre sa première partie plus attachante, dense et ensorcelante, notamment auprès de la puissance de ces images tantĂ´t oniriques que le couple Bridges / Ward irradie Ă  travers leur ardent dĂ©sir lubrique.


Perfectible certes, principalement auprès de la remise en cause d'une confrontation machiste peinant Ă  convaincre dans leur maigre tentative d'y nĂ©gocier une issue favorable, quand bien mĂŞme son Ă©pilogue Ă  la fois amer, un brin ironique, ne manque pas d'audace quant au sort Ă©quivoque des amants infortunĂ©s, Contre toute attente demeure un excellent divertissement. Rondement menĂ©, formellement exotique et sensuellement enivrant sous l'impulsion de tĂŞtes d'affiche proĂ©minentes. Qui plus est scandĂ© lors du gĂ©nĂ©rique final du slow de Phil Collins imprimĂ© dans toutes les mĂ©moires, si bien que celui-ci remporte un an plus tard le Grammy Award du meilleur chanteur pop ! A revoir avec un vif intĂ©rĂŞt, de prĂ©fĂ©rence en couple en Ă©treinte, une coupe de champagne Ă  la main.  

*Bruno

jeudi 17 octobre 2019

L'Homme Invisible

                                                     Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

de James Whale. 1933. U.S.A. 1h12. Avec Claude Rains, Gloria Stuart, William Harrigan, Henry Travers, Una O'Connor, Forrester Harvey

Sortie salle U.S: 13 Novembre 1933

FILMOGRAPHIE: James Whale est un réalisateur américain, né le 22 Juillet 1889 à Dudley en Angleterre, décédé le 29 Mai 1957 à Hollywood, Los Angeles. 1930 : La Fin du voyage (Journey's End). 1930 : Les Anges de l'enfer. 1931 : Waterloo Bridge. 1931 : Frankenstein. 1932 : Impatient Maiden. 1932 : Une soirée étrange. 1933 : The Kiss Before the Mirror. 1933 : The Invisible Man. 1933 : By Candlelight. 1934 : One More River. 1935 : La Fiancée de Frankenstein. 1935 : Remember Last Night. 1936 : Show Boat. 1937 : The Road Back. 1937 : Le Grand Garrick. 1938 : Port of Seven Seas. 1938 : Sinners in Paradise. 1938 : Wives Under Suspicion. 1939 : L'Homme au masque de fer. 1940 : L'Enfer vert. 1941 : They Dare Not Love. 1942 : Personnel Placement in the Army. 1950 : Hello Out There.


“Voir un visage revient Ă  dire en silence son Ă©nigme invisible.”
Classique imputrescible de la Universal Monsters sous la houlette de James Whale (Frankenstein, La FiancĂ©e de Frankenstein), l'Homme Invisible doit son pouvoir de fascination grâce Ă  la soliditĂ© de sa mise en scène (notamment Ă  travers certains plans iconiques), Ă  l'originalitĂ© de son rĂ©cit vrillĂ©, Ă  ces l'innovation de ces trucages et surtout Ă  la prestance inoubliable de Claude Rains couronnĂ© de notoriĂ©tĂ© Ă  la suite du succès populaire du film. Ce dernier parvenant sans outrance Ă  provoquer Ă©moi, inquiĂ©tude et apprĂ©hension de par l'intensitĂ© de sa voix aiguĂ«, Ă  la fois irascible et forcenĂ©e, Ă  dĂ©faut de mettre en exergue les diverses expressions de sa physionomie eu Ă©gard de sa condition corporelle imperceptible. Ainsi, Ă  travers une trame dramatique non exempte de traits d'humour (notamment auprès des seconds rĂ´les tĂ©moins malgrĂ© eux des exhibitions hĂ©roĂŻques de l'Ă©tranger), l'Homme Invisible retrace la dĂ©rive criminelle d'un savant fou habitĂ© par la folie de par son dĂ©sir outrĂ© de puissance et de gloire.


Car vivant autrefois dans l'ombre en simple chimiste dénué d'ambition, celui-ci aura décidé de prendre sa revanche sur la société après avoir créé un sérum capable de lui parfaire une nouvelle identité contestataire. Tant et si bien qu'au cours de son évolution immorale, il y engendre des sentiments dictatoriaux. Ainsi, davantage corrompu par son orgueil et sa vanité de pouvoir imposer sa loi et sa hiérarchie en toute impunité; l'homme invisible finit par céder à ses bas instincts pervers en s'autorisant les libertés les plus répréhensibles. Chasse à l'homme haletante exécutée avec une certaine perspicacité si je me réfère aux idées retorses des villageois et de la police, communément solidaires afin d'alpaguer le fugitif, l'Homme Invisible dégage un climat d'insécurité davantage vénéneux lorsque celui-ci se raille de ces rivaux avec une attitude borderline (pour ne pas dire psychotique).


"Un acteur doit ĂŞtre invisible"
RĂ©flexion sur l'aliĂ©nation du pouvoir et les dĂ©rives de la science moderne, l'Homme Invisible perdure son pouvoir de fascination sous l'impulsion d'un fantasme dĂ©bridĂ© redoutablement efficace, si bien que Claude Rains l'immortalise Ă  travers sa fulgurance orale. Une performance d'acteur donc entrĂ©e dans la lĂ©gende du Fantastique moderne...

*Bruno
4èx

mercredi 16 octobre 2019

Audrey Rose


de Robert Wise. 1977. U.S.A. 1h53. Avec Marsha Mason, Anthony Hopkins, John Beck, Susan Swift, Norman Lloyd, John Hillerman, Robert Walden, Philip Sterling, Ivy Jones, Stephen Pearlman, Aly Wassil.

Sortie en salles en France: Novembre 1977. US: 6 Avril 1977

FILMOGRAPHIE: Robert Wise est un rĂ©alisateur, scĂ©nariste, producteur, monteur nĂ© le 10 Septembre 1914, dĂ©cĂ©dĂ© le 14 Septembre 2005 Ă  Winchester (Indiana). 1944: La MalĂ©diction des Hommes Chats, 1945: Le RĂ©cupĂ©rateur de cadavres, 1948: Ciel Rouge. NĂ© pour Tuer. 1949: Nous avons gagnĂ© ce soir. 1952: La Ville Captive. 1952: Le Jour oĂą la terre s'arrĂŞta. 1954: Les Rats du DĂ©sert. 1957: MarquĂ© par la Haine. 1958: l'OdyssĂ©e du sous-marin Nerka. 1962: West Side Story. 1964: La Maison du Diable. 1966: La MĂ©lodie du Bonheur. 1967: La Canonnière du Yang-TsĂ©. 1972: Le Mystère Andromède. 1975: L'OdyssĂ©e du Hindenburg. 1977: Audrey Rose. 1980: Star Trek. 1989: Les Toits. 2000: Une TempĂŞte en Ă©tĂ© (tĂ©lĂ©-film)

"Pour l'âme, il n'y a ni naissance ni mort. L'âme ne connait pas la mort. Elle est éternelle, intemporelle, immortelle et primitive..." LA BHAGAVAD-GITA

"MĂ©moire d’une âme brĂ»lĂ©e".
En 1977, Robert Wise renoue avec le cinĂ©ma d’Ă©pouvante en s’inspirant du roman de Frank De Felitta, The Case for Reincarnation. Des aveux mĂŞmes de l’auteur, l’idĂ©e spirituelle de la rĂ©incarnation lui fut soufflĂ©e par une expĂ©rience intime : un jour, son fils de six ans se mit Ă  jouer un air de ragtime au piano, sans jamais avoir pris la moindre leçon.

Le pitch : Un couple et leur fille Ivy sont importunĂ©s par un inconnu qui les Ă©pie. PersuadĂ© qu’Ivy est la rĂ©incarnation de sa propre fille Audrey Rose — morte brĂ»lĂ©e vive Ă  l’âge de cinq ans dans un accident de voiture — il tente de convaincre les parents que l’enfant est en danger.

Longtemps occultĂ© depuis sa sortie et injustement considĂ©rĂ© comme un ersatz opportuniste de L’Exorciste ou La MalĂ©diction, Audrey Rose est en rĂ©alitĂ© un pur drame psychologique, poignant, bouleversant, enveloppĂ© d’un fantastique mystique. Son scĂ©nario dense, potentiellement inspirĂ© de faits rĂ©els, irrigue une Ĺ“uvre fragile et inquiĂ©tante, portĂ©e par la sobriĂ©tĂ© bouleversante de ses quatre interprètes.
Marsha Mason, déchirante de tendresse maternelle.
Anthony Hopkins, magnétique de persuasion en père endeuillé.
John Beck, irascible et cartésien, muré dans sa paternité orgueilleuse.
Et la petite Susan Swift — son tout premier rĂ´le ! — saisissante de naturel, entre innocence hagarde et angoisse croissante, traversĂ©e d’une conscience hantĂ©e.

Wise explore le trouble intime de deux parents dĂ©sarmĂ©s, confrontĂ©s aux dĂ©clarations dĂ©lirantes — ou prophĂ©tiques ? — d’un homme persuadĂ© que leur enfant est l’incarnation de sa fille morte. AsphyxiĂ©e, brĂ»lĂ©e vive, Audrey Rose succomba dans l’habitacle en flammes, sous les yeux de sa mère.
Et dès ses premières annĂ©es, Ivy est proie Ă  des crises de somnambulisme violentes, ponctuĂ©es de convulsions, comme foudroyĂ©e par des cauchemars oĂą s’invoque un brasier.
Les parents, d’abord sceptiques, refusent d’admettre que leur fille pourrait n’ĂŞtre qu’un rĂ©ceptacle pour une âme damnĂ©e, consumĂ©e par une mort injuste.

La première partie du film se concentre sur la montĂ©e d’un doute, l’Ă©tude psychologique d’une incrĂ©dulitĂ© en train de vaciller. PortĂ© par la sagesse sereine de Mr. Hoover, le rĂ©cit questionne en filigrane la validitĂ© d’une croyance millĂ©naire : la mĂ©tempsychose, pratiquĂ©e par plus de 700 millions d’hindouistes, Ă  laquelle Hoover s’est converti après de longues annĂ©es d’anthropologie.

Cette quĂŞte intime, quasi mystique, interroge notre rapport au destin, au sens mĂŞme de la vie, Ă  travers le profil bouleversant d’Ivy — victime d’un hĂ©ritage invisible, d’un trauma antĂ©rieur, d’une mĂ©moire Ă©trangère.

Et puis viennent les sĂ©quences-chocs, brèves mais intenses : Ivy tourmentĂ©e, brisĂ©e par un souvenir qui n’est pas le sien, terrassĂ©e par un feu qui n’existe plus. Les parents, dĂ©sorientĂ©s, refusent d’y croire, s’enferment dans leur rationalitĂ©, dans leur refus d’un passĂ© qu’ils n’ont pas vĂ©cu.
La seconde partie s’ouvre sur un procès Ă  la fois poignant, inquiĂ©tant et bouleversant, dans lequel Mr. Hoover, accusĂ© de rapt, doit rĂ©pondre de son acte dĂ©sespĂ©rĂ© : protĂ©ger Audrey Rose dans le corps d’une autre.

Mais chut… n’en disons pas plus.                                       

 
"Et si la douleur survivait Ă  la mort ?"
Solide, sobre, profondĂ©ment digne, Audrey Rose s’impose comme une rĂ©flexion vertigineuse sur la rĂ©incarnation. Refusant le racolage, mĂŞme dans ses sĂ©quences les plus troublantes, Wise honore le genre en lui offrant une gravitĂ© neuve, une tendresse douloureuse, une spiritualitĂ© douce-amère.

Une Ĺ“uvre rare, sensible, portĂ©e par l’austĂ©ritĂ© poignante de ses protagonistes, tous hantĂ©s par une question intime : que devient l’âme, quand le corps disparaĂ®t ?
Et mĂŞme si son Ă©pilogue bouleversant tente de nous rĂ©conforter dans la croyance d’une rĂ©demption, c’est bien l’incandescence du doute qui demeure.

Ă€ redĂ©couvrir d’urgence.

* Bruno
16.10.19. 5èx
15.11.11. 430 v

La Bhagavad Gita:
Livre de chevet du Mahatma Gandhi, la Gita pourrait se dĂ©finir simplement comme un traitĂ© de philosophie humaniste. La Gita se compose Ă©galement de 18 chapitres. La lecture de chaque chapitre est censĂ©e apporter des « mĂ©rites » Ă  son lecteur. Ignorer la faim et la soif, rĂ©aliser ses rĂŞves, connaĂ®tre ses vies passĂ©es, guĂ©rir de maladies incurables, se dĂ©barrasser de ses dettes ou de ses ennemis… Tels sont les bĂ©nĂ©fices qu’apporte sa lecture, selon les croyances populaires.
C’est Ă  l’aube de la bataille finale qui oppose les Kauravas et les Pandavas, que Krishna est amenĂ© Ă  prononcer ce cĂ©lèbre discours afin d’encourager Arjuna Ă  se battre et Ă  vaincre le Mal… Arjuna est alors prĂŞt Ă  renoncer Ă  sa couronne afin d’Ă©pargner ses amis et ses maĂ®tres qui composent les rangs ennemis. Krishna lui rappelle ses devoirs en qualitĂ© de guerrier, dĂ©finit alors la « voie de l’action » (karma-yoga) et lui rĂ©vèle enfin sa vĂ©ritable nature…

L'Hindouisme:
Plus qu’une religion, plus qu’une philosophie, l’Hindouisme apparaĂ®t comme un vĂ©ritable mode de vie, rythmant le quotidien de plus de 80% de la population indienne.
L’inde compte ainsi plus de 330 millions de Dieux et DĂ©esses ! En fait, tous les villages, toutes les catĂ©gories sociales et professionnelles, toutes les familles et enfin tous les individus sont libres de se choisir, voir de se crĂ©er leurs propres divinitĂ©s. Ce n’est donc pas toujours facile de s’y retrouver…
Les origines de l’Hindouisme se trouvent dans des formes d’animisme, de fĂ©tichisme et de mysticisme ancestraux. Les premiers dieux vĂ©nĂ©rĂ©s en Inde, les Dieux VĂ©diques, Ă©taient le plus souvent reprĂ©sentĂ©s sous forme d’animaux et dĂ©diĂ©s aux Ă©lĂ©ments et aux manifestations naturelles. Ce sont les rĂ©cits Ă©piques (Ramayana et Mahabharata) qui donnèrent aux dieux une dimension plus humaine, tant dans leurs reprĂ©sentations que dans leurs interventions. Enfin, les rĂ©cits puraniques, tentent de rĂ©pertorier les diffĂ©rents dieux en regroupant les mythes et lĂ©gendes qui retracent la vie de chacun d’eux. En « humanisant » leurs Dieux, les Hindous souhaitaient se rapprocher d’eux et amoindrir l’influence parfois exagĂ©rĂ©e des Brahmanes.
Avec plus de 700 millions d’adeptes, l’hindouisme est l’une des principales religions du monde. Elle est Ă©galement Ă  l’origine de nombreuses autres croyances (jaĂŻnisme, bouddhisme, zoroastrisme, sikhisme…), et est elle-mĂŞme fortement imprĂ©gnĂ©e de ces autres religions. L’Hindouisme a su Ă©voluer suivant les changements de la sociĂ©tĂ© du Sous-continent, s’adaptant localement, s’enrichissant et se diversifiant culturellement. Il en dĂ©coule une multitude de cultes, de doctrines et de coutumes…
Les fêtes en l'honneur des divinités se succèdent tout au long de l'année aux quatre coins du pays et rythment la vie de tous les hindous.
Et il n'est pas rare d'avoir vu se développer des coutumes locales particulières qui donnent à ses festivités des ampleurs considérables et les pèlerins se rassemblent parfois par millions en certains lieux sacrés.
Celui ou celle qui respecte le dharma et l'ordre cosmique sera délivré des souffrances humaines en échappant au Samsara, le cycle des renaissances.
En règle gĂ©nĂ©rale, on peut quand mĂŞme dire que les Hindous sont ceux « qui suivent la voie (dharma) dĂ©terminĂ©e par les castes (varna) et les quatre âges de la vie (ashrama) ».

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Accroches d'introduction: 

Une petite fille hurle la nuit, son corps agitĂ© de convulsions, comme s’il se souvenait d’un feu que sa mĂ©moire ignore. Et si ce cri ne lui appartenait pas ? Si ce cauchemar venait d’un autre corps, d’un autre temps ?


Audrey Rose n’est pas un film d’horreur. C’est un cri Ă©touffĂ©, une litanie mystique sur l’errance des âmes. C’est la douleur d’une mĂ©moire qui cherche une voix pour revivre. Et c’est cette voix que Robert Wise fait trembler dans la gorge d’une enfant.


Certains films ne crient pas. Ils murmurent Ă  travers les murs du rĂ©el. Audrey Rose est de ceux-lĂ  : il vous effleure d’abord, puis vous brĂ»le lentement de l’intĂ©rieur. Jusqu’Ă  vous faire douter de ce que vous ĂŞtes, de ce que vous avez Ă©tĂ©.


Il y a des douleurs que le temps ne dissout pas. Des âmes qui refusent l’oubli. Et parfois, les morts reviennent — pas pour hanter, mais pour s’expliquer.


Une fillette crie dans son sommeil, ravagĂ©e par un feu qui n’existe plus. Un homme la regarde comme on regarde un fantĂ´me revenu. Et vous, spectateur, vous vous demandez si la mort a vraiment le dernier mot.