vendredi 30 avril 2021

Les Griffes de Jade

                                Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site cinemapassion.com

"The Lady Hermit" de Ho Meng-hua. 1971. Hong-Kong. 1h37. Avec Cheng Pei-pei, Lo Lieh, Shih Szu, Wang Hsieh. 

Sortie salles France: 22 Novembre 1972. Hong-Kong: 22 Janvier 1971

FILMOGRAPHIEHo Meng-hua (何夢華) est un rĂ©alisateur chinois nĂ© le 1er janvier 1923 Ă  Shanghai, dĂ©cĂ©dĂ© le 19 mai 2009 Ă  Hong Kong). 1966 : The Monkey Goes West. 1966 : Princess Iron Fan. 1967 : Susanna. 1968 : Killer Darts. 1971 : Les Griffes de Jade. 1973 : The Kiss of Death. 1975 : Black Magic. 1975 : The Flying Guillotine. 1975 : All Mixed Up. 1976 : Black Magic 2. 1977 : Le Colosse de Hong Kong. 


Un spectacle chevaleresque d'un autre temps dictĂ© par une cause fĂ©ministe. 
50 ans au compteur et frais comme une rose (Ă©pineuse) si bien que la plupart de nos films d'action contemporains font pâle figure Ă  travers leur matière superficielle dĂ©nuĂ©e d'âme, de fougue, de passion, de sentiments. Car c'est bien de passion des sentiments, de fureur Ă©pique et de dignitĂ© hĂ©roĂŻque dont il est question ici Ă  travers le portrait flamboyant d'une chasseresse prĂ©parant en secret sa vengeance auprès du dĂ©mon noir après s'ĂŞtre exilĂ©e dans un temple 3 ans durant Ă  la suite d'une blessure Ă  la hanche. Or, voici qu'intervient une Ă©trangère, l'apprentie justicière Cui Ping fĂ©rue de fascination pour la chasseresse au point de la considĂ©rer comme modèle. Ainsi, Leng Yu-shuang (la chasseresse) accepte d'entraĂ®ner Cui Ping afin de combattre communĂ©ment leur ennemi, quant bien mĂŞme au centre de leur relation un jeune homme s'interpose pour amĂ©liorer ses compĂ©tences hĂ©roĂŻques. Cui Ping Ă©prouvant par ailleurs au fil de leur relation amicale des sentiments pour lui alors que ce dernier a toujours aimĂ© en secret la chasseresse. Nanti de vastes dĂ©cors naturels parfois teintĂ©s d'un onirisme crĂ©pusculaire proprement fĂ©erique (on reste pantois d'admiration pour le soin des Ă©clairages !), Les Griffes de Jade fascine et sĂ©duit Ă  travers les pĂ©ripĂ©ties de ce triangle amoureux multipliant les affrontements Ă  mains nues et Ă  l'Ă©pĂ©e Ă  rythme mĂ©tronome. 


Tant et si bien qu'outre le soin imparti Ă  son art de conter, Les Griffes de Jade s'adonne au mĂ©lo et Ă  l'aventure homĂ©rique Ă  travers ses moults combats sanglants et crĂŞpages de chignons non dĂ©nuĂ©s d'intensitĂ© dramatique. Ainsi donc, le souffle romanesque qui y dĂ©coule ne nous laisse pas indiffĂ©rent de par la dimension humaine des personnages exprimant leurs Ă©motions contradictoires avec une force d'expression aussi bien belliqueuse que sentencieuse. Car ci est mis Ă  l'honneur la valeur de la femme vaillante transfigurĂ©e en guerrière intrĂ©pide quitte Ă  y risquer sa vie. Ho Meng-hua dressant deux portraits fĂ©minins aussi vĂ©loces que pugnaces dans leur rĂ©signation de combattre sans relâche leurs ennemis sans morale. Outre la chorĂ©graphie toujours lisible des scènes d'action superbement montĂ©es (dont une sĂ©quence anthologique au sein d'un pont de corde que Spielberg exploitera pour Indiana Jones et le Temple Maudit), la caractĂ©risation de ses guerrières rebelles et du jeune chevalier pris entre deux coeurs interpelle autant Ă  travers leur Ă©volution morale baignant dans l'honneur hĂ©roĂŻque. Quand bien mĂŞme on s'Ă©tonne de l'inventivitĂ© de dĂ©tails dĂ©bridĂ©s quant au symbole des griffes de Jade, du maniement du fouet ou des mini couteaux affutĂ©s que la Chasseresse dĂ©voile lors d'un final en apothĂ©ose. Autant dire que les griffes de Jade semble aussi moderne que gĂ©nialement sĂ©culaire Ă  travers sa facture photogĂ©nique illustrĂ©e en scope couleurs. On peut mĂŞme parler d'alchimie indicible, d'Ă©trangetĂ© lascive, de dĂ©paysement insolite tant la Shaw Brother fĂ©rue d'ambition pour l'action en costumes parvient Ă  nous Ă©vader avec un gout de l'aventure romanesque qui n'appartient qu'Ă  leur culture mandarin. La grande classe j'vous dis ! 


"La guerrière est une jeune vierge qui n'a jamais connu l'amour physique. Une pure icône féminine sublimée, intouchable. L'excitation est à son comble chez des Grecs qui considèrent alors la virginité comme une valeur suprême".

*Bruno
2èx

jeudi 29 avril 2021

Tueurs de Flic

                                                  Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site CinĂ©Dweller.com

"The Onion Field" de Harold Becker. 1979. U.S.A. 2h06. Avec James Woods, John Savage, Franklyn Seales, Ted Danson, Ronny Cox, David Huffman, Christopher Lloyd. 

Sortie salles France: 8 Octobre 1980 (Int - 13 ans)

FILMOGRAPHIEHarold Becker est un rĂ©alisateur et producteur amĂ©ricain, nĂ© le 25 septembre 1928 Ă  New York. 1972 : The Ragman's Daughter. 1979 : Tueurs de flics. 1980 : The Black Marble. 1981 : Taps. 1985 : Vision Quest. 1987 : La Gagne. 1988 : État de choc. 1989 : MĂ©lodie pour un meurtre. 1993 : Malice. 1996 : City Hall. 1998 : Code Mercury. 2001 : L'Intrus. 


Drame policier d'une intensitĂ© dramatique parfois Ă©prouvante, Tueurs de Flics est la glaçante reconstitution d'un fait-divers crapuleux survenu le 9 mars 1963 Ă  Los Angeles. Ainsi, après avoir suspectĂ© deux individus dans leur vĂ©hicule, les policiers Campbell et Heltinger leur sollicitent un contrĂ´le de papier. Mais lors d'un bref moment d'inattention, ces derniers sont kidnappĂ©s par les malfrats que l'un d'eux Ă  l'intention d'assassiner dans un champs d'oignons suite Ă  la loi Lindbergh (nouvelle lĂ©gislation considĂ©rant le kidnapping comme crime fĂ©dĂ©ral aux Etats-Unis). La sĂ©quence choc qui s'ensuit demeurant littĂ©ralement traumatisante de par l'effroyable rĂ©alisme qu'Harold Becker recourt en usant d'un ralenti afin de mettre en exergue son acuitĂ© cauchemardesque. Quand bien mĂŞme juste avant l'homicide perpĂ©trĂ© face camĂ©ra avec lâchetĂ© sous nos yeux Ă©bahis, le rĂ©alisateur aura pris soin de s'attarder (furtivement) sur les regards indĂ©cis des policiers peu Ă  peu habitĂ©s par une apprĂ©hension morbide. Si j'ai eu l'aubaine de dĂ©couvrir une 1ère fois Tueurs de Flics en location Vhs, je me suis dis ce soir qu'Ă  la revoyure la fameuse sĂ©quence qui m'eut autrefois tant Ă©branlĂ© n'aurait sans doute aujourd'hui plus le mĂŞme impact cinglant. Que nenni, l'estocade effroyable, la puissance de sa scĂ©nographie malsaine n'ayant point diminuĂ© d'un iota 4 dĂ©cennies plus tard. Vous voilĂ  prĂ©venu pour les plus sensibles alors que les plus aguerris n'y resteront surement pas indiffĂ©rents. Quand bien mĂŞme cette sĂ©quence innommable nullement complaisante s'attarde plutĂ´t sur les beuglements, la posture insidieuse de l'assassin et ses coups de feu rĂ©pĂ©tĂ©s Ă  bout portant sur la victime afin de provoquer une terreur Ă  la fois sourde et fĂ©tide. 


On peut d'ailleurs prĂ©tendre qu'Ă  travers son climat nocturne feutrĂ© et Ă  l'Ă©coute de son score lugubre des plus percutants, Tueurs de Flics s'apparente subitement au genre horrifique si j'ose dire. Notamment lorsque l'un des rescapĂ©s tentent fĂ©brilement d'Ă©chapper Ă  ses assaillants en plein champs Ă©pargnĂ© d'habitation. PassĂ©e cette macabre mise en scène minutieusement reconstituĂ©e, Harold Becker s'intĂ©resse ensuite Ă  la longĂ©vitĂ© du procès des coupables (s'Ă©talant sur plus de 10 ans !) tout en alternant avec la reconstruction morale du rescapĂ© incapable de se remettre de la mort de son acolyte. John Savage parvenant comme de coutume Ă  traduire des expressions nĂ©vralgiques dans sa condition torturĂ©e de dĂ©pressif Ă©pousant des rĂ©actions masochistes afin de se culpabiliser de la mort de son compagnon. Ses sĂ©quences intimistes (notamment ses rapports conjugaux avec son Ă©pouse prĂ©venante) nous suscitant une poignante empathie avant de s'interroger sur son Ă©volution morale aux accents suicidaires. Ce qui nous amène Ă  une autre sĂ©quence quasi insupportable lorsque celui-ci osera commettre l'impardonnable faute de ne supporter les pleurs et les cris de son fils nouveau-nĂ©. Enfin, Ă  travers la qualitĂ© irrĂ©prochable de l'interprĂ©tation (Franklyn Seales est plus vrai que nature en pied nickelĂ© aussi lâche qu'infortunĂ© et Ted Danson sobrement expressif en policier intègre et amiteux), on peut prĂ´ner la dĂ©testable prĂ©sence de James Woods en malfrat influenceur sombrant de manière improvisĂ©e dans la criminalitĂ©. Celui-ci dĂ©gageant une force d'expression rĂ©signĂ©e et de sĂ»retĂ© Ă  travers son orgueil mĂŞlĂ© de lâchetĂ© Ă  s'extraire coĂ»te que coĂ»te de la pire des situations. Ce qui nous vaut d'ailleurs un dĂ©nouement plein d'amertume quant au sort des coupables dont je tairai le verdict. 


Peu connu et diffusĂ© Ă  la TV, Tueurs de Flics oscille le drame policier et le film de procès avec une efficacitĂ© permanente en dĂ©pit de brèves longueurs intervenant lors de son ultime demi-heure (l'oeuvre accuse tout de mĂŞme au compteur 2h06 en version intĂ©grale). Passionnant, terrifiant et poignant, il doit notamment beaucoup de son impact Ă©motionnel grâce Ă  la qualitĂ© de son casting 4 Ă©toiles et au rĂ©alisme de sa fidèle reconstitution d'une riche intensitĂ© dramatique. A dĂ©couvrir absolument mĂŞme si la partie procès en dernière ligne peut parfois paraĂ®tre un tantinet poussive en s'attardant sur les stratĂ©gies de dĂ©fense des coupables Ă©paulĂ©s d'Ă©mĂ©rites avocats. 

*Bruno
2èx

mercredi 28 avril 2021

Phone Game

                                                          Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Allocine.fr

"Phone Booth" de Joel Schumacher. 2002. U.S.A. 1h21. Avec Colin Farrell, Kiefer Sutherland, Forest Whitaker, Radha Mitchell, Katie Holmes, Tory Kittles, Ben Foster.

Sortie salles France: 27 Août 2003

FILMOGRAPHIE: Joel Schumacher est un rĂ©alisateur, scĂ©nariste et producteur amĂ©ricain, nĂ© le 29 AoĂ»t 1939 Ă  New-York, dĂ©cĂ©dĂ© le 22 juin 2020. 1981: The Incredible Shrinking Woman. 1983: SOS Taxi. 1985: St Elmo's Fire. 1987: GĂ©nĂ©ration Perdue. 1989: Cousins. 1990: l'ExpĂ©rience Interdite. 1991: Le Choix d'Aimer. 1993: Chute Libre. 1994: Le Client. 1995: Batman Forever. 1996: Le Droit de Tuer ? 1997: Batman et Robin. 1999: 8 mm. 1999: Personne n'est parfait(e). 2000: Tigerland. 2002: Bad Company. 2002: Phone Game. 2003: Veronica Guerin. 2004: Le FantĂ´me de l'OpĂ©ra. 2007: Le Nombre 23. 2009: Blood Creek. 2010: Twelve. 2011: Effraction. 2013: House of Cards (2 Ă©pisodes). 


Excellent suspense exponentiel tirant parti de sa vigueur oppressante grâce Ă  l'incongru scĂ©nario de Larry Cohen, Phone Game assure le spectacle 1h15 durant (si on Ă©lude le gĂ©nĂ©rique). Et on peut dire que de la part d'un cinĂ©aste aussi inĂ©gal que commercial, Joel Schumacher se surpasse Ă  parfaire une machine Ă  frisson au sein d'un huis-clos urbain de tous les dangers. Et pour cause ! Un attachĂ© de presse aussi condescendant que narcissique devient l'objet de soumission d'un tueur embusquĂ© après avoir rĂ©pondu Ă  son appel dans une cabine tĂ©lĂ©phonique. Le tueur le forçant peu Ă  peu Ă  dĂ©clarer au public, aux mĂ©dias et aux forces de l'ordre dĂ©pĂŞchĂ©s sur place son adultère avec une jeune actrice. Auquel cas il serait purement et lâchement exĂ©cutĂ© Spoil ! comme il le fit quelques instants plus tĂ´t auprès d'un proxĂ©nète Fin du Spoil. Se taillant une carrure aussi humiliante qu'ubuesque dans sa condition infortunĂ©e de cĂ©der aux caprices du tueur invisible, Colin Farrell demeure irrĂ©prochable Ă  travers ses expressions Ă  la fois dĂ©munies et nĂ©vralgique de ne pouvoir s'extirper de sa prison cellulaire (perles de sueur Ă  l'appui sur son visage livide !). Et ce parmi le tĂ©moignage d'une population dans l'incomprĂ©hension totale Ă  observer ce demeurĂ© exprimant des divagations dans son combinĂ© ! 


Joel Schumacher
nous illustrant parmi l'objet technologique de dĂ©pendance une sature fĂ©roce sur le mensonge et la fĂ©lonie du point de vue de cet attachĂ© de presse profitant de son outil tĂ©lĂ©phonique (en vogue) pour mieux duper ses partenaires fĂ©minines. Car proprement dĂ©testable Ă  travers son orgueil dĂ©complexĂ©, Schumacher aura pris soin de nous dresser (Ă  travers l'habile thĂ©matique du faux-semblant quant aux tĂ©moins marginaux persuadĂ©s de la culpabilitĂ© de la victime) son profil sans scrupule lors d'un 1er quart d'heure inscrit dans une perpĂ©tuelle gouaillerie (notamment sa relation improvisĂ©e avec le livreur de pizza ou encore ses dĂ©convenues avec un trio de prostituĂ©es lui suppliant de sortir de la cabine). Initiation au pardon et Ă  la repentance, Phone Game nous dresse finalement le portrait pathĂ©tique de cet individu Ă©goĂŻste apprenant au fil de son Ă©preuve moral le respect d'autrui dans sa condition prĂ©caire de survie. Et ce Ă  travers les effets dĂ©lĂ©tères de la peur et de la terreur d'une menace aussi permanente qu'invisible n'hĂ©sitant Ă  y sacrifier un tĂ©moin pour tenir lieu de son omnipotence. Schumacher recourant par ailleurs habilement par endroit au procĂ©dĂ© du Split Screen pour nous faire suivre en direct deux actions simultanĂ©es. Un effet efficacement stylisĂ©, notamment pour y rehausser dans un seul et mĂŞme temps l'inquiĂ©tude des tĂ©moins dubitatifs. 


"Raccroche et tu es mort !"
Plaisamment saugrenu de par son contexte vrillĂ© et l'omniprĂ©sence d'un sarcasme morbide, voir parfois mĂŞme sciemment absurde, notamment lorsque la victime est contrainte de se gausser des flics et du capitaine (endossĂ© par l'imperturbable Forest Whitaker), Phone Game retient l'attention en permanence Ă  travers sa vigueur oppressante rĂ©gie autour d'une cabine tĂ©lĂ©phonique. Schumacher ne recourant en prime Ă  aucune ficelle racoleuse pour jouer avec nos nerfs en dĂ©pit d'effets de style parfois obsolètes et d'un final en demi-teinte quelque peu dĂ©concertant, voir discutable. Une sĂ©rie B de luxe brillamment menĂ©e et interprĂ©tĂ©e par des comĂ©diens ne dĂ©bordant jamais dans leurs expressions en Ă©moi, si bien que l'on redoute la sĂ©quence suivante avec une apprĂ©hension aussi tendue que la victime. 

*Bruno
2èx

Récompense:
AARP Movies for Grownups Awards 2004 : meilleur réalisateur pour Joel Schumacher

lundi 26 avril 2021

Assaut sur la ville

                                         Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site cinefaniac.fr

"Napoli spara!" de Mario Caiano. 1977. Italie. 1h39. Avec  Leonard Mann, Henry Silva, Ida Galli, Jeff Blynn, Massimo Deda, Tino Bianchi

Sortie salles France: 23 Septembre 1977. Italie: 22 FĂ©vrier 1977

FILMOGRAPHIEMario Caiano, nĂ© le 13 fĂ©vrier 1933 Ă  Rome et mort le 20 septembre 2015 dans la mĂŞme ville1, est un rĂ©alisateur italien. 1961 : Ulysse contre Hercule. 1963 : Duel au Texas. 1963 : Goliath et l'Hercule noir. 1963 : Pour un whisky de plus. 1963 : Le Signe de Zorro. 1964 : La Griffe du coyote. 1964 : Maciste et les 100 gladiateurs. 1964 : La Fureur des gladiateurs. 1964 : Mon colt fait la loi. 1965 : Les Amants d'outre-tombe. 1965 : Erik, le Viking. 1965 : Un cercueil pour le shĂ©rif. 1967 : Ombres sur le Liban. 1967 : AdiĂłs hombre. 1967 : La Vengeance de Ringo. 1967 : Hold-Up au centre nuclĂ©aire. 1968 : Son nom crie vengeance. 1968 : Un train pour Durango. 1969 : Liebesvögel. 1970 : Ombre roventi. 1972 : ShanghaĂŻ Joe. 1972 : L'Ĺ’il du labyrinthe. 1973 : Les Contes de Viterbury. 1975 : ...a tutte le auto della polizia... 1976 : Milano violenta. 1977 : Assaut sur la ville. 1977 : Antigang. 1977 : FraĂĽlein SS. 1980 : Ombre. 1988 : Nosferatu Ă  Venise. 

Western urbain menĂ© sans temps, Assaut sur la Ville devrait contenter tous les amateurs de Bisserie d'action transalpine alors que j'en garde un souvenir Ă©mu lorsque je le dĂ©couvris en Vhs Ă  l'orĂ©e des annĂ©es 80. Car l'intrigue a beau ĂŞtre un prĂ©texte d'un dĂ©ferlement de violence, poursuites et braquages en tous genres (dont celui d'un train), le rĂ©cit demeure suffisamment efficace et bien menĂ© parmi l'autoritĂ© de Leonard Mann (inoubliable acteur des Yeux de la Terreur). Celui-ci endossant avec une force d'expression dĂ©terminĂ©e un flic acharnĂ© Ă  apprĂ©hender Santoro, mafieux instaurant un climat d'insĂ©curitĂ© galopant dans son quartier parmi la complicitĂ© de ses sbires dĂ©nuĂ©s de concession (on apprĂ©ciera le violent coup portĂ© Ă  une femme enceinte lors du braquage de banque qui ouvre le rĂ©cit). Qui plus est, avec la prĂ©sence ironique d'un marmot estropiĂ©, on se prend d'affection pour celui-ci dans sa condition prĂ©caire, sorte de gavroche des temps modernes multipliant les menus larcins pour subvenir Ă  ses besoins. 

Et si l'acteur a beau manquer d'expressivitĂ©, il demeure pourtant attachant Ă  travers sa posture dĂ©gingandĂ©e (il claudique d'une jambe) et sa mine amiteuse Ă  cĂ´toyer le Commissaire Belli le surveillant d'un oeil aussi affable que suspicieux. Pur divertissement donc non exempt de cocasserie, voire de situation incongrue (le marmot dĂ©robant un bolide pour amorcer une course effrĂ©nĂ©e en plein centre-ville !), Mario Caiano (rĂ©alisateur touche Ă  tout Ă  qui l'on doit tout de mĂŞme Les Amants d'Outre-Tombe,  l'Oeil du Labyrinthe, ChangaĂŻe Joe) ne se prend pas vraiment au sĂ©rieux pour emballer son rĂ©cit Ă©pique traversĂ© parfois d'Ă©tonnantes cascades automobiles et de poursuites urbaines bondĂ©es de passants. Sans compter la brutalitĂ© de certaines scènes gores (une dĂ©capitation Ă  moto, une Ă©masculation dans la cour d'une prison) sous la mainmise du vĂ©tĂ©ran Henri Sylva toujours aussi impassible en truand orgueilleux difficilement attrapable. 

Un spectacle distrayant digne d'une bonne sĂ©ance de cinĂ©ma de quartier. 

*Bruno

vendredi 23 avril 2021

Le Flic de Beverly Hills 2

                                              
                                      Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site beverlyhillscop.wikia.com

"Beverly Hills Cop 2" de Tony Scott. 1988. U.S.A. 1h42. Avec Eddie Murphy, Judge Reinhold, JĂĽrgen Prochnow, Ronny Cox, John Ashton, Brigitte Nielsen.

Sortie salles France: 26 AoĂ»t 1987. U.S: 20 Mai 1987

FILMOGRAPHIETony Scott (nĂ© le 21 juillet 1944 Ă  Stockton-on-Tees, Royaume-Uni - ) est un rĂ©alisateur, producteur, producteur dĂ©lĂ©guĂ©, directeur de la photographie, monteur et acteur britannique. 1983 : Les PrĂ©dateurs, 1986 : Top Gun, 1987 : Le Flic de Beverly Hills 2, 1990 : Vengeance,1990 : Jours de tonnerre, 1991 : Le Dernier Samaritain,1993 : True Romance, 1995 : USS Alabama,1996 : Le Fan, 1998 : Ennemi d'État, 2001 : Spy Game, 2004 : Man on Fire,   2005 : Domino, 2006 : DĂ©jĂ  Vu, 2009 : L'Attaque du mĂ©tro 123, 2010 : Unstoppable.


Sans jamais atteindre la fraĂ®cheur, l'originalitĂ© et la cocasserie dĂ©jantĂ©e du 1er volet dans toutes les mĂ©moires, le Flic de Berverly Hills 2 demeure toutefois une sympathique sĂ©quelle de par son rythme Ă©chevelĂ© ne nous laissant que peu de rĂ©pit. Car outre l'abattage habituel d'Eddie Murphy auprès de sa verve infatigable (mĂŞme si moins hilarant qu'antĂ©cĂ©demment), la mise en scène nerveuse de Tony Scott Ă©paulĂ© d'un montage percutant, et les sĂ©quences d'actions plus nombreuses et (inopinĂ©ment) violentes assurent un spectacle sans temps morts Ă  travers une intrigue linĂ©aire non exempt de rebondissements. Au-delĂ  de notre trio gagnant renouant amicalement avec une bonne humeur aussi expansive que dĂ©tendue (Eddie Murphy / Judge Reinhold / John Ashton), on apprĂ©cie Ă©galement la prĂ©sence aussi charismatique que convaincante de Brigitte Nielsen en tueuse sans vergogne, leader de braquages en sĂ©rie pour l'enjeu d'un trafic d'armes. Enfin le compositeur Harold Faltermeyer reprend le score musical du 1er opus avec un entrain aussi payant, qui plus est renforcĂ© de tubes des annĂ©es 80 et d'une partition Ă©lectro punchy singeant efficacement l'un des scores de New-York 1997 de John Carpenter. A revoir avec plaisir donc d'autant plus que le spectacle dĂ©complexĂ© ne s'avère jamais prĂ©tentieux. 

*Bruno
23.04.21. 3èx
15.12.16. 84 v

Ci-joint la chronique du 1er opus:  http://brunomatei.blogspot.fr/2013/09/le-flic-de-beverly-hills-beverly-hills.html

jeudi 22 avril 2021

Snake Eyes

                                                Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Senscritique.com

de Brian De Palma. 1998. U.S.A. 1h38. Avec Nicolas Cage, Gary Sinise, John Heard, Carla Gugino, Stan Shaw, Kevin Dunn 

Sortie salles France: 11 Novembre 1998

FILMOGRAPHIE: Brian De Palma (Brian Russel DePalma), est un cinĂ©aste amĂ©ricain d'origine italienne, nĂ© le 11 septembre 1940 Ă  Newark, New-Jersey, Etats-Unis. 1968: Murder Ă  la mod. Greetings. The Wedding Party. 1970: Dionysus in'69. Hi, Mom ! 1972: Attention au lapin. 1973: Soeurs de sang. 1974: Phantom of the paradise. 1976: Obsession. Carrie. 1978: Furie. 1980: Home Movies. Pulsions. 1981: Blow Out. 1983: Scarface. 1984: Body Double. 1986: Mafia Salad. 1987: Les Incorruptibles. 1989: Outrages. 1990: Le BĂ»cher des vanitĂ©s. 1992: l'Esprit de Cain. 1993: l'Impasse. 1996: Mission Impossible. 1998: Snake Eyes. 2000: Mission to Mars. 2002: Femme Fatale. 2006: Le Dahlia Noir. 2007: Redacted. 2012: Passion. 2019: Domino. 

Mal accueilli Ă  sa sortie (critique et public) mĂŞme s'il engrange toutefois chez nous 1 094 735 entrĂ©es, Snake Eyes est peut-ĂŞtre le dernier grand film de De Palma selon mon jugement de valeur. Non pas qu'il trĂ´ne auprès de ses plus grands chefs-d'oeuvre, loin de lĂ , mais tout du moins qu'il parvient Ă  se hisser Ă  l'excellence du thriller ludique redoutablement passionnant pour sa virtuositĂ© technique, la prĂ©sence volcanique de Cage et son suspense Ă  couper au rasoir. C'est dire si le rythme vigoureux, neurotique, nous plaque au siège 1h38 durant Ă  travers une intrigue retorse traditionnellement vouĂ©e au jeu de dupe et du faux semblant. Un complot de grande ampleur exĂ©cutĂ© en huis-clos d'une salle de boxe bondĂ©e de 14 000 tĂ©moins que De Palma filme avec une prĂ©cision chirurgicale. Et ce en usant parfois louablement de ralenti cinglant si je me rĂ©fère Ă  l'Ă©laboration du meurtre intentĂ© autour d'une foule transie d'Ă©moi. D'entrĂ©e de jeu, on est dĂ©jĂ  Ă©baubi par son (faux) plan-sĂ©quence (numĂ©risĂ©) d'une durĂ©e de 15 minutes sous l'impulsion d'un Nicolas Cage dĂ©chainĂ© en flic vĂ©reux aussi dĂ©complexĂ© que borderline Ă  venir applaudir sa star notoire en usant d'extravagance, gestuelle et labiale. A ce titre, l'acteur livre Ă©galement l'une de ses dernières performances Ă  travers son passionnant profil investigateur si bien que le puzzle qu'il tente savamment de reconstituer lui permettra de se racheter une conduite rĂ©demptrice Ă  partir de sa prise de conscience Ă  entĂ©riner ou refuser une juteuse transaction.

L'aspect Ă©galement jouissif de l'intrigue Ă©manant du brio inĂ©branlable de De Palma Ă  rĂ©exploiter durant le cheminement investigateur son fameux plan-sĂ©quence liminaire Ă©tabli cette fois-ci sous diffĂ©rents angles. De manière Ă  reconsidĂ©rer les actions vues prĂ©alablement sous la mainmise d'une plĂ©thore de tĂ©moins, complices et coupables impartis Ă  une conjuration politique. Sans compter la prĂ©sence voyeuriste des nombreuses camĂ©ras TV et de surveillance filmant sous toutes les coutures le combat et son public. "Plus rĂ©ussi est le mĂ©chant, plus rĂ©ussi sera le film". On connait la musique et Snake Eyes ne dĂ©roge pas Ă  la règle Hitchcockienne quant Ă  la prĂ©sence dĂ©testable Spoil ! de Gary Sinise en manipulateur fĂ©lon se vautrant dans la criminalitĂ© avec son arrogance impassible Fin du Spoil. Tant et si bien que la dernière partie du film (si dĂ©criĂ©e Ă  sa sortie de par ses conventions requises) demeure Ă©galement tendue et oppressante de par sa rĂ©signation d'Ă©liminer l'unique tĂ©moin gĂŞnant. De Palma recourant notamment habilement Ă  un Ă©lĂ©ment naturel perturbateur afin de rehausser son suspense voguant vers le genre catastrophiste de manière alarmiste. Le tout Ă©tant admirablement servi par un score musical idoine de RyĹ«ichi Sakamoto rĂ©solument influencĂ© par les ambiances classieuses de Sir Alfred, notamment en y magnifiant les rĂ©actions expressives des personnages fĂ©minins vulnĂ©rables ou autrement insidieuses. On peut d'ailleurs compter sur la beautĂ© nacrĂ©e de la fluette Carla Gugino en tĂ©moin Ă©quivoque se liant d'amitiĂ© avec l'inspecteur avec une tendresse et une fragilitĂ© dĂ©munies. 

Impeccablement menĂ© et interprĂ©tĂ© autour d'une passionnante intrigue en trompe l'oeil et jouissant d'un brio technique singulier au point de reconsidĂ©rer sans cesse l'action prĂ©alablement entrevue, Snake Eyes se fixe comme ambition d'y parfaire un palpitant thriller parmi l'autoritĂ© dĂ©gĂ©nĂ©rĂ©e de Cage plus fringant que jamais ! A rĂ©habiliter d'urgence. 

*Bruno
3èx

Récompense: Blockbuster Entertainment Awards 1999 : meilleur acteur catégorie suspense pour Nicolas Cage

mercredi 21 avril 2021

Le Fugitif

                                                        Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Pinterest.fr

"The Fugitive" d'Andrew Davis. 1993. U.S.A. 2h10. Avec Harrison Ford, Tommy Lee Jones, Sela Ward, Julianne Moore, Joe Pantoliano, Andreas Katsulas.

Sortie salles France: 1er Septembre 1993

FILMOGRAPHIEAndrew Davis est un directeur de la photographie, producteur, rĂ©alisateur et scĂ©nariste amĂ©ricain, nĂ© le 21 novembre 1946 Ă  Chicago, dans l'Illinois (États-Unis).1978 : At Home with Shields and Yarnell (TV). 1978 : Stony Island. 1983 : The Final Terror. 1985 : Sale temps pour un flic. 1988 : Nico. 1989 : OpĂ©ration CrĂ©puscule. 1992 : Piège en haute mer. 1993 : Le Fugitif. 1995 : Faux frères, vrais jumeaux. 1996 : Poursuite. 1998 : Meurtre parfait. 2002 : Dommage collatĂ©ral. 2003 : La Morsure du lĂ©zard. 2006 : Coast Guards.  

Divertissement grand public conjuguant avec une indĂ©niable efficacitĂ© action et suspense, Le Fugitif demeure rondement menĂ© Ă  travers la chasse Ă  l'homme d'un chirurgien injustement accusĂ© du meurtre de sa femme. Richard Kimble se substituant en enquĂŞteur de longue haleine après s'ĂŞtre libĂ©rĂ© de ses menottes afin de retrouver le ou les responsables de cette machination criminelle parmi la complicitĂ© d'un manchot. Ainsi, le marshal Samuel Gerard ne cessera de le traquer lors d'une filature millimĂ©trĂ©e si bien que leur affrontement s'Ă©rige en incessant jeu du chat et de la souris au coeur d'une jungle urbaine aussi vaste qu'improvisĂ©e. 

Sans rĂ©volutionner le genre, faute d'une rĂ©alisation acadĂ©mique n'Ă©chappant pas parfois aux conventions (son final intense ne s'avère pas aussi probant) et aux personnages stĂ©rĂ©otypĂ©s (certains "mĂ©chants"), Le Fugitif fait toutefois son job pour captiver le spectateur particulièrement attentif aux faits et gestes du fugitif et du marshal le traquant sans relâche. Tant et si bien que l'intensitĂ© de son suspense Ă©mane des nombreuses courses-poursuites qu'amorcent Kimble et Gerard Ă  deux doigts de l'apprĂ©hender Ă  moult reprises. Andrew Davis demeurant suffisamment habile Ă  travers le dynamisme du montage pour renforcer la vigueur de ce pugnace affrontement que Tommy Lee Jones et Harrison Ford endossent avec un charisme Ă  la fois sĂ»r et dĂ©terminĂ©. Nos deux acteurs, monstres sacrĂ©s du cinĂ©ma de genre, crevant mutuellement l'Ă©cran Ă  travers leur visage striĂ© terriblement photogĂ©nique. 


Un bon divertissement donc, une adaptation plutĂ´t rĂ©ussie d'une sĂ©rie TV dans toutes les mĂ©moires qu'Andrew Davis façonne avec assez de savoir-faire, notamment auprès des sĂ©quences d'action artisanales comme le souligne son crash ferroviaire lors du prologue en suspens. 

*Bruno
3èx

Récompenses
Kansas City Film Critics Circle :
Meilleur acteur dans un second rĂ´le pour Tommy Lee Jones
Los Angeles Film Critics Association :
Meilleur acteur dans un second rĂ´le pour Tommy Lee Jones
Southeastern Film Critics Association :
Meilleur acteur dans un second rĂ´le pour Tommy Lee Jones
MTV Movie Awards pour le meilleur duo à l'écran
66e cérémonie des Oscars :
Meilleur acteur dans un second rĂ´le pour Tommy Lee Jones
51e cérémonie des Golden Globes :
Meilleur acteur dans un second rĂ´le pour Tommy Lee Jones

Box-Office: 3 555 136 entrées

mardi 20 avril 2021

Harold et Maude

                                                 Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site no.pinterest.com

"Harold and Maude" de Hal Ashby. 1971. U.S.A. 1h31. Avec Ruth Gordon, Bud Cort, Vivian Pickles, Cyril Cusack,  Charles Tyner.

Sortie salles France: 23 Août 1972. U.S: 20 Décembre 1971

FILMOGRAPHIE: Hal Ashby (nĂ© William Hal Ashby) est un rĂ©alisateur, monteur, acteur et producteur amĂ©ricain nĂ© le 2 septembre 1929 Ă  Ogden, Utah (États-Unis), mort le 27 dĂ©cembre 1988 Ă  Malibu (Californie). 1970 : Le PropriĂ©taire. 1971 : Harold et Maude. 1973 : La Dernière CorvĂ©e. 1975 : Shampoo. 1976 : En route pour la gloire. 1978 : Le Retour. 1979 : Bienvenue, Mister Chance. 1981 : CĹ“urs d'occasion. 1982 : Lookin' to Get Out. 1983 : Let's Spend the Night Together. 1984 : Solo Trans (en) (vidĂ©o). 1985 : Match Ă  deux. 1986 : Huit millions de façons de mourir. 1988 : Jake's Journey (en) (TV). 


“Sois comme la fleur, Ă©panouis-toi librement et laisse les abeilles dĂ©valiser ton coeur !”
TrĂ©sor d'Ă©motions, de drĂ´lerie, de tendresse et d'extravagance Ă  travers l'Ă©quipĂ©e incongrue entre une septuagĂ©naire et un jeune adulte, Harold et Maude demeure le film culte par excellence. Si bien qu'Ă  travers les thèmes altiers des convenances, de la bien-pensance et de la normalitĂ©, Hal Ashby les fait voler en Ă©clat sous l'impulsion d'un couple en ascension amicale et sentimentale. Complètement couillu donc d'y traiter en filigrane la gĂ©rontophilie du point de vue d'un paumĂ© introverti terriblement attristĂ© par son existence imberbe, Harold et Maude se dĂ©cline en leçon de vie sous la mainmise d'une mamie sĂ©millante adepte de vitesse et de vols de voitures, autrement dit de "fureur de vivre". Une dame du 3è âge littĂ©ralement hĂ©doniste Ă  enseigner auprès de son jeune compagnon de route les joies de la vie dans un esprit libertaire dĂ©nuĂ© de complexe. Elle qui fut une rescapĂ©e des camps de concentration lors d'un bref plan Ă©vocateur ! Bien Ă©videmment, lors de sa sortie Ă  l'orĂ©e des Seventies, le film fut quelque peu pointĂ© du doigt chez certains critiques pour son insolence insatiable, son arrogance, ses railleries et sa subversion (notamment le fait d'inciter au vol de voiture ou de poser nue Ă  un âge avancĂ©, ou encore de sa satire anti-militariste et de la diffĂ©rence d'âge disproportionnĂ©e du couple !), Ă  point tel qu'il fut interdit aux moins de 13 ans et 18 ans selon les pays oĂą il fut projetĂ©. 


Rien de bien rĂ©prĂ©hensible toutefois puisque le film se coltine depuis sa sortie une rĂ©putation irrĂ©fragable d'oeuvre culte indĂ©modable. FrĂ©quemment hilarant quant aux faux suicides qu'Harold Ă©labore pour tenter d'alerter sa mère pĂ©dante de son mal-ĂŞtre aristocrate, Harold et Maude est une bouffĂ©e d'air frais militant pour le politiquement incorrect avec une ironie dĂ©capante. Tant et si bien que les nombreux Ă©clats de rire qui Ă©maillent l'intrigue nous suscitent une pĂŞche communicative au grĂ© de ce road trip vertigineux sublimant l'existence en faisant fi des conventions aussi bien sociales que morales. L'oeuvre marginale, car fièrement indĂ©pendante, dĂ©complexĂ©e et dĂ©jantĂ©e dressant le portrait inusitĂ© d'un couple que tout sĂ©pare (ou presque) mais qui au fil de leur apartĂ© fondĂ© sur l'insouciance, le goĂ»t du risque, la soif de vie et le dĂ©sir de dĂ©couvertes auront bouleversĂ© Ă  jamais leur destin quant Ă  leur dĂ©nouement aussi bouleversant que salvateur. Spoil ! Maude ayant d'une noble façon (bien que brutale et prĂ©cipitĂ©e) sacrifiĂ© sa vie (parmi la luciditĂ© de son libre-arbitre) afin d'initier Harold Ă  l'Ă©mancipation en le privant de la peur du ridicule et en lui offrant la plus belle des romances. Fin du Spoil. Et ce sans jamais faire preuve de vulgaritĂ© ou de mauvais goĂ»t de la part du cinĂ©aste attentionnĂ©.


“Trop de fleurs s'Ă©panouissent sans ĂŞtre vues.”
Ainsi donc, Ă  travers l'inoubliable portrait de ce duo lunaire en proie Ă  une passion existentielle, Harold et Maude resplendit de 1000 feux sous l'impulsion du couple proverbial Ruth Gordon (infiniment dĂ©licieuse en mamie dĂ©calĂ©e !) / Bud Cort (on ne compte plus les fous-rires nerveux Ă  travers les mises Ă  mort sardoniques de son regard hĂ©bĂ©tĂ© !). Leur mutuelle exubĂ©rance donnant lieu Ă  un vibrant poème sur l'Ă©panouissement, le dĂ©sir et la douce folie de se diffĂ©rencier de l'ornière sous le pilier du score rassĂ©rĂ©nĂ© de Cat Stevens dans toutes les mĂ©moires.

*Bruno
2èx

Récompenses et distinctions:
Le film est 45e sur la liste des 100 films les plus drĂ´les de tous les temps de l'American Film Institute1.
Il est 69e sur la liste des films les plus romantiques de tous les temps du mĂŞme American Film Institute.
Il est 42e sur la liste des 100 films les plus drôles de la chaîne de télévision américaine Bravo.
En 1974, Hal Ashby a remporté un Espiga de Oro au Festival international du film de Valladolid.
En 1997, il a Ă©tĂ© sĂ©lectionnĂ© dans le National Film Registry de la Bibliothèque du Congrès pour ĂŞtre prĂ©servĂ© comme Ă©tant « culturellement, historiquement ou esthĂ©tiquement signifiant ».

lundi 19 avril 2021

Paiement Cash

                                                       Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

"52 Pick-Up" de John Frankenheimer. 1986. U.S.A. 1h50. Avec Roy Scheider, Ann-Margret, Vanity, John Glover, Clarence Williams III, Kelly Preston.

Sortie salles France: 14 Janvier 1987. U.S: 7 Novembre 1986

FILMOGRAPHIE: John Frankenheimer est un réalisateur américain né le 19 Février 1930 à New-York, décédé le 6 Juillet 2002 à Los Angeles. 1957: Mon père, cet étranger. 1961: Le Temps du châtiment. 1962: l'Ange de la Violence. Le Prisonnier d'Alcatraz. Un crime dans la tête. 1964: 7 Jours en Mai. Le Train. 1966: Grand Prix. l'Opération Diabolique. 1968: l'Homme de Kiev. 1969: Les Parachutistes arrivent. The Extraordinary Seaman. 1970: Le Pays de la Violence. Les Cavaliers. 1973: l'Impossible Objet. The Iceman Cometh. 1975: French Connection 2. 1977: Black Sunday. 1979: Prophecy le monstre. 1982: A Armes Egales. 1985: Le Pacte Holcroft. 1986: Paiement Cash. 1989: Dead Bang. 1990: The Fourth War. 1992: Les Contes de la Crypte (Saison 4, épis 10). 1992: Year of the Gun. 1996: l'Ile du Dr Moreau. 1997: George Wallace. 1996: Andersonville (téléfilm). 1998: Ronin. 2000: Piège Fatal. 2002: Sur le Chemin de la guerre.


Super thriller des annĂ©es 80 comme on ose plus en reproduire de nos jours, Paiement Cash joue la carte du divertissement solide Ă  travers sa grande efficacitĂ© aussi bien technique que narrative. John Frankenheimer, artiste pas aussi reconnu, possĂ©dant ce don innĂ© de nous captiver Ă  travers l'odieux chantage d'un trio de malfrats cupides en concertation meurtrière. Si bien qu'Harry Mitchell, industriel de Los Angeles, doit rassembler 100 000 dollars afin de ne pas Ă©bruiter son adultère avec une jeune mannequin de 22 ans. Alors que son Ă©pouse est en lice pour le conseil municipal, Harry se retrouve donc dans l'impasse d'avertir la police. Qui plus est, sa propre arme et ses empreintes ont Ă©tĂ© exploitĂ©s pour parfaire leur homicide. C'est alors qu'il dĂ©cide d'Ă©laborer une stratĂ©gie de dĂ©fense en montant les uns contre les autres les criminels davantage irascibles Ă  recevoir le butin rĂ©clamĂ©. Une intrigue classique, certes, mais redoutablement efficace et Ă©tonnamment brutale quant aux exactions de ses tueurs sans vergogne Ă©voluant autour de l'univers du X. 


Si bien que l'on reste encore aujourd'hui impressionnĂ© par la sĂ©quence de "snuf movie" si j'ose dire franchement crapuleuse et malaisante de par son rĂ©alisme Ă©peurant. John Frankenheimer recourant par ailleurs avec parcimonie Ă  quelques dĂ©tails morbides pour Ă©viter toute forme de racolage. Une autre sĂ©quence aussi brutale m'a d'ailleurs autant interpelĂ© lorsqu'une jeune femme est Ă  deux doigts de trĂ©passer, Ă©touffĂ©e par un coussin, et ce sans y prĂ©dire l'issue de son sort. C'est dire si Frankenheimer est en pleine maĂ®trise de ses moyens pour nous faire douter de sa situation d'extrĂŞme urgence Ă  la violence aussi rigoureuse que tendue. Pour ce faire, il compte notamment sur la tagline d'Hitchcock (Plus le mĂ©chant est rĂ©ussi, meilleur le film sera) pour rehausser son intensitĂ© dramatique Ă  travers le portrait d'un trio de malfrats Ă  l'ironie sardonique. Notamment auprès de deux d'entre eux jouant les harceleurs gouailleurs avec un flegme dĂ©tendu. Au-delĂ  de ces trois profils gĂ©nialement mis en valeur, on peut enfin compter sur l'autoritĂ© virile de Roy Scheider endossant "le blaireau" avec une classe charismatique Ă  la fois contrariĂ©e et tranquille. Quand bien mĂŞme Ann-Margret lui partage la vedette dans le rĂ´le de l'Ă©pouse trompĂ©e avec une maturitĂ© posĂ©e (exit donc le clichĂ© trivial du crĂŞpage de chignon revanchard mĂŞme si une sĂ©quence s'y prĂŞte un peu succinctement). 


Excellent thriller parfaitement dirigé et interprété à travers un affrontement tendu entre la victime et les tueurs, Paiement Cash transpire l'amour du genre dans sa facture de série B de luxe (estampillée Cannon !) déployant une verve sardonique incisive pour tenir lieu de sa violence crapuleuse. A redécouvrir d'urgence tant le film dégage un magnétisme infaillible au rythme d'une bande-son avenante symptomatique des années 80 !

*Bruno
3èx

jeudi 15 avril 2021

Embryo

                                     Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site blu-ray.com

de Ralph Nelson. 1976. U.S.A. 1h44. Avec Rock Hudson, Barbara Carrera, Diane Ladd, Roddy McDowall, Anne Schedeen, Jack Colvin, Joyce Brothers.

Sortie salles U.S: 21 Mai 1973

FILMOGRAPHIERalph Nelson est un rĂ©alisateur amĂ©ricain, nĂ© le 12 AoĂ»t 1916 Ă  New York, dĂ©cĂ©dĂ© le 21 DĂ©cembre 1987 Ă  Santa Monica. 1962: Requiem for a Heavyweight. 1963: Le Lys des champs. 1963: La Dernière Bagarre. 1964: Le Crash MystĂ©rieux. 1964: Grand MĂ©chant loup appelle. 1966: La Bataille de la VallĂ©e du Diable. 1968: La Symphonie des hĂ©ros. 1968: Charly. 1970: Soldat Bleu. 1972: La Colère de Dieu. 1975: Le Vent de la Violence. 1976: Embryo. 1979: Christmas Lilies of the Field (tĂ©lĂ©-film). 


"Le film que vous allez voir n'est pas totalement de la science-fiction. Il repose sur une technologie mĂ©dicale qui est couramment mise en pratique pour le dĂ©veloppement foetal extra-utĂ©rin. Ce qui va suivre sera peut-ĂŞtre possible demain si ce ne l'est dĂ©jĂ  aujourd'hui." 
Charles R. Brinkman, docteur en médecine.

Si dans la filmo de Ralph NelsonSoldat Bleu reste l'une de ses oeuvres les plus connues, dures et marquantes, on a tendance Ă  oublier que durant cette mĂŞme dĂ©cennie il nous concocta une sĂ©rie B horrifique avant-gardiste Ă  travers le thème de la manipulation gĂ©nĂ©tique, qui plus saturĂ©e d'une inopinĂ©e ambiance malsaine lors de sa seconde partie dĂ©nuĂ©e de concession. Le pitchGrâce Ă  un remède, un chirurgien rĂ©ussit Ă  sauver la vie d'un foetus canin en accĂ©lĂ©rant sa croissance. Il dĂ©cide ensuite de tenter l'expĂ©rience sur celui d'un humain, ce qui donnera naissance Ă  une jeune femme prĂ©maturĂ©e. Mais au fil de son apprentissage existentiel, et afin de prĂ©server sa propre survie, elle s'Ă©pargne de moralitĂ© pour parvenir Ă  ses fins. Sur un argument scientifique visionnaire (la technologie du dĂ©veloppement foetal extra-utĂ©rin) accouplĂ© au fameux mythe de Frankenstein (en l'occurrence, crĂ©er la vie Ă  partir d'un embryon humain), Ralph Nelson joue la carte de la science-fiction et de l'horreur clinique. La première partie, particulièrement prenante car oh combien passionnante et prĂ©venante, traite de la pĂ©dagogie Ă©volutive du cobaye fĂ©minin Ă  la fois fureteuse, Ă©rudite et sagace Ă  observer sa condition de vie ainsi que ses progrès cĂ©rĂ©braux et cognitifs tout en se familiarisant auprès de son entourage (notamment celui fidèle avec le chien cerbère qui l'accompagne lors de ses dĂ©placements).  


Avec une certaine ironie (la partie d'Ă©chec improvisĂ©e entre Victoria et le champion irascible) et lĂ©gèretĂ© (sa relation davantage romanesque avec le Dr Holliston), le rĂ©alisateur rĂ©ussit Ă  nous familiariser auprès de la bonhomie de ces amants livrĂ©s au secret inavouable. Mais surtout, il parvient facilement Ă  nous attacher auprès de la candeur de cette femme lascive fĂ©rue de curiositĂ© et de soif de dĂ©couverte pour tout ce que reprĂ©sente la vie. IncarnĂ© par Barbara Carrerra, cette ancienne mannequin parvient Ă  livrer sa plus belle performance d'actrice tant elle rĂ©ussit Ă  insuffler Ă  son personnage autant d'attachement et d'empathie (de par son innocence infantile) que d'effroi (se dĂ©termination dĂ©sespĂ©rĂ©e Ă  subvenir Ă  sa survie sans pouvoir faire preuve de discernement). Pour cause, en jouant autant sur le charme de sa silhouette charnelle que sa physionomie Ă©trangement impassible, la comĂ©dienne suscite un magnĂ©tisme trouble auprès du spectateur attentif Ă  ses expressions hĂ©tĂ©roclites. D'ailleurs, lors de la seconde partie, elle rĂ©ussit tellement Ă  nous communiquer un malaise diffus Ă  travers ses actes perfides qu'elle vole quasiment la vedette Ă  l'excellent Rock Hudson, endossant ici avec un humanisme circonspect le rĂ´le du Frankenstein dĂ©chu. Si au prĂ©alable, et hormis la prĂ©sence inquiĂ©tante du chien cerbère fidèle Ă  sa maĂ®tresse, l'ambiance lĂ©gère laissait distiller une atmosphère avenante face Ă  la dĂ©fĂ©rence de Victoria, la suite adoptera un virage Ă  180° lorsque cette dernière cumule les malaises corporels. Qui plus est, par l'entremise d'une partition musicale dissonante, le climat ombrageux devient beaucoup plus tendu au fil de sa dĂ©gĂ©nĂ©rescence morale et corporelle. Spoil ! Car rendue accro Ă  divers produits qu'elle doit s'injecter pour pallier sa douleur, celle-ci se soumettra finalement Ă  l'irrĂ©parable pour sa quĂŞte de survie. Car insatiable de pouvoir perdurer son existence et remplie de lâchetĂ©, Victoria ira jusqu'Ă  commettre des exactions meurtrières dans une ambition purement Ă©gotiste Fin du Spoil. Avec une audace glauque,  Ralph Nelson enfonce le clou lors de son dernier acte Ă©prouvant particulièrement sordide. Si bien que le spectateur, tour Ă  tour incommodĂ©, empathique et malaisant, est contraint d'observer la dĂ©chĂ©ance (sournoise) d'une femme objet noyĂ©e de dĂ©sespoir mais livrĂ©e Ă  ses instincts les plus bas. 


Une perle hybride des annĂ©es 70 gardant intacte son odeur de souffre. 
Jalon d'horreur dĂ©viante transplantĂ© dans le cadre d'une science-fiction alarmiste, Embryo joue la carte d'une ambiance faussement rassurante peu Ă  peu gangrenĂ©e par les motivations meurtrières d'une mutante dĂ©catie en proie Ă  une poignante dĂ©liquescence morale. Anxiogène, opaque et dĂ©stabilisant, Embryo doit beaucoup de son intensitĂ© grâce Ă  l'intelligence de son propos dĂ©criĂ©, Ă  la sobriĂ©tĂ© de son Ă©tonnant casting et Ă  sa rĂ©alisation solide (toute aussi Ă©tonnante !) instillant un climat d'inquiĂ©tude hautement malsain. 

*Bruno
15.04.21. 4èx
05.07.13. 86 v

mardi 13 avril 2021

Nomadland. Lion d'Or, Mostra de Venise 2020.

                                                       Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

de Chloé Zhao. 2020. U.S.A. 1h47. Avec Frances McDormand, David Strathairn, Linda May, Charlene Swankie, Bob Wells, Peter Spears.

Sortie salles France: 12 Mai 2021. U.S: 19 Février 2021

FILMOGRAPHIEChloĂ© Zhao est une scĂ©nariste et rĂ©alisatrice chinoise, nĂ©e le 31 mars 1982 Ă  PĂ©kin. 2008 : Post (court mĂ©trage). 2009 : The Atlas Mountains (court mĂ©trage). 2010 : Daughters (court mĂ©trage). 2011 : Benachin (court mĂ©trage). 2015 : Les Chansons que mes frères m'ont apprises (Songs My Brothers Taught Me). 2017 : The Rider. 2020 : Nomadland. 2021 : Eternals. 


"Rien ne suscite plus grande mélancolie que l'idée de ne pas connaître tous les êtres qu'on aurait pu aimer, qu'on va mourir avant d'avoir pu les rencontrer."
C'est une vague Ă  l'âme qui m'assaille promptement l'esprit Ă  travers ce splendide voyage initiatique d'une nomade sclĂ©rosĂ©e sillonnant les vastes contrĂ©es Ă  bord de son van en tentant d'accepter la mort de son Ă©poux. Cette aura de spleen si communicative que retransmettent communĂ©ment sa nature environnante et ces nomades du 3è âge demeure parfois mĂŞme Ă©prouvante, pour ne pas dire malaisante; de par ce malaise existentiel qu'insuffle Frances McDormand dans celle d'une itinĂ©rante en quĂŞte d'une forme d'exutoire. Ainsi, 1h47 durant, la rĂ©alisatrice chinoise ChloĂ© Zhao nous radiographie ce fragile portrait de femme esseulĂ©e avide d'espace et de grand air Ă  travers la simplicitĂ© d'une existence primale renouant avec le sens du partage, de la douceur de vivre et de la camaraderie. 


Hymne Ă  la vie donc, Ă  la mĂ©lancolie des souvenirs et de nos chers disparus, cantique Ă  l'amour sous toutes ses formes, tant animale, vĂ©gĂ©tale ou humaine, Nomadland bouleverse nos fiĂ©vreux sentiments de par sa profonde humanitĂ© teintĂ©e de dĂ©sespoir quant Ă  ces retraitĂ©s contraints de vivre sous le seuil de pauvretĂ© Ă  la suite de leur pension prĂ©caire. Il s'agit donc un road trip contemplatif que nous exprime la rĂ©alisatrice avec autant de pudeur que de langueur quant aux pĂ©rĂ©grinations de Fern littĂ©ralement amoureuse du grand air mais pour autant dĂ©munie Ă  tenter de retrouver un havre de paix au sein de ce no man's land non dĂ©nuĂ© de lueur d'espoir quant aux retrouvailles du lendemain. ProfondĂ©ment mĂ©lancolique et bouleversant jusqu'au malaise moral (en mode dĂ©prime, vous voilĂ  avertis), Nomadland interpelle par l'acuitĂ© de son onirisme naturaliste et de son humanisme candide en quĂŞte d'un ailleurs libĂ©rateur. Le portrait d'une femme en berne rĂ©futant de renouer avec les sentiments par crainte de la mort et de l'apprĂ©hension de souffrir. 


*Bruno

Apport de l'UHD: 10.

Récompenses
Mostra de Venise 2020 : Lion d'or
Satellite Awards 2021 :
Meilleur film
Meilleur réalisateur
Meilleure actrice pour Frances McDormand
Golden Globes 202110 :
Meilleur film dramatique
Meilleur réalisateur
BAFTA 2021 :
Meilleur film
Meilleur réalisateur
Meilleure actrice pour Frances McDormand
Meilleure photographie

lundi 12 avril 2021

Asphalte

                                                Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

de 1981. France. 1h38. Avec Carole Laure, Jean-Pierre Marielle, Jean Yanne, Philippe Ogouz, Louis Seigner, Danièle Lebrun, Nicole Vassel, René Bouloc, Daniel Sarky

Sortie salles France: 7 Janvier 1981

FILMOGRAPHIEDenis Amar est un rĂ©alisateur français nĂ© le 10 juin 1946 Ă  Paris, vivant Ă  Paris et au Cap Ferret. 1981 : Asphalte. 1984 : L'Addition. 1987 : Ennemis intimes. 1989 : Hiver 54, l'abbĂ© Pierre. 1991 : Contre l'oubli. 1997 : Saraka bĂ´. 


“L'horreur d'un accident qu'on dĂ©couvre sur sa route provient de ce qu'il est de la vitesse immobile, un cri changĂ© en silence (et non pas du silence après un cri).”
Fort mĂ©connu et très peu diffusĂ© Ă  la TV, Asphalte est une bien Ă©trange curiositĂ© se taillant aujourd'hui une nouvelle rĂ©surrection grâce Ă  sa sortie commerciale Blu-ray Ă©ditĂ©e chez Studio Canal. Chroniques d'une vie ordinaire si j'ose dire, le rĂ©cit ultra simpliste s'intĂ©resse aux pĂ©rĂ©grinations de Juliette Delors tentant de retrouver son ami après que celui-ci lui laissa son vĂ©hicule appartenant Ă  sa maĂ®tresse. Ainsi, au fil de ses itinĂ©raires routiers, et entre deux arrĂŞts sur aires de repos, Juliette croise une foule de quidams tantĂ´t harceleurs, tantĂ´t amiteux, tantĂ´t inquiĂ©tants. En intermittence, le rĂ©alisateur s'intĂ©resse notamment au comportement irresponsable d'un couple accompagnĂ© de leur enfant sur leur toute de  vacances, quand bien mĂŞme un quidam quinquagĂ©naire arpente les autoroutes de manière dĂ©tachĂ©e après avoir perdu son fils lors d'un carambolage. 

Quel sentiment trouble d'avoir participĂ© Ă  ce manifeste contre les violences routières au sein d'une rĂ©alisation personnelle aussi qualitative que dĂ©routante. A l'instar de ses quelques traits de dĂ©rision et de situations volontairement ubuesques Ă©manant de personnages lunaires afin de s'extirper de l'ornière. C'est d'ailleurs grâce au soin de cette mise en scène oscillant les ruptures de ton et au jeu convaincant des comĂ©diens qu'Asphalte cultive tout son intĂ©rĂŞt pour aborder le thème de la violence routière du point de vue de quelques tranches de vie peu attentifs au problème de la vitesse. Outre ses acteurs reconnus (Jean-Pierre Marielle, Jean Yanne) et quelques brèves apparitions surprises nĂ©ophytes (Christophe Lambert, Richard Anconina), Asphalte nous magnĂ©tise grâce Ă  la prĂ©sence irradiante de Carole Laure de par sa douce beautĂ© tĂ©nĂ©breuse. LittĂ©ralement sublime et omniprĂ©sente Ă  l'Ă©cran, la brune incendiaire promène sa dĂ©gaine sensuelle avec un naturel innocent eu Ă©gard de son comportement Ă  la fois naĂŻf et versatile auprès d'une gente masculine très sensible Ă  ses formes charnelles. Quand bien mĂŞme au fil de son parcours hĂ©sitant, elle finira par rencontrer une main secourable apte Ă  lui changer son destin Spoil ! après avoir failli perdre la vie Fin du Spoil

Difficilement saisissable et toujours improvisĂ© de situations tantĂ´t dĂ©calĂ©es, tantĂ´t lĂ©gères, tantĂ´t graves; Asphalte laisse une impression trouble d'avoir participer Ă  un OVNI jalonnĂ© de 2/3 sĂ©quences de carambolages très impressionnantes (cascades exĂ©cutĂ©s par le spĂ©cialiste Remy Julienne). Comme le souligne d'ailleurs son final Ă  la fois terrifiant et traumatique illustrant avec un vĂ©risme glaçant les consĂ©quences de notre comportement irresponsable au volant. Quand bien mĂŞme pour renforcer le malaise et cultiver un certain parti-pris baroque, Denis Amar redouble le danger Spoil ! avec une fortuite agression animale d'une brutalitĂ© incisive Fin du Spoil. A dĂ©couvrir tout en prenant conscience de son contenu biscornu Ă©maillĂ© de dĂ©tails saugrenus. 

*Bruno

samedi 10 avril 2021

Contracted

                                                    Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

de Eric England. 2013. U.S.A. 1h23. Avec Najarra Townsend, Caroline Williams, Alice Macdonald, Katie Stegeman, Matt Mercer, Charley Koontz.

Sortie salles France: ?. U.S: 22 Novembre 2013

FILMOGRAPHIEEric England est un rĂ©alisateur, scĂ©nariste, producteur et acteur amĂ©ricain nĂ© le 23 FĂ©vrier 988 en Arkansas. Hellbent (announced).  The Sirens (announced). 2018 Josie. 2017 Get the Girl. 2013 Contracted. 2013 Chilling Visions: 5 Senses of Fear (segment "Taste"). 2013 Roadside. 2011 Madison County. 2010 Hostile Encounter. 


Directement passĂ© en DTV chez nous lors de sa sortie en 2013, Contracted demeure une assez rĂ©jouissante surprise pour qui raffole d'horreur viscĂ©rale placĂ©e sous le signe de la sĂ©rie B nausĂ©euse. Le pitch, somme toute linĂ©aire, retraçant au compte goutte la dĂ©gĂ©nĂ©rescence corporelle et morale d'une jeune lesbienne après une relation sexuelle avec un inconnu abordĂ© lors d'une soirĂ©e festive. Ainsi, la force de cette farce vitriolĂ©e contre les MST (et autre mĂ©taphore sur le SIDA) rĂ©side dans son efficacitĂ© Ă  cumuler de manière mĂ©tronome les dĂ©sagrĂ©ments physiques de la victime davantage erratique dans sa condition recluse de ne pouvoir s'appuyer sur une main secourable afin de s'extirper de son enfer. Et ce en dĂ©pit du tĂ©moignage dĂ©muni de sa mère (dĂ©daigneuse) s'efforçant de comprendre son triste châtiment en dĂ©pit de leur sempiternel conflit familial. Par consĂ©quent, de par son horreur parfois organique effleurant le cinĂ©ma clinique de Cronenberg, on est plutĂ´t Ă©branler Ă  contempler ses malaises corporels Ă  renfort de pustules, filets de veines noires striĂ©es sur son corps, vomissures de sang dans l'Ă©vier ou la cuvette des chiottes, yeux livides et Ă©raillĂ©s au point de les planquer sous des lunettes noires, perte progressive des ongles, asticots extraits de son vagin, etc, etc. C'est donc avec une rĂ©elle efficacitĂ© que le rĂ©alisateur Eric England exploite son horreur vomitive parmi le concept d'une sĂ©rie B bien troussĂ©e, et ce parmi l'empathie Ă©prouvĂ©e pour la victime que Najarra Townsend endosse Ă  l'aide d'une force d'expression constamment tendue. 


Le rĂ©alisateur oscillant Ă©tonnamment les ruptures de ton avec un certain risque. Entre rĂ©alisme documentĂ© et grand-guignol ostentatoire quant au dĂ©lire de son final jusqu'au-boutiste quitte Ă  effleurer le ridicule, tout du moins auprès des pisse-froids. Car Contracted a beau partir en live lors de son ultime demi-heure dĂ©sincarnĂ©e, poème morbide sur la folie homicide d'une zombie putrescente, on continue pour autant de croire Ă  sa dĂ©liquescence morale au grĂ© de sa condition dĂ©munie de n'y trouver aucune Ă©chappatoire. Son terrible manque d'affection, d'appui amical et sentimental la contraignant de se vautrer dès lors dans une vendetta aveugle lors de ses instants de panique et d'impuissance de dernier ressort (notamment après y avoir consultĂ© un praticien plutĂ´t dĂ©tachĂ©, pour ne pas dire Ă  cĂ´tĂ© de la plaque lors de ses rĂ©flexions prĂ©mâchĂ©es). D'autre part, on peut attribuer Ă  Eric England de cĂ©der Ă©galement Ă  la facilitĂ© et aux incohĂ©rences auprès de quelques seconds-rĂ´les si peu effrayĂ©s par l'apparence estropiĂ©e de Samantha littĂ©ralement rĂ©pugnante. A l'instar de cet hallucinant coĂŻt amorcĂ© avec l'un de ses compagnons rĂ©solument indiffĂ©rent Ă  son physique fĂ©tide. De toute Ă©vidence, un prĂ©texte trivial d'y forcer le trait du dĂ©goĂ»t auprès du spectateur Ă©baubi assistant, les yeux apeurĂ©s, Ă  leurs Ă©bats dĂ©gueulbifs oĂą s'y mĂŞleront finalement gerbes de sang et asticots Ă©vacuĂ©s des parties gĂ©nitales. 


Moi Zombie, chronique de la dégradation.
A mi-chemin entre une horreur viscĂ©rale très rĂ©aliste, au point d'y insuffler Ă  moult reprises les hauts le coeur auprès des spectateurs les plus chĂ©tifs, et une horreur grand-guignol en seconde partie incongrue, Contracted ne laisse nullement indiffĂ©rent Ă  contempler avec autant d'apprĂ©hension que de dĂ©goĂ»t la dĂ©chĂ©ance de cette victime zombifiĂ©e condamnĂ©e Ă  la solitude. Tant et si bien que l'on pardonne ces grosses ficelles susnommĂ©es Ă  condition d'y prĂ©server en cours de route un certain esprit second degrĂ© Ă  travers la tournure dĂ©bridĂ©e de cette Ă©pouvantable farce morbide. A dĂ©couvrir, pour public averti.

*Bruno