jeudi 30 août 2018

LA LONGUE NUIT DE L'EXORCISME

                                               Photo empruntée sur Google, appartenant au site jambo-congo.net

"Non si sevizia un paperino / Ne torturez pas le caneton" de Lucio Fulci. 1972. Italie. 1h48. Avec Barbara Bouchet, Tomas Milian, Florinda Bolkan, Marc Porel, Ugo D'Alessio, Georges Wilson,  Irene Papa.

Sortie salles Italie: 29 septembre 1972. France: 22 mars 1978 (Int - 18 ans)

FILMOGRAPHIE SELECTIVE: Lucio Fulci est un réalisateur, scénariste et acteur italien, né le 17 juin 1927 à Rome où il est mort le 13 mars 1996. 1966: Le Temps du Massacre, 1969 : Liens d'amour et de sang , 1971 : Carole, 1971: Le Venin de la peur,1972 : La Longue Nuit de l'exorcisme, 1974 : Le Retour de Croc Blanc, 1975: 4 de l'Apocalypse, 1976: Croc Blanc, 1977 : L'Emmurée vivante, 1979: l'Enfer des Zombies, 1980 : la Guerre des Gangs, 1980 : Frayeurs, 1981 : Le Chat noir, 1981 : L'Au-delà, 1981 : La Maison près du cimetière , 1982 : L'Éventreur de New York , 1984 : 2072, les mercenaires du futur, Murder Rock, 1986 : Le Miel du diable , 1987 : Aenigma, 1988: Quando Alice ruppe lo specchio, 1988 : les Fantomes de Sodome, 1990 : Un chat dans le cerveau, 1990 : Demonia, 1991 : Voix Profondes, 1991 : la Porte du Silence.


Le Village des Damnés
Un an après Le Venin de la PeurLucio Fulci emprunte à nouveau la voie du thriller. Non pas le Giallo comme aiment à le souligner certains critiques spécialistes si bien que selon mon raisonnement personnel nous n'avons pas ici affaire au traditionnel tueur ganté décimant à l'arme blanche de charmantes demoiselles dénudées dans un stylisme charnel typiquement latin. On peut d'ailleurs préciser que son titre franchouillard mercantileLa Longue Nuit de l'Exorcisme, fut simplement exploité pour concurrencer le phénoménal succès de l'Exorciste de Friedkin. Et donc on lui préfèrera son titre initial beaucoup plus subtil et insolite traduit en français par "Ne torturez pas le caneton". Bizarrement, le film ne sortira chez nous que 6 ans après sa sortie officielle, en 1978. Dans un village Sicilien, une série d'infanticides sans mobile apparent ont lieu. La police dubitative des agissements du meurtrier enquête vainement avant de s'orienter vers un présumé coupable, un demeuré attardé. La population davantage contrariée ne tarde pas à s'envenimer alors qu'un autre potentiel suspect, la "sorcière" du village, est devenue leur nouvelle cible. Avertissement aux âmes prudes ! La Longue Nuit de l'Exorcisme aborde le thème brûlant de l'infanticide parmi l'audace d'un climat à la fois redoutablement pervers et licencieux ! Et ce sans se vautrer dans la complaisance (si on écarte la séquence discutable - chez certains - du lynchage puissamment tragique ou de la victime dévalant une falaise !). Ca démarre fort avec la découverte incongrue du vestige d'une sauvageonne  exhumant le cadavre d'un squelette infantile. On enchaîne ensuite avec une éventuelle partie de jambes en l'air négociée entre adultes consentants au sein d'une grange, alors que l'idiot du village tente de les zyeuter par des volets entrebâillés. On témoigne ensuite d'une allusion "pédophile" entre une jeune femme aguicheuse entièrement nue et un enfant à peine âgé de 12 ans. Une situation éhontée quant aux provocations verbales de la pécheresse intimidant le marmot devenu voyeur malgré lui, car aussi gêné qu'attiré par son anatomie sexuelle. Cette séquence subversive profondément dérangeante mais entièrement soumise au pouvoir de suggestion (notamment à travers les échanges de regards complices pleins de contradiction et de complexité) aurait sans doute rencontré aujourd'hui de sérieux problèmes avec dame censure ! D'ailleurs à sa sortie, un esclandre éclata si bien que que l'actrice accusée de détournement de mineur fut convoquée par le parquet afin de prouver durant une scène de nue qu'il s'agissait d'un nain filmé de dos lorsque celui-ci lui ramène une boisson.


Ainsi, c'est à travers le climat solaire d'un paysage rural de l'Italie profonde que Lucio Fulci nous dépeint son histoire soigneusement structurée. Une investigation de longue haleine où chacun des protagonistes pourrait être le suspect idéal. En pourfendeur, le cinéaste brasse des tabous afin de dresser le tableau peu reluisant d'une population métayère intolérante, rétrograde et xénophobe envers l'étranger natif de l'urbanisation. Il pointe du doigt le fanatisme d'une religion sectaire endoctrinée dans le rigorisme et donc abrutissant sa population effrayée par le progrès car préférant s'isoler dans les superstitions afin d'excuser des strangulations commises sur leurs enfants. L'incroyable séquence de lapidation à coups de triques et de chaîne démontre bien avec un réalisme insupportable l'animosité de ces esprits archaïques dans leur justice expéditive déliquescente. Cette agression gratuite d'une cruauté inouïe (et anticipant la torture du peintre crucifié de l'Au-dela) s'avérant à la fois insoutenable et bouleversante. Fulci prenant soin de scander ce lynchage de groupe d'une mélodie élégiaque accentuant le caractère pathétique de leur acte d'une impardonnable lâcheté. Quand bien même la victime moribonde se traînera le corps jusqu'à proximité d'une autoroute alors qu'aucun automobiliste n'aura le réflexe de lui prêter main forte. Abrupt et nihiliste jusqu'au bout des ongles ! Pendant ce temps, le coupable sans visage court toujours et poursuit ses odieux méfaits en toute tranquillité ! Et ce avant qu'un journaliste et la donzelle pédo ne se concertent pour mieux mener l'enquête. Quand au dénouement à la fois inquiétant, trouble, haletant puis intense, notamment dans les confrontations musclées, il ne déçoit pas quant à l'identité du coupable et la tare cérébrale de son mobile. Niveau casting, la sublime  Barbara Bouchet casse son image glamour pour incarner une allumeuse cynique tributaire de son addiction pour la drogue et de ces fantasmes pédophiles. Le spectateur étant autant séduit par sa silhouette sexy qu'évidemment dérangé par son immoralité  condamnable.  Secondé par Tomas Milian (l'homme au 1000 visages !) lors d'un second chapitre narratif aussi vicié que captivant, l'acteur impose son charisme viril pour incarner un journaliste avisé délibéré à démystifier cette sombre histoire d'infanticide en menant indépendamment ses propres recherches. Pour parachever ces éminentes têtes d'affiche parmi une présence iconique, je déclare ma flamme à la beauté si contrariée de Florinda Bolkan se glissant dans le corps névrotique d'une sorcière superstitieuse traumatisée par son deuil infantile puis ensuite lynchée dans un fracas de violence putassières ! Une séquence extrême donc d'une intensité dramatique inégalée pour les amateurs d'horreur crapoteuse franchement gênés par une bestialité sans retenue !


Les Enfants de la perversion. 
De par son atmosphère malsaine subtilement méphitique et sa galerie indécente de personnages ignares sombrant dans la corruption, voir le meurtre chez certains, La Longue nuit de l'exorcisme  transfigure le thriller rural sous le pilier d'une intrigue couillue aussi pestilentielle qu'étonnamment poignante. Fulci soulignant avec fougue et émotion (on sent que le sujet lui tient particulièrement à coeur) une diatribe contre l'obscurantisme, le fanatisme et les superstitions au rythme mélancolique de l'inoubliable tube d'Ornella Vanoni ! Un chef-d'oeuvre marginal inscrit dans la douleur et les larmes d'une innocence pervertie par son idéologie rétrograde. 

Note (wikipedia): À cause de son pitch critiquant l'Église catholique, le film fut inscrit sur liste noire et ne connu qu'une faible exploitation à travers l'Europe. Avant l'arrivée d'un DVD en 2000, il n'était jamais sorti aux États-Unis.

* Bruno
30/08/18. 4èx
18.01.11.  475 vues

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