"Long Weekend" de Colin Egleston. 1978. Australie. 1h32. Avec John Hargreaves, Briony Behets, Mike McEwen, Roy Day, Michael Aitkens.
Sortie salles France: 30 Juillet 1980. U.S/Australie: 29 Mars 1979
FILMOGRAPHIE: Colin Eggleston est un réalisateur australien, né le 23 Septembre 1941 à Melbourne, décédé le 10 Août 2002 à Genève. 1977: Fantasm Comes Again (pseudo Eric Ram). 1978: Long Week-end. 1982: The Little Feller. 1984: Innocent Prey. 1986: Cassandra. 1986: Dakota Harris. 1986: Body Business (télé-film). 1987: Outback Vampires.
En 1978 surgit sur les Ă©crans un modeste film australien au budget dĂ©risoire, signĂ© d’un metteur en scène nĂ©ophyte dirigeant brillamment deux comĂ©diens encore mĂ©connus. Ă€ la surprise gĂ©nĂ©rale, les rĂ©compenses pleuvent — Ă rebours de l’accueil glacial rĂ©servĂ© par son propre pays ! Antenne d’Or Ă Avoriaz, Prix SpĂ©cial du Jury, Prix de la Critique au Rex de Paris, Meilleur Film, Meilleur Acteur pour John Hargreaves, Prix du Jury Ă Sitges… Rien que ça.
Quelques dĂ©cennies plus tard, remake amorcĂ©, ce chef-d’Ĺ“uvre Ă©colo (terriblement actuel !) conserve intact son pouvoir de fascination, irradie d’un environnement naturel follement anxiogène, presque vĂ©nĂ©neux.
Un couple au bord de la rupture tente de se rĂ©concilier le temps d’un long week-end dans une nature sauvage, Ă proximitĂ© d’une plage. Après avoir plantĂ© leur tente sur un bout de terrain vierge, des phĂ©nomènes naturels inexplicables surviennent — comme si le monde vĂ©gĂ©tal voulait leur peau.
Avec une Ă©conomie de moyens et sans la moindre outrance spectaculaire, Long Weekend distille une peur rampante, par le biais d’une intrigue d’une rare originalitĂ©. Un couple en dĂ©rive conjugale tente une seconde chance, s’Ă©chappe vers une nature bucolique pour quelques jours.
Dès l’introduction, Eggleston pose un univers Ă©colo inquiĂ©tant, puis s’attarde avec prĂ©cision sur ce couple antipathique, dĂ©nuĂ© de toute considĂ©ration pour la faune et la flore. Le mari, bornĂ©, amateur de chasse et de camping, passe son temps Ă inspecter la vĂ©gĂ©tation avant de dĂ©charger, sans remords, ses cartouches sur tout ce qui bouge — volatiles, mammifères, peu importe.
Elle, frustrĂ©e sexuellement, irascible Ă cause d’un avortement et d’un adultère, s’ennuie en silence, se dore la pilule en lisant des magazines Ă©rotiques. Impassible Ă la beautĂ© sauvage, encore plus irrĂ©vĂ©rencieuse et haĂŻssable que son mari. Quand un rapace attaque ce dernier, elle Ă©crase un Ĺ“uf contre un tronc d’arbre — geste de rancune froide, presque sadique.
Peu Ă peu, leur relation dĂ©lĂ©tère se dĂ©chire un peu plus, attisĂ©e par des Ă©vĂ©nements troublants : des cris d’animaux affolĂ©s, Ă©plorĂ©s, des bruits Ă©tranges, organiques, venant des fourrĂ©s.
Mais après avoir sacrifiĂ© des mammifères, piĂ©tinĂ© une forĂŞt vierge, la nature elle-mĂŞme semble rĂ©clamer vengeance. Eggleston orchestre alors une montĂ©e en tension redoutable, issue de ces comportements primaires, Ă©goĂŻstes, d’un couple immature dĂ©versant sa rage, son dĂ©ni, sur le monde autour d’eux.
L’ambiance devient suffocante. L’animositĂ© entre les personnages, les Ă©vĂ©nements inexpliquĂ©s, l’insĂ©curitĂ© croissante, tout cela gĂ©nère une atmosphère dĂ©pressive, un climat visuel oppressant, presque claustrophobe.
La dernière partie, une course de survie dĂ©sespĂ©rĂ©e, rend palpable cette menace invisible, mais sourde, persistante, quasi mystique. Le spectateur, pris au piège, assiste impuissant Ă leur lassitude morale, leur chute intĂ©rieure, sous l’effet d’une dramaturgie escarpĂ©e et d’un humour noir abrasif.
Trois sĂ©quences, gĂ©nialement ubuesques, forment un triptyque d’anthologie : ironiques, cruelles, mais teintĂ©es de compassion face Ă ce duo pathĂ©tique, englouti par ses propres travers.
Et sans jamais sombrer dans l’esbroufe, Colin Eggleston façonne, avec une subtilitĂ© rare, un cauchemar Ă©colo hypnotique, aux cimes du fantastique. Le malaise, profond et rampant, s’empare de notre psychĂ© aussi violemment que de celle des protagonistes.
L’effet de suggestion — vĂ©nĂ©neux, feutrĂ© — installe une terreur implacable au cĹ“ur d’un Ă©crin naturel devenu hostile.
Chef-d’Ĺ“uvre atypique, formellement vertigineux, Long Weekend nous laisse en Ă©tat de transe dès le gĂ©nĂ©rique final. Il nous interroge, en filigrane, sur la cause animale, sur la vengeance d’une nature bafouĂ©e, face Ă la plus grande menace que la planète ait jamais connue :
l’homme.
16.10.18. 4èx
10.01.12 (789 vues)
Récompenses: Prix Spécial du Jury, Prix de la critique au festival du Rex à Paris en 1979.
Antenne d'Or au Festival d'Avoriaz en 1979.
Meilleur Film, Meilleur Acteur (John Hargreaves), Prix du Jury de la critique internationale de Sitges en 1978.





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