jeudi 31 juillet 2014

LA MAISON DE CIRE (House of Wax)

                                                                                  Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Allocine.fr

de Jaume Collet-Serra. 2005. U.S.A./Australie 1h37. Avec Elisha Cuthbert, Chad Michael Murray, Brian Van Holt, Paris Hilton, Jared Padalecki, Jon Abrahams.

Sortie salles France: 25 Mai 2005

FILMOGRAPHIE: Jaume Collet-Serra est un rĂ©alisateur catalan, nĂ© le 23 Mars 1974 Ă  Barcelone.
2005: La Maison de Cire. 2007: Goal 2: La Consécration. 2009: Esther. 2011: Sans Identité. 2014: Non-Stop. 2014: Run all Night.


Par le réalisateur de l'excellent Esther, Jaume Collet-Serra avait déjà montré ses preuves dans le domaine horrifique avec La Maison de Cire, une relecture moderne du classique d'André De Toth, l'Homme au masque de cire. Et pour une première réalisation, on peut déjà vanter son savoir-faire à avoir su gérer suspense et angoisse à partir d'un scénario éculé mais plus retors qu'il n'y parait. Clairement influencé par le slasher et afin de rameuter la nouvelle génération, La Maison de Cire reprend le canevas traditionnel d'une bande de vacanciers exilés à la campagne et tombant un à un dans les mailles d'un tueur sans pitié. Si la première partie n'évite pas la redite dans sa représentation caricaturale d'ados écervelés s'éclatant autour du sexe et de l'alcool, la suite adopte une tournure plus intéressante lorsque deux d'entre eux se retrouvent infiltrés au sein d'un village fantôme par l'amabilité d'un redneck interlope. Epaulé d'une somptueuse photographie, l'ambiance rétro qui émane de cet endroit touristique atteint son apogée lors de la visite du musée entièrement façonné de cérumen. Car cette bâtisse aux teintes sépia renferme d'étranges personnages de cire, ou plutôt de véritables cadavres fraîchement embaumés par un artiste aussi prodige que maudit. D'ailleurs, toute la ville est aménagée de citadins factices conçus à son image afin de refonder un semblant de vie pour son existence solitaire.


La fascination macabre qu'exercent ces pantins de chair se rĂ©percute sur l'anxiĂ©tĂ© de nos protagonistes Ă©garĂ©s dans une chambre des horreurs. Sans perdre de temps, Jaume Collet-Serra confronte ces protagonistes Ă  des enjeux de survie puisque l'un d'entre eux finira rapidement par se faire alpaguer par le tueur. Quand bien mĂŞme l'arrivĂ©e des autres camarades vont rapidement faire les frais d'agressions sanglantes pour ĂŞtre sauvagement assassinĂ©s. Sur ce point, l'inventivitĂ© des meurtres et leur rĂ©alisme acĂ©rĂ© impressionne le spectateur SPOILER ! d'autant plus que la menace est finalement exprimĂ©e par deux criminels compromis au secret familial ! Fin du Spoiler. On est aussi parfois surpris de l'ironie accordĂ©e Ă  certaines situations de stress (celle d'une survivante dĂ©passant son doigt au dessus d'une plaque de grillage pour invoquer de l'aide !) ou Ă  la manière inĂ©dite dont certains protagonistes se retrouvent dans une posture cruelle (une victime rendue mutique par de la Super Glue plaquĂ©e sur sa bouche, une autre proie embaumĂ©e mais encore vivante derrière son apparence de cire !). PassĂ© une succession de meurtres en sĂ©rie adroitement planifiĂ©s, l'intrigue se recentre ensuite sur la survie d'un frère et d'une soeur, unissant leurs efforts et redoublant de brutalitĂ© afin de combattre les bourreaux (les coups de batte de base-ball dans une tronche font très mal dans leur impact cinglant !). Palpitant en diable, le rĂ©alisateur les confrontent donc Ă  une sĂ©rie d'Ă©preuves drastiques pour leur survie culminant vers un final littĂ©ralement flamboyant. Sur ce point, on peut Ă©voquer l'anthologie stylisĂ©e tant la perfection des effets spĂ©ciaux rĂ©ussit Ă  nous bluffer lorsque le musĂ©e se met Ă  fondre lentement sa cire par la chaleur d'un incendie ! Les survivants tentant dĂ©sespĂ©rĂ©ment de s'extraire de la bâtisse rĂ©duite en lambeaux de pate !


Efficace et haletant, La Maison de Cire exploite les codes du slasher avec savoir-faire et inventivitĂ©, quand bien mĂŞme la morphologie factice du tueur et la fastuositĂ© des dĂ©cors rĂ©tros participent notamment Ă  l'immersion d'un univers poĂ©tico-macabre. Un excellent divertissement tirant vers le haut un sous-genre plutĂ´t mineur. 

Bruno 
02.03.24. 4èx. Vostfr

mercredi 30 juillet 2014

Terreur sur la Ligne / When a stranger calls. Prix Spécial du Jury, Prix de la Critique, Avoriaz 1980.

                                                    Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Notrecinema.com

de Fred Walton. 1979. U.S.A. 1h37. Avec Charles Durning, Carol Kane, Colleen Dewhurst, Tony Beckley, Ron O'Neal, Steven Anderson.

FILMOGRAPHIE: Fred Walton est un réalisateur et scénariste américain.
1979: Terreur sur la Ligne. 1986: Week-end de terreur. 1987: Confession criminelle. 1987: Hadley's Rebellion. 1988: I saw what you did (tĂ©lĂ©-film). 1989: Seule dans la tour de verre (tĂ©lĂ©-film). 1990: Murder in Paradise. 1992: The Price She Paid (tĂ©lĂ©-film). 1992: Homewrecker (tĂ©lĂ©-film). 1993: Terreur sur la ligne 2 (tĂ©lĂ©-film). 1994: Dead Air (tĂ©lĂ©-film). 1995: The Courtyard (tĂ©lĂ©-film). 1996: The Stepford Husbands (tĂ©lĂ©-film). 


"La Voix au bout du fil".
PrimĂ© deux fois Ă  Avoriaz, Terreur sur la Ligne s’est vu gratifiĂ© d’un joli succès commercial Ă  sa sortie. Aujourd’hui oubliĂ©, voire mĂ©prisĂ© par une certaine frange de cinĂ©philes et de critiques spĂ©cialisĂ©es, ce premier long-mĂ©trage de Fred Walton s’impose pourtant comme un vĂ©ritable coup de maĂ®tre dans sa gestion du suspense et de l’angoisse, profondĂ©ment imprĂ©gnĂ©e de l’ombre d’Hitchcock. DĂ©coupĂ© en trois actes, le film ouvre sur vingt-et-une minutes d’une tension insoutenable, oĂą une jeune baby-sitter, Jill Johnson, se retrouve harcelĂ©e par un maniaque au tĂ©lĂ©phone. Inlassablement, il lui rĂ©pète la mĂŞme question : « ĂŠtes-vous allĂ©e voir les enfants ? » Jusqu’Ă  ce qu’elle, submergĂ©e par la peur, n’appelle la police en ultime recours.

Dans ce huis clos suffocant, Fred Walton orchestre un modèle de mise en scène, distillant une tension exponentielle avec une prĂ©cision chirurgicale. La victime, enfermĂ©e dans une maison obscure dont elle ne maĂ®trise pas les contours, incarne la solitude et la peur viscĂ©rale d’un danger diffus, mais omniprĂ©sent. Le tueur la happe par la voix, enfonçant dans sa psychĂ© cette interrogation entĂŞtante et dĂ©lirante. L’empathie Ă  son Ă©gard s’intensifie, nourrie par son incapacitĂ© Ă  contenir l’angoisse, par sa vulnĂ©rabilitĂ© nue, Ă©motionnellement ravagĂ©e. Ce harcèlement psychologique, insidieux et lancinant, la consume de l’intĂ©rieur jusqu’Ă  l’issue fatale d’un twist.


Le second acte se recentre sur la figure du tueur : un malade mental rĂ©cemment Ă©chappĂ© de l’asile après sept annĂ©es d’internement. Dans un bar miteux, il aborde une sexagĂ©naire acariâtre, tandis qu’en parallèle, le dĂ©tective John Clifford se lance Ă  ses trousses avec pour seul objectif de l’abattre sans sommation. Cette partie du rĂ©cit s’englue dans une noirceur urbaine, faite de ruelles inquiĂ©tantes et de halos blafards, oĂą plane la menace d’un nouveau drame. Le portrait du meurtrier s’affine : un psychopathe dĂ©chu, rĂ©duit Ă  l’Ă©tat de clochard, contraint de mendier sa pitance dans les soupes populaires. ÉgarĂ©, rongĂ© par la solitude, il erre la nuit dans les quartiers dĂ©laissĂ©s, en quĂŞte d’un semblant de chaleur humaine, jusqu’Ă  se perdre dans des visions morbides. Conscient de sa propre dĂ©chĂ©ance, incapable de s’insĂ©rer dans un monde qui le rejette, il finit par entrevoir le suicide comme unique Ă©chappatoire. InterprĂ©tĂ© avec une intensitĂ© transie par Tony Beckley — mort d’un cancer trois jours après la sortie française du film —, le personnage dĂ©voile une humanitĂ© trouble, entre nĂ©vrose, dĂ©tresse et sursauts de violence.

Le troisième et dernier acte referme la boucle de l’effroi, renouant avec la baby-sitter Jill Johnson, dĂ©sormais mariĂ©e et mère de deux enfants. Sur le point de dĂ®ner au restaurant avec son mari, elle laisse ses enfants sous la garde d’une nourrice. Le passĂ© ressurgit. Et Ă  nouveau, dans l’enceinte feutrĂ©e de la cellule familiale, la tension grimpe jusqu’au paroxysme. Le point d’orgue, littĂ©ralement cinglant, foudroie.


"Frissons dans l’ombre, murmures au combinĂ©".
Fer de lance d’une mouvance horrifique qui engendrera plusieurs ersatz plus ou moins inspirĂ©s (jusqu’Ă  son remake aseptisĂ© ou la saga Scream), Terreur sur la Ligne demeure un modèle absolu de suspense. Rien que son prologue mĂ©riterait d’ĂŞtre enseignĂ© dans les Ă©coles de cinĂ©ma. Ce film n’est pas seulement le rĂ©cit d’une terreur ordinaire, mais aussi l’autopsie de deux fragilitĂ©s psychiques — celle de la proie, et celle du prĂ©dateur. Pour parachever cette Ĺ“uvre vĂ©nĂ©neuse, il faut saluer la puissance de sa partition sonore, ombrageuse, savamment orchestrĂ©e pour exacerber l’angoisse… jusqu’Ă  ce fondu enchaĂ®nĂ© final, rĂ©solument glaçant.

Bruno 
5èx

mardi 29 juillet 2014

Django

                                       Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site orangemonkeymusic.wordpress.com

de Sergio Corbucci. 1966. Italie/Espagne. 1h32. Avec Franco Nero, José Bodalo, Loredana Nusciak, Angel Alvarez, Eduardo Fajardo, Jimmy Douglas.

Sortie salles Italie: 6 Avril 1966. Espagne: 21 Septembre 1967

FILMOGRAPHIE SELECTIVE: Sergio Corbucci est un rĂ©alisateur et scĂ©nariste italien, nĂ© le 6 DĂ©cembre 1927 Ă  Rome, dĂ©cĂ©dĂ© le 1er DĂ©cembre 1990. 1962: Romulus et Remus. 1963: Danse Macabre (co-rĂ©alisĂ© avec Antonio Margheriti). 1966: L'Homme qui rit. 1966: Django. 1966: Ringo au pistolet d'or. 1966: Navaja Joe. 1968: Le Grand Silence. 1969: Le SpĂ©cialiste. 1970: Companeros. 1972: Mais qu'est ce que je viens foutre au milieu de cette rĂ©volution ? 1978: Pair et Impair. 1980: Un DrĂ´le de flic. 1981: Salut l'ami, adieu le trĂ©sor. 1989: Night Club.


Sorti en pleine mouvance du western italien initiĂ© par Sergio Leone avec Pour une PoignĂ©e de dollars, Django va Ă©galement remporter un succès commercial foudroyant et rĂ©vĂ©ler aux yeux du public un acteur aussi charismatique que Clint Eastwood, Franco Nero (alors que le rĂ´le Ă©tait imparti Ă  Mark Damon). Fort de ce succès, un nombre incalculable d'ersatz empruntera le titre afin d'en tirer autant profit. Rivalisant de cruautĂ© dans sa violence inĂ©dite, Sergio Corbucci annonce clairement la couleur rutilante dans ce western iconoclaste Ă  contre-courant des productions ricaines instaurĂ©es par le lyrisme de John Ford. Outre l'âpretĂ© de sa sauvagerie non exempte d'effusions gores (tranchage d'oreille en gros plan que la victime se contraint d'avaler !), c'est l'ambiance crasseuse qui frappe au premier abord Ă  travers la topographie d'un village boueux. La peinture assĂ©nĂ©e Ă  cette contrĂ©e Ă  faible population demeurant plutĂ´t dĂ©pressive de par l'atmosphère d'une mĂ©tĂ©o blafarde. Ainsi, au milieu de cette place mortifère, un croque-mort solitaire venu de nulle part trimbale avec lui un mystĂ©rieux cercueil. Après avoir sauvĂ© une jeune prostituĂ©e du major Jackson, ils dĂ©cident de trouver refuge dans un saloon dĂ©crĂ©pit gĂ©rĂ© par un proxĂ©nète. Mais son repos ne sera que de courte durĂ©e si bien que les sbires de Jackson sont en route pour lui trouer la peau. 


Redoutablement efficace car pourvu d'un rythme sans faille dans ces confrontations belliqueuses entre clans, bagarre de saloon et retournements de situation, le scĂ©nario de Django est rĂ©gi autour des subterfuges d'un veuf inconsolable jouant l'individualitĂ© afin de mieux parfaire sa vengeance. Mais Ă  se laisser gagner par la colère, la cupiditĂ© et trahir ses amis, Django devra en payer les consĂ©quences avant sa prise de conscience avec l'intĂ©gritĂ© d'une femme l'incitant Ă  la repentance. Et donc, Ă  travers le cheminement vindicatif de ce hĂ©ros sans foi ni loi, Sergio Corbucci joue la carte de la transgression pour caractĂ©riser un marginal intraitable et machiste, voir Ă  la limite de la misogynie (les humiliations sarcastiques qu'il rĂ©serve gratuitement Ă  Maria), ne comptant que sur ses stratagèmes pour vaincre l'ennemi. Car autour de lui s'affrontent l'armĂ©e de belligĂ©rants mexicains contre une secte de yankees racistes et sadiques encapuchonnĂ©s Ă  l'instar du Ku Klux Klan. Leur loisir fĂ©tiche: un lâcher de paysans mexicains en guise de chasse au pigeons, quand bien mĂŞme la gente fĂ©minine d'un bordel est assouvie Ă  sa tyrannie. En illustrant les bravoures d'un hĂ©ros stoĂŻque Ă  la rĂ©partie acĂ©rĂ©e, Sergio Corbucci taille la carrure d'un vengeur corrompu par sa justice expĂ©ditive mais rattrapĂ© in extremis par l'amour d'une femme au grand coeur.


Brutal, atmosphĂ©rique, jouissif en diable car fertile en action violente et adroitement construit, Django n'a pas volĂ© sa rĂ©putation de chef-d'oeuvre bisseux du western latin, mĂŞme s'il doit beaucoup au charisme viril du regard azur de Franco Nero et Ă  l'âpretĂ© de son climat funèbre. On en oublierait presque d'Ă©voquer son magnifique thème interprĂ©tĂ© par Franco Migliacci que Tarantino reprendra des dĂ©cennies plus tard afin de l'honorer dans une dĂ©clinaison Ă©loignĂ©e de l'univers fĂ©tide de Corbucci.   

*Bruno
21.03.23. 4èx

vendredi 25 juillet 2014

How i live now (Maintenant c'est ma vie)

                                        Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Notrecinema.com

de Kevin Macdonald. 2013. Angleterre. 1h41. Avec Saoirse Ronan, Tom Holland, Anna Chancellor, George MacKay, Corey Johnson, Sophie Ellis, Harley Bird.

Sortie salles France: 12 Mars 2014. Angleterre: 4 Octobre 2013

FILMOGRAPHIE: Kevin Macdonald est un réalisateur, scénariste et producteur écossais, né le 28 Octobre 1967 à Glasgow.
2003: La Mort Suspendue. 2006: Le Dernier roi d'Ecosse. 2009: Jeux de pouvoir. 2011: L'Aigle de la 9è Légion. 2013: How I live now. 2014: Black Sea.

                                                             Un dĂ©chirant coup de đź’”…

"How I Live Now : chronique d’un amour en cendres".
DĂ©couvrir une Ĺ“uvre mĂ©connue (sortie dans l’indiffĂ©rence, hĂ©las) grâce Ă  un ami, après avoir Ă©tĂ© dubitatif devant une bande-annonce construite comme une simple vitrine marketing, prouve combien il ne faut jamais s’arrĂŞter aux apparences ni au packaging tapageur.

How I Live Now, c’est l’histoire de Daisy, adolescente amĂ©ricaine, venue passer l’Ă©tĂ© chez ses cousins dans la campagne anglaise. LĂ , elle se lie d’affection — d’amour, peut-ĂŞtre — avec le jeune Isaac. Mais une troisième guerre mondiale Ă©clate. SĂ©parĂ©s par les forces armĂ©es, en deux groupes distincts, Daisy lui jure de revenir. De le retrouver, quand le moment viendra.

Ce film fait partie de ces curiositĂ©s dont le pitch usĂ© pourrait, de prime abord, faire hausser les Ă©paules. Et pourtant… Il est ici transcendĂ© avec un lyrisme fragile, une Ă©motion dĂ©pouillĂ©e, d’une grâce telle qu’on en ressort transformĂ©. Kevin Macdonald livre une Ĺ“uvre d’auteur sans balises, sans repères rassurants, Ă  l’image de ses hĂ©roĂŻnes. Tout n’est que tâtonnement, instinct de survie, et menace latente, tapie dans les dĂ©tours de chemins incertains.

Ce sentiment d’abandon, cette vulnĂ©rabilitĂ© adolescente, s’incarnent Ă  travers des comĂ©diens d’une pudeur bouleversante. L’Ă©motion surgit lĂ  oĂą on ne l’attend pas : tantĂ´t poignante, tantĂ´t cruelle. Sous couvert d’un contexte apocalyptique, le rĂ©alisateur esquisse avec pudeur les ravages de la guerre — non pas frontalement, mais en suggĂ©rant, par les silences et les hors-champs, l’empreinte du dĂ©sastre. Il filme la barbarie avec une retenue glaçante, en se focalisant sur les stigmates laissĂ©s dans l’environnement, sur les paysages souillĂ©s, les ruines intimes, les traumatismes invisibles.

Jamais racoleur, jamais dans la surenchère larmoyante, Macdonald bouscule l’âme Ă  travers une guerre vue Ă  hauteur d’enfant. L’innocence fauchĂ©e. L’adolescence sacrifiĂ©e. Le film devient alors le rĂ©cit dĂ©chirant du pĂ©riple de Daisy et de la petite Piper, en quĂŞte d’un havre, d’un amour perdu, d’une terre vierge — entre survie animale et foi aveugle en la lumière.

La nature, filmĂ©e comme un Eden sensoriel, enveloppe leurs corps frĂŞles et tremblants. Mais la beautĂ© de ce cadre n’a d’Ă©gal que la violence qui le ronge : exactions, viols collectifs, effroi sans nom — tout cela percute de plein fouet l’innocence en marche. Ce contraste vertigineux entre puretĂ© et souillure installe un malaise profond, viscĂ©ral, qui nous dĂ©sarme. Le spectateur vacille, happĂ© entre l’Ă©clat d’une virginitĂ© menacĂ©e et les mâchoires d’une brutalitĂ© rampante, que le cinĂ©aste manie avec une sincĂ©ritĂ© dĂ©sarmante.


La femme au bout du chemin
QuĂŞte initiatique vers la maturitĂ©, rĂ©cit d’amour condamnĂ©, et surtout rĂ©quisitoire silencieux contre l’ignominie de la guerre, How I Live Now s’impose au final comme un apprentissage Ă  la libertĂ©. Une traversĂ©e intĂ©rieure portĂ©e par une Ă©motion tremblante, Ă  fleur de peau. Si bien que ses Ă©chos moraux nous amènent Ă  relativiser nos petites crises quotidiennes, trop souvent dictĂ©es par la presse ou les dogmes consumĂ©ristes — idĂ©ologie sanitaire, injonctions nutritionnelles, vacuitĂ© matĂ©rialiste…

Hymne Ă  l’indĂ©pendance, ode Ă  l’harmonie primordiale, poème d’amour et de mort, How I Live Now est une Ĺ“uvre houleuse, cruelle, viscĂ©rale. Un chef-d’Ĺ“uvre naturaliste d’une acuitĂ© douloureuse — Ă  l’image de sa dĂ©livrance finale, aussi traumatique qu’Ă©purĂ©e.

*Bruno
Un grand merci Ă  Pascal Frezzato et Gilles Rolland

01.05.25. 2èx. Vostf

jeudi 24 juillet 2014

Nomads. Grand Prix du Public, Prix de la meilleure musique au rex de Paris, 1986.

                                                   Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site filmosphere.com

de John Mc Tiernan. 1986. 1h31. U.S.A. Avec Pierce Brosnan, Lesley-Anne Down, Anna Maria Monticelli, Adam Ant, Mary Woronov, Héctor Mercado, Josie Cotton, Frank Doubleday, Jeannie Elias, Nina Foch...

Sortie salles France: 21 Mai 1986. U.S: 7 Mars 1986

FILMOGRAPHIE: John McTiernan est un rĂ©alisateur et producteur amĂ©ricain, nĂ© le 8 janvier 1951 Ă  Albany Ă  New-York. 1986: Nomads. 1987: Predator. 1988: Piège de Cristal. 1990: A la Poursuite d'Octobre Rouge. 1992: Medicine Man. 1993: Last Action Hero. 1995: Une JournĂ©e en Enfer. 1999: Le 13è Guerrier. 1999: Thomas Crown. 2002: Rollerball. 2003: Basic.

 
"La Tribu des mirages".
BoudĂ© Ă  sa sortie par la critique mais ovationnĂ© par le public du Rex de Paris lors de sa consĂ©cration au Grand Prix, Nomads fait partie de ces films maudits injustement vilipendĂ©s. C’est d’autant plus prĂ©judiciable qu’il s’agissait de la toute première Ĺ“uvre d’un cinĂ©aste de 35 ans, aujourd’hui reconnu comme un maĂ®tre du cinĂ©ma de genre. Un an Ă  peine après ce flop commercial, John McTiernan faisait dĂ©jĂ  exploser le box-office avec Predator, survival testostĂ©ronĂ© devenu culte.

Le pitch : dans un hĂ´pital, une praticienne tente de porter secours Ă  un patient malmenĂ© par la police, fĂ©brile, dĂ©lirant. Alors qu’elle s’efforce de le calmer, l’homme fulmine Ă  nouveau, lui murmure quelques mots imbitables… puis meurt. HabitĂ©e malgrĂ© elle par l’esprit de cet Ă©minent anthropologue, Eileen Flax va dĂ©couvrir les vĂ©ritables raisons qui l’ont poussĂ© au bord de la folie.

En matière d’originalitĂ©, Nomads peut sans rougir faire office d’Ĺ“uvre atypique, portĂ© par un concept de fantastique moderne arrimĂ© Ă  la lĂ©gende. Celle d’une tribu Inuit, errant jadis sur les dĂ©serts de glace (et de sable !), voyageant Ă  travers le monde. Prenant forme humaine, ces esprits malĂ©fiques hanteraient les lieux maudits, apportant folie et malheur Ă  quiconque les approche.

Ă€ partir de ce pitch aussi Ă©trange qu’infiniment fascinant, John McTiernan orchestre une mise en scène habitĂ©e, invoquant un fantastique mature, ancrĂ© dans la suggestion et la fragilitĂ© Ă©motionnelle de ses personnages. Ă€ travers l’intervention presque improvisĂ©e d’une doctoresse en transe, Nomads ne cesse de brouiller les frontières entre rĂŞve et rĂ©alitĂ©, immergĂ© dans la psychĂ© torturĂ©e de Jean-Charles Pommier. En quĂŞte de vĂ©ritĂ© — folie ou luciditĂ© ? — Eileen revit ses derniers jours : l’anthropologue Ă©piait alors une bande de loubards violents, nomades autonomes, mutiques, vĂŞtus de noir. Des noctambules en rupture, affranchis sans vergogne, perpĂ©trant le mal avec une libertĂ© glaciale.

De l’interaction troublante entre Eileen et Jean-Charles, psychologiquement liĂ©s dans leur obsession commune, naĂ®t un climat envoĂ»tant, quasi chamanique. Ces loubards semblent douĂ©s d’un pouvoir singulier : extĂ©rioriser chez l’intrus ses propres visions, ses peurs, ses hallucinations… jusqu’Ă  le faire basculer dans la folie.

 
"Synapse".
A la fois Ă©trange, dĂ©routant, indicible, Nomads joue la carte d’un fantastique Ă©thĂ©rĂ©, aurĂ©olĂ© d’un mystère irrĂ©solu — jusqu’Ă  son twist cuisant, Ă  la fois caustique et cauchemardesque. RenforcĂ© par le jeu fĂ©brile d’un Pierce Brosnan transi d’effroi, Ă©paulĂ© par la ravissante Lesley-Anne Down, tout aussi dĂ©sorientĂ©e, le film garde intact son pouvoir de fascination. Il prĂ©serve jalousement son identitĂ© mystique, brouillant les lignes entre hallucination et rĂ©alitĂ© existentielle.

Perle rare scandĂ©e par le magnifique thème de Bill Conti, Nomads est un authentique film culte Ă  rĂ©habiliter d’urgence.

-- Le cinéphile du coeur noir.
02.05.25. Vostf.. 5èx. 
21.01.23.

ANECDOTES:  

Nomads (1986) est le tout premier long-métrage de McTiernan.
Et c’est presque un accident : il n’a jamais refait un film aussi abstrait, hallucinĂ© et expĂ©rimental. Après ça, il enchaĂ®ne avec Predator puis Die Hard. 

Autant dire qu'il passe du cauchemar urbain au blockbuster pur.
Une œuvre très personnelle.

Le film est inspirĂ© par : les peurs modernes urbaines, le sentiment d’ĂŞtre observĂ©, et une forme de dĂ©shumanisation des villes.
McTiernan voulait montrer : des “prĂ©dateurs invisibles” qui vivent parmi nous, Pas des monstres classiques, mais une menace diffuse, presque mĂ©taphysique.

Les Nomads est une idĂ©e floue volontaire. 
Dans le film : on ne sait jamais vraiment ce que sont les nomades. 
Humains ? esprits ? parasites ?
Ce flou est totalement volontaire.

McTiernan voulait éviter toute explication rationnelle pour créer :
une angoisse primitive, une sensation de contamination mentale.

Pierce Brosnan avant James Bond.
C’est l’un de ses premiers grands rĂ´les au cinĂ©ma.
Ă€ l’Ă©poque : il n’est pas encore James Bond. il a une image plutĂ´t tĂ©lĂ©visuelle. 
Mais dans Nomads : il est fragile, paranoĂŻaque, dĂ©jĂ  condamnĂ©, 
très loin du hĂ©ros sĂ»r de lui qu’il deviendra.

Los Angeles est filmĂ© comme territoire hostile. 
Le film transforme Los Angeles en : espace vide, hostile, presque post-apocalyptique.

La narration est Ă©clatĂ©e et dĂ©routante. 
Le rĂ©cit : passe par des flashbacks, adopte plusieurs points de vue, 
mĂ©lange rĂ©el et hallucination. 
Beaucoup de spectateurs Ă  l’Ă©poque ont Ă©tĂ© perdus.
Résultat : échec commercial, incompréhension critique.

Un film oubliĂ©… puis redĂ©couvert
Ă€ sa sortie : le flop est quasi total. Mais avec le temps : il devient culte, surtout chez les amateurs d’horreur atmosphĂ©rique.

Aujourd’hui, certains le voient comme : un proto-film A24 avant l’heure, un cousin lointain de It Follows ou The Empty Man.

Les Nomads sont inspirĂ©s de figures rĂ©elles. John McTiernan s’est inspirĂ© : de bandes urbaines marginales, de punks, de squatteurs, de silhouettes qu’il observait Ă  Los Angeles. Pas comme des dĂ©linquants… mais comme des prĂ©sences dĂ©rangeantes, presque irrĂ©elles.
Il les voyait comme des gens “hors du monde”, dĂ©jĂ  ailleurs.

Le film est pensĂ© comme une contamination. 
Ă€ l’origine, McTiernan voulait que :
le spectateur ressente une perte de repères progressive
comme si l’on “attrapait” quelque chose
D’oĂą : la narration fragmentĂ©e, les transitions floues, 
cette impression que le film te regarde autant que tu le regardes.

Le thème du regard est fondamental. 
Un détail souvent oublié :
- Les Nomads observent constamment.
- Ă  distance
- sans intervenir directement
- comme des prédateurs patients
McTiernan explore dĂ©jĂ  une idĂ©e qu’il dĂ©veloppera autrement dans Predator : ĂŞtre vu sans voir.

mercredi 23 juillet 2014

Rolling Thunder / Legitime Violence

                                      Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Notrecinema.com

de John Flynn. 1977. U.S.A. 1h40 (version intégrale). Avec William Devane, Tommy Lee Jones, Linda Haynes, James Brest, Dabney Coleman, Lisa Blake Richards, Luke Askew.

Sortie salles France: 5 Avril 1978

FILMOGRAPHIE: John Flynn est un rĂ©alisateur et scĂ©nariste amĂ©ricain, nĂ© le 14 Mars 1932 Ă  Chicago, dĂ©cĂ©dĂ© le 4 Avril 2007 en Californie. 1968: Le Sergent. 1972: The Jerusalem File. 1973: Echec Ă  l'Organisation. 1977: LĂ©gitime Violence. 1980: Les Massacreurs de Brooklyn. 1980: Marilyn, une vie inachevĂ©e. 1983: Touched. 1987: Pacte avec un Tueur. 1989: Haute SĂ©curitĂ©. 1991: Justice Sauvage. 1992: Nails (tĂ©lĂ©-film). 1993: Scam (tĂ©lĂ©-film). 1994: Brainscan. 1999: Meurtres très ordonnĂ©s. 2001: Protection.


Vigilante movie bien ancrĂ© dans les annĂ©es 70 de par sa violence aride façon Peckinpah et par sa reprĂ©sentation nihiliste d'une AmĂ©rique gangrenĂ©e par la criminalitĂ©, Rolling Thunder bĂ©nĂ©ficie aujourd'hui d'une cĂ´te d'estime bien plus considĂ©rable que lors de sa sortie. A l'aune de Quentin Tarantino lui vouant un tel culte qu'il emprunta le titre Ă©ponyme afin de nommer sa boite de distribution Dvd spĂ©cialisĂ©e dans le cinĂ©ma d'exploitation. Le pitchAprès 7 ans de captivitĂ© au Vietnam, le major Charles Rane retourne chez lui pour ĂŞtre accueilli comme un hĂ©ros de guerre multi dĂ©corĂ© et ovationnĂ© par la population. TraumatisĂ© par ce qu'il a vĂ©cu, ses relations avec son fils et sa femme battent de l'aile, quand bien mĂŞme cette dernière lui avoue qu'elle l'a trompĂ© avec l'un de ses amis. Quelques jours plus tard, une bande malfrats s'introduisent dans sa demeure pour lui rĂ©clamer une mallette de dollars. Tenant tĂŞte Ă  leur exigence, il est sĂ©vèrement battu puis torturĂ© par un broyeur de cuisine lui arrachant la main. Entre le western et le film d'auto-dĂ©fense initiĂ© par Bronson avec Un Justicier dans la VilleRolling Thunder se dĂ©tache du lot traditionnel par une aura toute particulière pour le genre d'exploitation oĂą vendetta est synonyme de violence expĂ©ditive. Celle d'un climat poisseux, dĂ©sincarnĂ© au sein d'une AmĂ©rique hantĂ©e par des fantĂ´mes marginaux, mĂŞme si c'est au niveau de la frontière mexicaine que notre anti-hĂ©ros s'aventurera afin de retrouver les assassins de sa famille. 


EpaulĂ© d'une blondinette de 30 ans en quĂŞte affective, Charles Rane l'utilise au dĂ©part comme appât pour mieux amadouer les criminels et avant d'aborder une relation faussement sentimentale. DĂ©ambulant dans les endroits miteux de bars et de bordel, notre exterminateur n'a comme seul dessein d'affronter l'ennemi par le sang afin de satisfaire ses pulsions meurtrières. Muni d'un crochet de boucher Ă  la place d'une main amputĂ©e et de diverses armes Ă  feu, c'est une guerre toute aussi bestiale qu'il dĂ©clare dans un dernier baroud d'honneur suicidaire. Avec son ambiance dĂ©faitiste oĂą les contrĂ©es dĂ©sertiques sont dessĂ©chĂ©es par le soleil, Rolling Thunder contraste avec la dĂ©sillusion du vĂ©tĂ©ran traumatisĂ© des horreurs de la guerre et devenu depuis machine Ă  tuer. Sa tentative de rĂ©habilitation au sein de sa patrie ne sera de courte durĂ©e puisque conscient qu'il n'est plus que l'ombre de lui mĂŞme, un mort-vivant prĂ©alablement sacrifiĂ© dans une geĂ´le de prisonniers. Diatribe contre la barbarie de la guerre, John Flynn dresse ici l'inquiĂ©tant portrait d'un martyr devenu insensible Ă  la douleur parce que Ă©pris de masochisme pour la torture quotidienne qu'il eut autrefois expĂ©rimentĂ©. Ainsi, Ă  travers son errance dĂ©sabusĂ©e et sa complicitĂ© fragile avec son amie de passage, le film observe leur parcours de laissĂ©s-pour-compte rĂŞvant d'un ailleurs Ă©dĂ©nique (celui de la nature rĂ©frigĂ©rante de l'Alaska par exemple !) afin d'omettre leur morne existence.


Le Mort-Vivant
TraversĂ© d'Ă©clairs de violence sèche jusqu'au point d'orgue paroxystique, Rolling Thunder se dĂ©cline en odyssĂ©e de l'amertume et de la solitude. Le tableau dĂ©risoire d'une AmĂ©rique post-vietnamienne dĂ©nuĂ©e de repères au moment mĂŞme oĂą l'un de leur vĂ©tĂ©ran aura dĂ©cidĂ© une seconde fois de s'y sacrifier. C'est ce qui fait l'originalitĂ© et l'intensitĂ© de cet Ă©trange pĂ©riple hantĂ© du charisme sĂ©vère de l'acteur William Devane en anti-hĂ©ros en berne plus mort que vivant. 

*Bruno
16.01.23. 4èx
Dédicace à Christophe Colpaert

lundi 21 juillet 2014

Lifeforce

                                                     Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Notrecinema.com

de Tobe Hooper. 1985. U.S.A. 1h52 (version intégrale). Avec Steve Railsback, Peter Firth, Frank Finlay, Mathilda May, Patrick Stewart, Michael Gothard, Nicholas Ball, Aubrey Morris, Nancy Paul, John Hallam, John Keegan.

Sortie Salles France: 18 Septembre 1985. U.S: 21 Juin 1985

FILMOGRAPHIE: Tobe Hooper est un réalisateur américain né le 25 Janvier 1943 à Austin (Texas)
1969: Eggshells, 1974: Massacre à la Tronçonneuse, 1977: Le Crocodile de la Mort, 1979: The Dark (non crédité), 1981: Massacre dans le Train Fantome, 1982: Poltergeist, 1985: Lifeforce, 1986: l'Invasion vient de Mars, Massacre à la Tronçonneuse 2, 1990: Spontaneous Combustion, 1993: Night Terrors, 1995: The Manglers, 2000: Crocodile, 2004: Toolbox Murders, 2005: Mortuary, 2011: Roadmaster.


SĂ©rie B Ă  gros budget mĂ©sestimĂ©e Ă  sa sortie, d'autant plus desservie par son Ă©chec commercial, Lifeforce s'est depuis taillĂ© une rĂ©putation de petit classique de la science-fiction horrifique pour son judicieux alliage des genres, la qualitĂ© de ses fx et de son score orchestral ainsi que sa grande efficacitĂ© narrative. Le pitchLors d'une mission spatiale, le colonel Tom Carlsen et son Ă©quipage explorent un vaisseau spatial rĂ©fugiĂ© dans la comète de Halley. A l'intĂ©rieur, ils y dĂ©couvrent trois ĂŞtres d'apparence humaine confinĂ©s dans des caissons de verre. Ces sujets dĂ©nudĂ©s s'avèrent de redoutables vampires de l'espace dĂ©terminĂ©s Ă  conquĂ©rir notre monde en se nourrissant de notre force vitale. Nanar pour les uns, divertissement de haute tenue pour les autres, Lifeforce ne manque ni de moyens techniques ni d'idĂ©es retorses pour captiver le spectateur embarquĂ© dans une trĂ©pidante course contre la montre oĂą s'y tĂ©lescopent vampires extra-terrestres et zombies en rut. D'après le roman de Colin Wilson, le film bĂ©nĂ©ficie d'une trame originale afin d'explorer le mythe du vampire dans un contexte futuriste. Son aspect insolite Ă©manant de l'origine stellaire Ă  laquelle ces vampires appartiennent. 


Il tire parti d'une indĂ©niable efficacitĂ© Ă  multiplier leurs exactions meurtrières afin de converger Ă  une rĂ©action en chaĂ®ne produisant ainsi une pandĂ©mie dans un Londres en flammes ! SoutirĂ©s de leur substance vitale par le simple acte d'un baiser, les citadins possĂ©dĂ©s se contraignent Ă  leur tour d'embrasser d'autres proies afin de survivre et de sauvegarder la race extra-terrestre. Parmi la prĂ©sence angĂ©lique de la française Mathilda May, Lifeforce est notamment guidĂ© par son aura ensorcelante, son appĂ©tit insatiable Ă  dĂ©rober nos forces vitales afin de nous anĂ©antir et conquĂ©rir notre planète. Sa prĂ©sence tangible ou Ă©thĂ©rĂ©e planant durant tout le rĂ©cit. FilmĂ©e dans son plus simple appareil, l'actrice dĂ©voile un charme de sensualitĂ© Ă  damner un saint. Sa prĂ©sence charnelle mais dĂ©lĂ©tère s'Ă©rigeant en icone du Mal pour nous convaincre de sa puissance vampirique Ă  connotation sexuelle. Car au-delĂ  de ses ambitions belliqueuses, la vamp recherche Ă©galement un mâle afin de satisfaire ses dĂ©sirs, pallier sa solitude et anticiper sa postĂ©ritĂ© ! Ainsi, Ă  travers l'impuissance des hommes incapables de refrĂ©ner leur Ă©motion pour rĂ©sister Ă  son baiser, on peut y voir une mĂ©taphore sur la nature vampirique de la femme et leur instinct Ă©minemment sĂ©ducteur tout un suggĂ©rant un discours rĂ©flexif sur la vie après la mort. Si on peut Ă©mettre quelques rĂ©serves sur le jeu cabotin (mais oh combien attachant !) de 1 ou 2 de seconds-rĂ´les (quoique en VO, sa distribution demeure encore plus convaincante), Mathilda May se tire honorablement de son rĂ´le laconique en misant sur l'attrait d'un corps immaculĂ© doublĂ© d'un regard pĂ©nĂ©trant. 


RĂ©cit audacieux brassant les genres de la science-fiction, de l'Ă©rotisme et de l'horreur, Lifeforce rĂ©ussit Ă  divertir grâce Ă  l'Ă©laboration d'un scĂ©nario aussi original que captivant car fertile en pĂ©ripĂ©ties. 
Le soin allouĂ© aux effets-spĂ©ciaux (mĂŞme si aujourd'hui leur aspect mĂ©canique peut parfois paraĂ®tre obsolète) et aux dĂ©cors futuristes (le magnifique prĂ©ambule confinĂ© au sein du vaisseau spatial insuffle une poĂ©sie trouble !), et l'implication sympathique des comĂ©diens parachèvent le spectacle d'une grosse sĂ©rie B bourrĂ©e de peps et de charme Ă  la sincĂ©ritĂ© indĂ©fectible. 

*Bruno
30.01.23. 
5èx. vost

vendredi 18 juillet 2014

Parents. Prix de la Critique, Avoriaz 1989

                                                 Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site cinedemedianoche.cl

de Bob Balaban. 1989. U.S.A./Canada. 1h22. Avec Randy Quaid, Mary Beth Hurt, Sandy Dennis, Bryan Madorsky, Juno Mills-Cockell.

Sortie salles France: 22 Janvier 1989 (Festival d'Avoriaz). U.S: 27 Janvier 1989

FILMOGRAPHIE: Bob Balaban est un acteur, scénariste, réalisateur et producteur américain, né le 16 Août 1945 à Chicago. 1983: The Brass Ring (télé-film). 1989: Parents. 1992: Amazing Stories: Book Five (épisode TV). 1993: My Boyfriend's Back. 1994: The Last good Time. 1995: Legend (série TV). 1997: Subway Stories: tales from the Underground (télé-film). 1999: Strangers with Candy (série TV). 1999: Un Agent très secret (série TV). 2000: Deadline (série TV). 2001: Temps mort (série TV). 2004: No Joking (télé-film). 2005: Hopeless Pictures (série TV). 2005: The Exonerated (télé-film). 2007: Bernard et Doris (télé-film). 2008: Swington (série TV). 2009: Georgia O'Keefe (télé-film).


Traitant du thème de la fragilitĂ© de l'enfance, Ă  l'instar de son compère Paperhouse, communĂ©ment rĂ©compensĂ©s Ă  Avoriaz, Parents n'a pas usurpĂ© sa rĂ©putation de perle culte vantĂ©e Ă  l'Ă©poque dans les pages de Mad Movies et autres mags spĂ©cialisĂ©s. Le redĂ©couvrir aujourd'hui prouve Ă  quel point le film de Bob Balaban (rĂ©alisateur mĂ©connu issu de la tĂ©lĂ©vision) Ă©tait pourvu d'une audace rafraĂ®chissante au sein du paysage horrifique. Le pitchMichael est un petit garçon fragile observant la vie avec autant de curiositĂ© que de perplexitĂ©. Car le comportement suspect de ses parents l'amène Ă  penser qu'ils pourraient ĂŞtre adeptes du cannibalisme. Sous couvert de pitch original baignant dans l'humour noir et la satire sociale, Parents est avant tout l'Ă©tude psychanalytique d'un enfant en perte de repère car dĂ©couvrant le monde inquiĂ©tant des adultes sous un jour nouveau. Du point de vue de sa conscience candide, Michael observe l'existence de ses parents sous un aspect autrement vĂ©nal après les avoir surpris dans leur lit entrain de forniquer. Et ce n'est pas l'influence perverse de sa copine d'Ă©cole, une mythomane intarissable, qui le rĂ©confortera dans sa paranoĂŻa grandissante. 


Au fil de ses observations quotidiennes, son investigation le mènera finalement Ă  la plus horrible des vĂ©ritĂ©s au point de devenir adepte du vĂ©gĂ©tarisme. Ainsi, Ă  travers les Ă©lĂ©ments horrifiques du cannibalisme et de la perversitĂ©, Bob Balaban satirise en diable afin de nous dĂ©voiler l'envers du dĂ©cor. Celui de la face cachĂ©e d'une AmĂ©rique d'apparence puritaine mais corrompue par le mensonge et le vice. Avec son ambiance d'Ă©trangetĂ© aussi dĂ©calĂ©e que dĂ©rangeante, le rĂ©alisateur nous assène une caricature de la cellule familiale habitĂ©e par le cynisme et la passion culinaire, en l'occurrence celle de la chair humaine ! Autour de l'introspection fragile de Michael, un climat lourd et oppressant s'y distille, contrebalancĂ© de l'attitude ironique des parents faussement rassurants. Non dupe de leur hypocrisie, Michael bascule dès lors dans un cauchemar domestique oĂą le danger toujours plus palpable l'incite Ă  se rebeller contre l'autoritĂ© rendue hostile Ă  ses yeux. Outre sa rĂ©alisation soignĂ©e et inventive parfois expĂ©rimentale, Parents est largement privilĂ©giĂ© de la conviction des interprètes (en parents autoritaires, Randy Quaid et Mary Beth Hurt forment un duo indissociable !). Mais c'est surtout la prĂ©sence introvertie de Bryan Madorsky qui renforce l'intensitĂ© des situations car endossant avec un naturel trouble un enfant gagnĂ© par la contrariĂ©tĂ© et la quĂŞte de dĂ©couverte (ici effroyable).


American Beauty
Malsain et oppressant, dérangeant et cruel (l'épilogue n'y va pas de main morte pour martyriser une fois de plus le bambin !), mais redoublant de dérision et de cocasserie, Parents n'a rien perdu de son insolence et de sa force métaphorique à démasquer l'aspect véreux de la maturité. L'adulte insidieux ayant comme priorité de se nourrir de son prochain afin d'y survivre.

RĂ©compensePrix de la critique Ă  Avoriaz, 1989

*Bruno
21.07.22. 4èx
18.07.14. 

jeudi 17 juillet 2014

Dark Waters

                                                                 Photo appartenant Ă  Bruno Matéï

de Mariano Baino. 1993. 1h32. Russie / Italie / Angleterre. Avec Valeri Bassel, Mariya Kapnist, Louise Salter, Venera Simmons, Pavel Sokolov.

Sortie salles: 16 Avril 1997

Récompenses: Prix du Public à Montréal, 1997. Vincent Price Award à Rome, 1994.

FILMOGRAPHIE: Mariano Baino est un réalisateur, scénariste et producteur italien, né le 17 Mars 1967 à Naples, Italie.
1991: Caruncula (court métrage). 1993: Dark Waters. 2004: Never Ever After (court-métrage). 2010: Based on a true life (court-métrage).

 
"Les Chants Funèbres de l’Onde Noire".
InĂ©dit en salles en France et longtemps cantonnĂ© Ă  une Ă©dition DVD somme toute banale, Dark Waters fait partie de ces films indĂ©pendants que l’ignorance relègue Ă  l’ombre — jusqu’Ă  ce que le bouche-Ă -oreille l’Ă©lève au rang de perle rare. Aujourd’hui, le label Ecstasy of Films lui offre une rĂ©surrection digne, dans une copie resplendissante rendant justice au soin formel de son auteur. Mieux encore : nous le dĂ©couvrons dans une version Director’s Cut inĂ©dite en France, enrichie de prĂ©cieux bonus. Ă€ ce titre, je vous recommande vivement le documentaire Deep into Dark Waters, qui revient sur les conditions de tournage au sein de l’Ă©quipe technique.

Après la mort de son père, Elisabeth se rend sur une Ă®le isolĂ©e pour en apprendre davantage sur le couvent qu’il finançait depuis son enfance. LĂ -bas, elle dĂ©couvre une communautĂ© de nonnes au comportement impĂ©nĂ©trable, comme si un souffle ancien y soufflait encore, fait de silence et de prĂ©sages.

Pour son unique et fulgurant essai, l’Italien Mariano Baino nous plonge dans un cauchemar Ă©veillĂ©, un poème sensoriel, une fantasmagorie morbide oĂą Alice au pays des merveilles s’Ă©gare dans les tĂ©nèbres des chants funèbres — entre les pleurs Ă©touffĂ©s d’enfants et le braillement d’une crĂ©ature lovecraftienne, Ă©cho venu du fond des catacombes. Dark Waters, envoĂ»tant et dĂ©routant de bout en bout, est une Ă©preuve fantasmatique, hantĂ©e par une aura funeste oĂą chaque vision onirique cherche Ă  infiltrer notre âme pour mieux nous sĂ©duire.

Dans la lignĂ©e du cinĂ©ma d’Argento, pour la stylisation picturale au service d’un onirisme Ă©sotĂ©rique, ou de Jodorowsky, pour sa mystique provocante et dĂ©rangeante, le film dĂ©roule une succession d’apparitions diaphanes, au rythme d’un cheminement indĂ©cis. HantĂ©e depuis l’enfance par de mystĂ©rieux rĂŞves, Elisabeth poursuit l’origine floue de son passĂ©, et c’est un secret de famille qu’elle finira par exhumer, Ă  travers l’intercession des tĂ©nèbres.

Ce huis clos occulte, gouvernĂ© par une assemblĂ©e presque exclusivement fĂ©minine, renvoie aussi au souffle lyrique de Suspiria, notamment dans la fragilitĂ© de son hĂ©roĂŻne et la progression initiatique de son enquĂŞte — quĂŞte d’un mystère enfoui au sein d’un couvent dont les murs murmurent. Comme Suzy, Elisabeth arrive un soir de pluie dans cet endroit Ă  la fois repoussant et envoĂ»tant ; et c’est Ă©paulĂ©e par une camarade qu’elle tentera de dĂ©mĂŞler les fils d’un destin tissĂ© dans l’ombre. Sensoriel, insolite, baroque et expĂ©rimental, Dark Waters privilĂ©gie, lui aussi, l’extravagance d’une bande-son dissonante, le vertige visuel et les figures interlopes — plutĂ´t que la futilitĂ© d’une intrigue dont l’issue, en fin de compte, importe peu.

 
"Élisabeth aux Portes du Néant".
CrĂ©ateur d’images oniriques et morbides, Mariano Baino a sculptĂ© avec Dark Waters un chef-d’Ĺ“uvre pictural, fusion d’art gothique et d’expressionnisme, poème incandescent nourri de tĂ©nèbres. Ă€ l’image des bougies qui veillent dans chaque catacombe, Dark Waters est une invitation au voyage — une odyssĂ©e naturaliste dans les abĂ®mes, une quĂŞte initiatique d’une fille confrontĂ©e Ă  sa propre morale. Celle d’un combat spirituel oĂą le bien et le mal ne sont plus que des reflets dans une eau trouble.
 
Merci Ă  Ecstasy of Films et Ă  Mariano Baino
*Bruno

mercredi 16 juillet 2014

INCENDIES

                                                              Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site atlasmedias.com

de Dennis Villeneuve. 2010. Quebec. 2h10. Avec Lubna Azabal, Mélissa Désormeaux-Poulin, Maxim Gaudette, Rémy Girard, Abdelghafour Elaaziz, Allen Altman.

Sortie salles France: 12 Janvier 2011. U.S: 22 Avril 2011

FILMOGRAPHIE: Denis Villeneuve est un scénariste et réalisateur québécois, né le 3 octobre 1967 à Trois-Rivières.
1996: Cosmos. 1998: Un 32 Août sur terre. 2000: Maelström. 2009: Polytechnique. 2010: Incendies. 2013: An Enemy. 2013: Prisoner


RĂ©alisateur prodige reconnu du public par le thriller haletant, Prisoners, Denis Villeneuve avait pourtant dĂ©jĂ  prouvĂ© son talent de technicien avisĂ© avec Enemy, thriller personnel autrement hermĂ©tique sur le thème du double, et le film qui nous intĂ©resse aujourd'hui, Incendies.


Drame psychologique dĂ©nonçant les horreurs de la guerre, l'obscurantisme, l'instinct de vengeance et le fanatisme religieux, Incendies relate la quĂŞte de vĂ©ritĂ© de deux jumeaux fouinant le passĂ© de leur dĂ©funte mère afin de rencontrer un père et un frère qu'ils n'ont jamais connu. Contraints de leur remettre deux enveloppes, Jeanne dĂ©cide de regagner son pays d'origine, la Palestine, avant que son frère Simon ne la rejoigne. Alternant Ă©vènements du prĂ©sent et du passĂ© Ă  travers de nombreux flash-back, Dennis Villeneuve met en parallèle leur pĂ©riple et leur investigation de longue haleine dans un pays marquĂ© par la violence de tensions religieuses, tout en retraçant le douloureux parcours de cette mère catholique, abdiquĂ©e par sa propre famille après avoir eu l'audace de frĂ©quenter un jeune musulman. A travers ces secrets de famille bafouĂ©s par l'intolĂ©rance et la barbarie de conflits entre chrĂ©tiens et musulmans, le cinĂ©aste dĂ©peint le chemin de croix d'une femme violentĂ©e et humiliĂ©e, rĂ©duite Ă  la dĂ©chĂ©ance, mais d'une dignitĂ© insolente dans sa stoĂŻcitĂ© Ă  ne pas se laisser vaincre par la dĂ©faite. Quand au cheminement imprĂ©cis de Jeanne et Simon, de fil en aiguille, et avec le soutien d'aimables enquĂŞteurs, ils vont rĂ©ussir Ă  percer la vĂ©ritĂ© sur leur mère au moment mĂŞme d'ĂŞtre bouleversĂ©s par leur vĂ©ritable identitĂ©. Autour de ce trio galvaudĂ© par la vendetta et le terrorisme, le frère mĂ©connu pâtira notamment de sa rĂ©volte belliqueuse avant de se confronter Ă  une rĂ©vĂ©lation des plus licencieuses.


Outre le magnifique portrait maternel assĂ©nĂ© Ă  cette femme inflexible, Incendies nous illustre avec autant de retenue que de rĂ©alisme Ă©prouvant sa descente aux enfers et celle de ses enfants de la honte. Autour des sentiments d'injustice, de haine et de rĂ©volte engendrĂ©s par les divergences de religion, Dennis Villeneuve dĂ©cortique les consĂ©quences dramatiques de la rancoeur et de la vengeance avant de nous rĂ©concilier avec les notions d'amour, de paix et de pardon. Un tĂ©moignage Ă©minemment bouleversant pour cette oeuvre fragile dont le climat austère et Ă©touffant nous reste Ă  la gorge bien au-delĂ  du gĂ©nĂ©rique de fin. 

Bruno Matéï

Récompenses:
35e Festival international du film de Toronto (Toronto), meilleur film canadien
30e Festival international du film de l'Atlantique (Halifax), meilleur film canadien
25e Festival international du film francophone de Namur (Belgique), prix du public
55e Semaine du cinéma international de Valladolid (Espagne), prix du public, prix du meilleur scénario et prix du jury des jeunes
26e Festival du film de Varsovie (Pologne), Grand prix du jury
40e Festival international du film de Rotterdam (Pays-Bas), prix du public
Prix du Centre national des Arts du Canada
31e Prix Genie, huit statuettes :
Meilleur film
Meilleure réalisation
Meilleur actrice (Lubna Azabal)
Meilleure adaptation
Meilleure direction-photo
Meilleur son d'ensemble
Meilleur montage sonore
Meilleur montage
13e cérémonie des Jutra, neuf prix :
Meilleur film
Meilleure réalisation : Denis Villeneuve
Meilleure actrice : Lubna Azabal
Meilleur scénario : Denis Villeneuve, avec la collaboration de Valérie Beaugrand-Champagne
Meilleure direction de la photographie : André Turpin
Meilleure direction artistique : André-Line Beauparlant
Meilleur son : Sylvain Bellemare, Jean Unamsky et Jean-Pierre Laforce
Meilleur montage : Monique Dartonne
Meilleurs costumes : Sophie Lefèbvre
Prix Lumières 2012 : Meilleur film francophone
Meilleure actrice au Magritte du cinéma

mardi 15 juillet 2014

Horrible / Rosso sangue / Absurd / Antropophagus 2

                                           Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site bloodygoodhorror.com

de Joe d'Amato / Peter Newton. 1981. 1h32. Italie. Avec George Eastman, Annie Belle, Charles Borromel, Katya Berger, Kasimir Berger, Hanja Kochansky, Ian Danby, Ted Rusoff, Edmund Purdom, Carolyn De Fonseca, Cindy Leadbetter, Lucia Ramirez, Mark Shannon, Michele Soavi, Martin Sorrentino, Goffredo Unge.

Sortie salles France: 6 Juillet 1983. Italie: Octobre 1981

FILMOGRAPHIE SELECTIVE: Joe d'Amato (nĂ© Aristide Massaccesi le 15 dĂ©cembre 1936 Ă  Rome, mort le 23 janvier 1999) est un rĂ©alisateur et scĂ©nariste italien. 1977 : Emanuelle in America, 1977 : Viol sous les tropiques, 1979: Buio Omega (Blue Holocaust), 1980: Anthropophagous, La Nuit Erotique des morts-vivants, Porno Holocaust, 1981: Horrible, 1982: 2020, Texas Gladiator, Caligula, la vĂ©ritable histoire, Ator l'invincible, 1983: Le Gladiateur du futur.

 
"Horrible : L’Anthropophage ressuscitĂ©".
Un an après le succès sanglant d'Anthropophagous, Joe D’Amato rempile avec un psycho-killer, bien dĂ©cidĂ© Ă  pousser l’hĂ©moglobine plus loin encore. Recrutant de nouveau Georges Eastman, Horrible pourrait presque passer pour une suite dĂ©gĂ©nĂ©rĂ©e : le tueur ressemble Ă  s’y mĂ©prendre au cannibale famĂ©lique d’alors. Ă€ la diffĂ©rence près qu’ici, nul appĂ©tit de chair humaine, mais une pure frĂ©nĂ©sie homicide, doublĂ©e d’un pouvoir de rĂ©gĂ©nĂ©ration dont on se demande encore par quel miracle il se relève, Ă©ventrĂ©, après avoir escaladĂ© la grille d’un portail, pourchassĂ© par un prĂŞtre. Sa nationalitĂ© grecque et son exil prĂ©cipitĂ© laissent d’ailleurs planer le doute : serait-ce bien notre anthropophage ?

DotĂ© d’un pitch aussi grotesque qu’improbable, Joe D’Amato se moque de la cohĂ©rence, prĂ©fĂ©rant exhiber la dĂ©rive sanguinaire d’un fou Ă©chappĂ© d’un hĂ´pital. Après avoir occis infirmière, homme d’entretien et motocycliste, le monstre gagne la campagne et jette son dĂ©volu sur une maison isolĂ©e, proie idĂ©ale : un enfant, une nourrice, une tĂ©traplĂ©gique y sont livrĂ©s Ă  lui, Ă  huis clos.

Titre racoleur Ă  souhait, Horrible embrasse sans scrupule son horreur pornographique : le scĂ©nario n’est qu’un prĂ©texte pour Ă©grener des meurtres gratinĂ©s, Ă  la lisière du sadisme complaisant. Comme cette inoubliable sĂ©quence oĂą une jeune femme, piĂ©gĂ©e dans sa cuisine, finit la tĂŞte dans le four — supplice d’asphyxie interminable, combustion en prime. D’autres rĂ©jouissances macabres s’Ă©grènent : crâne fendu Ă  la scie circulaire, tympan perforĂ© Ă  la perceuse, gros plans cradingues garantis.

Les comĂ©diens, figĂ©s dans une apathie lunaire, n’en sont pas moins attachants par leur naĂŻvetĂ© candide — mention spĂ©ciale au marmot insupportable de six ans, qui cabotine ses crises et ses larmes, terrorisĂ© par « l’ogre ». Plus omniprĂ©sent encore, Georges Eastman cabale Ă  nouveau en tueur ahuri, confĂ©rant Ă  son regard lambda une Ă©trangetĂ© presque solennelle. L’atmosphère fĂ©tide qui faisait la sève d’Anthropophagous se dissipe ici au profit d’une angoisse latente, qui explose dans un dernier acte haletant : un jeu de cache-cache malsain entre l’enfant, la nourrice, la tĂ©traplĂ©gique et le monstre, ponctuĂ© de sursauts et d’hĂ©moglobine, dans un esprit de dĂ©gĂ©nĂ©rescence hystĂ©rique.

 
"D’Amato dĂ©chaĂ®ne la boucherie".
Mieux rythmĂ© qu’Anthropophagous, mais plus absurde encore dans sa narration tirĂ©e par les cheveux (comme le laisse entendre son titre US !), Horrible privilĂ©gie l’horreur sanguinolente et l’action suffocante, culminant dans le huis clos domestique. Au-delĂ  de ses dĂ©fauts criants, de ses incohĂ©rences et de ses maladresses de sĂ©rie Z, il charme par son jusqu’au-boutisme, ses effets gore artisanaux et son score de Carlo Maria Cordio, tantĂ´t lugubre, tantĂ´t mĂ©lancolique, jusqu'Ă  l'envoĂ»tement.
Ă€ redĂ©couvrir, sans distance, pour le plaisir d’un Z viscĂ©ral jusqu’Ă  la moelle.
 
*Bruno
27.04.21
15.07.14
06.03.11
5èx