lundi 29 avril 2019

Dolores Claiborne

                                                 Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

de Taylor Hackford. 1995. U.S.A. 2h12. Avec Kathy Bates, Jennifer Jason Leigh, Judy Parfitt, Christopher Plummer, David Strathairn, Eric Bogosian.

Sortie salles France: 11 Octobre 1995. U.S: 24 Mars 1995

FILMOGRAPHIETaylor Hackford est un réalisateur et producteur américain né le 31 décembre 1944. Il est marié à l'actrice Helen Mirren. 1980 : Le Temps du rock'n'roll. 1983 : Officier et gentleman. 1984 : Contre toute attente. 1986 : Soleil de nuit. 1988 : Hail! Hail! Rock 'n' Roll (documentaire musical). 1988 : Everybody's All-American. 1993 : Les Princes de la ville. 1995 : Dolores Claiborne. 1998 : L'Associé du diable. 2001 : L'Échange. 2005 : Ray. 2010 : Love Ranch. 2013 : Parker. 2016 : The Comedian.

Drame psychologique transplantĂ© dans l’Ă©crin oppressant du thriller Ă  suspense adaptĂ© d’un cĂ©lèbre roman de Stephen King, Dolores Claiborne est une rĂ©ussite rare signĂ©e Taylor Hackford, propulsĂ©e par la prĂ©sence magnĂ©tique du duo Kathy Bates / Jennifer Jason Leigh, qui soulèvent Ă  elles seules le poids massif d’une intrigue en tension, avec une intensitĂ© tour Ă  tour poignante et bouleversante.

Pitch - Ă€ la suite du dĂ©cès de la richissime Vera Donovan, son intendante Dolores Claiborne est suspectĂ©e de l’avoir prĂ©cipitĂ©e dans les escaliers. RappelĂ©e dans la rĂ©gion de son enfance, sa fille - aujourd’hui journaliste - tente de renouer un lien brisĂ© depuis la mort « accidentelle » de son père, affaire dont Dolores fut finalement acquittĂ©e. Mais le dĂ©tective John Mackey, qui n’a jamais cru en cette version, voit dans le nouveau drame l’occasion de prendre sa revanche et de faire tomber Dolores, coĂ»te que coĂ»te.

Par la charpente suspendue de son rĂ©cit alternant prĂ©sent et flash-back, levant peu Ă  peu le voile sur l’identitĂ© trouble de Dolores et radiographiant en parallèle le profil torturĂ© de sa fille en lutte contre la dĂ©pression, le film captive sans fard jusqu’Ă  son dĂ©nouement crĂ©pusculaire, irradiĂ© d’une aura onirique sous le croissant d’une Ă©clipse solaire. Magnifiquement incarnĂ©e par Kathy Bates, femme de caractère traversĂ©e par une force tranquille et une rage enfouie nĂ©e des maltraitances infligĂ©es par son Ă©poux Ă©thylique, elle partage la lumière avec Jennifer Jason Leigh, bouleversante dans sa fragilitĂ© contenue et sa douleur enfouie. Sans effets de manche, Dolores Claiborne offre un numĂ©ro d’actrices d’une belle puissance.

Si la mĂ©canique de l’intrigue devient Ă  mi-parcours relativement prĂ©visible, son intensitĂ© psychologique constante et l’art avec lequel Hackford tisse son suspense latent autour de personnages proscrits nourrissent une passionnante tragĂ©die familiale : violentes rĂ©parties, crises de larmes, rancĹ“ur, non-dits, aigreur mĂ©lancolique. La force narrative jaillit des thèmes de l’injustice, du faux-semblant, de la maltraitance, de la perversitĂ© et du traumatisme que mère et fille tentent d’arracher Ă  leur silence Ă©touffĂ©. Deux femmes habitĂ©es par une mĂŞme solitude, Ă©crasĂ©es par le poids de la culpabilitĂ© et d’une communication fendue depuis l’ancienne tragĂ©die.


Remarquablement menĂ©, sculptĂ© dans un suspense ciselĂ© que Bates et Leigh habitent d’une Ă©nergie farouche, Dolores Claiborne parle de la mort, de la rĂ©silience et de l’amour maternel avec une vigueur dramatique d’une grande sensibilitĂ©. Car c’est en affrontant les dĂ©mons d’un passĂ© Ă©hontĂ© que cette famille meurtrie peut enfin espĂ©rer la rĂ©demption - mĂŞme au prix d’un crime que la justice humaine ne saurait absoudre.


— le cinĂ©phile du cĹ“ur noir
2èx

RĂ©compense: Prix de la meilleure actrice dans un second rĂ´le pour Ellen Muth au Festival international du film de Tokyo 1995.

vendredi 26 avril 2019

Manon des Sources. César meilleure actrice de second rôle - Emmanuelle Béart

                                     Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site chacuncherchesonfilm.fr

de Claude Berri. 1986. France/Italie/Suisse. 1h54. Avec Yves Montand, Daniel Auteuil, Emmanuelle Béart, Hippolyte Girardot, Élisabeth Depardieu, Margarita Lozano, Yvonne Gamy, Ticky Holgado.

Sortie salles France: 19 Novembre 1986

FILMOGRAPHIE: Claude Langmann, dit Claude Berri, est un rĂ©alisateur, scĂ©nariste, producteur et acteur français, nĂ© le 1er juillet 1934, dĂ©cĂ©dĂ© le 12 janvier 2009. 1964: Les Baisers (segment « Baiser de 16 ans »). La Chance et l'amour (segment « La Chance du guerrier »). 1966: Le Vieil homme et l'enfant. 1968 Mazel Tov ou le Mariage. 1969: Le PistonnĂ© . 1970: Le CinĂ©ma de papa. 1972: Sex-shop. 1975: Le Mâle du siècle. 1976: La Première fois. 1977: Un moment d'Ă©garement. 1980: Je vous aime. 1981: Le MaĂ®tre d'Ă©cole. 1983: Tchao Pantin. 1986: Jean de Florette. Manon des sources. 1990: Uranus. 1993: Germinal. 1996: Lucie Aubrac. 1999: La dĂ©bandade. 2001: Une femme de mĂ©nage. 2004: L'Un reste, l'autre part. 2006: Ensemble, c'est tout. 2009: TrĂ©sor.


Sorti 3 mois après sa première partie, Manon des Sources rameute Ă  nouveau le public en masse si bien qu'il se hisse 2è au box-Office, juste derrière Jean de Florette avec 6 645 596 entrĂ©es. Pour rappel, le 1er opus rassembla 7 224 195 entrĂ©es. RĂ©unissant les nouvelles tĂŞtes d'affiche Hippolyte Girardot (excellent de sobriĂ©tĂ© et de sagesse en prĂ©tendant philanthrope), Ticky Holgado et surtout  l'indomptable Emmanuelle BĂ©art en NĂ©mĂ©sis sauvageonne, Manon des Sources dĂ©livre ici tout son potentiel dramatique Ă  travers une motivation punitive que Manon complote secrètement avec rigoureuse amertume. Car timorĂ©e, fuyante, introvertie et taciturne depuis son inconsolable traumatisme d'avoir perdu son père pour un vulgaire enjeu cupide, celle-ci distille une bouleversante Ă©motion fortuite Ă  travers sa nĂ©vralgie morale cĂ©dant parfois Ă  de foudroyantes crises de larme, entre dĂ©pit et rancoeur de l'injustice. La puissance de l'intrigue finement charpentĂ©e rĂ©sidant notamment dans la caractĂ©risation d'autres personnages en proie (depuis toujours) Ă  la lâchetĂ© du mutisme mais aujourd'hui dĂ©libĂ©rĂ©s Ă  s'y confesser sous l'influence d'un incident sanitaire majeur et de Manon bientĂ´t sujette Ă  extĂ©rioriser toute la vĂ©ritĂ©. De son cĂ´tĂ©, frappĂ© d'un coup de foudre pour cette dernière plutĂ´t farouche Ă  son Ă©gard, Ugolin lui conjure de la rendre heureuse de par ses sentiments passionnels et ses richesses matĂ©rielles.


Daniel Auteuil s'avĂ©rant ici autrement plus expressif Ă  travers ses ardents dĂ©sirs d'amour, de sexualitĂ© et de dĂ©livrance. Quand bien mĂŞme le Papet observe la posture folingue d'Ugolin avec une mĂ©fiante perplexitĂ©. Sans se complaire dans le jeu de la sĂ©duction pour y tisser une toile autour d'Ugolin, Manon fricote un stratagème autrement rĂ©flĂ©chi en y punissant par l'occasion tous les habitants de sa rĂ©gion. Au-delĂ  du latent suspense imposĂ© Ă  sa cruelle vengeance, l'intrigue finira par atteindre des sommets d'acuitĂ© Ă©motionnelle lors de sa seconde partie rĂ©solument renversante. Tant et si bien que Claude Berry totalement maĂ®tre de sa mise en scène posĂ©e nous transcende une succession de règlements de comptes verbaux et rebondissements capiteux sous le pivot d'une filiation maudite. Les revirements dramatiques Ă  rĂ©pĂ©tition s'enchaĂ®nant de manière fluide car soumis au fil narratif d'une surprenante subtilitĂ©. Le fameux point d'orgue rĂ©vĂ©lateur intervenant lors de l'apartĂ© entre le Papet et une vieille amie aveugle, morceau d'anthologie d'une cruautĂ© Ă©motionnelle Ă  son apogĂ©e. Ou comment se prendre de vĂ©ritable empathie auprès du vrai responsable de cette tragĂ©die filiale frappĂ© soudainement d'une confidence improbable au point d'y louer sa culpabilitĂ©.


Grand moment de cinĂ©ma frappĂ© d'une vigueur dramatique en crescendo, Manon des Sources clĂ´t magistralement le diptyque de Pagnol Ă  travers la densitĂ© d'un rĂ©cit reptilien oĂą chaque personnage Ă©voluera en fonction d'une commune prise de conscience morale afin de restituer la dignitĂ© de Manon et des siens. Chef-d'oeuvre d'Ă©lĂ©gies morales aux âmes tourmentĂ©es, Manon des Sources atteint enfin des sommets d'acuitĂ© sous l'impulsion magnĂ©tique d'Yves Montand bouleversant d'accablement Ă  travers la tare de sa culpabilitĂ© oĂą seul Dieu pourrait l'absoudre de ses odieux pĂŞchers. Inoubliable par sa beautĂ© funèbre affligĂ©e. 

*Bruno2èx

Récompenses: César de la meilleure actrice dans un second rôle - Emmanuelle Béart
César du meilleur acteur - Daniel Auteuil

jeudi 25 avril 2019

Jean de Florette. César du Meilleur Acteur: Daniel Auteuil.

                                                 Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site amazon.fr

de Claude Berri. 1986. France/Suisse/Italie/Autriche. 2h01. Avec Yves Montand, Gérard Depardieu, Daniel Auteuil, Elisabeth Depardieu, Margarita Lozano, Ernestine Mazurowna, Armand Meffre.

Sortie salles France: 27 Août 1986

FILMOGRAPHIE: Claude Langmann, dit Claude Berri, est un rĂ©alisateur, scĂ©nariste, producteur et acteur français, nĂ© le 1er juillet 1934, dĂ©cĂ©dĂ© le 12 janvier 2009. 1964: Les Baisers (segment « Baiser de 16 ans »). La Chance et l'amour (segment « La Chance du guerrier »). 1966: Le Vieil homme et l'enfant. 1968 Mazel Tov ou le Mariage. 1969: Le PistonnĂ© . 1970: Le CinĂ©ma de papa. 1972: Sex-shop. 1975: Le Mâle du siècle. 1976: La Première fois. 1977: Un moment d'Ă©garement. 1980: Je vous aime. 1981: Le MaĂ®tre d'Ă©cole. 1983: Tchao Pantin. 1986: Jean de Florette. Manon des sources. 1990: Uranus. 1993: Germinal. 1996: Lucie Aubrac. 1999: La dĂ©bandade. 2001: Une femme de mĂ©nage. 2004: L'Un reste, l'autre part. 2006: Ensemble, c'est tout. 2009: TrĂ©sor.


Succès triomphal lors de sa sortie en 1986 si bien qu'il se classe n°1 au box-Office avec 7 224 195 entrĂ©es, Jean de Florette est la rĂ©union de talents hors-pair. Tant auprès de son auteur Claude Berri  (Le Vieil Homme et l'Enfant, Tchao Pantin, Germinal) que du trio Montand / Depardieu / Auteuil  (rĂ©compensĂ© d'un CĂ©sar pour son interprĂ©tation prĂ©cisĂ©ment chafouine). TirĂ© d'un cĂ©lèbre roman de Marcel Pagnol publiĂ© en 1963 après avoir Ă©tĂ© portĂ© Ă  l'Ă©cran une première fois par ce dernier en 1952, Jean de Florette est un hymne Ă  l'horticulture et Ă  la nature provinciale que Claude Berri s'applique Ă  mettre en image avec une tendre motivation. Car formellement flamboyant auprès de sa nature solaire d'un or incandescent et narrativement dense Ă  travers l'Ă©preuve de force du mĂ©tayer Jean de Florette s'Ă©vertuant, parmi l'appui de son Ă©pouse et de sa fille, Ă  labourer ses champs et Ă©lever ses lapins en guise de prospĂ©ritĂ©, son dessein lui fait confronter deux paysans aussi machiavĂ©liques qu'insidieux, Ugolin influencĂ© par son oncle Le Papet.


Ces derniers avides de cupiditĂ© tentant de s'approprier ses terres avec une amabilitĂ© obsĂ©quieuse. Yves Montand en maĂ®tre influent, et Daniel Auteuil en complice couard, se partageant la vedette avec une avarice finement dĂ©testable. AffublĂ© d'une bosse dorsale, GĂ©rard Depardieu se taille la carrure de Jean de Florette avec une dĂ©termination physique et morale forçant le respect. Car aussi retors qu'intelligent dans sa dĂ©marche horticultrice, celui-ci prolifère les ingĂ©nieux stratagèmes afin de nourrir sa famille en dĂ©pit des caprices d'une nature erratique et de sa futile naĂŻvetĂ© Ă  se laisser berner par l'amitiĂ© perfide du conseiller Ugolin. On peut Ă©galement saluer la modeste expression fragile d'Elisabeth Depardieu en Ă©pouse affectueuse discrète et combattante, ainsi que la prĂ©sence naturelle de la petite Ernestine Mazurowna d'une sobre justesse Ă  observer dans le mutisme les agissements fĂ©tides de ses deux voisins sans vergogne (Ă  l'instar du prĂ©ambule meurtrier sans Ă©quivoque que le Papet intentera sous un coup de colère).


Drame familial davantage intense et rigoureux Ă  travers le douloureux portrait d'un ambitieux paysan amoureux de ses terres et rĂ©solument dĂ©libĂ©rĂ© Ă  soulever des montagnes en dĂ©pit de ses mauvaises influences, Jean de Florette scande l'amour de la nature Ă  travers une intrigue pernicieuse esquissant deux profils mesquins d'une rapacitĂ© jamais dĂ©monstrative. D'oĂą l'intelligence et la dextĂ©ritĂ© de Claude Berri Ă  consolider ce tragique enjeu d'aviditĂ© au grĂ© d'une intensitĂ© dramatique jamais programmĂ©e. En attendant d'y dĂ©couvrir impatiemment la vengeance de Manon des Sources  lors du second volet, Jean de Florette fait dĂ©sormais office de grand classique du cinĂ©ma français d'une poignante sincĂ©ritĂ©. 

*Bruno
2èx

Récompenses: 1986 : Prix de l'Académie nationale du cinéma pour Claude Berri
1987 : César du meilleur acteur pour Daniel Auteuil pour Jean de Florette et Manon des sources
1988 : British Academy of Film and Television Arts (BAFTA) :
Meilleur Film
Meilleur acteur dans un second rĂ´le pour Daniel Auteuil
Meilleur scénario adapté pour Claude Berri et Gérard Brach
1988 : Prix du London Film Critics Circle du Meilleur film étranger (en)

mercredi 24 avril 2019

Une Affaire de Famille. Palme d'Or / César Meilleur Film Etranger.

                                               Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Allocine.fr

de Hirokazu Kore-eda. 2018. Japon. 2h01. Avec Lily Franky, Sakura AndĹŤ, Mayu Matsuoka, Kirin Kiki, Kairi Jyo, Miyu Sasaki.

Sortie salles France: 12 dĂ©cembre 2018. Japon: 8 Juin 2018

FILMOGRAPHIEHirokazu Kore-eda est un rĂ©alisateur japonais nĂ© le 6 Juin 1962 Ă  Tokyo. 1995 : Maborosi. 1998 : After Life. 2001 : Distance. 2004 : Nobody Knows. 2006 : Hana. 2008 : Still Walking. 2009 : Air Doll. 2011 : I Wish, nos vĹ“ux secrets. 2013 : Tel père, tel fils. 2015 : Notre petite sĹ“ur. 2016 : Après la tempĂŞte. 2017 : The Third Murder. 2018 : Une affaire de famille. 2019 : La VĂ©ritĂ©.


"La solitude et le sentiment de n'être pas désiré sont les plus grandes pauvretés."
Drame familial d'une intensitĂ© dramatique que nous ne voyons jamais arriver, Une affaire de Famille n'a point dĂ©robĂ© sa Palme d'Or ni son CĂ©sar du Meilleur Film Etranger de par le brio Ă©purĂ© de Hirokazu Kore-eda portant Ă  l'Ă©cran un douloureux rĂ©cit familial avec une pudeur bouleversante. Car dĂ©crivant la quotidiennetĂ© peu recommandable d'une famille reconstituĂ©e Ă©duquant leurs enfants dans une Ă©thique marginale (chaparder dans les magasins), Une Affaire de Famille s'avère d'une fatale cruautĂ© eu Ă©gard de sa tournure dramatique dĂ©nuĂ©e d'espoir. Et si le rĂ©cit met du temps Ă  se mettre en place au premier abord pour y planter son dĂ©cor domestique, et que le spectateur s'adapte lentement aux us et coutumes de ses personnages incultes, c'est pour mieux nous Ă©branler lors de son revirement narratif (2 incidents fortuits oĂą tout basculera !) davantage attachant car d'un humanisme Ă©corchĂ© vif si je puis me permettre. La grande force du film dĂ©coulant notamment de la dextĂ©ritĂ© du metteur en scène Ă  radiographier la moralitĂ© de chaque personnage, entre sentiments sournois et pudeur romantique. Notamment auprès de la nouvelle recrue qu'ils s'efforcent de tendrement protĂ©ger depuis sa condition molestĂ©e.


Ainsi, cette famille de fortune tente donc de s'unifier et de se construire malgrĂ© tout, humainement parlant, par des moyens misĂ©reux, et par le truchement d'un code de conduite illĂ©gal. Car cohabitant dans la prĂ©caritĂ© en dĂ©pit d'emplois prolĂ©taires que 3 membres d'entre eux tentent de perdurer, ils sont pour autant contraints de gruger et d'inculquer Ă  leurs enfants cette action prĂ©judiciable. Vibrant hommage Ă  la fraternitĂ© d'une famille infortunĂ©e victime de leur inconsĂ©quence, tĂ©moignage poignant sur la vieillesse et au temps qui passe Ă  moindre Ă©chelle, Une Affaire de Famille  insuffle une bouleversante rĂ©flexion sur le sens de l'amour parental du point de vue de cette unitĂ© victime de dĂ©mission, de mensonge, de chĂ´mage et de maltraitance si on Ă©voque le cas de la dernière adoptive, Yuri. Car chargĂ©s de secrets qu'ils peinent Ă  avouer Ă  leurs rejetons (entre cupiditĂ© et profit), les parents seront confrontĂ©s Ă  leur propre vĂ©ritĂ© pour se remettre ainsi en question en tentant en dĂ©sespoir de cause de se racheter une conduite parentale autrement intègre. Ainsi, c'est donc au fil de leur quotidiennetĂ© commune semĂ©e de bĂ©vues, au fil de leur ascension familiale (quantitative) que ces derniers parviennent nĂ©anmoins Ă  y cultiver des valeurs de tendresse, de partage et d'amour dans une autonomie sournoise difficilement concevable.


Une oeuvre magnifique donc pleine de dĂ©licatesse (notamment dans la fragilitĂ© des Ă©changes de regard, dans les silences entre les mots et les remords Ă  moitiĂ© pardonnĂ©s) et de duretĂ© eut Ă©gard des consĂ©quences dramatiques de cette famille en berne tentant d'y (rĂ©)concilier amour et tendresse. Un cri d'alarme, un dĂ©chirant dĂ©sespoir humaniste que le rĂ©alisateur met en exergue parmi l'acuitĂ© de la suggestion Ă  travers ses postures faussement sereines. Le dernier plan Ă©vocateur, aphone, s'avĂ©rant par ailleurs sans Ă©quivoque Ă  travers l'amertume d'une innocence sacrifiĂ©e. 

*Bruno

Récompenses: Festival de Cannes 2018 : Palme d'or
Festival international du film d'Antalya 2018 : Meilleur réalisateur7
César 2019 : César du meilleur film étranger

Box-Office France : 728 905 entrées

mardi 23 avril 2019

Le Narcisse Noir

                                                 Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Allocine.fr

"Black Narcissus" de Michael Powell et Emeric Pressburger. 1947. Angleterre. 1h40. Avec Deborah Kerr, David Farrar, Kathleen Byron, Jean Simmons, Sabu, Judith Furse, Flora Robson.

Sortie salles France: 20 Juillet 1949. Angleterre: 24 Avril 1947

FILMOGRAPHIE: Michael Powell est un réalisateur britannique, né le 30 septembre 1905 à Bekesbourne, décédé le 19 Février 1990 à Avening, Gloucestershire. 1937: A l'angle du monde. 1939: L'Espion noir. 1939: Le Lion a des ailes. 1940: Le Voleur de Bagdad. 1940: Espionne à bord. 1941: 49è parallèle. 1942: Un de nos avions n'est pas rentré. 1943: The Volunteer. 1943: Colonel Blimp. 1944: A Canterbury Tale. 1945: Je sais où je vais. 1946: Une Question de vie ou de mort. 1947: Le Narcisse Noir. 1948: Les Chaussons Rouges. 1948: The Small Back Room. 1950: La Renarde. 1950: The Elusive Pimpernel. 1951: Les Contes d'Hoffman. 1955: Oh! Rosalinda ! 1956: La Bataille du Rio de la Plata. 1956: Intelligence Service. 1959: Lune de Miel. 1960: Le Voyeur. 1961: The Queen's Guards. 1964: Le Château de Barbe-Bleue. 1966: They're a Weird Mob. 1969: Age of Consent.


"Nul ne pèche par un acte qu'il ne peut Ă©viter." 
RĂ©putĂ© pour sa beautĂ© plastique exceptionnelle alors qu'il fut rĂ©alisĂ© en 1947; Le Narcisse Noir est un objet filmique difficilement apprivoisable au 1er regard. Car de mon point de vue strictement subjectif et l'ayant dĂ©couvert sur le tard, il s'agit d'une oeuvre insaisissable de par la subtilitĂ© de son atmosphère Ă©thĂ©rĂ©e tantĂ´t vĂ©nĂ©neuse, tantĂ´t envoĂ»tĂ©e, et d'un cheminement narratif Ă  la fois imprĂ©visible, sporadique, tentaculaire. Le pitch: une poignĂ©e de soeurs anglicanes sont recrutĂ©es par un gĂ©nĂ©ral indien Ă  diriger un couvent, un dispensaire et une Ă©cole dans son palais situĂ© Ă  hauteur d'une falaise hymalayenne. Peu Ă  peu, et depuis la prĂ©sence de Mr Dean et d'un jeune gĂ©nĂ©ral, Soeur Rose et Soeur Clotilde sont troublĂ©es par ses autoritĂ©s masculines. Entièrement vouĂ© Ă  la psychologie nĂ©vrosĂ©e de ses nonnes dĂ©paysĂ©es par un panorama disproportionnĂ©, Le Narcisse Noir traite du refoulement sexuel avec une trouble ambiguĂŻtĂ©.


Tant auprès de l'inimitiĂ© de Soeur Rose et de Clothilde hantĂ©es par le dĂ©sir sexuel, que du personnage frigide de Mr Dean difficilement domptable Ă  travers son machisme rigide (le final s'avĂ©rant d'autant plus cruel faute de son empathie Ă©prouvĂ©e pour l'une d'elles). EmaillĂ© de sĂ©quences baroques Ă  la limite du surrĂ©alisme (notamment auprès du regard littĂ©ralement ensorcelant de soeur Rose gagnĂ©e par la folie punitive), Le Narcisse Noir jongle avec le drame psychologique parmi la trouble intensitĂ© du non-dit et des regards tacites. Sa beautĂ© flamboyante omniprĂ©sente renforçant le caractère hermĂ©tique de ces pertes identitaires en proie Ă  l'Ă©mancipation que Rose et Clothilde se contredisent parmi la complexitĂ© du passĂ© secret. Sans anticiper l'action sobrement mise en place sous l'impulsion d'un environnement naturel Ă  la lisière de la fĂ©erie, Michael Powell et Emeric Pressburger parviennent donc Ă  fasciner Ă  travers les thèmes universels de l'amour et de la sexualitĂ© que des nonnes s'interdisent en lieu et place de foi religieuse. Ainsi, en traitant de l'inĂ©galitĂ© des sexes, Le Narcisse Noir oppose le pouvoir hermĂ©tique de son immense cadre naturel (symbole de libertĂ© absolue) avec l'autoritĂ© des hommes en quĂŞte de discipline, de rĂ©demption (l'alcoolisme de Mr Dean), d'appui fĂ©minin et d'Ă©ventuelle liaison amoureuse.


Une rĂ©flexion sur la morale chrĂ©tienne et la complexitĂ© des rapports contradictoires entre les 2 sexes. 
Difficile d'accès au premier abord selon mon propre jugement de valeur, Le Narcisse Noir me parait riche d'intensitĂ© et de beautĂ© diaphane Ă  travers ses caractĂ©risations cĂ©rĂ©brales compromises par le refoulement, la nĂ©vrose, le dĂ©sir et la discipline chrĂ©tienne. Un objet inclassable en somme aussi bien candide que sulfureux Ă  revoir plusieurs fois pour en saisir toute son essence capiteuse. Car Ă©trange, dĂ©routant, ineffable et subtilement oppressant, il laisse en mĂ©moire de saisissantes images baroques Ă  travers les thèmes de la jalousie, de la pulsion sensuelle et de la folie amoureuse que l'obscurantisme finit par engendrer chez les ĂŞtres les plus prĂ©caires.  

*Bruno

Récompenses: Oscars 1948
Oscar de la meilleure photographie pour Jack Cardiff
Oscar de la meilleure direction artistique pour Alfred Junge
Golden Globes 1948
Golden Globe de la meilleure photographie pour Jack Cardiff

lundi 22 avril 2019

L'Armoire Volante

                                         Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

de Carlo Rim. 1948. 1h30. Avec Fernandel, Berthe Bovy, Pauline Carton, Germaine Kerjean, Marcel Pérès, Louis Florencie, Henry Charrett, Gaston Modot, Annette Poivre, Antonin Berval.

Sortie salles France: 23 Octobre 1948

FILMOGRAPHIECarlo Rim (Jean Marius Richard) est un romancier, essayiste, scénariste, réalisateur et dessinateur de presse français, né à Nîmes le 19 décembre 1902, mort le 3 décembre 1989 à Marseille. 1948 : L'Armoire volante. 1951 : La Maison Bonnadieu. 1952 : Les Sept Péchés capitaux, pour le sketch : La gourmandise. 1953 : Virgile. 1954 : Escalier de service. 1956 : Les Truands. 1957 : Ce joli monde. 1959 : Le Petit Prof. 1963 : Treize contes de Maupassant (série TV). 1965 : Don Quichotte (feuilleton TV). 1976: Le Sanglier de Cassis.


Peu diffusé à la TV, l'Armoire Volante est une formidable comédie d'humour noir fondée sur un scénario charpenté fertile en quiproquos que Fernandel enchaîne avec une appréhension en crescendo. Et pour cause, sa tante Léa vient de décéder sur la route d'un périple en compagnie de deux de ses déménageurs. Paniqués, ils décident de la planquer dans son armoire en avertissant le neveu Alfred. Or, durant une pause, le camion est dérobé par des voleurs. Délibéré à retrouver le corps de sa tante; Alfred usera de moult stratagèmes afin de retrouver l'armoire. Dosant habilement rebondissements à répétition et idées retorses, l'Armoire Volante est une succulente comédie macabre n'ayant rien perdu de sa fraîcheur de par son concept improbable jouant avec les codes d'une chasse au trésor si j'ose dire.


Fernandel se dĂ©menant comme un demeurĂ© Ă  retrouver cette fameuse armoire (vendue Ă  prix d'or lors d'un moment clef d'une vente aux enchères !) en dĂ©pit de la perplexitĂ© de son entourage aussi dubitatif que craintif pour sa pathologie mental. Sans outrance, et Ă  contre emploi de son jeu extravagant dans l'Auberge Rouge, Fernandel insuffle un jeu subtil Ă  travers ses sentiments d'apprĂ©hension, de paranoĂŻa, de dĂ©sarroi et de tendresse pour sa tante que l'armoire lui engendre cruellement. Car cumulant la dĂ©veine sous l'impulsion d'une intrigue dĂ©bridĂ©e ne cessant de le ballotter tous azimuts, celui-ci s'improvise investigateur de dernier ressort avec une force de caractère subitement chĂ©tive. La police Ă©tant notamment avertie de la disparition du corps... Ainsi donc, sans faire preuve d'essoufflement,  l'Armoire Volante perdure sa mĂ©canique Ă  suspense grâce Ă  l'imagination en roue libre de son concept (gentiment) sardonique, pour autant non dĂ©nuĂ©e de tendresse lors de sa conclusion salvatrice (en suspens !) que nombre de scĂ©naristes reprendront par la suite quelque soit le genre abordĂ©.


Une perle de comédie noire savamment troussée.

*Bruno

vendredi 19 avril 2019

L'Auberge Rouge

                                                   Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

de Claude Autant Lara. 1951. France. 1h45. Avec Fernandel, Françoise Rosay, Julien Carette, Marie-Claire Olivia, Jacques Charon, Nane Germon.

Sortie salles France: 19 Octobre 1951

FILMOGRAPHIE: Claude Autant-Lara, ou Claude Autant, est un réalisateur français, né le 5 août 1901 à Luzarches et mort le 5 février 2000 à Antibes. 1931 : Buster se marie. 1931 : Le Plombier amoureux. 1932 : L'Athlète incomplet. 1933 : Ciboulette. 1937 : L'Affaire du courrier de Lyon (coréal). 1938 : Le Ruisseau (coréal). 1939 : Fric-Frac (coréal). 1940 : The Mysterious Mr Davis. 1941 : Le Mariage de Chiffon. 1942 : Lettres d'amour. 1943 : Douce. 1946 : Sylvie et le Fantôme. 1947 : Le Diable au corps. 1949 : Occupe-toi d'Amélie. 1951 : L'Auberge rouge. 1952 : Les 7 péchés capitaux. 1953 : Le Bon Dieu sans confession. 1954 : Le Blé en herbe. 1954 : Le Rouge et le Noir. 1955 : Marguerite de la nuit. 1956 : La Traversée de Paris. 1958 : Le Joueur. 1958 : En cas de malheur. 1959 : La Jument verte. 1960 : Les Régates de San Francisco. 1960 : Le Bois des amants. 1961 : Tu ne tueras point. 1961 : Le Comte de Monte-Cristo. 1961 : Vive Henri IV, vive l'amour. 1963 : Le Meurtrier. 1963 : Le Magot de Josefa. 1965 : Humour noir. 1965 : Journal d'une femme en blanc. 1966 : Nouveau journal d'une femme en blanc. 1967 : Le Plus Vieux Métier du monde. 1968 : Le Franciscain de Bourges. 1969 : Les Patates. 1973 : Lucien Leuwen (Serie TV). 1977 : Gloria.


Grand classique d'après-guerre rĂ©alisĂ© par le proverbial Claude Autant Lara (La TraversĂ©e de Paris, Le Comte de Monte-Cristo, la Jument Verte, les 7 pĂŞchers capitaux, le Rouge et le Noir),  L'auberge Rouge s'inspire d'un fait divers morbide survenu en Ardèche entre 1805 et 1830. Un couple d'aubergistes accompagnĂ© d'un complice auraient dĂ©pouillĂ© et tuĂ© plus de 50 clients sur une pĂ©riode de 23 ans. Ils finissent par ĂŞtre guillotinĂ©s le 2 Octobre 1833 sur le lieu mĂŞme de leurs antĂ©cĂ©dentes exactions. Ainsi, sous la houlette de Claude Autant-Lara, ce dernier dĂ©cide d'en tirer une comĂ©die macabre avec en tĂŞte d'affiche le notoire Fernandel plus guilleret que jamais dans celui d'un moine ballottĂ© tous azimuts entre aubergistes sanguinaires et clients avinĂ©s. Étonnamment cocasse, dĂ©lirant, folingue, voir mĂŞme surrĂ©aliste (si bien que la romance improbable entre la jeune complice meurtrière et un novice chrĂ©tien s'avère aussi ironiquement attachante qu'immorale), l'Auberge Rouge se dĂ©cline en irrĂ©sistible farce sardonique en dĂ©pit d'une 1ère partie un brin laborieuse selon mon jugement de valeur.


La complicitĂ© euphorique des comĂ©diens s'en donnant Ă  coeur joie dans les exclamations jouasses (notamment auprès d'une scène hystĂ©risante Ă  dĂ©jouer le moine d'y quitter l'auberge !), l'extravagance de Fernandel (Ă  travers ses mimiques pleutres) cumulant stratagèmes de survie (l'hallucinante sĂ©quence du mariage parmi le tĂ©moignage de convives en lĂ©thargie) et quiproquos impayables d'une folle originalitĂ© nous donnant le tournis au sein d'une photo monochrome immaculĂ©e. A l'instar de ces magnifiques dĂ©cors enneigĂ©s particulièrement envoĂ»tants, quand bien mĂŞme les 3/4 quarts des autres dĂ©cors (internes et externes auprès des plans serrĂ©s) ont entièrement Ă©tĂ© tournĂ©s en studio. Bref, sa scĂ©nographie hivernale dĂ©paysante s'avère bluffante de rĂ©alisme onirique ! Et donc Ă  la revoyure, c'est Ă  dire plus 68 ans après sa sortie, l'Auberge Rouge dĂ©gage une atmosphère dĂ©bridĂ©e Ă  la fois burnĂ©e et atypique de par son enchaĂ®nements de situations cintrĂ©es (pour ne pas dire cartoonesques !) auquel un moine Ă©peurĂ© de finir en rĂ´tisserie s'efforcera de secourir une poignĂ©es de voyageurs n'ayant rien saisi de l'extrĂŞme situation d'urgence. C'est donc une comĂ©die survoltĂ©e que nous fricote Claude-Autant Lara avec un goĂ»t prononcĂ© pour la dĂ©rision macabre corsĂ©e (son incroyable Ă©pilogue mortifère !) que Fernandel monopolise avec une (irrĂ©sistible) apprĂ©hension en roue libre. Entre sournoiserie de dĂ©sespoir et vaillance de dernier ressort !


Un grand classique populaire d'une fraĂ®cheur cocasse abrasive Ă  faire pâlir de jalousie la dernière comĂ©die mainstream surfant la majeure partie sur leurs acquis cupides. 

*Bruno

jeudi 18 avril 2019

Rémi sans famille

                                             Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

de Antoine Blossier. 2018. France. 1h48. Avec Maleaume Paquin, Jacques Perrin, Daniel Auteuil, Virginie Ledoyen, Jonathan ZaccaĂŻ, Ludivine Sagnier, Albane Masson, Nicholas Rowe.

Sortie salles France: 12 Décembre 2018

FILMOGRAPHIE: Antoine Blossier est un réalisateur français. 2011 : La Traque. 2014 : À toute épreuve. 2018 : Rémi sans famille.


Nouvelle adaptation du roman français d'Hector Malot écrit en 1878, Rémi sans Famille parvient à réanimer la flamme du conte familial à travers ce formidable récit d'apprentissage, de constance et de résilience du point de vue d'un orphelin éduqué par l'inoubliable saltimbanque Vitalis. D'une fulgurance formelle enchanteresse à travers une splendide photo tantôt solaire, tantôt réfrigérante, Rémi sans famille est un régal pour les yeux et le coeur, aussi cruel soit son cheminement de survie que Rémi, Vitalis, joli coeur et Capi arpentent avec un courage teinté de désespoir. Et donc, cette nouvelle adaptation classieuse a beau surfer sur les bons sentiments avec un air de déjà vu (surtout auprès de ceux ayant été traumatisés par l'anime des années 80), le miracle opère dans son florilège de vicissitudes soigneusement contées et illustrées avec parfois un sens féerique digne des meilleures prods US (score solennelle à l'appui proche de l'ambiance d'Edward aux mains d'argent).


De par la sobre expression des acteurs (Daniel Auteuil et Jacques Perrin sont irrĂ©prochables dans leur humble paternitĂ© teintĂ©e de fragilitĂ©, quand bien mĂŞme Maleaume Paquin distille une assez convaincante empathie dans la peau de RĂ©mi) et le talent avisĂ© du cinĂ©aste Antoine Blossier soignant le cadre durant chaque sĂ©quence, RĂ©mi sans Famille oscille charme et Ă©motions en militant pour la protection de l'enfance, et, Ă  moindre Ă©chelle, pour la cause animale. Notamment pour le traitement infligĂ© auprès d'une vache lors du 1er acte ainsi que les rapports affectueux que RĂ©mi entretient avec le singe Joli Coeur et le chien Capi). Ainsi, c'est surtout Ă  travers l'attachant personnage de Vitalis que l'Ă©motion fait naĂ®tre ses instants les plus justes et bouleversants lorsque celui-ci se rĂ©signe Ă  sacrifier sa propre vie afin de prĂ©munir le destin si prĂ©caire de RĂ©mi (il ne connait pas ses parents depuis sa naissance alors que sa famille d'accueil fut contrainte de dĂ©missionner faute de l'autoritĂ© d'un père sournois). DĂ©libĂ©rĂ© Ă  retrouver sa vraie famille durant un pĂ©riple ardu que Vitalis ne cessera d'aiguiller avec un sens des valeurs impartis Ă  la pĂ©dagogie, RĂ©mi franchira nombre d'Ă©preuves morales et physiques afin de regagner sa dignitĂ© et ainsi asseoir sa rĂ©putation de chanteur prodige.


Si cette adaptation française n'arrive jamais Ă  la cheville de l'inoxydable anime japonais des annĂ©es 80, le sobre talent des interprètes (mĂŞme si certains seconds-rĂ´les peuvent prĂŞter Ă  la caricature) et le brio du rĂ©alisateur parviennent Ă  rĂ©actualiser ce rĂ©cit universel avec une Ă©motion souvent payante. Tant et si bien qu'il s'avère difficile de retenir ses larmes auprès de ses instants les plus cruels pour autant illustrĂ©s avec une certaine retenue afin de ne pas trop effleurer le pathos. Un formidable mĂ©lo donc que petits et grands (enfants) ne manqueront pas de s'Ă©treindre auprès de son message salutaire militant pour les valeurs familiales (parmi les notions de courage, de culture et d'amour) sous le pivot de la protection d'une enfance maltraitĂ©e.     

 *Bruno

Box Office France: 857 515 entrées

mercredi 17 avril 2019

Les Patates

                                                  Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

de Claude Autant-Lara. 1969. France. 1h40. Avec Pierre Perret, Henri Virlogeux, Bérangère Dautun, Pascale Roberts, Odette Duc, Jacques Balutin, Rufus, Bernard Lajarrige.

Sortie salles France: 21 Novembre 1969

FILMOGRAPHIE: Claude Autant-Lara, ou Claude Autant, est un réalisateur français, né le 5 août 1901 à Luzarches et mort le 5 février 2000 à Antibes. 1931 : Buster se marie. 1931 : Le Plombier amoureux. 1932 : L'Athlète incomplet. 1933 : Ciboulette. 1937 : L'Affaire du courrier de Lyon (coréal). 1938 : Le Ruisseau (coréal). 1939 : Fric-Frac (coréal). 1940 : The Mysterious Mr Davis. 1941 : Le Mariage de Chiffon. 1942 : Lettres d'amour. 1943 : Douce. 1946 : Sylvie et le Fantôme. 1947 : Le Diable au corps. 1949 : Occupe-toi d'Amélie. 1951 : L'Auberge rouge. 1952 : Les 7 péchés capitaux. 1953 : Le Bon Dieu sans confession. 1954 : Le Blé en herbe. 1954 : Le Rouge et le Noir. 1955 : Marguerite de la nuit. 1956 : La Traversée de Paris. 1958 : Le Joueur. 1958 : En cas de malheur. 1959 : La Jument verte. 1960 : Les Régates de San Francisco. 1960 : Le Bois des amants. 1961 : Tu ne tueras point. 1961 : Le Comte de Monte-Cristo. 1961 : Vive Henri IV, vive l'amour. 1963 : Le Meurtrier. 1963 : Le Magot de Josefa. 1965 : Humour noir. 1965 : Journal d'une femme en blanc. 1966 : Nouveau journal d'une femme en blanc. 1967 : Le Plus Vieux Métier du monde. 1968 : Le Franciscain de Bourges. 1969 : Les Patates. 1973 : Lucien Leuwen (Serie TV). 1977 : Gloria.


Curieux film que les Patates rĂ©alisĂ© par Claude Autant-Lara, auteur reconnu de la TraversĂ©e de Paris, le Diable au corps, les 7 pĂŞchers capitaux, Sylvie et le FantĂ´me, la Jument Verte et l'Auberge Rouge pour en citer les plus illustres. Car dominĂ© par l'interprĂ©tation enjouĂ©e de Pierre Perret (dont il s'agit de sa 3è apparition Ă  l'Ă©cran), les Patates est une comĂ©die pittoresque flirtant avec le drame lors de son Ă©pilogue inopinĂ©ment tragique. Un parti-pris plutĂ´t couillu afin de mettre en exergue avec dĂ©rision (il s'agit d'un accident macabre) les consĂ©quences de l'occupation allemande en perte d'autoritĂ© depuis l'affaiblissement d'Hitler. On est d'abord frappĂ© du profil parfois antipathique de Clovis Parizel qu'endosse spontanĂ©ment Pierre Perret (mĂŞme s'il roule souvent un peu trop des yeux Ă©carquillĂ©s en point d'exclamation) dans celui d'un ouvrier de fonderie criant famine durant la seconde guerre. Car rĂ©sidant dans la zone interdite des Ardennes, celui-ci tente de faire passer par voie de chemin de fer des patates grâce Ă  l'Ă©ventuelle gĂ©nĂ©rositĂ© d'un couple d'agriculteurs rĂ©sidant dans la zone non occupĂ©e. Après plusieurs sueurs froides avec la filature des allemands, il parvient Ă  ramener les patates chez lui pour les replanter et ainsi opĂ©rer des provisions fautes des restrictions alimentaires imposĂ©es par l'ennemi.


Or, il attise peu Ă  peu la curiositĂ© du voisinage puis celle des allemands dans sa dĂ©termination Ă  protĂ©ger son jardin florissant. ! Pour en revenir au portrait imparti Ă  Clovis Parizel, j'ai Ă©tĂ© assez frappĂ© par son machisme primaire, son infidĂ©litĂ© conjugale (aussi concise soit-elle) et son irrĂ©vĂ©rence auprès de sa femme rĂ©solument soumise. Et ce sans qu'il n'Ă©prouve une once de regret durant son cheminement d'horticulteur avisĂ© en proie Ă  une paranoĂŻa bipolaire. J'ignore si Claude Autant Lara souhaitait y dĂ©noncer une certaine forme de patriarcat durant la seconde guerre mondiale, mais Ă  mon humble avis, le portrait qu'il en tire s'avère Ă  mon sens sans Ă©quivoque (notamment auprès de certains seconds-rĂ´les aussi fĂ©lons). Tant et si bien que Pierre Perret s'avère souvent excessivement autoritaire pour imposer ses idĂ©es Ă  sa femme impuissante d'oser s'y rebeller (notamment auprès de la crise de nerfs que celui-ci amorcera en fracturant le mobilier !). Pour autant, de par son rĂ©alisme historique et  son climat de lĂ©gèretĂ© amical engendrant une poignĂ©e de situations doucement cocasses, les Patates s'avère souvent attachant Ă  travers l'Ă©preuve de force de ce mĂ©tayer s'efforçant de prĂ©server son potager avec l'appui de son noble père (qu'endosse avec un naturel d'aplomb l'affable Henri Virlogeux). 


ComĂ©die douce-amère constamment attachante en dĂ©pit d'une première partie un brin laborieuse, les Patates parvient Ă  sĂ©duire et Ă  nous faire sourire grâce Ă  la familiaritĂ© de ces paysans prĂ©caires tentant de survivre contre la famine face Ă  la hiĂ©rarchie des nazis. Un joli film non exempt de tendresse (la complicitĂ© de Clovis auprès de son père et ses rapports intimes avec son Ă©pouse, aussi machiste et capricieux soit-il !) Ă  revoir avec un pincement au coeur lors de son Ă©pilogue poignant oĂą français et allemands semblent mutuellement consternĂ©s de la rĂ©sultante de leur crise sociale. 

*Bruno 

Avant-propos du film:
Pendant la guerre 39/45, l'occupant avait coupé la France en 3:
1 - La Zone Occupée
2 - La Zone Non-Occupée
3 - La Zone Interdite (Ardennes)
Dans cette Zone Interdite, la courageuse population Ardennaise fut, plus que tout autre, soumise à un régime de restrictions, proche de la famine.
Si nous avons choisi cette histoire, véridique, c'est pour que les générations qui n'ont pas connu ces cruelles épreuves fassent leur possible pour qu'elles ne reviennent pas.

mardi 16 avril 2019

Macadam cowboy. Oscar du Meilleur Film, 1970.

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"Midnight Cowboy" de John Chlesinger. 1969. U.S.A. 1h53. Avec Jon Voight, Dustin Hoffman, Sylvia Miles, John McGiver, Brenda Vaccaro, Jennifer Salt.

Sortie salles France: 15 Octobre 1969. U.S: 25 Mai 1969 (classĂ© X, puis interdit aux - de 17 ans en 1971)

FILMOGRAPHIE: John Chlesinger est un réalisateur, acteur, scénariste et producteur anglais, né le 16 Février 1926 à Palm Springs, décédé le 25 Juillet 2003. 1962: Un Amour pas comme les autres. 1963: Billy le menteur. 1965: Darling. 1967: Loin de la foule déchaînée. 1969: Macadam Cowboy. 1971: Un Dimanche comme les autres. 1975: Le Jour du Fléau. 1976: Marathon Man. 1979: Yanks. 1981: Honky Tonk Freeway. 1984: Le Jeu du Faucon. 1987: Les Envoûtés. 1988: Madame Sousatzka. 1990: Fenêtre sur Pacifique. 1993: L'Innocent. 1995: Au-delà des lois. 2000: Un Couple presque parfait.


Film mythique s'il en est, rĂ©compensĂ© entre autre de l'Oscar du Meilleur Film en 1970, Macadam Cowboy est la rĂ©union au sommet du duo Voight / Hoffman littĂ©ralement habitĂ© par leur rĂ´le d'exclus de la sociĂ©tĂ©. TournĂ© en 1969 et classĂ© X dès sa sortie Outre Atlantique, Macadam Cowboy marque au fer rouge les esprits de par son rĂ©alisme cru baignant dans le glauque et le sordide Ă  travers le cheminement misĂ©reux de deux laissĂ©s-pour-compte se liant communĂ©ment d'amitiĂ© en lieu et place de survie mais pour autant Ă  deux doigts de sombrer dans la criminalitĂ©. Le pitch: plein d'optimisme dans sa quĂŞte du rĂŞve amĂ©ricain, Joe Buck quitte sur un coup de tĂŞte son poste de plongeur de snack pour devenir Gigolo Ă  New-York. PĂ©tri d'ambition et sĂ»r de lui, il compte faire fortune en accostant des bourgeoises friquĂ©es au hasard d'une rue. Mais la rĂ©alitĂ© est tout autre lorsqu'il s'aperçoit naĂŻvement que sa clientèle s'y fait rare de par son manque de maturitĂ©, de professionnalisme et de luciditĂ©. C'est alors qu'un soir il aborde dans un bar un Sdf boiteux auquel il finit par se lier d'amitiĂ©, et ce en cohabitant dans un taudis. DĂ©crivant un New-York hybride oĂą s'entrecroisent sur les mĂŞmes avenues riches et pauvres alors que ces derniers sont livrĂ©s au pessimisme d'une misère sociale parfois aliĂ©nante, Macadam Cowboy laisse en Ă©tat de choc moral du point de vue du gigolo fantasque en proie Ă  une inopinĂ©e dĂ©sillusion.


Quand bien mĂŞme son compagnon de fortune, escroc Ă  la p'tite semaine, se meurt Ă  petit feu au fil d'une quotidiennetĂ© journalière ternie par le spleen de la malnutrition et de la malpropretĂ©. De par son climat anxiogène Ă  la fois Ă©touffant et davantage dĂ©pressif d'oĂą aucune lueur d'espoir s'y profile (chacun d'eux se mesurant au fil du rasoir existentiel), Macadam cowboy est un objet de souffre d'une âpre duretĂ©. Tant il s'avère Ă  la fois insolent, caustique, (très) brutal, provocateur, voir parfois mĂŞme expĂ©rimental (la soirĂ©e psychĂ©dĂ©lique et ses rĂ©miniscences familiales ou sentimentales que Joe se remĂ©more lors de ses rĂŞves dĂ©rangĂ©s). Et donc Ă  travers les stratagèmes pĂ©cuniaires de celui-ci s'efforçant de s'y cacheter une rĂ©putation auprès d'une clientèle autant masculine que fĂ©minine, c'est une peinture pathĂ©tique de la solitude, de la dĂ©tresse et de l'individualisme que nous dĂ©voile ostensiblement John Chlesinger. Tant et si bien que ses chalands de tous horizons y consomment Ă©galement le sexe, l'amitiĂ© ou l'amour (Ă©phĂ©mère) avec ce mĂŞme sentiment de mal-ĂŞtre, d'Ă©goĂŻsme sournois et d'orgueil sans pudeur. Ainsi donc, sous couvert du thème sulfureux de la prostitution masculine (ici peu lucrative) s'y dĂ©voile en parallèle une poignante histoire d'amitiĂ© que John Voight et Dustin Hoffman immortalisent dans leur puissance d'expression souvent dĂ©munie et faussement optimiste.


DĂ©pourvu de racolage et de complaisance Ă  travers sa sinistrose sociĂ©tale sous l'impulsion contradictoire de l'envoĂ»tante Ă©lĂ©gie de John Barry (dans toutes les mĂ©moires !), Macadam cowboy  se dĂ©cline en Ă©prouvante descente aux enfers du point de vue de ces acolytes livrĂ©s Ă  leur mĂ©diocritĂ© du sens moral et Ă  leur incapacitĂ© de rĂ©flexion, faute d'appui familial et de cupiditĂ© utopique. Quand bien mĂŞme John Chlesinger ne manque pas de caricaturer lors de brèves accalmies acerbes les diffusions d'Ă©missions TV abrutissantes que la populace se sustente machinalement. Il n'en demeure pas moins que leur vibrante amitiĂ© (Ă  forte intensitĂ© dramatique) nous laisse en travers de la gorge un sentiment aigre de souffre de par la tournure de son impitoyable pessimisme existentiel. 

*Bruno
3èx

Récompenses: Oscar du meilleur film
Oscar du meilleur réalisateur
Oscar du meilleur scénario adapté (Waldo Salt)
BAFTAs 1970 : meilleur film

lundi 15 avril 2019

Je suis timide mais je me soigne

                                            Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

de Pierre Richard. 1978. France. 1h28. Avec Avec Pierre Richard, Aldo Maccione, Jacques François, Mimi Coutelier, Catherine Lachens, Robert Dalban, Jean-Claude Massoulier, Jacques Fabbri, Robert Castel, Raoul Delfosse.

Sortie salles France: 23 Août 1978

FILMOGRAPHIE: Pierre-Richard Defays, dit Pierre Richard, est un acteur, réalisateur, scénariste et producteur français, né le 16 août 1934 à Valenciennes. 1970 : Le Distrait.1972 : Les Malheurs d'Alfred. 1973 : Je sais rien, mais je dirai tout. 1978 : Je suis timide mais je me soigne. 1979 : C'est pas moi, c'est lui. 1991 : On peut toujours rêver. 1997 : Droit dans le mur.


RĂ©alisĂ© par Pierre Richard, Je suis timide mais je me soigne fait parti de ces comĂ©dies bonnards tirant parti de son charme grâce Ă  la sincère tendresse du cinĂ©aste / acteur toujours aussi inspirĂ© pour mettre en pratique son talent de bateleur empotĂ© Ă  travers le thème de la timiditĂ©. Le pitch: plongeur dans un restaurant, Pierre tombe raide amoureux d'une jeune inconnue ayant emportĂ© un concours dans un supermarchĂ©. Mais faute de sa timiditĂ© maladive il enchaĂ®ne les bourdes sans parvenir Ă  l'approcher. C'est alors qu'il fait la rencontre d'un dĂ©marcheur, un spĂ©cialiste de la drague, Aldo. Ensemble, ils comptent bien conquĂ©rir la ravissante inconnue en faisant preuve de stratagèmes aussi improbables qu'ubuesque. Bien Ă©videmment, et comme l'avaient dĂ©jĂ  soulignĂ©s ces oeuvres antĂ©cĂ©dentes, tout n'est pas du meilleur goĂ»t dans cette petite comĂ©die plutĂ´t brouillonne.


Les gags cocasses (mention spĂ©ciale au concours hilarant de pĂ©tanque) se chevauchant Ă  rythme mĂ©tronomique avec d'autres gags assez lourdingues, alors que certains d'entre eux s'avèrent gratuits pour s'Ă©carter complètement du sujet (la scène de la brasserie lorsque Pierre et Aldo reproduisent la mĂŞme gestuelle qu'un client pour s'y divertir). Pour autant, la complĂ©mentaritĂ© du duo pĂ©tulant Pierre Richard / Aldo Macione fait des Ă©tincelles, si bien qu'Ă  la suite de leur succès commercial ils renoueront Ă  nouveau ensemble 1 an plus tard dans C'est pas moi c'est lui (avec un peu moins de talent si j'ose dire). Outre le tandem payant très Ă  l'aise dans leurs pitreries comiques (jouer les faux riches afin d'y conquĂ©rir une fausse bourgeoise), on peut Ă©galement compter sur le charme Ă©lectrisant de la très sexy Mimi Coutelier se prĂŞtant au jeu lascif avec un orgueil faussement condescendant. Et donc Ă  travers ces cascades de gags que Pierre et Aldo enchaĂ®nent avec une bonne humeur expansive, le cinĂ©aste livre en sous-texte une gentille romance que le final confirmera avec tendre Ă©motion.


Bref, Je suis timide mais je me soigne transpire l'innocence, la sincĂ©ritĂ©, la chaleur humaine, la cocasserie et mĂŞme la tendresse avec autant de bonheur que de maladresses nĂ©anmoins vite pardonnables. En tout Ă©tat de cause, on passe un rafraĂ®chissant moment de dĂ©tente en gardant en mĂ©moire ce cinĂ©ma populaire loyal aujourd'hui rĂ©volu. 

*Bruno
4èx

vendredi 12 avril 2019

Shining (version longue : 2h24)

                                                     Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Allocine.fr

de Stanley Kubrick. 1980. U.S.A/Angleterre. 2h00/2h24 (version longue). Avec Jack Nicholson, Shelley Duval, Danny Lloyd, Scatman Crothers, Barry Nelson, Philip Stone, Joe Turkel, Anne Jackson, Tony Burton, Lia Beldam, Billie Gibson.

Sortie salles France: 16 Octobre 1980. U.S: 23 Mai 1980

FILMOGRAPHIEStanley Kubrick est un rĂ©alisateur amĂ©ricain, nĂ© le 26 Juillet 1928 Ă  New-York, dĂ©cĂ©dĂ© le 7 Mars 1999 Ă  Londres. 1953: Fear and Desire. 1955: Le Baiser du Tueur. 1956: l'Ultime Razzia. 1957: Les Sentiers de la Gloire. 1960: Spartacus. 1962: Lolita. 1964: Dr Folamour. 1968: 2001, l'OdyssĂ©e de l'Espace. 1971: Orange MĂ©canique. 1975: Barry Lindon. 1980: Shining. 1987: Full Metal Jacket. 1999: Eyes Wide Shut.


La vague de terreur qui balaya l'Amérique est là !
En 1980, Stanley Kubrick entend donner sa dĂ©finition de l'horreur avec Shining d'après le cĂ©lèbre roman de Stephen King. Bien qu'infidèle au matĂ©riau d'origine, cet opĂ©ra vertigineux est entrĂ© au panthĂ©on des oeuvres emblĂ©matiques de l'horreur contemporaine. 

Le pitch: Durant une saison hivernale, un Ă©crivain sĂ©journe en tant que gardien dans un hĂ´tel avec son Ă©pouse et son fils. Rapidement, son Ă©tat mental semble perturbĂ© par l'atmosphère diabolique Ă©manant des couloirs de l'hĂ´tel. Son fils, Danny, possĂ©dant le don du "Shining", est par ailleurs en proie Ă  d'horrible visions lui prĂ©sageant un horrible drame... 

Stanley Kubrick Stephen King Jack Nicholson ! Trois Ă©gĂ©ries du 7è art formatent un concerto de l'horreur dans l'antre d'un hĂ´tel fastueux habitĂ© par le Mal. Car en conjuiguant la hantise, le surnaturel, la divination et le psycho-killer en vogue (nous sommes en 1980), le rĂ©alisateur rĂ©actualise un scĂ©nario tortueux, la lente dĂ©liquescence d'un Ă©crivain dans la dĂ©mence. Si bien que tout est ici mis en oeuvre pour nous transfigurer un pur trip horrifique naviguant entre terreur flamboyante et malaise anxiogène sous l'emprise maladive de Jack Nicholson littĂ©ralement habitĂ© par sa force d'expression erratique. Ainsi, on reste Ă©bahi par le brio de Stanley Kubrick exploitant en plan large les diverses chambres et corridors du luxueux hĂ´tel habitĂ© de spectres indiens (mĂ©taphore sur leur gĂ©nocide lorsque l'on apprend dès le prologue que la demeure fut construite sur un ancien cimetière indien). Et ce afin de nous embrigader comme les protagonistes dans un dĂ©dale de peur contrĂ´lĂ© par Jack Torrance en proie Ă  une dĂ©mence davantage addictive. De par sa maĂ®trise technique dĂ©cuplant d'amples mouvements de camĂ©ra Ă  la steadycam ou au travelling latĂ©ral afin de mieux nous imprĂ©gner de l'atmosphère ombrageuse des salles de l'hĂ´tel, Stanley Kubrick instille de prime abord une peur diffuse avant les furieuses explosions de violence.


Car de manière assidue et donc posĂ©e, une inquiĂ©tude trouble et dĂ©rangĂ©e Ă©mane de l'esprit Ă©quivoque du père contrariĂ©. Alors que son jeune fils, Danny, en prise avec ces visions tĂ©lĂ©pathiques macabres (deux filles jumelles retrouvĂ©es ensanglantĂ©es dans un corridor ou encore un ascenseur dĂ©versant des flots de sang), commence Ă  suspecter l'Ă©tat pathologique de celui-ci. 
Dans une chronologie irrĂ©versible, la plongĂ©e dans la folie de Jack Torrance nous est ouvertement dĂ©voilĂ©e auprès du tĂ©moignage si dĂ©muni de son Ă©pouse (qu'endosse intensĂ©ment Shelley Duval Ă  travers son regard hagard au cime de la dĂ©pression) ayant dĂ©couvert sur le tard ses divagations manuscrites ("trop de travail et pas de plaisir font de Jack un triste sire", traduit dans la VF par : "Un tiens vaut mieux que deux tu l'auras"). Ainsi donc, l'humeur irascible de Jack ira crescendo au fil d'une montĂ©e des marches entreprise Ă  reculons par Wendy nantie d'une batte afin de se protĂ©ger contre lui ! Quand bien mĂŞme Ă  l'extĂ©rieur, un cuisinier possĂ©dant Ă©galement le don de "shining" partira en direction des routes enneigĂ©es afin de tenter de dĂ©jouer le carnage augurĂ©. 

Dans le rĂ´le de l'Ă©crivain poussĂ© Ă  la folie psychotique, Jack Nicholson laisse libre court Ă  une extravagance davantage sardonique (certaines sĂ©quences provoquant d'ailleurs une certaine hilaritĂ© ou un rire nerveux). Un monomane alcoolo malmenĂ© par les forces du Mal au point de l'influencer Ă  y commettre le pire. Son regard gouailleur renforcĂ© d'un rictus diablotin dĂ©gage une posture iconique Ă  inscrire dans les annales du plus fascinant tueur Ă  la hache ! Sa course intrĂ©pide afin d'apprĂ©hender son Ă©pouse empotĂ©e et son fils retors nous valant des confrontations rageuses inscrites dans l'affres de la dĂ©raison. Autant dire que les sĂ©quences anthologiques se comptent par dizaine, notamment grâce Ă  une direction d'acteurs hors-pair que Stanley Kubrick amorce Ă  la perfection. Et rien que pour ces jeux d'acteurs, Shining demeure rĂ©solument aussi jubilatoire qu'incontournable.


L'Oeil du Labyrinthe 
Jalonné de séquences grandioses restées dans toutes les mémoires (l'ascenseur évacuant un océan de sang, l'étreinte avec la femme nue subitement putréfiée, la poursuite nocturne dans le jardin, la fameuse montée des marches, l'attaque à la hache dans la salle de bain), Shining se décline en symphonie de la clameur sous l'impulsion d'une partition classique de Berlioz accompagnée d'un concerto de cordes et percussions. Habité par la présence gouailleuse d'un Jack Nicholson plus fringant que jamais (en mode dégénéré), Shining s'instaure en opéra de peur autour d'une crise conjugale en proie au surnaturel le plus couard. Un ballet funèbre, trouble, malsain et dérangé, concocté parmi l'alchimie formelle de sons et lumières afin d'y brimer le spectateur sous l'impulsion décadente de spectres farceurs.


Note sur la version longue de 2h24:. Elle est à mon sens plus étoffée, détaillée et crédible au niveau de la présentation des lieux et surtout de la caractérisation des personnages. Tant auprès du passé alcoolique de Jack et de ses mauvais traitements autrefois infligés sur son fils, de la profondeur de jeu de son épouse plus névralgique (si bien qu'elle même est à 2 doigts de chavirer dans la démence après avoir été témoin de la folie progressive de Jack) que de la pathologie du petit Dany interrogée par une thérapeute et psychologiquement plus fragile à travers son témoignage démuni à tenter d'avertir sa mère. Enfin, on s'attarde également un peu plus sur l'inquiétude et les démarches cellulaires du cuisinier afro à tenter d'y rejoindre l'hôtel pour secourir ses occupants.

*Bruno
DĂ©dicace Ă  Ludovic Hilde
12.04.19. 10èx
17.05.12. 205 v

"Shining est un film optimiste. C'est une histoire de fantĂ´mes. Tout ce qu'il dit c'est qu'il y a une vie après la mort, c'est optimiste". Stanley Kubrick.
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La photo finale (source wikipedia)
La photo qui termine le film est semblable Ă  la fin quelque peu mystĂ©rieuse et ambiguĂ« de 2001. Elle a engendrĂ© plusieurs interprĂ©tations: la première serait que Jack Torrance, absorbĂ© par l'hĂ´tel, y deviendra un revenant de plus; le seconde serait que Jack a frĂ©quentĂ© l'hĂ´tel hantĂ© par les fantĂ´mes dans une vie antĂ©rieure, en 1921. Kubrick lui mĂŞme n'a jamais donnĂ© une rĂ©ponse dĂ©finitive, prĂ©fĂ©rant laisser les spectateurs dĂ©cider d'eux mĂŞmes.

Certaines personnes pourront penser que ce dernier plan est signe qu'en rĂ©alitĂ©, Ă  la scène de la 1ère apparition du barman, nous avons quittĂ© le rĂ©el et les hallucinations pour rentrer dans le vrai monde fantastique et surnaturel. L'image du film après analyse et avoir vu le dernier plan, change complètement, et on voit un Jack qui fait un pacte avec le diable dans le but d'avoir de l'alcool pour toujours. Il va devoir tuer son fils en particulier, qui dĂ©range le dĂ©lire de Jack, ou le monde du diable. Finalement, après avoir Ă©chouĂ©, Jack se retrouve mort, mais le dernier plan sur la photo tĂ©moigne qu'il a rĂ©ussi Ă  rentrer dans la "soirĂ©e", dans ce monde; on notera son visage heureux. Stanley Kubrick quant Ă  sa vision du film nous donne un indice: "Shining est un film optimiste. C'est une histoire de fantĂ´mes. Tout ce qu'il dit c'est qu'il y a une vie après la mort, c'est optimiste". VoilĂ  qui veut tout dire.