mardi 31 juillet 2018

Scanners

                                            Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site toddkuhns.com

de David Cronenberg. 1981. Canada. 1h43. Avec Jennifer O'Neill, Stephen Lack, Patrick McGoohan, Lawrence Dane, Michael Ironside, Robert A. Silverman, Lee Broker, Mavor Moore, Adam Ludwig, Murray Cruchley...

Sortie salles France08 avril 1981  U.S.A: 14 janvier 1981

FILMOGRAPHIE: David Cronenberg est un rĂ©alisateur canadien, nĂ© le 15 mars 1943 Ă  Toronto (Canada). 1969 : Stereo, 1970 : Crimes of the Future, 1975 : Frissons, 1977 : Rage, 1979 : Fast Company, Chromosome 3, 1981 : Scanners, 1982 : Videodrome, 1983 : Dead Zone,1986 : La Mouche, 1988 : Faux-semblants, 1991 : Le Festin nu, 1993 : M. Butterfly, 1996 : Crash, 1999 : eXistenZ, 2002 : Spider, 2005 : A History of Violence, 2007 : Les Promesses de l'ombre, 2011 : A Dangerous Method.


10 secondes... la douleur commence, 15 secondes... vous étouffez, 20 secondes... vous explosez !
Deux ans après l'éprouvant Chromosome 3, drame horrifique sur les conséquences d'un divorce névrotique engendrant une lignée monstrueuse, David Cronenberg poursuit son exploration de la mutation génétique avec Scanners. Le docteur Paul Ruth, figure de proue de l'organisation ConSec, capture un SDF du nom de Cameron, ignorant l'origine de ses dons de télépathe, aussi puissants que destructeurs. Le médecin lui révèle l'étendue de ses capacités psychiques tout en apaisant ses souffrances mentales (un scanner perçoit les voix et pensées d'autrui de façon décuplée). Grâce à l'éphémerol, médicament initialement prescrit aux femmes enceintes, Cameron peut contenir ses effets secondaires. Mais une mission capitale l'attend : traquer et éliminer Darryl Revok, scanner renégat à la tête d'une organisation criminelle.

Ce pitch, aussi passionnant que délirant, nous entraîne dans les méandres de la mutation biologique via une enquête mêlant espionnage industriel, horreur viscérale et science-fiction alarmiste. Avec une efficacité métronomique, Cronenberg orchestre un duel mental entre deux entités aux cerveaux hypertrophiés. L'un, Cameron, s'efforce de canaliser ses facultés grâce à l'aide bienveillante de son mentor. L'autre, Revok, ambitionne de créer une nouvelle race de mutants pour imposer sa domination, en exploitant les vertus mutagènes de l'éphémerol.

Dans cette guerre silencieuse où le cerveau devient arme de destruction, se pose la question des origines de leur pouvoir : radiation, mutation, effet secondaire d'un traitement médicamenteux ? En filigrane, Cronenberg dénonce les dérives pharmaceutiques et l'expérimentation sauvage de molécules non maîtrisées. Une résonance troublante avec les scandales médicaux bien réels, tel que celui du Médiator.

Michael Ironside campe un Revok mĂ©galomane, froid et cynique, manipulateur nĂ© pour dominer. Face Ă  lui, Stephen Lack impose une prĂ©sence hagarde, dĂ©sincarnĂ©e, son regard fuyant et sa posture rigide accentuant l'Ă©trangetĂ© de ce hĂ©ros murĂ© dans le doute. Le duel est d'autant plus poignant qu'il est portĂ© par une tension quasi mystique. Autour d'eux gravitent Jennifer O'Neill, troublante et vulnĂ©rable dans la peau d'une tĂ©lĂ©pathe fragile, et Patrick McGoohan, savant ambigu dont la bienveillance apparente masque une responsabilitĂ© plus trouble.             


La chair des Pensées.
Traitant avec une originalitĂ© rare de la mutation cĂ©rĂ©brale Ă  travers la tĂ©lĂ©pathie, Scanners demeure une rĂ©fĂ©rence incontournable du genre, autant par son intensitĂ© visuelle que par son intrigue singulière, Ă  la fois paranoĂŻaque et charnelle. Outre la partition d'Howard Shore, vibrante de menace souterraine, on salue le design sonore : battements de cĹ“ur Ă©tirĂ©s, respirations lourdes, voix diffractĂ©es comme autant d'Ă©clats d’un monde intĂ©rieur au bord de l'implosion.

Quant à ses visions chocs, Cronenberg signe des moments d'anthologie : cafétéria en transe, hypnose sépulcrale, explosion crânienne culte, et cette idée insensée d'un fœtus télépathe influençant un esprit hostile depuis le ventre de sa mère. Et pour finir, un climax dantesque : affrontement psychique, chaires en fusion, regards embrasés, écorces d'hommes calcinées. Une hallucinante bataille mentale où le corps explose sous l'assaut de l'esprit. Le tout sublimé par les effets spéciaux de Dick Smith, artisan de la désintégration de l'âme et du corps, en dépit de lentilles trop laiteuses.

Un choc sensoriel et métaphysique. Une onde de choc qui résonne encore sous la peau.

GaĂŻus
31.07.18. 5èx24.02.11. (102 vues)

lundi 30 juillet 2018

DANS LA BRUME

                                                    Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Allocine.fr

de Daniel Roby. 2018. France/Québec. 1h25. Avec Romain Duris, Olga Kurylenko, Fantine Harduin, Michel Robin, Anna Gaylor.

Sortie salles France: 4 Avril 2018

FILMOGRAPHIEDaniel Roby est un rĂ©alisateur, directeur de photographie, producteur, metteur en scène et Ă©diteur quĂ©bĂ©cois, nĂ© le 25 octobre 1970 Ă  MontrĂ©al. 2018 : Dans la brume. 2015 : Versailles (sĂ©rie tĂ©lĂ©visĂ©e). 2013 : Louis Cyr : L'homme le plus fort du monde. 2011 : Funkytown. 2004 : La Peau blanche. 2003 : Quelques instants de la vie d'une fraise.


RĂ©alisĂ© par le quĂ©bĂ©cois Daniel Roby, Dans la Brume est une production Franco-quĂ©bĂ©coise s'essayant honnĂŞtement au genre fantastique avec efficacitĂ© Ă  dĂ©faut d'ĂŞtre transcendant. Car retraçant sans effets homĂ©rique (si on Ă©pargne son percutant prĂ©ambule catastrophiste faisant Ă©cho Ă  la Guerre des Mondes) mais avec un souci formel (atmosphère blafarde vitriolĂ©e planant au dessus de Paris) la survie d'un couple retranchĂ© au dernier Ă©tage de leur immeuble chez un couple âgĂ© afin de fuir la brume toxique, Dans la brume gagne en rĂ©alisme en survival post-apo soigneusement contĂ©. Et si on peut dĂ©plorer un manque de surprise et d'action d'après une trajectoire narrative privilĂ©giant les caractĂ©risations humaines de parents s'efforçant de protĂ©ger leur fille atteinte du syndrome de Stimberger (elle est confinĂ©e dans une gigantesque prison de verre dans l'appartement du dessous), Dans la Brume cultive une  dimension dramatique poignante au fil d'un compte Ă  rebours de tous les dangers. La brume s'Ă©levant toujours plus de quelques centimètres au niveau des toitures des habitations Ă  chaque minute.


Au niveau du casting, Romain Duris monopolise l'Ă©cran avec autant de force de sĂ»retĂ© lors de ses stratĂ©gies hĂ©roĂŻques pugnaces que d'humanitĂ© fĂ©brile auprès de ses rapports prĂ©caires avec sa fille alitĂ©e (que Fantine Harduin nous retransmet avec un flegme timorĂ© si bien qu'on a un peu de mal Ă  y ressentir sa crainte du trĂ©pas et sa compassion parentale). AccompagnĂ© d'Olga Kurylenk en Ă©pouse contrariĂ©e, celle-ci fait notamment preuve d'un sang froid expressif lors de ses bravoures Ă  prĂŞter main forte Ă  son mari avant de cĂ©der au sens du sacrifice. Enfin, derrière un vĂ©tĂ©ran du cinĂ©ma français habituĂ© aux seconds-rĂ´les (le Jouet, la Chèvre, le Marginal, l'Important c'est d'aimer) on apprĂ©cie Ă©galement l'apparition Ă©mouvante de Michel Robin en voisin sclĂ©rosĂ© prĂ©venant au ton mĂ©lancolique.


Sans faire preuve d'intensitĂ© fulgurante mais laissant percer une Ă©motion davantage poignante au fil de son rĂ©cit alarmiste, Dans la Brume est une intĂ©ressante et sympathique contribution au Survival Post-apo made in France (avec un soutien QuĂ©bĂ©cois !), correctement rĂ©alisĂ©e et interprĂ©tĂ©e. 

* GaĂŻus

jeudi 26 juillet 2018

SAVAGE STREETS

                      Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au discreetcharmsandobscureobjects.blogspot.com

"Les Rues de l'enfer" de Danny Steinmann. 1984. U.S.A. 1h33. Avec Linda Blair, John Vernon, Robert Dryer, Johnny Venocur, Sal Landi, Scott Mayer.

Sortie salles France: 9 Janvier 1985. U.S: 5 Octobre 1984 

FILMOGRAPHIE: Danny Steinmann est un auteur, producteur et rĂ©alisateur amĂ©ricain, nĂ© le 7 janvier 1942 Ă  New York, dĂ©cĂ©dĂ© le 18 dĂ©cembre 2012. 1985: Vendredi 13, chapitre 5. 1984: Les rues de l'enfer. 1980: Les secrets de l'invisible. 1973: High Rise.


Profitant du filon lucratif du Vigilante Movie en plein essor durant les annĂ©es 80, Danny Steinmann y ajoute une louche de Rape and Revenge avec Savage Streets mystĂ©rieusement classĂ© X Outre-atlantique ! Car si sa scène de viol un peu hard provoque encore un certain malaise et que le sort d'une jeune fille Ă©jectĂ©e du haut d'un pont s'avère (selon moi) encore plus dĂ©rangeante, la vengeance criminelle escomptĂ©e par notre icone fĂ©ministe (celle placardĂ©e sur l'affiche dans une posture hĂ©roĂŻque impassible) fait office de bande dessinĂ©e si bien que Troma aurait bien pu le produire. A l'instar du quatuor de punks neuneus que l'on croirait issus d'un remake de Class 84 (notamment le jeune ado influant issue de famille respectable) dĂ©versant leurs insanitĂ©s aux profs et Ă  la gente fĂ©minine dans une position misogyne ballot. On s'amuse Ă©galement (parfois mĂŞme avec une hilaritĂ© nerveuse) du jeu si provocateur de Linda Blair surjouant sans complexe son rĂ´le de justicière (un vrai garçon manquĂ© dans son regard fielleux et sa dĂ©froque d'un noir rutilant !) avec une dĂ©rision limite grotesque. Il faut dire qu'elle en fait des tonnes Ă  travers ses expressions altières pour notre plus grand bonheur de cinĂ©phile Bisseux. 


Au-delĂ  de ses tĂŞtes d'affiche Ă  la fois racoleuses et vulgaires que Danny Steinmann filme parfois complaisamment dans leur plus simple appareil (les scènes de douches avec ces lycĂ©ennes aux poitrines opulentes), Savage Streets se vautre aimablement dans la trivialitĂ© d'un script Ă©maillĂ© de sĂ©quences toutes plus ludiques les unes que les autres. Si bien que le spectateur reluque ses sĂ©quences anodines avec un esprit second degrĂ© jubilatoire (les crĂŞpages de chignon entre Brenda et sa rivale nunuche, la clientèle jouasse dans la boite de nuit se dĂ©hanchant sur du Rock de comptoir, le chahut communautaire des lycĂ©ens durant les cours ingĂ©rables). Et donc, Savage Streets a beau ĂŞtre archi prĂ©visible dans sa moisson ininterrompue de clichĂ©s au point d'anticiper les Ă©vènements (notamment les confidences Ă©plorĂ©es d'un des criminels auprès de sa victime hospitalisĂ©e parmi le tĂ©moignage de notre future justicière), on se distrait sans modĂ©ration Ă  suivre les vicissitudes de Brenda et sa bande malmenĂ©s par ces punks erratiques. Danny Steinmann soignant en prime les lieux urbains hipsters Ă  l'aide d'une photo criarde Ă©clairĂ©e de nĂ©ons.


Atomic College
Ă€ la fois benĂŞt et primaire, gĂ©nialement fun et pittoresque, Savage Streets dĂ©tourne le rape and revenge avec un esprit BD aussi dĂ©complexĂ© que dĂ©bridĂ© - en tĂ©moigne ce final homĂ©rique, fertile en pitreries gestuelles, mais aussi maladroit dans la gestion de la tension et du montage des affrontements. On quitte alors cette bande dessinĂ©e mal Ă©levĂ©e avec un plaisir cinĂ©phile aussi innocent qu’addictif.

Ă€ privilĂ©gier d’urgence : l’hilarante VF, truffĂ©e de dialogues grossiers dĂ©clenchant un rire nerveux incontrĂ´lable. Quant Ă  la VO, son revirement de ton est si dĂ©tonnant qu’on a presque l’impression de dĂ©couvrir une autre sĂ©rie B, plus sobre, plus grave, presque Ă©trangère Ă  elle-mĂŞme.

* GaĂŻus
20/02/26. 3èx

mercredi 25 juillet 2018

ENFER DE LA VIOLENCE (L')

                                            Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site ecranlarge.com

"The Evil That Men Do" de Jack Lee Thompson. 1984. U.S.A. 1h27. Avec Charles Bronson, Theresa Saldana, Joseph Maher, Antoinette Bower, René Enríquez, John Glover.

Sortie salles France: 15 Mars 1984 (Int - 18 ans). U.S: 21 Septembre 1984

FILMOGRAPHIE (comprenant uniquement les productions des annĂ©es 80): Jack Lee Thomson, de son vrai nom John Lee Thompson, est un rĂ©alisateur, scĂ©nariste et producteur britannique nĂ© le 1er aoĂ»t 1914 Ă  Bristol (Royaume-Uni), dĂ©cĂ©dĂ© le 30 aoĂ»t 2002 Ă  Sooke (Canada). 1980 : Cabo Blanco 1981 : Happy Birthday. 1981 : Code Red (TV). 1983 : Le Justicier de minuit. 1984 : L'Enfer de la violence. 1984 : L'Ambassadeur : Chantage en IsraĂ«l. 1985 : Allan Quatermain et les Mines du roi Salomon. 1986 : La Loi de Murphy. 1986 : Le Temple d'or. 1987 : Le justicier braque les dealers. 1988 : Le Messager de la mort. 1989 : Kinjite, sujets tabous. 

                                       

Un an après le succès du Justicier de Minuit, Jack Lee Thompson recrute Ă  nouveau son acteur fĂ©tiche Charles Bronson afin de renchĂ©rir un Vigilante movie en bonne et due forme. D'une ultra violence inouĂŻe (la sĂ©quence d'intro particulièrement crue est digne de rivaliser auprès d'un tortur'porn ressuscitĂ© par la saga Saw), L'Enfer des la Violence s'enrichit d'un climat malsain tantĂ´t poisseux eu Ă©gard des exactions expĂ©ditives de notre justicier impassible non avare d'invention pour parvenir Ă  ses fins. Ancien tueur Ă  gage, Holland est sollicitĂ© par une vieille connaissance Ă  renouer avec les armes afin de mettre un terme aux agissements d'un criminel nazi passĂ© maĂ®tre dans l'art de torturer ses victimes. Ayant prĂ©alablement sacrifiĂ© l'un de ses amis lors d'une (insupportable) sĂ©ance d'Ă©lectrocution (discours emphatique en sus prononcĂ© plus tĂ´t par lui face Ă  une assemblĂ©e voyeuriste !), Holland se lie d'amitiĂ© avec la veuve du dĂ©funt. Notamment en lui promettant de mettre fin aux agissements du bourreau rĂ©fugiĂ© dans une forteresse en AmĂ©rique du Sud. 


Et donc Ă  travers ce pitch Ă©culĂ© parfaitement prĂ©visible (mĂŞme si l'idĂ©e dĂ©lĂ©tère du nazi en activitĂ© y ajoute une certaine originalitĂ©), Jack Lee Thompson transcende la banalitĂ© des faits exposĂ©s par le biais d'une solide rĂ©alisation exploitant sans complexe action et violence (horrifique) avec une efficacitĂ© en roue libre. Outre la prĂ©sence virile du vĂ©tĂ©ran Charles Bronson toujours aussi dĂ©contractĂ© en exterminateur placide, l'Enfer de la violence exploite habilement le cadre solaire du Mexique, Ă  l'instar d'une visite touristique, et Ă  travers le genre westernien que sa dernière partie homĂ©rique (poursuite en bagnoles Ă  l'appui) improvise autour d'une prise d'otage davantage intense puis insolite (notamment auprès de sa tournure morbide faisant Ă©cho Ă  Freaks). Qui plus est, afin de parfaire le caractère obscur de l'intrigue criminelle semĂ©e de cadavres, son score tĂ©nĂ©breux au tempo lourd y exacerbe un style percutant Ă  sa rĂ©alisation dĂ©jĂ  bien rodĂ©e. Tant auprès de sa direction d'acteurs (avec des gueules familières de seconds-rĂ´les issus des annĂ©es 80), du cadre urbain tropical oscillant ensuite avec un environnement rural dessĂ©chĂ©e que du jeu du chat et de la souris que  Bronson arpente en fin limier rĂ©actionnaire. Et d'y ajouter durant sa macabre filature une tacite romance qu'il forme timidement avec Rhiana afin que celle-ci tĂ©moigne en personne de sa vendetta promue.


"Dans l'exécution de la justice, il n'y a pas meilleur exécuteur que BRONSON"
B movie fichtrement sympathique Ă  travers son intrigue classique parfaitement rodĂ©e, cocktail vitriolĂ© d'ultra violence Ă©picĂ©e tant et si bien que son interdiction en salles aux - de 18 ans reste encore aujourd'hui mĂ©ritoire auprès du public non averti, l'Enfer de la violence peut ĂŞtre considĂ©rĂ© comme l'un des plus brutaux Vigilante Movies auquel Bronson collabora (sans abattement) pour parfaire ses exploits sanguinaires en justicier sexagĂ©naire. Et on peut avouer sans ambages que le papy en question en avait toujours dans le pantalon au 3è cycle de sa carrière ! 

* GaĂŻus
3èx

Box Office France: 876 771 entrées

mardi 24 juillet 2018

Je suis vivant / La corta notte delle bambole di vetro

                                                      Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

de Aldo Lado. 1971. Italie/Allemagne/Yougoslavie. 1h32. Avec Ingrid Thulin, Jean Sorel, Mario Adorf, Barbara Bach, Fabijan Sovagovic, José Quaglio.

Sortie salles France: 19 Novembre 1999 (Int - 16 ans). Italie: 28 Octobre 1971

FILMOGRAPHIE: Aldo Lado est un réalisateur italien, né le 5 décembre 1934 à Fiume (Croatie).

1971: Je suis vivant. 1972: Qui l'a vue mourir ? 1972: La DrĂ´le d'affaire. 1973: Sepolta viva. 1974: La cugina. 1975: La BĂŞte tue de sang Froid. 1976: L'ultima volta. 1978: Il prigioniero (TV). 1979: L'humanoĂŻde. 1979: Il Ă©tait un musicien – Monsieur Mascagni. 1981: La dĂ©sobĂ©issance. 1982: La pietra di Marco Polo (TV). 1983: La cittĂ  di Miriam (TV). 1986: I figli dell'ispettore (TV). 1987: Sahara Heat ou Scirocco. 1990: Rito d'amore. 1991: La stella del parco (TV). 1992: Alibi perfetto. 1993: Venerdì nero. 1994: La chance.
 

"La nuit courte des papillons de verre."

Thriller transalpin oĂą se tĂ©lescopent enquĂŞte policière, mystère, suspense et horreur, Je suis vivant peut rebuter une partie du public tant Aldo Lado refuse de divertir au sens standard au grĂ© d’une intrigue sinueuse, prĂ©fĂ©rant dĂ©noncer une haute bourgeoisie viciĂ©e.

Synopsis : amoureux de la jeune et belle Mira, le journaliste Gregory Moore s’attire la jalousie de son ancienne compagne Jessica. Un jour, Mira disparaĂ®t mystĂ©rieusement sans laisser de trace. Durant une investigation de longue haleine - qui lui vaut aussi les dĂ©faveurs de la police - Gregory subit une violente agression et se rĂ©veille dans une morgue, en Ă©tat de catalepsie. Impuissant Ă  hurler sa survivance, il tente de reconstituer, depuis ce corps figĂ©, les Ă©vĂ©nements morbides ayant suivi la disparition inexpliquĂ©e de Mira.

Si Aldo Lado s’est fait connaĂ®tre auprès des amateurs de giallo avec le fort sympathique Qui l’a vu mourir ? et le classique d’effroi La BĂŞte tue de sang-froid (remarquable variation sur La Dernière maison sur la gauche), sa première rĂ©alisation, Je suis vivant, demeure plus confidentielle mais aussi passionnante. La cause sans doute Ă  la personnalitĂ© atypique du cinĂ©aste, dĂ©cidĂ© Ă  expĂ©rimenter dès son premier essai un thriller obscur, peuplĂ© de protagonistes interlopes et de tĂ©moins cauteleux au sein d'une ambiance feutrĂ©e granuleuse. 


Car si l’intrigue captive en prenant son temps pour dĂ©ployer son rĂ©cit larvĂ©, Lado y sème un mystère de plus en plus prĂ©gnant autour de la disparition de Mira et de la condition dĂ©munie de Gregory, qui s’efforce d’alerter le corps mĂ©dical de sa prĂ©sence encore vivante. JalonnĂ© de sĂ©quences baroques et de dĂ©ambulations nocturnes traversĂ©es d’interrogations existentielles, Je suis vivant n’est pas conçu pour caresser le spectateur dans le sens du poil : il l’embarque dans une intrigue mĂ©taphorique, au climat morbide et quasi indicible.

La conclusion, abrupte et dĂ©sespĂ©rĂ©e, Ă©tonne par son refus du happy end, renforçant la nature hermĂ©tique et malsaine de ce thriller jusqu’Ă  l’image finale, figĂ©e dans une terreur sourde. Un parti pris Ă  contre-emploi qu’Aldo Lado assume pleinement, dans son ambition auteurisante de livrer un thriller expĂ©rimental, Ă  la fois intriguant et envoĂ»tant, sur la perte de libertĂ© d’une jeunesse rebelle, victime d’une sociĂ©tĂ© hypocrite et totalitaire.

 
"Les poupĂ©es ailĂ©es." 
De par son ambiance austère, son suspense inquiĂ©tant et sa charge politique viciĂ©e, Je suis vivant s’impose comme une Ĺ“uvre d’Ă©trangetĂ© baroque et singulière, redoutablement intelligente dans sa dĂ©nonciation de l’entrave libertaire imposĂ©e par un pouvoir conservateur.
Un excellent thriller donc, qui hante bien au-delà du générique, notamment grâce à cette dernière image, figée dans la peur la plus sourde et la plus insidieuse, à glacer le sang.

— le cinĂ©phile du cĹ“ur noir

11.11.25. 3èx. Vostfr

lundi 23 juillet 2018

La finale. Grand Prix Festival de l'Alpe Duez, 2018.

                                                 Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

de Robin Sykes. 2018. France/Belgique. 1h25. Avec Thierry Lhermitte, Rayane Bensetti, Émilie Caen, Lyes Salem, Cassiopée Mayance.

Sortie salles France: 21 Mars 2018. Belgique: 28 Mars 2018

FILMOGRAPHIERobin Sykes est un réalisateur, producteur, scénariste et producteur.
2018: La Finale.

                                       
                                       EstampillĂ© "Coup de coeur" Strange Vomit Dolls !

Cure de bonheur et de tendresse anti-sinistrose - alors qu’on aurait pu redouter une comĂ©die sirupeuse, volontiers pathos, au vu d’un sujet aussi grave - La Finale n’a pas volĂ© son Grand Prix Ă  l’Alpe d’Huez. Le premier long-mĂ©trage de Robin Sykes nous touche droit au cĹ“ur, avec une Ă©motion jamais programmĂ©e. Il aborde la maladie d’Alzheimer sous l’angle d’une comĂ©die douce-amère (efficacement rythmĂ©e Ă  l’amĂ©ricaine !), magnĂ©tisĂ©e par le tandem Thierry Lhermitte / Rayane Bensetti, d’une spontanĂ©itĂ© irrĂ©fragable.
Le rĂ©cit initiatique s’articule autour de la discorde entre J.B., jeune passionnĂ© de basket bien dĂ©cidĂ© Ă  rejoindre Paris pour sa finale, et son grand-père encombrant, atteint d’Alzheimer. Évidemment, au fil d’un pĂ©riple houleux semĂ© d’incidents, de rencontres humaines, de quiproquos et de dĂ©tours absurdes - que Lhermitte enchaĂ®ne avec une innocence parfois bouleversante - Roland et J.B. vont peu Ă  peu apprendre Ă  se connaĂ®tre, au fil de l’empathie croissante de ce dernier, tiraillĂ© entre le questionnement parental, la mĂ©moire affective et la rĂ©flexion comportementale.


Si le scĂ©nario prĂ©visible ne brille pas par son inventivitĂ©, Robin Sykes mise sur le choc des gĂ©nĂ©rations, en quĂŞte d’amour, de passion et de reconnaissance. Il compte aussi sur le rĂ©alisme de leur itinĂ©raire infortunĂ© pour nous faire vibrer avec une bonhomie pudique. Les sĂ©quences les plus Ă©mouvantes, ou drĂ´les malgrĂ© elles, emportent l’adhĂ©sion grâce Ă  l’Ă©lan vital des comĂ©diens, qui nous transmettent leurs Ă©motions sans jamais forcer la corde sensible.
Et la surprise est rĂ©elle, lorsqu’en dernière partie, le film bascule dans une dramaturgie plus marquĂ©e, mais toujours sans racolage. On en apprend alors un peu plus sur le passĂ© tragique - pour ne pas dire traumatique - de Roland, aux racines profondes de sa maladie cognitive.
Dans ce cadre de comĂ©die lĂ©gère menĂ©e tambour battant, Sykes cultive un tĂ©moignage humble, pudique et tendre sur Alzheimer. Sans voyeurisme, ni blagues acnĂ©ennes, il dĂ©fend les valeurs de l’amour, de l’amitiĂ©, de la cohĂ©sion familiale… et surtout de la rĂ©miniscence, comme outil fragile mais lumineux pour accompagner les malades vers une forme d’allĂ©gresse, aussi fallacieuse soit-elle. La Finale prend dès lors tout son (second) sens, lors d’une conclusion anthologique (prĂ©parez les mouchoirs !), convoquant un Ă©vènement sportif restĂ© dans toutes les mĂ©moires - si bien que “quand on a vu ça, je crois qu’on peut mourir tranquille”.


"Le match d’une vie".
ComĂ©die pittoresque, beaucoup plus tendre et douloureuse qu’elle n’y paraĂ®t, La Finale gagne en intensitĂ© Ă©motionnelle au fil de son initiation identitaire, autant pour J.B. que pour Roland. Elle arrachera sans doute les larmes aux plus sensibles grâce Ă  la prestation bouleversante de Thierry Lhermitte (Prix d’interprĂ©tation indiscutable), d’un naturel troublant - on jurerait qu’il est rĂ©ellement atteint de cette pathologie. L’acteur soulève le film sur ses Ă©paules, en tandem avec un Rayane Bensetti prometteur, adolescent rebelle Ă  la fringance jamais irritante.
Après l’incroyable surprise Tout le monde debout de Dubosc, La Finale demeure sans conteste LA comĂ©die de l’annĂ©e 2018. Et Robin Sykes, un talent Ă  surveiller !

* GaĂŻus

RĂ©compenses: 
Grand Prix, Prix d'interprétation masculine pour Thierry Lhermitte au Festival international du film de comédie de l'Alpe d'Huez 2018.

vendredi 20 juillet 2018

BLUE JAY

                                                  Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

d'Alex Lehmann. 2016. U.S.A. 1h20. Avec Mark Duplass, Sarah Paulson, Clu Gulager. James Andrews, Harris Benbury.

Diffusé France: 6 Décembre 2016. U.S: 11 Octobre 2016

FILMOGRAPHIEAlex Lehmann est un réalisateur, scénariste et producteur américain. 2016: Blue Jay.


                      "Un jour l'amour a dit Ă  l'amitiĂ© : Pourquoi existes-tu puisque je suis lĂ  ?
                      L'amitiĂ© lui rĂ©pond : Pour amener un sourire lĂ  ou tu as laissĂ© des larmes."

Pour sa première rĂ©alisation, Alex Lehmann aborde la comĂ©die romantique avec un budget très limitĂ©. Oeuvre indĂ©pendante tournĂ©e en noir et blanc durant 1 semaine de tournage avec uniquement en vedettes deux acteurs (si on Ă©carte les 10 premières minutes), Blue Jay s'inscrit dans un cinĂ©ma vĂ©ritĂ© de par son authenticitĂ© Ă©motionnelle sans fard que le casting nous retransmet avec une intensitĂ© vertigineuse. Outre le soin de sa mise en scène (notamment Ă  travers la plĂ©nitude de la nature si flegmatique), la prĂ©cision de sa bande-son (notamment lors des silences les plus placides), la sĂ©rĂ©nitĂ© de sa BO et l'Ă©pure de sa photo monochrome, Blue Jay est donc transfigurĂ© par le duo scintillant  Mark Duplass Sarah Paulson (rĂ©vĂ©lĂ©e par la sĂ©rie American Horror Story) incarnant avec une spontanĂ©itĂ© fulgurante les amants infortunĂ©s d'une romance galvaudĂ©e.


Le rĂ©cit nous relatant leur inopinĂ©e retrouvaille après 20 ans d'absence, et ce le temps d'une journĂ©e Ă©lĂ©giaque Ă  se remĂ©morer certains souvenirs en toute improvisation. Romance intimiste traitĂ©e avec autant de pudeur que d'Ă©clairs de fraĂ®cheur (la soirĂ©e "dĂ©jantĂ©e" autour d'une danse de rap), Blue Jay nous immerge dans les psychĂ©s des amants Ă©perdus avec un rĂ©alisme capiteux eu Ă©gard du jeu expansif du duo sentimental en perte de repère. Le rĂ©alisateur prenant soin au fil de leur apartĂ© et confidences parentales Ă  y capter l'humanitĂ© de leur expression (l'Ă©change des regards complices s'avère parfois bouleversant quand l'amitiĂ© renoue avec l'amour) en tenant compte au terme des tenants et aboutissants de leur Ă©chec sentimental. Et donc Ă  travers leur dĂ©ception commune d'ĂŞtre passĂ©s Ă  cĂ´tĂ© d'une liaison amoureuse autrement exaltante, Alex Lehmann amorce les thèmes de l'immaturitĂ© et de la culpabilitĂ© paternelle auprès des couples juvĂ©niles tiraillĂ©s entre la passion des sentiments et le dĂ©sagrĂ©ment de la responsabilitĂ© filiale.


"L'une des plus grandes douleurs est d'aimer une personne que tu ne peux pas avoir."
Instant vĂ©ritĂ© d'Ă©motions candides et de fraĂ®cheur fringantes par le biais d'une dĂ©sillusion amoureuse, Blue Jay dĂ©gage une sensibilitĂ© rĂ©solument tĂ©nue et charmante grâce Ă  l'alchimie amoureuse que forment Mark Duplass et surtout Sarah Paulson communĂ©ment habitĂ©s par leurs Ă©tats d'âme fĂ©briles, nostalgiques et torturĂ©s, et ce Ă  travers leur disparitĂ© caractĂ©rielle. La finalitĂ© du rĂ©cit aussi bien douloureux que conciliant (ni happy-end, ni bad-end) nous interrogeant sur les lourdes consĂ©quences de nos actes immatures lorsque le destin nous offrait l'opportunitĂ© de cristalliser l'amour de sa vie. Le rĂ©cit plein de fragilitĂ©, d'Ă©motions bipolaires et de vitalitĂ© d'esprit suscitant chez nous l'envie de renouer avec un amour de jeunesse, voir de rester attentif Ă  l'Ă©ventuelle rencontre d'une inconnue entrevue au coin d'une rue.  

Dédicace à Frederic Serbource.

* GaĂŻus

jeudi 19 juillet 2018

TULLY

                                                   Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

de Jason Reitman. 2018. 1h36. Avec Charlize Theron, Mackenzie Davis, Mark Duplass, Ron Livingston, Emily Haine, Elaine Tan.

Sortie salles France: 27 Juin 2018. U.S: 4 Mai 2018

FILMOGRAPHIE: Jason Reitman est un rĂ©alisateur, producteur et scĂ©nariste canadien, nĂ© le 19 octobre 1977 Ă  MontrĂ©al. 2005 : Thank You for Smoking. 2007 : Juno. 2009 : In the Air. 2011 : Young Adult. 2013 : Last Days of Summer. 2014 : Men, Women and Children. 2018 : Tully. 2018 : The Front Runner.


Juno, In the Air, Young adult, Last days of summer... Jason Reitman enchaĂ®ne les rĂ©ussites Ă  un rythme mĂ©tronomique, ou tout du moins il ne laisse pas indiffĂ©rent par son habile facultĂ© Ă  nous retransmettre une Ă©motion Ă©purĂ©e jamais dĂ©monstrative. Si bien qu'avec Tully, j'oserai mĂŞme prĂ©tendre qu'il se transcende Ă  dĂ©peindre sans effet de manche, car de manière rĂ©solument prude, le portrait intimiste d'une mère de famille dĂ©passĂ©e par son rĂ´le maternel Ă  la suite d'une troisième naissance. Puis un beau jour, et en dĂ©pit de sa rĂ©ticence, elle se dĂ©cide d'engager une assistante de nuit afin de se libĂ©rer de son dĂ©sagrĂ©ment, voir notamment de son Ă©puisement physique. C'est alors que la jeune baby-sitter parvient Ă  lui redonner goĂ»t Ă  la vie Ă  travers leurs apartĂ©s existentiels fondĂ©s sur l'avancement de l'âge (et donc le regret du passĂ© libertaire), l'atavisme de la vieillesse, l'appĂ©tence sexuelle et la soif de libertĂ©. Dit comme cela, on pourrait songer Ă  une Ă©nième comĂ©die bonnard aux thèmes universels tant Ă©culĂ©s, notamment auprès de la filmo du rĂ©al himself si je me rĂ©fère Ă  Young Adult, toujours incarnĂ© par Charlize Theron.


Seulement Jason Reitman possède suffisamment de caractère, d'ambition (sa mise en scène est pleine de tact et d'invention, le montage parfois mĂŞme elliptique, Ă  l'instar de la bande originale de Cindy Lauper qu'Ă©coutent intĂ©gralement nos hĂ©roĂŻnes en voiture pour y suggĂ©rer la durĂ©e temporelle de leur trajet) afin d'y imprimer sa personnalitĂ© avec une humilitĂ© Ă©tonnamment poignante (pour ne pas dire franchement bouleversante au final). Si bien que le spectateur se laisse sensiblement happer dans la banalitĂ© quotidienne des deux hĂ©roĂŻnes avec une trouble acuitĂ©. Dans le sens oĂą aux moments intimes les plus fortuits, l'Ă©motion perce lestement Ă  travers l'Ă©change des sobres regards, la douceur des mots, leur flegme complicitĂ©, la fantaisie de certains actes (leur virĂ©e nocturne en Ă©briĂ©tĂ©, le fameux numĂ©ro Ă©rotique improvisĂ© auprès de son Ă©poux) et la contrariĂ©tĂ© de leurs âmes (principalement cette mĂ©lancolie aigre-douce de regretter un passĂ© juvĂ©nile). Et ce sans jamais verser dans un patho plombant que le duo Charlize Theron / Mackenzie Davis relève haut la main, entre  tendresse fragile, chaleur humaine et petite rancune. Jason Reitman dirigeant Ă  merveille ses interprètes avec une humilitĂ© pleine de retenue, tant auprès des non-dits que des expressions candides des regards complices.


TĂ©moignant bouleversant d'une mère de famille en proie aux affres de la solitude, au doute, Ă  la crainte de ne plus ĂŞtre chĂ©ri et Ă  la peur de ne plus sĂ©duire, faute d'absence d'attention et de communication (l'Ă©poux est docile, timorĂ©, introverti), Tully frappe juste et fort Ă  travers son innocente Ă©motion qu'on ne voit jamais arriver si bien que sa conclusion laconique d'une surprenante pudeur finit par nous Ă©branler le coeur avec une intensitĂ© Ă  corps perdu. Une oeuvre magnifique donc qui laisse des traces dans l'encĂ©phale parce qu'elle s'adresse aussi directement Ă  notre propre psychĂ© Ă  travers l'identitĂ© anxiogène de Charlize Theron en remise en question existentielle, familiale et maternelle.

* GaĂŻus

mercredi 18 juillet 2018

LA FILLE EN LAISSE

                                              Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site i.pinimg.com

"Pets / Sessoribelle" de Raphael Nussbaum. 1974. U.S.A. 1h42. Avec Candice Rialson, Ed Bishop, Joan Blackman, Teri Guzman, Brett Parker...

Sortie salles U.S: Février 1974

FILMOGRAPHIE: Raphael Nussbaum est un réalisateur, scénariste et producteur allemand, né le 7 Decembre 1931, décédé le 23 Février 1993 en Californie. 1989: Speak of the Devil. 1988 Private Road: No Trespassing (Video). 1987 W.A.R.: Women Against Rape. 1976 The Amorous Adventures of Don Quixote and Sancho Panza. 1973 Pets. 1968 Kommando Sinai. 1963 Der Unsichtbare. 1962 Vom Zaren bis zu Stalin (Documentary). 1960 Sables brûlants.


Pur produit d'exploitation symptomatique des films de Drive-in originaires des Seventies, La Fille en laisse (Femme en cage aurait Ă©tĂ© idoine !) demeure un sympathique divertissement dans son alliage hybride d'Ă©rotisme soft, de thriller gothique et de comĂ©die polissonne. Après avoir Ă©chappĂ©e Ă  son compagnon abusif et avoir failli ĂŞtre violĂ©e par une bande de blacks, Bonnie se lie d'amitiĂ© avec Pat, une afro-amĂ©ricaine rencontrĂ©e le lendemain de son agression. D'un commun accord, et après avoir Ă©tĂ© prises en stop par un jogger, elles dĂ©cident de le kidnapper en guise de rançon. TorturĂ© par Pat qui parvient Ă  lui soutirer les clefs de sa demeure afin de dĂ©rober son argent, l'individu profite de son absence pour supplier Ă  Bonnie de le laisser en vie. C'est alors que celle-ci, gagnĂ©e par sa soif d'indĂ©pendance, de revanche et de sexe, dĂ©cide de le violer. Ah ah ah ! Tant mieux pour lui me direz vous ! Voici donc le condensĂ© de sa première partie exploitant tous azimuts sĂ©quences d'humiliations plutĂ´t dociles, sĂ©vices timorĂ©s, streap-tease aguicheur et viol sans brutalitĂ© sous l'impulsion ardente de Candice Rialson illuminant l'Ă©cran de sa fraĂ®cheur charnelle.


L'actrice s'exhibant tantĂ´t demi nue, tantĂ´t en tenue lĂ©gère (jarretelles en sus) avec une dĂ©contraction pleinement assumĂ©e. La seconde partie, toujours aussi niaise et cocasse Ă  travers ses situations gentiment improbables (Bonnie hĂ©bergĂ©e par une Ă©trangère au moment de chaparder une pomme dans un marchĂ©, le kidnappeur finissant dans le lit de cette dernière en guise de compensation sexuelle), continue d'exploiter avec une dĂ©rision toute frugale les vicissitudes de l'insolente Bonnie abordant des rencontres alĂ©atoires fĂ©rues d'autoritĂ© et de soumission. Et ce afin de distraire le spectateur voyeur et de nous rĂ©server un cocktail de sĂ©quences saphiques auprès d'une lesbienne possessive et d'Ă©changes SM auprès d'un misogyne sĂ©vèrement dĂ©rangĂ© du bulbe (Ed Bishop tout Ă  fait charismatique en magnat cossu au regard implicitement pervers). Superbement photographiĂ© Ă  travers des nuances flamboyantes et Ă©tonnamment soignĂ© au niveau de ses images oniriques (coucher de soleil envoĂ»tant sur la berge), voir Ă©galement auprès de ses dĂ©cors gothiques (la dernière partie confinĂ©e dans un manoir), La Fille en laisse ne cède jamais Ă  l'ennui tant Raphael Nussbaum parvient Ă  maĂ®triser le second degrĂ© des situations (limite grotesques) avec une dĂ©contraction en roue libre. Le climat insouciant, gentiment polisson, Ă©tant notamment renforcĂ© du jeu ironique (limite semi-parodique parfois) des comĂ©diens se prĂŞtant aimablement au jeu de l'obĂ©dience / soumission (sachant que les rĂ´les s'inversent) avec une provocation distanciĂ©e.


RaretĂ© bonnard fleurant bon le Grindhouse avec un second degrĂ© badin, farce underground militant pour l'Ă©mancipation fĂ©minine, La Fille en laisse (il fallait oser un titre aussi librement racoleur que l'on croirait estampillĂ© X !) est Ă  dĂ©couvrir pour tous les amateurs de curiositĂ© barrĂ©e, notamment auprès de son dernier acte phallocrate donnant tout son sens Ă  son titre (lĂ©gèrement) fallacieux. 

Remerciement Ă  Cine-bis-art
* GaĂŻus

lundi 16 juillet 2018

A LA POURSUITE DE RICKY BAKER

                                           Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

"Hunt for the Wilderpeople" de Taika Waititi. 2016. Nouvelle-Zélande. Avec Sam Neill, Julian Dennison, Rima Te Wiata, Rachel House, Rhys Darby, Oscar Kightley, Tioreore Ngatai-Melbourne.

Sortie France uniquement en Dvd 5 Juin 2018. Salles: Nouvelle-Zélande: 31 Mars 2016

FILMOGRAPHIE: Taika Waititi est un réalisateur, scénariste, acteur et producteur néo-zélandais, né le 16 Août 1975. 2002: John and Pogo. 2004: Two Cars, One Night. 2004: Heinous Crime. 2005: Tama Tu. 2007: A chacun sa chacune. 2008: Cinema 16: World Short Films. 2010: Boy. 2014: What we do in the Shadows. 2016: A la poursuite de Ricky Baker. 2017 : Thor: Ragnarok.

Une comédie intimiste super sympa due à la personnalité anti-conventionnelle du génial auteur de Vampire en toute intimité (what we do in the shadow) et au duo antinomique Sam Neill (en chasseur bourru) / Julian Dennison (en jeune maori rebelle) cheminant communément une initiation amicale à travers les magnifiques végétations néo-zélandaises. Leurs pérégrinations marginales toujours improvisées s'inscrivant dans une idéologie libertaire aussi bien mélancolique qu'exaltante. On apprécie enfin sa partition électro étrangement symptomatique des années 80 !

* GaĂŻus

samedi 14 juillet 2018

TOUT LE MONDE DEBOUT

                                 Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Allocine.fr

de Franck dubosc. 2018. France. 1h47. Avec Franck Dubosc, Alexandra Lamy, Gérard Darmon, Elsa Zylberstein, Caroline Anglade, Laurent Bateau, Claude Brasseur, François-Xavier Demaison.

Sortie salles France: 14 Mars 2018

FILMOGRAPHIEFranck Dubosc, né le 7 novembre 1963 au Petit-Quevilly (Seine-Maritime), est un humoriste et acteur français. 2018: Tout le monde debout.


Souvent taxĂ© par les critiques bien pensantes de comĂ©dien de pacotille Ă  travers ses comĂ©dies populaires bon marchĂ© (la trilogie Camping, Disco, Boule et Bill 1 et 2, etc...), Franck Dubosc aurait peut-ĂŞtre dĂ©cidĂ© de prendre sa revanche contre ses dĂ©tracteurs avec Tout le monde debout. Tant et si bien qu'il relève la gageure de passer devant et derrière la camĂ©ra avec une ambition Ă©tonnamment inspirĂ©e eut Ă©gard du soin de la mise en scène oĂą rien n'est laissĂ© au hasard, comme le confirme notamment son design esthĂ©tique taillĂ© dans l'Ă©lĂ©gance (magnifique Ă©clairages de l'architecture urbaine de Prague) et d'une Ă©tude de caractères finement brossĂ©e sous le pilier de personnages non dupes. Et le miracle de se produire car Tout le monde debout transfigure la comĂ©die romantique sous l'impulsion du duo Franck Dubosc / Alexandra Lamy irradiant l'Ă©cran de leur accointances sentimentale de la 1ère Ă  l'ultime seconde. Le pitch tour Ă  tour cocasse et espiègle nous narre les tribulations d'un sĂ©ducteur invĂ©tĂ©rĂ©, Jocelyn, homme d'affaire dĂ©nuĂ© de vergogne lorsqu'il s'agit d'accoster une nouvelle proie, sa voisine de palier en lui faisant croire qu'il est infirme. Seulement, un beau jour, elle lui propose de rencontrer sa soeur Florence, une paraplĂ©gique plutĂ´t radieuse et Ă©loquente. Et donc, afin de mieux la sĂ©duire, il continue de se faire passer pour un handicapĂ© jusqu'au jour oĂą il en tombe amoureux. HantĂ© d'apprĂ©hension et de lâchetĂ©, il retarde incessamment sa rĂ©solution de lui avouer la vĂ©ritĂ© en dĂ©pit des conseils avisĂ©s de sa secrĂ©taire entĂŞtĂ©e et de Max, son ami praticien.


PĂ©tillant, fĂ©erique, exaltant, passionnĂ©, guilleret, fĂ©ru de charme, de fraĂ®cheur et de drĂ´lerie, Tout le monde debout se dĂ©guste Ă  l'instar d'une coupe de champagne comme le cinĂ©ma français n'ose plus en produire. ProfondĂ©ment humain, tendre et intelligent car jamais racoleur et encore moins moralisateur lorsqu'il s'agit de prĂ´ner un hymne Ă  la diffĂ©rence Ă  travers une liaison amoureuse extravertie que Dubosc, acteur, et Lamy communiquent avec tact et Ă©lĂ©gance fusionnels, Tout le monde debout  tĂ©lescope au fil de leur pĂ©riple romantique rire et larme avec une sincĂ©ritĂ© intarissable. Le duo incroyablement expressif nous immergeant dans leur dĂ©rive sentimentale avec une vĂ©ritĂ© mise Ă  nu, et ce sans cĂ©der aux sirènes d'une Ă©motion programmĂ©e si bien que Dubosc jamais avare d'inventions (la piscine customisĂ©e) et de revirements (le double jeu de Florence !) relance sans cesse les audiences et bĂ©vues amoureuses avec une efficacitĂ© en roue libre ! Notamment dans son Ă©tonnante capacitĂ© Ă  capter avec pudeur les sentiments de ces personnages, tant auprès des silences entre les mots que des rĂ©parties fougueuses ou autrement rĂ©servĂ©es que se partagent le duo singulier. Ajoutez Ă©galement autour de leurs jeux de drague improvisĂ©s d'Ă©patants seconds-rĂ´les (l'irrĂ©sistible Elsa Zylberstein en secrĂ©taire nĂ©vrosĂ©e, GĂ©rard Darmon en chirurgien prĂ©venant) se prĂŞtant au jeu du simulacre (feindre en dernier recours et d'un commun accord la condition estropiĂ©e de Jocelyn) avec une drĂ´lerie parfois hilarante (principalement Zylberstein en cĂ©libataire borderline en diable !). Sans compter l'Ă©mouvante participation du grand (et si rare) Claude Brasseur en paternel sclĂ©rosĂ© Ă  la fois Ă©goĂŻste, gaillard et impudent.


A travers son hommage plein d'humilitĂ© aux infirmes nous prodiguant sans une once de pathos une leçon de vie, et Ă  travers sa rĂ©flexion sur la solitude existentielle, le refus de grandir et la quĂŞte dĂ©sespĂ©rĂ©e de cueillir l'Amour, Tout le monde debout nous frappe droit au coeur avec une Ă©motion vertigineuse (les mouchoirs sont de rigueur Ă  plusieurs reprises, notamment lors de sa dernière image iconique !). Et donc en prime de s'ĂŞtre surpasser face camĂ©ra (il s'agit du rĂ´le de sa carrière !), Franck Dubosc a immortalisĂ© de son empreinte son premier essai si bien qu'il s'agit de la meilleure comĂ©die que le cinĂ©ma français nous ait offert depuis ces dernières annĂ©es. 

* GaĂŻus

Box Office France: 2 221 367 entrées

« Un jour, Ă  cause de l’âge et parce qu’elle ne pouvait plus beaucoup se dĂ©placer, ma mère s’est retrouvĂ©e dans un fauteuil roulant. Le fauteuil, symbole du handicap, est devenu une solution parce que, enfin, elle allait pouvoir de nouveau bouger, sortir. Mais elle a objectĂ© : « je ne pourrai pas aller au marchĂ© de NoĂ«l car il faut monter des marches ». Ça a fait tilt. Ce qui semblait une opportunitĂ© devenait donc un obstacle. Et j’ai pensĂ© Ă  tous ceux qui, handicapĂ©s, sont confrontĂ©s Ă  cela. D’autre part, j’ai toujours eu envie de raconter une histoire d’amour qui soit fondĂ©e sur la diffĂ©rence non pas culturelle ou sociale mais physique. Il y a une question que je me suis souvent posĂ©e, qui m’interpelle : et si tu tombais amoureux de quelqu’un d’handicapĂ© ? C’est une vision du futur un peu compliquĂ©e, certes. Est-ce que l’amour serait plus fort que la raison ? Je pense que oui et c’est pour cela que j’ai voulu faire ce film1. »

— Franck Dubosc

vendredi 13 juillet 2018

SPASMO

                                             Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site pinterest.fr

de Umberto Lenzi. 1974. 1h34. Italie. Avec Robert Hoffmann, Suzy Kendall, Ivan Rassimov, Adolfo Lastretti, Monica Monet

Sortie salles Italie: 16 Février 1974

FILMOGRAPHIE: Umberto Lenzi est un réalisateur et scénariste italien, né le 6 Aout 1931 à Massa Marittima, dans la province de Grosseto en Toscane (Italie). 1962: Le Triomphe de Robin des Bois, 1963: Maciste contre Zorro, Sandokan, le Tigre de Bornéo, 1964: Les Pirates de Malaisie, 1966: Kriminal, 1967: Les Chiens Verts du Désert, 1968: Gringo joue et gagne. 1969: Orgasmo. 1969: La Légion des Damnés, Si douces, si perverses, 1970: Paranoia, 1972: Le Tueur à l'orchidée, 1972: Au pays de l'Exorcisme, 1973: La Guerre des Gangs, 1974: Spasmo, La Rançon de la Peur, 1975: Bracelets de Sang, 1976: Brigade Spéciale, Opération Casseurs, La Mort en Sursis, 1977: Le Cynique, l'infâme et le violent, 1978: Echec au gang, 1980: La Secte des Cannibales, l'Avion de l'Apocalypse, 1981: Cannibal Ferox, 1983: Iron Master, la guerre du fer, 1988: Nightmare Beach, la Maison du Cauchemar, 1991: Démons 3, 1996: Sarayevo inferno di fuoco.


Ayant déjà préalablement oeuvré à 4 reprises dans le giallo (Orgasmo, Si douces, si perverses, Paranoia, Le Tueur à l'orchidée), Umberto Lenzi poursuit le genre avec Spasmo réalisé en 1974. Plus proche d'un thriller parano que du Giallo à proprement parler, Spasmo relate l'odyssée schizophrène de Christian, un industriel pris dans les mailles d'une perverse machination parmi la complicité de charmantes et vénéneuses beautés italiennes. Ce dernier étant amené à côtoyer des personnages interlopes entre 2/3 visions irréelles, à l'instar d'un tueur mystérieusement disparu après avoir été mortellement blessé par Christian. Et le tueur de persévérer son harcèlement pour un mobile que nous ne connaîtrons qu'à partir de la dernière demi-heure fertile en rebondissements. Notamment auprès d'une bobine super 8 illustrant des enfants terriblement expressifs, surtout si je me réfère aux yeux bleus perçants de Christian résolument ensorcelant dans son expression figée ! Une des séquences les plus fortes par son pouvoir évocateur eut égard du poids dramatique qu'on nous suggère lentement sous nos yeux.


TranscendĂ© par l'interprĂ©tation habitĂ©e de Robert Hoffmann criant de vĂ©ritĂ© en victime borderline en proie Ă  la persĂ©cution morale, Spasmo dĂ©route et fascine Ă  la fois Ă  travers son intrigue ramifiĂ©e volontairement nĂ©buleuse afin de mieux nous perdre dans le dĂ©dale d'un esprit dĂ©rangĂ©. Umberto Lenzi s'efforçant de nous faire ressentir la psychose de Christian grâce au jeu expressif de son acteur  souvent empathique dans sa posture fragile, notamment lorsqu'il saisit en toute discrĂ©tion les tenants et aboutissants du fameux complot lors d'une conversation tenue secrète. Et donc Ă  travers le thème de la folie hĂ©rĂ©ditaire, Spasmo nous plonge dans un cauchemar anxiogène semĂ© de sĂ©quences troubles et baroques (notamment ces mannequins de femmes disposĂ©es en intermittence aux 4 coins de la nature) Ă  travers la rivalitĂ© de deux frères mutuellement rongĂ©s par la rancoeur d'un passĂ© aussi inĂ©quitable que traumatique. Le film esthĂ©tiquement soignĂ© auprès de sa photo Ă©purĂ©e amplifiant sa facture irrĂ©elle parmi la contribution d'Ennio Morricone Ă©pris d'une discrète mĂ©lodie.


Cruel, baroque et Ă©trangement trouble par son climat d'angoisse dĂ©rangĂ©e surfant avec la dĂ©sillusion, Spasmo met en exergue une douloureuse descente aux enfers psychotique qu'Umberto Lenzi s'efforce pour autant d'humaniser Ă  travers la caractĂ©risation fĂ©brile de victimes incurables. Fascinant et terriblement pessimiste. 

* GaĂŻus
2èx

jeudi 12 juillet 2018

PRIVATE PARTS

                                    Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site lupanarsvisions.blogspot.com

de Paul Bartel. 1972. U.S.A. 1h27. Avec Ayn Ruymen, Lucille Benson, John Ventantonio, Laurie Main, Stanley Livingston, Charles Woolf.

Sortie salles U.S: Septembre 1972.

FILMOGRAPHIE: Paul Bartel est un acteur, producteur, réalisateur et scénariste américain né le 6 août 1938 à Brooklyn, New York, et décédé le 13 mai 2000 à New York (États-Unis). 1968: The Secret Cinema (court-métrage). 1969: Naughty Nurse (court métrage). 1972: Private Parts. 1975: La Course à la mort de l'an 2000. 1976: Cannonball ! 1982 : Eating Raoul. 1984: Not for Publication. 1985: Lust in the Dust. 1986 : Les Bons tuyaux. 1989 : Scenes from the Class Struggle in Beverly Hills. 1993: Shelf Life.


Bien connu des amateurs de cinĂ© Bis si je me rĂ©fère aux fameux Seigneurs de la Route, Cannonball  et Eating Raoul, Paul Bartel fut Ă©galement signataire de Private Parts, une première rĂ©alisation malencontreusement inĂ©dite sur notre territoire. Ovni inclassable dans son alliage de suspense, thriller horrifique et comĂ©die caustique, Private Parts mĂ©lange efficacement les genres autour des va-et-vient de marginaux Ă  la fois attachants et extravagants. Paul Bartel, plutĂ´t inspirĂ© Ă  cultiver en interne du rĂ©cit un climat d'inquiĂ©tude sous-jacent, nous retraçant l'initiation lubrique d'une jeune fille de 19 ans rĂ©fugiĂ©e dans l'hĂ´tel de sa tante au lendemain d'une dispute avec sa colocataire. Chapardeuse, fureteuse et voyeuse autour des agissements interlopes d'une foule de locataires marginaux, Cheryl se laisse sĂ©duire par un photographe introverti plutĂ´t sensible au charme de donzelles dĂ©nudĂ©es. Toujours plus attirĂ©e par l'interdit et dangereusement naĂŻve en dĂ©pit des avertissements de sa tante, elle scrute chaque chambre de l'hĂ´tel avec l'ardent dĂ©sir de jouer avec le feu.


Grâce au charisme saillant des comĂ©diens incarnant un jeu extraverti limite parodique (notamment l'illustre Lucille Benson en tante bipolaire !), Private Parts se savoure tel un bonbon acidulĂ© sous l'impulsion d'une hĂ©roĂŻne impudente avide de curiositĂ© et de dĂ©couvertes en tous genres. Ayn Ruymen irradiant l'Ă©cran de son physique poupon avec une fraĂ®che spontanĂ©itĂ©, notamment lorsqu'elle arpente, entre apprĂ©hension et excitation, chaque chambre de l'hĂ´tel. Outre ses sĂ©quences burlesques assez inventives et dĂ©jantĂ©es (le sort du rat), l'intrigue davantage ombrageuse est entrebâillĂ©e d'Ă©tonnantes sĂ©quences chocs qu'on ne voit jamais venir. A l'instar du 1er meurtre Ă©tonnamment gore et surtout de l'incroyable expĂ©rience onirique tentant de donner vie Ă  une poupĂ©e gonflable ! (je n'en dirai pas plus pour prĂ©server l'effet de surprise esthĂ©tique !). Bref, tout un programme donc que Paul Bartel fignole avec un souci formel maĂ®trisĂ© (la topographie "sĂ©pia" de l'hĂ´tel est constamment envoĂ»tante par son atmosphère gothique d'oĂą plane l'ombre de Norman Bates !); quand bien mĂŞme lors de sa dernière partie il ne manque pas de nous fasciner auprès du profil torturĂ© du photographe en proie Ă  une solitude nĂ©vrotique. John Ventantonio s'avĂ©rant tout Ă  fait convaincant dans sa posture ambiguĂ« de voyeur Ă  double personnalitĂ© si bien que Paul Bartel ne manque pas d'idĂ©es dĂ©bridĂ©es pour parfaire sa rĂ©solution macabre lors d'un final en trompe-l'oeil inscrit dans le sarcasme.


Excellente (pochette) surprise que cette sĂ©rie B impertinente oscillant les genres avec une Ă©tonnante communion, Private Parts sĂ©duit et amuse sans racolage. De par sa galerie de personnages fantasques et l'efficacitĂ© de sa dĂ©rision horrifique constamment captivante. 

* GaĂŻus

Remerciement Ă  Lupanars Airlines ^^